Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Entre les pages du carnet — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Entre les pages du carnet
Chapitre 1
Le goût du vide
Ce matin-là, il est parti sans un mot. Juste un claquement de porte, étouffé par la couette que je remontais sur mon torse. Je n’étais pas triste, même pas vexée. Je crois que j’étais... embarrassée. Pas pour moi, mais pour nous deux. On s’était désaltérés comme deux inconnus qui boivent au goulot d’une bouteille tiède dans une ruelle vide. Sans faim ni passion. Juste des gestes appris et répétés qui alimentaient une mécanique déjà essoufflée sitôt lancée.
Je suis restée couchée un moment à fixer le plafond. Je ne pensais déjà plus à lui, mais à ce vide, là, au creux de ma poitrine. Celui qui s’installe quand plus rien ne touche juste. Depuis combien de temps je faisais semblant ? Semblant d’avoir envie, d'apprécier ces instants. De jouir. La vérité, c’est que je m’ennuie dans le sexe comme on s’ennuie dans les réunions d’équipe : je sais ce qu’il faut dire, comment il faut sourire, où poser les mains. Mais à l'intérieur, rien.
Je suis ce qu’on appelle une femme “libérée”, paraît-il. Je choisis mes partenaires, je sais ce que j’aime, je parle sans honte. Mais c’est peut-être là que le piège s’est refermé : dans ce confort tiède de la maîtrise. Plus personne ne me surprend.
J’ai pris une douche, longue et brûlante. J’ai fermé les yeux. Et là, dans la vapeur...
L’eau coule.
L’eau frappe.
L’eau revient.
L’eau frappe.
L’eau revient.
Je m’enfonce dans l’eau qui tombe
Ma nuque s’ouvre.
Mes yeux se ferment.
Mes tempes s’oublient.
Mes yeux se ferment.
Mes tempes s’oublient.
Le temps se dilue. Mon corps flotte.
L’eau reprend.
L’eau insiste.
L’eau glisse
L’eau insiste.
L’eau glisse
Rien ne presse.
— Je t’ai dit de te taire.
La voix a traversé le mur avec une brutalité qui a fait éclater la bulle chaude où je m’étais laissée flotter, et tout d’un coup, chaque goutte d’eau sur ma peau me rappelait que j’étais nue et vulnérable, le dos plaqué contre le carrelage tiède pendant que mon souffle hésitait entre l’arrêt et l’emballement, suspendu dans cet instant étrange.
— T’as compris ou faut que je répète ?
C’était une dispute banale, les éclats de voix noyés dans la vapeur de deux voisins invisibles, c’était sans importance et pourtant chaque mot m’atteignait comme s’il me tombait directement sur la peau. Je n’entendais pas tout, à peine des fragments d’un affrontement tendu, et c’était ce ton-là qui s’imposait en moi et s’imprimait quelque part entre ma gorge et mon bas-ventre. Je restais sous l’eau.
— Maintenant, c’est moi qui décide.
Ce n’était plus la voix du voisin. Pas non plus la mienne. Elle descendait lentement le long de ma colonne, s’insinuait dans mes reins, faisait vibrer mon ventre comme une basse continue, et tout en moi lui répondait. Un frisson brut, presque honteux, est monté.
Je suis sortie de la douche fébrile. Enroulée dans une serviette et j’ai tourné dans l'appartement comme une bête en cage. J’avais besoin d’en parler. J’ai enfilé un vieux pull, puis j’ai ouvert un tiroir. Sans réfléchir. Un geste absurde, automatique. Et je suis tombée sur un vieux carnet à peine entamé, avec quelques notes griffonnées : une liste de courses, une phrase de film, un numéro de téléphone inconnu. J’ai arraché les premières pages puis j’ai écrit. D’un seul trait.:
« C’est étrange comme certaines voix résonnent sans prévenir. Il parlait fort. Et dans ce volume, j’ai trouvé un silence en moi. Je me suis sentie saisie, comme si on avait touché une corde enfouie. Et si c'était ça ? C’est gênant d’écrire ça. Mais il faut que je le dise quelque part. Je crois que j’ai envie qu’on me refuse. Qu’on me contienne. Comme si à force de tout contenir quelque chose en moi réclamait le débordement. Je ne sais pas si ça a du sens.”
