Fiction
Bi
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Adrénale — Chapitre 2 · Docteur Berger, endocrinologue
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Adrénale
Chapitre 2 · Docteur Berger, endocrinologue
Frédéric Larmont vient d'apprendre de la bouche de son ami Benjamin, un célèbre oncologiste, que son cancer des surrénales a été chirurgicalement enlevé avec succès. L'attente du diagnostic lui a tout de même provoqué une crise d'angoisse et il a perdu connaissance en plein milieu du rendez-vous médical. Il attend impatiemment le tour de son endocrinologiste pour confirmer la bonne nouvelle.
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Je n'aurais pas eu à attendre bien longtemps dans l'appartement familial silencieux - mes filles étant hors de la ville, sauf Anaïs qui est en cours à la fac jusqu'à ce soir. C'est à peine rentré chez moi et ingurgité mon repas de midi - un sandwich sur le pouce avec un demi-filet de dinde, deux tranches de tomate et trois feuilles de salade, le tout agrémenté de moutarde - que je reçois un appel téléphonique du service d'endocrinologie pour fixer mon rendez-vous. Chose rare, un créneau s'est libéré dans l'après-midi même grâce au désistement d'un autre patient. Je saute donc sur l'occasion et me prépare à repartir, cette fois dans un hôpital public situé de l'autre côté de la ville.
***
Je patiente dans le cabinet de mon endocrinologiste, le docteur Berger. Si Benjamin est un ami cher en plus d'être un bon médecin, le docteur Berger s'est rapidement imposé dans mon estime par son professionnalisme sans faille. En plus, je dois dire que c'est une très belle femme, ce qui n'enlève absolument rien à son mérite professionnel.
Elle consulte silencieusement mon dossier médical sur l'écran de son ordinateur, portant un stylo à ses lèvres sensuelles, qui ornent une bouche rehaussée d'un rouge à lèvres d'une couleur dont je ne connais pas le nom, mais que je juge de bon goût, au contraire de femmes beaucoup plus jeunes dont je trouve le maquillage un peu vulgaire de nos jours. Ses cheveux roux mi-longs encadrent son visage régulier et fin. Elle fixe l'écran de ses beaux yeux en amande par-dessus une paire de lunettes de vue qui lui donne un air intellectuel, ce qui joue sûrement en faveur du sérieux que je lui prête. Je suis conscient que les pensées qui me traversent l'esprit ne sont pas des plus pures, mais quoi de plus approprié que de se rendre chez mon endocrinologue quand mes hormones me travaillent ? Je fais comme si je ne l'avais pas fixée du regard avec trop d'insistance lorsqu'elle se tourne vers moi avant de m'adresser la parole :
— Je ne voudrais pas assombrir le rapport du docteur Pfeiffer, mais il y a quelque chose qui ne colle pas dans vos analyses de sang. Sans vouloir vous inquiéter, Monsieur Larmont.
Mon cœur rate un battement lorsque les paroles de la praticienne me parviennent.
— J'aimerais effectuer un nouveau scanner approfondi de vos reins, je vous le programme pour cette semaine. En attendant, je vais effectuer de nouvelles prises de sang que j'enverrai au service de médecine nucléaire pour des dosages enzymatiques. Il est difficile de dire si vos résultats sont un contrecoup de votre intervention chirurgicale, car ils manquent de précision.
— Il y a quelque chose d'anormal ?
— Hé bien, pour commencer, votre taux d'adrénaline circulante, sans être inquiétant, est supérieur à la moyenne. Tout comme votre tension artérielle. Comme nous en avions parlé lors de votre dernière visite, il va falloir vous ménager. Je vais devoir prolonger votre arrêt maladie.
— Il y a quelque chose d'anormal ?
— Hé bien, pour commencer, votre taux d'adrénaline circulante, sans être inquiétant, est supérieur à la moyenne. Tout comme votre tension artérielle. Comme nous en avions parlé lors de votre dernière visite, il va falloir vous ménager. Je vais devoir prolonger votre arrêt maladie.
A ces mots, je tique un peu. Moi qui pensais pouvoir bientôt reprendre les rênes de mon entreprise...
