L'imposture
Chapitre 1
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L'imposture — Chapitre 1

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Blablablah
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L'imposture

Chapitre 1

Nuremberg est loin derrière. Je revois en pensée ses étudiants aux visages vides, la tête toujours dans leurs smartphones. Je revois leurs copies fades à corriger, sans caractère, inspirées ou intégralement produites grâce aux intelligences artificielles. Je repense avec dépit à la platitude des ambitions personnelles de mes élèves, ces jeunes adultes sans rêves pour leur présent, sans volonté pour leur concret et leur réalité brute, délaissé au profit du virtuel artificiel et euthanasiant, étourdis qu’ils sont par le marteau conformisateur du capitalime sans autre alternative de l’après 1989, et, son ultime forme cyber. Enfin, c’est toute ma vie que je me repasse en film, une vie à peine en fleur et pourtant déjà presque fanée par l’usure d’un monde sans jeunesse espérante, sans jeunesse courageuse, osant le combat politique pour une alternative radicale. Je suis Anja Weber, 30 ans, professeure de littérature allemande utopiste désabusée.
Je marche. Arpentant l’un après l’autre des sentiers de randonnée sauvage, je fuis. Je cours empressée loin de la ville, la modernité, l’urbain. Ici, chair mouvante gorgée de sang dans un paysage de verdure gorgée de sève, tout est vivant. Tout est vrai. Ici, la forêt respire. Elle sent la terre mouillée, la pourriture noble de l’humus nourricier, la floraison tardive. Mes doigts effleurent l’écorce moussue d’un chêne alors que je marque une pause après l’effort. La sueur coule entre mes seins. Elle forme une traînée salée sur ma peau qui me rappelle à ma condition animale brute. Je sens mon odeur, subtilement musquée. Je sens ma peau, blanche, pâle, qui commence lentement à dorer au soleil. Je ferme mes grands yeux bleu clair, sensibles à l’éblouissement. Mes cheveux blonds bouclés flottent dans la brise. Ayant alors pris conscience de tout moi, de tout mon corps, de tout mon être, alors, j’inhale profondément et précise le paysage dans ma tête.
Ce n’est pas la forêt d'aujourd'hui que j’observe. C’est l’autre. La forêt noire, primitive, celle des contes. La forêt médiévale germanique de ma passion honteuse, celle que je n’avoue à personne, ma passion des seigneurs, des dames et des châteaux. Celle du Saint-Empire et des croisades. Des chevaliers teutoniques. Une Allemagne de fer, de chair et de foi brute, de brutalité épique et de festins exaltés. Une époque crue, sans fard, où les désirs devaient se lire dans un regard, les conquêtes amoureuses, se prendre par l’épée. Un pur fantasme, bien-sûr, un moyen-âge de romans courtois, une propagande d’une certaine classe sociale intéressée, une défiguration des faits. J’ai honte.
— Tu es folle, Anja, me murmure la brise. Professeur de lettres anarchiste et tu rêves de heaumes et de donjons. Et est-ce parce que tu ressembles à Grätel que tu rêves d’un Hans ?
C’est plus fort que moi. Cette époque me hante. Sa violence me semble plus honnête que la violence sourde de notre temps. Sa foi est plus tangible. Je collectionne les grimoires, les récits de batailles, les chroniques des burgraves de Nuremberg. Je me masturbe parfois, le soir, en imaginant la main calleuse d’un chevalier sur ma cuisse, l’odeur du cuir et du métal froid sur mes hanches.
Je m’enfonce plus loin, hors des sentiers. La carte sur mon téléphone est devenue inutile, sans réseau. Peu importe. Je me fie à mon instinct, à cette pulsion qui me tire vers le cœur sauvage des choses. Je cherche une entrée, une faille. Une grotte dont un vieil archiviste m’a parlé, en marge d’un manuscrit. Une caverne dite « du Dragon », associée à des légendes locales.
Et la voilà. Plus petite que je ne l’imaginais. Une bouche sombre, à peine visible derrière un rideau de lianes et de racines. Comme une vulve dans la terre, un chemin vers l’utérus accouchant du monde. Mon cœur bat plus vite, un tambour primal dans ma poitrine. Je dépose mon sac, sors ma lampe frontale. L’air qui en sort est froid, humide.
— Entre, Anja. Ose, souffle le vent.
