Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Sang D'encre — Chapitre 1 · Texte écrit pour le concours "Halloween 2023"
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Sang D'encre
Chapitre 1 · Texte écrit pour le concours "Halloween 2023"
Plus de lumière ! La nuit est là qui cerne tout. Les ombres dans la rue commencent à s'agiter. Derrière les carreaux, un visage blême qui guette chacun des mouvements de ces fantômes sortis de nulle part, de terre ou de tombeaux. D'une main qui tremble, pour que cesse le vertige de cette peur viscérale qui noue l'estomac de la vigie sur le point de vomir, elle frotte la mollette du briquet. Une flamme jaillit, qui troue l'obscurité. Les yeux rouges braqués sur sa lucarne, les gnomes hideux se faufilent dans la moindre encoignure, la plus petite des anfractuosités de cette longue rue.
Court répit procuré par une flamme vacillante d'une bougie qui doit tenir le temps d'une nuit. Dans la pièce, les chinoiseries projetées par la lueur chancelante de la cire en feu dessinent sur les murs et les meubles des halos de frissons. Le fantôme reprend des couleurs, une respiration moins saccadée et pousse un vrai soupir de satisfaction. Les grelots des elfes s'écartent de cette fenêtre, où deux yeux énormes, ciselés dans la chair orangée gardent un semblant de vie. Le vent hurle à la mort, venant de l'est et la pauvre petite chose qui refuse de s'endormir se recroqueville sur sa couche.
Ne pas souffler sur l'unique trace d'espoir qui grelotte dans sa citrouille, sur le rebord intérieur de la baie vitrée. Une prière vers un Dieu sans visage et sans nom, vers un ciel noir d'encre, et rêver que ça va suffire. Les sons, cavalcade des affreux qui reviennent en force, vers l'unique source d'une existence dans la ville, seulement stoppés par la minuscule loupiote, sont toujours dans les parages. Ne pas s'enfoncer dans le sommeil, veiller à ce que la mèche brule encore et encore… panique un peu plus l'esprit enfiévré. Les autres… c'est elle qu'ils veulent ?
Sa chaleur sans doute ! Mais le soleil miniature protecteur est là qui se berce au plus petit courant d'air. Combien sont-ils, tapis dans la nuit gluante, prêts à se jeter sur l'abri précaire de la piaule où le lit commence à danser ? Le retenir, oui… ne pas le laisser renverser la mince protection qui englobe d'une pâle luminosité le monde fantasmagorique de la demoiselle perdue. Déjà, des mains au bout de longs bras décharnés sont là, qui griffent les vitres. Le dernier rempart solide avant que les monstres ne s'acharnent sur le corps d'Adèle qui flotte dans une brume poisseuse.
Loin ? Trop proche pourtant, un cri, gémissement inquiétant qui résonne dans sa tête repousse les limites d'une trouille immonde. Pourquoi ce fichu soleil ne se relève-t-il pas de son absence si difficile à gérer ? Va-t-il venir ? Mais les méchants qui rodent, qui prennent leur élan pour bondir, n'arriveront-ils pas avant l'aube salvatrice ? L'abime sous le plancher, qui creuse un puits sans fond fait tout tanguer dans les environs. Adèle n'a plus la force de crier, de respirer, de bouger ne serait-ce qu'un cil.
Se raccrocher à tout ce que ses ongles peuvent agripper. Le drap sur lequel elle est assise, le sommier qui supporte la literie, le matelas, tout chavire et l'eau monte avec la marée qui noie son esprit. Non ! Comment nager dans cette boue qui gicle de tous les pores de sa peau ? Et sa gorge qui se serre sans pour cela laisser filtrer le moindre filet de voix. Les muscles qui se tendent, la douleur insupportable qui tétanise tous ses nerfs et lui vrille le cerveau. Pourquoi ? Pourquoi personne ne vient-il pour la secourir ? Adèle donnerait tout pour sortir de cet étau.
La tige de cire s'amenuise, mourant lentement sous la flammèche qui la dévore. Où sont les autres cierges ? En préparer un nouveau, pour garder vivante encore un instant la nuit qui va se refermer sur elle ! Le briquet ! Où a-t-elle collé ce sauveur qui joue à cache-cache ? Là ! Zut ! Il choit dans ce trou béant qui s'étale sous le plumard qui vole au-dessus d'une étendue dont elle ne devine plus aucun contour. Fermer les paupières, s'accrocher à une image heureuse. Oui ? Mais où en dégoter une dans une cervelle qui se délite lentement, ouvrant ainsi la porte à ces démons qui la hantent.
