Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Ascenseur émotionnel — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Ascenseur émotionnel
Chapitre 1
Ce soir, c'est le grand soir. Celui que nous attendons depuis des lustres. Je rencontre enfin ma future femme, Ondine, enfin... celle qui je l’espère acceptera ma demande, un jour. Elle habite très loin de chez moi, pour ne pas dire à l'opposé de la France, et nous avons chacun nos vies, nos travails, nos obligations qui nous ont empêchés de concrétiser notre lien plus tôt.
Ondine et moi nous sommes rencontrés sur un site spécialisé et discutons depuis des mois sans nous être encore jamais vus en chair et en os. Nos appels s’étalent sur des heures, des nuits ou des journées entières. Toutes ces heures égrenées à bavarder sur nos loisirs, nos emplois, nos points communs, nos divergences, rire, débattre ou simplement nous raconter nos vies. Allongé sur mon lit, je bois ses paroles et parfois même, je m’endors avec elle à mes côtés, posée sur l’oreiller. Nous nous observons par écrans interposés et nos sourires béats se répondent jusqu'à ce que nos yeux se ferment.
De plus en plus souvent, je l'avoue, nos échanges dérivent et deviennent plus érotiques, voire carrément coquins, certains soirs. Sa voix chaude, grave, légèrement éraillée et son petit rire éveillent en moi des instincts lubriques que je ne connaissais pas. Je m’impatiente de pouvoir la serrer dans mes bras et passer du virtuel au physique. Je ne suis pas un obsédé du sexe, mais il est vrai que nos badinages ont exacerbé mes désirs et qu'il me tarde de les mettre en pratique. Peut-être ce soir, qui sait ?
Je me remémore son corps, sa peau pâle qui me semble si douce, ses mouvements gracieux qui lentement m’ont conduit à plusieurs orgasmes alors qu'elle se caressait elle aussi explorant son sexe perlant de désir de ses doigts agiles. Je conduis un peu vite et même prends quelques risques moi qui suis d'un naturel si prudent. Je freine, fort, le feu vient de passer au rouge, j'ai failli le griller. Un début d’érection rend ma position inconfortable. Plus loin, c'est un cycliste que j’évite de justesse puis un piéton. Je serre le volant, me donne une gifle sèche et fronce les sourcils. Je dois me concentrer sur ma conduite si je veux aller à ce rendez-vous.
Je me dépêche de rentrer du travail. Cette journée aura été marquée par un manque de concentration flagrant et une fébrilité omniprésente trahie par mes coups d'œil fréquents à l'horloge au-dessus de mon bureau. Je dois encore me préparer et le temps qu'il me reste s’amenuise rapidement dans les bouchons du soir. Pour accélérer le rythme, je me surprends à déboîter dans une voie de bus et même prendre un raccourci en bifurquant dans une ruelle à sens interdit qui donne directement devant la porte du garage de mon immeuble.
Pour notre première rencontre qui, je n'en doute pas, déterminera notre avenir, je vois les choses en grand. J'ai choisi un bar lounge pour briser la glace autour d'un verre avec Ondine puis, nous irons nous sustenter dans un restaurant semi-gastronomique où j'ai pris soin de réserver une table bien située des semaines à l’avance. J'y suis déjà allé pour tester la cuisine et je n'ai pas été déçu, un régal pour échauffer nos papilles.
Dans ma salle de bain, une serviette de bain noire nouée autour de la taille devant l’immense miroir qui habille le mur au-dessus du plan double vasque, je sifflote un air guilleret. Tout en dansant mollement, je fouette de mon blaireau le savon à raser dans son bol jusqu'à ce qu'il devienne léger et onctueux comme des œufs montés en neige. La bouche en cul de poule, je l’applique lentement sur ma peau en petits cercles et commence mon rasage méticuleux. Pour ce faire, j'utilise un antique coupe-chou que je fais aiguiser régulièrement. D'un geste assuré, j’affine le fil sur une bandelette de cuir et pose le rasoir sur la peau tirée de ma joue. Malgré mon apparence détendue, je suis électrique et ma main tremble légèrement. La sanction tombe immédiatement, je cligne des yeux de douleur quand la lame entame ma tempe. Une petite estafilade teinte de rouge le blanc immaculé de la mousse.
Je râle contre ma maladresse, applique un stick hémostatique qui assèche instantanément l'égratignure et termine mon rasage plus concentré que jamais. Enfin, je m’occupe de ma moustache. Je la peigne doucement, coupe au ciseau chaque poil qui dépasse et applique une cire sur les pointes pour les affiner et les modeler en larges boucles qui remontent presque jusqu'aux ailes de mon nez. Ce look donne à mon visage taillé en pointe une touche vintage que j’apprécie beaucoup.
En me regardant dans le miroir, je me frictionne et me tapote les joues avec un baume après-rasage aux notes parfumées de jasmin et de cèdre. Il me brûle légèrement là où l’épiderme est entaillé. Je me penche vers mon reflet, regarde mes dents légèrement jaunies par mon ancienne addiction au tabac, passe ma main dans mes cheveux, écrase au passage une mèche rebelle, caresse mon torse que je gonfle exagérément, tapote mon ventre légèrement flasque et me parle d'une voix se voulant assurée.
— Mec ! Ce soir c'est LE grand soir alors on assure ! T'es beau comme un... euh... ouais... t’es beau, ça suffira, c'est déjà pas mal.
Je ne suis pas ce genre d’homme qui déborde d’une confiance écrasante, je suis même perclus de complexes. Mon petit ventre de quadra, mes cheveux légèrement clairsemés, mon aspect général relâché plutôt que sportif, autant de détails que je n’assume pas. J'aime qualifier mon apparence de corps tartiflette, ça m’apporte une touche d'humour réconfortant.
J'ai déjà eu des aventures évidemment, mais elles se comptabilisent sur les doigts d'une main. Je suis du genre introverti, à la limite de l’asocial. C'est pour pallier ce manque de foi en moi notable et mon célibat perdurant que je me suis inscrit sur un site de rencontre. Au bout de quelques jours, j'ai reçu un message, un contact inespéré, dans un océan de swip et de loves sans réponses. C'était Ondine.
Ondine n'est pas une femme que l’on pourrait qualifier de canon de beauté selon les standards des périodiques de mode ou les critères de ces centaines d’influenceuses ineptes qui gangrènent l’image de la femme de leurs apparences insipides. Elle est petite, seulement un mètre soixante, des cheveux blond fade sans volume, une poitrine un peu tombante, de fines lèvres, des yeux bleus avec un léger strabisme, mais honnêtement, je m’en fous. Elle a d’autres choses extraordinaires qui valent bien mieux qu'une plastique aussi douteuse qu’irréprochable.
De plus en plus stressé par l’heure qui avance inexorablement, j’essaie de m’habiller. Je tente diverses combinaisons entre classicisme et sophistication. Finalement, j’opte pour une simple chemise noire rehaussée d’ourlets et de surpiqûres blancs, un pantalon à pinces noir retenu par une paire de bretelles anthracite. En nouant les lacets de mes bottes Richelieu, je me regarde dans le miroir en pied de mon entrée. Je souris, satisfait de mon apparence.
Il pleut des cordes, il fait froid, je conduis en automatique, les yeux dans le vague. Plus j’approche du bar, plus le sang bat à mes tempes et ma bouche s’assèche. En route vers notre lieu de rendez-vous, mon cerveau est en pleine ébullition. Que lui dire quand je la verrais pour la première fois ? Dois-je l’embrasser d'emblée ou seulement déposer une bise chaste sur sa joue ? De quoi allons-nous parler ? Que vais-je commander à boire ? Vais-je payer l’addition ou la partager ? La galanterie est-elle dépassée par les temps qui courent ? Les questions sans réponse fusent sous mon chapeau pork pie noir.
Je tremble presque en fermant ma voiture à clef. À quelques mètres de la porte du bar, mes jambes flageolent. Je suis à deux doigts de tomber et je dois m’appuyer contre un réverbère. La pluie goutte sur mon long manteau de laine, je sens les gouttes froides couler dans mon cou, sur mon front. Je prends une grande inspiration, pose ma main sur la poignée et pousse la lourde porte qui s’ouvre sans bruit.
