Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Elle et nous — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Elle et nous
Chapitre 1
Il termina la chanson sous les applaudissements, et se félicita intérieurement d'avoir réussi jusqu'au bout à conserver un semblant d'accent anglais. Ce qui lui plut surtout, outre ce petit moment de gloire, c'est que la majorité du public présent ce soir-là découvrait sans doute pour la première fois « Being boring » des Pet Shops Boys, qu'il tenait pour un chef d'œuvre. La mélodie lancinante, la voix intemporelle et monocorde si particulière et puis ces paroles, qui parlaient de nostalgie. Tout pour le rendre nostalgique de la chanson elle-même, une mise en abyme qui lui plaisait bien. Il en parlait souvent.
« Cause we were never being boring
We had too much time to find for ourselves.» Il se souvenait du clip, avec ces garçons – surtout celui du début avec ses belles fesses musclées qui l'avaient tant troublé –, et ces filles qui dansaient dans un escalier. Toutes et tous magnifiques. Un monde en noir et blanc sublime dans lequel malheureusement il ne vivait pas ; surtout ce soir dans les lumières criardes de ce Bar-Karaoke étonnamment peu fréquenté pour un vendredi. Mais une quinzaine de personnes, c'est déjà un public.
We had too much time to find for ourselves.» Il se souvenait du clip, avec ces garçons – surtout celui du début avec ses belles fesses musclées qui l'avaient tant troublé –, et ces filles qui dansaient dans un escalier. Toutes et tous magnifiques. Un monde en noir et blanc sublime dans lequel malheureusement il ne vivait pas ; surtout ce soir dans les lumières criardes de ce Bar-Karaoke étonnamment peu fréquenté pour un vendredi. Mais une quinzaine de personnes, c'est déjà un public.
Derrière son micro, comme il connaissait le refrain par cœur, il avait pu le regarder ce public et avait remarqué cette brune à grandes lunettes, cheveux sagement attachés et petite robe bleu clair.
Il revint s'asseoir quelques minutes, mais après deux morceaux qu'il qualifia de « soupe » chantés par un couple passablement éméché, c'était de nouveau son tour de chant.
Il revint s'asseoir quelques minutes, mais après deux morceaux qu'il qualifia de « soupe » chantés par un couple passablement éméché, c'était de nouveau son tour de chant.
Il avait choisi cette fois-ci le morceau culte « Paroles, paroles » par Dalida et Alain Delon.
De fait, il opta pour être accompagné : logique, c'était un duo, et une très bonne raison pour proposer à la brune à lunettes.
Comme il le raconta plus tard, il avait craint un refus, mais elle le suivit sans hésitation sur scène tout en lui parlant. Dans le brouhaha ambiant, il crut mal entendre, mais non : elle lui disait qu'elle voulait « faire Alain Delon ». Par conséquent, il serait Dalida.
Il feignit de ne pas s'étonner, espérant ainsi montrer son ouverture d'esprit, d'autant plus qu'il aurait même aimé le faire plus ostensiblement : ça lui plaisait vraiment de « faire Dalida », mais cette motivation sincère était difficile à faire passer dans ce contexte bruyant.
Leur duo fit sensation, il était passé de l'accent anglais à l'accent... de Dalida, donc, sans trop de difficulté.
Elle assurait bien en Alain qui perd pied :
De fait, il opta pour être accompagné : logique, c'était un duo, et une très bonne raison pour proposer à la brune à lunettes.
Comme il le raconta plus tard, il avait craint un refus, mais elle le suivit sans hésitation sur scène tout en lui parlant. Dans le brouhaha ambiant, il crut mal entendre, mais non : elle lui disait qu'elle voulait « faire Alain Delon ». Par conséquent, il serait Dalida.
Il feignit de ne pas s'étonner, espérant ainsi montrer son ouverture d'esprit, d'autant plus qu'il aurait même aimé le faire plus ostensiblement : ça lui plaisait vraiment de « faire Dalida », mais cette motivation sincère était difficile à faire passer dans ce contexte bruyant.
Leur duo fit sensation, il était passé de l'accent anglais à l'accent... de Dalida, donc, sans trop de difficulté.
