˙°꩜。.
Une corne de brume sonnait lugubrement dans le lointain…
Ça m'a rappelé Le faiseur d'univers, quand la brèche s'ouvre dans le réel et que le héros s'y précipite. N'était-il pas prof comme moi ? Je n'avais pas relu Farmer depuis des lustres et m'étais bien gardée de baser le moindre de mes cours sur son œuvre aussi démodée que celles de Tolkien ou Dunsany. Mes élèves ne juraient que par J.K. Rowling, Gene Wolfe, Terry Pratchett et consorts.
N'empêche qu'un son de trompe intervenait bien au début du récit, j'en étais certaine à présent.
M'attendant presque à apercevoir à quelque distance le singulier monde pyramidal imaginé par l'auteur, j'ai ouvert les yeux… et étouffé un cri d'affolement : des dizaines de champignons penchaient sur moi leur grosse tête ronde aux couleurs flashy. Par réflexe, mes mains tâtonnaient déjà en quête de la bombe lacrymo dans mon sac, puis j'ai réalisé qu'ils ne bougeaient pas. Ça n'était que des lampes pour gosses. Je gisais sur un océan de coussins bariolés, moulue comme après un marathon. Plus loin, des baleines et des lions en peluche me souriaient.
Soudain, les néons se sont tous allumés et le cor — ou plutôt, je l'ai compris au même moment, le signal sonore marquant l'ouverture du magasin au public — a retenti à nouveau. Ce qui voulait dire que dans un instant les hordes assoiffées de biens matériels allaient envahir les étages. J'ignorais ce que je fichais ici, au rayon des chambres pour enfants, mais mieux valait ne pas y moisir. En hâte j'ai rassemblé mes affaires. Où diable était passé mon k-way ? Retournant les oreillers moelleux où j'avais apparemment dormi, j'ai fini par mettre la main dessus.
Sauf qu'il y avait une fille à l'intérieur.
Alors tout m'est revenu avec la brutalité d'une gifle : le voilier en perdition, la tempête, les attaques incessantes d'improbables créatures hybrides auxquelles nous avions fait face ensemble, coude à coude, s'épaulant l'une l'autre…
Elle sommeillait, roulée en boule comme un chaton, ensevelie sous les coussins. Raison de plus pour m'éclipser vite fait. Au fond, nous n'avions pas grand-chose en commun, et sûrement rien à faire ensemble, cette petite punk et moi. Qui était-elle, au juste ? L'avais-je conviée à me suivre jusqu'à travers le spot ? Elle paraissait complètement paumée. Parti dans tous les sens au cours des suées et des épreuves de la nuit, son maquillage lui donnait des airs de mort-vivant égaré parmi les jouets… ou guettant l'arrivée d'un môme pour se jeter sur lui et le mordre.
Définitivement pas mes oignons.
Et tant pis pour le k-way, j'avais toujours ma couverture de survie au cas où.
À pas de loup j'ai quitté les lieux pour me mêler aux premiers clients et foncer vers le self situé au rez-de-chaussée. Avant de me soucier de dénicher le prochain point de contact, il me fallait un solide petit-déj dans l'estomac et je répugnais à taper dès le second jour dans mes rations lyophilisées. Je savais d'expérience que je pourrais en avoir besoin.
Dors bien, gamine !
-ˋメˎ-
Des coussins bleus, jaunes, rouges… et des jeux pour gamins… Mais qu'est-ce que je foutais là, moi ? Et tous ces gens qui me regardaient comme si j'étais une… clocharde ? Oui, bon… en même temps, c'est un peu à ça que je devais ressembler. Valait mieux que je me lève avant que quelqu'un appelle la sécurité.
Arpentant l'allée principale, je me mis alors en quête de quoi remplir ce ventre qui gargouillait comme un malade. Mais les yeux autour de moi ne semblaient toujours pas vouloir me lâcher. Mais qu'est-ce qu'ils avaient tous, à la fin… merde ! Dans le doute, un petit crochet par les toilettes ne serait peut-être pas du luxe.
À peine la porte poussée, l'image que me renvoya le miroir me cracha à la gueule les réponses à mes questions : le noir qui coulait de mes yeux et la pelure que je portais sur le dos n'aidaient en rien à passer inaperçue. Face aux lavabos, la zombie que j'avais devant moi aurait fait fuir n'importe quelle personne normalement constituée.
Le temps que j'émerge de ma torpeur, une main à ma droite venait de me tendre un coton imbibé de ce que j'imaginais être du démaquillant. Si le regard de la dame au bout de cette main était rempli de compassion, de son petit sourire émanait une douceur réconfortante. Je devais vraiment faire pitié.
— Merci, Madame.
— De rien, ma petite. On a toutes eu des lendemains difficiles, à votre âge.
Ah ça ! Elle ne croyait pas si bien dire !
Le coton à la main, il était temps de faire disparaître la créature qui me fixait dans ce miroir.
Sortant des lieux, je me remis en quête de nourriture avec un look à peu près potable, à en croire les regards qui avaient enfin décidé de me laisser tranquille.
Quand j'arrivai au self, mon pas s'arrêta net. Elle était là ! À une table à l'écart, dévorant ce qu'il y avait sur son plateau comme si elle n'avait pas mangé depuis trois jours.
Hormis la salive que je sentais me remplir la bouche, c'est étrangement mon cœur qui venait de me faire faux bond. La peur, l'excitation, la joie, le désir, se mélangeaient dans un tout qui irriguait à présent mes veines.
