Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Le foulard — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Le foulard
Chapitre 1
J'ai relu, au détour d'un recueil de nouvelles, l'histoire remaniée de la jeune femme au ruban vert. Ce ruban, gardé précieusement autour de son cou, pour ne pas perdre la tête. Comme un lien de sûreté, un garde fou. J'ai pensé à sa matière. Était-ce de la soie ou du velours ? Est-ce que le contact du tissu sur sa peau lui apportait du réconfort ? Une histoire d'épouvante et de sensations.
Je n'ai jamais porté de foulard à proprement parler. Tout au plus une écharpe les jours de grand froid. Je ne me suis toujours ornée que d'un ou deux colliers discrets, des médaillons, petits talismans, cornes d'Italie, et autres vierges et saintes. Mes activités de grande lectrice et besogneuse me font dodeliner de la tête, rentrer mon cou dans mon corps. Je n'ai pas de conscience particulière de celui-ci, bien que je sois très sensible à celui des autres.
Les battements, les pulsations, les cous tendus pour apercevoir quelqu'un au bout de la rue. Les nuques rases plantées entre deux épaules rondes. Les gorges déployées de rires, les soubresauts des pleurs. La connexion quasi sacrée du corps à l'esprit en un seul canal.
Mais mon regard sur ces quelques vertèbres a discrètement changé lorsqu'un beau matin je me suis mise à la confection d'un petit foulard en mailles. Juste assez long pour le nouer. Après avoir déchiffré laborieusement le modèle, j'ai choisi une laine grise, piquée de rouge, de jaune et de bleu. Une laine un peu rêche, bien loin du soyeux cachemire. Les fibres picotaient légèrement le bout de mes doigts pendant la réalisation du projet.
J'ai été très satisfaite du résultat et l'ai porté immédiatement. Un peu inquiète que mes collègues reconnaissent les défauts du fait main. Mais je n'ai eu droit à aucune réflexion, comme s'il avait toujours fait partie de moi. Gênée par cet accessoire nouveau, je n'avais de cesse de le réajuster tout au long de la journée, d'aller aux sanitaires pour vérifier son allure.
Et c'est ainsi que sans y faire attention, assise mollement sur mon siège de bureau face à l'écran blafard, j'ai serré de trop. Une minuscule pression, trois fois rien, mais elle était bien là. Je me rappelle m'être contractée, avoir rapproché mes cuisses l'une de l'autre. Le souvenir de sensations anciennes venait d'être réactivé. Je me délectais de celui-ci. Ma nuque contrainte, ma gorge serrée, l'afflux de sang dans mes joues et mes lèvres. Devant mon tableur Excel, je me suis surprise à mouiller.
C'était la première fois que mon excitation naissait d'une telle stimulation. La première fois que je me faisais du bien autrement. Comme c'était étrange de ressentir un tel plaisir d'une chose si insignifiante. Là, au milieu de mes collègues faussement affairés. Sans peur d'être démasquée.
Cette expérience insignifiante m'a fait prendre conscience d'une sensualité nouvelle. Je palpe la peau souple de mon cou, le pince, le caresse en écoutant les conversations des autres. Je le serre sans vraiment le serrer, cherchant à voir jusqu'où je pourrais aller sans que personne ne s'en aperçoive.
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Commentaires ()
Merci pour ce petit voyage sensoriel...