Pas moyen de domestiquer sa poitrine qui monte et descend irrationnellement, l'entrainant irrémédiablement vers une panique sans borne. Et l'astre de lumière qui refuse de montrer son museau. Pourquoi tarde-t-il tellement à faire courir ses rayons tendres sur la surface de ce qui l'engloutit inexorablement ? La couche est trempée. Il ne pleut cependant pas ! Vient l'odeur. L'anxiété possède donc un parfum spécial ? Adèle qui se maintient au montant de son lit d'une main soulève l'autre pour la humer. De l'urine… elle s'est pissée dessus ?
C'est moindre mal. Les cafards qui rampent partout dès que les ténèbres prennent le dessus sont là qui la frôlent. Elle pue, le sait, le sent. La nuit… il faut qu'elle se termine, vite, très vite pour que tout rentre dans l'ordre. Pourquoi se focalise-t-elle autant sur l'aurore qui ne nait pas, pas encore. Où est le salut ? Dans l'avènement du Roi-Soleil ou dans la mort des heures sombres ? Un peu des deux ? Mais ni l'un ni l'autre ne lui rendent grâce et le délire la fait transpirer. Un boucan du diable, une tôle arrachée par la bise ou la grande faucheuse qui approche ?
Si elle doit crever, que ce soit rapide ! Il n'y a plus d'endroits de son corps qui ne soient pas souffrance. Une prière, vite ! Comment prie-t-on ? C'est fou, ne plus avoir assez de conscience pour juste un « Notre Père, » ou un « je vous salue Marie ». Les paroles ! Quelles sont-elles ? Promis, juré, craché, si elle s'en sort, elle apprendra tous les psaumes du livre saint. Sur la tablette de la croisée, la chandelle se réduit comme peau de chagrin. La remplacer est vital. Mais comment faire un mouvement alors que tout n'est que douleur ?
Ah oui ! Une image douce ! Un effort pour se creuser une dernière fois la cervelle, avant que celle-là ne se dilue en une soupe épaisse et ne lui sorte par les narines ! Brune ! Les cheveux noués en un chignon splendide… sa maman qui sourit. Les lèvres rouges, et un coup de cœur, alors que le reflet qui commençait à lui faire un bien fou s'évanouit. Les elfes ont volé ses souvenirs. Rendez-moi ma mère, ne me prenez pas ce que j'ai de plus cher. Un rire gras, trouble, venu d'elle ne sait où, c'est le seul écho qui lui répond.
Un haut-le-cœur, dû à l'odeur écœurante de la sueur et de la pisse secoue le corps d'une Adèle qui vomit. Cette fois, c'est la déchéance complète. Rien ne lui est épargné. Une énième tentative pour rouvrir une paupière terriblement lourde et extrêmement douloureuse. Rien d'autre que le noir et la tremblotante étincelle du lumignon sur le bord de la fenêtre. Une punition pour quels péchés ? Ne pas lâcher le radeau qui tient encore la mer, dans une marée déchainée. Et l'obsession de la lumière qui elle aussi se maintient à flot. Qu'est-ce qu'elle va apporter cette lueur blafarde terriblement désirée ?
Qu'est-ce qui vient de claquer ? Le tonnerre ? En octobre ? Non. Alors les génies mauvais qui la persécutent ont-ils trouvé une faille ? Le mal de mer est là qui fait danser la nappe frémissante et grouillante d'une vague ignoble. Les morts-vivants, les zombies refont surface, peste d'un cauchemar sans fin. Essayer de reprendre son souffle, desserrer sa poitrine d'une étreinte inouïe ! Juste un bol d'air dans ses poumons, la seule solution pour survivre pour Adèle… respirer, une fois, oui, encore une fois. Ouf… une seconde de gagnée, c'est une éternité de vie.
