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Couverture de Emma, offerte à la montagne, par Galaxie rouge
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Emma, offerte à la montagne — Chapitre 11 · Retrouvailles

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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Galaxie rouge
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Emma, offerte à la montagne

Chapitre 11 · Retrouvailles

Note de l'auteur

Résumé du chapitre précédent : Après une nuit marquée par le trouble et les silences, Tristan et Emma reprennent leur marche vers la civilisation. La tension entre eux, née d'un contact nocturne et de souvenirs partagés, laisse place à une fragile complicité au fil de la progression. Mais leur chemin croise une scène d'une brutalité sexuelle crue, qui les confronte à l'horreur brute et les pousse à fuir discrètement par un sentier escarpé. Épuisés, ils atteignent enfin la ville. Emma, au bord de l'effondrement, est prise en charge par la gendarmerie, où elle révèle que Léa et elle ont été droguées, puis séparées volontairement pour brouiller les pistes. Conduite à l'hôpital, elle repense à leur fuite, à Léa et à Tristan. Des images précises la hantent, un trouble monte en elle. Pendant ce temps, Tristan attend dehors, relégué au rôle d'ami. Seul, assis sur un banc, il laisse tourner ses pensées comme la brindille entre ses doigts. Quelque chose s'est noué.

Et rien ne sera plus tout à fait comme avant.
L'aube s'infiltre dans la chambre d'hôpital à travers les stores mi-clos, dessinant des stries pâles sur les draps blancs. Le silence n'est troublé que par le bip régulier du moniteur et les pas feutrés des soignants dans le couloir. Emma est allongée, la tête posée légèrement de côté, les yeux ouverts. Fixes. Inhabités.
Elle ne dort plus depuis longtemps. Elle attend. Quelque chose. Quelqu'un.
Son bras gauche est perfusé. Sa lèvre inférieure porte encore la trace d'un coup, déjà moins violacée. Elle se sent à la fois lourde et absente. Comme si une partie d'elle-même était restée là-bas, dans la montagne. Sous la roche. Auprès de lui.
Elle cligne des yeux, tourne doucement la tête. La lumière du jour monte, douce, presque irréelle. Une porte grince au loin. Elle inspire, hésite, puis appuie sur la sonnette. Une jeune infirmière entre polie, souriante par habitude.
— Bonjour… Vous avez besoin de quelque chose ?
Emma hésite. Puis :
— L'homme… celui qui m'a accompagnée. Il est encore là ?
L'infirmière fronce légèrement les sourcils, jette un regard vers le dossier au pied du lit.
— Je viens de prendre mon poste, mademoiselle. Je n'ai vu personne ce matin. Mais je peux me renseigner si vous voulez.
Emma secoue la tête. Un geste quasiment imperceptible. Non, laisse. C'est trop tard peut-être.
Elle se replie dans le silence, les yeux fixés sur la porte refermée. Elle se sent vide, soudain. Vidée de toute énergie. Comme un souffle suspendu.
Tristan lui manque. C'est brutal, inattendu, mais d'une évidence aveuglante. En quelques jours à peine, elle s'était habituée à sa présence. À son calme. À cette façon qu'il avait de toujours, scrutez les alentours, comme s'il portait le danger à sa place. Il prenait soin d'elle sans rien attendre. Jamais un geste déplacé, jamais un mot de trop. Toujours respectueux.
Et pourtant, là-bas, perdu dans la montagne, il aurait pu faire ce qu'il voulait. Personne ne serait venu la chercher. Mais il ne l'a jamais effleurée sans nécessité. Il a construit un abri, allumé un feu, partagé son silence.
Emma sent une boule remonter dans sa gorge.
— Tristan… pourquoi tu n'es pas là ? murmure-t-elle sans voix.
Mais la pièce reste vide. Seul le bip du moniteur lui répond, comme un écho impersonnel à son manque. Une larme coule lentement sur sa joue, droite, silencieuse. Elle ne bouge pas, ne tressaille pas, aucune crispation du visage. Juste ce filet d'eau salée qui trace son chemin le long de sa peau, comme si son corps pleurait à sa place, en silence.
