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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Coloc mouvementée — Chapitre 1 · Fausse route

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Jane Does
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Coloc mouvementée

Chapitre 1 · Fausse route

Lucille a encore ramené un type à la coloc ! Et elle a gazouillé une bonne partie de la nuit, sans vraiment s'inquiéter de ma présence dans la chambre contiguë à la sienne. Pff ! Je ne sais pas comment elle fait. Mais changer de partenaires tous les week-ends, c'est quelque chose qui me dépasse. J'ai peu dormi et mon humeur, ce matin au saut du lit s'en ressent. Je suis dans la cuisine commune, préparant mon café en grommelant entre mes dents. Bon sang ! À vingt-cinq ans, elle pourrait s'assagir un peu. Combien en ai-je entendu des coups d'un soir gémir dans la piaule de Lucille depuis trois ans ? Des frimousses pas toutes très sympas non plus, qui se faufilent dans le couloir au lever du jour ou en milieu de matinée, ouais ! Il y en a eu des tas.
La cafetière chante, le pain sent le roussi et le bruit dans mon dos m'alerte d'une présence. Je ne me retourne pas, croyant que c'est mon amie qui vient me dire bonjour. Et comme je suis plutôt énervée...
— Lucille ! Bon sang, tu pourrais être un peu plus discrète ! Tu réveilles tout le quartier avec tes cris de sauvage. Il est parti ?
— Euh... je suis désolé ! Je ne pensais pas que vous nous entendiez !
— Hein ?
Je viens de faire un saut de carpe. Un type est là, devant moi, nu comme un ver, les deux mains masquant son bigoudi. Merde alors !
— Qu'est-ce que... pourquoi n'êtes-vous pas habillé ?
— Pardon ! Lucille ne m'a pas dit qu'elle ne vivait pas seule, je suis désolé.
— Pff ! Elle ne grandira donc jamais ! Vous devriez peut-être aller mettre des vêtements. Je ne suis pas obligée de supporter votre...
— Oh... oui ! Oui ! Je suis confus.
Le mec se tire en vitesse, direction la piaule de la miss qui doit encore dormir. Mince alors ! Voilà un samedi matin qui s'annonce plutôt étrangement déroutant. Il est sans doute plus près des quarante balais que de notre âge, ce type. Et j'ai sous les yeux sa paire de fesses qui surmonte deux jambes assez musclées qui se déplacent vitesse grand « V ». C'est assez harmonieux dans les proportions. De plus malgré ses deux pattes en conques sur son service trois-pièces, je dois dire que j'ai pu admirer un court instant la chose endormie. Pourquoi a-t-elle omis de lui signaler ma présence ? Rien ne m'étonne plus de la part de Lucille. Et je me sers une tasse de café fumant, récupère mes deux toasts dans le grille-pain. Ce gars est sans doute un des plus beaux qu'il m'ait été donné d'apercevoir. Dans la ribambelle de ceux que j'ai vus depuis que nous cohabitons, elle et moi.
Qui de lui ou de moi s'est trouvé le plus gêné ? Les chuchotements qui me parviennent du couloir m'apprennent que le couple de cette nuit va débouler dans la cuisine. Et elle est là ! Aussi blonde que je suis brune, hilare et amusée par l'aventure que vient surement de lui raconter son casse-croute nocturne.
— Salut Claudine ! Pas la peine que je te présente William ! J'ai complètement zappé que tu dormais à côté. Il n'y a pas mort d'homme non plus ! C'est naturel tout ça, non ?
—... Naturel ?
— Ben... tu devrais te décoincer un peu ! Une fois de temps en temps, un mec dans ton lit, ça te ferait le plus grand bien, j'en suis sûre.
— Ça va ! On peut aussi parler d'autre chose ?
— Ouais. Tu nous offres un jus à monsieur et moi ? Maintenant qu'il est présentable.
— Lucille, arrête tu veux ! Tu n'es pas drôle.
Un petit moment de flottement ou de gêne s'installe soudain, et c'est son « William » qui prend la parole.
— Si j'avais su qu'une autre dame partageait ton appartement, je ne me serais pas hasardé à me balader nu !
