Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Sous les toits de Paris — Chapitre 1 · L'épicier du coin !
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Sous les toits de Paris
Chapitre 1 · L'épicier du coin !
Je chiffonne le paquet désespérément vide. À cinq heures du matin où trouver des clopes ? Plus rien à fumer et pas moyen de trouver le sommeil. Je lève mes fesses du canapé, mets en veille la télé et je traverse la pièce pour aller sur le balcon. La rue trois étages plus bas, est plus calme à cette heure tardive. Je me déplace dans le noir et ma vue plonge vers ce ventre de Paris dédié aux noctambules dès que le jour tombe. Une mer d'immeubles, quelques lampadaires encore allumés et je reste là, un long moment à contempler la ville. Bon sang, mon envie de brousser me taraude de nouveau. C'est galère ! Sale habitude que de m'empoisonner à la nicotine.
De toute façon, je n'ai pas le choix. Je vais devoir attendre l'ouverture du tabac au coin de la rue. Mais en regardant un peu plus attentivement, l'enseigne d'Ali est toujours allumée. Il travaille tard et... avec un peu de chance, il aura peut-être de quoi me dépanner. Je n'écoute plus que mon besoin de fumailler et en quelques instants je suis déjà dans la cage d'escalier pour gagner le trottoir. Il y a à peine cinquante mètres à faire et... bingo ! Ali est sur le pas de sa porte, qui me regarde arriver.
— Alors ! La gazelle, tu traines encore les rues à cinq heures du mat ?
— Et toi ? Tu bosses encore, Ali ? Tu vas faire des enfants riches !
— Bah... il faut une femme pour faire des gamins ! Et... regarde-moi...! qui voudrait d'un vieil arabe comme moi.
— Allons ! Ne sois pas défaitiste... il y a surement dans Paris, une nana qui n'attend que toi...
— Ouais ! Tu as besoin de quelque chose ? Parce que je suppose que tu n'es pas descendue de chez toi pour me faire un câlin, la gazelle.
— Parce que tu sais où j'habite, toi ?
— Ben... je te vois sur ton balcon parfois...
— Tu as de bons yeux, dis donc...
— Je vais fermer... il n'y a plus personne qui va venir cette nuit... alors, si tu es descendue de là-haut, c'est pas pour mes beaux yeux, si ?
— Est-ce que tu aurais des cigarettes... ? Je suis en panne de tabac.
— Oh ! Tu devrais pas fumer, c'est pas bon pour le teint des jeunes femmes... tu sais.
— Ouais... je devrais pas... ma mère me l'a toujours dit... mais comme tu le sais les jeunes d'aujourd'hui n'écoutent plus leurs ainés...
— J'ai juste des Camel ou des Marlboro... tu n'as donc pas de petit copain... jolie comme tu es ?
— Mais... tu ne vas pas me draguer tout de même, Ali ! Bon sang ! Un paquet de Marlboro... c'est possible.
— Ouais... mais c'est tarif de nuit... tu t'en doutes bien.
— Ça veut dire quoi, « tarif de nuit » ?
— Vingt euros...
— Ben mon ami... t'attaches pas tes chiens avec des saucisses, dis donc... Sept balles de plus que le prix normal...
— On peut s'arranger si tu veux... ma gazelle... Pour toi, je veux bien faire un effort... je te les vends au tarif que je les paie... mais en contrepartie... tu me donnes un baiser...
— Un bisou, tu veux dire un bisou, Ali ?
— Non ! Un baiser... tu vois, un vrai baiser... avec la langue et tout le toutim !
— Mais c'est du chantage ça...
— Ben... t'as envie de fumer et moi j'ai du tabac, c'est juste du troc. Remarque que je pourrais faire monter les enchères... au milieu de la nuit pour trouver des clopes, t'as pas trop de chance, ma belle.
— Tiens... donne-moi en un paquet... des « Red » !
— Bah ! Je vais rêver d'un de tes baisers alors... c'est bête... un instant, j'ai cru que ça pouvait marcher... c'est quoi ton prénom... demoiselle ?
— Pourquoi ? Tu dois noter le nom de tous tes clients nocturnes ?
— Histoire de mettre surtout un prénom sur mon rêve de cette nuit... tu vois...
— Alors... choisis-en un qui te plait et je l'adopte...
— Ouais ? Yasmina ! J'aime bien... Yasmina !
— J'ai une frimousse à m'appeler comme ça, tu trouves ?
— Oh ! Attends, je vais te chercher les cigarettes. Un seul paquet ?
— Eh ! À vingt euros les vingt tiges de huit, tu parles que je vais les économiser... en tout cas, t'es sympa, Ali...
— Toi aussi Yasmina... et je te chouffe chaque fois que je peux... quand tu es sur ton balcon... Allez tiens... je te rends cinq euros, ça te va... ?
— Sans contrepartie ! C'est généreux... t'es un vrai chef Ali ! Je te fais donc un bisou... sur ta joue, et nous sommes quittes.
— Et toi ? Tu bosses encore, Ali ? Tu vas faire des enfants riches !
— Bah... il faut une femme pour faire des gamins ! Et... regarde-moi...! qui voudrait d'un vieil arabe comme moi.
— Allons ! Ne sois pas défaitiste... il y a surement dans Paris, une nana qui n'attend que toi...
— Ouais ! Tu as besoin de quelque chose ? Parce que je suppose que tu n'es pas descendue de chez toi pour me faire un câlin, la gazelle.
— Parce que tu sais où j'habite, toi ?
— Ben... je te vois sur ton balcon parfois...
— Tu as de bons yeux, dis donc...
— Je vais fermer... il n'y a plus personne qui va venir cette nuit... alors, si tu es descendue de là-haut, c'est pas pour mes beaux yeux, si ?
— Est-ce que tu aurais des cigarettes... ? Je suis en panne de tabac.
— Oh ! Tu devrais pas fumer, c'est pas bon pour le teint des jeunes femmes... tu sais.
— Ouais... je devrais pas... ma mère me l'a toujours dit... mais comme tu le sais les jeunes d'aujourd'hui n'écoutent plus leurs ainés...
— J'ai juste des Camel ou des Marlboro... tu n'as donc pas de petit copain... jolie comme tu es ?
— Mais... tu ne vas pas me draguer tout de même, Ali ! Bon sang ! Un paquet de Marlboro... c'est possible.
— Ouais... mais c'est tarif de nuit... tu t'en doutes bien.
— Ça veut dire quoi, « tarif de nuit » ?
— Vingt euros...
— Ben mon ami... t'attaches pas tes chiens avec des saucisses, dis donc... Sept balles de plus que le prix normal...
— On peut s'arranger si tu veux... ma gazelle... Pour toi, je veux bien faire un effort... je te les vends au tarif que je les paie... mais en contrepartie... tu me donnes un baiser...
— Un bisou, tu veux dire un bisou, Ali ?
— Non ! Un baiser... tu vois, un vrai baiser... avec la langue et tout le toutim !
— Mais c'est du chantage ça...
— Ben... t'as envie de fumer et moi j'ai du tabac, c'est juste du troc. Remarque que je pourrais faire monter les enchères... au milieu de la nuit pour trouver des clopes, t'as pas trop de chance, ma belle.
— Tiens... donne-moi en un paquet... des « Red » !
— Bah ! Je vais rêver d'un de tes baisers alors... c'est bête... un instant, j'ai cru que ça pouvait marcher... c'est quoi ton prénom... demoiselle ?
— Pourquoi ? Tu dois noter le nom de tous tes clients nocturnes ?
— Histoire de mettre surtout un prénom sur mon rêve de cette nuit... tu vois...
— Alors... choisis-en un qui te plait et je l'adopte...
