Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Conter une Amour — Chapitre 4 · Le Jardin de Ville
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Conter une Amour
Chapitre 4 · Le Jardin de Ville
Je me réveille en panique, comme à chaque fois que je sais que je dois me lever tôt pour une occasion spéciale, quelle qu'elle soit. Est-ce que j'ai loupé l'alarme ? Est-ce que je suis en retard ?
Mais à chaque fois ça ne loupe pas : non, je ne suis pas en retard, le réveil sonne dans trente-cinq minutes. Ça fait probablement déjà une bonne demi-heure que je tourne dans mon lit, dans un demi-sommeil, luttant de toutes mes forces pour dormir encore un peu, contre un subconscient qui, lui, n'a aucune envie de me laisser faire.
Mais à chaque fois ça ne loupe pas : non, je ne suis pas en retard, le réveil sonne dans trente-cinq minutes. Ça fait probablement déjà une bonne demi-heure que je tourne dans mon lit, dans un demi-sommeil, luttant de toutes mes forces pour dormir encore un peu, contre un subconscient qui, lui, n'a aucune envie de me laisser faire.
Tu dormiras une autre fois, merde ! S'il y a un jour à ne pas louper dans ta vie c'est bien aujourd'hui ! semble me hurler mon cerveau. Qu'il ait raison ou non, ça ne sert à rien d'insister : je ne retrouverai pas le sommeil pour les trente-deux minutes qui restent, c'est une certitude.
Pour la première fois depuis des mois, ma première action de la journée ne sera pas de t'écrire… Non que l'envie m'en manque, mais que dirais-je ? On se rencontre dans deux heures, après tout.
On se rencontre dans deux heures. Putain.
Là c'est bon, je suis réveillé : mon cœur battant dans ma poitrine s'en assure.
Enfin… Mon corps est réveillé, mon cerveau est réveillé, mais ma concentration est aux abonnés absents. Je ne sais plus faire aucun geste du quotidien : je cherche ma tasse dans le placard des pâtes, j'ouvre un deuxième sachet de thé en oubliant que je viens d'ouvrir le premier… J'oublie de faire bouillir de l'eau, mais de toute façon c'est pas grave : j'ai rempli le mug de jus de pommes à la place…
Mais qu'est-ce que tu fous, Nico ? C'est ça que tu vas lui présenter aujourd'hui ? Réveille-toi un peu, mon vieux…
Enfin… Mon corps est réveillé, mon cerveau est réveillé, mais ma concentration est aux abonnés absents. Je ne sais plus faire aucun geste du quotidien : je cherche ma tasse dans le placard des pâtes, j'ouvre un deuxième sachet de thé en oubliant que je viens d'ouvrir le premier… J'oublie de faire bouillir de l'eau, mais de toute façon c'est pas grave : j'ai rempli le mug de jus de pommes à la place…
Mais qu'est-ce que tu fous, Nico ? C'est ça que tu vas lui présenter aujourd'hui ? Réveille-toi un peu, mon vieux…
Encore seulement vêtu de mon caleçon de nuit, je dépose le breuvage sur la table basse et m'effondre dans le canapé du salon, où mon chat, comme à son habitude, saisit instantanément l'occasion de venir réclamer des câlins en broubroutant. Mais comme toujours, cet imbécile n'est pas arrangeant : il doit sentir mon agitation et refuse de s'installer sur mes cuisses. Après quelques minutes à passer et repasser sur moi, il décide finalement de se barrer à l’autre bout de l’appartement.
— Tu fais vraiment pas d'efforts ! Quand je dois bouger c'est impossible de te faire lever tes miches, mais alors quand j'ai besoin d'un câlin, tu me glisses entre les pattes comme un poisson ! P'tit con…
Je laisse l'animal m'engueuler de loin, et ferme un instant les yeux, tâchant de trouver un peu de calme et de souffler un instant. D'ordinaire, j'aurais allumé la télé pour mettre un bout de série, terminer le film de la veille ou continuer un jeu vidéo en cours, mais pas ce matin. Alors je fais ce que je ne fais jamais de ma vie : je reste sur place à ne rien faire, rien regarder, rien écouter. Je regarde mon thé raté refroidir…
Une vibration agite mon téléphone, et semble transmettre son rythme à mon cœur quand j'y lis ton nom.