— Oh ! Je crois que Claudine a besoin d'être aussi un peu bousculée dans ses habitudes de vieille fille. De temps en temps, voir le loup ne peut que lui être salutaire.
— Arrête, Lucille. Tu n'as pas à décider pour moi de ce qui est bon ou pas. Nous sommes colocataires et à ce titre chacune de nous doit respecter l'autre. Alors, tu fais ce que tu veux de tes nuits, ou de tes jours du reste, mais tu ne me mêles pas à tes sombres histoires de cul ! Les espaces communs sont partagés et tes « amis » n'ont pas à me faire subir leur nudité.
— Ouais, tu as raison, ma belle ! C'est moi la fautive. Je ne lui ai pas dit que ma copine bougonne était surement levée, il n'y est pour rien, mon bon William.
Elle a un sourire épanoui en me jetant cela et le brave pékin qui ne sait plus vraiment sur quel pied danser est là, regard allant de l'une à l'autre, se demandant si nous n'allons pas nous crêper le chignon. Et du coup, Lucille ouvre le buffet, en sort deux tasses et se tourne de nouveau vers moi !
— Je peux ?
— Oui... vas-y...
— Eh bien, William, assieds-toi ! Un bon café et tu pourras retrouver ta vie. Tu veux une tartine ?
— Euh ! Je ne voudrais pas vous déranger !
— C'est bon ! Puisque Lucille vous demande de vous assoir ! On s'est dit ce que nous avions sur le cœur, prenez un café et n'en parlons plus.
— Merci. Je suis néanmoins bougrement confus. Encore une fois, je vous prie d'accepter toutes mes excuses.
— Eh ! Ça va ! Claudine va s'en remettre. Elle en a déjà vu d'autres des quéquettes à l'air. Enfin j'ose le croire.
—... ?
Les nez se plongent dans les bols fumants et je fais de même. J'achève mon petit déjeuner et me lève de mon siège.
— Bon ! Je vais me doucher.
— Au revoir Claudine, et...
— Bon, ça va mec ! Tu ne vas pas passer ta journée en salamalecs ou en excuses oiseuses. C'est à moi d'arranger les choses avec ma potine. Bois ton jus, et rentre chez toi !
— Alors, bonne fin de journée, madame.
— Oui, c'est cela, au revoir, William.
Au fond de moi, je sais déjà que c'est plus surement un adieu qu'un au revoir. Je connais la musique et surtout, l'état d'esprit frivole de Lucille. Je ne crois pas que j'ai vu deux fois le même type dans l'appartement, ou sortant de la chambre de ma coloc. J'ai du mal de piger ses papillonnages frénétiques. Elle couche une fois et jette le type sans sourciller. C'est son truc d'en gouter toute une flopée. Assez incompréhensible comme manière de vivre sa sexualité. Je me garde bien d'intervenir dans ses affaires. Après tout, elle ne me fait aucune remarque sur mon absence de relations charnelles. Ça me regarde. Par contre d'habitude, ses « cavaliers » nocturnes ne se baladent pas à poil dans les couloirs.
— xXx —
Je prends tout mon temps pour mes ablutions matinales. Et à ma sortie, ma copine est invisible. Son loulou également et alors que dans ma chambre je m'habille tranquillement, elle vient frapper à ma porte. Je ne réponds sans doute pas assez promptement à ses coups secs dans le panneau de bois. Elle ouvre donc d'autorité et passe son museau par l'entrebâillement.
— Hello, Claudine, je peux entrer ?
— Ouais. Qu'est-ce que tu me veux ?
— Oh ! Je viens m'excuser. C'est vrai que je n'ai pas pensé à lui dire que je partageais l'appart avec toi. Il ne savait pas et il a été un peu contrarié.
— Tu n'en loupes pas une toi, hein !
— Ben, franchement celui-là il a quelque chose de plus. Je ne sais pas quoi ! Comment expliquer non plus !
— Ah ? Tu es tombée sous le charme du beau ténébreux gaillard ? Tu ne serais pas un peu amoureuse, du coup ?
— Je ne sais pas trop. C'est sûr qu'il me plait pour de bon. Mais je pense que te croiser dans notre cuisine l'a un peu chamboulé. Il n'a pas l'intention de me revoir.