Elle assurait bien en Alain qui perd pied :
— Ecoute -moi. Ecoute-moi. Je t'en prie. Je te jure
Ils chantèrent en souriant, sourires communicatifs, pour de nouveau un (petit) tonnerre d'applaudissements à l'échelle du lieu. Puis ils regagnèrent sagement leur siège. Il avait juste eu le temps d'entendre son prénom : Sioban. Il adorait, plus tard il en parlerait comme de son Irlandaise. Ce qu'elle n'était d'ailleurs pas.
Quelques minutes plus tard, au moment de partir, il passa devant elle et lui glissa dans la main un petit papier avec son numéro de téléphone. « A l'ancienne », comme il en rirait ensuite.
Quelques minutes plus tard, au moment de partir, il passa devant elle et lui glissa dans la main un petit papier avec son numéro de téléphone. « A l'ancienne », comme il en rirait ensuite.
Le lendemain, vers 15h, un message sur son téléphone : « Un thé ce soir ? Alain ». Il lui fallut quelques minutes pour comprendre que ce n'était pas une erreur.
Il répondit en signant Dalida, ce n'était pas original, mais le petit jeu était plaisant. Il proposa le lieu et l'heure. On s'y retrouverait.
Il répondit en signant Dalida, ce n'était pas original, mais le petit jeu était plaisant. Il proposa le lieu et l'heure. On s'y retrouverait.
Le salon de thé était joliment décoré dans une cave voûtée du centre-ville. Sioban portait des bottes sur un jean foncé, un large pull et ses grandes lunettes qui lui donnaient un air à la fois sérieux et mutin, terriblement excitant. Il s'en voulait de ce cliché. Déjà la veille au soir, il l'avait vue sous cet angle. Mais bien que cliché, c'était son ressenti sincère, alors il disait souvent quelque chose comme « Pourquoi lutter contre ce conditionnement quant le plaisir y gagne ? ».
Il n'y eut aucune gêne dans les retrouvailles, au contraire, la complicité de la veille irriguait la conversation. Sur un souvenir commun, aussi ténu soit-il, on peut broder bien des suites.
Tout en lui parlant, comme à chaque fois qu'il rencontrait une nouvelle fille, air connu, il essayait de deviner la forme de ses seins. Il ne s'en cachait pas, c'était son truc, sa sage obsession. Comme parfois – mais trop peu souvent à son goût –, il se félicitait qu'elle n'ait rien d'ostentatoire à ce sujet, que son corps ne se devinât pas si simplement d'un coup d'œil : ce vague pull était un pur bonheur d'hédoniste et entretenait la frustration. A chacun de ses mouvements, il cherchait l'indice qui lui permettrait de savoir. Quand elle alla aux toilettes, au vu de son dos sans aucune trace même infime de soutien-gorge, il fut pris de vertige : « Elle n'en porte pas ! ». Sa quête devenait passionnante, il savait d'expérience comment des seins libres de toute entrave quotidienne pouvaient constituer pour lui des « extases esthétiques » selon son expression.
Tout en lui parlant, comme à chaque fois qu'il rencontrait une nouvelle fille, air connu, il essayait de deviner la forme de ses seins. Il ne s'en cachait pas, c'était son truc, sa sage obsession. Comme parfois – mais trop peu souvent à son goût –, il se félicitait qu'elle n'ait rien d'ostentatoire à ce sujet, que son corps ne se devinât pas si simplement d'un coup d'œil : ce vague pull était un pur bonheur d'hédoniste et entretenait la frustration. A chacun de ses mouvements, il cherchait l'indice qui lui permettrait de savoir. Quand elle alla aux toilettes, au vu de son dos sans aucune trace même infime de soutien-gorge, il fut pris de vertige : « Elle n'en porte pas ! ». Sa quête devenait passionnante, il savait d'expérience comment des seins libres de toute entrave quotidienne pouvaient constituer pour lui des « extases esthétiques » selon son expression.
Elle était ingénieure, « dans le génie civil ». Il osa assez bêtement : « Ingénieure ! C'est raccord avec tes lunettes ! » Il testait son humour par ce genre de petite provocation, mais depuis l'épisode Dalida-Alain Delon et l'inversion des rôles, il sentait que ce n'était pas un problème pour elle.
D'ailleurs quand il lui dit qu'il était disquaire, elle se mit à rire en demandant s'il ne confondait pas avec antiquaire.
