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Couverture de L’écume de nos nuits, par Wedreca
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

L’écume de nos nuits — Chapitre 1 · Jour 1 : une rencontre atypique

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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Wedreca
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Ce qui accroche d'emblée, c'est le double regard : deux voix bien distinctes, deux façons d'être au monde radicalement opposées, et pourtant une même étrangeté qui les attire l'une vers l'autre. La façon dont l'univers fantastique surgit progressivement du décor ultra-banal d'un IKEA est vraiment réjouissante. Et les répliques de Wed, acides et désespérées, font mouche à chaque fois.

L’écume de nos nuits

Chapitre 1 · Jour 1 : une rencontre atypique

Note de l'auteur



Cela faisait un bon moment que Jocelyn me suppliait d'écrire avec elle (bon, j'en rajoute un peu, c'est vrai… on va plutôt dire qu'elle me bottait le cul pour que je trouve une idée d'écriture à quatre mains ^^').
Alors, quand ce scénario a commencé à germer dans ma petite tête, j'ai immédiatement su qu'il était taillé sur mesure pour nous deux ! Une occasion en or de vivre cette histoire en jouant nos propres rôles… de me lancer dans l'aventure avec cette autrice que j'admire tant (et pour ceux qui ne la connaîtraient pas encore, tapez un peu "Jocelyn Witz" dans Google, pour voir ;)

Par contre, ici, point de sexe débridé et de fluides à profusion. Mais à ceux qui décideraient de rester quand même, je vous promets une belle histoire… Ah ça oui, une très belle histoire…

Allez, j'arrête ici avant de trop vous saouler ;)
Je tiens juste à vous remercier pour ce premier pas que vous venez de faire dans cette fabuleuse aventure… aventure que vous allez vivre à nos côtés pour notre plus grand plaisir.

Je vous souhaite une excellente lecture.