— Ouais ? Yasmina ! J'aime bien... Yasmina !
— J'ai une frimousse à m'appeler comme ça, tu trouves ?
— Oh ! Attends, je vais te chercher les cigarettes. Un seul paquet ?
— Eh ! À vingt euros les vingt tiges de huit, tu parles que je vais les économiser... en tout cas, t'es sympa, Ali...
— Toi aussi Yasmina... et je te chouffe chaque fois que je peux... quand tu es sur ton balcon... Allez tiens... je te rends cinq euros, ça te va... ?
— Sans contrepartie ! C'est généreux... t'es un vrai chef Ali ! Je te fais donc un bisou... sur ta joue, et nous sommes quittes.
Il me tend le pacson de clopes et un billet tout fripé. Je récupère le fric, le tabac et m'approche de lui. Ma bouche vient à la rencontre de sa joue et il rigole. Moi aussi ! Je passe de temps en temps, surtout pour un dépannage, une bricole le soir quand je n'ai pas eu le temps d'aller acheter de quoi bouffer, voire du pain. Le bisou qui claque sur sa joue le fait rigoler encore davantage...
— Un jour, je t'épouserai Yasmina...
— Compte là-dessus, mon bon Ali... si ça peut te rendre heureux...
— T'as besoin de rien ? Parce que, j'ai des bons livres...
— Oui ? Et quel genre ? De ceux qui se vendent sous le manteau, pour aider les messieurs à oublier leur solitude ?
— Ben, t'es seule aussi toi, non ? Alors, ne me raconte pas que... tu ne fais jamais ça.
— Quoi ? Lire des bouquins de cul ? Mais non, j'ai canal plus... c'est plus moderne... allez ! Bonne nuit, Ali...
— Attends ! Tu ne veux pas me montrer un petit bout de toi ?
— Et puis quoi encore ? Tu ne veux pas aussi que je te... Allez, peut-être à demain.
— Oh, tu sais Yasmina... tu peux prendre la bouche, j'aime bien aussi...
— Cochon... tu exagères ! Au fait... c'est Laurence, hein, mon prénom !
— C'est comme Yasmina, mais en Français alors...
— Compte là-dessus, mon bon Ali... si ça peut te rendre heureux...
— T'as besoin de rien ? Parce que, j'ai des bons livres...
— Oui ? Et quel genre ? De ceux qui se vendent sous le manteau, pour aider les messieurs à oublier leur solitude ?
— Ben, t'es seule aussi toi, non ? Alors, ne me raconte pas que... tu ne fais jamais ça.
— Quoi ? Lire des bouquins de cul ? Mais non, j'ai canal plus... c'est plus moderne... allez ! Bonne nuit, Ali...
— Attends ! Tu ne veux pas me montrer un petit bout de toi ?
— Et puis quoi encore ? Tu ne veux pas aussi que je te... Allez, peut-être à demain.
— Oh, tu sais Yasmina... tu peux prendre la bouche, j'aime bien aussi...
— Cochon... tu exagères ! Au fait... c'est Laurence, hein, mon prénom !
— C'est comme Yasmina, mais en Français alors...
J'éclate de rire, filant alors en me dandinant outrageusement pour remonter la rue. Sûr qu'il suit des yeux mon popotin que je prends un malin plaisir à balancer exagérément. Me voilà de retour dans mon trois pièces cuisine avec vue sur... un immeuble lépreux. Et je sors une cibiche, farfouille à la recherche de mon briquet avant de retourner sur la terrasse, dans l'air frais de la fin de nuit. Dans moins d'une heure, toutes ces foutues rues vont s'animer et adieu la tranquillité. Je me pose une drôle de question, là, appuyée à la rambarde qui surplombe la rue. Est-ce que je préfère le lever ou le coucher de soleil ? Oui... grande question existentielle, je l'admets.
Finalement, j'opte pour le coucher... puisqu'il m'est souvent impossible de me lever pour voir le soleil blanchir les toits... je vais au pieu toujours si tard. Ah ! Paris... dire que des gens paient cher pour y passer des nuits, qu'ils rêvent fabuleuses et que je suis là à enfumer mes poumons en songeant à un coin de pré bien vert. Ouais ! Je m'apprête à allumer le cylindre de tabac lorsque de la lumière dans l'appartement voisin me colle dans un halo lumineux. Je me recule un peu, histoire de ne pas être aperçue. Et apparemment, ceux qui viennent de sortir sur le balcon sont au moins deux.
Une femme j'en jurerais, glousse telle une dinde et le type dont je perçois les murmures, ignorent ma présence toute proche. Merde ! Si je frotte la molette de mon « Bic » pour allumer ma cigarette, ils vont savoir que je suis là. Alors, je ne bronche plus, voulant obscurément savourer mon plaisir coupable sans témoin. Apparemment, eux aussi n'ont pas envie de chandelle. Et les soupirs sont plus présents, plus pressants également. J'imagine seulement que ce couple, jeune si j'en juge par les miaulements de chatte de la nana en est déjà aux préliminaires bien avancés. Ils ont certainement préparé le terrain ailleurs et ne sont sur la terrasse que pour conclure. Je suis aux premières loges, quoi !
Ça me gave et je renonce à ma cigarette à l'air libre. Je la remets dans le paquet, rentre chez moi, tire la porte-fenêtre sur ma pomme. Encore un peu, et les amants m'auraient mis le feu aussi où je pense. En tout cas... qu'est-ce qu'il peut bien lui faire pour qu'elle couine suffisamment fort pour que tout fermé, ses braillements me parviennent toujours ? Je baisse les volets roulants et... pour le lever du Dieu « Ra », c'est fatalement raté. Zut ! Je jette le cancer en tubes sur la table et file dans ma chambre... qu'ils baisent en paix, je vais essayer de dormir. Avant d'y parvenir, je tourne et vire un sacré long moment dans mon lit. C'est dingue le nombre de trucs qu'une si petite caboche peut contenir !
— xXx —
Ai-je dormi longtemps ? C'est quoi, ce barouf, comme des coups sourds dans le mur qui me sépare du couple voisin ? Trois minutes ! C'est le temps qu'il me faut pour réaliser que les gaillards, des petits nouveaux, se la jouent « gorge profonde ». Zut ! J'ai droit à un récital en rut majeur et c'est une expressive la minette de l'autre côté de la cloison. Il faut bien que jeunesse se passe, j'en conviens. Mais là, ils abusent, il est huit heures du matin. Où sont passées mes fichues boules « Quiès » ? Introuvables et je me farcis donc les piaillements de poule qu'on égorge, un festival qui dure une éternité. Merde ! La peste soit de ces emmerdeurs qui ne savent pas baiser en silence ! Je quitte ma couche pour la cuisine, moins exposée aux gémissements de plaisir.
Une sèche ! J'ai le corps qui réclame sa dose d'herbe à Nicot. Le paquet est là, avec son infâme photo de noirceur pulmonaire. J'ai une hésitation et j'opte d'abord pour un jus. Reste à le faire ce café, et... la boite est vide. Après tout, je peux aussi aller le boire au bistrot du coin. Au moins, le boucan du duo pratiquant la bête à deux dos ne me poursuivra-t-il pas. Le temps d'enfiler une jupe, un chemisier, de me peigner tant bien que mal et je cavale, dégringolant les marches le plus discrètement possible. Nous sommes dimanche et malgré ça, ils sont déjà nombreux à sillonner les rues. Sans vrai but, je vais droit devant moi.
— Salut Yasmina Laurence !
— Merde Ali... tu ne dors donc jamais ? Pas possible ça ? T'es encore là ?
— Personne ne m'attend là, au-dessus ! Alors je fais ce que je sais faire de mieux... m'occuper de mon magasin.
