Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Manon et Charlotte — Chapitre 1 · Une rencontre : la pelouse est belle, le gazon n'est pas maudit
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Manon et Charlotte
Chapitre 1 · Une rencontre : la pelouse est belle, le gazon n'est pas maudit
Au début de cette histoire vraie qui n'est pas la mienne, disons qui ne m'est pas arrivée, mais que je suis autorisée à raconter, Manon est une belle brune de 32 ans qui cache un sourire timide derrière de longues boucles brunes.
Depuis un an, elle échange avec Charlotte, une cliente, des coups de fil de plus en plus longs, des méls... Très rapidement, elles ont sympathisé, et de message en message, conversation en conversation, les deux femmes se sont trouvé des points communs.
Notamment une amusante coïncidence, toutes les deux sont nées le 22 octobre à 14h, l'heure de la sieste crapuleuse, comme a l'habitude de dire Fabien, le mari de Manon, mais avec un an d'écart.
Autre découverte qui les a amusés, Manon est née à Choisy-le-Roi et Charlotte à Bourg-la-Reine. "J'étais prédestinée !" a dit Charlotte, sans que Manon ne comprenne pourquoi.
Ce n'est que plus tard, lors d'une autre conversation où Manon a dit être mariée avec Fabien, qu'elle connaît depuis leur adolescence, que Manon comprend la réflexion de "la prédestination" de Charlotte qui lui dit être célibataire, puis après un instant d'hésitation ajoute qu'elle est lesbienne et espère que ça ne gêne pas son amie "Parce qu'on est amies hein ?"
Manon la rassure, oui elles sont amies, et non ça ne la gêne pas, de son côté aucune hésitation ni doute, elle est hétéro depuis toujours et n'a jamais été attirée par les femmes ni eu d'envie saphique, pourtant des occasions... et comme elles disent en même temps ne pas imaginer que cette histoire pourrait être autre chose qu'une amitié, elles éclatent de rire. Et c'est Manon qui la première dit "Bon cette fausse tension sexuelle évacuée, on se rencontre ?"
Quand le lendemain, Manon retrouve Charlotte à la terrasse d'un café après son boulot, elle la trouve belle, puis soudain ça lui saute au visage en même temps qu'elle ressent comme un coup de poing au ventre qui lui coupe le souffle : Ça doit être ça un coup de foudre ! Un énorme coup de foudre même.
Elle réalise que tous les messages qu'elle lui envoyait, que tous ceux qu'elle recevait, ont pris une place énorme dans sa vie.
Que Charlotte a pris peu à peu, naturellement, une place importante dans son quotidien, et une évidence lui saute immédiatement aux yeux : elle va prendre encore plus de place. Elle en est sûre, elle le veut.
Parce qu'elle la veut ! Parce que surtout, plus évident encore, de façon épidermique et irréfléchie, elle a eu tout de suite envie de l'embrasser au moment où elle l'a vue.
Parce qu'elle la veut ! Parce que surtout, plus évident encore, de façon épidermique et irréfléchie, elle a eu tout de suite envie de l'embrasser au moment où elle l'a vue.
C'est la première fois qu'elle a envie d'embrasser une femme. En fait non, pas juste une femme, Charlotte. Juste Charlotte ! Et elle ne réfléchit pas.
C'est ce qu'elle explique en rougissant à Charlotte, surprise d'avoir été cueillie comme ça, mais heureuse ; elle, elle avait déjà pressenti, reconnu dans son for intérieur avoir plus qu'un petit béguin amical pour Manon : être amoureuse de Manon, rien qu'en parlant avec elle au téléphone de tout, de rien, d'elles pendant un an.
En prenant la main de Manon par-dessus la table, Charlotte l'invite à partager ce qu'elle ressent et elles parlent pendant une heure, sans lâcher la main de Charlotte ni l'embrasser non plus, pourtant elle a encore envie des lèvres de Manon sur les siennes, simplement en se regardant les yeux dans les yeux.
Aidée par Charlotte dans ce cheminement, cette introspection, Manon se découvre, se livre comme jamais elle ne l'a fait, ni à sa meilleure amie, ni à sa sœur, et encore moins à Fabien.
Puis pendant une autre demi-heure, elles parlent ensemble de ce qu'elles veulent faire, les idées, les mots, les gestes traduisant des envies fusent, Charlotte est d'accord pour ne pas bousculer plus Manon, pour ne pas qu'elle remette en cause son couple et sa vie, pour ne rien brusquer et attendre.