Wed

-ˋメˎ-
L'imposante façade jaune et bleue du magasin me faisait face. Je me demandais encore ce que je faisais là ! Comme si j'avais du temps à perdre dans un magasin d'ameublement bondé de monde, un samedi après-midi. Fait chier !
Mais voilà, l'anniv de ma pote (et quand je dis "ma", je veux bien dire "mon unique pote") approchait à grands pas… et toujours aucune putain d'idée de cadeau à l'horizon ! Et j'avais eu beau retourner le problème dans tous les sens, je ne voyais pas d'autres alternatives que de m'attaquer au temple de la consommation pour espérer dégoter le Graal.
Dans un chuintement incessant, l'énorme porte automatique s'ouvrait et se refermait sans discontinuer, avalant et recrachant le flot d'humains se pressant pour assouvir sa soif de dépense compulsive. C'était écœurant ! Hésitant un instant, la boule au ventre, je m'engouffrai finalement dans la bouche vorace.
Portée par la marée humaine, je me retrouvai rapidement dans les entrailles de la bête. Quelle agression pour les yeux et les oreilles, mon Dieu ! Et dire que j'aurais pu être tranquillement chez moi, seule, à fumer un bon joint et à m'emmerder comme j'en avais l'habitude !
Des daronnes qui crient sur leur mioche, des couples étalant leur bonheur mièvre, des pouffiasses minaudant au bras de leur daddy… Non, vraiment, y avait de quoi vous foutre la gerbe ! Une heure de ce traitement, et c'est sûr, je m'ouvrais les veines ! Ça n'aurait pas été la première fois, d'ailleurs… mais peut-être bien la plus justifiée.
Quelle vie de merde, quand j'y pense ! Obligée de subir ça ! Tout ça pour un foutu anniversaire de m…. C'est vrai, quoi ! Est-ce que je fête mon anniversaire, moi ?!
Et tandis que mon niveau d'agoraphobie explosait les compteurs et que je sentais poindre un peu plus la nausée à chacun de mes pas, je m'enfonçais toujours plus profondément dans ce labyrinthe sans fin, aux allées remplies de conneries plus inutiles les unes que les autres…
Un vase moche, un moulin à poivre soi-disant "design", un ensemble de torchons et de serviettes assortis… Je sentais qu'il ne m'en fallait pas beaucoup plus pour devenir folle. Je devais absolument sortir d'ici au plus vite, ou je ne donnais pas cher de ma santé mentale, déjà bien entamée.
Tous ces gens semblaient tellement bien savoir où ils allaient et ce qu'ils voulaient. Était-ce moi qui n'étais pas à ma place ici… dans ce monde ? Étais-je un parasite... un nuisible inutile à la société ? Peut-être, oui ! Peut-être faudrait-il qu'une chaussure géante m'écrase comme un vulgaire cafard. Le monde s'en porterait sûrement bien mieux.
C'est ainsi que, remplie de doutes et de tout plein d'autres sentiments plus désagréables les uns que les autres, je disparaissais dans la masse grouillante se déversant dans les allées comme un troupeau de moutons progressant dans sa quête futile et insipide…
˙°꩜。.
En quittant ma voiture pour traverser le parking géant et quasiment complet, j'ai senti la chaleur s'abattre sur moi avec brutalité. Là-bas, des vagues de clients entraient et sortaient sans discontinuer, tous vêtus au plus court, au plus léger. Pas un pour s'être muni comme moi d'un gros pull en laine et d'un coupe-vent. Des gens remplis d'insouciance, en parfaite adéquation avec le monde réel. Mais je n'avais guère le choix.
J'ai pénétré dans l'immense bâtiment, frissonné sous l'effet conjugué de la climatisation et d'une suave voix féminine tombée du ciel qui m'invitait à me rafraîchir à la cafétéria. Voilà, j'y étais à nouveau. Obstinée, stupide. À la recherche de dimensions de l'espace qui n'existent nulle part. Pourtant je sentais que c'était là, tout proche. J'allais me laisser porter comme les autres fois par ce parfum d'outre-monde, cet impossible parfum que j'étais apparemment la seule à percevoir.
Un parfum, un appel, que sais-je ? Matt savait.
Le point de contact se trouvait plus haut, semblait-il. Ils changeaient régulièrement la déco et les spots se baladaient eux aussi à vous rendre dingue. J'ai sauté sur l'escalator dans le sillage d'un couple de mon âge luttant pour garder le contrôle de trois ou quatre préadolescents braillards, nerveux comme des pitbulls. Au-dessus d'eux j'apercevais un vieil homme noir à panama, et encore au-dessus une jeune fille accoutrée comme sont souvent les nanas aujourd'hui : n'importe comment mais sexy, je n'arriverai jamais à comprendre comment elles s'y prennent. Celle-ci aurait pu s'avérer jolie — très attirante, même — à condition de renoncer à sa bouille de dépressive profonde ou de droguée en manque. Elle paraissait prête à se jeter sur les autres clients pour les étrangler. J'ai voulu m'éloigner d'elle au plus vite, sauf qu'elle allait par hasard dans la direction de l'appel. Il me parvenait de plus en plus clair et pressant. Avec lui, la tension s'emparait peu à peu de mes nerfs. La gourde d'eau sucrée pendue à ma ceinture glougloutait et battait désagréablement ma cuisse à chaque pas.