La s***** ! m'écrié-je en-dedans en voyant ce que tu m'as envoyé.
La s***** ! m'écrié-je en-dedans en voyant ce que tu m'as envoyé.
Impossible de me méprendre quant à ce que montre cette photo… Le flash montre parfaitement que nous sommes sous une jupe, et là, ça, c'est… c'est…
Quelque chose que je rêvais - littéralement - de voir de toi depuis des mois. Mais avec un truc en plus, que je n'aurais pas imaginé… Putain. Tu arrives toujours à me surprendre…
Je rêve, ou elle m'a fait ça… à l'église ??
Quelque chose que je rêvais - littéralement - de voir de toi depuis des mois. Mais avec un truc en plus, que je n'aurais pas imaginé… Putain. Tu arrives toujours à me surprendre…
Je rêve, ou elle m'a fait ça… à l'église ??
- Sa****... <3 Tu comptes me faire craquer aujourd'hui, alors…?
— Non, pas du tout… :p
— Toi alors… Tu mériterais que ce soit le premier mot que je te dise de vive voix, tiens.
— Trop tard, c'est déjà fait, mon Amour…
— Non, pas du tout… :p
— Toi alors… Tu mériterais que ce soit le premier mot que je te dise de vive voix, tiens.
— Trop tard, c'est déjà fait, mon Amour…
Bon sang… Le pire - ou le mieux ? - c'est que c'est vrai… La première fois où je t'ai parlé à haute voix, le premier vocal que tu as reçu de moi, mon tout premier mot y était celui-ci. Pas Je t'aime, non… Ce mot-là.
Si ça ne suffit pas à faire reposer tout notre couple sur ce symbole, je ne sais pas ce qu'il faut…
Si ça ne suffit pas à faire reposer tout notre couple sur ce symbole, je ne sais pas ce qu'il faut…
Je regarde l'heure et constate qu'il faut que je commence à me préparer si je ne veux pas avoir à courir…
Devant mon placard ouvert, je bloque un instant, toujours pas très présent dans ma tête. À côté de mes tas d'habits, mon regard se porte dans le recoin où j'ai glissé ta lettre, posée là, en sécurité, pour être sûr de ne pas l'abîmer pendant mon déménagement il y a maintenant des mois…
Devant mon placard ouvert, je bloque un instant, toujours pas très présent dans ma tête. À côté de mes tas d'habits, mon regard se porte dans le recoin où j'ai glissé ta lettre, posée là, en sécurité, pour être sûr de ne pas l'abîmer pendant mon déménagement il y a maintenant des mois…
L’enveloppe prend naturellement sa place entre mes doigts comme à chaque fois que je le fais, avec grand soin. Une enveloppe toute simple au timbre bleu, où ton écriture que le mal te rendait difficile à cette époque a gravé mon nom et l’adresse d’une Poste Restante grenobloise…
Comme à chaque fois, je me remémore cette froide et pluvieuse journée de télétravail. Cette pause de midi dont j’ai profité pour filer en vitesse chercher ce courrier… La joie de le tenir dans mes mains, le sentiment de chance de pouvoir voir mon nom dans ton écriture… Ma fébrilité au moment de l’ouvrir… Mon émotion mêlée de surprise en en découvrant le contenu, comme je le redécouvre ce matin :
Comme à chaque fois, je me remémore cette froide et pluvieuse journée de télétravail. Cette pause de midi dont j’ai profité pour filer en vitesse chercher ce courrier… La joie de le tenir dans mes mains, le sentiment de chance de pouvoir voir mon nom dans ton écriture… Ma fébrilité au moment de l’ouvrir… Mon émotion mêlée de surprise en en découvrant le contenu, comme je le redécouvre ce matin :
“ M Ami
C'est la première fois que je t'écris. J'ai très probablement tort de m'imposer
ainsi dans ta vie d'aujourd'hui. Mais tu sais, avec Matthieu on pense souvent
à toi en réalité. Quel effet d'avoir osé, et de me dire que je suis entre tes
mille choses à faire et tes souvenirs ! Il se peut que ma lettre reste sans lende-
mains. Peut-être, en tout cas je l'espère, la chose aura-t-elle pu provoquer une
joie à ta lecture ? Nous verrons bien. Quelques nouvelles alors. Aujourd'hui, je
bosse dans un endroit que j'aime tant, d'autant plus lorsque j'en prends plein le