Je n’ai rien ajouté. Je l’ai refermée avant de le poser sur ma table de nuit. Je ne savais pas encore que j’y reviendrais le lendemain. Ni que ce geste, ce petit geste-là, allait devenir une habitude. Une discipline.
Rituels solitaires
J’ai écrit tous les jours cette semaine. Jamais beaucoup, parfois juste une phrase, parfois une page entière. Mais à chaque fois, je m’y suis tenue. Le soir, souvent ou en fin d’après-midi, quand la lumière devient douce et que l’appartement est silencieux.
Au début, c’étaient de simples observations, des pensées volantes. Puis des petits fragments de sensations ou de souvenirs. Un regard qui m’avait troublée dans le métro, un rêve effacé au réveil, un mot entendu dans un film. Mais peu à peu, j’ai senti quelque chose se dessiner: une présence. Pas définie, mais bien là, flottante, quelqu’un que je n’avais jamais rencontré, mais que je connaissais déjà. Il s’installait progressivement dans le silence de mes pensées, comme une ombre qui grandissait entre mes mots, pas un fantasme brut, mais une forme intangible qui prenait de l’ampleur.
Il s’est mis à contrôler mes gestes quand j’écrivais, ralentissait mes phrases et m’obligeait à baisser les yeux sur des mots que je n’aurais jamais cru employer. Il s’imposait dans le rythme même de mon corps. Mais certains soirs, ça débordait et l’écriture ne suffisait plus. Ses phrases restaient coincées quand elles devenaient trop chargées pour trouver leur place sur la page. Alors je fermais le carnet puis les yeux et je rejouais chacun de ses gestes dans ma tête : la lenteur de ses mains, la sécheresse de ses ordres, sa façon de me contraindre sans brutalité, mais avec la certitude tranquille que je céderais.
Et je me touchais. D’abord timidement. Mes doigts glissaient sur ma peau, suivaient la courbe de mes flancs puis s’attardaient sur mon ventre. Je prenais le temps de sentir la chaleur de cette tension diffuse qui vibrait déjà sous la surface. Quand je descendais enfin entre mes jambes, le contact de mes doigts me faisait tressaillir. J’étais déjà humide. Plus que je ne l’aurais cru. Cette moiteur discrète, installée depuis longtemps, comme un aveu que mon corps aurait fait sans moi.
Je m’écartais un peu. Juste assez. Mes doigts trouvaient leur chemin sans hésitation. Le contact m’arrachait un souffle court. Je ralentissais aussitôt, comme si je venais de dépasser une limite invisible. Les frissons remontaient le long de mon dos et s’accrochaient à ma nuque. Ma respiration se posait, plus profonde et basse, presque disciplinée.
Je me caressais en pensant à lui. À son regard posé quelque part derrière moi. À la façon dont il noterait chaque réaction : la contraction de mes cuisses, la manière dont mon bassin cherchait inconsciemment plus de pression. Mon corps réagissait malgré moi. Il se cambrait légèrement, se tendait, se rendait disponible. Puis je me figeais. Je retirais presque ma main. Comme si je venais de me trahir.
Je pouvais aller plus loin. Je le savais. Mon corps me le réclamait d’ailleurs sans pudeur. Il se tendait, se gorgeait, dans l’attente d’une suite. Je changeais de position. Sur le ventre, puis à genoux, le front appuyé contre l’oreiller. Cette posture-là me troublait davantage. Elle m’exposait autrement. Mes doigts reprenaient leur place, plus assurés cette fois. Le plaisir montait, lentement, mais dangereusement, en vagues lourdes qui me faisaient lever les yeux, comme si mon plaisir cherchait à s’évader par là.