Quel endroit étrange, quand on y réfléchit… Sans même parler des noms barbares qu'ils donnent à leurs produits — je voudrais une étagère Skruvby à portes vitrées coulissantes, mademoiselle, croyez-vous que le modèle brun-noir se mariera bien avec ma table Mörbylånga imitation chêne ? —, les grands magasins d'ameublement m'ont toujours fait l'effet de pénétrer au sein d'un autre univers. D'une multitude d'autres univers, à vrai dire.
Des salons, des chambres à coucher, des bureaux cossus et tout équipés dont on jurerait que l'homme ou la femme d'affaires vient juste de les abandonner pour aller déjeuner ou se rendre à quelque réunion importante. Le fauteuil pivotant doit être encore chaud, les tiroirs remplis de dossiers à sangle, le faux téléphone va sonner d'un instant à l'autre, je décrocherai et la voix de Matt jaillira de l'écouteur, son rire joyeux d'il y a vingt ans, sa…
Eh là, ne t'excite donc pas, ma vieille ! Tu sais pourtant que ça ne t'avance à rien.
Je me suis efforcée de ralentir mon pouls. Depuis le temps, j'avais acquis une certaine expérience des points de contact — des « spots », comme les appelait Matt. Pour les dénicher, l'idéal était de suivre une sorte d'instinct, comme un animal attiré par une proie ou un partenaire sexuel potentiel. Me mêlant à la foule des véritables acheteurs, j'ai encore gravi un étage, furetant partout, feignant de m'intéresser aux bacs à glaçons et aux lustres pour enfants, regardant sans les voir canapés convertibles, chaises de jardin et batteries de casseroles, toute à mes espoirs de plonger à nouveau dans l'inconnu. La droguée, au fond, c'était moi. Comme à chaque fois que je disposais d'une semaine de congés, il me fallait revenir rôder ici, chercher ma dose d'ailleurs. Impossible d'ignorer l'appel, sous peine de sombrer dans la démence.
Mais qui dira si je n'y avais pas déjà sombré ? Car comment qualifier une femme qui traîne à travers les rayons d'Ikea en quête de l'accès à un monde irréel ?
Je préférais ne pas y songer.
-ˋメˎ-
Ça faisait un petit moment déjà que je naviguais dans cette masse tumultueuse de corps zombifiés, quand je l'aperçus ! Ce fut comme une goulée d'air frais qui venait d'emplir mes poumons pour les nettoyer de toute cette banalité nauséabonde qui s'y entassait depuis mon arrivée. Au milieu de tous ces êtres prévisibles à l'excès, mon cerveau venait de trouver une source d'intérêt… quelque chose à quoi se raccrocher, comme une bouée de sauvetage.
Grande, épaisse, mais assez musclée, les cheveux mi-longs d'un brun banal semé de fils gris et attachés en arrière, elle arpentait l'allée d'un pas déterminé. La femme, la quarantaine bien tassée, aurait pu passer inaperçue, si ce n'était son allure des plus étranges : sans bijoux ni maquillage, flanquée d'un jean solide, de godasses de rando un peu usées et d'un pull noué autour de la taille, elle dépareillait clairement avec le reste de la clientèle. Et ce n'était pas son k-way roulé en boule et sa gourde accrochée à sa ceinture qui auraient atténué cette impression. Mais qu'est-ce que cette nana pouvait bien foutre avec tout ce bordel sur elle, par une journée d'été comme celle-là ?
Le seul accessoire à peu près féminin était son mini sac à dos de cuir rose, qui contrastait terriblement avec l'impressionnante balafre qu'elle portait près de l'épaule gauche. Fascinante et perturbante à la fois, cette meuf avait capté mon regard qui, semblait-il, avait décidé de ne plus s'en détacher.
Alternant entre les rayons "meubles aux noms chelous" et les rayons "conneries qui ne servent à rien", je m'étais mise à la suivre sans même m'en rendre compte. Cette filature improvisée m'avait totalement fait passer les haut-le-cœur qui me retournaient le bide quelques instants plus tôt. À vrai dire, ce jeu m'amusait bien plus que je ne voulais me l'avouer.
Ça faisait bien longtemps que quelque chose ne m'avait pas passionné à ce point. À croire que cette femme exerçait une sorte d'attractivité sur moi. Pour une fois que je tombais sur une gonzesse encore plus barrée que moi !
Et tandis que, jetant des coups d'œil à gauche et à droite, elle semblait inspecter les moindres recoins du magasin, je m'exerçais à l'art de la filature. M'arrêtant et détournant les yeux à chacun de ses regards dans ma direction, je perfectionnais ma technique, minute après minute. Faisant mine de m'intéresser à un tir-bouchon, à un dessous de plat ou à une table Mörbylånga, ma couverture était parfaite… une vraie petite cliente débile ! Elle n'y voyait que du feu, c'était sûr ! À croire que j'avais raté ma vocation d'agent secret.
˙°꩜。.
Aux abords du rayon Livings, l'aura indiquant la présence du premier spot devenait presque palpable. Le phénomène se situait à mi-chemin entre le léger vertige, l'acouphène et la lueur pulsant à travers une vitre dépolie. Pourquoi diable les autres clients ne le percevaient-ils pas ?