— Il te l'a dit ?
— Pas franchement, mais j'ai senti ses réticences quand j'ai avancé un autre rencard.
— Ben, dit donc ! En trois ans, c'est la première fois que je te vois quémander une seconde chance, il est bienheureux ce William.
— Il faut dire aussi qu'il m'a fait tout oublier. Oui ! Avec ce gars, c'était différent. Je ne sais pas expliquer.
— Humm ! Tu viens de rencontrer l'amour, ma vieille !
— Tu devrais peut-être sortir un peu de ton côté. Si tu attends que ça te tombe tout rôti dans le bec...
— Pas besoin d'aller à droite ou à gauche. Tu es là pour rabattre le gibier, non ? Celui-là était surement mieux que tous les précédents. Pour un peu, il m'aurait plu à moi aussi. Dommage que ce soit ta chasse gardée.
—... ? Qu'est-ce que tu racontes, Claudine ? Ce type t'a tapé dans l'œil ?
— Ben, il a des choses là où il faut, non ? Malgré le fait que tu t'en es servi toute la nuit, ça avait encore fière allure.
— Tu veux me faire enrager, c'est ça ? Dis donc ! Je ne ramène pas des hommes chez moi pour que tu me les piques. Tu peux aussi aller draguer, non ?
Elle rigole et je passe distraitement une jupe. Puis un chandail qui moule ma poitrine. Et elle, qui à moins d'un mètre de moi suit mon habillage, cesse d'un coup de rire. Ses yeux se plissent et longent les courbes que le miroir de mon armoire renvoie. Je la vois déglutir péniblement, comme si elle allait s'étrangler. Pourquoi cette attitude bizarre me fait-elle réagir ?
— Qu'est-ce que j'ai de si spécial ? On dirait que tu viens de voir le diable.
— Ben... j'ai jamais fait gaffe, mais sans blague, t'es bien roulée. Tu dois plaire aux mecs, avec des formes pareilles. Dis donc ! Si j'étais un mâle normalement constitué, je te draguerais illico. Wouah ! Quelle poitrine ! Et ta chute de reins, c'est un appel au viol tout ça !
— Ne te moque pas, veux-tu !
— Loin de moi cette idée ! Je t'assure que tu es ravissante. Quel gâchis tout de même !
— Obsédée ! Ma parole, ma coloc est une obsédée de la pire espèce !
Et nous rions de nouveau. Mais dans ses prunelles qui sont rivées sur moi, je sens que c'est un peu forcé. Qu'est-ce qui lui prend ? Elle découvre là que je suis moi aussi une femme ? Du coup, son regard insistant me gêne pour de bon. Et je coupe court à tout ceci.
— Bon ! Je vais au marché, tu m'accompagnes ?
— Au marché ? Ah ! C'est vrai que nous sommes samedi matin. Je ne suis pas prête. Tu prends de quoi nous nourrir la semaine et nous partageons les frais ? Si tu veux, nous pouvons sortir faire un tour dans l'après-midi, je vais faire comme toi maintenant !
— Comme moi ?
— Ben oui ! Prendre une douche et me pomponner. J'ai les reins en compote.
— Belle nuit, douce nuit. Le preux chevalier William a vaincu la blanche colombe. Encore qu'en fait de colombe, on a déjà trouvé mieux !
— Méchante ! Ou jalouse peut-être. Ouais, ma vieille, il est temps que tu te dévergondes.
— Et voilà, la débauchée qui veut que tout le monde lui ressemble. Allez, je file faire les courses, puisque tu as des courbatures. Bise, Lucille !
— À tout à l'heure donc. Et attention au fromager, il a un petit béguin pour toi. File, Claudine !