Mais quelque chose résistait encore. Une crispation volontaire issue d’une retenue presque fière. Comme si cet orgasme à la portée de mes doigts était une forme de trahison. Comme si je voulais prouver que j’étais encore capable de m’arrêter. De rester suspendue dans ce moment instable où tout était déjà engagé, sans être consommé.
J’en restais donc là. Le corps humide et tremblant. Je retirais ma main lentement. La sensation du manque était presque douloureuse. Mon sexe pulsait encore, frustré d’avoir été abandonné en plein élan. Mon clitoris était sensible au moindre mouvement d’air. Je restais immobile, le cœur battant trop vite, la peau encore parcourue de frissons. Je restais longtemps dans cette tension vibrante, insoutenable. Offerte sans être prise.
Quand je rouvrais le carnet, mes doigts humides tremblaient encore. Je comprenais alors que ce n’était plus un simple jeu. Ce n’était même plus vraiment un fantasme. C’était un rituel dont le plaisir que j’en retirais, bien qu’il fût incomplet, était déjà plus intense que toutes mes dernières nuits réunies.
Mais je savais aussi une chose : ce que je retenais là ne pourrait pas l’être indéfiniment.
Il y a quelques jours, j’ai écrit une scène entière dans laquelle je m’imaginais nue, à genoux, les mains sur les cuisses. Il était derrière moi. Je ne voyais pas son visage. Mais je sentais son regard dans ma nuque. J’ai écrit ça d’une traite. Et quand j’ai relevé les yeux, l’espace d’un instant, j’en avais oublié jusqu’à mon propre nom. C’est étrange, cette capacité qu’a le corps à répondre à une fiction. À se plier à des images, des mots, comme si l’imaginaire pouvait se matérialiser. Depuis, il est plus présent. Dans ma tête. Dans mon quotidien. Je le sens quand je choisis mes vêtements ou quand je m’assois dans le métro. Comme s’il m’observait en silence, où que j’aille. Je ne sais à quel moment, mais il a cessé d’être une simple idée. Un murmure entre les lignes.
Peut-être que j’ai oublié d’éteindre la lumière, hier soir. Ou alors elle s’est rallumée toute seule pendant mon sommeil. Je me suis réveillée en pleine nuit, sans sursaut, mais avec cette sensation tenace que quelque chose n’était pas à sa place. Comme si l’air avait changé de densité, de texture.
Le carnet était encore posé sur la table de nuit. Mais le stylo, lui, n'était plus exactement là où je pensais l’avoir laissé. Un détail insignifiant. Et pourtant, un frisson m’a traversé, net, le long de la colonne. Je ne suis pas paranoïaque. Je suis même plutôt rationnelle, d’habitude. Mais cette nuit, j’ai dormi crispée, comme si je n’étais plus seule dans mon propre appartement.
Le lendemain, j’ai préféré croire que j’avais rêvé. Ou que j’étais plus troublée que je ne voulais bien l’admettre. J’ai rangé le carnet dans un tiroir, puis je suis sortie marcher, jusqu’à ne plus sentir mes jambes. Et pourtant, en rentrant, la première chose que j’ai faite a été de le rouvrir. Je me suis rendu compte après que je n’en avais pas ressenti l’envie. Ou plutôt, que je ne m’étais pas posé la question. C'était comme si le carnet m'avait appelée à lui. Et là, à la dernière page, il y avait cette phrase dont je ne me rappelais pas.
« Laisse-moi t’apprendre à obéir. »
Je ne reconnaissais pas mon écriture. Elle était plus droite, plus sèche et plus maîtrisée. Je sentais, sans pouvoir m’expliquer pourquoi, que cette phrase m'était adressée. Et ce que je trouvais le plus dérangeant, c'était ce doute qui planait sur l’identité de son auteur. Ça ne pouvait pas être moi, je n’avais pas déraillé au point de me parler à moi-même. Mais je n’avais aucune autre explication crédible. Je suis restée là, figée, sans savoir si je devais rire ou éclater en sanglots. J’avais les nerfs à vif.