À l'intérieur du bar, il n'y a presque personne. L’ambiance aux senteurs de cuir est feutrée, rythmée par une musique jazz diffusée en sourdine par des haut-parleurs dissimulés. Des photophores muraux aux lumières tamisées imitant des bougies baignent la salle principale de leurs jeux d’ombres vacillantes. Un grand comptoir en palissandre rehaussé de cuivre, faiblement rétro-éclairé de LEDs bleues, met en valeur un mur de pierres taillées où, sur des étagères de verre, sont exposées pléthore de bouteilles de nectars fermentés. Au sol, les espaces sont délimités par de minuscules spots bleus alignés sur un parquet massif sombre que je pense être en Wengé.
Je m’avance timidement de quelques pas, regarde à gauche puis à droite, lentement. Je plisse les yeux pour distinguer l’intérieur sombre des alcôves disposées en arc de cercle autour du comptoir. Je ne vois pas Ondine, je suis arrivé le premier. Je pose mon manteau et mon chapeau sur un portant prévu à cet effet dans l’entrée, me dirige à pas mesurés vers le bar, saisis un grand tabouret confortable de style rétro, m’assieds dessus et pose nonchalamment mon coude sur le cuivre miroitant du comptoir pour me donner une forme de contenance.
À ma droite, un homme en costume trois pièces, penché sur son ordinateur portable dernier cri, sirote un large verre à whisky tout en parlant à voix basse dans son oreillette Bluetooth. Il semble stressé. Plus loin, en bas de comptoir, une jeune femme exotique les yeux perdus dans le vide boit seule un cocktail dans un grand verre rond givré. Elle porte le récipient à sa bouche sans quitter le néant de ses grands yeux en amande. D'autres couples disséminés, absorbés par les ombres, discutent à voix basse sur les canapés de cuir moelleux des alcôves. Le barman, gentleman raide concentré sur sa tâche, s’occupe de sa vaisselle sans un regard pour les quelques convives. La porte du bar s'ouvre. Je me retourne vivement. Un couple d’amoureux entre bras dessus bras dessous en riant. Ils secouent leurs parapluies chamarrés dégoulinants, déposent leurs manteaux sur les portants et se dirigent vers le fond pour prendre place dans l’une des niches sombres.
Je reviens à ma solitude, déçu, mais je suis patient alors je lève un doigt et hèle l’homme en chemise blanche. Il s’approche de moi en silence, prend ma commande d’un hochement de tête et s’en retourne. Après quelques secondes, il m’apporte un verre, lève la bouteille et y verse le liquide aux reflets rouges. Les arômes boisés arrivent rapidement à mes narines. Je soulève le dram à hauteur d’yeux pour admirer la robe, le hume puis le porte à mes lèvres et en absorbe une minuscule aspiration. Le Dalmore, un whisky de vingt et un ans d'âge me brûle agréablement la bouche, anesthésie mes papilles, me fait voyager l’espace d'un instant. Je le fais jouer avec ma langue entre mes joues avant de l’ingérer. Je le sens descendre jusqu'à mon estomac. Je prends tout mon temps pour finir mon verre, appréciant chaque lampée qui ajoute à mon désarroi.
Elle a presque une heure de retard maintenant. Il me faut me rendre à l’évidence, Ondine ne viendra pas. Je regarde mon téléphone désespérément silencieux. J’ai tenté plusieurs fois sans succès de l’appeler. L’écran reste noir, pas de message. Un poids m’écrase les épaules, m’oppresse la poitrine. Un mélange de tristesse, de fureur contre ma naïveté, d’interrogation, d'incompréhension. Lui est-il arrivé quelque chose ? Que s'est-il passé ? Peut-être a-t-elle eu peur ? Je contemple le fond de mon verre vide et décide qu'il est temps de partir, de retourner à ma solitude.
Je me lève, accablé, las. Je marche vers l’entrée, passe les manches de mon manteau trempé et pose ma main sur la large poignée de laiton. Une larme manque de rouler sur ma joue alors que je pousse la porte. Un courant d'air humide assaille mon visage. Au moment où je pose un pied sur le seuil, une main me retient. L’œil morne, je tourne la tête, baisse les yeux et croise le regard de la jeune femme au cocktail. Une poupée asiatique qui m’arrive à peine aux épaules.
— On dirait bien qu'on t'a posé un lapin toi aussi, me dit-elle, un grand sourire aux lèvres.
Je lui rétorque d'une voix lourde, monocorde.
— Oui, c'est même un peu plus que ça pour moi.
La jeune femme se retourne et fait quelques pas vers le comptoir. Elle jette un regard amusé par-dessus son épaule en me faisant un signe de ses doigts.
— Voudrais-tu te joindre à moi ? Je n’ai... plus rien de prévu du coup.
Je suis indécis, partagé entre mon envie de rentrer chez moi, me saouler pour oublier et passer un moment avec une inconnue. Je choisis de rester. Après tout, je pourrais toujours me lamenter plus tard sur mon sort et m’enivrer seul devant ma télévision. Livide, je replace mécaniquement mon manteau sur le portant et suis l’étrangère.
La démarche chaloupée de la jeune femme accentuée par sa longue robe fourreau à dos nu attire mon regard. Sa peau ambrée est parfaitement mise en valeur par le ton safran du tissu. Ses fesses rebondies et fermes dansent à chacun de ses pas. Elle tient son verre, le bras replié, son coude posé sur sa hanche et se dirige vers un coin sombre du bar d'une démarche légère et chaloupée comme si elle flottait dans l’air.
Nous nous asseyons l’un en face de l’autre dans l’une des alcôves. Le cuir des canapés grince alors que j'y pose mon séant. Elle lève le bras et attire l’attention du barman qui pose immédiatement son verre et son torchon sans montrer la moindre expression. Il nous rejoint en silence. Elle lève les yeux vers l’homme et s’adresse à lui d'une voix posée, légèrement marquée par un petit accent. Je retrouve dans son ton de voix le côté abîmé qui me rappelle Ondine. Une vague de mélancolie serre mon cœur, mais je la balaie alors qu'elle commande nos consommations.
— Je prendrais un Mai Tai s'il te plaît Sylvain, et remets à mon ami un Dalmore 21, il avait l'air de savoir en apprécier les saveurs.
— Avec plaisir Mademoiselle Klåvik.
— Avec plaisir Mademoiselle Klåvik.
Le barman s'incline légèrement protocolaire et s'en retourne derrière son comptoir. Ahuri, je regarde tour à tour le dos de l’homme qui s’éloigne et la femme assise devant moi. Je reste sans voix. La jeune femme pose ses mains délicates sur ses cuisses croisées et cale son dos au fond du canapé avant de s’adresser à moi presque en chuchotant.
— Je suis une habituée ici, c'est un peu comme mon bureau. Pardonne-moi, je ne me suis pas présentée. Jade Klåvik, enchantée.
J’ouvre des yeux ronds comme des billes. Je ne m’attendais pas à passer la soirée avec une telle personnalité. Soirées mondaines, galas de charité, carrés VIP, inaugurations, galeries d'art, apparitions aux événements importants. Cette femme est courue, épiée, traquée.
— Jade Klåvik... Je veux dire... comme... Klåvik... fille unique de l’illustre magnat de l’immobilier devenu philanthrope ?
Jade laisse échapper un éclat de rire cristallin qu'elle réprime rapidement en cachant sa bouche. Elle pose sa main sur la mienne et se penche vers moi en parlant sur le ton des confidences.
— Oui, celle-là même, mais chut ! Je suis une femme comme les autres. La preuve ! Mon cavalier n’est pas venu à son rendez-vous. Et... toi ?
Ses mots sonnent comme des notes de musique. Je ne peux m’empêcher de la dévisager. Sa peau couleur de miel, apanage de ses origines asiatiques, brille légèrement sous la lumière filtrée. Ses grands yeux en amande maquillés avec finesse et discrétion me fixent avec une intensité qui me pétrifie presque.
— Moi ? Je ne suis pas grand-chose. Juste un mec qui espérait avoir trouvé l’amour, qui a été trahi et qui s’apprêtait à se prendre la plus grosse cuite de sa vie pour tenter d’oublier sa déconvenue.