— Et... Ensuite ?
— Pour le reste, je dois attendre le retour des examens supplémentaires avant de me prononcer. Il semble que vous ayez des traces non négligeables de certaines enzymes sériques - dont le travail est de dégrader les hormones de la glande surrénale.
— Ce n'est pas parce que j'ai plus d'adrénaline dans le sang ?
— Vous avez raison, c'est tout à fait cohérent. Le problème c'est qu'il y a d'autres enzymes aussi qui ne devraient pas se trouver là. Et surtout, après la résection de votre glande surrénale, on devrait attendre un abaissement de vos niveaux d'adrénaline, pas une augmentation. Avez-vous fait l'expérience de bouffée d'angoisse récemment ?
— Pour le reste, je dois attendre le retour des examens supplémentaires avant de me prononcer. Il semble que vous ayez des traces non négligeables de certaines enzymes sériques - dont le travail est de dégrader les hormones de la glande surrénale.
— Ce n'est pas parce que j'ai plus d'adrénaline dans le sang ?
— Vous avez raison, c'est tout à fait cohérent. Le problème c'est qu'il y a d'autres enzymes aussi qui ne devraient pas se trouver là. Et surtout, après la résection de votre glande surrénale, on devrait attendre un abaissement de vos niveaux d'adrénaline, pas une augmentation. Avez-vous fait l'expérience de bouffée d'angoisse récemment ?
Je laisse échapper un soupir avant de confesser :
— Ce matin même chez l'oncologiste. J'ai perdu connaissance dans son bureau.
Elle réfléchit un instant avant de reprendre :
— Je vois. Vous appréhendiez certainement les résultats de vos examens, c'est bien ça ?
— Effectivement, vous avez raison.
— Ecoutez, Monsieur Larmont, ce que je vais vous dire va paraître difficile à mettre en place, mais il est vraiment important pour vous d'éviter tout stress. C'est la recommandation de base pour les patients souffrant d'un phéochromocytome. Votre taux d'adrénaline peut finir par épuiser votre corps et causer des problèmes cardiaques. Et étant donné vos précédents, on ne peut pas prendre le moindre risque.
— Effectivement, vous avez raison.
— Ecoutez, Monsieur Larmont, ce que je vais vous dire va paraître difficile à mettre en place, mais il est vraiment important pour vous d'éviter tout stress. C'est la recommandation de base pour les patients souffrant d'un phéochromocytome. Votre taux d'adrénaline peut finir par épuiser votre corps et causer des problèmes cardiaques. Et étant donné vos précédents, on ne peut pas prendre le moindre risque.
Mal à l'aise, je me trémousse sur mon siège. Elle se réfère à mon épisode cardiaque d'il y a quelques années. Une crise qui m'est tombée dessus après une période de surmenage au boulot, avec en plus le stress d'un audit fiscal qui pesait sur mon entreprise. Sans ma secrétaire de l'époque, qui avait immédiatement alerté le SAMU en me trouvant allongé dans mon bureau, je pense que j'y serais passé. Dommage que le mois suivant, j’ai découvert que ladite employée avait dérobé une dizaine de milliers d'euros à la trésorerie. J'avais dû m'en séparer, mais contre l'avis de ma femme, je n'avais pas entamé de poursuite judiciaire contre elle. Après tout, elle m'avait sauvé la vie.
Je sens mon sang battre contre mes tempes. C'est un peu la douche froide après la visite rassurante chez mon ami Benjamin.
— Vous allez devoir reconnaître les signes avant-coureurs d'une poussée d'adrénaline : augmentation du rythme cardiaque, du rythme respiratoire, dilatation des pupilles, augmentation de la pression artérielle, douleurs abdominales, rougeurs au niveau du visage, sueur et moiteur des mains...
Le docteur s'interrompt et me regarde d'un air entendu.
— Mr Larmont, vous allez bien ?
— Je crois que... commencé-je à bafouiller en me frottant la tempe.
— Je crois que... commencé-je à bafouiller en me frottant la tempe.