C’était moi, bien sûr. Ça ne pouvait être que moi. Une blague de mon inconscient, un réflexe nocturne, un acte manqué. Une forme extrême d’auto-suggestion. Je me répétais ça. Encore et encore. Je devenais folle, c’était tout. Mais le soir même, sous la douche, j’ai cru entendre quelque chose.
Une respiration. Faible. Proche. Comme si quelqu’un m’écoutait depuis la pièce d’à côté. J’ai coupé l’eau, tendu l’oreille. Rien. Juste le bruit sourd de mon cœur, battant trop fort dans un épais silence.
C’est devenu un jeu, là aussi, mais d’un autre genre. Un jeu de seuils, d’équilibres précaires. Je ne sais plus très bien ce que je contrôle ni ce que je provoque. J’ai recommencé à écrire. Évidemment. Mais quelque chose a changé. Je ne suis plus seule à le faire. Des mots apparaissent sans que je m’en souvienne. Des phrases que je n’ose pas relire. Des injonctions. Des descriptions de moi, dans des postures que je n’avais jamais osé imaginer. Des images enfouies, peut-être, dans les zones mortes de mon inconscient.
Depuis quelques jours, j’évite de trop y penser. J’écris moins. Je relis encore moins. Je ferme le carnet dès que j’y perçois une phrase qui ne m’appartient pas. Mais hier soir, quelque chose m’a poussée à l’ouvrir à nouveau. Une sensation presque physique, comme une tension dans les doigts.
Le carnet était là, posé sur le lit, alors que j’étais presque certaine de l’avoir rangé. Je l’ai ouvert d’un geste sec, presque agacée. Comme si je voulais prendre de vitesse ce que j’allais y trouver.
— Demain, ne mets rien sous ta robe.
À 20h, assieds-toi à genoux, face au mur du salon.
Les mains sur les cuisses. Le dos droit. Les yeux bandés.
Tu n’auras pas besoin de voir. Ni de parler.”
Les mains sur les cuisses. Le dos droit. Les yeux bandés.
Tu n’auras pas besoin de voir. Ni de parler.”
Je n’ai pas refermé le carnet. Je l’ai posé, ouvert, face à moi. Et je suis restée là, longtemps, à regarder les mots, comme s’ils allaient finir par me répondre. Je n’ai pas encore décidé si j’allais obéir. Mais je crois que je vais le faire.
L'abandon
Je me suis préparée comme pour un rendez-vous. J’ai nettoyé l’appartement dans un silence tendu : passé la serpillière, changé les draps, rangé le salon comme si chaque objet allait être scruté, comme si j’allais être jugée. Je ne savais pas si je faisais ça pour plaire, ou pour me rassurer. Mettre de l’ordre autour de moi, c’était une façon de ne pas avoir à décider si ce qui m’attendait était réel ou non. Les questions se bousculaient sans jamais qu’une réponse ne s’impose, sans rien qui vienne apaiser mon esprit. Alors j’essayais de faire le vide. De me concentrer sur ces petits gestes quotidiens.
J’ai longtemps hésité sur la robe, pour finir par en choisir une en coton noir. Simple, souple. Elle tombait à mi-cuisses, épousant mes formes sans jamais les serrer. Comme il l’avait demandé, je ne portais rien dessous. Chaque mouvement me le rappelait, comme un secret murmuré à chaque pas.
Il était 19h40. Je tournais en rond dans le salon, les mains moites, le cœur déjà en alerte. J’ai allumé une seule lampe. Une lumière douce, diffuse. Puis j’ai pris le bandeau. J’ai encore hésité. Une dernière fois. J’ai failli tout annuler. Et puis je me suis agenouillée. Lentement. Face au mur.
