Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Un jour à la CAF — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteurs
Un jour à la CAF
Chapitre 1
Je ne suis pas de nature provocante ni exhibitionniste et je ne pensais pas qu'à trente-six ans, nouvellement séparée d'un compagnon avec qui j'ai partagé presque dix ans de ma vie, ces choses-là pourraient changer. Oui, en me levant ce matin je n'imaginais pas que quelque chose allait se passer dans mon corps, quelque chose d'agréable et de troublant à la fois, quelque chose qui me fait presque peur, mais en même temps qui m'attire.
Car ce matin je dois aller à la CAF, je ne comprends pas que mes allocations aient baissé ce mois-ci alors que mon salaire n'a pas changé et qu'ils ont bien pris en compte mon récent statut de célibataire. Alors je me douche, m'habille d'une petite robe d'été bleu en coton que j'adore et que j'ai eu plaisir à ressortir des cartons avec le retour des beaux jours, et me chausse de ma paire de fidèles Converses All Star semi montantes blanches. Me voilà prête pour une longue attente dans ces locaux mal climatisés et certainement surchargés de bénéficiaires en rade comme moi !
Bingo ! La salle d'attente est pleine et les gens s'entassent sur des chaises pliantes de chaque côté du couloir. Allez ma grande, prends un ticket ! C'est le 37B et le tableau central affiche d'un côté 24B et de l'autre 15C. Dans ces moments-là je me fous de ce que pensent les gens, de la politesse et des bonnes manières alors, comme je n'ai pas envie de voir leur tête, je mets mes lunettes de soleil et ai ainsi l'impression que ça m'isole du reste du monde. Je sors mon bouquin de mon petit sac à dos et me plonge dans ses pages.
Alors que j'attends depuis environ dix minutes, les fesses mâchées par le métal d'une assise inconfortable, un homme d'une quarantaine d'années au teint mat, aux yeux clairs et à la barbe de trois jours grisonnante comme ses cheveux poivre et sel coiffés en bataille, vient s'assoir presque en face de moi. Ce que j'aime avec mes lunettes de soleil qui, sans être trop sombres, masquent totalement mon regard, c'est de pouvoir donner l'impression que je continue à lire tout en regardant ce qui se passe autour, il suffit pour cela de ne bouger que les yeux et pas la tête.
Contrairement à moi, l'homme n'a pas de livre. Durant ces longues attentes, je le plains, car au bout d'un certain temps on ne sait plus vraiment quoi faire de ses yeux. Personnellement ça m'amuse de le voir s'impatienter, regarder sa montre, prendre son téléphone pour en faire je ne sais quoi puis le glisser à nouveau dans la poche arrière de son bermuda en jean. Alors que je reste imperturbable derrière mes lunettes de soleil et mes longs cheveux bruns retombant sur mes épaules et sur le haut de ma poitrine, je sens son regard se poser de plus en plus souvent sur mes jambes nues et fraîchement épilées. Le soleil de printemps n'a pas encore eu le temps de les dorer de ses rayons, mais je les aime bien mes petites gambettes musclées par les petites foulées quotidiennes qui entretiennent ma forme physique, mais aussi psychique, car j'ai besoin de faire du sport, c'est pour moi quelque chose de vital.
Imperturbable vous dis-je ? Et bien pas tant que ça finalement, car ces regards me troublent. Ils ne sont pas intrusifs, sinon ils me dérangeraient, ils sont même plutôt timides, mais me donnent l'impression d'être comme des caresses involontaires sur mes jambes, comme un contact furtif sur ma peau presque électrique. Je me force parfois à reprendre ma lecture même si je n'ai plus du tout la tête à ça, juste pour ne pas être surprise à mater mon mateur. C'est fou comme les idées viennent vite dans ces moments-là, moi qui vis seule depuis presque trois mois, je me sens en même temps libre, mais prisonnière de mes valeurs, prisonnière de mes principes comme quoi une salle d'attente de la CAF n'est pas un lieu de rencontre. Car que sais-je de cet homme ? Est-il marié ou pas ? Je crois que je n'ai pas envie de le savoir en fait, mais juste de profiter de ce dont il profite, de ses yeux sur la peau blanche et douce de mes jambes.