regard, comme la plupart des soirs finalement. Hier, on donnait Si Vous me pardon-
nez. Je me souviens de pas mal de chaudes soirées où je me suis régalée en jouant
cette pièce, à l'époque où l'on était potes. Le temps file vite ! Je revois en moi
la jeune femme sans expérience professionnelle, trop heureuse de pouvoir enfin
décrocher son premier rôle. Par contre, aïe, ce metteur-en-scène, je ne peux pas le
sentir, du moins les fois où le Maître a anticipé la permission de me laisser
lui parler. Pauvre type. Enfin, un artiste, quoi. Ce bourgeois-là a tout pour me dé-
goûter, lorsque la violence et la brutalité de son goût s'imposent sans gêne à ma
patience. Tu me connais... Que de la bouche. Je me console en déclamant notre belle
langue - ce qui me comble de plaisir à chaque fois. J'adore la puissance de cette
prononciation du Français baroque, et tu me verrais, courant sur scène à en perdre
haleine ! Je t'en dois tout ou presque, lorsque j'y pense : c'est toi qui m'y as
poussée, à mes débuts ! Et tu te rappelles sûrement le trac maladif auquel j'étais
soumise... Alors, permets-moi de t'adresser aujourd'hui ma gratitude pour chaque
petit mot d'encouragement de ta fraternité, alors même que tout en moi n'était que dés-
ordre ; j'en tremble encore à y repenser. J'ai presque honte de l'état de ma mi-
sérable existence d'alors : j'aurais dû larguer Clémence bien avant et faire place
nette, et j'aimerais que tu sois là à cet instant pour me voir ainsi, alors que je
suis sur le point de me marier ! Eh oui ! Tu le verrais... Trop beau, tellement
coule ! Ça colle grave, tu sais. Toi, tu vas dire : elle est en train de se mettre
dans une sacrée mouise, encore ! Mais pas cette fois; lui m'a passé un anneau sur
un doigt. Et j'espère qu'un deuxième le rejoindra bientôt, mais il y a de fortes chances.
Il s'appelle Matthieu. Ah oui, je te l'ai dit. Mon TDAH d'ailleurs, ça s'arrange !
Je me sens si ouverte en ce moment, si concentrée... Aucun doute que ça va rentrer
dans l'ordre assez vite : on m'a changé le médicament récemment. Ça va se régler
tout seul. Pas besoin de forcer ces choses-là chez moi, il suffit de me laisser
vivre la beauté de la vie, de m'autoriser le bonheur, et qu'on me laisse un peu déc-
ouvrir - même si je préfère le premier degré au second. Je ne peux pas taire que je te
recontacte surtout pour t'inviter à notre mariage. Je demeure, pour me répondre si tu
veux, toujours au même endroit, et la porte t'y sera à jamais ouverte, à toi mon
frère de rires, du temps du bahut. Sans mon père, cette maison j'en suis maintenant
propriétaire. J'aimerais t'y voir, et que tu me répondes oui si je te demandais de
bien vouloir être mon témoin... Mais sens-toi libre, dans la vie j'ai cessé de m'en-
téter... allez, juste un peu, comme ça, pour ne pas oublier tout ce que ça fait de
ne plus être la relou de service. Mais, et toi, as-tu rencontré quelqu'une pour
t'aimer comme il faut ? Si tu pouvais te tenir assis face à moi et que je sois là,
on se raconterait des milliers de trucs ! Je te dirais comment Matthieu s'est mis
à genoux pour demander. Enfin, je devrais plutôt dire "implorer", vu le ton...
Clémence me trompait genre une fois par an. Pas lui. Autrement, là, je t'écrirais :
Ces jours-ci, il me faudrait des bulles pour pouvoir célébrer un troisième mens-
onge qu'il m'a fait ! Mais non, il m'est bien fidèle, et on va plutôt fêter son ann-
iversaire. J'aimerais que ce soit à la fois léger, doux, beau, fort et amoureux.
Pas trop d'idées à part le restau habituel et un bouquin de SF. On verra bien.
Je n'ai pas trouvé de meilleur présent pour cette occasion ; puisse-t-il être reçu
sans déception. Mais j'ai peu de doutes, tant il est humble et délicat mon fiancé
en ce qu'il est, malgré ses limites qui sont aussi les miennes. Pour te dire : je
me sens si nulle à côté. Mais il faut bien t'accepter quand tu as un Matthieu qui
t'aime. A tantôt, peut-être...?