J’ai noué le bandeau sur mes yeux puis posé mes mains sur mes cuisses. Le sol était tiède. Le silence, oppressant. Je n’avais jamais été aussi consciente de mon propre corps : le tissu de ma robe frôlant mes tétons déjà durs, l’air tiède entre mes jambes, la tension lovée dans mon ventre, ce picotement impatient qui prenait toute la place. Le temps a ralenti. Je ne saurais dire combien de minutes se sont écoulées. Je me demandais encore ce qui allait réellement se produire. Si cette présence avait une origine, une forme, une logique que je pourrais enfin saisir. Une partie de moi attendait presque une révélation, quelque chose qui mettrait fin au doute.
Je crois que j’étais déjà mouillée avant même de m’agenouiller. Peut-être depuis des jours déjà, depuis que les mots ont commencé à s’imprimer en moi, depuis la première page du carnet. Mais là, à genoux, les yeux couverts, je ne respirais presque plus.
Un silence. Puis un souffle. Quelque chose. Quelqu’un. Je n’ai pas sursauté. Je me suis figée, mon corps a compris avant moi qu’il n’y a plus rien à décider. Mes muscles tendus, mes pensées suspendues. Je sentais sa présence calme derrière moi. À cet instant, je ne me suis même pas demandé comment il était entré, ni s’il était réellement là. La question m’a traversée puis s’est dissoute aussitôt, comme un réflexe devenu inutile.
Il ne m’a pas parlé. Ses doigts ont frôlé mon bras lentement, comme s’il testait ma température. Un effleurement à peine appuyé, le dos de ses phalanges glissant sur ma peau nue. Et pourtant, ce contact infime a suffi. C’était comme s’il m’ouvrait en deux.
Je tressaillis dès qu’il retira sa main. Elle s’est posée sur ma nuque. Un contact plus soutenu. Il a appuyé. Lentement, mais fermement. Je me suis penchée jusqu’à ce que mon front atteigne le mur. Échine courbée. La position s’est imposée à moi avec une évidence troublante. J’ai senti mon bassin basculer légèrement en arrière. Soumise. Le mot m’a traversée sans bruit, sans résistance. Alors il a murmuré.
— Tu es prête à te perdre.
Je ne suis pas certaine d’avoir répondu, je crois que j’ai hoché la tête. Il a relevé ma robe sans un mot. Le tissu a glissé lentement sur mes hanches. L’air contre mes fesses nues m’a arraché un frisson et j’ai senti ma peau soudainement exposée se contracter, hypersensible. J’étais enivré par le désir et pourtant traversé d’une culpabilité sourde, comme si j’avais tout préparé pour ce moment, comme si j’avais tendu le piège à mon propre fantasme.
Sa main est descendue entre mes jambes. Pas franchement. Pas encore. Juste ses phalanges, effleurant, testant, s’attardant à peine. Le contact était si léger qu’il en devenait presque cruel. Un simple frôlement, mais mon corps y a répondu immédiatement. Un soupir m’a échappé avant que je ne puisse le retenir.
Sa main est descendue entre mes jambes. Pas franchement. Pas encore. Juste ses phalanges, effleurant, testant, s’attardant à peine. Le contact était si léger qu’il en devenait presque cruel. Un simple frôlement, mais mon corps y a répondu immédiatement. Un soupir m’a échappé avant que je ne puisse le retenir.
Il ne s’est pas pressé. Sa présence s’est déplacée, lentement, comme s’il redessinait mon corps sans me regarder. Je me suis surprise à lever le menton, à gonfler le torse pour lui offrir ma poitrine. Il l’a saisie fermement. Ses doigts ont pincé délicatement mes tétons, déclenchant une nouvelle décharge de plaisir qui m’a arraché un souffle.
Il savait. Je le sentais à la manière dont il prenait son temps, observant chaque réaction, chaque frémissement. La tension montait, lourde, envahissante. Ses mains ont poursuivi leur chemin, redescendant lentement avec une assurance presque troublante. Elles ont suivi la courbe de mes hanches, se sont attardées un instant sur mes fesses, avant de glisser plus bas. J’ai senti mes cuisses se tendre d’elles-mêmes, s’ouvrir légèrement, comme si mon corps anticipait déjà ce qu’il savait inévitable.