Les quelques pas que je fis vers elle furent les plus difficiles de ma vie (juste après ceux pour entrer dans ce foutu Ikea bondé). Puis je m'assis devant cette femme dont l'aura avait à l'évidence une emprise dingue sur moi.
— Bonjour, je…heu… Voici votre imperméable. Je ne sais pas comment ça se replie, ces trucs-là.
— …
Posant la boule de toile informe sur la table, je sondai la femme du regard. J'étais bien décidée à avoir des explications.
— Dites… C'était quoi ça, hier soir ?
— …
À ses yeux rivés sur la bouffe qu'elle engloutissait sans fin et aux seuls bruits de mastication qui sortaient de sa bouche, je sentais bien que le dialogue n'allait pas être des plus faciles.
˙°꩜。.
Moi qui escomptais la décourager par mon silence, j'ai vite déchanté : elle s'incrustait, alignait question sur question en me regardant me remplir avec des yeux de Biafrais. C'en devenait gênant. Je suis allée lui chercher un café-viennoiseries, histoire de freiner son débit.
« Mangez ! j'ai dit. Vous avez la mine de quelqu'un qui va tourner de l'œil. »
Haussant les épaules, elle a vaguement grignoté un bout de briochette pour me faire plaisir, puis m'a raconté des choses sur elle. Rien de nouveau. Des jeunes dans son genre, j'en avais croisé pas mal parmi mes étudiants. Victimes de la mode, complètement déboussolés, fréquentant d'autres gens tout aussi baroques et perdus…
Je l'observais à la dérobée, cherchant à définir pourquoi elle me semblait différente de la nana de cette nuit. Toujours aussi mignonne, mais différente.
Puis, comme elle poussait vers moi les croissants qu'elle affirmait ne pas pouvoir avaler, mon regard est tombé sur ses mains blanches et fines pleines de bagues, ses avant-bras aux attaches frêles. Un sifflement de colère m'a échappé et je me suis emparée de sa main pour la retourner, examiner la cicatrice. L'autre poignet en arborait une identique.
« Idiote ! Qu'est-ce qui vous a pris ?
— Oh ! c'est bon…
— Cherchez du boulot, merde ! Mariez-vous ! Remuez-vous les neurones !
— J'ai pas ma place dans ce monde. Dans un autre peut-être…
— NON ! »
J'avais crié si fort qu'un client s'est étranglé avec son coca, deux tables plus loin. Baissant la voix, je me suis penchée vers la gosse.
« Il n'existe pas d'autre monde, vous m'entendez ? Aucun.
— Mais… là-bas pourtant…
— Personne ne peut vivre là-bas. C'est juste un exutoire.
— Un quoi ?
— Bon Dieu ! Vous ne lisez donc jamais de livres ? »
Elle a rosi, bafouillé qu'elle avait lu plusieurs romans d'Anne Rice. Je ne devais pas avoir l'air particulièrement convaincu car elle s'est empressée de revenir à notre expérience nocturne. Ma voix s'est faite encore plus rauque et menaçante.
« N'essayez pas d'en savoir plus, ma petite. Vous avez pu constater par vous-même à quel point ces univers sont dangereux.
— Ces univers ?... Alors c'est réel ? C'est pas un exutoire comme vous dites ? »
Une grimace d'amertume m'a tordu la bouche.
« Si seulement je le savais…
— Mais alors, elle a insisté, on devrait…
— Rien du tout ! On devrait, chacune, s'occuper de ses propres affaires. »
Comme une sotte, je m'acharnais à vouloir fourrer le k-way dans mon sac trop petit, trop plein de tout mon bric-à-brac. Ça me faisait mal au ventre de rabrouer aussi rudement cette fille plutôt douce avec qui j'avais quand même vécu un moment fort. Mais l'avoir plus longtemps dans les pattes me terrifiait. Qui sait si la prochaine fois je parviendrais à la sauver ? Qui sait si je n'allais pas la perdre comme j'avais perdu Matt ?
Dressant au-dessus d'elle mon mètre quatre-vingt, j'ai craché :
« Rentrez chez vous et oubliez tout ça ! »
Sous l'effet de la surprise, elle est devenue livide, le minuscule crâne d'argent tremblant à sa lèvre inférieure et les paupières qui papillonnent. C'est alors que j'ai enfin compris ce qui avait changé en elle : le maquillage ! Sans ce masque aux lourdes volutes noires, elle paraissait infiniment plus vulnérable et… attendrissante.
Raison de plus pour me tirer d'ici en vitesse.
D'ailleurs l'heure tournait et le prochain spot m'attendait quelque part.
-ˋメˎ-
Ça y est, elle venait de se lever sans un regard pour moi et se dirigeait déjà vers la sortie du self.
Alors voilà… c'est tout ? Elle allait me laisser là, comme une conne, pour retourner à ses activités nocturnes ? Putain ! C'est toujours la même chose : j'y crois… je me fais des idées… et on me largue comme une merde… comme si j'étais un parasite dont il fallait se débarrasser au plus vite. Et puis, c'était quoi cette façon de me vouvoyer ? Elle ne pouvait pas me tutoyer comme tous les darons ? On aurait dit qu'elle voulait mettre une putain de distance entre nous.