Il est donc entré ? Dans le carreau, avec une bouche crantée, des yeux globuleux, il est là qui la nargue. Sale démon rigolard, venu pour la tourmenter. Plus malin que les autres celui-là, moins peureux puisqu'il a contourné l'obstacle de la bougie ! Mince… le repousser, c'est ce qu'il faut absolument. Adèle tend la main… dans un geste quasi surhumain. Et aïe ! Qu'est-ce qui vient de la bruler avec une telle violence ? Pas possible ! Elle s'attaque à sa seule protection ? C'est exactement cela. La paume de la main ouverte ne repousse pas un assaillant, mais sa seule garantie contre le noir. La chandelle… elle manque de s'éteindre, bousculée par l'incursion malvenue de la patte.
Toujours ce yoyo dans son ventre, voyage de bile entre gorge et estomac, qui du bord des lèvres déverse son trop plein en jets amers. Puis un filet vague d'un soupçon de jour. Lentement, sans se presser, les rayons d'un soleil naissant qui flirtent et dansent enfin au-dessus de la cime des toits du village. Une à une les ombres s'évanouissent en bulles de savon irisées, emportant avec elles ces créatures fantasmagoriques qui assiègent Adèle dès la tombée du soir. Quelque chose de frais lui caresse la joue, et soulève ses paupières, l'une après l'autre. Le cœur s'apaise au rythme de la montée dans le ciel matinal d'une lumière douce.
Maintenant vient la voix ! Agréable, douce, murmure qui lui vrille les tympans la libérant de ses chaines. Tout est blanc, sauf celle qui passe sur sa frimousse un linge humide.
— Mon Dieu… Adèle ! Dans quel état tu te trouves encore ! Tu es certaine que ça va ?
—…
—…
Sont-ce de vrais mots ? Ou bien son imagination les invente-t-elle une fois de plus pour mieux la contrôler ? Elle n'arrive pas à répondre, à seulement se souvenir de ce qu'elle fait là ! Quelle est cette chambre qu'un jour tout neuf arrose de sa bienveillante lumière ? Et puis… ses bras qui ne bougent pas, malgré la traction qu'elle exerce sur eux. Ses jambes non plus ne sont donc pas libres ? Une autre montée d'une sueur froide la tétanise, réveillant sa peur qui se fait moins présente depuis une minute ou deux.
— Sois patiente, ma chérie… ils vont bien finir par te remettre sur pied.
Ça veut dire quoi ? Dans sa caboche tout s'emmêle. Un embrouillamini qu'elle ne gère pas, qui la ronge. La trogne déformée qui se penche sur elle, elle n'est plus douce et calme. Non, elle est… masquée de vert et lui plante dans les yeux une lampe qui remonte jusqu'à son cerveau. Un affreux qui veut lui voler son âme ? La terreur s'empare de cette Adèle plus morte que vive. C'est le tonnerre désormais qui entre dans ses oreilles…
— Ne restez pas là, madame… elle est encore en phase de réveil ! Dans une petite demi-heure, elle devrait retrouver un peu de calme… Une chance que vous l'ayez trouvée à temps… si c'est pas malheureux !
La douceur de la voix amie, le voleur d'âme la chasse ? Mais lui aussi n'est plus là. Ouf ! Deux anges la bichonnent, la caressent avec des gestes tendres. Une chaleur qui se propage sur chacun des endroits que les deux-là visitent. Ça y est… elle sait, comprend. Les passages qui se font sur son corps… ce sont des mains qui lavent les souillures nocturnes. Quatre pattes pour l'embellir, la rendre moins moche ? Comme c'est bon d'être dorlotée. Mais… pourquoi reste-t-elle accrochée à ce lit, collée sur le dos alors que durant toute la période sombre elle a tenté de s'y maintenir ?
Plus de bruit, seulement la lumière, et ce long mur blanc qui lui fait face. Tout est silence. Il est seulement perturbé par des grondements sourds, des bruits de pas également. Les fantômes de la nuit sont remplacés par une armée de séraphins qui vont et viennent, coupant l'éclairage de leurs ailes roses ou blanches. Un chérubin lui prend le bras… qui même délié de ce qui la retient au lit pèse un poids phénoménal. Le même pose sur sa poitrine un objet rond, brillant, froid, lequel est relié à lui par les oreilles ?