Dans le regard de Jade, une flamme se met à briller et illumine son visage. Je remarque alors que sa peau lisse est très peu maquillée. Elle n’a mis que le strict minimum, du rouge à lèvres, un très léger fond de teint, du mascara et de l’eye-liner. Cette simplicité la rend encore plus belle. Ses lèvres finement ciselées m’adressent un sourire rempli de tendresse. Elle plisse son petit nez retroussé et de ses doigts applique une pression sur ma main. Je ne cherche pas à m’en soustraire, je suis hypnotisé, époustouflé par cette déesse descendue sur notre terre. Sa voix suave brise ma bulle qui éclate en millier de petites étincelles alors qu'elle me taquine.
— Et ce mec il s’appelle comment ?
Je hausse un sourcil, étonné de sa question et percute que je ne me suis pas encore présenté. Je peine à balbutier des excuses, m’embrouille puis enfin parviens à sortir une phrase intelligible. Heureusement, Sylvain revient avec nos consommations et me donne le temps de reprendre confiance.
— Je m’appelle Alexis De Begarrest. Aîné d'une fratrie de trois enfants, propriétaire d'un appartement de cinquante mètres carrés défraîchi et d'un vieux chat qui perd ses poils.
De nouveau, le rire retenu de Jade caresse mes tympans.
— Tu me sembles beaucoup plus riche que ce que tu veux bien laisser transparaître.
Jade lâche sa phrase absente puis l'air de rien, prend son verre, pince sa paille du bout des doigts et remue son cocktail, pensive. Elle arbore le même air absent que j'ai pu observer un peu plus tôt dans la soirée. Mes yeux caressent ses longs et lisses cheveux noirs de jais, ses pommettes saillantes, ses yeux légèrement bridés. Je m’attarde sur eux quelques instants, car ils m’intriguent. J'ai tout d'abord cru qu'ils étaient noirs, mais, sous la lumière du petit lustre qui nous surplombe, je remarque à présent qu'ils sont vert impérial. Ses lèvres peintes d'un rouge carmin mat semblent si douces qu'il est difficile de s’en détacher quand elle parle.
— Tu vas finir par me gêner à me dévisager comme ça ! D’habitude, les gens ont tendance à baisser les yeux en ma présence.
Je sursaute, surpris. À mon tour, je lui souris en lâchant un petit soupir et rétorque d'une voix redevenue totalement calme.
— D’habitude je baisse les yeux... même quand je parle à ma boulangère.
Je rougis et me concentre sur l’alcool qui tourne alors que je secoue délicatement mon verre puis le lève au-dessus de la table d’un air désabusé.
— Aux lapins... et à la naïveté !
La jeune femme lève à son tour son cocktail en arborant un petit sourire en coin mutin.
— Aux rencontres hasardeuses !
Je relève sa faute de langage en riant.
— Hasardeuses ? Tu es sûre ?
Elle hésite un instant puis reformule un grand sourire aux lèvres.
— Non... le terme est mal choisi... je voulais dire... fortuites.
Je la tance amicalement.
— Rien à voir !
Nous explosons ensemble de rire. Sylvain lève un regard réprobateur vers nous en tournant sa tête de gauche à droite. Comme des enfants surpris à faire une bêtise, nous pouffons et baissons d'un ton.
Jade et moi dégustons nos verres en parlant longuement de nos vies enfin, je l’écoute surtout parler d’elle. Sylvain fit deux ou trois allers-retours à notre table pour échanger nos verres vidés. Alors qu'elle évoque ses conquêtes masculines ratées, je divague et repense à Ondine et à sa trahison. Je ne parviens pas à occulter mon amertume, ma déception et ma blessure.
Une fois nos verres terminés, nous nous rendons au restaurant que j'avais réservé pour ma première rencontre, à quelques pas du bar lounge. Nous déambulons sous la pluie. Elle, pendue à mon bras, nous abrite sous large parapluie.
Le repas se passe très agréablement. Nous rions, nous débattons, exposons nos rêves et nos projets. Le temps passe vite, trop vite. L’addition nous est apportée sur un petit plateau à rabat de cuir. Je sors mon porte-cartes, mais Jade, plus rapide, s’occupe de la régler et s’offusque, faussement indignée, que j'ose réclamer un partage équitable. Nous quittons le restaurant en courant, la pluie s'est remise à tomber dru. Nous nous abritons sous une porte cochère, le temps de nous dire au revoir. Elle pose ses mains sur mon torse et lève la tête vers moi. Je capte son regard et ne peux pas m’en défaire.
— Merci Jade pour cette soirée. J'ai énormément apprécié ta compagnie très agréable.
Elle me sourit en retroussant son nez et en cachant sa bouche du bout de ses doigts gantés.
— Mais c'était un plaisir Alexis. Je ne crois pas me tromper en disant que j’ai échoué à vous faire oublier votre Ondine.
Une ombre passe sur mon visage.
— En effet, disons que ça me reste en travers de la gorge, mais bon, c'est la vie comme on dit, répondis-je d'une voix triste.
Jade penche la tête sur le côté et prend un air plein d’empathie et de compassion.
— Tu vas rentrer et boire un verre à sa santé ? Enfin... un verre... on se comprend.
Je sens ma gorge se serrer sur un sanglot. Je renifle discrètement, frotte mon nez et retiens mes larmes aux bords de mes yeux. Je ne l’avouerais pas, mais je me sens dévasté. La défection d’Ondine m’a profondément touché. Même s'il existe une probabilité que ce soit un accident, je me sens nul, inutile, naïf de m'être laissé aller à avoir des sentiments forts, de m’être ouvert en grand. Ma voix se met à trembler.
— Probablement oui.
J'ajoute en souriant malgré la morosité, un petit sourire qui sonne faux.
— Mais ce ne sera pas au Dalmore cette fois.
La pluie s’arrête net. Je regarde vers le ciel chargé. Pour changer de sujet, j’enchaîne sur une banalité.
— On dirait que le temps va se lever, enfin ! Marre de cette pluie !
Jade silencieuse me regarde un peu mélancolique. Elle caresse doucement ma mâchoire d'un geste affectueux en laissant traîner son pouce sur ma joue.
— Merci encore Alexis pour cette soirée magnifique. Il se fait tard, je vais rentrer.
Je baisse les yeux, mon calme recouvré.
— Tu habites loin ?
Désinvolte, elle lève son petit menton volontaire et sa main gantée.
— Non, juste là. Dernier étage.
Je suis du regard son index qui me montre l’autre côté de la rue. Elle désigne une construction contemporaine aux arêtes vives et à l’architecture très aérée avec des pans de murs végétalisés. Le dernier étage est un penthouse vitré entouré de balcons. Si j’en crois mon sens de l'orientation, il donne directement sur l’Adorn, le fleuve qui traverse la ville. Je me sens déchiré par l’envie de rester avec elle et celle de rentrer chez moi et m’abrutir pour oublier cette soirée. Mon ton et le soupir que je lâche involontairement me trahissent certainement.
— Je te souhaite une excellente fin de soirée Jade. Peut-être nous reverrons-nous ! J'ai apprécié chaque moment en ta compagnie. Merci pour tout.
Jade se penche vers moi, s’appuie sur mes épaules, se rehausse sur la pointe des pieds et dépose sur ma joue un baiser humide. Elle me répond d'une voix douce et sucrée.
— Je l'espère oui Alexis. Toi aussi tu m’as fait passer une soirée très agréable.
Je la regarde s’éloigner le cœur pincé. Elle traverse le passage piéton en sautillant, à l'aise sur ses hauts talons fins. Elle se retourne, me salue de la main, guillerette, et disparaît derrière la haie qui entoure son bâtiment. J’enfourne mes mains dans les poches de mon manteau, rentre mon cou dans mes épaules et quitte le coche en direction de ma voiture. Mon sourire s'est instantanément effacé.
Je n’allume pas le contact immédiatement. Je reste assis, silencieux, droit dans mon siège de cuir. Mes pensées fusent. Je sors mon téléphone et contemple l’écran désespérément noir. Je compose le numéro d’Ondine, écoute les sonneries s'égrener et déclenche son répondeur. J’hésite un instant quand le bip m’invite à laisser un message puis finalement raccroche. Je soupire profondément et jette rageusement mon téléphone sur le siège passager. Je serre mes doigts autour de mon volant, pose ma tête sur l’anneau cerné de cuir et hurle en sanglotant. Je m’en veux tellement de m'être fait avoir par cette femme. J'ai le cœur déchiré, piétiné, broyé. Je frappe le volant, les larmes roulent sur mes joues, mon nez coule, je renifle pitoyablement.
