Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Vague à l'âme — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Autrice
Vague à l'âme
Chapitre 1
Aujourd'hui, et comme c'est le cas depuis plusieurs jours, le temps est gris. La pluie tombe sur ma bulle, provoquant un vacarme apaisant tout autour de moi, alors que je suis posée tranquillement à mon bureau. Mes fesses, à peines couvertes par la nuisette qui m'habille, sont posées sur ma chaise depuis plusieurs heures à présent. Fort heureusement pour elles, la solitude ne les atteint pas, puisqu'elles sont rejointes par mes talons, qui viennent prendre place à leurs côtés, comme pour les câliner, ou leur apporter une présence réconfortante. Elles ont de la chance, car s'il y en a bien une qui se sent seule, c'est bien ma main droite, fixée au-dessus du papier, paralysée par mon manque d'affabulations. Sa sœur a beau passé et repassé dans mes longs cheveux, cela ne change rien, le rêve, contrairement à la pluie, s'est depuis longtemps estompé, et ce, malgré une tête alourdie par la fatigue, et le poids de mes espérances.
Je suis pourtant bien, là, dans ma bulle, à l'abri de tout. Qu'est-ce qu'une fille comme moi pourrait bien vouloir de plus ? D'habitude, si haut perché, il ne me suffit que de fermer les yeux, et je m'envole vers un nouvel univers. Qu'il soit brut ou doux, romantique ou aventureux, effrayant ou fantastique, il ne me déçoit jamais. Alors pourquoi je ne parviens plus à y retourner ? Manque-t-il à mes fantasmes, une étincelle pour les raviver ?
Mais une étincelle n'est rien sans carburant. Suis-je venu à bout de mon imagination ? Ne puis-je trouver encore une raison d'exprimer ma passion ? Je reste là, béate d'absentéisme, à admirer le tableau qui se trouve par-delà ma bulle, sans même être capable de coucher sur papier la moindre divagation de mon extravagance naturelle. Et pourtant, qu'il est beau ce tableau.
La forêt de conifères en contrebas dégage une ambiance mystique, lorsqu'elle est plongée sous le gris d'un ciel pluvieux. J'aime le contempler, et me dire que, quelque part dans cet environnement boisé, ce cache une créature encore jamais aperçue par l'homme. Les légendes locales racontent l'existence d'une nouvelle forme de vie, à mi-chemin entre l'homme et le singe, une sorte de branche évolutive alternative à la nôtre. Le problème avec ce genre de légendes, c'est qu'elles sont accompagnées de preuves bien trop fragiles. Mais après tout, est-ce vraiment si stupide de se dire que ça pourrait être vrai ? A ma connaissance, rêver n'est pas une preuve de stupidité. Je dirai même plus que c'est tout le contraire. Utilisé à bon escient, cela peut même être une preuve d'intelligence, bien trop souvent mise de côté par des rationalistes trop terre-à-terre.
Vrai ou faux, en voilà une bonne question. Est-ce que mes lecteurs se sont déjà demandé si mes histoires étaient vraies ? Elles sont probablement trop fantasques pour ça. Et pourtant, s'ils savaient... S'ils savaient tout ce que j'ai pu vivre avant de parvenir jusqu'à eux. Je crois qu'au fond, j'ai toujours eu peur de m'ouvrir à eux. Qu'est-ce qu'ils penseraient de moi s'ils savaient qui je suis réellement ? Ma notoriété est beaucoup trop importante maintenant pour révéler le pot aux roses. Mais dois-je pour autant vivre dans le mensonge ?
Mensonge... Les songes... Peut-être qu'il est finalement temps d'arrêter de rêver ? Peut-être que je devrais tout leur raconter ? Ou du moins, garder le masque, tout en expliquant ma vie passée, ma véritable vie passée. Dois-je prendre ce risque ? Le poids de la vérité ne serait-il pas trop dur à porter seule ? Mais alors, les portes de ma bulle s'ouvriraient, et laisseraient entrer tous ces juges. Est-il vraiment temps d'arrêter de vivre dans le déni fantasmagorique de cette vie montée de toutes pièces ?
Après réflexion, je me demande si ces inquisiteurs se rangeraient à ma cause, ou s'ils rejoindraient les bourreaux, prêt à m'exécuter sur la place publique, en oubliant tout le bonheur que j'ai pu leur apporter avant cet aveu ? Ils sont pourtant nombreux les sourires que j'ai distribué sans rien attendre d'autre en retour, qu'un peu d'attention. C'est certainement pour cette raison, que certaines choses ne sont pas bonnes à dire. Qu'on soit d'accord avec ça ou non, il existe malheureusement bien des boniments qui rendent la vie heureuse à tout le monde. Et après tout, en y regardant de plus près, je suis bien mieux dans ma bulle, à l'abri de tout.