Et c'est le cœur en fête que je gagne la rue et que je remonte vers la place du marché. Il fait beau, les gens sont souriants, et mon Dieu la vie semble belle. Je salue deux ou trois habitués qui du menton ou de la tête me font un signe amical. J'aime les odeurs qui flottent sur les étals des marchands ambulants. Ici le volailler et ses rôtissoires, là le stand du poissonnier. Je marque le pas aux fruits et légumes, et finalement mon cabas se remplit de ses bonnes choses qui me font saliver. C'est dans la queue pour accéder à la boulangerie qu'une main vient se poser sur mon épaule. Je fais un bond et me retourne. Derrière moi, il est là qui me regarde avec un air espiègle. Je suis surprise et je peine à croire que c'est le même individu qui ce matin de bonne heure...
— Eh bien, madame Claudine, le monde est petit, non ?
—... Qu'est-ce que vous faites là ?
— Disons que comme vous, j'ai besoin de pain frais tous les jours, et je réside là !
—... ?
Du bout de l'index tendu, il me montre des fenêtres au-dessus d'un magasin. Une librairie qui vient tout juste d'ouvrir ses portes il y a quelques mois, et où il m'arrive d'aller acheter un bouquin.
— Là ? Vous habitez au-dessus de la librairie ?
— Oui. C'est celle de ma sœur. Je suis désolée des circonstances dans lesquelles nous nous sommes rencontrés. Votre amie Lucille, elle a un sacré tempérament.
— Mmm ! À mon avis pour faire un tel boucan, vous ne deviez pas donner votre langue au chat.
— Euh...
Il me regarde et soudain je comprends la bêtise de ma répartie. Je pique un fard alors que le bonhomme a un air penaud. Puis une risette nait sur ses lippes. Nous avançons dans la file et enfin je paie ma baguette. Lui est toujours dans mon dos. Il se penche en avant pour me murmurer deux ou trois mots.
— Ça vous dit une viennoiserie ? Prendre un café en ma compagnie ? Il sera surement moins gouteux que le vôtre, mais...
— Euh ! Je n'ai pas beaucoup de temps.
— Allons ! Lucille peut bien vous attendre un peu. Ne vous faites pas prier. Et puis, vous ne risquez pas grand-chose. Vous savez où j'habite, vous allez même avoir mon nom de famille. Et puis ma sœur est une garantie de bonne foi.
— Quoi ?
— Ben, vous semblez connaitre bien la librairie, donc vous avez déjà vu ma frangine, Coralie. Allez ! Un bon expresso n'engage à rien d'autre que passer quelques minutes sympathiques en compagnie d'un brave homme.
— Ouais, vous oubliez Lucille et j'ai dans l'idée qu'elle attend plus de vous qu'un bref passage dans sa nuit.
— Oh ! Nous ne nous sommes rien promis. Et elle a été suffisamment claire hier soir avant que... Pas question d'un autre moment de tendresse, c'était entendu entre nous.
— Seuls les fous ne changent jamais d'avis, non ?
— Alors ! Je suis fou ! Ce café ? Nous y allons ?
La serveuse qui attend depuis le début de notre conversation semble perdre patience. Il faut dire que la queue s'étend de plus en plus dans la rue.
— Vous avez besoin d'autre chose messieurs-dames ?
— Euh... ! Mettez-moi trois parts de flan, s'il vous plait.
Il a lancé ça sur un air de défi en me fixant profondément. La jeunette en tablier noir et blanc empaquète les trois douceurs blondes et il lui refile un billet de vingt euros. Elle rend la monnaie et nous nous retrouvons dans la rue, ce William me collant aux basques. Il me guide habilement vers le passage clouté qui dessert l'immeuble où est situé son logement. Pourquoi est-ce que je suis béatement l'individu ? Aucune idée, mais je ne suis ni forcée ni effrayée par le fait d'entrer dans une maison inconnue, en compagnie d'un type que j'ai croisé à poil le matin même, chez moi. Bizarre comme situation !
— xXx —
Une fois dans la cage d'escalier qui monte chez lui, c'est une tout autre musique. Je sais, sens que ce type vient de me piéger et je ne peux pourtant pas me défaire d'une sorte de jubilation interne. Oui ! Nous grimpons les marches, et le palier sur lequel nous atterrissons comporte deux portes. Il laisse de côté la première et se dirige vers celle plus au fond de ce couloir.
— Là, c'est l'appartement de ma sœur ! Chez moi, c'est au fond ! Plus haut, c'est le grenier et il sert de remise pour les bouquins de Coralie. Elle est ma cadette de deux ans.