La rage qui habitait maintenant mes tripes avait chassé tout espoir qu'un truc bien arrive un jour dans ma vie. Mon estomac qui criait famine reprit alors ses droits et réclama l'offrande qu'il quémandait depuis déjà trop longtemps. Les croissants qui gisaient sur le plateau, tels les cadavres d'une amitié avortée, étaient devenus soudain des cibles parfaites.
Et dire que j'y ai cru… Quelle conne !
Dévorant les croissants à pleines dents, je savourais mon exutoire. Les doigts gras et la bouche pleine de miettes, c'est comme si mon corps faisait le plein… le plein d'énergie. Et de l'énergie, il allait m'en falloir. Parce que l'idée fixe qui tournait à présent dans ma tête n'avait pas l'air de vouloir me lâcher.
Mais elle croyait quoi, cette bonne femme ? Que j'allais la laisser triper seule ? Va chier ! Moi aussi je les veux, mes shoots d'adrénaline !
Le ventre plein, je m'essuyai les doigts sur ce genre de serviettes en papier toujours trop fines et trop petites… comme ma vie.
Il était temps de voir les choses en grand !
Explorant chaque allée du magasin, je ne mis pas longtemps à retrouver la trace de l'aventurière. En même temps, c'était la seule meuf habillée comme Indiana Jones qui scrutait méticuleusement chaque centimètre carré de ce foutu magasin. Et pour le coup, on était deux à ne pas passer inaperçues.
Bien sûr, avec ma finesse légendaire, il ne lui fallut que quelques minutes pour me repérer. Et déjà, je sentais ses déplacements se faire de plus en plus furtifs… à la manière de quelqu'un faisant tout pour semer son poursuivant. Il fallait rester vive et alerte sous peine de la voir disparaître dans un de ces multiples recoins qu'elle connaissait comme sa poche.
Était-ce elle ma proie ou bien moi le poisson qu'elle venait de ferrer ? La deuxième option me parut la plus probable.
Mais j'avais beau lui en vouloir, la voir évoluer dans son milieu avait quelque chose de fascinant. Chacun de ses gestes était précis et calculé, et pourtant si envoûtant. Elle dégageait comme une aura qui, je m'en rendais compte à présent, provoquait en moi les mêmes effets qu'une drogue : une accoutumance… une dépendance… puis un manque... Et au final, une irrésistible envie d'en reprendre.
˙°꩜。.
On aurait dit qu'elle me portait la poisse.
Oh ! certes, elle ne s'approchait plus, n'osait plus m'adresser la parole, mais où que j'aille je l'apercevais qui rôdait, qui me surveillait tranquillement, comme si elle n'avait rien d'autre à faire de sa journée.
Et pas moyen de mettre la main sur le spot ! La nana me déconcentrait et les impressions familières, l'appel silencieux, les effluves d'ailleurs ne me venaient pas. Toute la matinée j'ai ausculté le moindre article du rayon Meubles de jardin, seulement il occupait tout un étage où, en plus de mon espionne, des milliers d'abrutis semblaient s'être donné rendez-vous précisément ce jour-là. Je tournais en rond, bouillais de rage et d'angoisse, ce qui n'arrangeait rien. Et si c'était fini pour de bon ? je me disais. Si le moment — l'âge limite, que sais-je ? — était arrivé où plus jamais je ne parviendrais à détecter les points de contact, sans parler de les traverser pour retrouver Matt ?
Alors je… je ressemblerais à cette fille gothique : un être sans but dans la vie, n'espérant rien, juste bon à fourrer sa tête dans le four et ouvrir le gaz. Ou à se coller aux basques des autres, à s'agripper à eux pour ne pas couler.
Vers quinze heures, accablée, j'ai regagné le self pour m'enfiler une maxi-salade, une barre de céréales et deux bières. La petite, assise à la table la plus éloignée, sirotait un soda light en attendant que j'aie terminé. Puis je suis remontée ventre à terre inspecter à nouveau un à un les fauteuils en rotin, pergolas, transats et autres tapis d'extérieur en polypropylène. Rien ! Pas le plus petit signe de la présence d'un spot, si ce n'est cette délirante intuition qui me travaillait depuis le réveil : c'était là, quelque part à cet étage, peut-être en plein sous mon nez. J'en suis devenue comme hystérique. Les larmes aux yeux, je rampais sous les tables, déplaçais les lourds bacs à fleurs, gémissais, grognais sans plus me préoccuper des autres clients.
Au moment où je m'échinais à traîner un divan quatre places à l'écart afin d'examiner le sol en dessous, une pogne épaisse comme un bifteck s'est abattue sur mon épaule.
« La déco ne vous plaisait pas ? »
En sueur, hébétée, hors d'haleine, j'ai balbutié une phrase embrouillée où il était question des clés de voiture tombées de ma poche. Je devais faire peur à voir. Ou pitié. Mais le type, un Noir costaud en uniforme bleu de vigile, n'avait visiblement ni peur ni pitié de moi. Son visage exprimait plutôt un mélange de dégoût et de suspicion.
« Je vous ai déjà vue, en plus. Hier vous étiez à fouiner du côté des livings. On peut savoir ce que vous fricotez ? Venez avec moi au bureau, qu'on s'expl…
— Maman ! »
Surgie de nulle part, la punk m'a sauté au cou, posant sa joue sur la mienne et me serrant fort. L'épouvante m'avait totalement paralysée.
« Vous la connaissez ? a demandé stupidement l'employé.
