Le plaisir des damnés
Chapitre 2 · Sœur Marie
00:00 00:00
ou pour accéder à la lecture audio sans limite de temps
✦ MorganTh Le plaisir des damnés XSTORY
Temps de lecture Vues Date de publication Commentaires Partager Liste de lecture
Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Le plaisir des damnés — Chapitre 2 · Sœur Marie

20 minutes
2.2k
Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

Auteurs

Utilisateur supprimé Ce compte a été fermé. Le pseudo reste affiché pour préserver l'attribution de l'œuvre.

Le plaisir des damnés

Chapitre 2 · Sœur Marie

Loudun, 1628.
Mes débuts de séminariste furent moroses. En quittant le nid familial, j'emportai avec moi tous mes défauts et j'abandonnai sur place tous les réconforts dont mon enfance m'avait gratifié. Les démons de l'anxiété, de la timidité, et de la honte, dansaient autour de moi une inlassable farandole. Mes rares plaisirs devinrent de lointains souvenirs. Celui, simple et apaisant, de la lecture fut tout entier consacré à la théologie, quand ma passion pour la botanique se fana entre les murs austères dépourvus de lumière. Mon quotidien ne méritait même pas d'être couché sur le papier. Grâce à l'éducation de qualité que ma mère m'avait offerte, j'apprenais trop vite, trop bien, jusqu'à conjuguer l'ennui à la névrose. Mon apparence fut, durant les premiers mois, la source de frayeurs quotidiennes : la crainte d'être moqué, vilipendé, voire exclu des ordres.
Grâce à Dieu, et à l'ample tunique de séminariste, il n'en fut rien. Ces mois passèrent avec une infinie lenteur, tant ils ne présentaient que d'infimes variations de l'ennui.
Le mois de mars apporta un renouveau bienvenu. Le printemps était, me dit-on, un temps fort et l'occasion idéale de participer à des offices pastoraux. Je fus donc placé sous la tutelle du père Bodin, confesseur d'un couvent d'Ursulines dans ma ville natale. Je ne connaissais rien de lui. Mais cette perspective d'échapper à l'enceinte confinée du séminaire m'enchantait, bien que je ne me livrais à aucune effusion excessive. Non, je fus, du début à la fin, un élève modèle et dévot, et par-dessus tout, sincère dans ma démarche. Je voulais, plus que toute autre chose, laisser derrière moi mes troubles et découvrir la voie que Dieu me destinait.
Ce fut dans cet état d'esprit fiévreux que je sonnai la cloche de la porterie du couvent des Ursulines, ce dix-huit mars de l'an 1628. Par mon cœur tremblant, l'impatience se disputait à la nervosité.
La cloche vibrait encore. La cordelette rêche oscillait, projetant son ombre sur la porte de bois blanchie par le soleil d'été. Mon modeste sac d'effets personnels à la main, je levai la tête vers l'entrée massive du couvent. Derrière, l'accès à la cour et aux autres bâtiments était barré par une porterie constituée d'une petite porte et d'un immense portail destiné au passage des charrettes. Le mur qui les séparait était pris d'assaut par un chèvrefeuille, une explosion de fleurs jaunes et blanches, qui paraissait ambitieux au-delà de ses capacités. Ses branches s'accrochaient jusqu'en haut des arches, répandant leurs parfums entêtants dans une chaleur printanière qui me fit éternuer. J'oscillai d'un pied sur l'autre, fébrile. Le soleil de midi chauffait ma soutane et faisait étinceler les éclats calcaires de la maçonnerie et des graviers blancs du sentier sous mes sandales.
Au terme d'une attente qui me sembla interminable, on vint m'accueillir. J'entendis la cadence lourde d'une démarche masculine, aussitôt suivie du bruit des pênes et du froissement des lianes du chèvrefeuille. Je me tins coi, les épaules raides, et le battant s'ouvrit sur un prêtre souriant. Je lui donnai environ la quarantaine. Grand et d'allure autoritaire, il était charpenté comme un menuisier. Il s'avança dans l'embrasure de la porte, ses lourdes mains calleuses forçant l'ouverture des vieux gonds qui ne s'ouvrirent qu'à demi.
— Bonjour jeune homme. Morgan, c'est bien ça ? me demanda-t-il, en repoussant d'un revers de main la folie végétale du chèvrefeuille.
Il ne me laissa que le temps d'entrouvrir la bouche.
— Mais entre, entre. C'est un véritable nid à bestioles cette plante, nous serons mieux à l'intérieur pour parler. Je suis le père Bodin.