En constatant que mon front est brûlant et ruisselant de sueur, ma respiration s'accélère. Je suis surpris d'entendre le rire cristallin de la praticienne :
— Je vois que vous savez de quoi je parle ! Je vais profiter de votre état actuel pour effectuer une prise de sang.
Elle se lève prestement et se dirige vers le plan de travail sur lequel sont disposés des consommables et son équipement médical. Elle s'approche de moi après avoir enfilé une paire de gants en latex, une seringue dans la main et une boule de coton imbibée de désinfectant dans l'autre. Elle me fait remonter ma manche droite et s'exécute rapidement avec des gestes expérimentés, prélevant quelques millilitres de mon liquide vital après avoir inséré l'aiguille dans mon avant-bras. Elle n'a aucune difficulté à trouver mes veines, qui dans mon état saillissent exagérément sous ma peau. Une fois le tube en plastique rempli de mon sang, elle retire la seringue et prend soin de mettre une étiquette autocollante sur mon échantillon. Elle me regarde en souriant :
— Voilà pour la partie désagréable. Maintenant vous allez vous allonger jusqu'à ce que vous vous calmiez. Je vous ferai alors une autre prise de sang pour comparer vos niveaux en temps de stress et au repos. En attendant, je vais vous aider à vous relaxer, dit-elle d'une voix douce et professionnelle.
Elle prend soin de mon échantillon avant de se retourner vers moi, me guidant d'une main douce posée sur mon bras vers la table d'auscultation. Une fois allongé, je me laisse faire en silence alors qu'elle retire mes chaussures. Je ne m'oppose pas non plus lorsqu'elle défait la boucle de ma ceinture, puis lorsqu'elle remonte ses mains graciles vers mon visage et déboutonne le col de ma chemise à carreaux en flanelle.
— Vous allez devoir réduire votre niveau de stress. Il existe plusieurs techniques pour cela. Je vais vous recommander à une collègue sophrologue qui vous enseignera quelques méthodes de relaxation, me dit le docteur Berger tout en me massant les épaules.
Son massage est très agréable, et je ressens déjà l'effet relaxant de ses manipulations. Je suis aussi légèrement intimidé par cette situation. Il y a bien longtemps qu'une relative étrangère ne m'a pas touché de façon aussi intime. Et, à bien y penser, cela fait même plusieurs mois que ni ma femme ni mes filles ne m'ont touché non plus, à part pour me faire la bise. Ses doigts parcourent lentement mes épaules, ma nuque et mon cou. Je constate que ma respiration redevient presque normale. J'espère en revanche qu'elle ne remarquera pas le début d'érection qui commence à déformer mon pantalon. C'est alors que la praticienne me confie sur le ton de la conversation:
— J'adore l'odeur de votre parfum.
Un peu surpris par cette révélation, je ne sais quoi répondre. D'autant plus que je ne me rappelle pas avoir mis un parfum en particulier ce matin, à part mon déodorant habituel, que j'utilise pourtant avec parcimonie : ayant le nez sensible, je déteste les gens qui se tartinent de déo. Le docteur Berger continue, imperturbable :
— Evitez aussi les boissons alcoolisées et les repas gras au dîner. Ils perturbent le sommeil, et vous aurez besoin de bien dormir pour évacuer votre stress. Vous n'avez pas de problème pour vous endormir ?
— Non, en général. En tout cas, ma chambre est calme, nous avons fait installer un double vitrage.
— Très bien. Votre famille est-elle là pour vous soutenir ?
— Je... J'hésite à lui révéler que ma femme m'a quitté peu après mon diagnostic. J'esquive en lui disant : mes filles sont à la maison pour veiller sur moi, à part l'aînée qui est partie étudier à la capitale.
— Et votre femme ?
— Elle s'est absentée, parviens-je à confier, un euphémisme.
— Je vois. Il est important d'avoir un proche en cas d'urgence dans votre cas. Je vais vous assigner une aide médicale qui pourra intervenir en cas de crise d'angoisse. Je vais aussi vous prescrire des relaxants en solution injectable, que vous devrez garder à proximité.
— Merci.
— Non, en général. En tout cas, ma chambre est calme, nous avons fait installer un double vitrage.