Quand l’une de ses mains s’est placée entre mes jambes, mon souffle s’est brisé net. Il ne s’est toujours pas précipité. Il a pris le temps de me sentir réagir, de mesurer l’état dans lequel j’étais avant d’écarter mes lèvres déjà trempées. Le contact, précis, assuré, a fait remonter en moi une vague immédiate, qui s’est transformée en gémissement. Mon bassin a cherché instinctivement à s’ajuster, à trouver plus, à se rapprocher de ce qu’il provoquait. Ses doigts se sont rapidement positionnés sur mon clitoris qu'il a commencé à caresser avec une maîtrise troublante.
Son autre main ne s’est pas arrêtée. Elle continuait de parcourir mon corps, remontant lentement le long de mes cuisses, revenant sur mes hanches, comme pour me rappeler que rien n’était laissé au hasard. Entre mes jambes, le rythme de ses caresses s’est accéléré, la pression s’est faite plus ferme. Il a de nouveau saisi ma poitrine, plus fort cette fois. Mon dos s’est cambré malgré moi.
La montée s’est faite plus insistante. Chaque geste semblait calculé pour me conduire au point de non-retour. Mon corps s’ouvrait, se livrait sans retenue, trahi par sa propre intensité. Il me menait exactement là où il le voulait. Mon souffle s’est rompu. Un frisson brutal m’a traversée. J’étais au bord du gouffre. À cet endroit précis où, quelques jours plus tôt, j’avais choisi de m’arrêter. Mon corps, lui, n’a pas hésité. Il s’est tendu, offert, prêt à basculer. Cette fois, je devais m’abandonner complètement à lui. Et c’est là qu’il m’a arrêtée. Comme si tout cela n’avait été qu’un test.
La montée s’est faite plus insistante. Chaque geste semblait calculé pour me conduire au point de non-retour. Mon corps s’ouvrait, se livrait sans retenue, trahi par sa propre intensité. Il me menait exactement là où il le voulait. Mon souffle s’est rompu. Un frisson brutal m’a traversée. J’étais au bord du gouffre. À cet endroit précis où, quelques jours plus tôt, j’avais choisi de m’arrêter. Mon corps, lui, n’a pas hésité. Il s’est tendu, offert, prêt à basculer. Cette fois, je devais m’abandonner complètement à lui. Et c’est là qu’il m’a arrêtée. Comme si tout cela n’avait été qu’un test.
— Pas encore.
Le mot a claqué doucement, mais il a tout figé. La montée s’est brisée d’un coup, me laissant suspendue dans un état presque douloureux. Mon corps continuait à réagir malgré moi, en retard, trahi par la mémoire résiduelle du plaisir qu’il venait de provoquer. J’ai dû lutter pour ne pas basculer. Pour reprendre le contrôle de mes muscles, de mon souffle. Je n’avais jamais ressenti un désir aussi violent que celui qu’on me refusait. À ce moment-là, j’ai compris que je n’attendais plus d’explication. Seulement qu’il continue.
Il m’a laissée là, quelques secondes encore. Peut-être plus. Le temps s’était dilué au point de cesser d’exister. J’étais tendue jusqu’à la rupture, obligée de rester consciente de chaque battement, de chaque frémissement. Quand il a enfin repris ses caresses, il m’a murmuré:
— Tu ne jouirais que quand je t’y autoriserais.
Je suis restée immobile, le corps encore traversé de secousses que je ne contrôlais plus vraiment. Chaque sensation persistait trop longtemps, comme si mon corps refusait d’obéir à l’ordre qu’on venait de lui donner. J’ai dû me concentrer pour ne pas basculer, retenir ce qui montait encore malgré l’arrêt, malgré l’interdiction. Mes muscles se contractaient par réflexe, et je luttais contre eux, contre cette urgence absurde de céder maintenant. Respirer devenait un effort conscient. Rester là, ouverte, tendue, sans aller plus loin, était devenu une épreuve. A chaque instant, j’avais l’impression que j’étais sur le point de céder, mais son ordre imprimé dans mon esprit se substituait à ma propre volonté qui me faisait défaut.