— Ma pauvre maman chérie ! continuait la nana sans lui prêter la moindre attention. Je t'ai cherchée dans tout le magasin ! Tu te croyais encore dans ta maison, c'est ça ? Tu voulais remettre les meubles au bon endroit ? »
Abasourdie, j'ai hoché la tête. Quand, en quelques mots, elle a fait comprendre au vigile que je perdais un peu les pédales depuis la mort de mon mari, il s'est aussitôt radouci et éclipsé en s'excusant. On s'est posées sur le divan, elle m'enlaçant toujours, moi m'épongeant le front et attendant que mon palpitant cesse de caracoler.
« Bon Dieu… Ma petite, vous devriez faire du théâtre.
— J'en fais. Enfin, en amateur, quoi. J'ai joué la Princesse dans une adaptation de Little Nemo. C'est pas super connu mais…
— Pas connu ? Vous plaisantez ! Un chef-d'œuvre de fantasy. Le pays des rêves… En tout cas, je vous dois une fière chandelle. Sans vous…
— Laissez tomber, c'est normal. »
On est restées à bavarder une bonne demi-heure. Je ne voyais plus l'intérêt qu'on fasse semblant de s'ignorer, elle et moi. Puis j'ai brutalement repris mes esprits en réalisant que le magasin allait bientôt fermer. Il fallait que je me cache pour continuer ma quête. D'abord, glaner quelques provisions au self. Un séjour aux toilettes pour me rafraîchir, finir de décompresser, j'en avais grand besoin. Ensuite, retour aux jardinets made in Ikea, où je me suis tapie dans l'une des cabanes à outils en aggloméré. Quand la gosse m'y a suivie, j'ai demandé :
« Tu es sûre que tu ne préfères pas rentrer chez toi ? »
Elle m'a fait signe que non, ou plutôt oui, elle était sûre. Catégorique.
Je n'ai pas eu le front de la chasser.
-ˋメˎ-
Puis les néons s'éteignirent, et le silence reprit ses droits. Nous restions là, côte à côte, dans le noir. La promiscuité du lieu n'était-elle pas une occasion rêvée pour tenter de lui révéler le trouble qui m'habitait en sa présence ? Prise d'une témérité qui ne me ressemblait guère, je me lançai :
— Vous savez, je…
— Regarde... Là !
Ayant ouvert la petite porte de l'abri, son doigt pointait vers un mur recouvert de faux lierre grimpant. Accusant ce vent magistral qu'elle venait de me mettre, je la vis alors s'avancer et y plonger la main. À ce moment précis, j'aurais juré avoir perçu une vibration dans tout mon corps, tout comme cette lueur ténue et vacillante autour de sa main.
Tournant vers moi une tête ornée d'un large sourire, ses yeux brillaient de cette étincelle qui la rendait encore plus belle. Puis, après un petit geste qui signifiait "allez, suis-moi !', elle se retourna et s'engouffra sans hésitation dans la végétation factice.
— La vache !
Mais ma stupeur fut de courte durée, car déjà mon cœur s'emballait à l'idée de poursuivre l'aventure… avec elle. Je pris alors une grande inspiration et y plongeai à mon tour.
Après un flash intense, ce fut un panel de verts chatoyants qui nous submergea : une jungle épaisse s'ouvrait sous nos yeux. Nous mettant en route, l'atmosphère chaude et moite ne tarda pas à faire perler, sur notre peau, des gouttelettes de sueur que je sentais déjà couler le long de mon cou et dans mon dos. Cet enchevêtrement de lianes et de feuilles synthétiques, qui se frottait et se collait à nos corps, ralentissait peu à peu notre progression. Jusqu'au moment où tout nouveau pas en avant fut impossible.
Ce n'est pas que je sois claustrophobe, mais cette végétation omniprésente commençait vraiment à devenir oppressante.
— Et on fait quoi, maintenant ?
— Pas de panique, ma petite ! J'ai la solution !
En quelques mots, sa voix posée avait réussi à me rassurer. Puis, elle sortit de son fatras le plus grand Opinel que j'ai jamais vu… un n°13 au moins ! Cette meuf pensait vraiment à tout !
En de grands gestes puissants, son bras commença à fendre les lianes avec une implacable méthode. La lame, sûrement aiguisée avec soin, tranchait, avec une déconcertante facilité, les épaisses tiges vertes. La sublime machine aux muscles bandés était lancée. Je ne pouvais l'expliquer, mais son corps en action était un appel au tactile. J'aurais voulu l'enlacer et me coller à cette peau satinée, aussi luisante qu'après un rapport charnel.
Heureusement, notre progression put reprendre, et moi me concentrer sur autre chose. J'avais chaud... très chaud ! Et je commençais à me demander si c'était réellement dû à l'atmosphère étouffante des lieux.
Cela faisait déjà un certain temps que nous marchions, quand un bruit sec claqua au-dessus de nos têtes. Puis, une branchette tomba du ciel. Puis une deuxième… et une troisième… chacune affichant une section comme coupée net à une extrémité. Cette jungle abriterait-elle une autre machine à découper que ma coéquipière ?
Levant les yeux au ciel, je fus tout d'abord éblouie par les rayons du soleil qui filtraient à travers les feuilles… avant de voir des ombres se former au-dessus de nous. Puis ma vue s'ajusta, et je les vis…
— Heu… Je crois qu'on a un problème !