— Un dimanche ? Tu bosses aussi ce jour-là ?
— Oh... j'ai pas le même Seigneur que vous et puis... je suis pas croyant. Mais toi, qu'est-ce que tu as à vadrouiller à neuf heures du matin ? T'étais pas bien dans ton lit douillet ?
— Je n'ai plus de café... je vais en boire un « chez Gustave ».
— Tu en veux ? J'en vends aussi, tu sais !
— Qu'est-ce que tu ne vends pas, dis-moi ? La liste sera surement plus courte que pour ce que contient ta boutique !
— Qu'est-ce que tu veux... j'ai de quoi dépanner les braves Yasmina en galère... viens ! Tu vas en boire un vrai de caoua... un de ceux que je ne réserve qu'à mes amis.
— Non... je ne tiens pas encore à t'enrichir... et puis je suis sortie pour le boire tout prêt, pas acheter de la poudre.
— Ben, ma chérie, c'est exactement de ça que je te parle... mes ancêtres étaient berbères et le café, c'est comme le thé, une religion dans ma famille. Enfin dans ce qu'il en reste... je suis tout seul désormais.
— Ah ! Ben, on peut se serrer la louche.
— Te fais pas prier, viens boire mon nectar... et tu m'en diras des nouvelles. Ne crains rien ! Les amis qui entrent dans mon antre en ressortent toujours vivants... le contraire se saurait.
— Merde Ali... tu ne dors donc jamais ? Pas possible ça ? T'es encore là ?
— Personne ne m'attend là, au-dessus ! Alors je fais ce que je sais faire de mieux... m'occuper de mon magasin.
— Un dimanche ? Tu bosses aussi ce jour-là ?
— Oh... j'ai pas le même Seigneur que vous et puis... je suis pas croyant. Mais toi, qu'est-ce que tu as à vadrouiller à neuf heures du matin ? T'étais pas bien dans ton lit douillet ?
— Je n'ai plus de café... je vais en boire un « chez Gustave ».
— Tu en veux ? J'en vends aussi, tu sais !
— Qu'est-ce que tu ne vends pas, dis-moi ? La liste sera surement plus courte que pour ce que contient ta boutique !
— Qu'est-ce que tu veux... j'ai de quoi dépanner les braves Yasmina en galère... viens ! Tu vas en boire un vrai de caoua... un de ceux que je ne réserve qu'à mes amis.
— Non... je ne tiens pas encore à t'enrichir... et puis je suis sortie pour le boire tout prêt, pas acheter de la poudre.
— Ben, ma chérie, c'est exactement de ça que je te parle... mes ancêtres étaient berbères et le café, c'est comme le thé, une religion dans ma famille. Enfin dans ce qu'il en reste... je suis tout seul désormais.
— Ah ! Ben, on peut se serrer la louche.
— Te fais pas prier, viens boire mon nectar... et tu m'en diras des nouvelles. Ne crains rien ! Les amis qui entrent dans mon antre en ressortent toujours vivants... le contraire se saurait.
Il sourit et si ça peut le rendre heureux... pourquoi pas ? Après tout, chez lui ou au bar de Gustave, c'est juste un peu de chaleur humaine dont j'ai surement besoin. Et dès que je suis entrée dans sa boutique, il baisse le rideau métallique qui nous isole du reste de la rue, du monde aussi, qui sait.
— Vient ma gazelle ! Ali va te faire gouter quelque chose que vous les Français ne connaissez pas vraiment. Un vrai caoua oriental !
— Ouais... et tu m'embarques où comme ça ?
— Ne me dis pas que tu as peur d'un vieil homme !
— Mmm ! Tu n'es surement pas aussi âgé que tu le dis...
— Ouais... et tu m'embarques où comme ça ?
— Ne me dis pas que tu as peur d'un vieil homme !
— Mmm ! Tu n'es surement pas aussi âgé que tu le dis...
Il sourit et au bout d'une série de marches dans un escalier en colimaçon, nous voilà rendus dans un appartement aux senteurs très spéciales. Indéfinissables, fragrances d'ailleurs, un dépaysement complet. Ici pas vraiment de meubles, mais des tapis, des tentures au mur comme au sol et des coussins un peu partout.
— Assieds-toi, Laurence... tu es chez toi ici ! Je vais préparer l'ibrik...
— Le quoi ?
— Oh... un petit pot en cuivre pour faire un vrai café...
— Ah, d'accord.
— Le quoi ?
— Oh... un petit pot en cuivre pour faire un vrai café...
— Ah, d'accord.
Je pose mon derrière sur une sorte de pouf et je m'enfonce dans le moelleux de ce qui fait office de siège. Il suffit de quelques minutes et c'est vrai que l'arôme qui monte à mes narines est bien différent de celui de mes cafetières. Ali revient ensuite avec deux tasses fumantes...
— Tu bois à petites gorgées... c'est brulant... tu vas me donner ton sentiment sur ceci...
— Ça sent bon, en tout cas...
— Ça sent bon, en tout cas...
Il s'assoit lui aussi, face à moi, sur un siège analogue à celui où je suis engoncée. Nous sirotons en silence, quasi religieusement sa mixture et j'avoue que c'est légèrement sucré, très noir et excellent. Il tient sa tasse entre ses doigts, me scrute des yeux. Je me sens d'un coup gênée, sans trop savoir pourquoi. Il le sent.
— Tu as peur de moi ? Voyons... nous nous croisons trois fois par semaine et jamais tu n'as craint quoi que ce soit. Alors ? Je te trouve très belle et je me demande ce que les garçons de ton entourage ont dans les yeux. Tu devrais avoir une ribambelle de prétendants.
— Mais non ! Et puis... je tiens à ma liberté, pas de fil à la patte et les filles trop libres qui n'en veulent pas, ça fait fuir les mecs.
— Hum ! Ce sont des explications toutes personnelles ou c'est du vécu ?
— Un mélange surement des deux. Mais toi... raconte-moi ! Comment t'en es arrivé là, dans ce magasin, Ali ? Pas de femme, pas de famille, tu ne vis donc que pour ta boutique.
— Ben... je ne sais rien faire d'autre, je te l'ai dit. Et pour la solitude, il suffit de me regarder pour comprendre. Je suis pour tes compatriotes « l'arabe du coin »... ils viennent chez moi quand la grande surface est fermée... parce qu'ils n'ont plus de tabac ou que le café vient à manquer.
— Je me doute bien que ce n'est pas simple...
— Ah oui ! Mais toi Laurence... qu'est-ce que tu fiches dans la rue un dimanche matin au lieu de profiter d'une grasse matinée ? Et ne me dis pas que tu vas à la messe... l'église est de l'autre côté du quartier.
— Ben... si tu veux tout savoir, j'ai de nouveaux voisins. Je ne connais même pas leurs visages, mais je sais déjà leur timbre de voix... la dame n'est pas très discrète... tu piges ?
— Ah... « naak – yiniik » si je devine juste... mais « baiser » pour les jeunes c'est vivre aussi intensément, non ? Tu ne fais jamais l'amour, Laurence ?
— Euh... je préfèrerais que nous parlions d'autre chose. Ils m'ont réveillée et comme je n'ai plus de café moulu...
— Comme ça, je profite un peu de ta présence et suis moins perdu dans ton Paris. Mais pourquoi refuses-tu de parler de ce qui est une des essences de la vie ? Coucher... c'est aussi le gage d'être en pleine forme.
— Tu le penses vraiment ?
— Oui ! T'as quel âge Yasmina ? Enfin, pardon, Laurence ?
— Trente-quatre ans...