C'est vrai qu'elle est spacieuse ma bulle, je vois l'espace et les étoiles lorsque je lève les yeux, et je vois l'horizon lorsque je les baisse. Mais si elle venait à percer, alors je prendrais l'eau, et finirais par me noyer, incapable de vivre à l'extérieur de cette dernière, tant ma vie n'existe qu'à l'intérieur depuis maintenant plusieurs années. Les disciples sont en quête de vérité, mais est-elle vraiment bonne à éclater, si elle signifie la fin d'un être meurtri, pourtant aimé de ses pairs ? Païenne ou messie, la frontière est bien plus étroite qu'il n'y paraît. Et pourtant, à la fin de tout, il faudra bien que j'endosse l'un de ses deux rôles.
C'est donc là que se pose l'ultime question : Suis-je prête à déposer les armes, à m'agenouiller devant la cour, pour être jugée par ceux qui m'ont tant donné ? Est-ce que ma possible excommunions saurait apaiser une partie de mes tourments ? Il me semble que, tôt ou tard, je devrais passer par là, alors autant que je le fasse, avant que ne sonne pour moi, le glas d'un destin bien trop cruel et irrévocable.
Bon, puisque je suis vouée à disparaître, autant le faire en grande pompe. Qui irait embêter un petit être en fin de vie, de toute façon ? C'est décidé, mes mémoires seront publiées, et peu importe ce qu'on pourra dire de moi. Il sera de toute façon déjà trop tard pour me faire porter la croix.
Oui mais le problème c'est que... je ne sais pas par où commencer...
Voyons voir... Ah si, je sais ! Il pourrait être amusant de raconter quelques histoires de quartier.
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Commentaires ()
Lâcher un texte comme celui-ci, c’est, à mon sens, avoir déjà bien entamé le perçage de la bulle.
La proxémique (notre distance de communication) est, dans l’écriture et peut-être encore plus par le biais numérique, éminemment élastique et fluctuante. Et si cette bulle le devenait elle aussi… plus besoin de l’éclater, juste l’ajuster, inclure par ci par là, la resserrer parfois, ou la faire gonfler jusqu’aux étoiles…
Quant à ceux qui pourraient, juger montrer du doigt ou dénigrer, on s’en bas les…
Et puis il y a pas mal de bienveillance et d’empathie sur XS.
Douter c’est vivre.
Cela semble te peser et tu sembles vouloir faire preuve d'une forme de rédemption. Je ne sais ce que tu traverses dans la vie, et je te souhaite d'avoir un dénouement bien plus positif que l'annonce ton récit.
Mon message sera probablement non populaire ou paraitra insensible, mais j'ai à coeur qu'il y'ait une forme de justice et d'objectivité.
En espérant ne pas t'avoir bléssée plus que tu ne l'es.
Ce texte est le plus puissant et le plus touchant de la totalité de tes textes. Je l'ai adoré et j'en ai même eu la larmes à l'œil car je connais la part de vérité de cette histoire. Tu y as mis toute ton âme. Tu te livres comme jamais et rien que pour ça je te dis un grand bravo. Tu dis de manière très poétique un ressenti que je n'ai pas encore su poser moi-même par écrit.
Une seule chose à ajouter. Tu n'es pas seule mon amie ;)
J'ai été attirée par le titre de votre histoire ce soir et je ne regrette pas ce moment de lecture très particulier et très énigmatique.
A part quelques fautes d'orthographe dues à de l'etourderie je pense, vous écrivez très bien.
Et même si elle s'en est défendue, il y a des signes qui ne trompent pas.
Mais sache également que même si, en ton âme et conscience, tu décidais de crever cette bulle, je ne me transformerais pas en bourreau, comme tu le dis. Mais j'ai bien peur qu'instantanément, l'image que reflète cette bulle ne s'évanouisse à jamais.
Alors, réfléchis bien... il est encore temps de faire perdurer le rêve.
Merci 0our ce beau moment de lecture.
N'aie pas peur pour l'imagination. Elle part, elle revient, il suffit d'un tout petit rien... Pour le temps, ben ouais. Il ne peut que s'améliorer ;)
Qui sommes-nous sur un site ? Une personne qui veut paraitre ? Une personne qui cache ce qu'elle est ? Une simple personne qui réagit en fonction du sens du vent, de la brillance du soleil, de la façon dont elle veut se montrer. Se divulguer au grand jour ? Compliqué car tout le monde ne pourrait l'accepter.
Merci pour ce texte.