Le temps s'étire. Le silence devient presque insupportable, compact, pesant. L'air semble figé dans la chambre, saturé de solitude. Emma reste immobile, le regard flou, le cœur au ralenti. Le bip du moniteur devient une rythmique obsédante. Elle tente de se convaincre qu'il va revenir, qu'il n'a pas pu partir comme ça. Mais chaque minute passée la détache un peu plus de cette idée.
Puis, alors que le milieu de matinée s'installe doucement dans la lumière de la pièce, un bruissement dans le couloir, une course précipitée, une porte qui claque au loin rompent le silence figé. Elle n'a pas entendu les pas venir jusqu'à sa porte, mais elle sent la présence. Quelque chose change dans l'air, une énergie vive, connue, qui précède la voix.
— Emma !
C'est un cri rauque, chargé de larmes, mais aussi de soulagement et de joie brute. La voix de Léa éclate dans la chambre comme une déflagration de vie. Elle surgit, court presque, bouscule la chaise en entrant, laisse tomber son sac dans un bruit sourd, les bras déjà en avant. Elle saute littéralement vers le lit, une énergie incontrôlée dans le corps, le visage défait par les émotions.
Son regard trouve celui d'Emma, s'y accroche comme à une bouée. Elle rit et pleure en même temps, tremble de tout son être. Trois jours de peur, d'attente, de cauchemars éveillés explosent dans cette seconde suspendue.
— Putain… Emma…
Les bras s'ouvrent. L'étreinte est brutale, désordonnée, tremblante. Léa pleure à chaudes larmes contre l'épaule d'Emma qui, elle, reste d'abord tétanisée, incapable de réagir. Puis ses bras glissent doucement dans le dos de son amie. Elle ferme les yeux. Et c'est là, dans cette étreinte, qu'elle perçoit soudain les odeurs familières de Léa, son parfum léger, la chaleur de sa peau. Des odeurs d'avant. Des odeurs qui ramènent un monde qu'elle croyait perdu. Un monde simple, banal, rassurant. Cela lui fait un bien fou. Elle inspire profondément, comme si elle voulait garder en elle ce morceau de normalité. Elle laisse couler.
— J'ai cru que tu étais morte. J'ai cru que je ne te reverrais jamais…
— Moi aussi, j'ai cru…
Léa la serre plus fort, si fort que leurs corps se confondent un instant. Les larmes de Léa, incontrôlables, coulent jusque sur le visage d'Emma, chaudes, salées, vivantes. Elles se mêlent à sa propre peau, la réveillent un peu. Léa parle dans son cou, un flot d'émotions, mais les mots sont étouffés, brouillés par les sanglots, par la gorge serrée. Emma n'en comprend que des bribes, des sons avalés, des intentions vibrantes.
Elle l'enlace plus tendrement, lui caresse les cheveux, et souffle tout bas, presque dans un murmure fragile :
— Raconte-moi… Comment t'as fait pour t'échapper ?
— La première nuit, j'ai eu de la chance. J'ai trouvé un vieux cabanon de chasse, pas fermé. Dedans y avait un canapé, un poêle, et même des boîtes de conserve. Emma, le pâté en boîte… je te jure, quand t'as pas mangé depuis vingt-quatre heures, c'est le meilleur truc du monde. J'ai dévoré trois boîtes à la main, comme une sauvage. On aurait dit un animal. Plus aucune féminité, plus rien. Juste moi et le métal froid, les doigts dans la gelée de viande. J'ai eu honte après… mais sur le moment, c'était le paradis.
Elle rit, les yeux encore humides.
— Et puis au petit matin, j'ai senti un truc me pousser l'épaule. J'ai ouvert les yeux et là, un type, avec un fusil… il me touchait avec le canon. J'ai cru que c'était eux, Emma. J'ai cru que j'étais fichue. Mais en fait, le pauvre gars, il a eu encore plus peur que moi. Il m'a dit plus tard qu'il pensait que j'étais morte. Tu te rends compte ? Morte !