— Le plus bel âge ! Profite de ce que la vie offre de plus beau ! Elle est si courte. Le temps nous file entre les doigts, on se lève jeune et on s'endort trop vieux sans avoir rien vu passer... tu devrais avoir une famille, des enfants ! Tu es belle comme le soleil de chez moi...
— Tu parles, tu parles, mais toi... es-tu aussi âgé que tu le prétends ?
— Oh ! Je pourrais être ton père sans doute et sans mentir... si j'avais quelques années de moins, je te couvrirais de roses, je te ferais la cour... je chercherais à te séduire.
—... ! Tu deviens presque lyrique là, Ali... au fait, c'est ton vrai prénom, Ali ?
— Oui... de toute façon ici avec une bouille telle que la mienne, on est tous des « Ali » n'est-ce pas ?
— Est-ce que j'ai l'air d'être raciste ?
— Non ! Mais c'est aussi un peu pour cela que tu es assise là, dans ma maison. Bien peu de Parisiens ont eu l'occasion de poser leurs fesses sur les coussins. Mais toi, c'est un honneur !
— En quoi suis-je différente des autres ?
— Les solitudes se reconnaissent Laurence, parce que sous tes dehors rigolards, je sens bien que l'existence ne t'a pas épargnée... et nous sommes donc cousins de cœur et de douleur.
— Mais non ! Et puis... je tiens à ma liberté, pas de fil à la patte et les filles trop libres qui n'en veulent pas, ça fait fuir les mecs.
— Hum ! Ce sont des explications toutes personnelles ou c'est du vécu ?
— Un mélange surement des deux. Mais toi... raconte-moi ! Comment t'en es arrivé là, dans ce magasin, Ali ? Pas de femme, pas de famille, tu ne vis donc que pour ta boutique.
— Ben... je ne sais rien faire d'autre, je te l'ai dit. Et pour la solitude, il suffit de me regarder pour comprendre. Je suis pour tes compatriotes « l'arabe du coin »... ils viennent chez moi quand la grande surface est fermée... parce qu'ils n'ont plus de tabac ou que le café vient à manquer.
— Je me doute bien que ce n'est pas simple...
— Ah oui ! Mais toi Laurence... qu'est-ce que tu fiches dans la rue un dimanche matin au lieu de profiter d'une grasse matinée ? Et ne me dis pas que tu vas à la messe... l'église est de l'autre côté du quartier.
— Ben... si tu veux tout savoir, j'ai de nouveaux voisins. Je ne connais même pas leurs visages, mais je sais déjà leur timbre de voix... la dame n'est pas très discrète... tu piges ?
— Ah... « naak – yiniik » si je devine juste... mais « baiser » pour les jeunes c'est vivre aussi intensément, non ? Tu ne fais jamais l'amour, Laurence ?
— Euh... je préfèrerais que nous parlions d'autre chose. Ils m'ont réveillée et comme je n'ai plus de café moulu...
— Comme ça, je profite un peu de ta présence et suis moins perdu dans ton Paris. Mais pourquoi refuses-tu de parler de ce qui est une des essences de la vie ? Coucher... c'est aussi le gage d'être en pleine forme.
— Tu le penses vraiment ?
— Oui ! T'as quel âge Yasmina ? Enfin, pardon, Laurence ?
— Trente-quatre ans...
— Le plus bel âge ! Profite de ce que la vie offre de plus beau ! Elle est si courte. Le temps nous file entre les doigts, on se lève jeune et on s'endort trop vieux sans avoir rien vu passer... tu devrais avoir une famille, des enfants ! Tu es belle comme le soleil de chez moi...
— Tu parles, tu parles, mais toi... es-tu aussi âgé que tu le prétends ?
— Oh ! Je pourrais être ton père sans doute et sans mentir... si j'avais quelques années de moins, je te couvrirais de roses, je te ferais la cour... je chercherais à te séduire.
—... ! Tu deviens presque lyrique là, Ali... au fait, c'est ton vrai prénom, Ali ?
— Oui... de toute façon ici avec une bouille telle que la mienne, on est tous des « Ali » n'est-ce pas ?
— Est-ce que j'ai l'air d'être raciste ?
— Non ! Mais c'est aussi un peu pour cela que tu es assise là, dans ma maison. Bien peu de Parisiens ont eu l'occasion de poser leurs fesses sur les coussins. Mais toi, c'est un honneur !
— En quoi suis-je différente des autres ?
— Les solitudes se reconnaissent Laurence, parce que sous tes dehors rigolards, je sens bien que l'existence ne t'a pas épargnée... et nous sommes donc cousins de cœur et de douleur.
Je fronce les sourcils, avalant d'une traite le reliquat brulant de la tasse que je garde dans la main. Quoi répondre à cet homme à la peau foncée ? Il est là avec des yeux fureteurs, pas du tout salaces, qui me scrutent comme un homme qui découvre un trésor. J'aime bien ce que je lis dans ses prunelles sombres. Je me sens bizarre. Il est peut-être temps de réintégrer mon appartement. Les amoureux ont surement terminé les folies de leur corps. Il a raison Ali ! Quelque part, c'est sans doute de cela que j'ai besoin... d'être aimée. Pour ce que je suis, mais aussi physiquement pour rétablir un équilibre vacillant dans mon esprit trop esseulé.
Je prends donc congé en remerciant le gentil berbère pour ce petit moment de découverte et il m'accompagne jusqu'à la porte de sa boutique, qu'ensuite il garde ouverte. Je refais le trajet en sens inverse et il est sur le seuil de son échoppe, mirettes se frottant à mes courbes que la marche rend lascives. Dès mon entrée dans mon appartement, je sais que je me suis gourée. Non seulement ils n'ont vraisemblablement pas encore terminé leur rodéo, mais se sont visiblement déplacés. Et les soupirs, cris de bonheur sont de nature à perturber tout l'immeuble. Pourquoi est-ce que j'ai une petite pensée pour Marie-Jeanne, la mamie du premier ? Si elle a remis ses appareils auditifs comme chaque matin au lever... nous ne devrions pas tarder à voir la maison poulaga débarquer.
Ça me fait sourire... jaune. C'est vrai que sans doute ces deux-là en sont au tout début de leur couple et... c'est encore tout rose et tout beau. Mais je veux croire que ça ne va pas être tous les jours aussi... bruyant. Pff ! Comment échapper à ce qui est chez eux une vraie fête ? En dernier recours, le casque sur les oreilles pour écouter de la musique parvient enfin à me libérer l'esprit. Et vers douze heures, lorsque je décide de me rincer la glotte, un apéritif fait l'affaire. Un « baby » ! Pas un whisky, non ! Mais un vrai cocktail... fait de liqueur de café, de chocolat blanc, additionné de vodka, il ne reste plus qu'à flamber le tout et à déguster.
Et puisque les sons sont dans la cuisine, eh bien... un transat sur la terrasse fait l'affaire pour siroter tranquillement ma boisson sympa. Je me pose une seconde au bord, plongeant mes regards sur la rue et j'aperçois Ali qui me fait depuis devant son magasin un signe de la main. Entre les nouveaux de l'appartement qui jouxte le mien et l'épicier, je suis servie. Les uns pour le bruit, et le dernier pour une surveillance peu discrète. Après tout, si ça lui fait plaisir de guetter mes passages sur le balcon... je m'en fiche un peu. La paille entre les lèvres, j'aspire doucettement mon breuvage bien dosé. Et... sur le mur de séparation, une frimousse avenante apparait. La baiseuse d'à côté à coup sûr !
— Bonjour... Ça va ?
— Euh... oui... vous profitez du soleil ?
— Oui... nous venons mon compagnon et moi d'emménager...
— D'accord... vous n'avez pas l'accent parisien pourtant !