Il jouait son jeu en précisant qu'il vendait des cassettes audio et même des 78 tours pour Gramophones, ce qui était d'ailleurs vrai.
Il lui dit qu'il lui montrerait sa boutique. Elle répondit que ce serait avec plaisir.
Elle avait de grands yeux marron, des yeux brillants. Du moins, c'est l'impression qu'elle donnait ce soir-là : peut-être avait-elle toujours les yeux brillants pour qui la côtoyait chaque jour ? Ou bien était-ce les lunettes ? Ou le thé ? (non franchement, pas le thé) Normal ou non, qu'importe, ça aussi c'était excitant.
Il lui dit qu'il lui montrerait sa boutique. Elle répondit que ce serait avec plaisir.
Elle avait de grands yeux marron, des yeux brillants. Du moins, c'est l'impression qu'elle donnait ce soir-là : peut-être avait-elle toujours les yeux brillants pour qui la côtoyait chaque jour ? Ou bien était-ce les lunettes ? Ou le thé ? (non franchement, pas le thé) Normal ou non, qu'importe, ça aussi c'était excitant.
Il bandait.
Il adorait bander devant une fille habillée.
Il en avait fait une théorie somme toute logique et régulièrement mise en pratique : « Si une fille habillée te fait bander, surtout s'il elle est très habillée, et surtout si c'est dans un lieu public : c'est le signe fondateur et inévitable que la relation ira plus loin. ».
Il adorait bander devant une fille habillée.
Il en avait fait une théorie somme toute logique et régulièrement mise en pratique : « Si une fille habillée te fait bander, surtout s'il elle est très habillée, et surtout si c'est dans un lieu public : c'est le signe fondateur et inévitable que la relation ira plus loin. ».
Il adorait l'idée que cette attirance – et qui se traduisait donc selon lui par « bander en public» – était le signal très noble que le cerveau indiquait au corps qu'il était touché intimement. Pour lui, ce n'était même pas sexuel à ce moment-là. Même si ça passait par la bite, certes. Un tel aplomb, il fallait oser : pour lui c'était du registre du romantisme le plus exacerbé, et le pénis dressé à ce moment-là – il y croyait sincèrement –, était aussi innocent qu'un sourire.
Évidemment, sa théorie comprenait un volet symétrique : si lui bandait, si le cerveau avait synthétisé cette attraction via la commande de cet afflux sanguin dans son sexe, il aimait à se dire que Sioban avait envoyé le bon signal, même inconsciemment, et qu'elle ressentait la même chose, qu'elle mouillait tout simplement. Véridique ou non, vérifié ou non (en l'occurrence, à ce stade : non), le penser suffisait à entretenir son bonheur du moment.
Évidemment, sa théorie comprenait un volet symétrique : si lui bandait, si le cerveau avait synthétisé cette attraction via la commande de cet afflux sanguin dans son sexe, il aimait à se dire que Sioban avait envoyé le bon signal, même inconsciemment, et qu'elle ressentait la même chose, qu'elle mouillait tout simplement. Véridique ou non, vérifié ou non (en l'occurrence, à ce stade : non), le penser suffisait à entretenir son bonheur du moment.
Et son cul ?
Il venait de réaliser qu'il y avait à peine pensé, concentré qu'il était sur ses seins, ses yeux, son humour à elle et son érection romantique à lui.
De ce côté-là, il n'en pouvait rien dire, si ce n'est qu'elle portait robes et jeans et semblait n'avoir aucun complexe. Il s'en voulait, ça lui faisait même du bien d'en parler parfois, mais il avait été souvent déçu par des filles qui n'aimaient pas leur cul. Parfois à raison : trop large, trop plat, trop gros. Et lui, il disait que non «... qu'il était parfait, juste comme il l'aimait, que la douceur et la volupté ne sont pas une affaire de volume ». Mais il ne pouvait s'empêcher de glisser dans les conversations que la natation, le vélo, ça aidait pas mal à se remettre de certaines inquiétudes... Il citait souvent ces paroles d'une chanson de Vincent Baguian, chanteur sans grand succès de la fin du siècle dernier, un peu basiques, mais probablement très vraies (il n'avait pas vérifié) :
Il venait de réaliser qu'il y avait à peine pensé, concentré qu'il était sur ses seins, ses yeux, son humour à elle et son érection romantique à lui.