Au pli du coude, un fil qui pend d'elle ne sait où, et Adèle de nouveau qui s'affole. Prisonnière de ces vampires qui lui sucent le sang, qui la séquestrent sans raison ? La voix… bienveillante et harmonieuse et de retour.
— Oh ! Ma chérie… plus jamais, plus jamais… comme je voudrais que tu me le jures !
Adèle est prête à tout, à jurer tout ce que la voix désire. Mais pourquoi est-elle là ? Et qui est celle qui lui murmure des bouts d'amour… des mots qui l'éclaboussent d'une bonté sans faille. À qui est ce visage rond, souriant, d'un ovale qu'encadre une chevelure brune et souple ? Elle de son côté voudrait hurler qu'elle ne sait pas, qu'elle ne pige pas où elle se trouve, ni ce qu'elle a fait pour mériter d'être pourchassée toute la nuit par des hordes de bêtes abominables. Mais rien ne sort de sa gorge. Tout est donc dans sa tête ?
La douceur aussi ? Comment savoir si finalement elle peut se laisser engloutir par ce sommeil que son corps réclame ? Et puis… fait-il vraiment jour ? N'est-ce pas une fois encore un artifice de ces vilains démons qui la torturent ? Une agitation, une envolée de rose et de blanc qui encadre sa couche. Une piqure d'une guêpe qu'elle n'a pas seulement vue arriver et le trou noir où elle glisse. Parois lisses qui n'offrent aucune prise aux ongles qui tentent pourtant de freiner la descente vertigineuse. Le néant est là…
— xXx —
D'abord, une grande sensation de chaleur et de bien-être. Puis une vibration étrange, comme si… tout était différent. Plus de battements de cœur désordonnés, non ! Simplement une zénitude et une sérénité formidable. Tout semble feutré, dans un environnement cotonneux, où chaque chose a repris une place plus normale. Un monde pas encore tout à fait vrai, vivant, mais bien plus accueillant que celui d'où elle émerge. Elle est jeune la fille qui se penche sur elle.
— Eh bien ! Vous pouvez vous vanter de nous avoir fait une sacrée peur.
—… ?
— Votre maman va arriver ! Le pire est derrière vous !
—… je…
— Chut ! Ne dites rien. Rien pour le moment… il faut du temps pour que vous retrouviez la parole complètement.
— La parole ?
—… ?
— Votre maman va arriver ! Le pire est derrière vous !
—… je…
— Chut ! Ne dites rien. Rien pour le moment… il faut du temps pour que vous retrouviez la parole complètement.
— La parole ?
La femme lui sourit… c'est si beau un sourire. Son bras… il est toujours relié à un fil, mais c'est juste la vie qui coule dans ses veines. Oui… et là, une nouvelle voix qui résonne dans sa tête.
— Adèle… tu es réveillée… mon Dieu ! Je suis si heureuse. Il s'en est fallu de peu…
—… ?
—… ?
Elle est sans voix. Il n'y a pas encore dans sa tête, la force suffisante pour hurler son amour à celle que d'un coup elle reconnait. Maryse… sa mère qui la berce de mots d'amour, de son indéfectible tendresse. Maryse, c'est bien elle qui lui fredonne ces phrases qui lui rappellent que le ciel peut encore rester bleu, que la ronde des jours et des nuits n'est pas interrompue ! Comme c'est douloureux de ne pas pouvoir lui répondre. Une main chaude se referme sur ses doigts… et c'est si merveilleux… Pourquoi est-elle au bord du vide ? Que lui est-il arrivé ? Tout se bouscule dans sa mémoire.
C'est un énorme trou noir qui a tout avalé de ses souvenirs. La main si douce qui remonte une mèche de cheveux visiblement récalcitrante, puis dans les yeux qui la scrutent, un mélange de joie et d'inquiétude. Une mélodie qui entre dans son crâne, avant qu'elle ne saisisse que ce sont les paroles de Maryse qui font leur chemin dans son cerveau.
— Comment as-tu pu te mettre dans un pareil état, ma chérie ?
—…
—…
Quel état ? Il faut assimiler ce que dit cette maman qui la couve. Fouiller au plus profond d'elle pour faire le point ! Oui ? Mais sur quoi ? Elle ne sait pas seulement où elle est, pas plus qu'elle ne se souvient de ce qui l'a amenée ici ? Parler est si pénible. Une infirmière est de nouveau près du couple étrange formée de la mère et de sa fille. Un homme aussi suit la blouse rose. Celui-là est tout de blanc vêtu.