Il me tint la porte et je me faufilai dans l'ouverture étroite que formaient l'embrasure et sa corpulence. Il me dépassait d'une bonne tête et, en le frôlant, je décelais une odeur de bois sec émanant de ses vêtements. Je me hâtai d'entrer, toujours mal à l'aise avec la proximité d'autrui, et m'arrêtai à l'orée de la bassecour. Elle était illuminée de soleil et en bonne partie vide. Les bâtiments qui l'encerclaient lançaient leurs préaux vers le puits central, lui-même entouré d'une tonsure d'herbes rases piquetée de timides pâquerettes.
— Tu es venu à pied ? Tu n'as pas eu trop de mal à nous trouver ?
Le père Bodin venait de fermer la porte récalcitrante d'un coup vigoureux de ses grandes paluches. Le courant d'air apporta une dernière bouffée de chèvrefeuille, au moment où le prêtre – mon mentor désormais – me rejoignit au soleil.
— Pas du tout, mon père. Je suis né dans le coin, je connais plutôt bien.
Je lui ai souri et l'ai examiné d'un peu plus près.
— J'aime beaucoup marcher. On voit mieux les... environs.
Les fleurs, pensais-je, on voit mieux les fleurs. Je ravalai cet aveu. Le père Bodin était un homme fait, ainsi vu d'aussi près, avec une mâchoire volontaire et la peau tannée par les travaux en plein air. Des touffes éparses de cheveux bruns, certains décolorés par le soleil, s'échappaient de sa barrette noire, et des restes de duvet avaient échappé au rasoir dans les plis de sa bouche. Il m'intimidait, comme toujours avec les hommes durs. Je me murai dans le silence tandis qu'il m'examinait brièvement, ses poings posés sur ses hanches massives, si bien que je m'efforçai de fixer le col de sa soutane plutôt que de soutenir l'intensité de ses yeux noirs.
— Bon. Très bien. Dans sa lettre, ton précepteur m'a raconté que tu ne parlais pas beaucoup, mais que tu es un très bon élève, énuméra-t-il, en frottant son menton épais, rêche, et marqué d'une fossette verticale. « Comme tu le verras, les occupations ne manquent pas ici. Tu n'as pas peur de te salir ? »
— Non mon père, répondis-je avec empressement. Je me tenais immobile et droit, nerveux, oubliant que mes mains avaient commencé à triturer nerveusement la bride de mon sac.
— Bien, bien. Nous allons faire un tour du couvent et je te montrerai ta chambre par la même occasion.
Il tourna alors les talons, et je lui emboîtai immédiatement le pas, mon sac ballottant contre mes cuisses.
Père Bodin marchait vite. Je le suivis à petites foulées rapides jusqu'à atteindre une simple volée de marches tavelées de mousses qui menaient à l'intérieur du premier bâtiment. Il monta l'escalier quatre à quatre puis, comme je me dépêchai de le rejoindre, il poussa une lourde porte en bois qui exhala un soupir de fraîcheur venu de l'intérieur. Pressé d'explorer mon nouveau cadre de vie, je manquai de rater une marche et attrapai de justesse la rambarde, en dépit des manches trop amples de ma soutane qui me gênaient.
Je rougis de ma propre maladresse. Mon mentor se retourna, et jeta un regard critique sur ma soutane trop flottante. Il fonça les sourcils en m'observant de la tête aux pieds, m'enfonçant au comble du malaise.
— Allons bon, on ne t'a pas fourni une soutane à ta taille ? On va devoir y remédier avant de faire quoi que ce soit, sinon tu vas te casser quelque chose. Viens, Sœur Marie va retoucher ça rapidement.
— Je suis vraiment désolé, je ne trouve jamais de vêtements à ma taille. Mais ce n'est pas très grave, je suis habitué à force. Celle-ci suffira...
Il balaya ma piètre argumentation d'un revers de main.
— Et comment comptes-tu servir le Seigneur si tu te prends sans arrêt les pieds dans tes habits ? Allons. Ce n'est qu'une question de quelques fils et d'aiguilles, ne t'en fais pas.
Je le suivis en hochant la tête, les joues encore brûlantes. C'était une réaction niaise de ma part, je le savais bien, mais j'avais élevé la discrétion et l'effacement en mode de vie par nécessité. Le père Bodin m'escorta à travers un vestibule, quoiqu’assez spacieux, et nous gagnâmes rapidement les galeries du cloître arboré. Je n'eus guère le temps d'en admirer les détails, car il bifurquait déjà dans une autre aile, m'entraînant dans un couloir, puis dans un escalier en colimaçon qui donnait sur une porte close. Je stoppai net, un peu essoufflé.
— Sœur Marie s'occupe, entre autres, des vêtements. Dis-lui que tu viens de ma part, tu verras, elle est très serviable, m'expliqua-t-il en tournant déjà les talons. « Quand vous aurez terminé, rejoins-moi au cloître. »
Comme il descendait déjà les marches, je lui lançai, embarrassé au possible :
— D'accord, très bien... J-Je le ferai... Merci mon père !