Mais peut-être certains d'entre eux en avaient-ils confusément conscience tout en se refusant à y croire, mettant leur malaise sur le compte du brouhaha ambiant ou de la pointe de stress qu'engendre toujours la perspective d'un achat conséquent. S'ils ressentaient quelque chose, aucun ne le laissait vraiment paraître… à part — je m'en suis avisée tout à coup — cette jeune fille qu'il me semblait avoir déjà rencontrée. Une de mes anciennes élèves ?... Oh ! j'y étais. Nous avions pris l'escalator ensemble un quart d'heure plus tôt. De près, elle était encore plus jolie. Une petite brune piquante, vêtue et fardée comme pour Halloween. Sous le short en jean archiusé, son collant à larges mailles dessinait des losanges de peau d'une pâleur cadavérique.
Elle aussi m'avait remarquée, tout en se donnant beaucoup de mal pour éviter que je repère son manège, détournant le regard sitôt que je risquais tant soit peu de le croiser.
Un instant, glacée de frayeur, j'ai eu envie de foutre le camp. Cette jeune femme ne percevait pas l'aura, non : elle me suivait, me surveillait. D'où sortait-elle ? Était-elle envoyée par la direction du magasin ? Lors de mon dernier passage, une caméra vidéo avait-elle enregistré ma fuite hors du monde ? Et maintenant qu'allaient-ils faire ? M'arrêter ? Me soumettre à un interrogatoire ? J'ai dû faire un effort surhumain pour ne pas céder à la panique. Mais, sans rien tenter, la nana au look bizarre — gothique ? punk ? grunge ? je mélangeais tous ces styles — se contentait de m'épier du coin de l'œil.
À la réflexion, mon agitation intérieure m'apparut alors absurde. Est-ce qu'un membre du personnel de sécurité se serait mêlé à la clientèle dans un tel accoutrement ? percé la lèvre inférieure d'un clou d'argent à tête de mort ? Drôle de manière de passer inaperçue… En outre, elle semblait beaucoup trop jeune et fluette pour ce genre d'emploi. Rassérénée, je l'ai examinée sans plus m'en cacher. Elle a piqué un fard et feint de se passionner pour le cuir beige d'un vaste canapé dépassant manifestement de beaucoup son budget.
Sa bouche… C'était la bouche de Matt, au piercing près. Même pommettes hautes, aussi. Vu son âge et le mien, cette fille ressemblait à celle que nous aurions pu avoir ensemble si… si…
Sans l'avoir prémédité, j'ai fait un pas en avant et elle a tourné les talons pour se réfugier près de l'armoire assortie, dont la glace m'a renvoyé mon propre visage effaré. Mes mains tremblaient comme sous l'effet d'une brutale injection de caféine. Une pelote de glace me brûlait l'estomac. Je tenais mon point de contact : ce canapé ! Restait juste à savoir comment ouvrir la brèche.
Et comment, auparavant, me débarrasser de l'espionne punk.
-ˋメˎ-
Merde ! Elle m'a grillée, c'est sûr ! Et moi qui me croyais discrète… qu'est-ce que je peux être conne !
Derrière mon armoire, dans la posture la moins naturelle qui soit, je me tenais immobile, comme en pleine partie de "un deux trois soleil". Le cœur battant et retenant mon souffle sans m'en rendre compte, j'attendais que le temps remonte de quelques secondes pour effacer ce moment gênant. Mais rien à faire… Foutue flèche du temps !
Prenant conscience que je ne pouvais pas rester là indéfiniment, je sortis la tête de mon repaire, comme un soldat lorgnant un sniper en embuscade.
Sous mon regard maintenant méfiant, la femme semblait avoir repris ses activités d'exploration. Tournant toujours autour des meubles, comme un chien cherchant le meilleur emplacement pour faire sa pisse, elle paraissait s'intéresser à présent à un canapé... sûrement un Söderhamn… ou peut-être un Friheten… à moins que ce soit un Bårslöv… enfin bref, à un canapé, quoi !
Mais qu'est-ce qu'elle pouvait bien faire...
— Je peux vous aider, mademoiselle ? Vous cherchez quelque chose ?
— Heuuu… qui, moi ? Heu, non, merci… c'est gentil.
Mais c'est qu'il m'a fait sursauter, ce con !
Le vendeur, qui venait de surgir de nulle part, avait ce petit air innocent de celui qui sait qu'il met mal à l'aise… mais qui reste quand même là, à te regarder fixement en arborant un magnifique sourire niais.
Allez, dégage ! Tu ne vois pas que je suis occupée, là ?
Toutes ces choses que j'avais envie de lui dire, mais qui restaient enfermées dans ma tête, semblaient tout de même transparaître sur mon visage. Car au bout d'un moment, son petit sourire narquois se transforma en un plus crispé, mélange de doute et de gêne. Il ne fallut pas longtemps pour qu'il ne tourne les talons et s'en retourne d'où il venait… dans le néant !
Voilà, c'est ça… casse-toi, connard ! C'est le plus gêné qui s'en va !
Avec toutes ces conneries, je n'avais pas fait gaffe au vigile qui remontait les allées pour tranquillement repousser les clients vers les caisses, tel un berger en uniforme regroupant son troupeau. Déjà l'heure de la fermeture ? Fait chier !