Je l’ai entendu se déshabiller. J’ai perçu l’odeur de son sexe avant même de le sentir contre moi. Il était visiblement très excité lui aussi. Il m’a saisie par les hanches pour me faire légèrement remonter, me positionner exactement comme il le souhaitait. Je sentais son souffle chaud contre ma nuque, son corps tout proche, et cette attente recommençait à me ronger de l’intérieur. Il a marqué une pause. Une dernière.
Il m’a pénétrée d’un seul coup. Un gémissement m’a échappé, mêlé de honte, de choc, et d’une étrange délivrance. Mon corps a encaissé l’impact dans un silence suspendu, comme si tout ce qui avait été retenu jusque-là trouvait enfin un point d’ancrage. Il est resté en moi, immobile. Juste assez longtemps pour me faire sentir à quel point j’étais pleine de lui.
Puis il a commencé à bouger. Pas vite. Mais profondément. Un va-et-vient millimétré. Tendu. Hypnotique. Je sentais mon ventre se défaire, mes cuisses trembler malgré moi. Chaque poussée était une question. Chaque retrait, un ordre silencieux. À un moment, il a saisi ma gorge d’une main, juste assez fort pour me faire taire et de l’autre, il m’a caressée. Exactement là où j’en avais besoin. Et où je n’avais plus la force de résister.
— Maintenant.
Le mot est tombé simplement. Comme une permission. Comme une condamnation. Tout ce que j’avais retenu a cédé d’un coup. Le plaisir m’a traversée sans ménagement, brutal, total, comme un effondrement. Je n’ai pas essayé de me contenir cette fois. Je n’en étais plus capable. Mon corps a pris le relais, secoué par ce qu’il attendait depuis trop longtemps.
A partir de là, tout est devenu flou. Je sais que ça a continué, mais ma mémoire me trahit. Je ne sais pas combien de temps j’ai tenu ni même combien de fois j’ai joui. Je me souviens seulement de cette voix — la mienne, mais méconnaissable — dire :
— Je suis à toi.
Je ne savais pas à qui je le disais, mais ça n’avait plus d’importance. J’avais passé des pages entières à me demander d’où il venait. À cet instant, je comprenais que la seule question qui comptait était celle de ce que j’étais devenue en l’accueillant.
Je ne voulais pas enlever le bandeau. Pas tout de suite. Je voulais rester là, à genoux. Quand je l’ai fait, il n’était plus là. Mais mon corps, lui, était encore occupé. Il ne restait qu’une page, posée à mes pieds.
« Tu m’as ouvert la porte. Je n'ai eu qu’à rentrer. »
Epilogue
Je ne suis plus tout à fait la même. Depuis cette nuit, il y a un endroit en moi que je ne peux plus refermer. Je continue à vivre, bien sûr. Je souris, je travaille, je marche dans les rues comme si rien n’avait changé. Mais au fond de moi, tout est différent.
Je relis le carnet. Je touche les pages comme on touche une peau. Chaque mot que tu y as inscrit me traverse encore. Tu m’as marquée. Pas seulement mon corps. Tu as creusé une empreinte plus profonde, là où personne n’était jamais allé. Un espace invisible, mais permanent. Je n’ai plus peur. Je ne me demande plus si je suis folle ni si je devrais arrêter. Je sais que je vais continuer. Je suis entrée dans cette chambre intérieure. Je m’y tiens nue, offerte, sans honte.
Et ce soir encore, j’ai préparé la pièce. J’ai nettoyé le sol. Je me suis douchée lentement. Je me suis présenté dans ma robe noire et je me suis agenouillée, le bandeau à la main. Je ne sais pas si tu viendras. Mais je suis prête.
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