Elle rit de nouveau, nerveusement.
— C'était un chasseur, tu vois, un vrai, avec le visage buriné et la voix rocailleuse. Ils se partagent le cabanon pendant la saison. Quand il m'a trouvée là, recroquevillé sur le canapé, il a cru que j'étais morte. Je t'assure, il avait le fusil pointé sur moi, mais c'est lui qui tremblait. Pauvre type. Et après que je lui ai expliqué, il m'a ramenée direct à la gendarmerie, sans poser de question. Mon expédition à moi, elle n'a pas duré longtemps, rien à voir avec la tienne. Et ce brave homme… je crois que je lui ai foutu la frousse de sa vie. Et sa partie de chasse ? Pff… envolée.
Léa débite tout ça d'un seul souffle, sans pause, comme si elle devait tout sortir d'un coup. Emma ne comprend pas chaque mot, certains glissent sur elle, mais elle écoute. Et juste entendre sa voix, c'est déjà beaucoup. C'est déjà un pas vers la vie.
Elle recule un peu, essuie ses yeux, prend une grande inspiration.
— Depuis… j'ai harcelé tout le monde. J'ai supplié les flics, j'ai dormi à moitié sur un banc. Deux jours. Deux jours sans savoir si t'étais vivante.
Emma hoche la tête. Son regard se perd dans le vide. Elle murmure :
— J'étais là. Juste… ailleurs.
Elles s'installent comme elles peuvent. Léa tire une chaise, Emma se redresse lentement, hésite un instant, puis commence d'une voix basse :
— Tu te souviens de la boîte ? Je crois qu'ils ont mis quelque chose dans nos verres. J'ai senti que ça tournait, que tout devenait flou, trop vite. Et après…
— La vache, t'as morflé ! l'interrompt Léa en riant doucement. Je te rappelle que j'étais avec toi à ce moment-là.
Emma sourit à peine, puis reprend, un peu plus grave :
— Oui… mais après qu'on s'est séparées, tu te souviens ? Pour brouiller les pistes. C'est là que tout a dérapé. J'ai couru à travers la montagne, les branches m'arrachaient la peau, les pierres roulaient sous mes pieds… Et puis, j'ai chuté. Une première fois. Dans un ruisseau glacé. L'eau m'a coupé le souffle, j'ai cru que mes poumons allaient exploser. Et après, un bâtiment abandonné. En m'approchant, j'ai compris : c'était un refuge.
Et c'est là… là que je l'ai vu. Tristan.
Léa hoche lentement la tête, suspendue aux mots.
— J'ai eu peur, au début. Dans ce refuge… il faisait sombre, j'étais gelée, et il y avait quelqu'un. Un homme. Je ne voyais que sa silhouette. Mon cœur battait à tout rompre. J'ai cru que c'était un piège, encore. Mais il m'a parlé doucement. Pas un mot de trop. Il a allumé un feu, m'a tendu une couverture, sans poser de questions. Je tremblais de partout, j'étais nue sous mes vêtements trempés… Léa, j'étais vulnérable comme jamais.
Et lui… il m'a aidée. Simplement. Sans aucun geste déplacé. Juste sa présence. Sa chaleur. Et ce silence, mais un silence qui rassure, tu vois ?
— Tu l'aimes bien, ton Tristan, souffle Léa, plus douce.
Emma ne répond pas. Son regard s'assombrit.