En un clin d'œil, je me retrouvais dans mon armoire fétiche. À croire que les jeux de mon enfance me manquaient, car c'était a priori une partie de cache-cache qui débutait à présent. Coincée dans cette boîte, je n'avais plus qu'à espérer que le chat ne me trouve pas.
Bien que mon champ de vision se soit drastiquement restreint, je devais bien avouer que c'était plutôt spacieux (pour une armoire). On aurait presque dit mon minuscule studio parisien qui me coûtait un rein chaque mois.
De là où j'étais, la porte légèrement entrebâillée, j'observais le manège de la mystérieuse femme qui, semblait-il, avait décidé de jouer au même jeu que moi. J'eus juste le temps de la voir disparaître derrière le canapé, que le vigile passa entre nous deux, accompagné de ses quelques brebis égarées.
Ce n'est que lorsque les néons s'éteignirent et que le magasin plongea dans le silence, que je compris que je n'étais pas nette dans ma tête !
Mais qu'est-ce que je foutais ici, moi ? Seule... avec cette femme (pas nette non plus, a priori).
Et d'ailleurs... elle était passée où, mon Indiana Jones ?
˙°꩜。.
En s'intéressant à ma jeune fille collante — et je le comprenais — le grand gars de la sécurité m'avait fort opportunément offert les quelques secondes nécessaires pour actionner le spot et basculer de l'autre côté.
C'était facile, du reste. La brise iodée se faufilant en rafales sous le canapé ne pouvait provenir que de là-bas. Ni vu ni connu, j'ai glissé ma grande carcasse sous la housse molletonnée à fleufleurs, la température a dégringolé de quinze bons degrés, le lino m'a paru gorgé d'humidité, des cris de mouettes me parvenaient comme une invite… J'y étais !
En tout cas, je me trouvais quelque part ailleurs, sûrement pas au rayon Livings d'un Ikea. On n'y voyait goutte. Je percevais encore des voix humaines, mais lointaines désormais, irréelles. Coincée sous le divan Söderhamn, j'ai sorti ma lampe torche afin de me repérer. Un tunnel s'élargissait tout droit en face, une espèce de coursive basse de plafond qui s'est mise à tournicoter en pente douce. Le moment que je préférais : celui des premiers contacts avec la face cachée de l'univers. Le vent fraîchissait à tel point qu'il m'a fallu passer mon pull. Sous mes pieds, le sol tanguait et grinçait. L'appel des oiseaux de mer se mêlait maintenant au fracas des vagues et des paquets de flotte s'abattant sur le pont. Pas de doute : il s'agissait d'un bateau. Je ne connaissais rien au pilotage de ces trucs-là, mais ça ne me faisait pas peur. Pour rien au monde, je ne serais revenue en arrière. Cette fois, je ne repartirais pas sans mon homme.
D'accord, d'accord, je me suis déjà juré ça souvent…
Cette pensée aurait dû me déprimer. À l'inverse, j'ai réalisé que, Matt ou pas Matt, j'adorais être là, quoi que ce « là » puisse signifier. Et quand, au détour du couloir balayé par un vent marin de plus en plus violent, j'ai débouché en plein dans un rayon Cuisines subtilement différent, je n'ai pas pu m'empêcher d'éclater de rire, fébrile, aussi excitée qu'une puce.
Les lieux étaient vides, naturellement : ni clients ni vigiles, rien. Pénombre inquiétante. Un vacarme et un roulis terribles. Mais la cuisine équipée la plus proche avait tout du poste de pilotage, avec une lampe tempête qui se balançait follement au-dessus du plan de travail en céramique grise, jetant partout des lueurs de fin du monde. Clairement, ce foutu navire à la dérive menaçait de chavirer si quelqu'un — autrement dit, moi — ne le prenait pas très vite en main. Alors j'ai titubé jusqu'à l'évier, fermé d'un coup de pied deux-trois placards par où l'eau s'engouffrait, glaciale, empoigné le robinet à col de cygne et pesé de toutes mes forces dessus pour tenter de redresser la barre. Un coup de tonnerre a explosé. La batterie de casseroles en cuivre s'est décrochée, et chacune s'est mise à ramper sur le sol détrempé, telle une tortue paniquée à la recherche d'un abri. Une diamètre 20 malencontreusement tombée sur le dos agitait en vain ses petites pattes métalliques et griffues. Elle posait sur moi un œil unique et implorant au bout de son long cou tout noir. Par-dessus les hurlements du vent je lui ai lancé : « Désolée mais pour l'instant je suis un peu occupée, tu vois ? »
-ˋメˎ-
Une fois sortie de ma cachette, je me dirigeai vers celle de mon aventurière. Les lieux, uniquement éclairés par la lumière verdâtre des issues de secours, semblaient plongés dans les ténèbres. Et même si je savais qu'il ne s'agissait que d'un vulgaire magasin, je dois bien avouer que je n'en menais pas large.
C'est une fois arrivée au niveau du fameux canapé que le mystère s'assombrit encore un peu plus : la femme avait disparu !
Mais où avait-elle bien pu passer ?
À quatre pattes, comme une conne, je cherchais une explication logique à cette disparition des plus étranges. C'est à ce moment-là que je le sentis… cet air frais venant tout droit des replis du tissu. J'aurais juré une odeur d'algue… ou de moule !
C'est quoi cette connerie ?