Je sens des choses bouger dans mon ventre, une forme d'impatience, mais différente de celle du début, différente de celle dépendante de ce fichu tableau qui affiche maintenant 31B et 18C. Une impatience justement que le temps ralentisse pour que ses yeux s'attardent encore sur moi. Alors, aidée par la rudesse de l'assise qui me force à changer de position afin de soulager mes fesses endolories, je me tourne un peu de côté et croise ma jambe droite par-dessus la gauche. Je prends conscience qu'ainsi le liseré de ma robe est remonté et dévoile maintenant plus de la moitié de ma cuisse. Je sens le rouge aux joues monter suite à ce mouvement involontaire... enfin, peut-être pas si involontaire que ça, mais dont je n'ai peut-être pas bien mesuré la portée... Je ne sais pas, je ne sais plus...
Quoi qu'il en soit mon homme ne s'agite plus, je le sens même concentré, presque hypnotisé par le galbe de ma cuisse. La chaleur de mes joues gagne peu à peu mon bas-ventre déjà si plein du désir de plaire, de séduire à nouveau, et je me sens presque sale de m'exhiber ainsi en ces lieux. Mais je dois avouer que j'y trouve du plaisir. Le plaisir d'une femme négligée dans les derniers temps de sa vie de couple par un homme qui ne m'aimait plus. Alors oui je m'en moque de ce que pensent les gens, j'aime l'idée de plaire à cet homme, j'aime l'idée qu'il puisse me désirer et de toute façon tout ça est déjà fini, car ça sonne ! 37B c'est à moi...
Mon rendez-vous se passe. Ma conseillère est sympa, mais j'ai la tête ailleurs et la pauvre doit souvent se répéter afin que je comprenne tout ce qu'elle m'explique. Mon dossier est complet, la baisse est normale... Et ouais, ça coûte un "pognon de dingue" ces allocs alors il faut bien que ça baisse pour sauver la France de la ruine ! En sortant, je n'ai plus mes lunettes et je me sens presque nue sans elles. Lui est encore là, il pianote sur son smartphone, peut-être un message à sa femme ? Je ne le saurais jamais... Il relève la tête sur mon passage, me regarde et me sourit. Moi je le découvre enfin de mes yeux nus, dans tout son naturel, et lui souris aussi...
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Commentaires ()
Court mais agréable à lire
Philippe Delerm a écrit un petit recueil de récits du quotidien qui s'appelle "La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules", Paul Fort un poème "Les passantes"...
Un homme pourrait écrire "Vue sur les cuisses d'une femme et autres plaisirs simples du quotidien"...
J'adorerais lire un tel récit des petits plaisirs du quotidien :)
J’aime beaucoup ta présence émotionnelle et ton ressenti dans un lieu particulier comme celui là…trop court
L'attente était longue en revanche... Mais très riche émotionnellement aussi :)
Très sympa en tout cas
Une bele femme qui se dévoile a peine, doucement, presque timidement.
Mutine elle le devient, je suis persuadé qu'elle a recommencé ailleurs ....
J'aurai tellement aimé être sur la chaise, en face de vous !!!
j'aime votre sensibilité et votre vérité (puisque c'est une histoire vraie )
Plus facile à dire qu'à faire, mais je me suis un peu libérée depuis cette expérience, même s'il est possible que ça ne soit pas encore assez à vos yeux ;)
Réponse le 30/08 en espérant que vous ne soyez pas trop déçu...
Vous devriez vous lâcher et essayer de vivre pleinement une vraie séance d'exhibitionisme dont vous semblez rêver "secrètement". Je suis persuadé que vous y prendrez beaucoup de plaisir