— Ah ! Et elle aussi vit seule ?
— Ben... oui ! Elle ne fait que bosser. Je crois bien qu'elle est mariée avec son magasin. Entrons, voulez-vous !
Il pousse la porte déverrouillée d'un tour de main rapide. C'est agréablement meublé, avec de toute évidence la patte d'une femme pour la décoration. Tout est dans l'enfilade des pièces plutôt d'un style moderne. Curieuse, mes mirettes se posent sur tout ce qui est dans cet appartement. William qui me drive vers la cuisine, tenant toujours ses douceurs à la main, n'est pas dupe. Et d'une voix plus qu'enrouée, il me rencarde.
— Dans tout ce qui nous entoure, voyez la main de ma petite sœur.
— Ah ! Elle a bon gout !
— Merci pour elle ! Elle va sans doute monter ! L'odeur du café l'attire toujours. À croire qu'elle a un radar à la place du nez.
Il rit et je me sens dans mes petits souliers. Qu'est-ce que je fiche dans cet univers bien loin du mien ? Bien entendu qu'il est gentil cet homme. Mais d'une part, il couche avec ma coloc et par ailleurs, je n'ai pas spécialement envie de mettre la zizanie entre Lucille et moi. Il me fait assoir et une assiette fait son apparition sur la table. Les trois triangles dorés au centre de celle-ci me font d'un coup songer que sans doute, sa frangine va venir nous rejoindre. De quoi vais-je avoir l'air ? Que va-t-elle imaginer en me trouvant assise là ? Bizarre questionnement qui m'assaille soudain et qui me perturbe vraiment. Autour de nous, le bruit de l'eau qui bout et passe dans le filtre, entrainant dans son sillage les arômes subtils du café.
Lui tranquillement poursuit sur sa lancée. Cette fois, trois soucoupes supportant chacune une tasse, posées sur la toile cirée, agrémentent joliment la table de taches roses d'un décor « Fragonard » désuet. Machinalement, je soulève celle devant moi. Geste qui ne passe évidemment pas inaperçu du maitre des lieux.
— Un héritage de mes parents ! Elles ne sortent qu'en de grandes occasions, c'est-à-dire, presque jamais.
— Ah ! Je dois trouver flatteur d'être « une grande occasion » ?
— Oh ! Pardon ! Je suis content de vous recevoir et... j'ai toujours l'art et la manière de mettre les pieds dans le plat ou de me les prendre dans le tapis. Je suis... désolé ! Ce matin déjà, il me semble que je ne vous suis pas apparu dans la meilleure des postures. Et voilà que je recommence à m'enliser, même chez moi !
—... ! Je...
Je vais pour répliquer, mais c'est l'entrée de la jeune femme qui ne connait pas ma présence qui bloque ma répartie. Elle est là, robe bain de soleil, qui découvre ses bras et ouvre un décolleté qui montre la naissance d'une poitrine impossible à éviter. Elle parle fort pour signaler sa venue et avance directement dans la cuisine. Et son pas alerte est brutalement interrompu lorsqu'elle s'aperçoit qu'une étrangère est attablée.
— Oh ! Je... pardon ! Je ne savais pas.
— C'est bon, entre Coralie. Je te présente une amie de fraiche date. Voici Claudine !
— Bonjour, Claudine ! Heureuse donc de voir que mon frère se décide enfin à avoir des amies qui ressemblent à de vraies femmes.
—... ? Bonjour ! Je suis confuse !
— Ne le soyez pas ! C'est la première fois qu'une autre femme que moi met les pieds dans cet appartement. Mon frère passe sa vie je ne sais où, à trainer avec je ne sais qui. Je suis contente de savoir que parmi ses connaissances, il y a au moins un visage connu. Nous nous sommes déjà croisées, n'est-ce pas ?
— Je viens parfois vous acheter un livre ou deux, j'aime lire.
— Une saine occupation ! J'ai longtemps craint que ce grand benêt ne soit... enfin que les femmes ne l'intéressaient pas !