Passant, sans trop y croire, une main entre les bourrelets du canapé, je me rendis vite compte qu'il n'y avait pas que le bras que je pouvais y passer : l'autre bras, la tête, le buste… me hissant bientôt de tout mon long dans cette fente géante, je me retrouvai rapidement dans un conduit sombre, étroit et humide… le kif !
Qu'est-ce qui m'a pris de me foutre dans un merdier pareil ?
Mais il était hors de question de lâcher l'affaire ! Car mon cœur qui battait à tout rompre dans ma poitrine ne mentait pas : je vivais enfin quelque chose ! Là, rampant misérablement dans le boyau le plus lugubre qui soit, je me sentais enfin en vie !
Puis, le passage devint couloir et le sol commença à ballotter. Me redressant, je tentai de garder l'équilibre. Ça bougeait… et pas qu'un peu ! C'est en avançant, tant bien que mal, vers la lueur qui vacillait au loin, que mon cerveau commença enfin à prendre conscience que quelque chose n'allait pas.
Je suis en train de devenir folle, c'est ça ?
Debout, dos à moi, jambes écartées pour maintenir l'équilibre, la femme, plus impressionnante que jamais, était agrippée à la barre… Hein, quoi ? La barre !?
La seconde d'après, il me sembla qu'une vanne venait de céder dans ma tête. Les images et les sensations qui déferlaient dans mon esprit et sur mon corps me forçaient à accepter l'évidence : aussi improbable que cela puisse paraître, nous nous trouvions bel et bien sur un bateau… en pleine mer !
Là, sous mes yeux, à travers les rangées de bocaux-hublots, dansaient des bancs de couteaux aux reflets argentés. À la lueur de l'unique lampe pendue à un crochet de cuisine, des ustensiles de toutes sortes glissaient d'un bord à l'autre du plan de travail, au rythme du roulis. 
Et tandis que les embruns marins me fouettaient le visage à chaque tangage, la capitaine, comme soudée à son navire, tenait le cap, face au vent et à la tempête qui faisait rage.
— Eh Oh ! Vous… Vous m'entendez ?
— …
— On est où, là ? C'est quoi ce bordel… heu… cet endroit ?
— …
— Eh ! Je vous parle, putain !
J'avais dû crier un peu plus fort, car la femme se retourna… juste le temps de me jeter un regard que j'aurais juré agacé. J'en eus d'ailleurs la confirmation au ton de sa voix lorsqu'elle me répondit enfin :
— Ah ! Te voilà, toi ? Il ne manquait plus que ça ! Allez… maintenant que tu es là, fais quelque chose de tes dix doigts !
— Vous n'avez pas répondu à ma question… On est où, là ?
— Dans notre cercueil à toutes les deux, si tu ne te décides pas à bouger ton cul !
Me faisant un signe de tête en direction de la barre, elle m'adressa un ordre on ne peut plus clair. Retournant au passage une sorte de tortue-casserole, qui me lança un regard semble-t-il reconnaissant avant de disparaître au fond d'un placard, j'attrapai le robinet contrôlant le bousin.
Le maintenant en position comme je pouvais, c'est les yeux ronds que j'observai l'autre folle grimper sur les éléments hauts, comme on se hisse en haut d'un mât…
˙°꩜。.
J'avais lu ça chez Conrad : d'urgence, il fallait réduire la voilure, sans quoi l'ouragan nous secouerait tellement que le rayon Cuisines risquait de partir en mille morceaux et nous avec. Tout en escaladant les meubles sous une pluie de cure-dents en plastique, mon couteau suisse entre les mâchoires, je réfléchissais à toute allure.
L'irruption imprévue de la jeune nana me laissait partagée. D'un côté, je lui en voulais de m'avoir filé le train. De quoi se mêlait-elle, bon sang !... Mais quelque chose, pourtant, souriait et se dégelait au fond de mes tripes. Bien que pendant toutes ces années j'aie désiré à crever avoir un compagnon pour explorer à mes côtés l'univers bizarre où Matt s'était égaré, je n'avais jamais osé en parler à quiconque, certaine qu'on me prendrait pour une dingue.
À présent la gamine était là. Que je le veuille ou non, je devais faire une croix sur ma solitude. Et ça ne me déplaisait pas, non. Je crois même que…
« J'y arrive pas ! » s'est-elle soudain mise à brailler.
Du haut de mon placard Utrusta — qui maintenant culminait bien à quinze mètres et se tordait au gré des bourrasques de vent — je l'ai aperçue se débattant avec le robinet en inox. Clairement, elle n'avait pas la carrure pour maintenir la barre plus longtemps. Je lui ai lancé : « Tiens bon, petite ! », puis j'ai tranché les derniers câbles retenant la misaine, une immense toile cirée à motifs géométriques que la tempête et les ténèbres ont aussitôt emportée Dieu sait où. Il ne restait plus qu'à redescendre. Choisissant la voie rapide, j'ai bondi d'un lustre à l'autre jusqu'à parvenir à moins de deux mètres du pont fouetté par les vagues, après quoi je me suis laissée choir pour courir à la rescousse de ma punk en détresse. À nous deux, on a redressé la barre. La fille semblait choquée. Elle claquait des dents, s'agrippait à mon bras et ne voulait plus me lâcher. Peut-être aussi se gelait-elle avec son débardeur, son minishort et sa veste pleine de trous. Pesant de tous mes biceps sur le robinet, je lui ai conseillé d'enfiler mon k-way.