Sororalement,
A.-Marie.
PS : Si jamais, le thème de la noce sera : le Clair en haut, le Sombre en bas.
PPS : Au cas où tu te poses la question, c'est notre ami commun qui m'a donné ton adresse. Es-tu toujours en contact ? “
C'est la première fois que je t'écris. J'ai très probablement tort de m'imposer
ainsi dans ta vie d'aujourd'hui. Mais tu sais, avec Matthieu on pense souvent
à toi en réalité. Quel effet d'avoir osé, et de me dire que je suis entre tes
mille choses à faire et tes souvenirs ! Il se peut que ma lettre reste sans lende-
mains. Peut-être, en tout cas je l'espère, la chose aura-t-elle pu provoquer une
joie à ta lecture ? Nous verrons bien. Quelques nouvelles alors. Aujourd'hui, je
bosse dans un endroit que j'aime tant, d'autant plus lorsque j'en prends plein le
regard, comme la plupart des soirs finalement. Hier, on donnait Si Vous me pardon-
nez. Je me souviens de pas mal de chaudes soirées où je me suis régalée en jouant
cette pièce, à l'époque où l'on était potes. Le temps file vite ! Je revois en moi
la jeune femme sans expérience professionnelle, trop heureuse de pouvoir enfin
décrocher son premier rôle. Par contre, aïe, ce metteur-en-scène, je ne peux pas le
sentir, du moins les fois où le Maître a anticipé la permission de me laisser
lui parler. Pauvre type. Enfin, un artiste, quoi. Ce bourgeois-là a tout pour me dé-
goûter, lorsque la violence et la brutalité de son goût s'imposent sans gêne à ma
patience. Tu me connais... Que de la bouche. Je me console en déclamant notre belle
langue - ce qui me comble de plaisir à chaque fois. J'adore la puissance de cette
prononciation du Français baroque, et tu me verrais, courant sur scène à en perdre
haleine ! Je t'en dois tout ou presque, lorsque j'y pense : c'est toi qui m'y as
poussée, à mes débuts ! Et tu te rappelles sûrement le trac maladif auquel j'étais
soumise... Alors, permets-moi de t'adresser aujourd'hui ma gratitude pour chaque
petit mot d'encouragement de ta fraternité, alors même que tout en moi n'était que dés-
ordre ; j'en tremble encore à y repenser. J'ai presque honte de l'état de ma mi-
sérable existence d'alors : j'aurais dû larguer Clémence bien avant et faire place
nette, et j'aimerais que tu sois là à cet instant pour me voir ainsi, alors que je
suis sur le point de me marier ! Eh oui ! Tu le verrais... Trop beau, tellement
coule ! Ça colle grave, tu sais. Toi, tu vas dire : elle est en train de se mettre
dans une sacrée mouise, encore ! Mais pas cette fois; lui m'a passé un anneau sur
un doigt. Et j'espère qu'un deuxième le rejoindra bientôt, mais il y a de fortes chances.
Il s'appelle Matthieu. Ah oui, je te l'ai dit. Mon TDAH d'ailleurs, ça s'arrange !
Je me sens si ouverte en ce moment, si concentrée... Aucun doute que ça va rentrer
dans l'ordre assez vite : on m'a changé le médicament récemment. Ça va se régler
tout seul. Pas besoin de forcer ces choses-là chez moi, il suffit de me laisser
vivre la beauté de la vie, de m'autoriser le bonheur, et qu'on me laisse un peu déc-
ouvrir - même si je préfère le premier degré au second. Je ne peux pas taire que je te
recontacte surtout pour t'inviter à notre mariage. Je demeure, pour me répondre si tu
veux, toujours au même endroit, et la porte t'y sera à jamais ouverte, à toi mon
frère de rires, du temps du bahut. Sans mon père, cette maison j'en suis maintenant
propriétaire. J'aimerais t'y voir, et que tu me répondes oui si je te demandais de
bien vouloir être mon témoin... Mais sens-toi libre, dans la vie j'ai cessé de m'en-
téter... allez, juste un peu, comme ça, pour ne pas oublier tout ce que ça fait de
ne plus être la relou de service. Mais, et toi, as-tu rencontré quelqu'une pour
t'aimer comme il faut ? Si tu pouvais te tenir assis face à moi et que je sois là,
on se raconterait des milliers de trucs ! Je te dirais comment Matthieu s'est mis
à genoux pour demander. Enfin, je devrais plutôt dire "implorer", vu le ton...