— Et puis ils sont arrivés. Les 4x4. Le bruit des moteurs a déchiré le silence du refuge. Je ne comprends toujours pas comment ils ont retrouvé ma trace, jusqu'à cet endroit isolé. C'est ça qui me hante. J'avais fui loin, marché longtemps, gravi des pentes, traversé un torrent. Et pourtant, ils sont venus. Comme s'ils savaient. Comme si, j'avais été suivie dès le départ. Peut-être qu'ils avaient un moyen de me localiser, quelque chose que j'ignore encore aujourd'hui…
J'ai paniqué. J'ai couru. Sans réfléchir. Et Tristan… il m'a retrouvée dans l'obscurité, comme s'il n'avait jamais cessé de me voir. Alors on a fui, encore. Ensemble. Dans la nuit, dans la boue, les branches qui griffaient nos visages. Et lui…
Elle s'interrompt, le souffle court.
— Lui, il ne m'a pas laissée tomber.
Léa écoute, sans l'interrompre. Mais très vite, un sourire naît sur ses lèvres fatiguées.
— Tristan, hein ? Tu l'aimes bien, on dirait.
Emma hausse un sourcil. Un début de sourire traverse son visage, comme une brèche dans la douleur.
— Il m'a sauvé la vie. C'est tout.
— Il est toujours là, ton Tristan. Dans chaque phrase. Dans chaque silence. Il est comment ? Gentil ? Fort ? Charmant ? Un peu mystérieux, non ?
Emma baisse les yeux. Ses doigts froissent distraitement le drap. Léa insiste, moqueuse :
— C'est quand le mariage ?
— Arrête, t'es bête. Il n'y a rien entre nous.
— Pas encore, peut-être.
Un silence s'installe. Léa la fixe en coin. Emma ne dit rien. Son regard se perd de nouveau dans le vide, ailleurs. Au bord d'un feu, dans une grotte. Elle y revoit Tristan, son ombre tranquille, sa voix rare, mais présente. Une larme glisse lentement sur sa joue, comme une réponse muette à ce souvenir qui la serre. Et avec elle, le froid revient.
Ce froid-là, pas celui du vent ni de la pluie, mais celui de l'intérieur, glacial et creux. Celui qu'elle avait senti cette nuit-là, trempée, nue dans le vieux refuge, et qu'elle ressent à nouveau, là, dans ce lit.
Elle se sent soudain atrocement seule. Comme si tout ce qu'elle avait vécu avec lui, cette brève parenthèse de confiance, de chaleur humaine, avait été aspiré hors d'elle. Tristan lui manque. Brutalement. D'un seul coup. Il lui manque comme on manque d'air. Une solitude pleine, oppressante, s'installe.
Une absence qui pèse sur sa cage thoracique. Elle ne sait pas si elle a froid ou si c'est juste le manque. Mais elle sait, au plus profond d'elle-même, qu'elle n'a jamais été aussi bien qu'auprès de lui.
Léa remarque. Elle ne dit rien, mais tend la main, doucement. Ses doigts cherchent ceux d'Emma, les entourent. De son pouce, elle essuie la larme qui coule, d'un geste tendre et lent. Elle croit comprendre. Le contrecoup, peut-être. Elle aussi, la première nuit, elle a pleuré longtemps, sans faire de bruit. Elle sait ce que c'est, ce trop-plein muet.
Elles parlent longtemps. Elles recollent les morceaux comme elles peuvent. Les souvenirs s'entrechoquent, les incohérences émergent.
— On ne nous a pas séparées. Ce n'était pas un hasard. C'était pour nous vendre, toutes les deux.
— Les 4x4… enfin ses types... tu crois qu'ils nous suivaient depuis le début ?
— Je ne sais pas. Mais y avait trop de coordination. C'était organisé.
Emma évoque, à voix basse, les hommes dans la forêt. Le moment où elle a cru que tout basculait. Le regard froid. Les mains qui fouillent. La peur paralysante.
Léa ne dit rien. Elle prend la main d'Emma. La serre fort.
— On s'en est sorties.
— Pour combien de temps ?
— Ils ne trouveront rien. Les gendarmes m'ont dit qu'il n'y a aucune trace des véhicules. Les plaques étaient probablement fausses. Et les caméras… soit absentes, soit brouillées.