˙°꩜。.
Il faut croire que j'étais trop occupée à nous frayer un chemin. La petite, je la sentais derrière moi et ça me suffisait, ça me rassurait. On allait nulle part, mais ensemble. Pour une fois je n'y allais pas seule.
Alors elle a crié et j'ai fait volte-face. Dans l'air saturé de vapeurs brûlantes, un vol de sécateurs Brytböna fondait sur nous, leur œil gris lançant de froids reflets chromés, leurs ailes de plastique multicolore couinant horriblement, leur gros bec de toucan tranchant feuilles et branches sur leur passage. Déjà, ma compagne s'était emparée d'un bout de liane et faisait des moulinets pour les empêcher d'approcher. Seulement ces sales bestioles étaient plus nombreuses qu'une bande de clients aux heures de grande affluence. En un clin d'œil elles nous avaient encerclées. Pour se protéger l'une l'autre, on s'est bagarrées flanc à flanc, la gamine et moi. Surexcitée, elle insultait nos assaillants, se marrait chaque fois qu'elle en assommait un. Je lui conseillais entre mes dents de garder son souffle, mais elle ne m'entendait sans doute même pas.
On cognait à droite à gauche et il en venait toujours. Très vite, ma lame est devenue inutile, trop ébréchée par le métal plus dur des sécateurs. Je risquais même de la casser net et ç'aurait été dommage : on pouvait encore en avoir besoin. Je l'ai donc laissé choir à mes pieds le temps de ramasser une branche assez solide pour constituer un bon gourdin. Un hamac qui rampait sournoisement dans la mousse en a profité pour se refermer sur mes deux mains, remonter le long de mes avant-bras. Sentant déjà ses sucs digestifs me brûler les doigts, j'ai poussé un hurlement. L'instant d'après, la petite volait à mon secours, ramassant l'Opinel et sectionnant les cordes et l'étoffe qui m'emprisonnaient. Les sécateurs, bien sûr, étaient sur nous. L'un d'eux m'a coupé un bout d'oreille. Un autre a mordu la cheville de ma camarade et l'aurait sans doute bel et bien estropiée si je ne l'avais pas explosé d'un coup de massue. On pissait la sueur et le sang d'un peu partout quand nos prédateurs d'acier ont commencé à reculer. Autour de nous gisaient par dizaines ressorts et poignées démantibulées. Des outils blessés à mort croassaient à faire pitié. J'en ai achevés quelques-uns sous mes randjos tandis que la gosse poursuivait les derniers fuyards à travers la jungle. J'admirais son énergie, son enthousiasme. Malgré son gabarit d'elfe anorexique, elle s'était montrée sacrément à la hauteur ! Au point que je me demandais comment j'avais pu franchir seule les spots pendant tant d'années. Et surtout en réchapper. Avec elle à mes côtés, rien ne pouvait m'arriver.
J'ai sorti du sac mes pansements, mes bandages, mon spray d'antiseptique. Une pause bobos s'imposait avant de poursuivre notre route. Comme la petite, à plus de trente mètres de là, continuait à barouder en s'amusant manifestement comme une folle, je lui ai lancé :
« Ne t'éloigne pas trop, chérie ! »
À peine avais-je prononcé le dernier mot qu'elle disparaissait.
D'un coup.
On aurait dit que le sol l'avait avalée.
-ˋメˎ-
Enfoncée dans la boue jusque sous la poitrine, j'avais beau me débattre, rien n'y faisait ! Le sol avait cédé sous mes pieds et m'avait engloutie la moitié du corps en une fraction de seconde. Tétanisée, autant par la situation que par la peur de me faire gronder comme une sale gosse, je n'osais appeler à l'aide.
Heureusement, mon absence ne tarda pas à alerter mon aventurière préférée, qui remontait déjà la piste dans ma direction.
— Rhooo, c'est pas vrai… Je t'avais pourtant bien dit de faire gaffe, hein !
— Oui, maman !
— Ah Ah… Très drôle. En attendant, qui est-ce qui a l'air d'une conne ? Allez, attrape ma main, va !
Une main agrippant une branche et l'autre tendue vers moi, elle se penchait autant qu'elle le pouvait. Belle et forte à la fois, comme dans tout bon film d'action, mon héroïne était arrivée in extremis pour me sauver !
Difficilement, je dégageai un bras pour lui tendre une main boueuse qu'elle attrapa d'une poigne ferme et rassurante.
Mais parfois, tout ne se passe pas comme dans les films. Car millimètre par millimètre, je sentais mon corps s'enfoncer et ma main glisser, comme tirée par une troisième, invisible et implacable. Car si la gravité était devenue mon bourreau, elle avait été mandatée, à coup sûr, par cette putain de Faucheuse !
Sur mon bras tendu, les cicatrices à mon poignet me narguaient… comme pour me rappeler combien de fois je l'avais appelée pour qu'elle m'emmène. Quelle ironie du sort qu'elle arrive à présent que je voulais vivre. Je pouvais presque entendre son souffle froid, à mon oreille, me chuchoter tout bas que l'heure était venue…
Lâche gamine… lâche…
La mort réclamait son dû !
Déjà, les larmes brouillaient ma vue. Ne pouvant retenir mes sanglots, je me voyais retournée en enfance, comme une petite fille implorant sa maman.
