Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Un air vintage si léger 3 — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Un air vintage si léger 3
Chapitre 1
Gare de Lille, 13 juin 2023, la chaleur matinale étouffe déjà le hall de la gare. Les écrans ont fermé leurs yeux lumineux. Une panne embarrasse les voyageurs hagards sans créer de tumulte. Ma nuit a été courte, un dossier a rongé patiemment mes élans de sommeil avant que ma fatigue ne s’empare de mon esprit. J’arrive en hâte à la gare sans café pour éclairer mon esprit. Je rejoins vite le quai du TGV en suivant le mouvement de fourmis des travailleurs frontaliers de la capitale. Ma voiture est bondée. J’emprunte le petit escalier qui respire une odeur de chaud étouffante. Cheminant dans l’allée, je cherche ma place qui est dans un carré. Une femme de 65 ans est assise sur le couloir et trois hommes occupent les trois autres places. Ma place couloir en face de cette élégante femme en robe est occupée par un homme. Je regarde derrière moi s’il reste des places. C’est le cas. Peu m’importe. Le visage rond et soigné de cette femme me plaît.
Les autres places n’offrent aucune meilleure monnaie d’échange. J’engage alors un échange avec le profiteur sans titre d’occupation de mon fauteuil, qui n’oppose aucune résistance en voyant la peau rougie de mon visage, qui bout de mes efforts physiques menés pour ne pas rater ce train et mes rendez-vous parisiens. Le malheureux n’oppose aucune résistance et ne cherche pas à fulminer des explications. Je m’installe tranquillement. Le plateau de ma table devant moi est replié, ce qui m’offre une vue imprenable sur les jambes de ma charmante voisine, que j’ai pris soin de saluer en m’asseyant tout en regardant rapidement les deux autres hommes. Leur discussion reprend après mon arrivée. Leurs voix sont posées et inspirent une marque de politesse pour la somnolence des autres voyageurs. Le carré est au bout de la voiture et forme un espace sans passage, car nous sommes dans la dernière voiture.
Les jambes de la femme sont écartées, ce qui me laisse deviner qu’elle est pleinement à l’aise et en confiance. Elle porte des espadrilles à talons qui laissent s’échapper ses orteils sur le côté. Ses ongles des pieds sont très soignés et colorés de rouge vif. Mon regard s’élève vers son visage, qui est distinctement recouvert d’un maquillage léger ponctué d’un rouge à lèvres assorti à ses ongles de pieds, comme ses ongles de main. L’harmonie de couleur est irréprochable et reliée entre ces tonalités rouges par une robe chemisier blanche ceinturée par un cuir noir large. Sa poitrine reste mesurée et ne me permet pas de tirer une conclusion hâtive sur l’usage qu’elle pourrait faire de ses charmes. Ses cheveux sont restés châtains à l’évidence artificiellement.
Le train s’élance sans brouter la voie ferrée. L’équipe SNCF nous épargne ses messages habituels ridicules qui nous présentent à l’ordinaire notre voyage comme un Paris-Tokyo. Je refuse d’ouvrir mon dossier et m’invite à prolonger mon réveil par une petite sieste improvisée. Je retire mes mocassins pour dégonfler mes pieds supportant mal mes chaussettes. La propreté de la moquette n’est pas un sujet pour moi. Mon pied droit reste en retrait de son pied gauche. Puis à la faveur d’un mouvement de ma part, il prend l’initiative de se coller à son pied gauche. Ma voisine ne cherche pas à faire s’échapper ses orteils à ce contact. Mon hallux colle maintenant son quintus. Quelques instants après, mon hallux avance un peu pour faire entrer dans la baie de mon pied ses tertus, quartus et quintus. Mon pied les abrite et les protège. Ma voisine ne cherche pas à croiser mon regard. Les quatre plateaux de la table centrale étant déployés, la scène garde le secret de ce moment.
Les minutes s’écoulent jusqu’à Paris sans mouvement. Le sommeil finit par m’accaparer. Le message d’arrivée du chef de bord me réveille. Ses orteils n’ont pas bougé. Je perçois un petit mouvement horloger de ses deux plus petits orteils, qui s’amusent, ravis du cocasse de la situation. Mon réveil est doux. Je lève les yeux et rencontre son regard posé sur moi. Ses yeux verts brillent. J’esquisse un sourire comme un baiser léger, qu’elle accepte et me rend plus largement. Je me lève sans m’attarder. Ce moment de douceur a vécu dans ce train hors du temps. Il n’appartient qu’au hasard, que je remercie. C’était si bon et doux. Le bonheur est éphémère.
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