— Oh non ! Benoit, mon ami et moi nous arrivons de province... nous avons hérité de l'appartement de la tante de Benoit... madame Savage... Germaine.
— Elle est donc partie, Germaine ? Nous ne nous fréquentions que très peu... elle n'aimait pas trop la compagnie et encore moins celle de ses voisines.
— Oui... nous la connaissions à peine. Mais c'est si difficile pour des jeunes de trouver à se loger dans la capitale... nous avons sauté sur l'occasion. Nous travaillons tous deux « à la défense », ça vous parle ?
— Pas plus que ça... je vous souhaite donc la bienvenue... dans le quartier...
— Merci ! J'espère que nous ne dérangerons personne...
— Ah...
— Euh... oui... vous profitez du soleil ?
— Oui... nous venons mon compagnon et moi d'emménager...
— D'accord... vous n'avez pas l'accent parisien pourtant !
— Oh non ! Benoit, mon ami et moi nous arrivons de province... nous avons hérité de l'appartement de la tante de Benoit... madame Savage... Germaine.
— Elle est donc partie, Germaine ? Nous ne nous fréquentions que très peu... elle n'aimait pas trop la compagnie et encore moins celle de ses voisines.
— Oui... nous la connaissions à peine. Mais c'est si difficile pour des jeunes de trouver à se loger dans la capitale... nous avons sauté sur l'occasion. Nous travaillons tous deux « à la défense », ça vous parle ?
— Pas plus que ça... je vous souhaite donc la bienvenue... dans le quartier...
— Merci ! J'espère que nous ne dérangerons personne...
— Ah...
Une fraction de seconde avant que je retienne les paroles spontanées qui me montent aux lèvres. Il est trop tard pour y penser ma belle. Mais je garde ça pour moi. Je ne vais pas commencer par m'embrouiller avec elle, par une réplique acerbe. Je souris donc en guise de réponse. Il n'y a pas que sur l'occasion qu'ils ont sauté, si j'en juge par le remue-ménage des deux tourtereaux lors de leurs ébats amoureux. Elle ne s'est surement pas rendu compte que sa voix porte haut et fort quand elle geint sous les... bon ! Je me relève de mon siège de toile et m'approche d'elle.
— Je me prénomme Laurence et si vous avez besoin d'un coup de main, ou de quoi que ce soit, n'hésitez pas !
— Merci ! Moi, c'est Ophélie... et mon copain Benoit...
— Enchantée alors de vous connaitre...
— Merci ! Moi, c'est Ophélie... et mon copain Benoit...
— Enchantée alors de vous connaitre...
Elle a un sourire cette gosse qui doit friser péniblement les vingt piges. Et attiré par les voix féminines sur la terrasse, un grand gaillard arrive directement là où nous nous trouvons. Lui a l'air plus vieux... pas de beaucoup sans doute, mais... c'est certain il est l'ainé. Il m'aperçoit et m'adresse non seulement un grand sourire, mais il se fend également d'un large geste de la main.
— Bonjour ! Vous êtes notre voisine ?
— Ah... Laurence, voici donc mon Benoit...
— Heureux de voir que nous ne vivons pas dans un immeuble essentiellement habité par des anciens... vous connaissiez ma tante ?
— Pas plus que ça... c'était une personne un peu... étrange, voire carrément sauvage. Elle ne fréquentait personne ou presque.
— Pourquoi est-ce que je ne suis pas étonné ? Je l'ai vu... trois ou quatre fois de toute ma vie... mais je suis son seul neveu et... elle n'avait aucun héritier... une chance pour Ophélie et moi...
— Un peu de sang neuf dans nos vieilles pierres... c'est rafraichissant en fin de compte, vous ne trouvez pas ?
— Mmm ! Ben, nous allons déjeuner en ville Benoit et moi, mais peut-être aurons-nous l'occasion de nous revoir ? Nous sommes moins... farouches que la tante Germaine. Les relations devraient mieux se passer... bon appétit et bonne fin de dimanche à vous, Laurence. Je suis, et Benoit pareillement, heureux de vous avoir vu... à très vite !
— Oui... merci... moi de même et bonne fin de journée à tous les deux.
— Ah... Laurence, voici donc mon Benoit...
— Heureux de voir que nous ne vivons pas dans un immeuble essentiellement habité par des anciens... vous connaissiez ma tante ?
— Pas plus que ça... c'était une personne un peu... étrange, voire carrément sauvage. Elle ne fréquentait personne ou presque.
— Pourquoi est-ce que je ne suis pas étonné ? Je l'ai vu... trois ou quatre fois de toute ma vie... mais je suis son seul neveu et... elle n'avait aucun héritier... une chance pour Ophélie et moi...
— Un peu de sang neuf dans nos vieilles pierres... c'est rafraichissant en fin de compte, vous ne trouvez pas ?
— Mmm ! Ben, nous allons déjeuner en ville Benoit et moi, mais peut-être aurons-nous l'occasion de nous revoir ? Nous sommes moins... farouches que la tante Germaine. Les relations devraient mieux se passer... bon appétit et bonne fin de dimanche à vous, Laurence. Je suis, et Benoit pareillement, heureux de vous avoir vu... à très vite !
— Oui... merci... moi de même et bonne fin de journée à tous les deux.
Au fond de moi, je songe que ces deux-là n'ont pas fini de troubler la quiétude des nuits de l'immeuble. Peut-être pas que les nuits d'ailleurs... et je les entends qui discutent quelques minutes plus tard, alors qu'ils quittent l'étage. La jeune femme est bien roulée, quant à son minet... je me dis que j'en ferais bien mon quatre-heures ! Mais ce n'est qu'une pensée éphémère due à tout ce tohu-bohu dont ils nous ont gratifié les esgourdes durant la nuit, et une bonne partie de la matinée. Apparemment, eux n'en gardent aucune trace visible du moins sur leurs visages.
— xXx —
Je me prélasse au soleil, un livre venant fixer mon attention une bonne moitié de l'après-midi dominical. Soirée télé aussi après un diner des plus sommaire. Et vers vingt-deux heures, une porte qui claque annonce la fin du calme qui règne chez les petits jeunes d'à côté. La dame n'a surement pas retiré ses talons et chaque pas qu'elle fait dans son intérieur résonne chez les autres en général et en particulier chez moi. Je sors sur l'espace où j'ai lu durant des heures et je fais comme souvent. Un coup d'œil sur la rue, et comme la nuit n'est pas totale, il me semble apercevoir la frimousse de l'épicier, les yeux braqués sur ma façade.
Apparemment, le couple tapageur n'est pas dans son salon puisqu'aucune lumière ne se réfléchit sur leur balcon. J'allume une cibiche, la première bouffée me rend euphorique. Un bien-être trompeur, tueur aussi, j'en suis consciente, mais comme bon nombre de fumeurs, rien ne me dissuade de tirer des lattes et d'en inhaler toutes la saloperie contenue dans le tabac. En toile de fond, la nuit qui envahit Paris lentement et des ilots de clarté montrent les fenêtres d'inconnus qui s'étoilent une à une. Difficile de définir le ressenti qui fait couler dans mes veines une satisfaction immense. C'est alors qu'un bruit tout proche me fait tourner la tête. À moins de quatre mètres de l'endroit où je me trouve, une ombre furtive vient se coller à la barrière.
La voix masculine me surprend dans cette torpeur que génère mon état plaisir.
— Bonsoir ! C'est agréable de prendre l'air sur le balcon, n'est-ce pas ?
— Euh...
— N'ayez pas peur, c'est moi... Benoit, le compagnon d'Ophélie...
— Ah oui ! Mon nouveau voisin...
— C'est cela...
— Et vous êtes seul ?