"Attendre quoi ? demande Manon, partagée entre impatience et appréhension, toujours sous l'émotion de ce baiser qu'elle aussi voudrait répéter.
Charlotte lui explique, lui impose :
— On laisse passer une semaine pour se revoir, pour que tu réfléchisses, que tu sois sûre de tes sentiments, que tu m'aimes, et que c'est pas juste un désir tout beau tout neuf. Que ton coup de foudre n'est pas un feu de paille. J'ai trop souffert de mon côté...
— On peut quand même s'appeler ? J'ai trop besoin d'entendre ta voix, demande Manon.
— Oui... oui on peut. Sinon tu seras dans l'envie par frustration, pas par amour. Et moi aussi j'en ai besoin. Mais que trois fois et défense de parler de ça.
— On peut quand même s'appeler ? J'ai trop besoin d'entendre ta voix, demande Manon.
— Oui... oui on peut. Sinon tu seras dans l'envie par frustration, pas par amour. Et moi aussi j'en ai besoin. Mais que trois fois et défense de parler de ça.
Dès le premier jour, Manon ne peut se retenir, et au bout de dix minutes lui dit :
— Je t'aime, j'ai... j'ai envie de toi.
Charlotte lui dit :
— Non !!! On a dit qu'on ne parlait pas de ça. Et elle raccroche aussitôt.
Manon rappelle, mais Charlotte ne décroche pas et elle tombe sur le répondeur, la voix tremblante elle lui demande pardon. Quelques minutes plus tard, Charlotte ne rappelle pas, mais lui envoie un message :
"Ne triche pas, c'est avec toi que tu tricherais, mais c'est moi qui aurais mal."
Les deux autres fois se passent bien, même si Manon a envie de lui dire, lui crier qu'elle l'aime.
Une longue semaine pus tard, au deuxième rendez-vous dans le même bar, Manon s'assoit sagement face à Charlotte qu'elle trouve plus belle encore, et la dévore des yeux puis plus timidement que ses yeux qui hurlent son envie elle lui demande :
— Je peux t'embrasser ?
Deux heures plus tard.
Dans l'appartement de Charlotte (Manon était prête à aller dans un hôtel, mais Charlotte trouvait que pour une première fois, peut-être cette seule fois ce serait un peu... bizarre, voire glauque, en tout cas trivial, et ne voulait pas de ça pour Manon qui n'a pas lâché sa main durant la demi-heure du trajet en métro, les yeux dans les yeux), elles se sont découvertes, au propre comme au figuré, Charlotte guidant Manon, et elles ont fait l'amour, non-stop.
Manon a joui comme jamais, et surtout elle a fait jouir son amie, son amante, oui son amante maintenant, après s'être demandée toute la semaine comment ça se passerait, parce que dans sa tête c'était acquis, ça se ferait, et surtout si elle saurait, sans être maladroite, et surtout sans être ridicule.
Une chose est sûre, elle ne veut pas que leur histoire s'arrête là :
— Sexuellement, waouh, c'est une révélation. Mais surtout, je suis folle amoureuse de toi, dit-elle, épuisée à son amante, lovées dans les bras l'une de l'autre.
Charlotte s'écarte légèrement, l'embrasse, lui répond :
— Je suis raide dingue de toi moi aussi, avant de faire de nouveau l'amour.
Avant de se séparer après avoir encore fait l'amour, dans la douche cette fois, Manon lui dit qu'elle veut continuer, elle voudrait éviter de le faire de façon clandestine, mais "Tu comprends, je ne veux pas faire de mal à Fabien, alors en douce si tu es d'accord."
Rapidement, elle organise son emploi du temps, avec toute son efficacité et sa rigueur de comptable, aussi crédible qu'elle le peut, donc avec un minimum de mensonges pour ne pas se retrouver empêtrée dedans.
Elles se voient principalement chez Charlotte, deux fois par semaine, mais très vite, pour l'une comme pour l'autre, c'est vraiment peu, beaucoup trop peu. Manon n'aurait jamais cru être aussi amoureuse et avoir un tel appétit sexuel. Surtout pour une femme. Enfin non, encore une fois pas juste pour une femme, pour Charlotte, juste Charlotte.