De ce côté-là, il n'en pouvait rien dire, si ce n'est qu'elle portait robes et jeans et semblait n'avoir aucun complexe. Il s'en voulait, ça lui faisait même du bien d'en parler parfois, mais il avait été souvent déçu par des filles qui n'aimaient pas leur cul. Parfois à raison : trop large, trop plat, trop gros. Et lui, il disait que non «... qu'il était parfait, juste comme il l'aimait, que la douceur et la volupté ne sont pas une affaire de volume ». Mais il ne pouvait s'empêcher de glisser dans les conversations que la natation, le vélo, ça aidait pas mal à se remettre de certaines inquiétudes... Il citait souvent ces paroles d'une chanson de Vincent Baguian, chanteur sans grand succès de la fin du siècle dernier, un peu basiques, mais probablement très vraies (il n'avait pas vérifié) :
— Les vélos d'Amsterdam font des beaux culs aux dames.
Elles ne le prenaient pas toujours bien.
Et puis ses jambes, ses pieds, sa nuque, il y pensait aussi. Cachés. A deviner.
Il la regardait dans les yeux, mais son esprit vagabondait sur tout son corps, comme on regarde une carte avant un beau voyage. Il savait que cette métaphore qu'il recyclait intérieurement, mais qu'on lui avait déjà entendu professer maintes fois, avait du plomb dans l'aile avec l'arrivée des smartphones. Mais elle lui plaisait. Raccord avec son métier d'antiquaire de la musique.
Au bout d'une heure de discussion, c'est elle qui lui demanda quand elle pourrait visiter la boutique de disques. Elle devait partir à présent, mais était libre le lendemain.
Il lui donna donc rendez-vous là-bas, quelques minutes avant l'heure de fermeture. C'était subtil : suffisamment avant pour ne pas que ça ressemble à un traquenard et suffisamment proche pour qu'il reste du temps, sans clients, ensuite...
Il la regardait dans les yeux, mais son esprit vagabondait sur tout son corps, comme on regarde une carte avant un beau voyage. Il savait que cette métaphore qu'il recyclait intérieurement, mais qu'on lui avait déjà entendu professer maintes fois, avait du plomb dans l'aile avec l'arrivée des smartphones. Mais elle lui plaisait. Raccord avec son métier d'antiquaire de la musique.
Au bout d'une heure de discussion, c'est elle qui lui demanda quand elle pourrait visiter la boutique de disques. Elle devait partir à présent, mais était libre le lendemain.
Il lui donna donc rendez-vous là-bas, quelques minutes avant l'heure de fermeture. C'était subtil : suffisamment avant pour ne pas que ça ressemble à un traquenard et suffisamment proche pour qu'il reste du temps, sans clients, ensuite...
Le lendemain, elle descendit les marches en pierre de taille de sa « caverne » vers 18h45. Tout comme le salon de thé de la veille, sa boutique était voûtée, ancienne cave où les disques avaient remplacé les marchandises de toute sorte.
Trois clients fouillaient dans les bacs de vinyles.
La sono jouait du Charles Aznavour, les magnifiques envolées de cuivres et de violons du titre.
Trois clients fouillaient dans les bacs de vinyles.
La sono jouait du Charles Aznavour, les magnifiques envolées de cuivres et de violons du titre.
— Au voleur.
Il aurait pu y voir un signe, mais là, il ne trouvait pas.
Il raconta plus tard que si elle était arrivée sur un autre titre du même album « Eteins la lumière » (« Viens contre mon cœur, rampe contre moi, love-toi sur moi... »), il aurait adoré, niveau symbole. Mais le hasard ne permet pas toujours de faire naître de beaux symboles.
Elle s'approcha du comptoir où il était en train de coller des étiquettes sur des disques d'occasion, il l'accueillit très commercialement d'un « Que puis-je pour vous ? ».
Elle resta très sérieuse, et demanda s'il avait du Dalida.
Elle s'approcha du comptoir où il était en train de coller des étiquettes sur des disques d'occasion, il l'accueillit très commercialement d'un « Que puis-je pour vous ? ».
Elle resta très sérieuse, et demanda s'il avait du Dalida.
— Variété internationale, lettre D, au fond le long du mur, répondit-il. Elle le remercia et continua à jouer le jeu, en allant fouiller dans les bacs en bois remplis de pochettes de 33 tours sous plastique.