Évidemment, le truc flottait sur sa fine silhouette de lolita, elle ne ressemblait plus à rien, mais son parfum épicé m'envoyait des signaux perturbants dans les neurones. J'imagine que son lourd maquillage noir me rappelait en outre la petite licence de l'année précédente avec qui… Bon, ça n'était pas le moment. Mal à l'aise, je l'ai envoyée consulter l'une des plaques chauffantes, celle qui s'était métamorphosée en baromètre. Les autres souriaient comme des smileys ou essayaient de lui mordiller les doigts. Rien de bien méchant.
Sauf que le danger est partout : dès que la nana est arrivée à sa portée, la hotte aspirante Matälskare a ouvert une gueule noire, rugissante et toute en crocs. La gosse, empotée comme pas deux, au lieu de s'accrocher solidement à n'importe quoi, s'est retournée pour me demander quoi faire. Étant donné son poids plume, elle décollait déjà du sol. Cette salope de hotte allait n'en faire qu'une bouchée ! Et moi, atterrée, qui tergiversais. Si je lâchais la barre…
C'est la casserole qui a sauvé ma copine, la pauvre casserole-tortue qu'elle avait gentiment remise sur ses pattes de cuivre. En un éclair, la bestiole a jailli de son placard pour ramper le long du mur et arracher la prise électrique. La hotte s'est éteinte avec une sorte de sanglot. La petite se ruait déjà sur moi pour m'agonir d'injures plutôt salées. Elle avait eu la trouille de sa vie.
« J'veux sortir de c'manège à la con, OK ? »
Tout en manœuvrant d'une main mon nom de Dieu de robinet, je l'ai enlacée et serrée contre moi. Qu'est-ce que j'aurais pu répondre ? Comme si je savais où se trouvait la sortie…
La nana était là un peu par ma faute. Je me sentais responsable de ce qui pouvait lui arriver.
Et, de ce côté-ci de la barrière des mondes, TOUT pouvait arriver.
-ˋメˎ-
Blottie dans ses bras, les émotions se mélangeaient en moi dans le chaos le plus total. Je lui en voulais pour tout ce qui nous arrivait… Putain ! C'est vrai, quoi… J'aurais pu y rester ! Mais en même temps, une part de moi ne pouvait s'empêcher de lui en être reconnaissante… pour tout ça… de vivre ça… de vivre… enfin !
Là, accrochée à elle comme une moule à son rocher, j'aurais voulu me fondre dans sa chair. La chaleur que diffusait son corps était pareille à un manteau réconfortant et protecteur. Et si les sensations qui commençaient à naître dans mon corps étaient pour le moins ambiguës, elles ne participaient pas à vouloir relâcher mon étreinte… mais ce fut la vague qui s'en chargea !
L'énorme masse d'eau qui s'était abattue sur nous venait d'arracher et d'éjecter au sol la petite moule que j'étais, à plusieurs mètres de son rocher.
La femme, toujours debout, semblait défier les éléments telle une force de la nature. Bravant les rafales de vent et l'eau salée qui cinglait son visage, elle restait déterminée. Le tableau était si magnifique. Qu'elle était belle…
— ATTENTION, gamine !
Si le regard effrayé qu'elle venait de me lancer aurait dû m'alerter sur le danger imminent, il signifiait aussi autre chose : je comptais pour elle ! Aussi loin que je me souvienne, personne n'avait jamais exprimé autant d'attention à mon égard.
Paralysée par cette pensée, je n'avais pas vu la meute grouillante d'ouvre-boîtes, chassés de leur repaire par les eaux, foncer de leur démarche bancale dans ma direction. Ce n'est que lorsque le premier se jeta sur moi et me pinça à la poitrine que je sortis de ma torpeur.
— AÏE ! Merde ! Mais lâchez-moi, bande de… choses !
Les seins, les cuisses, les bras… ils étaient déjà une bonne dizaine répartis sur mon corps, à me lacérer la peau.
Les yeux rivés sur moi, une main toujours sur la barre et le visage décomposé, je sentais mon héroïne tiraillée par le dilemme qui s'offrait à elle : me sauver ou sauver le navire… Mais la tempête abrégea sa torture et se chargea de faire un choix.
À peine lâcha-t-elle la barre, pour se jeter à mon secours, qu'un énorme "CRACK" retentit derrière elle : le plan de travail ainsi que tous les placards venaient de rompre. Dans le hurlement du bois se faisant déchiqueter, un gigantesque raz de marée emporta tout !
La dernière image que j'eus fut le visage de cette femme venant me secourir, tandis qu'une émotion intense explosait dans ma poitrine… car elle avait fait son choix : moi !
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Pierre771
19 septembre 2026 à 18:48
J'ai lu
J'ai compris la première partie, pas la deuxième
Je connais IKEA à Plaisir (78). Yvelines, j'ai failli dire Seine-et-Oise !
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Arkadin56
2 août 2026 à 11:26
Waouh, les filles, je suis nouveau sur ce site, et je viens de tomber sur votre texte… et vous m’avez littéralement explosé le cerveau ! J’étais déjà convaincu de vivre dans une simulation, mais là, vous me donnez envie d’aller balancer une grenade dans le premier Ikea venu pour m’en échapper.