Clémence me trompait genre une fois par an. Pas lui. Autrement, là, je t'écrirais :
Ces jours-ci, il me faudrait des bulles pour pouvoir célébrer un troisième mens-
onge qu'il m'a fait ! Mais non, il m'est bien fidèle, et on va plutôt fêter son ann-
iversaire. J'aimerais que ce soit à la fois léger, doux, beau, fort et amoureux.
Pas trop d'idées à part le restau habituel et un bouquin de SF. On verra bien.
Je n'ai pas trouvé de meilleur présent pour cette occasion ; puisse-t-il être reçu
sans déception. Mais j'ai peu de doutes, tant il est humble et délicat mon fiancé
en ce qu'il est, malgré ses limites qui sont aussi les miennes. Pour te dire : je
me sens si nulle à côté. Mais il faut bien t'accepter quand tu as un Matthieu qui
t'aime. A tantôt, peut-être...?
Sororalement,
A.-Marie.
PS : Si jamais, le thème de la noce sera : le Clair en haut, le Sombre en bas.
PPS : Au cas où tu te poses la question, c'est notre ami commun qui m'a donné ton adresse. Es-tu toujours en contact ? “
Je me souviens de ma situation de l’époque, encore en couple dans une relation qui battait de l’aile depuis bien trop longtemps. Raison pour laquelle ce courrier ne pouvait pas arriver à mon adresse, et raison pour laquelle tu as voulu rendre le contenu de cette lettre cryptique, afin que son véritable message reste dissimulé aux regards curieux…
Et pour ça, tu as sacrément bien fait ton travail, puisque moi-même je n’ai pas su en comprendre la clé : tu as dû me l’expliquer… Tout à mon émotion, j’ai oublié qu’on prêtait à deux écrivain.e.s et amant.e.s célèbres une lettre similaire, où sous un message tout à fait banal se cachait, de la même manière, un autre bien plus grivois.
Les deux mains sur chaque côté de la feuille, tenue soigneusement pour ne surtout pas l'abîmer, je prends quelques minutes pour relire l’intégralité de tes mots, pour admirer le talent avec lequel tu les as assemblés pour atteindre ce résultat. Puis je la replie avec la même attention et la glisse à nouveau dans l'enveloppe, pour m’emparer des deux rubans qui la scellaient, un par un. Je frotte d’abord doucement le beige entre mon pouce et mes autres doigts, avant de le porter à la bouche pour qu’il caresse mes lèvres, comme je le fais à chaque fois. Ensuite, je le range ; je fais de même avec le ruban orange, avant d'enfin refermer l’enveloppe et de la remettre à sa place.
Bon, c’est pas le tout, mais ça ne me dit pas comment je m’habille, tout ça… Okay, on n’est pas tellement une pointure en termes de style, mais pour un jour comme aujourd’hui, on va faire un petit effort, nan ?
Qu’est-ce qu’elle aime… Les chemises, elle aime bien. On va peut-être éviter les T-shirts rigolos ou qui font peur pour une fois… Ou alors le plus sobre que j’ai, à mettre en dessous… il fait quand même pas bien chaud… Bon, mais je mets quoi avec ? Bah ça va être vite vu, y’a que des jeans là-dedans. Le jean bleu ? Le jean bleu foncé ? Le jean noir ? Yes, ça c’est du choix.
Ou alors… Non…
… Si ? Et pourquoi pas, après tout ? Allez, un peu d’audace… C’est toi qu’elle vient voir, alors sois toi-même !
Ou alors… Non…
… Si ? Et pourquoi pas, après tout ? Allez, un peu d’audace… C’est toi qu’elle vient voir, alors sois toi-même !
Je mets un truc en-dessous ? Elle l’a pas fait, elle… Oui, mais elle a l’habitude. Et puis elle l’a fait pour m’exciter… Et sur moi, qu’est-ce qu’il l’exciterait le plus ? Avec, ou sans ?