Il se demanda comment sortir de leur rôle de manière originale et n'avait qu'une envie, que les trois clients s'en aillent. En attendant, il se posta à côté d'elle et très professionnellement, lui commenta le vinyle qu'elle avait en main « Cet album, est l'un des premiers de Dalida avec des chansons « sérieuses », comme une reprise de « Avec le temps » de Ferré : je vous le conseille... ».
Elle le vouvoya en retour « Merci à vous, j'hésite, je commence ma « période Dalida », je ne voudrais pas me tromper... ». Tout comme lui, elle faisait des guillemets avec les doigts.
Elle le vouvoya en retour « Merci à vous, j'hésite, je commence ma « période Dalida », je ne voudrais pas me tromper... ». Tout comme lui, elle faisait des guillemets avec les doigts.
— Non, c'est très bien pour une « initiation, faites-moi confiance... ».
Il essayait de retrouver la magie de la veille, pour l'instant c'était un peu froid, un peu surjoué. Jamais simple de se retrouver après des moments complices surtout ceux « avec bandaison », comme il disait.
Il se retourna, les trois derniers clients étaient partis. L'heure de fermer.
Il ne restait juste qu'une cliente spéciale, de fait. Une fois le rideau baissé, sans même lui demander ce qu'elle en pensait, il reposa son disque, lui prit les deux mains et la dirigea comme pour une danse, vers un petit escalier dans un coin de la pièce, « Un verre à l'étage ? ». Il habitait au-dessus de la boutique : temps de trajet matin et soir, 30 secondes.
Il ne restait juste qu'une cliente spéciale, de fait. Une fois le rideau baissé, sans même lui demander ce qu'elle en pensait, il reposa son disque, lui prit les deux mains et la dirigea comme pour une danse, vers un petit escalier dans un coin de la pièce, « Un verre à l'étage ? ». Il habitait au-dessus de la boutique : temps de trajet matin et soir, 30 secondes.
Il était dans son élément, elle était là, il se sentait plein d'énergie, au risque de brusquer les choses sans doute, mais « en totale confiance ». Il pensa à cette expression, la disait souvent tout haut, tout en déplorant qu'elle était « bien nulle ».
Il la fit passer devant sur l'escalier étroit en colimaçon, au moment où Aznavour entonnait l'un de ses morceaux préférés sur le même album, « Tout s'en va », dans lequel le chanteur évoque des conquêtes de jeunesse Rose, Eve, Lise et Kate. La syllabe finale de chaque nouveau refrain devenant l'un des quatre prénoms du couplet qui suit. Il se dit que par bonheur, ces prénoms n'avaient pas vieilli et que la chanson avec son swing mélancolique restait intemporelle. Bien vu Charles !
Revenant à Sioban, il vit qu'elle portait des collants gris sous une jupe bleu marine. Il voulait voir ses jambes, c'était à présent nécessaire. Le port de collants effet galbé justifiait d'autant plus cet impératif. Il ne s'était pas inquiété de la conséquence de cette audace, se retrouver les yeux à hauteur de l'arrière de ses genoux, le nez, la bouche à quelque centimètre de ses jambes qui gravissaient lentement cet escalier inconnu d'elle. Il adora ce moment baigné d'une musique aimée, il avait l'impression qu'elle prenait son temps, en tout cas plus que l'escalier, quoique très raide, ne le nécessitait. Il pensa à l'escalier du clip des Pet Shops Boys. Longtemps après, il en reparlerait, toujours ému.
Le palier, c'était directement son salon. Mais avant la dernière marche, sa main avait effleuré la soie grise à travers de laquelle il devinait la peau : une légère caresse à l'intérieur de la courbe du mollet gauche, comme s'il avait raté la rampe. Elle le sentit, se retourna sans hâte. Elle, debout sur le plancher, lui quatre ou cinq marches plus bas, la main vivement revenue sur la rambarde. Elle le regarda fixement en penchant légèrement la tête sur le côté. Soudain, elle leva le devant de sa jupe et l'y engouffra sa tête. Il se retrouva les lèvres sur son nombril et comprit que le signal était relativement clair (Il le raconta ensuite, il se dit vraiment ça, et ça le faisait sourire « Le signal était relativement clair !»).