— Oui... elle s'est endormie sur le canapé, elle est fatiguée par l'emménagement... il y a tant à faire pour notre installation.
— Bien sûr ! Vous aussi vous fumez ?
— Rarement, mais de temps en temps, juste un cigare... c'est très calme, et à part vous, personne ne semble être éveillé. Vous n'avez pas d'ami, de mari ?
— Non... j'aime beaucoup me sentir sans fil à la patte.
— Ça ne vous manque pas, un peu de compagnie ?
— Oh ! Je me suis faite à la solitude et... comme vous dite, on a toujours mille choses à faire dans ces appartements. Je profite de mes week-ends pour me reposer.
— Vous avez raison... vous... voulez une bière ?
— Pardon ?
— J'ai quelques bières et je déteste boire tout seul et comme ma chérie dort... une canette à partager, ça peut nouer des liens, non ?
— Je...
— Allons, ne vous faites pas prier... Un muret nous sépare, vous ne risquez pas grand-chose.
— Votre femme ne risque-t-elle pas d'être jalouse si... ?
— Il n'y a rien de mal à prendre un pot entre voisins, si ? Et puis... vu son état de fatigue, je ne crois pas qu'elle se réveille aussi facilement.
— Mmm !
— Euh...
— N'ayez pas peur, c'est moi... Benoit, le compagnon d'Ophélie...
— Ah oui ! Mon nouveau voisin...
— C'est cela...
— Et vous êtes seul ?
— Oui... elle s'est endormie sur le canapé, elle est fatiguée par l'emménagement... il y a tant à faire pour notre installation.
— Bien sûr ! Vous aussi vous fumez ?
— Rarement, mais de temps en temps, juste un cigare... c'est très calme, et à part vous, personne ne semble être éveillé. Vous n'avez pas d'ami, de mari ?
— Non... j'aime beaucoup me sentir sans fil à la patte.
— Ça ne vous manque pas, un peu de compagnie ?
— Oh ! Je me suis faite à la solitude et... comme vous dite, on a toujours mille choses à faire dans ces appartements. Je profite de mes week-ends pour me reposer.
— Vous avez raison... vous... voulez une bière ?
— Pardon ?
— J'ai quelques bières et je déteste boire tout seul et comme ma chérie dort... une canette à partager, ça peut nouer des liens, non ?
— Je...
— Allons, ne vous faites pas prier... Un muret nous sépare, vous ne risquez pas grand-chose.
— Votre femme ne risque-t-elle pas d'être jalouse si... ?
— Il n'y a rien de mal à prendre un pot entre voisins, si ? Et puis... vu son état de fatigue, je ne crois pas qu'elle se réveille aussi facilement.
— Mmm !
Une fois encore, je me retiens de lui faire part de mon sentiment. Il est évident qu'avec tout ce bordel de la nuit précédente et sur le matin, elle ne doit pas uniquement être crevée par les travaux ménagers. Il se baisse et sa main ramène dans la pénombre ambiante ce qui ressemble à une petite bouteille.
— Tenez ! Buvons à notre installation ici !
— Merci ! D'accord alors, à mes nouveaux voisins !
— Merci ! D'accord alors, à mes nouveaux voisins !
Nos canettes s'entrechoquent par-dessus le mur. Pas de verre et je porte le goulot à mes lèvres. Mince ! C'est quoi, cette bibine ? Je n'ai jamais bu un tel breuvage... je regarde l'étiquette du flacon. Mon geste ne passe pas inaperçu de ce Benoit qui s'empresse de me rencarder.
— Ah ! Ça surprend, hein ! C'est de la « Despé » ! Aromatisée à la téquila, très à la mode depuis quelque temps...
— C'est bon ! Fort ?
— Oh ! Pas plus qu'une bière normale... quatre ou cinq degrés ! Vous n'aimez pas, Laurence ?
— Faut se faire au gout, mais si, on peut dire que c'est agréable en bouche.
— Dommage que nous ne puissions pas circuler entre les balcons ! C'est ballot de se parler avec une séparation physique. J'aime bien parler aux gens face à face.
— Oh... je vous accompagne pour la bière et vais me coucher... j'ai eu une dernière nuit compliquée !
— Ah ! Vous êtes sujette aux insomnies ? C'est très chiant ce genre de désagrément !
—... ?
— C'est bon ! Fort ?
— Oh ! Pas plus qu'une bière normale... quatre ou cinq degrés ! Vous n'aimez pas, Laurence ?
— Faut se faire au gout, mais si, on peut dire que c'est agréable en bouche.
— Dommage que nous ne puissions pas circuler entre les balcons ! C'est ballot de se parler avec une séparation physique. J'aime bien parler aux gens face à face.
— Oh... je vous accompagne pour la bière et vais me coucher... j'ai eu une dernière nuit compliquée !
— Ah ! Vous êtes sujette aux insomnies ? C'est très chiant ce genre de désagrément !
—... ?
Incroyable ! Je la boucle pour ne pas répondre vertement qu'en fait d'insomnie, leur rodéo géant et surtout prolongé n'avait rien de sympa pour les oreilles environnantes. Comment ne peut-il pas se rendre compte que sa meuf est une « lyrique de l'oreiller » ? Que la nuit entraine les sons bien au-delà de ce qu'il est permis d'imaginer ? Et je bois par petites gorgées les trente-trois centilitres de mixture que finalement je découvre avec une sorte de bonheur. Ouais... c'est pas si mauvais.
— Eh bien, merci pour... la canette ! Je vais aller me coucher... il se fait tard. Bonne nuit, Benoit !
— Oui... merci Laurence ! Faites de beaux rêves !
— Oui... merci Laurence ! Faites de beaux rêves !
Tu parles que je vais surtout espérer ne pas être réveillée par ce qui me trotte dans la tête. La proximité d'un mec, où les images fatalement fausses de leurs ébats, à moins que ce ne soit l'alcool que je viens de picoler, mais là, sous ma tignasse brune, j'ai comme un coup de chaud. Ma déglutition se fait plus pénible et je file vers mon salon. Un asile sûr contre ce qui me donne des frissons ! Il n'a pourtant rien fait ni dit qui peut me mettre dans un état de rut aussi spontané. Les volets roulants me protègent. Oui ? Mais de quoi grands Dieux ? Pas du type en tout cas, alors... de moi-même, c'est ce que je ressens en cet instant.
Déshabillage rapide, une nuisette pour remplacer mes fringues et je me coule entre deux draps bien frais. Petit plaisir gratuit, ma tête qui s'enfonce dans mon oreiller et ouf... je ferme les paupières. Et merde ! De l'autre côté, des rires, des gloussements, les deux amoureux se réunissent dans leur chambre ? Bingo ! Pas plus de cinq minutes avant que le brame de la belle Ophélie ne prenne tout l'espace et vibre dans l'air de ma chambre. Pas suffisamment atténuée pour que je ne profite pas en live de leur coucherie. Et j'ai beau essayer de penser à autre chose, je suis rattrapée par les soupirs, les cris et les hululements de chouette de cette jeune dame.
Pas question de subir ça durant toute la durée d'un coït qui démarre sur les chapeaux de roues. Seule solution, me casser de ma piaule. Mais jusque dans le moindre recoin de mon appartement, le son est là ! Alors ? De guerre lasse, je me refringue et... la rue me voit déambuler telle une âme en peine. Mes pas me font me diriger vers les néons de la boutique qui est toujours ouverte. Ali rigole en voyant le fantôme que je suis, planté devant sa porte.
— Eh ben, Yasmina, tu es encore en galère ? Ne me dis pas que tu as fumé vingt cigarettes en si peu de temps.