Avec… Sûr que c’est avec. Ou… presque sûr. Disons avec. Ouais. Allez.
Avec… Sûr que c’est avec. Ou… presque sûr. Disons avec. Ouais. Allez.
Je retourne sur Discord pour voir ta photo. Toi alors… Tu sais toujours comment me faire bander en quelques secondes. Que ce soit un mot, un son ou une image, tu as systématiquement l’idée qui va me faire réagir au quart de tour… Je me sens à l’étroit dans mon boxer, et suis content de ne pas avoir choisi un pantalon serré pour m’habiller en bas. Il suffit de quelques instants de plus pour que je sente physiquement, à l’intérieur de mon sexe, la goutte de liquide huileux que tu sais si bien me faire sécréter remonter jusqu’à mon méat, où je sais qu’elle va donner à mon sous-vêtement cette odeur forte que j’aime tant… et que tu vas peut-être, enfin, pouvoir sentir toi aussi.
Allez, Nico, calme-toi, t’as une demi-heure de marche pour y aller, tu vas pas le faire avec une érection…
Le choix fait entre les rares paires de chaussures que je possède, je vérifie à deux reprises, comme d’habitude, que j’ai bien mes clés, mon téléphone, mon portefeuille. Un câlin à mon chat qui laisse instantanément des poils blancs sur ma tenue noire, et me voilà parti.
Brrr… C’est vrai qu’il fait pas chaud, pour porter ça… Bah, tant pis, ça se réchauffera en marchant.
La marche m’aide à me calmer, du moins pendant les vingt premières minutes, à défaut de me rendre mes esprits. Mais alors, arrivé à Victor Hugo, plus rien ne peut réprimer ma fébrilité… Pourvu que je lui plaise… Pourvu que j’arrive à trouver des trucs à dire… Pourvu…
Et voilà, on y est. Le Jardin de Ville est là. Et mon cœur n’a jamais tambouriné aussi fort…
Au moins je n’ai plus froid du tout, maintenant. Comme quoi, c’est bien les Highlanders qui avaient raison : le kilt, ça tient chaud, finalement.
Au moins je n’ai plus froid du tout, maintenant. Comme quoi, c’est bien les Highlanders qui avaient raison : le kilt, ça tient chaud, finalement.
Je ne mets pas longtemps à te trouver : nous pensons si facilement de la même manière, toi et moi. Évidemment qu’on préfèrera se rencontrer au milieu de l’herbe, plutôt qu’installées sur un même banc sans pouvoir se regarder en face…
Dieux que tu es belle. Impossible de ne pas te remarquer, même si tu as choisi des vêtements plutôt discrets - selon tes critères, du moins. Je me sens rougir quand nos regards se croisent la première fois, alors que je suis encore à une bonne quinzaine de mètres. Que cette distance me semble longue à parcourir…
Je souris naturellement, d’émotion, d’un peu de gêne, peut-être, que sais-je ? Et je t’admire, d’un regard que j’espère pas trop insistant. Ta longue chevelure blonde aux reflets roux si joliment coiffée, ton visage, tes yeux dont j’ai tant rêvé, et tes lèvres, tes lèvres… Je retiens mes yeux vers le haut, ne les autorise pas à descendre plus bas que ta nuque pour le moment, ou seulement très brièvement, pour qu’ils ne te gênent pas, du moins pas encore, pas tout de suite… Même si la vue courte et sage de ta jupe rappelle à mon esprit ce que tu as caché en-dessous…
Quelques pas de plus, cinq secondes longues comme des heures, et me voici près de toi. Je suis près de toi. Bon sang…
Un court raclement de gorge, un bonjour finalement bien plus doux que stressé, et me voici installé à côté de toi, les jambes en tailleur sur lesquelles je rabats tout de suite correctement l’étoffe qui me couvre les jambes.
Un court raclement de gorge, un bonjour finalement bien plus doux que stressé, et me voici installé à côté de toi, les jambes en tailleur sur lesquelles je rabats tout de suite correctement l’étoffe qui me couvre les jambes.
Je suis amoureux…
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Commentaires ()
En effet ! Et c'est un de mes biens les plus précieux. Un témoin, que j'adore, à la fois de l'Art des mots et de l'Amour de ma bien-aimée.
Oh, et c'est une très belle idée la lettre sur le modèle de celle d'Alfred et George !