— Alors ! Notre jeune demoiselle se remet doucement ? Vous m'entendez ?
—…
— Vous en avez encore pour un jour ou deux avant d'être totalement remise sur pied… suivez mon doigt !
—…
— Vous en avez encore pour un jour ou deux avant d'être totalement remise sur pied… suivez mon doigt !
Il tend un index et le déplace de droite à gauche. Les billes rondes de la patiente suivent le cheminement du doigt et il affiche un large sourire. Ensuite, il tapote sur l'épaule de celle qui ne pige rien.
— Bon… vous êtes saine et sauve, mais attention, mademoiselle, si vous recommencez, vous pourriez bien y laisser votre peau.
Sa peau ? Mais pourquoi ? Les démons de minuit ne l'ont-ils pas bouffée toute crue ? Et puis qu'est-ce qu'ils racontent tous ? Qu'est-ce qu'elle fait à l'hôpital ? Parce que visiblement c'est un toubib, ce type qui disparait dans le corridor.
— Il y a longtemps que tu prends de cette saloperie, Adèle ?
—…
—…
Merde ! En voilà une de question ! Elle ne sait pas ce que Maryse veut dire. Elle ne se drogue jamais. Et puis… essayer de parler l'exténue pour de bon. Mais sa peur panique de replonger dans son pire cauchemar est si présente. Non ! Ne pas refermer les paupières de plus en plus lourdes, rester éveillée pour ne pas couler. Sa main se crispe sur celle de sa mère qui se tait. La lueur dans l'œil brun de Maryse, une flamme d'amour. Cette femme, cette mère à qui se raccrocher, c'est juste trop bon. Puis le long tunnel où glisse son âme.
À la porte, les lumignons qui dansent par les yeux d'une citrouille sont là, qui font face à la jeune femme. Adèle revient aux confins de la farandole formée par des gnomes en culottes courtes. La vie ou les bonbons et elle préfère les bonbecs fabuleux. Mais ce type qui lui tend un chamallow rose et blanc… lui sourit. Elle avale cette friandise et puis… c'est le néant. Une longue pause, un arrêt sur image, avant que ne revienne la cohorte de gamins et leur tournée d'Halloween… Mais comment se souvenir de cette sucrerie qui l'entraine vers un puits sans fond ? Elle descend de plus en plus profondément… avec pour seule boussole que cette main douce qui la rattrape dans sa chute vertigineuse.
— xXx —
Le soleil inonde la pièce. La machine est détachée d'elle. Le médecin rassurant et les infirmières sourient. Il fait beau… un nouvel été ? Une fin d'automne plutôt, sans limites, et mille questions qui viennent bousculer une Adèle encore bien fragile. La fièvre est tombée et reste en suspens ce qui l'a provoqué. Mais il faut qu'elle émerge pour de bon. Pour se souvenir de quoi ? Difficile à dire, si ce n'est qu'elle a juste discuté avec un ami et qu'ensemble ils ont pris un verre… Ensuite, c'est le grand trou noir, le cauchemar d'où elle s'éveille. Personne ne peut comprendre, pas même elle. Ce dont elle se souvient ?
Juste des gamins dans la rue, du farfadet qui les accompagnait et d'une guimauve au gout acidulé. Puis… ce rayon de soleil et les doigts de Maryse qui lui insufflent un peu de courage. Et la question bizarre de celle-ci, inquiétante et trouble.
— Il y a longtemps que tu prends de cette saloperie, Adèle ?
— Mais… maman, j'ai juste mangé un chamallow… juste un… qu'est-ce que je fais ici ?
— Mais… maman, j'ai juste mangé un chamallow… juste un… qu'est-ce que je fais ici ?
Elle n'a rien d'autre à ajouter, puisque de toute évidence, c'est tout ce qui lui reste comme souvenir de cette nuit du trente et un octobre… un Halloween comme tant d'autres… aucune autre explication à donner…
Ne laissez jamais vos enfants manger des bonbons distribués par des inconnus… même le soir des sorcières…
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Commentaires ()
Et puis le coup de la drogue, très frissonnant.