Je ne vois pas l’ombre passer sur mon pare-brise embué et faire le tour de ma voiture. La condensation créée par mes émois larmoyants constelle le verre de gouttelettes orangées scintillantes sous les réverbères au sodium. Alors que je chiale toutes les larmes de mon corps, quelqu'un frappe à ma vitre, des coups faibles, hésitants. Je relève la tête et actionne le lève-vitre électrique. Le carreau descend lentement et dévoile peu à peu le visage de Jade. Les yeux gonflés, je la regarde, interloqué.
— Je t’ai suivi Alexis. Pardonne-moi. Comme tu ne m'as pas demandé mon numéro... Je suis venue voir si tu voulais au moins partager avec moi une dernière bouteille ? Histoire de noyer ensemble notre solitude...
Je reste sans voix, mes mains toujours accrochées sur le volant. J'ai la goutte au nez et la larme à l'œil, pas vraiment le tableau d'un homme avenant et sexy, mais je parviens à laisser s’exprimer un trait d’humour entre deux reniflements.
— Une seule bouteille ?
C'est ainsi que je me retrouve une flûte dans la main dans un appartement luxueux à me délecter d'un champagne Bollinger vieille vigne cru 2012. Je regarde par la baie vitrée s’étaler devant moi les milliers de lumières de la ville. Jade arrive derrière moi, pose une main délicate sur mon épaule et nos regards silencieux se perdent dans les méandres citadins où batifolent des centaines de lucioles blanches, orangées, jaunes et rouges.
— Je t’ai trouvé très élégant ce soir.
— Ah ? Parce que mes bretelles sont élégantes ? réponds-je, évasif.
— Je ne parle pas de tes vêtements, idiot, mais de ton attitude. À aucun moment tu n'as tenté quoi que ce soit d'irrévérencieux et jamais tu n’as demandé mon numéro. Je trouve ça honorable.
— Ah ? Parce que mes bretelles sont élégantes ? réponds-je, évasif.
— Je ne parle pas de tes vêtements, idiot, mais de ton attitude. À aucun moment tu n'as tenté quoi que ce soit d'irrévérencieux et jamais tu n’as demandé mon numéro. Je trouve ça honorable.
Je tourne la tête vers Jade qui a doucement posé la sienne sur mon épaule. Nos joues se frôlent, je sens sa chaleur tout contre moi, le doux parfum de son shampoing embaume mes narines. Elle se dresse sur la pointe des pieds, attrape mon visage de ses deux mains et dépose un baiser chaste sur mes lèvres.
— Merci ! me souffla-t-elle.
Je suis surpris et rougis instantanément à son baiser. Je ne m’attendais pas du tout à un tel élan et encore moins de la part d'une femme aussi splendide et courtisée que Jade. Bien qu'elle soit directe dans ses paroles, elle est plutôt du genre timoré dans l’expression de ses émotions. C'est du moins ainsi que je l’ai cernée durant ces heures passées ensemble. Une éducation stricte dans un monde régi par l’argent, les grandes écoles et les réceptions ont imprimé en elle une bienséance à toute épreuve.
Je souris bêtement et porte la flûte à mes lèvres puis colle tendrement ma tête contre la sienne. Je caresse doucement sa longue chevelure et ferme les yeux pour capturer ce moment exaltant.
— De rien Jade. J'ai la vague impression de te connaître depuis toujours, je me sens à l'aise, décomplexé.
Elle rigole doucement, me donne une petite tape sur l'épaule et d'une voix chantante me taquine.
— Si on t’avait dit que tu allais avoir un coup de foudre ce soir hein ? Tu l'aurais cru ?
Mes yeux quittent un instant la réalité, fixent au loin dans voir l’horizon. Je me chuchote à moi-même les mots que Jade vient de prononcer.
Un coup de foudre...
Dans le reflet de la baie vitrée, je regarde Jade faire les quelques pas la séparant de l’immense canapé de cuir trônant au milieu de son salon. Je ne sais pas si elle le fait exprès, mais la danse de son bassin est extrêmement envoûtante et j'ai du mal à détacher mes yeux de son image légèrement floue. À mon tour, je quitte la vue plongeante sur la ville et vais m'asseoir sur le sofa si grand que mon appartement n'aurait pas pu l’héberger.
Face à moi, Jade est assise en position de diva. Sa robe fourreau safran s’ouvre sur l’assise blanche. Fendue jusqu'en haut de sa cuisse, sa confection de haute couture laisse apercevoir l’élastique large et ouvragé de son bas-cuissarde. Mon regard suit le dessin de ses hanches courbes et s’arrête sur sa poitrine, deux petits seins fermes et bien arrondis. Elle est mise en valeur par un décolleté asymétrique qui dénude complètement son épaule gauche et barre l’autre d'une fine bretelle. Mon œillade continue son exploration discrète et dévore la peau de ses épaules fines, ses clavicules saillantes, son cou gracile puis suit la ligne de sa mâchoire, son oreille, sa tempe, ses yeux. Quand je croise son regard, je m'aperçois alors qu'elle me fixe, un petit sourire accroché aux lèvres.
— À quoi pensais-tu ? minauda-t-elle.
Je remonte mon coude et dresse le pied de ma flûte vers le plafond de toile tendue, mais rien ne coule entre mes lèvres, elle est irrémédiablement, désespérément vide. Mon stratagème pour éluder la question vient de se dégonfler lamentablement. Je bafouille, mélange les mots dans ma tête et finalement rougis jusqu'aux oreilles. Je n'ai pas le temps de formuler une réponse que Jade vient s'asseoir à côté de moi, me prend dans ses bras et me serre la tête contre sa poitrine, attitude presque maternelle.
— Laisse-toi aller Alexis, allonge-toi sur mes genoux. Oublions ne se serait-ce qu'une soirée nos maux.
Mû par la douceur de sa voix, je me recroqueville sur le canapé, ferme les yeux et pose ma tête sur les cuisses de Jade. Elle me caresse le front doucement, passe ses doigts dans mes cheveux et me masse longuement les tempes, le cuir chevelu, la nuque. Ses pressions ciblées sont agréables. Je sens mes muscles se relâcher petit à petit, ma tension s'évapore avec ma mélancolie. Son parfum très léger, à la fois épicé et fruité, me berce vers des rivages orientaux. Ses doigts tapotent le contour de ma mâchoire, de mes joues, de mes oreilles et de mes yeux. Elle pince délicatement mon nez juste entre les deux sourcils. D’un doigt, elle en suit l’arête, descend vers mes lèvres, mon menton et recommence le cycle de son pétrissage délassant. Je me sens m’enfoncer dans le moelleux de l'assise de cuir, les cuisses fermées et accueillantes de Jade en guise d’oreiller. Une langueur agréable gagne petit à petit du terrain et dénoue mes muscles un à un.
Soudain, sans prévenir, elle noue ses mains derrière ma nuque, m'attire à elle et ses lèvres se joignent aux miennes. Je n'ouvre pas les yeux par crainte de briser ce moment. Ma main droite attrape son visage, l’accompagne et le caresse. Je sens la douceur de sa peau lisse et chaude sous ma pulpe. Je me redresse lentement sur mes genoux, plie mes jambes sous mes fesses et passe mes doigts dans ses cheveux alors que nos langues entament une chorégraphie langoureuse et gourmande agrémentée des arômes piquants du champagne. Elle se retire doucement et je ne la retiens pas. Nous nous regardons droit dans les yeux de longues secondes, front contre front. Je peine à soutenir cet échange lourd de sens. Un silence sans gêne nous enveloppe.
Jade sourit, attrape mes mains, frotte son nez doucement contre le mien et m’invite d'une voix soufflée.
— Ça te dirait de jouer à action-vérité avec moi ?
Je ne cache pas ma surprise. Mes sourcils se lèvent, ma bouche s'arrondit et lui retourne son sourire. Un jeu de questions-réponses frivole, cette femme est surprenante, inattendue.
— C'est un jeu pour enfants non ?
Elle fait une petite moue feignant la réprobation qui achève de fissurer ma carapace. Je me reprends aussitôt.
— Désolé Jade, c'est sorti tout seul. Je veux bien y jouer.
La demoiselle sautille sur ses fesses en frappant des mains, une attitude enfantine qui ajoute à son charme.