Tout s'enchaîna alors très vite comme dans ces moments-là.
Il l'allongea sans brusquerie sur le sol, les mains autour de ses hanches, retira ses brodequins, son collant, toujours la tête sous la jupe, mais qu'elle dégrafa aussitôt, ce qui le fit réapparaître, un peu sonné, un peu gêné sans trop oser la regarder, mais tout de même souriant de la situation. Le disque était terminé, on n'entendait plus qu'eux. Il se déshabilla également, chaussures, pantalon, t-shirt et le reste. Il entraperçut une culotte rose, pas de soutien-gorge, des seins sublimes (comme attendu, « Bravo !», se souvenait-il s'être dit plus tard) sous le chemisier déjà jeté quelque part.
Ils étaient nus. Il bandait comme la veille, mais cette fois-ci il reconnaissait que c'était une érection à but purement sexuel, loin de ces histoires d'attraction mutuelle en public. Les phéromones avaient fait ce qu'ils avaient à faire, à présent il fallait bien que le corps exulte, se dit-il. Jacques Brel l'avait chanté, il était assez d'accord avec lui sur ce point.
Ils étaient nus. Il bandait comme la veille, mais cette fois-ci il reconnaissait que c'était une érection à but purement sexuel, loin de ces histoires d'attraction mutuelle en public. Les phéromones avaient fait ce qu'ils avaient à faire, à présent il fallait bien que le corps exulte, se dit-il. Jacques Brel l'avait chanté, il était assez d'accord avec lui sur ce point.
Il l'entraîna dans la chambre à quelques mètres, il se coucha sur le dos, sans y réfléchir vraiment, mais sans doute pour mieux la regarder, savourer cet instant avant l'irréversible, le passage d'avant à après l'Acte : elle, encore debout, si grande, si pure, ses jambes fuselées, son ventre adorable, ses seins aux proportions émouvantes avec ce genre de grandes aréoles qu'il vénérait. Il ne voulait pas détailler son sexe à ce stade, il gardait ce délice pour plus tard. Sa bite battait son bas-ventre comme s'il elle cherchait à grandir encore, alors qu'elle avait fort probablement atteint son maximum, mais ce mouvement qu'il cherchait difficilement à commander, il le voulait, un peu malgré lui comme un appel. Toujours dans le contrôle, souvent il en parlait, un peu agacé de ne pas mieux faire « relâche » dans ces moments-là.
Elle avait gardé ses lunettes, c'était encore mieux qu'espéré : avait-elle simplement oublié ou était-ce volontaire de sa part ? Il lui demandera plus tard.
Elle avait gardé ses lunettes, c'était encore mieux qu'espéré : avait-elle simplement oublié ou était-ce volontaire de sa part ? Il lui demandera plus tard.
Après quelques secondes de contemplation mutuelle, sans un mot, elle s'accroupit sur lui comme si elle voulait uriner. Elle releva le gland avec trois doigts, lui fit faire un rapide arc de cercle qui se termina face à son vagin entrouvert et se laissa pénétrer lentement, en poussant le genre de soupir qui, bien que classique, fait toujours son effet aux participants.
Elle se mit progressivement à monter, descendre à croupetons, prenant appui sur sa poitrine. La bite réapparaissait plus luisante, plus veinée. Il plaça ses paumes face à ses seins, agaçant les tétons déjà durcis. Puis glissa le long de ses flancs, de ses hanches et de ses cuisses et empoigna vigoureusement ses chevilles comme pour assurer ses coups de reins.
Après quelques minutes de chevauchement effréné, la cavalière dont les cheveux s'étaient détachés et lui donnait un air de sauvageonne se tourna sur le côté du lit.
Tout en restant empalée, elle approcha sa main, saisit ma bite, m'attira à elle et l'engouffra dans sa bouche en me fixant à travers ses lunettes, les pupilles dilatées.
Lui, de sa main gauche, se mit à me caresser les fesses en souriant.
J'existais enfin.
Tout en restant empalée, elle approcha sa main, saisit ma bite, m'attira à elle et l'engouffra dans sa bouche en me fixant à travers ses lunettes, les pupilles dilatées.
Lui, de sa main gauche, se mit à me caresser les fesses en souriant.
J'existais enfin.
Fin
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