— J'ai peur ! Je veux pas mourir… Pas ici… Pas comme ça…
— Mais non, tu vas pas mourir ! Tiens bon ! Je vais pas te lâcher !
Mais quand il ne resta plus que les dernières phalanges comme seules accroches à la vie, et que mon esprit s'était fait une raison, j'eus alors juste envie de réconfort… juste une confirmation, comme pour me rassurer avant le grand départ.
— C'était bien nous deux, hein… pas vrai ?
— Mais ne dis pas de conneries ! C'est encore bien… très bien, même !
— C'est cool, alors.
Pour la première fois, et sûrement la dernière, je vis la peur dans ses yeux… et des larmes couler sur ses joues.
— NON ! Tu ne me lâches pas, ma puce ! Tu restes avec moi ! Ne me laisse pas ! NOOOOON…
Mais nos doigts finirent par lâcher et la boue par me recouvrir entièrement.
Adieu, la gamine !
Décidément, les belles histoires, ce n'est que pour les autres !
˙°꩜。.
Mon sac à dos à côté de moi, mes pansements souillés gisant par terre, inutilisables, je suis restée je ne sais combien de temps à genoux dans la fange, à scruter vainement le piège vaseux et putride qui s'était refermé sur elle. Quelque chose en moi ne voulait pas accepter l'évidence. Le cœur tambourinant, je guettais le moindre remous, sursautais sitôt qu'une bulle se formait pour éclater à la surface. Sûrement, la petite avait trouvé le moyen de se cramponner, de freiner sa chute, et dans une minute j'allais la voir émerger, sale, gluante comme il n'est pas permis mais saine et sauve, les prunelles pétillant de malice, et sa jolie bouche d'enfant boudeuse me sourirait ou m'enverrait chier, me lancerait des étincelles avec son clou à tête de mort, alors je la hisserais près de moi pour la serrer fort, lui essuyer le visage avec mon mouchoir, et peut-être qu'un coup de gnôle ne lui ferait pas de mal après une telle frayeur, j'en emportais toujours une mignonnette pour les cas d'urgence.
Sans quitter la gadoue du regard, j'ai fouillé mon barda à la recherche du flacon, absorbé une gorgée d'alcool qui m'a fait trembler de partout. Pourquoi ne ressortait-elle pas ? Soudain je me suis aperçue que j'étais en train de suffoquer. Tout s'est brouillé autour de moi. De grosses perles brûlantes ont dévalé mes joues et je me suis pliée en deux sous l'effet d'une souffrance inexplicable. Mon corps avait compris le premier. Un corps, ça ne se laisse pas embobiner. Il sait ce qu'il sait, inutile de lui raconter des histoires. Le mien savait pertinemment que la gamine ne ressortirait pas de la vase. Personne ne pouvait plonger là-dedans et s'en tirer, personne !
En un éclair, j'ai repensé aux moments qu'on avait vécus ensemble : la tempête de la nuit précédente, le breakfast tendu au self, son initiative pleine d'aplomb pour me tirer des griffes du vigile, notre étreinte ensuite sur le canapé, la bagarre avec les sécateurs aux crocs d'inox et puis… et puis… J'ai lancé à pleins poumons un braillement inintelligible, animal. Qu'est-ce que ça foutait ? Il n'y avait pas une âme pour m'entendre. J'étais seule à nouveau dans ces territoires hors du temps, cet ailleurs sans rime ni raison pour lequel la pauvre ado n'était pas du tout préparée, elle qui avait déjà tant de mal à se repérer dans le monde réel, elle qui flirtait déjà depuis des années avec la mort. Quelle idée de l'emmener avec moi ? Est-ce que je représentais un si brillant modèle, un exemple à suivre ? Bon Dieu, non ! Même pas fichue de mener une vie normale, je semais en outre les gens derrière moi, comme un Petit Poucet sans cervelle. À faire joujou ainsi, j'avais perdu successivement Matt, puis le bébé conçu ensemble, une fille que je n'avais pas su porter à terme tellement la disparition de Matt m'empoisonnait les viscères.
Et maintenant cette petite nana dont j'ignorais jusqu'au prénom.
Morte. Morte par ma faute.
J'ai bondi sur mes pieds. Suffit ! Terminé ! Tire-toi, connasse ! On n'est pas dans un livre, là. Pas la peine d'attendre un miracle.
Abandonnant le sac avec tout mon attirail, j'ai repris en sens inverse le chemin que nous avions élagué. Sortir d'ici, vite ! Même couverte de boue, de sueur et de sang, traverser le magasin, monter dans ma voiture, partir ! Partir et ne plus revenir, ne plus franchir les spots. Plus jamais.
-ˋメˎ-
Les yeux fermés, la boue venait de m'ensevelir. Étrangement, une paix intérieure m'avait envahie. J'attendais juste que la mort fasse son boulot…
Mais ce jour-là, elle ne vint pas. Sûrement, avait-elle d'autres affaires plus urgentes à régler ailleurs.
Puis mon corps accéléra sa descente, et ce fut le début d'une glissade improbable dans une sorte de boyau visqueux. Terrorisée, mais toujours en vie, je ne pouvais qu'apprécier chaque seconde de sursis. Portée par le flot de boue et d'eau mélangées, je ne tardai pas à ressortir à l'air libre, éjectée par une cascade de plusieurs mètres de haut, comme expulsée par la jungle elle-même, enfantant la nouvelle moi.