— Ah ! Ali, bonsoir... non, il y a trop de bruits dans les parages de mon appart ! Alors, j'attends que ça se tasse. En espérant qu'ils ne vont pas y passer la nuit...
— Je vois ! Ton voisinage est excité ? C'est la lune rousse ! Elle donne des ailes aux amoureux... et rend belle les femmes qui mettent leur frimousse sous sa lumière.
— C'est bien imagé... ça vient de chez toi ? Parce que la clarté de la lune à Paris... ça fait plutôt cliché pour touristes.
— Tu es en colère ? Bon sang, tu devrais te chercher un amant et répondre à tes voisins par un chant identique au leur. Tu as tous les atouts pour répliquer.
—... ? Quoi ?
— Tu veux entrer ? Je ferme un moment, on boit un thé et on discute. Je suis plus âgé que toi, ça ne sous-entend pas que je suis... mort de ce côté-là !
— Mais... Ali !
— Oui ? Il y a mille manières de discuter, voyons ! Les jeunes t'ont échauffé un peu les sens ? Je t'avoue que tu me donnes des frissons et... tu viens ou non ?
— Je viens de boire une bière... alors le thé après ça, je ne sais pas si c'est trop indiqué. Et puis un surplus de boisson me fait aller aux toilettes.
— Tu peux pas dire comme tout le monde ? Ça te fait pisser, voilà tout ! Où est le mal ? Tu sais belle gazelle, j'ai pas de femme, ce qui ne veut pas dire que je ne les apprécie pas. Et toi... tu as tout ce qu'il faut à une femme, là où il le faut, pour un homme.
— Tu me dragues là, Ali ?
— Non ! Je te fais une proposition malhonnête directe. C'est toujours ainsi que ça devrait se dérouler. Tu es solitaire, moi aussi, je propose, tu disposes et un non est aussi respectable qu'un oui. Il n'y a pas à se battre ou à se faire la gueule, se fâcher pour ce genre de détail. Tu es belle, jeune, tu as envie de faire l'amour, et ne me mens pas, je le lis dans tes yeux. Je suis vieux, mais bien vert encore, alors c'est juste un échange de bons procédés. Tu es libre, Laurence ! Libre de ton destin.
— Tu es incroyable toi. Tout à l'air facile dans ta bouche ! Mais je ne sais pas si...
— Si quoi ma mignonne ? Les jeunes qui habitent près de chez toi s'aiment et c'est contagieux ! Je ne te promets rien, juste un moment pour assouvir nos sens, les tiens et les miens qui ne demandent qu'à se découvrir, à se reconnaitre et si l'alchimie fonctionne, personne n'est perdant dans ce deal. C'est donnant donnant... et après cela, chacun reprend sa route sans se formaliser plus. La vie n'a que faire des complications que nos cerveaux lui imposent... ce n'est pas elle qui est moche, mais bien plus ce que nous nous faisons subir !
—...
— Ah ! Ali, bonsoir... non, il y a trop de bruits dans les parages de mon appart ! Alors, j'attends que ça se tasse. En espérant qu'ils ne vont pas y passer la nuit...
— Je vois ! Ton voisinage est excité ? C'est la lune rousse ! Elle donne des ailes aux amoureux... et rend belle les femmes qui mettent leur frimousse sous sa lumière.
— C'est bien imagé... ça vient de chez toi ? Parce que la clarté de la lune à Paris... ça fait plutôt cliché pour touristes.
— Tu es en colère ? Bon sang, tu devrais te chercher un amant et répondre à tes voisins par un chant identique au leur. Tu as tous les atouts pour répliquer.
—... ? Quoi ?
— Tu veux entrer ? Je ferme un moment, on boit un thé et on discute. Je suis plus âgé que toi, ça ne sous-entend pas que je suis... mort de ce côté-là !
— Mais... Ali !
— Oui ? Il y a mille manières de discuter, voyons ! Les jeunes t'ont échauffé un peu les sens ? Je t'avoue que tu me donnes des frissons et... tu viens ou non ?
— Je viens de boire une bière... alors le thé après ça, je ne sais pas si c'est trop indiqué. Et puis un surplus de boisson me fait aller aux toilettes.
— Tu peux pas dire comme tout le monde ? Ça te fait pisser, voilà tout ! Où est le mal ? Tu sais belle gazelle, j'ai pas de femme, ce qui ne veut pas dire que je ne les apprécie pas. Et toi... tu as tout ce qu'il faut à une femme, là où il le faut, pour un homme.
— Tu me dragues là, Ali ?
— Non ! Je te fais une proposition malhonnête directe. C'est toujours ainsi que ça devrait se dérouler. Tu es solitaire, moi aussi, je propose, tu disposes et un non est aussi respectable qu'un oui. Il n'y a pas à se battre ou à se faire la gueule, se fâcher pour ce genre de détail. Tu es belle, jeune, tu as envie de faire l'amour, et ne me mens pas, je le lis dans tes yeux. Je suis vieux, mais bien vert encore, alors c'est juste un échange de bons procédés. Tu es libre, Laurence ! Libre de ton destin.
— Tu es incroyable toi. Tout à l'air facile dans ta bouche ! Mais je ne sais pas si...
— Si quoi ma mignonne ? Les jeunes qui habitent près de chez toi s'aiment et c'est contagieux ! Je ne te promets rien, juste un moment pour assouvir nos sens, les tiens et les miens qui ne demandent qu'à se découvrir, à se reconnaitre et si l'alchimie fonctionne, personne n'est perdant dans ce deal. C'est donnant donnant... et après cela, chacun reprend sa route sans se formaliser plus. La vie n'a que faire des complications que nos cerveaux lui imposent... ce n'est pas elle qui est moche, mais bien plus ce que nous nous faisons subir !
—...
J'écoute la petite musique de sa voix pleine de bon sens. Et s'il avait raison ? Si tout n'était que poudre aux yeux ? Il est sage et sent bien que mon désarroi n'est pas dû simplement aux cris de ces jeunes qui s'aiment. C'est ma caboche qui refuse d'entendre les propres murmures de mon corps. Il réclame lui aussi un zeste d'égard et une bataille fait rage dans mon crâne. Que faire ? Suis-je obligée de coucher ? Non bien sûr, et il formule cela très poétiquement par : « un non est aussi respectable qu'un oui ». Ceci met un certain temps pour monter jusqu'à mon ciboulot, pour rendre ma décision également plus claire, du coup. Il est à deux mètres qui me dévisage sans plus broncher.
— Allons-y alors pour un thé, Ali !
— À la bonne heure ! La lune rousse est bonne pour les semailles... et planter est toujours un moment rare.
—... !
— À la bonne heure ! La lune rousse est bonne pour les semailles... et planter est toujours un moment rare.
—... !
Ouais ? J'imagine que sous ses phrases alambiquées, il y a une réalité plus prosaïque, plus terre à terre. Les escaliers me donnent le tournis. Et mon derrière apprécie le moelleux des sièges coussins. La cérémonie du thé est à elle seule tout un spectacle. Le liquide qui coule de la théière dans les verres d'une hauteur impressionnante puis le renouvellement de l'opération de verre à verre, une fois, deux et je ne compte plus. C'est chaud, c'est amer, c'est différent. Ali me tend un des deux godets, et il aspire avec ce bruit si particulier qui dérange souvent les gens d'ici. À chacun sa culture, toutes sont bonnes à prendre si on se respecte.
— Tu aimes mon thé Yasmina ? De quoi as-tu envie de discuter ?
— Ben... je n'en sais rien ! De toi, de ton pays... de ce que tu veux ! Après tout, tu es demandeur aussi, me semble-t-il !
— Oh ! Bien. Tu fais quoi dans la vie, Laurence ?
— Je travaille dans un bureau... dans le onzième arrondissement.