Je poussai un profond soupir. Quelques minutes seulement m'avaient suffi pour me faire remarquer, et bon Dieu que je détestais cela ! Je pris une profonde inspiration lasse et pénétrai à l'intérieur de la pièce. C'était une sorte d'atelier à tout faire que je trouvais immédiatement confortable et charmant.
Dehors, le soleil avait réussi à transpercer les frondaisons des arbres collés au mur, et illuminait directement l'atelier au travers de l'unique fenêtre romane qui perçait la paroi de pierres d'un blanc crémeux. Un bureau de bois lisse trônait contre le mur et son plateau était devenu un rectangle de lumière amarante, tandis que d'innombrables particules de poussière dorées flottaient distinctement dans l'air saturé de parfums textiles. Tout autour, des armoires et des étagères surchargées de rouleaux de tissu aux couleurs sobres meublaient l'espace, conférant à l'atelier une atmosphère chaleureuse et intime qui cassait la dureté de la maçonnerie.
Trois chaises traînaient çà et là dans un joyeux désordre, avec sa profusion d'ustensiles de couture délaissés un peu partout, sur le bureau et les commodes, aux côtés de pots en terre cuite vides qui devaient servir au jardinage. À côté du bureau, perché sur un cabinet, je repérai deux jonquilles entrelacées dans un petit vase à l'émail vert usée. Elles projetaient leur étreinte en ombres amoureuses sur le plancher baigné de clarté, à côté d'un pupitre vide. Je m'avançai dans l'atelier avec la soudaine impression d'être un intrus ayant pénétré à l'intérieur d'un sanctuaire privé. À l'opposé de l'entrée, je remarquai un rideau fermant l'accès à une autre pièce contiguë, un réduit de stockage sans doute, d'où s'échappaient des bruits d'objets que l'on remue.
Je m'éclaircis la voix :
— Bonjour ? Sœur Marie ?... C'est le père Bodin qui m'envoie pour quelques retouches. Je suis son nouveau séminariste, hm, Morgan.
Depuis le réduit dissimulé, une voix féminine me répondit. Elle était vive, claire et franche, celle d'une jeune femme, devinais-je, quoique des intonations plus fortes, plus assurées, affermissaient son timbre de voix.
— Bonjour ! J'arrive dans une minute.
Je hochai machinalement la tête, tout à mon observation de l'atelier. L'austérité rocailleuse du couvent avait été adroitement camouflée sous un vernis doux, confortable comme un duvet devant un feu de cheminée. Je m'attardai ici et là, fixant sans but des chutes de tissu entreposées sur un tabouret, avec la sensation bizarre d'être observé. Pourtant, le rideau du réduit ne bougeait pas et l'atmosphère douillette, nonchalante même, qui régnait ici eut tôt fait d'éteindre ma suspicion. Je ne l'entendis donc pas approcher derrière moi.
— Ta soutane est trop ample à ce que je vois, déclara brusquement une voix de femme dans mon dos.
Je sursautai, bien évidemment, et m'apprêtai à me retourner derechef vers celle qui devait être Sœur Marie, quand des mains m'attrapèrent fermement les épaules, me forçant à rester immobile.
— Reste tranquille. Je vais prendre tes mesures, ce sera rapide, continua-t-elle en parcourant mes épaules avec délicatesse, effleurant la racine de ma nuque avec ses ongles. « Tu as les épaules fines, dis-moi. »
Mes joues s'empourprèrent vivement. Obéissant à son ordre, je me forçais à rester droit, tandis que, derrière moi, j'entendais Sœur Marie s'affairer et dérouler ce qui ressemblait à un ruban de mesure.
— Désolé j-je... Ça a toujours été un calvaire de m'habiller... ai-je balbutié, terriblement intimidé.
Elle ne répondit pas. Je sentis sa main gauche s'appuyer sur mon épaule, tandis que son bras droit entourait mes clavicules, sur lesquelles elle dévida son ruban en cuir. Nous étions terriblement proches. Je perçus une subtile odeur de menthe – sans doute avait-elle jardiné – au moment où sa main droite frôlait mon menton. Elle avait des mains ravissantes. Élancées, fines et habiles, elles étaient délicatement hâlées par le travail en extérieur, mais sans être abîmées par les éléments, avec une peau qui paraissait douce et ferme, sans cales ni rides. Un grain de beauté décorait son annulaire, notais-je bêtement, embarrassé par tant de proximité.
— Tu es autorisé à respirer, tu sais, dit-elle soudainement, un léger accent moqueur dans la voix.
Quel idiot faisais-je ! Je me maudis intérieurement, incapable d'élaborer une réponse intelligente, la bouche entrouverte comme un poisson coincé dans ses filets. Durant cet instant honteux, Sœur Marie avait repris le ruban et mesurait méthodiquement mes bras, sans que je ne parvienne à discerner son visage masqué sous sa coiffe religieuse. Elle travaillait avec une rapidité qui tenait de l'habitude et m'empêchait de me tourner.