Au bout d'un mois, pour pouvoir se voir chaque jour ou presque, Manon prend un abonnement à un club de sport en guise d'alibi, et comme c'est Fabien qui fait les comptes (au boulot ça lui suffit déjà), elle paye réellement son inscription. Mais la seule fois où elle va en salle, bien sûr avec Charlotte, c'est pour faire l'amour dans le sauna. Un vieux fantasme que son mari n'a jamais osé lui offrir.
Comme d'ailleurs pour la tenue. Occasion pour Manon de faire l'amour pour la première fois dans une cabine d'essayage. Autre vieux fantasme jamais réalisé avec son mari a l'esprit décidément un brin coincé, en tout cas trop classique, se dit-elle.
Ses premières vacances sans Charlotte, une semaine, une seule semaine et au ski en plus, donc bien occupées, ont été interminables pour Manon, Charlotte lui a manqué au bout de deux jours, et la demi-heure quotidienne au téléphone n'a rien apaisé, au contraire.
En rencontrant la meilleure amie de Charlotte, puis plein d'autres, elle comprend que le fait que personne de son côté ne connaisse l'existence de Charlotte la fait se couper des siennes ; et en même temps... si peu d'entre elles comprendraient, ou de travers, vu le contexte...
Et comme un éclair déchirant le ciel, elle réalise que cela voue cette relation à n'être qu'un chapitre de sa vie, important bien sûr, mais juste cela...
Mais elle est amoureuse et ne veut pas stopper cette histoire.
Ni rompre avec Fabien, son mari, son amoureux depuis les bancs du lycée.
Pendant neuf mois, Manon et Charlotte s'aiment dans l'ombre tout en faisant des choses folles, comme ce soi-disant week-end à Venise avec son CE, Venise que Fabien lui promet depuis des années, et passé en amoureuses, la culpabilité de cette trahison-là ayant été vite oubliée dans les bras de son amante.
Ou cette semaine aux Baléares, pour le coup vraiment avec son CE où elle présente Charlotte comme sa cousine. Où sa collègue Sarah les a vus se tenir par la main et danser plusieurs slows... très, très collées serrées pour des cousines. Et les a-t-elle vues s'embrasser ou pas à Valdemossa, dans le patio du musée Frédéric Chopin et George Sand, les amants romantiques ? Manon tenant par la taille "sa cousine" qui, elle, la tenait par la nuque. Mais c'est vrai que le soleil l'avait aveuglée au moment de sortir dans le jardin.
Heureusement que ses yeux de myope et sa naïveté ont vite permis à Manon de la faire douter. C'est passé juste. Même si Sarah a toujours un doute lorsqu'elles se croisent au bureau.
Heureusement que ses yeux de myope et sa naïveté ont vite permis à Manon de la faire douter. C'est passé juste. Même si Sarah a toujours un doute lorsqu'elles se croisent au bureau.
Mais le temps passant, le risque d'une gaffe augmente avec le relâchement de sa prudence, comme d'inviter Charlotte chez elle, une soirée, puis une nuit, puis deux lors de courts déplacements de Fabien, puis pour plus longtemps au prétexte de dépanner "une collègue" en galère d'appartement inondé.
Certes Fabien est d'accord, il est tellement confiant et cool finalement, et puis ça tombe bien parce que finalement c'est même mieux que Manon ne soit pas seule pendant ces trois semaines où il sera à Chicago, enchaînant son retour via Londres puis Berlin. Il s'en veut toujours de la laisser seule longtemps.
À son retour quand il a trouvé un soutien-gorge et une boucle d'oreille de Charlotte dans leur chambre, il a bien voulu croire la fable qu'elles aient fini par partager le lit, ne se demandant même pas si c'était en tout bien tout honneur, "le canapé étant si peu confortable", lui dit Manon, la tête sur l'oreiller...
Il a juste un peu tiqué, mais pas trop discuté quand Manon a voulu que Charlotte vienne avec eux deux semaines en Thaïlande, adieu leurs vacances en amoureux. "Tu comprends, elle a toujours voulu y aller, mais toute seule... Et puis elle me tiendra compagnie quand tu plongeras."
Bon, même si elle est pas mal là le week-end, toujours à l'initiative de Manon, ou quand il est en voyage, elle est sympa Charlotte, pas chiante, et puis elle semble apaiser, rassurer Manon, la bonne copine qui veille sur elle ; en plus elle est drôle, gourmande, cultivée, généreuse, toujours partante, serviable et discrète, il l'aime bien quoi.