— Ça te plait ?
— À vrai dire... il faut bien payer les factures et manger tous les jours, tu as la meilleure des réponses possibles à ta question !
— Pourquoi t'as pas de copain ? Ils sont aveugles tes amis ?
— Non ! C'est... comment dire ça, un choix délibéré ! J'ai eu quelques déboires et c'est mieux de vivre seule, pour moi en tous cas.
— Je vois... mais tu as bien de temps à autre des besoins, comment tu fais pour les éloigner ?
— Difficile à expliquer. Comme toi, je suppose.
— Moi ? Mais j'ai beaucoup de petites amies qui sont heureuses de me rendre service... et je ne manque de rien.
— Alors tu es chanceux. De mon côté, je ne cherche pas forcément à assouvir cette faim qui me tenaille parfois. Là, tu as raison, Ali, les cris de ma voisine ont sans doute ramené à la surface ce que j'enfouis en moi depuis longtemps.
— Tu es sage... c'est sympa de comprendre tout cela ! Mais là... si tu en avais l'occasion, de quoi rêverais-tu ?
— Oh ! À tant de trucs...
— Cite-moi en un, oui, juste un ! Ferme les yeux et laisse ton esprit s'évader... tu entends ? Les amoureux dont les bruits te parviennent, qu'est-ce que tu visualises qu'ils font ?
—... !
— Ben... je n'en sais rien ! De toi, de ton pays... de ce que tu veux ! Après tout, tu es demandeur aussi, me semble-t-il !
— Oh ! Bien. Tu fais quoi dans la vie, Laurence ?
— Je travaille dans un bureau... dans le onzième arrondissement.
— Ça te plait ?
— À vrai dire... il faut bien payer les factures et manger tous les jours, tu as la meilleure des réponses possibles à ta question !
— Pourquoi t'as pas de copain ? Ils sont aveugles tes amis ?
— Non ! C'est... comment dire ça, un choix délibéré ! J'ai eu quelques déboires et c'est mieux de vivre seule, pour moi en tous cas.
— Je vois... mais tu as bien de temps à autre des besoins, comment tu fais pour les éloigner ?
— Difficile à expliquer. Comme toi, je suppose.
— Moi ? Mais j'ai beaucoup de petites amies qui sont heureuses de me rendre service... et je ne manque de rien.
— Alors tu es chanceux. De mon côté, je ne cherche pas forcément à assouvir cette faim qui me tenaille parfois. Là, tu as raison, Ali, les cris de ma voisine ont sans doute ramené à la surface ce que j'enfouis en moi depuis longtemps.
— Tu es sage... c'est sympa de comprendre tout cela ! Mais là... si tu en avais l'occasion, de quoi rêverais-tu ?
— Oh ! À tant de trucs...
— Cite-moi en un, oui, juste un ! Ferme les yeux et laisse ton esprit s'évader... tu entends ? Les amoureux dont les bruits te parviennent, qu'est-ce que tu visualises qu'ils font ?
—... !
Mes paupières se ferment, je bois la dernière goutte du contenu de ma tasse. Et les images dansent derrière mon front. Oui. Je songe à ce Benoit nu, à cette Ophélie sans fard et je me laisse bercer par ce qui se déroule à huis clos, dans leur chambre conjugale. Les mains de l'homme sont des papillons dont tous les battements deviennent caresses. Elle a la bouche ouverte et l'homme allongé sur son flanc fait voleter ses doigts dans des effleurements langoureux, sans but précis. Ils vont et viennent sur ce corps offert qui frémit à la moindre pression sur un point de peau nue. Là sur un téton gonflé d'envie, ici sur le contour d'un nombril qui coupe la plage de son ventre plat. Elle est belle cette femme sous les caresses masculines.
La main... sait où se rendre et pour atteindre son but, des milliers de sentiers emportent les visiteurs patients qui entrevoient déjà la rosée féminine que leur avancée fait naitre. C'est au tour des lèvres du garçon de venir épauler les mains câlines. Et fusent de la gorge de celle qui reçoit tous ces hommages, un soupir qui en dit long sur ses attentes. Incapable de garder secrète sa nécessité d'être l'objet du désir de celui qui la touche, elle râle sans se préoccuper de moduler la puissance de ses geignements. Ils sont de toute façon plus forts qu'elle, plus vertigineux de seconde en seconde.
Il le sait, celui qui d'une paume douce lisse sa joue rose avant de revenir inlassablement sur une poitrine qui monte et descend irrégulièrement, se cabrant sous les assauts de lutins qui s'ouvrent tellement de pistes nouvelles qu'elle ne peut plus qu'être un grand cri. Femme offerte, femme perdue qui n'espère plus que l'hallali et qui paupières closes se livre tout entière à son amant dévoué. Les lèvres au gloss ardent demeurent entrebâillées, pour laisser circuler un air qui se raréfie dans les poumons de la belle. Et l'étau qui lui serre le poignet mène son bras d'abord et sa menotte ensuite, vers... l'obscur attrait du mâle.
Le sein, tété puis abandonné n'est que le tremplin à cette bouche vorace qui glisse déjà vers d'autres contrées. Une courte étape baveuse sur le pourtour d'un ombilic sensible pour couler, comme aimantée vers un buisson ardemment convoité. Là, la drôlesse s'ingénie à entrouvrir les ailes de l'oiseau de paradis. Plus rauques sont les gémissements sous la pointe mouillée qui frôle minutieusement tous les recoins de l'Eden. Et Eve-Ophélie qui ne retient plus aucun des sons que son cerveau émet pour donner encore plus de cœur à l'ouvrage à celui qui est l'instigateur tout autant que le bénéficiaire de cet état. Et tout va crescendo pour amener ces deux êtres si dissociés à n'en former plus qu'un, pour une fraction d'éternité.
C'est exactement ce qui se bouscule dans ma tête et la voix d'Ali est là qui m'accompagne dans ce périple intérieur. Elle me guide pour aller chercher plus profondément dans mon esprit ce qui peut me faire ainsi vibrer avec une violence inconnue. Et quand le vieux bonhomme se saisit-il de ma main ? Je n'en ai pas une notion exacte. Mais ce dont je suis certaine, c'est bien de cette délicatesse de mouvement pour retenir mes doigts dans les siens. Puis il y a cette chaleur qui monte insensiblement partout en moi, un fourmillement très lent prenant sa source au centre de mon cerveau et se répandant en flammes qui me submergent. La bière ? Le thé ? Se peut-il que l'une ou l'autre des boissons que j'ai ingurgitées me rende si... ouverte ?
N'est-ce que mon imagination qui me joue des tours ? Mais la voix, douce et terriblement excitante qui me demande si je veux bien... si je suis d'accord, elle n'a rien de péremptoire, n'émet pas d'ordre non plus. Elle quémande simplement que j'ose et mon accord. Alors... personne ne m'oblige à dégrafer les boutons d'un corsage qui porte si mal son nom, pas plus que je ne suis forcée par rien pour quitter ma jupe. Et... je mélange les images de la chambre de mes voisins avec d'autres qui paraissent si réelles, si vraies que je finis moi aussi, par déranger les dormeurs des alentours, qui sait...
L'âge n'a rien à voir avec l'art et la manière... et la couleur de peau ou l'appartenance à une caste quelconque ne changent rien aux sentiments qui peuvent naitre d'instants magiques... La nuit est à moi, la nuit est à lui, elle nous appartient dans le plus beau des élans... celui du cœur !
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Commentaires ()
Merci beaucoup.
Une très belle analyse qui montre parfaitement la solitude qui dévore
Les âmes
Merci
Il se dévore, se dévoile et s'améliore au fur et à mesure de la lecture : merci !