— Très bien. Votre famille est-elle là pour vous soutenir ?
— Je... J'hésite à lui révéler que ma femme m'a quitté peu après mon diagnostic. J'esquive en lui disant : mes filles sont à la maison pour veiller sur moi, à part l'aînée qui est partie étudier à la capitale.
— Et votre femme ?
— Elle s'est absentée, parviens-je à confier, un euphémisme.
— Je vois. Il est important d'avoir un proche en cas d'urgence dans votre cas. Je vais vous assigner une aide médicale qui pourra intervenir en cas de crise d'angoisse. Je vais aussi vous prescrire des relaxants en solution injectable, que vous devrez garder à proximité.
— Merci.
Le docteur Berger s'écarte soudainement de moi en aspirant bruyamment de l'air. Elle s'évente le visage et me demande :
— Vous ne trouvez pas qu'il fait chaud ici ?
— Euh, non. Pas vraiment. En fait, je me sens mieux que tout à l'heure, grâce à vous.
— Euh, non. Pas vraiment. En fait, je me sens mieux que tout à l'heure, grâce à vous.
Elle se détourne de moi et va ouvrir la fenêtre de son bureau. Dehors, il fait beau et on entend le chant des oiseaux qui résident dans le petit parc attenant à l'hôpital. De l'air frais entre par l'ouverture et fait voler quelques post-its sur le bureau du médecin. D'une voix que je trouve un peu plus forte et aiguë qu'au début de notre entretien, l'endocrinologiste reprend en revenant vers moi :
— Mr Larmont, prenons votre tension et j'effectuerai ensuite la prise de sang.
Vérifiant que ma pression artérielle est effectivement retournée à un niveau plus raisonnable, elle procède à ma seconde prise de sang. J'ai l'étrange impression qu'elle veut finir au plus vite mon rendez-vous, qui, je dois l'admettre, a dépassé l'horaire prévu d'au moins un quart d'heure. Elle rédige rapidement mon ordonnance, me fait régler la consultation, et me dirige vers la sortie du cabinet avec un grand sourire, mais d'une main ferme plantée dans le dos, puis me souhaite bon courage jusqu'à la prochaine visite.
Arrivé devant l'ascenseur, et un peu contrarié par la tournure des évènements, je me rends alors compte que dans la précipitation, j'ai laissé ma carte vitale sur son bureau. Je reviens sur mes pas, espérant qu'elle n'a pas déjà pris le prochain patient, et frappe doucement à l'entrée de son cabinet. Pas de réponse. Ne voulant ni la déranger ni paraître empoté, je décide d'ouvrir doucement la porte.
A l'intérieur, j'aperçois le docteur Berger qui se tient debout devant son bureau en trémoussant bizarrement sur place. Il me semble aussi qu'elle se tripote un sein par-dessus sa chemise semi-transparente. Attiré par le grincement de la porte, son regard trouve mes yeux. Je m'explique timidement, la gorge sèche :
— J'ai laissé ma carte vitale.
Elle tourne la tête vers le bureau et découvre comme moi l'objet de mon oubli, mais ne fait pourtant aucun mouvement pour me l'apporter. Elle me regarde à nouveau, comme si elle ne pouvait bouger de son emplacement, une main toujours posée sur son sein, l'autre caressant sa hanche. Confus, je rentre quand même dans son bureau, couvre rapidement la distance qui me sépare de la carte vitale et m'en empare sans prononcer la moindre parole. Je me tourne vers le docteur et l'observe, perplexe. Celle-ci me dévore des yeux alors que sa main droite pelote toujours son sein. Je crois deviner qu'elle se pince un téton devant moi alors qu'un petit gémissement s'échappe d'entre ses lèvres closes. Gêné, je m'échappe rapidement par là où je suis entré.
Arrivé dans mon véhicule, je réfléchis à ce qu'il vient d'arriver. Ce matin, Benjamin m'annonce que la chirurgie est un succès. Cet après-midi, l'endocrinologiste me livre un inquiétant compte-rendu. Qui des deux croire ? Mon meilleur ami, ou cette espèce de nymphomane que je viens de surprendre en train de se toucher entre deux visites ?
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