Le frérot en question ne cesse de rigoler en écoutant la nana qui trace de lui un portrait que je juge peu flatteur. Puis elle s'assoit d'autorité face à moi. Lui sert enfin les trois porcelaines et quand elle soulève la sienne, elle stoppe de nouveau son geste avec la tasse à hauteur des yeux.
— Mais William, tu as gardé ces horreurs ? Je pensais qu'elles avaient été jetées depuis longtemps !
Elle trempe ses lèvres dans le breuvage noir, redresse la tête et s'adresse à moi.
— Je vois qu'il a sorti l'artillerie lourde, pour toi Claudine. Il t'a invité ici, il sort la belle vaisselle... tu dois forcément être spéciale à ses yeux.
— Ah... ?
— Du coup, tu deviens hyper importante aux miens ! Que je te tutoie ne t'indispose pas ?
— Euh... non ! Non, bien sûr !
— À la bonne heure. Alors, raconte ! Comment vous êtes-vous rencontrés William et toi ?
Je suis scotchée ! Je ne peux décemment pas lui narrer l'histoire dans son intégralité. Comment lui dire que notre première entrevue s'est déroulée dans une cuisine autre et qu'il était entièrement à poil ? Et surtout qu'il sortait du lit de ma copine. Je rougis sûrement à l'évocation dans mon esprit de cette drôle d'affaire. Et le type parait amusé de mon embarras. Il ne vient pas pour cela à mon secours. Il attend impatient de voir qu'elle salade, je vais bien pouvoir débiter à sa frangine. Comment botter en touche et que ça ait l'air vraisemblable, sans pour autant mentir ?
— Oh, c'était chez une amie, devant un café aussi.
— Ouais ! Un sacré fêtard, mon frère. Enfin ! Ça fait longtemps que vous fricotez tous les deux ?
Là, c'est lui qui réagit. Il est aussi emprunté que moi pour répondre à ce qui du coup ressemble bougrement à un interrogatoire. Mais il fait l'effort de m'épargner une réponse misérable.
— Non ! C'est assez récent et puis, ma petite Cora, je t'aime bien, mais je ne me mêle pas moi, de ta vie sentimentale ! Alors, ne harcèle pas cette jeune dame de tes questions impertinentes. Tu veux tout savoir sans rien payer ? La curiosité est un vilain défaut.
— Olala ! Tu en fais bien des mystères ! La tarte, j'ai droit à une part ?
— Ben... oui ! Mangez-les, elles sont là pour vous.
Et au moins nos pattes sont-elles occupées, ce qui nous permet de nous détendre un peu. Et la bouche féminine qui mord avec ardeur dans la pointe de flan ne cherche plus d'explications aux « amours » de son frangin. Ce qui me convient parfaitement. Et nous passons quelques minutes agréables, à avaler une pièce de tarte et un caoua sans plus nous poser de grandes questions existentielles. Au bout d'une petite demi-heure, elle bondit sur ses guibolles.
— Bon ! Ce n'est pas le tout, mais j'ai une boutique à faire tourner, moi. Heureuse de t'avoir revu, Claudine ! Tu passes quand tu veux me voir à la boutique, et salut toi ! À midi, je déjeune avec un fournisseur... ne m'attends pas pour le repas.
— Tu me l'as dit vingt fois hier, ma belle ! La rentrée des classes se prépare longtemps à l'avance, et patati et patata ! Tu radotes à ton âge ?
— Sale gosse ! Bon, on se fait la bise ?
—... ?
Sans plus attendre une réponse, je vois sa bouille s'approcher de mon visage et deux smacks bruyants éclatent dans la cuisine alors que ses bras solides m'attirent contre elle. Alors, nos deux poitrines s'écrasent l'une contre l'autre. Un effet étrange que de sentir ses deux doudounes assez proéminentes qui flirtent avec mes deux pommes. J'ai la sensation du coup que ses seins ne sont protégés que par le frêle rempart de tissu de sa robe. Pas comme sur moi de soutien pour cette poitrine qui ne montre aucun signe de faiblesse, malgré un volume conséquent. Il y a aussi dans les prunelles claires de la femme qui s'écarte de moi, des éclairs que je n'analyse pas vraiment. Le feu follet s'éloigne et la porte claque quelques secondes plus tard.