— Tu commences !
J’éclate d'un rire franc. Je lève les yeux au plafond, pose un doigt sur ma bouche et mime une réflexion intense.
— Très bien. Action ou vérité ?
— Vérité ! me répondit-elle du tac au tac.
— Vérité ! me répondit-elle du tac au tac.
Je réfléchis quelques instants en me frottant le menton.
— De quelle origine es-tu ?
Elle fronce les sourcils sans se déparer de sa joie latente.
— Je suis coréenne. Je t'ai dit que j'ai été adoptée pendant le dîner. Tu ne m'écoutes déjà plus ?
Elle me regarde, adopte un air faussement vexé qui joue avec ma corde sensible d’homme protecteur. Elle frappe dans ses mains. Le bruit sec me fait sursauter.
— À moi ! Action ou vérité ?
J'hésite entre les deux, pèse le pour et le contre avant de porter mon dévolu. J’assène, enjoué, ma réponse.
— Vérité !
Jade pose une main distraite sur mon genou.
— Es-tu plus soirée au coin du feu ou randonnée en montagne ?
Je recule ma tête, parodie un air outré, fronce les sourcils et lève un doigt comme si je la grondais tout en souriant.
— C'est quoi cette question con Jade ? On en a aussi parlé ce soir, tu ne m'écoutes pas non plus je constate ! Ni l'un ni l'autre ! J'appartiens au monde marin. À ton tour de choisir Jade.
Quelques secondes suffisent à la jeune femme pour se décider, elle me lance un clin d'œil taquin.
— Vérité !
Je décide de poser une question plus coquine pour pimenter cette soirée que je souhaite éternelle.
— Tu es plutôt... soumise ou dominante ?
Jade me jette un regard de braise et termine sa flûte d'un coup. Elle visse son regard rieur dans le mien et n’hésite pas une seconde.
— Dominante ! J'aime être le chef d'orchestre, mais parfois, être un peu soumise est agréable aussi. À toi !
J’hésite, je sauterais bien sur l’occasion, mais je préfère être patient.
— Vérité.
Elle s'accoude au dossier du canapé, songe à sa question et me la lance avec un air inquiet. D’un coup, l’ambiance devient sérieuse, presque prégnante.
— Si je te disais que... je suis Ondine, que dirais-tu ?
Je reste interdit, je ne comprends pas bien le sens de la question. Pourquoi me parler d’Ondine dans un instant pareil ? Sans le vouloir, mon ton est plutôt sec.
— Je n’ai plus envie d’en entendre parler.
Jade se penche vers moi et passe une main dans mes cheveux avec un regard tendre et me souffle ses mots.
— Promets-moi de ne pas te fâcher.
Je suis de plus en plus perdu. Mon cœur bat la chamade.
— Je ne vois pas pourquoi je devrais me fâcher.
— Parce que je suis Ondine, me dit-elle de but en blanc.
— Impossible.
— Ah ? Pourquoi ?
— Parce que j'ai parlé avec elle des heures en Visio, qu'on a échangé des photos. Tu n’as rien à voir avec elle, ni dans tes intonations, ni dans votre... physique.
— Parce que je suis Ondine, me dit-elle de but en blanc.
— Impossible.
— Ah ? Pourquoi ?
— Parce que j'ai parlé avec elle des heures en Visio, qu'on a échangé des photos. Tu n’as rien à voir avec elle, ni dans tes intonations, ni dans votre... physique.
Jade attrape mes mains, les serre entre les siennes contre sa poitrine et se lance dans une tirade l’air grave.
— Tu es tellement attendrissant. La magie d’internet tu connais ? J'ai utilisé une IA pour les vidéos et pour maquiller ma voix lors des échanges téléphoniques, j'ai utilisé un logiciel de transformation vocale.
— C'est impossible ! Trop de détails...
— C'est impossible ! Trop de détails...
Jade m'interrompt d'un doigt autoritaire posé sur mes lèvres.
— Tais-toi s'il te plaît, je n'ai pas fini. J'étais sûre d’avoir trouvé une perle rare, je ne me suis pas trompée. Si je t’avais abordé sur ce site sous mon vrai jour, nul doute que tu ne te serais pas senti à l’aise et que notre échange aurait été empreint de fausses convenances dues à mon rang social. Non ?
Interdit, je regarde fixement Jade. Elle laisse planer le silence quelques secondes et reprend de sa voix chaude.
— Je t'ai longuement observé en début de soirée. Tu étais réellement abattu de te rendre compte qu’elle t’avait posé un lapin puis tu as accepté de passer un moment avec moi sans jamais essayer de me draguer. Tu ne m’as même pas demandé mon numéro ! C'est proprement hallucinant !
Jade laisse planer quelques secondes un silence pesant.
— Quand je t'ai laissé partir après notre dîner, la première chose que tu as faite est de m’appeler, moi, Ondine, celle qui a ruiné ta soirée, réduit à néant tes attentes. Pourquoi ? Parce que tu l’aimais vraiment, sincèrement.
Jade s’arrête, respire profondément et reprend immédiatement en arborant un air sincèrement désolé, diablement attendrissant.
— Je suis navrée de t’avoir joué ce vil tour. Je sais, c'est machiavélique. Tu aurais raison de m'en vouloir. Je ne te retiendrais pas si tu décidais de partir maintenant. Je souhaitais trouver de la sincérité dans l’amour, de l’authenticité. Tu m’as apporté les preuves les plus importantes pour moi. Excuse-moi.
Une larme roule sur la joue de Jade. Je reste coi. Au fond de moi, je suis totalement désemparé. Je n’intègre pas encore ce qu'elle vient de m’annoncer. Je secoue la tête et ne parviens pas à trouver mes mots. Je lève une main vers la demoiselle qui la saisit à la volée et y enfouit son visage. Elle se caresse de ma paume, la respire, puis se jette sur moi et m’embrasse à pleine bouche en pleurant. Je me laisse faire et l’accueille entre mes bras ouverts, encore sous le choc.
Notre baiser est long et chaleureux. Je comprends ce que Jade a voulu faire et lui pardonne immédiatement. Doucement, sans délier nos bouches, nous nous allongeons sur le cuir grinçant du canapé. Ses jambes entourent les miennes et me serrent contre elle. Nos langues reprennent leur danse inachevée, ma main caresse son visage, sa nuque puis descend doucement sur son épaule que je tire à moi dans un élan d’amour.
Nos respirations s’accélèrent, nos haleines se mélangent. Elle enfonce son visage dans le creux de mon cou et mordille ma peau, laisse courir sa langue le long de ma carotide puis derrière mon oreille. Rejetant ma tête en arrière, je lui ouvre un accès et elle s'y précipite, avide. Je ferme les yeux d’aise et frissonne sous ses baisers.
Les doigts de Jade font aisément glisser mes bretelles puis entreprennent de déboutonner ma chemise avec adresse tandis que je fais glisser ma main dans la fente de sa robe et caresse sa cuisse. Je sens sa peau nue frissonner alors que je dépasse la bande de son bas. Nos gestes sont fébriles, passionnés, affamés d’amour. Nous goûtons avec gourmandise la peau de l’autre. Plus rien d’autre ne compte, nous sommes comme enfermés dans une bulle. L’appartement, le canapé, les bruits citadins, tout stimulus extérieur est étouffé. Il n’y a plus que Jade et moi, les sensations de nos mains qui explorent nos corps, les bruits de frottement de nos habits, de nos peaux, nos halètements, nos tressaillements.
— Viens avec moi dans ma chambre, nous y serons bien plus à l'aise.
Jade se relève en me tenant la main et m’enjoint à la suivre. Sa robe est retroussée sur ses hanches, son soutien-gorge sans bretelles, dégrafé, pris dans l’échancrure de sa robe, pend sur sa poitrine ferme et révèle ses deux seins piriformes aux aréoles brunes. Ma chemise débraillée, partiellement ouverte, est complètement froissée. Mon pantalon, déboutonné, tient à peine sur ma taille et manque de tomber à mes chevilles alors que nous nous dirigeons vers la chambre à coucher. Mes bretelles, inutiles, traînent mollement derrière moi. Je rattrape in extremis ma ceinture et suis Jade à petits pas entravés. Arrivés devant le lit, elle m’y pousse sans ménagement et, déséquilibré, je m’effondre en arrière sur le matelas ferme de son lit.