Un silence. Elles sentent toutes les deux cette chape d'impuissance, ce vertige. Rien n'est réglé. Tout reste en suspens.
Léa se lève finalement. Elle dit qu'elle va prévenir ses parents, revenir plus tard. Emma l'embrasse sur la joue, la retient une seconde. Puis la regarde sortir.
La chambre redevient silencieuse. Le vide revient. Plus mordant, plus lourd qu'avant.
Elle regarde la porte. Rien ne bouge. Elle attend. Encore.
L'infirmière revient, prend sa tension, jette un œil aux constantes.
— Vous attendiez quelqu'un ?
Emma hésite, puis chuchote :
— Un homme. Grand. Silencieux. Il m'a accompagnée ici.
— Je n'ai vu personne correspondant à cette description. Peut-être est-il reparti. Je peux me renseigner.
— Non. Merci.
Elle sourit, mais le cœur n'y est pas. Dès que la porte se referme, elle sent monter en elle une vague de tristesse qui la submerge lentement. Une sensation froide, acide, qui se glisse sous la peau, s'installe dans la poitrine et tire vers le bas. Elle se sent seule. Abandonnée. Comme si tout le monde était reparti vivre sa vie, sauf elle. Il y a ce manque, inexplicable, profond. Un vide à la place de Tristan, un silence à la place de ses gestes, de sa présence rassurante. Une faille ouverte qu'aucune parole ne comble.
Elle ferme les yeux. S'imagine encore contre lui. Sa chaleur. Sa main puissante, chaude, posée au creux de ses reins, comme une ancre dans le tumulte quand ils ont grimpé dans les éboulis. Et ce moment précis, dans la forêt, quand ils se tenaient la main il la tirait avec douceur, mais absorbait une partie de son poids, comme si chaque pas devenait plus léger à ses côtés. C'est paradoxal, mais malgré le danger, elle ne s'est jamais sentie aussi en sécurité.
Il y avait en elle ce bien-être étrange, profond, comme si sa simple présence calmait tout. Même ses premiers mots de soldat, un peu secs, lui manquent aujourd'hui. Tout d'un coup, elle donnerait n'importe quoi pour revenir à cette première nuit, à cette cabane, à ce silence partagé avec lui.
Elle garde les yeux fermés, comme pour retenir le souvenir, le contact, l'empreinte de Tristan contre elle. Le monde semble suspendu, le silence s'épaissit. Puis, un bruit, presque rien : un froissement, un pas hésitant. La poignée tourne. La porte s'ouvre à peine. Et il est là.
Tristan.
Il reste sur le seuil. Vêtu simplement. Sac à l'épaule. Regard droit. Calme. Mais un peu lointain.
Elle se redresse, le cœur qui cogne soudain comme un tambour dans sa poitrine. Le choc est puissant. Elle le croyait parti. Définitivement. Et pourtant, il est là. Toujours aussi calme, aussi silencieux, aussi rassurant. Il ne dit rien, mais sa seule présence remplit la pièce. Et il est beau, oui, elle le pense. Elle se le dit sans détour, pour la première fois. Il est beau. Et cette pensée, loin d'être légère, la frappe comme une évidence douce-amère.
— Tu t'en vas ?
Il hoche la tête.
— Oui. Il faut que je rentre.
Elle descend du lit, pieds nus, tremblants. Elle s'approche. Le regarde. Ne dit rien. Elle s'approche encore.
Et puis elle le serre contre elle. Fort. Sa tête se niche contre son torse. Elle ferme les yeux. Mais cette fois, ses mains s'accrochent à sa veste. Elle les serre, fort, comme pour le retenir, comme si le tissu pouvait empêcher le départ.
— Ne m'abandonne pas, soldat… t'as pas le droit, souffle-t-elle dans un murmure rauque.
Tristan baisse légèrement les yeux, un sourire discret glissant sur ses lèvres. Un sourire doux, fatigué, presque tendre.
— Tu dois reprendre des forces, répond-il simplement. Et de toute façon… tu sais où me trouver.