Mais voilà, Charlotte en veut plus, et un jour fait la demande si terrible et si belle à Manon de vivre ensemble. Parce qu'elle l'aime et a besoin d'elle.
Choix cornélien, choix impossible pour Manon qui doit, mais ne veut pas, ne peut pas choisir.
Trois, six, douze semaines, et bientôt quatre mois... Et sans vouloir vraiment mettre la pression, Charlotte revient quand même à la charge, une, deux, trois fois, et plus... puis arrête. Net !
Et Manon ne peut en parler avec personne et doit continuer de faire comme si de rien n'était.
Elle pleure en cachette à la salle de bains, aux toilettes du bureau, dans la tranquille et discrète pénombre de l'église voisine où elle peut se réfugier pour être seule, elle ne mange plus, perd du poids, dépérit.
Fabien ne comprend pas, met ça sur le compte du stress au boulot, de l'enfant qu'ils essaient de faire en vain depuis trois ans, de ses nombreux déplacements où il la laisse seule, et en plus, manque de chance, Charlotte qui semble moins disponible dans le même temps.
D'ailleurs il appelle même Charlotte pour savoir si elle sait quelque chose, si elle s'est confiée à elle... il est inquiet, d'autant qu'il trouve Charlotte un peu... bizarre, distante... Mais non, elle ne sait rien a priori. La voix un peu sourde elle promet de passer un jour puis lâche "Mais en ce moment c'est compliqué pour moi, si tu savais Fabien ! "
Ah oui, s'il savait, mais il ne sait pas, et heureusement, se dit Charlotte.
Ou pas. Ce serait plus simple. Ça trancherait d'une façon ou d'une autre. Elle hésite.
Surtout au moment où Fabien se dit à haute voix que Manon a peut-être quelqu'un...
Vraiment, elle hésite à tout lui balancer... Mais non, elle n'est pas une garce, alors elle ne dit rien et Fabien ne comprend pas que ce silence est un aveu en quelque sorte.
Jusqu'au soir où il rentre et trouve Manon allongée sur le lit avec une boîte de somnifères et une bouteille de vodka. Vides toutes les deux.
Depuis les urgences, il appelle Charlotte. Enfin merde, elle doit quand même savoir quelque chose... D'ailleurs c'est son prénom qui était sur le mot à côté de Manon. Juste son prénom en haut d'une page blanche.
Sept mois ont passé.
Manon n'a jamais vraiment su ce que Fabien et Charlotte se sont dit pendant les presque quarante-huit heures où elle a été inconsciente.
Tout ce qu'elle sait, c'est qu'à son réveil Fabien était assis à sa gauche et lui tenait la main, et la regardait avec un sourire grave, de la crainte, du soulagement, de l'espoir et beaucoup d'amour.
Et qu'à sa droite, Charlotte lui tenait la main, et la regardait avec un sourire grave, de la crainte, du soulagement, de l'espoir et beaucoup d'amour.
Et ce jeudi, ils ont rendez-vous chez le notaire pour acheter cette petite maison de quatre chambres.
Une pour Fabien, une pour Charlotte et une pour elle...
Quand elle n'a pas envie de passer la nuit avec l'un ou l'autre.
Parce que Fabien est d'accord, le canapé est vraiment inconfortable.
Et la quatrième ?
Pour le bébé qui viendra enfin sous quelques mois.
Enfin, les bébés. Parce que Charlotte accouchera dix semaines après Manon...
Voilà, d'aucuns diront que la fin ressemble peu ou prou au scénario du film "Gazon maudit" ; c'est vrai qu'il y a des similitudes.
Mais c'est vrai aussi que cette histoire est réelle, et si je la raconte aujourd'hui, c'est bien sûr avec l'accord de Manon et de Charlotte.
Et aujourd'hui, je suis la tante de Mallory, trois ans, la fille de ma belle-sœur Manon (Fabien est mon frère) née en mai cette année-là.
Et je suis aussi la marraine de Clémence, la fille de Charlotte, née en juillet de la même année, et tous les cinq sont parfaitement heureux.
En attendant l'arrivée du petit frère, ou de la petite sœur, de Mallo avant Noël prochain...
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