Jade grimpe sur moi telle une panthère qui a piégé sa proie. Elle remonte sa robe sur ses hanches, me coince le bassin entre ses cuisses, plaque ses mains sur mes épaules et se penche vers moi, un air carnassier dans son sourire.
— J'ai très... très envie de toi !
Je balbutie quelques mots.
— M... Moi aussi Jade...
La première morsure dans mon cou me tire un frisson incroyable qui court le long de ma colonne vertébrale et électrise mon corps entier. Je me tords, me cambre, balance ma tête en arrière et ferme les yeux de plaisir. Je sens son haleine chaude sur mon épaule et entends les derniers boutons de ma chemise, arrachés, qui abdiquent bruyamment au fur et à mesure que la prédatrice dévore sa capture en lapant ma peau à petits coups de langue.
Je passe une main dans ses cheveux, joue avec ses mèches entre mes doigts, les saisis avec force et essaye de me libérer de son emprise sans grande conviction. J’appuie ses lèvres contre mon torse alors qu'elle mordille mes tétons tendus et sensibles. Elle se débat et de nouveau se libère de mon emprise. J’essaye alors d’enrouler mes jambes autour de son bassin, mais elle se tortille et m’empêche de prendre le dessus. Vaine tentative de ma part puisque mon pantalon, descendu sur mes chevilles, entrave mes mouvements. Mes mains caressent son dos nu et je sens les muscles de ses épaules jouer sous la pulpe de mes doigts alors qu'elle saisit mes bras et les plaque sur le matelas avec autorité.
Je relève légèrement la tête et regarde la douce Coréenne, les yeux fermés, qui dévore mon corps lentement, bouchée après bouchée. Elle baise mes tétons, les prend entre ses lèvres, les titille du bout de la langue puis la laisse courir sur mon torse. Je sens la fraîcheur humide de sa salive sur ma peau brûlante. Tandis qu'elle embrasse mes modestes bourrelets, ses mains dansent sur ma poitrine. Elles palpent, massent, caressent mon épiderme émoustillé dans un ballet tactile sensuel. La pointe de sa langue mouille mon nombril et me tire un léger frisson puis, mutine, elle trace de petits cercles juste au-dessus de l’élastique de mon caleçon qu'elle griffe de ses ongles en me regardant d'un air espiègle.
— J'ai envie de te découvrir, me murmure-t-elle d'un souffle.
Jade, un sourire aux lèvres, soulève la bande élastique avec délicatesse, la tire vers le bas, mais se résigne rapidement et finalement, caresse de sa bouche chaque centimètre carré de tissu en le mordillant du bout des dents. Ses lèvres entourent mes testicules couverts tandis que d'une main elle caresse la bosse plus que suggestive qui déforme mon caleçon. Elle soupire, gémit, fait passer sa main sous les ourlets, serpente et attrape mon membre palpitant. Sa main chaude se referme sur la hampe et la caresse avec volupté, la joue posée sur mon bas-ventre, sa bouche entrouverte à quelques millimètres de ma virilité maîtrisée, contrainte dans sa gangue de coton.
— Tu es bien en forme mon cœur. Caresse-moi en même temps.
Le dragon d’orient se coule contre mon flanc et passe ses longues jambes au-dessus de moi dans un exercice de souplesse. La douce peau des cuisses de Jade caresse mes joues tandis que sa robe se retrousse à sa taille. Son parfum corporel envahit mes narines, éveille mes neurones et attise mon désir qui tend un peu plus mon membre toujours prisonnier de ses doigts talentueux. À califourchon sur moi, elle m’offre une vue imprenable sur son sexe parfait. Elle ne porte pas de sous-vêtements.
Un petit cercle de poils pubiens, une couronne parfaitement épilée, trône au sommet d’une corolle de pétales, une fleur sur le point de s’ouvrir. Son petit clitoris, dépasse timidement, mais hardi, il m’incite à jouer avec lui. Mes mains caressent les fesses fermes de Jade, les écartent légèrement et ouvrent ainsi à ma vue une éclosion de son efflorescence que je m'empresse d'embrasser gloutonnement. La demoiselle paraît si fragile, si menue. Alors que je la tiens par la taille, mes doigts font presque le tour de son corps agile. Je la presse contre mon visage et fouille ses lèvres, explore la floraison épicée et sucrée qui fait voyager mes sens.
De son côté, Jade fait lentement glisser mon caleçon sur mes cuisses et s'applique à en grignoter chaque centimètre dévoilé. Quand elle sent ma tête plonger entre ses cuisses, elle se cambre légèrement, gémit, lève la tête et se mord la lèvre inférieure, submergée par une décharge d’extase lubrique. Ses yeux se révulsent, elle se tortille, se frotte à mon ventre, geint faiblement et lâche un petit soupir de plaisir. Jade exulte, redresse son buste et abaisse légèrement ses reins. Presque assise sur moi, elle donne à son abeille captive le loisir de butiner son bourgeon confortablement. Son attention se porte sur ma hampe qui se dresse devant elle.
Le dragon se transforme en tigresse, resserre sa prise de jambes sur le visage de sa proie et m'immobilise. Elle oscille lentement au-dessus de moi. Sans ambages et avec gourmandise, Jade engloutit lentement les deux tiers de ma verge qui darde tel un ressort en tension. Sa bouche, légèrement entrouverte, laisse sortir une langue dégoulinante de salive qui accueille avidement le membre aux veines gonflées. Ses doigts entourent le sexe fier, contracte ses phalanges, anneaux constricteurs mobiles qui massent fermement le muscle tendu. Sa paume presse avec douceur la base de mon membre dressé contre sa joue alors qu'elle le lèche et le mord sur toute sa longueur avec une tendresse teintée de gourmandise. Sous elle, je me démène et l’emporte de mes caresses intimes vers l'horizon d'un orgasme imminent.
Jade a les yeux fermés, absente, abandonnée à son propre plaisir. Sa bouche est occupée à déguster le gland violacé de furieux coups de langue adroits. Elle sent mes doigts écarter ses fesses, ramper le long de son sillon et caresser les bourrelets de son anus. Ses fluides mélangés aux miens humectent délicieusement sa croupe, son sexe et ses cuisses. Mon visage glisse contre sa peau, se force un passage vers son intimité et ma bouche la dévore de plus belle. Elle pousse un petit cri quand une phalange fureteuse et un pouce explorateur visitent simultanément son petit trou serré et son vagin gras de salive et de cyprine. Ma langue fourrageuse persévère autour de son clitoris érigé et inexorablement déclenche une épidémie de spasmes qui tord son petit corps, le secoue, l'électrise. Elle serre ses cuisses tremblantes, mais je n’ai de cesse de la harceler. Elle halète, râle, miaule et se venge en suçant fiévreusement la queue inflexible qu'elle n’a pas lâchée une seconde.
Un simulacre de lutte s’engage, j’essaye de la retourner sur le lit, mais sans succès. Je parviens à me dégager un bras, volatile impression de liberté, car la belle ne se laisse pas désarçonner et me chevauche toujours. Je suis maîtrisé, allongé, écartelé. Ses cuisses maintiennent une pression constante autour de ma tête puis enfin me libèrent avant de glisser sur moi. Je la lâche, déclare momentanément forfait et me laisse porter. Mes doigts courent sur la peau chaude de son dos, suivent ses contours.
Je repousse le matelas, me redresse, me cale contre la tête de lit et me colle contre son dos. Mes mains palpent sa chair, pétrissent ses seins, son ventre, ses hanches, ses cuisses. Je ne sais plus où donner de la tête. Je sens ses ongles griffer mes mollets alors qu'elle remonte vers mon entrejambe. Mon caleçon maintient mes genoux liés, contraignant mes mouvements.
Jade se saisit fermement de mon membre, me caresse quelques instants, masturbe ma verge sans ménagement avant de redevenir attentionnée et délicate dans sa dextérité. Alternance de sensations si différentes qu'elles me coupent le souffle. De ses doigts, elle m’empêche de la posséder et tout en me maintenant sous elle, elle simule un coït sauvage. Sa fente suintante épouse mon membre à la perfection, m’embrasse de ses lèvres ourlées, m'enduit de sécrétions brillantes.