William me scrute avec quelques interrogations dans sa manière de me regarder. Au bout d'une poignée de secondes d'un silence lourd, il laisse enfin tomber sentencieusement.
— Bon, tu viens de faire connaissance avec Coralie, ma petite sœur !
— Charmante demoiselle, je le reconnais !
— Oui ! Une femme pleine de secrets et de contradictions. Tu lui plais, ça crève les yeux !
—... ? Ça sous-entend quoi de précis, ces paroles ?
— Donc tu n'as rien remarqué ?
— Enfin, bon sang ! Qu'est-ce que j'aurais dû voir ? Je n'ai senti chez elle qu'une femme qui se préoccupe du bien-être de son frère...
—... Mon bien-être, c'est sûr ! Mais lorsque je te dis que tu lui plais, ça veut surtout dire qu'elle en pince déjà pour toi. Tu vois, ma sœur a des... comment te dire ça, des mœurs qui ne sont pas celles de tout le monde.
— Quoi ? C'est quoi ce charabia ? Je ne pige pas tout dans ce discours plutôt glauque.
— Pour te mettre les points sur les « I », Coralie serait plutôt du genre amazone et préfère surement les corps féminins à ceux plus virils des messieurs.
—... ? N'en rajoute pas une couche. Je ne veux pas savoir. Et je crois qu'il est temps pour moi de prendre aussi congé, merci pour tout ceci.
— J'ai une chance de te revoir, Claudine ?
— Tu oublies un peu vite qu'entre toi et moi, il y a un léger écueil. Et celui-là s'appelle Lucille. Je tiens à garder de bonnes relations avec ma coloc et néanmoins amie. Tu peux concevoir ça ?
— Tout à fait ! Dommage ! J'ai sans doute fait un mauvais choix hier soir. Mais c'est si fréquent dans la vie de se fourvoyer. Encore un chemin de traverse qui ne mène à rien. Merci en tout cas, et heureux de te connaitre et d'être qui sait, ton ami, Claudine !
— Pas de souci ! Bonne journée et désolée, mais je n'ai pas pour habitudes de marcher sur les plates-bandes de mes copines.
— C'est tout à ton honneur ! Merci et nous nous reverrons qui sait !
La rue et son brouhaha me happent, chape de plomb qui me tombe sur les épaules. Il est l'heure de retourner vers celle qui doit avoir fini de se grimer pour la journée. Et puis, n'est-ce pas moi qui trimballe le déjeuner ? Un poulet grillé tout chaud que je récupère à la rôtisserie du marché, le tout agrémenté de petites patates dorées toutes chaudes. Il ne reste plus qu'à confectionner une bonne salade verte et le tour est joué. Mais auparavant, je remonte la rue et je dois dire que ça remue beaucoup sous ma tignasse brune. Me voilà bien ! Lucille sans le savoir me place dans une position plus qu'inconfortable. Ce William me plait vraiment et c'est la mort dans l'âme que je cède du terrain. Et puis, pour couronner l'ensemble, cette sœur dont il m'a soufflé carrément qu'elle est lesbienne ou quelque chose d'approchant, de quoi me triturer les méninges pour toute la journée.
À suivre...
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Photo de profil de Frederyc
Frederyc
26 juillet 2026 à 16:30
Je sais, je sais, je répète les propos précédents, mais voici un excellent début pour une histoire qui devrait être passionnante.
Merci beaucoup Jane !
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de assas78
assas78
26 juillet 2026 à 13:59
Excellent !
Belle histoire bien écrite
J'attends avec impatience la suite
Soyez respectueux
Répondre
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plemagne
26 juillet 2026 à 08:40
Hum, c'est bien, ça.

J'ai été accroché dès les premières lignes par une écriture alerte, fluide et un contenu qui nous tient en haleine.

Oui, ces deux là vont avoir une histoire, quels que soient les obstacles, et nous, nous serons là pour en lire les péripéties.
Soyez respectueux
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Hétéro
✦ Jane Does Chemins de honte XSTORY
Chemins de honte
Chapitre 1
Par Jane Does
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Hétéro

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