Après un plongeon dans l'eau rafraichissante, je nageai alors jusqu'au bord de la petite étendue d'eau. À quatre pattes sur la rive de galets en plastique, toussant et recrachant de l'eau par la bouche et par le nez, je reprenais mon souffle comme un nouveau-né. Me relevant avec peine, totalement trempée et le corps endolori par les chocs, j'observais les lieux. Au-dessus de moi, le ciel s'assombrissait. Encerclé par la jungle qui tapissait les parois abruptes du ravin au fond duquel je me trouvais, telle une prison luxuriante, un seul passage semblait réellement praticable : un imposant rocher, largement fendu en son milieu. Majestueux, il trônait face à moi dans un écrin de broussailles. Alors, comme si l'on m'y avait invité, je plongeai dans cette grotte à l'obscurité étrangement réconfortante.
Là, dans le noir, alors que mes yeux s'habituaient doucement à la pénombre, son image m'apparut… l'image de mon aventurière, restée là-haut, et me croyant sûrement morte. Rien qu'à cette idée, une boule me plomba le ventre et une larme coula sur ma joue.
Mais l'heure n'était pas à l'apitoiement. Il fallait que je la retrouve… coûte que coûte !
Arpentant le passage sombre et humide, l'image de ma belle se fit de plus en plus présente… un peu comme un guide à suivre.
Oui… vas-y, gamine… grimpe… grimpe vers la lumière… vers notre lumière…
Prudente, mais à la fois bizarrement confiante, j'escaladais le conduit souterrain, rétrécissant au fur et à mesure de mon ascension. Prenant appui sur les pierres et les racines, cherchant des prises dans les interstices du rocher, je grimpais vers cette lueur qu'il me semblait apercevoir là-haut… tout en haut.
C'est maintenant tout mon corps qui se frottait à la paroi lisse et suintante, de laquelle je pouvais apprécier sur ma peau l'étrange tiédeur. Dans une surprenante sensualité, il me semblait même sentir sous mes doigts la roche vibrer, trembler, puis ramollir… avant de durcir à nouveau au moment de m'y agripper. J'aurais juré que la chose était vivante.
Puis, je perdis pied. À vrai dire, entre fantasme et réalité, la frontière n'était plus très claire. Car sous mes yeux, la roche n'était plus. C'était une peau frémissante qui ondulait à présent sous la pulpe de mes doigts. Douce et chaude, aux effluves charnelles, elle m'attirait, à m'y coller la joue. Mon corps bouillant, traversé de frissons, ne désirait plus qu'une seule chose : fusionner avec la sulfureuse surface. Qu'elle m'imprègne. Qu'elle m'absorbe toute entière.
Oui… Voilà… Viens… Viens plus près…
Soudain portée par un appétit sans faim, j'y collai mes lèvres. La tendre matière au bout de ma langue commençait à me rendre folle. Ma bouche en voulait plus… toujours plus, et le doux baiser ne tarda pas à se faire plus vorace. Léchant la masse moelleuse, je la sentais tressaillir en d'erratiques spasmes au passage de mes lèvres brûlantes. Haletant, l'expérience me rendait dingue ! Ma langue dans les interstices s'agitait à présent sans répit, tout comme mes doigts malmenaient les rhizomes dressés et durcis, sortant de la tendre roche.
Oh oui… Comme ça… Continue… Encore… Encore… Encore…
Quoi que fut cette chose, elle s'offrait à moi, je le sentais. Elle m'appelait. Et dans le même temps, je m'y abandonnais entièrement, telle une proie consentante à la jouissance qu'elle diffusait.
Totalement possédée, me tordant en tous sens, les racines enroulées autour de mes jambes frottaient maintenant délicieusement l'intérieur de mes cuisses et s'emmêlaient dans mes cheveux, comme autant de doigts qui me caressaient et me plaquaient contre elle. Et tandis que tremblante et délirante je sentais mon corps capituler, une vague sensuelle et puissante approchait… approchait de cet instant tant rêvé, mon amour... du point de non-retour…
˙°꩜。.
Des arbres et des lianes partout. Impossible de retrouver la sortie, et pas trace du sac ni du couteau que je regrettais d'avoir abandonnés. Quant à mettre la main sur Matt ou cette nana noyée sous mes yeux, mieux valait ne plus y songer. Tenter d'oublier… Facile à dire, certes !
Et toujours je marchais, depuis peut-être une heure je me bagarrais avec la végétation en ayant la nette impression de tourner en rond. Était-ce ainsi que les gens restaient coincés derrière les spots ? Est-ce qu'à trop les taquiner on finissait par crever connement tel un écureuil pédalant dans sa cage ? Dans ces conditions, à quoi bon lutter ? Mon tour était venu, point barre. Maintenant, soit je mourais de faim et d'épuisement au fond de cette stupide jungle imaginaire, soit je finissais comme les autres fois par me réveiller parmi mes semblables… juste un peu plus seule, plus vieille et plus désespérée qu'avant.