Elle halète, ferme les yeux, accélère le mouvement hypnotique de ses hanches, nous amène au bord du précipice de l'orgasme avant de stopper net. Je m'arrête à quelques centimètres de la falaise, parviens à me contrôler de justesse, mais ma cavalière se laisse aller et s’ouvre aux bras d’une nouvelle explosion de ses sens. Elle se cambre, ses poumons se vident d’air. La tête basculée en arrière, elle fixe de ses yeux clos le plafond à peine éclairé.
Jade soupire, tremble sur mon ventre et jouit sans bruit, magnifique dans sa retenue, mais n’a de cesse d'onduler pour autant. Une de ses mains, lentement, glisse dans ses cheveux, accroche sa nuque, contourne sa gorge, caresse ses seins, les soulève, les palpe, frôle son ventre, son pubis. Du bout des doigts, elle m’attrape dans son dos et d'un subtil mouvement de balancier ample, elle me guide vers son vagin trempé qui m’avale timidement dans un discret bruit humide. Elle agrippe mes genoux et s'empale délicatement sur mon espar dressé en poussant un petit cri. Je sens ses parois douces m’accueillir avec chaleur, se distendre lentement au fur et à mesure de mon entrée. Elle serre ses muscles, m'entoure. Son ventre chaud est un nid douillet, une onde de plaisir m'inonde.
Mes mains prennent fermement les hanches de la petite femme accroupie sur mon bas-ventre. Je vois sa paire de fesses monter et descendre sur mon sexe distendu. A chaque fois qu'elle se relève, j'aperçois la naissance de mon gland qui disparaît aussitôt, avalé entre ses lèvres écartées, englouti dans son antre moelleux, tendre et huileux. De fins et transparents fils de jouissance nous connectent, suivent nos ébats sauvages. C'est elle qui dicte le rythme, me reléguant au rang d’objet de plaisir. Bien campée sur ses jambes, elle relève ses épaules, arque son dos et m'attrape derrière en tirant mes cheveux. Son bassin se meut d’avant en arrière, m’emprisonne en elle tandis que ses mains guident les miennes vers sa poitrine aux tétons tendus.
Ses ongles se plantent dans mes pectoraux quand elle se retourne sur mes cuisses, me libérant de ses assauts. Repos précaire. J’entoure ses épaules de mon bras, attrape une poignée de cheveux, l’attire en moi et embrasse voluptueusement sa bouche entrouverte. Ses lèvres tendres et chaudes rencontrent les miennes. Retord, elle me mord violemment, petit dard de douleur excitante, avant de fondre sur mon oreille gauche.
Ses jambes enserrent puissamment ma taille. Lascivement, elle joue encore la partition enivrante de son bassin sur mon bas-ventre. Je la tiens entre mes bras croisés dans son dos et la serre tout contre moi. Sans qu'il y soit invité, mon sexe trouve son chemin en elle et entre en entier, d'un coup. Jade me regarde, le souffle coupé, ses yeux semblent perdus dans le vide. Ses paupières tressaillent, ses joues s’empourprent. Sur mes épaules, ses doigts se contractent. Je vois sa jugulaire battre fort dans son cou offert. Elle est en nage, des mèches de cheveux sont collées sur son front et sa peau luit de sueur.
Mes mains descendent sur ses hanches et l’accompagnent dans un duo de danse sensuelle. Nous sommes littéralement en transe tous les deux, nous ne parlons plus, submergés par les vagues de plaisir charnel qui assaillent nos sens exacerbés. Nos bras et nos jambes s'emmêlent, nos bouches assaillent chaque fragment de peau à leur portée, croquent les appendices accessibles. Nos peaux fusionnent presque tant notre étreinte est forte.
Jade malmène ma virilité dans sa cavité moite, chaude et douce. Elle saute littéralement sur moi, se secoue d’avant en arrière, oscille de ses hanches dans un rythme effréné. Ses seins rebondissent allègrement à chaque impulsion. Sans ménagement, elle se sert de moi pour se donner du plaisir et je me laisse faire. Son égoïsme n'est qu'apparent, car plusieurs fois, alors que je me retrouve au bord de l’explosion orgasmique, elle le devine et ralentit ses mouvements. Je n’en peux plus, je transpire abondamment moi aussi. Nos peaux moites s’attirent comme des ventouses. Ma respiration est saccadée. Je la regarde dans mes bras, splendide femme qui ondule son ventre aux abdominaux bien dessinés, avide de désir charnel. Je suis le plus chanceux des hommes. Jamais je n'aurais imaginé une telle expérience après cette soirée forte en émotions.
La déesse asiatique roule agilement sur le côté, se penche sur moi et me débarrasse de mon pantalon et de mon caleçon en gestes calculés, sensuels, mais pressés. Jamais elle ne me quitte des yeux. Me voit-elle ? Je ne saurais le dire, mi-clos, les pupilles dilatées, fixes, hagards, ils semblent happés dans une autre dimension, un havre où les sens sont attisés, exacerbés. Ses lèvres se retroussent en un sourire comblé d’extase.
Elle s’allonge sur le dos, ouvre ses cuisses et se pénètre avec deux doigts en se mordant la lèvre tout en me fixant de ses jolis yeux en amande. Son maquillage discret n’a pas bougé d'un poil. Elle se fouille frénétiquement de son index et de son majeur en soupirant. Alors qu'elle frotte vigoureusement son clitoris, ses joues se teintent couleur pivoine, ses yeux roulent et son regard devient incendiaire. La prédatrice n’en a pas fini avec sa proie, elle est affamée. Je reste assis à l'observer en me masturbant lentement, silencieux. Mon érection est pleine, solide, elle palpite entre mes doigts, réclame son plaisir inassouvi.
Les clapotis de son sexe excité résonnent dans la chambre à coucher et me font frissonner. Je me penche en avant lentement, ma langue lèche sa main fébrile, ses doigts, ses petites lèvres. Mes papilles s’extasient de son goût sucré et redemandent une nouvelle lippée, mais Jade se refuse à ma gourmandise et repousse mon visage avec fermeté.
— Tu me lécheras plus tard. Je te veux encore au fond de moi.
Je renâcle et persévère.
— Tu ne... Enfin... J'en ai envie !
Elle me repousse encore, tendrement.
— Suffit j'ai dit ! Plus tard...
Jade se love contre moi en cuillère, frotte sa croupe contre mon ventre, réclame son dû. Je caresse son épaule, embrasse son cou qui frémit contre mes joues alors que je hume son parfum au creux de son oreille. Elle glisse sa main entre nous deux, me guide entre ses cuisses, passe une main dans le bas de mes reins et m'attire lentement en elle. Je me sens à nouveau écarter ses parois et glisser dans son intimité. Elle m'engloutit jusqu'à ce que mon bas-ventre rencontre sa croupe rebondie et elle passe une de ses jambes derrière les miennes. La féline se mue en serpent et son corps entame une reptation lente terriblement aphrodisiaque.
J’entre en symbiose avec la jeune femme, me synchronise avec ses balancements. Mes bras l’entourent, la serrant contre mon torse. Mes mains massent simultanément ses deux seins fermes, agrippent ses hanches et déclenchent un mouvement qui m’enfonce profondément en elle.
Mes doigts effleurent sa peau, suivent ses courbes, frôlent sa mâchoire et se glissent entre ses lèvres, jouent avec sa langue puis retournent à leur exploration. L’épiderme de Jade se grêle alors qu'elle frissonne, un spasme court le long de sa colonne vertébrale et la secoue frénétiquement tandis que nos corps dansent une chorégraphie effrénée. En écho nous nous laissons emporter, et nageons à l’aveugle dans les limbes ouatés de la concupiscence en nous enroulant l'un contre l'autre langoureusement.
La sueur lubrifie nos frottements, nos respirations se mêlent, nos soupirs extatiques se mélangent aux splats réguliers de mon sabre qui la poignarde jusqu'à la garde. Le temps ralentit et nous englobe dans une bulle de plaisir commun. Je reste étonné de ma performance, je n’ai pas envie de gâcher notre fusion aussi je contrôle, non sans mal, mon orgasme latent. Prolonger cette communion, plus rien d’autre n’a d’importance.