— Merci…
Il ne répond pas. Il entoure doucement ses épaules. Sa main glisse dans ses cheveux, mais ce n'est plus un simple geste : c'est une caresse lente, pleine d'une tendresse silencieuse, celle qu'on réserve à quelqu'un de très cher. Quelqu'un qu'on aime, peut-être sans oser le dire. Il caresse doucement sa tête, effleure les mèches, s'attarde une seconde de trop.
Puis il inspire profondément, comme s'il voulait garder en lui à jamais l'odeur d'Emma, ce mélange unique de peur, de pluie, et de peau vivante. Emma sent chaque geste, chaque contact sur elle, et cela la bouleverse au plus profond. Elle reste figée, la gorge serrée, le cœur écartelé entre désir et abandon.
Elle ne bouge pas. Elle espère un baiser. Un mot. Quelque chose qui la retiendrait encore un peu dans cet instant suspendu. Elle lève lentement les yeux vers son visage, cherche un signe, un frémissement. Il la tient toujours contre lui, mais ses yeux sont fermés. Et Emma voit. Elle voit qu'il lutte au fond de lui. Elle en est sûre. Il se retient.
Alors elle le serre plus fort encore, comme pour l'empêcher de s'éloigner, comme pour graver en elle ce torse puissant, large, ce refuge éphémère. Elle le veut pour elle. Là, maintenant. Et pour plus tard aussi. Mais il ne se passe rien.
Il recule doucement, la regarde. Dans ses yeux, il y a une douceur, mais aussi une distance. Une larme coule sur la joue d'Emma. Alors, sans un mot, Tristan l'essuie du bout du pouce, d'un geste lent, presque sensuel. Elle saisit sa main, l'attire doucement vers elle, et pose un baiser sur ce pouce qui vient de la caresser. C'est la première vraie caresse qu'elle reçoit de lui, pense-t-elle. Une caresse offerte, ressentie. Elle ferme un instant les yeux.
— Ne pleure pas, dit-il à voix basse. Tu es en sécurité maintenant.
Elle hoche doucement la tête, sans parler. Mais au fond d'elle, une certitude s'installe : sans lui à ses côtés, elle ne le sera jamais tout à fait.
— Repose-toi.
Et il sort.
Emma reste debout au milieu de la pièce. Seule. Le silence retombe, plus lourd qu'avant. Elle sent le vide refermer ses bras autour d'elle. Elle n'a plus de force. Toute cette combativité qui l'avait portée dans la montagne, ce besoin primal de fuir, de survivre, semble l'avoir quittée.
Là, juste à cet instant, il n'y a qu'un homme qui sort de sa chambre, et c'est ce départ-là qui la vide, qui la brise. Le monde semble s'arrêter de tourner. Son corps se contracte, puis se relâche. Il devient lourd, presque douloureux à porter. Une fatigue qui ne vient pas du manque de sommeil, mais d'un manque bien plus profond. Celui de lui.
Elle aurait voulu le retenir. Elle aurait voulu qu'il reste.
Dans le couloir, un brancard roule, une porte grince. Dans la chambre, Emma retourne lentement s'allonger. Elle s'enfonce sous les draps, les yeux ouverts, fixés sur un point invisible.
Il est parti. Et pourtant, elle sent encore son odeur. Sa chaleur. Le poids de son silence.
Elle murmure, sans un son :
— Tu ne peux pas disparaître maintenant.
Mais la chambre ne répond rien.
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Chapitre 12 · Silence blanc
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michel60
18 décembre 2025 à 09:34
Je vais me répéter, mais quelle émotion dans cette histoire pleine de tendresse tranchant avec la dureté de certains événements.
Merci @Galaxierouge
Modifié 18 décembre 2025 à 09:36
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Antoine.Daniel
Antoine.Daniel
17 décembre 2025 à 17:42
Fichtre quelle émotion ! La peine de la séparation est très bien retranscrite. Merci
Soyez respectueux
Répondre

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