À bout de forces, j'ai donc jeté l'éponge pour m'adosser au tronc soyeux d'un genre de bananier dont la ramure déployait son parasol à rayures bleues et roses, avec des franges en coton sans OGM bercées par la brise. La nuit tombait, emportant avec elle les moiteurs tropicales. Partout, les fruits multicolores pendus aux branches s'illuminaient graduellement. J'en ai attrapé un pour voir : banal photophore en cire ou en paraffine, immangeable. Sa lueur blonde pulsait à la manière d'un cœur épuisé. En le regardant, mon esprit est parti à dériver sans s'accrocher à rien de précis. Je me sentais vide, au-delà de toute émotion et de tout désir. Par-dessus le marché, un point de côté me brûlait soudain le ventre, rampait le long de mes intestins, semblable à un animal fouisseur qui cherche à faire son nid. Autour de nous la forêt frissonnait, résonnait d'insolites murmures caverneux, de plaintes étouffées et autres halètements en rafales qui paraissaient tout proches, même si, bien sûr, je ne distinguais personne. La gêne s'intensifiant, j'ai débouclé ma ceinture et ouvert grand le jean pour masser mon pubis à travers la culotte. Là s'accentuaient les pressions, les turbulences organiques incompréhensibles. Je grognais. La jungle me répondait, de plus en plus agitée et sinistre. On aurait dit que la Mort s'exerçait à refermer sa serre sur moi… Ou bien étais-je déjà sortie de l'Ailleurs, simplement en train de rêver, vautrée dans les ténèbres du magasin désert ?
Rêve ou pas, contre toute attente mes sensations ont d'un seul coup basculé dans l'agréable, l'infiniment suave. J'en ai lâché un cri de bien-être que les arbres m'ont renvoyé en une cascade d'échos. Jamais je n'avais rien éprouvé d'aussi intense et d'aussi voluptueux. Un peu honteuse, j'ai glissé ma main sous l'élastique pour me toucher les poils, me caresser doucement les lèvres, sentant la chose se trémousser dans mon utérus ou le diable sait où. Et c'est alors que l'image de la petite punk a forcé les portes de ma mémoire. Je la revoyais qui virevoltait, lancée aux trousses des sécateurs. Hilare, vivante, remuante comme cette bête invisible, sensuelle et amicale ébranlant mon sexe de l'intérieur.
Gamine, c'est toi ? Ne me quitte pas, je t'en prie !
Il me semblait l'entendre gémir de plaisir. Je ne savais plus quoi penser. De la pulpe des doigts, du bout des ongles je m'efforçais désespérément de la rejoindre. Puis le sol, la nuit, la forêt tout entière se sont mis à vibrer et l'orgasme a explosé sans crier gare, violent, déchirant en deux ce qui restait de moi…
Commentaires ()
Heureuse que notre histoire te plaise.
Oui, c'est comme en amour : on a trop hâte de prendre son plaisir... et quand c'est fini, on se dit qu'on aurait dû faire durer 😉.
C'est de cette façon aussi que j'écris. Comme un bon gateau, je dois laisser "reposer et lever" l'histoire avant de la relire pour y détecter les fautes, les mots répétés et les tournures à améliorer, mais moi je suis plus proche du double de vous.
Mes premiers chapitres ont étés publiés trop vite et sont encore truffés de maladresses et même de fautes...
Dénouement qui arrivera bien trop vite, je le sais déjà @Wedreca, mais même les (très) bonnes choses doivent avoir une fin.
Cette médaille est amplement méritée.
Félicitations @Jocelyn Witz et @Wedreca pour ce chapitre supplémentaire.
J'ose tout juste imaginer le travail nécessaire pour arriver à ce résultat...
Bravo
Pour ce qui est du temps pour écrire cette histoire, il a fallu six mois de bout en bout pour la publier (avec une pause de bien deux mois pour laisser reposer le tout avant relecture (Jocelyn travaille beaucoup comme ça).
Merci beaucoup pour ton commentaire @Mandrakke 😘. Il me touche énormément 😊.
Il ne te reste maintenant plus que le dernier chapitre... et le dénouement final 😏...
Une jolie aventure extrêmement bien écrite avec une délicieuse touche de sensualité
Allez je vais de ce pas lire la suite :)
Merci pour ce commentaire, @Manu1982 😊. Je vais lire de ce pas le prochain.
J'ai du mal à suivre, du coup j'ai un chapitre de retard.
Merci.
Pour l'imagination, c'est vrai qu'on n'en manque pas 😋.
Et non, tu n'es pas en retard. Ce n'est pas une course 😉. Autant prendre son temps... On est là pour prendre du plaisir 😊.
(Ah bah si tu nous prends par les sentiments 🤤)
Trop tard ! Tu as laissé passer ta chance 😌 !
Merci pour ton commentaire, @"Lukecarneby2" 😊.
Jocelyn est tellement balaise que c'est super facile d'écrire avec elle. Je n'ai eu qu'à me laisser porter par l'imagination de ma coéquipière 😌 (par contre, elle, la pauvre... Comment j'ai été chiante 😅).
Ça va finir en partouze, cette histoire 😅...
J'ai vu que tu avais commenté. Je vais m'empresser d'aller lire ça 😊.
Méritée, je ne sais pas. Mais ça me fait extrêmement plaisir de l'avoir décrochée avec ma copine Joce 😊.
Merci de nous avoir lues, Luke. Je suis contente que notre histoire te plaise autant 😘.
Oui oui, c'est la même, t'inquiète 😅 !
"somptueuses" qu'elles sont les autrices... carrément 🥰 ?!
Oh ça, j'en sais trop rien 🤔... et je ne sais pas s'il y a un moyen de le vérifier.
Merci 😘 !
Moi aussi, je t'adore ma belle 🥰.
Merci pour ton magnifique commentaire 😘💖 !