Bravo : c’est du pur Hunter S. Thompson. On dirait « Peur et dégoût chez Ikea : un voyage sauvage au cœur du rêve petit-bourgeois ».

Bref, j’ai adoré. Et s’il vous en reste un peu, je veux bien en fumer aussi, tiens. ;-)

Je vais me plonger dans les deux chapitres suivants avec une pointe d’appréhension… dès que Sainte-Anne me confirme ma réservation pour un séjour en detox.

Je vous aime !
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Utilisateur supprimé
28 mars 2026 à 17:37
Joli chapitre.
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Saephyr
13 juin 2025 à 08:15
Très jolie. Une histoire bien complète. En attendant la suite .. :)
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Mandrakke
20 mars 2025 à 12:59
J'ai attendu que les trois épisodes annoncés soient parus mais aussi d'avoir le temps pour lire ce premier chapitre.
Ca commence un peu comme Miss Pérégrine ou Narnia, mais très vite, cela n'a plus rien à voir.

J'ai beaucoup aimé. On voit bien les différences d'écriture entre les deux personnages, on devine leurs motivations sans se taper leur CV complet en début de récit comme on peu souvent le voir (et ca c'est très chiant, merci à toutes les deux de nous avoir évité ce supplice).
C'est bien tourné, bien écrit et on rentre vite dans l'histoire, si vite que lorsque la fin du chapitre arrive, je me suis dit : "Déjà ? Mais non !! "
Bon ok ok, il me reste 2 chapitres, mais je sens que la fin du 3eme arrivera bien trop vite vu comment ça part.

Félicitations à vous deux, @Wedreca et @Jocelyn Witz et à plus tard pour le second chapitre. Je vais tenter de résister jusqu'à ce soir pour ne pas tout lire d'un coup et faire durer le plaisir.
Modifié 20 mars 2025 à 13:01
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MyPiratQueen
5 mars 2025 à 22:59
Lucy in the sky of narnyïårgh... C'est du délire, et je vais vite aller lire jusqu'où cela s'arrêtera t'il!
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MyPiratQueen
5 mars 2025 à 22:09
Lucy in the sky of narnyïårgh... C'est du délire, et je vais vite aller lire jusqu'où cela s'arrêtera t'il!
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Photo de profil de Manu1982
Manu1982
26 février 2025 à 10:55
Eh bien qu’elle histoire, onirique, sombre et addictive… ça donne envie de se vautrer dans un Angersby ou un Ektorp pour découvrir un nouveau monde (n’étant pas allé dans un Ikea depuis plus de 20 ans j’ai du regarder sur le net pour les noms :lol: )

Bravo à vous 2 pour cette très belle histoire, je vais de ce pas lire la suite :)
Modifié 26 février 2025 à 10:59
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michel60
18 février 2025 à 09:07
Magnifiques délires!!!!!!!!!
Impossible de s'arrêter de lire.
Merci, toutes les deux, pour ces élucubrations
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Docsevere
15 février 2025 à 09:20
En attendant, j'ai hâte de lire la suite
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