— Garde les bras le long de ton corps, voilà. Bien, commenta-t-elle, en tenant toujours mon épaule d'une main ferme. « L'autre côté maintenant. Très bien. Bon garçon. »
Cette dernière phrase me troubla, sans que je ne parvienne à comprendre pourquoi. Elle avait certainement le même âge que moi, et cependant, elle m'ordonnait avec une assurance déroutante. Brusquement, elle se redressa derrière moi, entourant habilement mon torse à l'aide de son ruban, au point de sentir son souffle caresser ma nuque. Sœur Marie devait être plus grande que moi, ou bien elle était perchée sur un tabouret.
— Maintenant tu vas bloquer ta respiration un instant, le temps que je mesure ton tour de buste. Détends-toi, inutile de te crisper. Souffle et tiens-toi droit comme d'habitude.
Ce fut plus facile à dire qu'à faire ! Elle était si proche, que je sentais les reliefs de ses seins appuyer sur mes omoplates, pendant que son souffle chaud enflammait l'arrière de ma tête. Quant à ses bras, ils avaient fait le tour de mon torse, l'entourant du ruban en cuir, avant de le serrer fermement dans mon dos. Je me sentis soudain terriblement vulnérable, à la merci de cette femme – Dieu me pardonne, une Sœur – qui me serrait aussi fermement que si elle m'avait attachée avec une corde. Une violente chaleur éclata sous ma soutane, et des picotements involontaires électrisèrent mon bas-ventre, en dépit de la honte qui me paralysait.
— Très bien, fit-elle, et je me sentis infiniment récompensée de ce compliment. « Respire un coup, ensuite bloque encore ta respiration. Je dois mesurer ton tour de taille. C'est bientôt fini. »
Elle appuya sa main contre ma hanche. Je me figeai, le souffle coupé, obéissant ainsi involontairement à son ordre, alors que sa – ô combien si ravissante – main était descendue à la hauteur de ma gêne.
— Oh, dit-elle en serrant fortement le ruban autour de ma taille qui se creusa démesurément. « Tu as une taille vraiment fine. C'est rare. On ne le devine même pas sous cette épaisseur de tissu. »
Je fondis d'embarras. Incapable de souffler ne serait-ce qu'un mot, je fixais la cloison droit devant moi, comme si celle-ci allait s'ouvrir et me permettre d'échapper à la fournaise qu'était ma soutane. Puis, le ruban se desserra, et Sœur Marie, apparemment sourde à mon désarroi, le fit descendre au niveau de mon bassin, pressant la bande de mesure contre mon pubis. Ce contact déclencha chez moi un vent de panique.
— Reste tranquille, répéta-t-elle doucement, bien que j'aurais juré déceler une note d'amusement dans sa voix.
Puis, elle serra. Le ruban appuya fortement contre mon sexe, déjà bien éveillé, empirant définitivement une situation alors extrêmement tendue et inconfortable. Mon cœur battait à se rompre. Mes joues devaient être écarlates, mais mon teint était bien le cadet de mes soucis, quand mon caleçon était subitement trop étroit. Je sentis un ruisselet de sueur me dévaler l'échine, quand le ruban de la Sœur continuait de se resserrer sur mon érection, qui luttait indépendamment de ma volonté pour repousser le ruban de toutes ses forces.
— Oh, lâcha-t-elle, d'une voix qui trahissait un amusement certain. Puis, elle laissa un abominable silence s'installer entre nous, durant lequel je chutais dans un abîme de honte et de cauchemars.
J'allais être exclu. J'allais être excommunié. Conspué ! Banni ! Moqué ! Je me voyais déjà marchant au gibet, sous les insultes de satires, pervers lubriques et autres horreurs qui allaient couvrir de honte ma famille. Ma respiration était irrémédiablement bloquée, et je me crus sur le point de m'évanouir complètement.
Confirmant mon horrible crainte que Sœur Marie avait tout compris de mon embarras, elle lâcha sur un ton facétieux qui ne laissait planer aucune ambiguïté :
— Hm. Voyons, je crois avoir la bonne mesure. Plus ou moins.
Puis le ruban se dénoua. Je tirai immédiatement sur les pans de ma soutane, dans l'espoir futile de masquer ma honte, cette odieuse bosse qui déformait le tissu noir. Sœur Marie, qui ne semblait pas ébranlée par mon piteux spectacle, s'accroupit et mesura finalement mes jambes une par une. Pendant ce temps, je n'osai pas baisser les yeux. Jamais, ô combien jamais, je n'aurais été capable de soutenir son regard, quelle que soit son apparence, certainement pas après l'épisode humiliant que ma propre anatomie venait de m'infliger.