D’une culbute synchronisée parfaitement exécutée, je me retrouve au-dessus de Jade qui se glisse sous mes bras, m’attrape la nuque et plante ses ongles dans mon cuir chevelu. Elle attire mon visage et nos lèvres s’ouvrent l'une à l’autre. Nos langues se caressent, se tâtent, jouent à cache-cache entre nos dents. Mes mains attrapent les poignets de ma muse, nos doigts s’entremêlent et j’embrasse à pleine bouche son cou et son épaule. Ses cuisses entourent mes flancs, remontent jusqu'à mon torse. Souple et gracieuse, comme une graine qui s’ouvre au jour, elle passe entre mes bras ses gambettes gainées de bas, et comme des feuilles, les déplie au-dessus de mes épaules et les repose sur mes omoplates. Ses mains, racines vivantes, se joignent sur ma nuque et m’attirent à elle. La communion du tigre nous lie, nous absorbe. Elle offre son sexe, fourreau luxueux, à mon épieu qui s’unit à ses chairs trouvant dans les tréfonds de son ventre une chaleur réconfortante.
Jade sent le poids d’Alexis peser sur son petit corps. Sous son dos, le matelas soutient ses reins et elle rebondit sous les coups de boutoir tendres, mais énergiques de son amant. Elle griffe mon dos, férocement, laisse des marbrures rouges dans ma peau, des morsures sur mes épaules. Le dragon est presque maîtrisé par le tigre. Ses cuisses maintenues pliées sur son torse par mes mains coupent légèrement sa respiration. Les yeux toujours perdus dans le vague, la tête tournée sur le côté, chancelante, elle hoquète quand nos bassins se rencontrent en ruades sauvages. De temps en temps, elle s’entend murmurer des injonctions cochonnes qui visent à décupler mon plaisir tandis que je m’échine entre ses cuisses avec une volonté de fer.
— P... plus... fort ! Enc... enc... ore Bai... bai... se-moi !
Elle se laisse aller, avalée par le lit, tout vacille autour d’elle. Jamais elle n’avait ressenti autant de plaisir en couchant avec un homme. Une telle symbiose avec ses vibrations que chaque contact de leurs épidermes provoque en elle une décharge érotique. Pour la première fois de sa vie de femme, son lotus intérieur éclot complètement et se métamorphose. Jade s'ouvre, s’épanouit, s'offre à un total abandon, se livre complètement au mâle qui s'adonne à elle. Elle éclate de rire et l’étouffe dans le cou de son apôtre qui embrasse tendrement sa mâchoire en réponse à son bonheur.
Ses yeux brillent d'une rare étincelle, elle colle son front au mien, nez contre nez. Nos respirations sont hachées, essoufflées. Elle léchouille mes lèvres et en expirant d'une voix rauque, elle me lance un regard énamouré.
— Viens en moi.
Les mots mettent quelques secondes à prendre sens, tant je suis loin dans mon voyage spirituel. Ma réponse est irréfléchie, instinctive, désuète.
— Je... ne suis pas protégé !
Elle rigole encore, son rire cristallin résonne entre nos corps emmêlés et s’esclaffe.
— Tu ne penses pas qu'il est un peu tard pour se poser cette question ?
Je reste interdit, terrassé par cette réponse pertinente. Je balbutie quelques mots.
— Mais... mais il y a un risque que... enfin tu vois quoi ?
Jade me sourit, ses yeux brûlant de désir, et picore mon visage de baisers.
— Que quoi ?
Je soupire et laisse mes mots aller.
— Que tu tombes enceinte par exemple ?
Une de ses mains se lève et vient caresser tendrement ma joue.
— Et alors ?
Mes reins cessent immédiatement leur balancement, je baisse les yeux vers Jade et la sonde. Elle paraît sincère. Une sensation confirmée par son ton volontaire. J’hésite devant cette conviction résolue.
— Comment ça... Et alors ?
Jade me tire en avant et vient placer sa bouche au creux de mon oreille. Ses mots chuchotés font doucement vibrer mes tympans. Je note dans sa voix une légère cassure, comme si elle passait outre ses propres barrières.
— C'est toi que je veux pour le reste de ma vie, l’unique je l'ai trouvé. Peu importe ce qui peut arriver ce soir, je resterais à tes côtés quoiqu'il arrive.
Jade repasse gracieusement ses jambes entre mes bras, pétrit mon dos de ses talons, enserre mes fesses et brusquement me pousse au fond d’elle. Je me laisse faire, abasourdi par la déclaration de la jeune femme. Intérieurement je bouillonne, je me sens léger comme une plume. Mon visage s’éclaire d'un large sourire juste avant que j’embrasse furieusement ses lèvres. Je parviens à articuler quelques mots en reprenant mes allées et venues puissantes entre ses jambes largement ouvertes.
— Tu... es sérieuse ?
La jeune femme se soude à moi, il n'y a plus d’espace entre nous deux, nos peaux se frictionnent, lubrifiées de sueur. Elle noue ses doigts derrière ma nuque, plonge ses yeux dans les miens et m’invective d'une voix si empruntée de désir que mes entrailles s’enflamment immédiatement.
— Explose dans mon ventre. Je veux sentir ta semence au fond de moi Alexis !
Nos regards s’affrontent alors que je tape contre elle, d'abord doucement puis de plus en plus fort. Je ne suis pas un adepte du pilonnage sans âme, aussi je la prends avec puissance et détermination, mais aussi douceur et tendresse. Une dose de fermeté contrebalancée par une pincée de volupté. Je m’enfonce en elle sans retenue, ressors à en risquer l’exclusion et retourne me loger au creux de ses reins.
Au fond de moi, je veux prolonger cet état de grâce et continuer d'honorer Jade, mais je suis aussi arrivé au bout de mes limites. À un orteil de tomber dans le précipice. Des ongles plantés dans mes fesses me font cambrer les reins par réflexe. Elle noue ses pieds en bas de mon dos, je ne peux pas me retirer si tant est que je l’eusse souhaité. Dans le même temps, la belle contracte les muscles de son périnée, se resserre autour de mon membre et déclenche une avalanche de sensations qui m'emporte dans un torrent où se mêlent jouissance, douleur, extase, amour et libération.
Posant mon front contre le sien, mes ruades se font plus saccadées, je retiens mon souffle, mais abdique rapidement et délivre un orgasme explosif, lumineux. Un shoot d'hormones réveille mes neurones, emballe mon cœur tandis que j’éjacule en jets saccadés, dépose ma semence lourde et chaude au creux de son nid. Jade me maintient en elle le temps que mes tressaillements se calment, et m'accueille en se blottissant contre moi, fourre sa tête dans mon cou et m’embrasse doucement.
Nous tremblons tous les deux, mais aucun de nous n'ose bouger. Nos lèvres se rencontrent dans un baiser fougueux qui semble ne s’être jamais arrêté depuis le canapé. Nos corps refroidissent à peine de leur communion qu'un nouveau désir mutuel s’installe, mais, fourbus, sans un mot, juste un regard furtif échangé, nous comprenons que nous avons jeté toutes nos forces dans la première bataille.
Doucement, je me retire et recule sur les draps froissés. Ses doigts glissés entre nous caressent mon sexe qui sort de ses entrailles avec paresse, encore secoué de spasmes. Ils suivent les courbes douces de la verge encore gonflée, embrassent son col, cajolent le casque sensible, et cachent enfin sa corolle, réceptacle de ma jouissance. Bien que serrés, ils retiennent avec peine ma liqueur blanche qui suinte entre eux. Jade s’esclaffe et me jette un air admiratif teinté de gêne.
Sans un mot, elle se lève sans faire bouger le matelas, me caresse la joue et s'éclipse. Je ne tarde pas à entendre l’eau de sa douche couler. Je roule sur le dos, les bras et les jambes écartés, le bas-ventre en feu. Mes tempes bourdonnent. J’inspire à pleins poumons et expire doucement par les narines. Je n’assimile pas encore tout ce qui vient de se passer sur ce lit. Je virevolte sur un nuage tourbillonnant dans un maelstrom de sentiments partagés entre euphorie et peur. Ma vie vient de changer. Je m’enfonce et m’endors avant même qu'elle ait terminé son bain.
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Commentaires ()
Très bien amené
Forme un couple qui découvre elle connue et lui pas
Magnifique couple amoureux pour la vie
J’ai beaucoup aimé cette très belle histoire d’amour
Très très bien écrite et qui m’a beaucoup touché
Bravo à vous
Magnifique