— Bien, dit-elle en se relevant derrière moi. « Tu peux respirer. J'ai pris toutes les mesures. »
J'expirai une énorme bouffée de stress. Non qu'elle m'ait donné l'ordre d'arrêter de respirer, ça n'était pas le cas du tout, mais mon corps avait simplement oublié de vivre au-delà des injonctions de Sœur Marie. C'était irrationnel au possible, et je me sentis ridicule. Je repris à respirer normalement, bien que l'écarlate de mon visage continuait d'irradier mon embarras, aussi évident qu'une pivoine tombée sur du marbre blanc.
— Ça suffira. Ce seront des retouches approximatives étant donné l'épaisseur de tissu que tu as sur toi et ta silhouette fine. Mais je ne peux pas te demander d'être nu pour mesurer, n'est-ce pas ?
J'étais mortifié, si bien que je répondis d'une voix trop rapide et trop tremblante :
— N-non, ma Sœur. Je me d-débrouillerais... Ce sera t-très bien.
— Tu vas demander au père Bodin une aube de remplacement. Demain matin, je veux ta soutane propre et pliée pour que je puisse la retoucher correctement. Je ne veux pas bâcler ça. C'est bien compris ?
Elle avait parlé d'un ton si ferme que je répondis immédiatement : « Oui ma Sœur. »
— Très bien. Nous avons autre chose à voir ? Ta barrette est correcte ? Tu te coupes les cheveux ?
J'hésitai un moment. Elle était juste derrière moi, et sa forte présence rayonnait d'autorité féminine comme un soleil miniature qui embrasait la racine de mes cheveux. Par sa seule existence, elle me forçait à plier. Sa question sur mes cheveux me parut un instant hors de propos, mais j'étais trop choqué pour être lucide.
— Oui, ma Sœur. J-je veux dire... Oui, pour les deux, je... balbutiai-je avant d'émettre un petit couinement de surprise quand les doigts de Sœur Marie se faufilèrent dans les mèches courtes à l'arrière de mon crâne.
— Laisse-les pousser, me coupa-t-elle abruptement, me laissant paralysée, alors que sa main explorait mes cheveux avec une lenteur insupportable, sensuelle même, qui m'arracha une série de frissons incontrôlables.
— Mais... Pourquoi ?
C'était tout ce que j'étais capable de dire pour ma défense. L'émoi entre mes jambes était toujours vif, et mon esprit, totalement incapable d'analyser logiquement ce qui m'arrivait.
— Parce que c'est moi qui le demande.
Alors je la sentis qui se penchait contre mon dos, avec la pointe de ses seins à nouveau contre mes omoplates, et son souffle chaud créant un courant brûlant dans mon cou.
— À moins que tu veuilles évoquer avec le père Bodin ton attitude inconvenante avec moi ? me susurra-t-elle d'une voix charmante et tyrannique à la fois, qui acheva de faire fondre toute résistance chez moi.
Elle avait lové son visage contre mon épaule droite, sa bouche si proche de ma joue, que je sentis son haleine parfumée caresser ma peau brûlante. Je ravalai ma salive, faisant un effort surhumain pour lui répondre, au moment où elle empoignait mes cheveux pour tirer ma tête en arrière, appuyant ainsi sa menace.
— Non ma Sœur.
— Bien, très bien. Bon garçon, dit-elle avant de se redresser, m'ôtant le délicieux supplice de sa proximité. « Ça sera tout pour aujourd'hui. N'oublie pas demain matin : ta soutane propre et pliée. Tu peux partir. »
Elle relâcha abruptement sa prise sur mes cheveux. Je me redressai, pantois et le souffle court, entièrement désorienté, et ne parvins qu'à couiner la même pitoyable affirmation : « Oui ma Sœur. »
Là-dessus, je filai aussi vite que ma honte le permettait. J'ouvris la porte de l'atelier à la volée, manquant de m'étaler encore une fois, sans me retourner, sans tenter une seule fois d'apercevoir à quoi ressemblait Sœur Marie. Je fuis l'atelier sans demander mon reste, toute notion de curiosité oubliée. Mon esprit, tout comme mon corps, était un magma bouillonnant d'émotions en vrac : remords, incompréhension, désirs nouveaux, excitation, colère contre moi-même, etc. Quant à l'excitation physique, elle s'éteignait rapidement au profit d'une panique totale, qui me laissa démuni face à la déferlante d'émotions contradictoires, parmi lesquelles mon esprit était incapable de faire le tri. Pas maintenant. Pas aujourd'hui.
Je dévalai l'escalier en colimaçon et m'affalai par terre dans le cloître, le souffle court, refusant d'aller voir le père Bodin dans pareil état. J'avais besoin d'air et d'être seul.
Commentaires Partager Liste de lecture

Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.

J'aime
ou laissez un mot
Soyez respectueux
Publier
Fin du livre
Vous avez atteint la fin de ce livre.
Une suite est prévue prochainement. Restez à l'affût !

Commentaires ()

Passer le commentaire
Photo de profil de Sensuelle Emilie
Sensuelle Emilie
14 août 2024 à 18:44
Vous faites subir la même torture à vos lecteurs qu'à votre héros : l'attente et le titillement de la curiosité.
Toujours bien amené, bien écrit, très agréable.
Soyez respectueux
Répondre

Histoires similaires

✦ opaline Quand la réalité dépasse la fiction. XSTORY
Quand la réalité dépasse la fiction.
Chapitre 6
Par
50
0
4.3k
Lesbiennes
✦ Osiris Le Chant de la Cage XSTORY
Le Chant de la Cage
Chapitre unique
Par Osiris
63
8
7.6k
Trans & QIA+
✦ Emil Le curé du village XSTORY
Le curé du village
Chapitre unique
Par Emil
117
4
30.3k
Gays
✦ zooph34 La moniale démoniaque XSTORY
La moniale démoniaque
Chapitre 1
Par zooph34
295
6
28k
Lesbiennes
✦ hélène75 Secrets de confession ... XSTORY
Secrets de confession ...
Chapitre 1
Par hélène75
340
13
55.1k
Hétéro
✦ Eden_R Maison de l'évêché XSTORY
Maison de l'évêché
Chapitre unique
Par Eden_R
105
1
10.3k
Hétéro
✦ opaline Quand la réalité dépasse la fiction. XSTORY
Quand la réalité dépasse la fiction.
Chapitre 2
Par
69
0
11.8k
Lesbiennes
✦ Docsevere Dernier tango à Cythère XSTORY
Dernier tango à Cythère
Chapitre 1
Par Docsevere
46
7
3.4k
Hétéro

Restez informé des nouvelles histoires

Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail

Explorez les catégories

Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir

Mode sombre
Apparition progressive
Lecteur Audio