Je me baisse, et, me glisse à l’intérieur du passage caverneux. Le monde moderne disparaît d’un coup. Le silence est absolu, pesant. Seul demeure le bruit de ma respiration, de mes pas. La lumière de ma lampe danse sur les parois luisantes, dessinant des formes obscènes, des stalactites comme des dents, des coulées de calcite pareilles à des sueurs minérales, comme si la roche aussi s'était sculptée avec effort.
Je progresse, le corps courbé, dans un boyau de plus en plus étroit. L’excitation me gagne, mêlée à une peur délicieuse. C’est ici. Je le sens. L’antichambre de mon fantasme. Je pose ma main sur la paroi, froide et vivante.
— Est-ce que des chevaliers ont posé leur main ici ? Est-ce qu’ils ont senti la même pierre, humide et éternelle ?
Ma voix résonne, étrangement criarde dans le silence. Je ris toute seule. Je suis folle, oui. Soudain, un craquement. Sec. Brutal. Sous mes pieds. La terre cède. Une sensation de vide, de chute infinie. Ma lampe dessine des arcs fous dans les ténèbres puis se brise. Plus de lumière. Je ne crie pas. La surprise est trop totale. Mon corps heurte une paroi rocheuse, puis plus rien. Juste la chute. Une impression de glisser hors du monde.
Des images défilent. Les visages de mes étudiants. Les pages d’un parchemin. La forêt noire. Le rire grave d’un homme que je n’ai jamais rencontré.
Puis, l’impact. Un choc sourd qui m’expulse de moi-même. Une douleur blanche qui explose dans ma hanche, mon épaule. Le souffle coupé. Du gravier dans la bouche. Un goût de terre et de sang. Je reste étendue, les poumons en feu, incapable de crier. Je suis tombée. Combien de mètres ? Je ne sais pas. Je bouge mes orteils dans mes bottes. Mes doigts. Rien n'est cassé. Juste meurtri, choqué.
Je me redresse lentement, chaque muscle protestant. Le silence est différent ici. Plus lourd, plus ancien. Ça ne veut rien dire mais c’est ce que je ressens. Une intuition. L'air est épais, chargé d'une odeur que je ne connais pas. De la moisissure, certes. Mais autre chose. De la fumée lointaine. Du crottin.
Je titube, m'appuyant contre la paroi froide. J’avance, boiteuse, le cœur battant à tout rompre. Je revois finalement de la lumière. Ce n'est pas la lumière diffuse de la forêt bavaroise que je connais. Elle est plus jaune, plus poussiéreuse.
Je sors de la grotte, haletante, et je m'arrête, pétrifiée.
La forêt est là, mais différente. Plus jeune, plus dense. Les chemins balisés ont disparu. Aucun bruit de moteur. Aucun avion dans le ciel. Seul le vent dans les branches et, au loin, le son clair d'une cloche d'église. Une cloche que je ne reconnais pas.
— Qu'est-ce que... ?
En plus de cela, je ne reconnais pas mes vêtements, d’un autre style, d'un autre tissu, plus brut, me semble-t-il, une jupe longue trop vintage et inadaptée pour la randonnée, des bottines trop rustres. Je n’ai plus de sac et je trouve, enfin, une poignée de marks et un mouchoir en tissu brodé dans une poche de ma robe. Ma voix est un murmure tremblant. Je me frotte les yeux. C'est une hallucination. Le choc. Je dois avoir une commotion.
Je trébuche en avant, poussée par une nécessité viscérale de comprendre. De savoir. Je rejoins un dédale de terre battue, profondément creusé par des roues de charrette. Pas une trace d'asphalte. Pas un poteau électrique. Une peur glacée commence à me serrer la gorge. C’est incensé.
Au bord de la route, près d'un banc de bois rustique, un journal est roulé en boule, jeté là. Je me précipite vers l’objet et déplie ses pages avec des doigts tremblants, comme une actrice dans un film de science-fiction juste avant d’apprendre qu’elle a voyagé dans le temps.
Le papier est jauni, l'encre un peu baveuse. Le titre me frappe en pleine poitrine.
FRÄNKISCHER KURIER - MITTWOCH, 15. MAI 1931
1931. La date résonne dans mon crâne comme un glas. Le journal tombe de mes mains. Mes jambes cèdent. Je m'effondre sur le banc. Le monde tourne autour de moi.
— Non. C'est impossible.
Je revois le manuscrit du vieil archiviste. Les légendes. Les disparitions. La grotte n'était pas un simple trou. C'était un passage. Je suis tombée de l'autre côté. Mais, pas dans mon moyen-âge de contes allemands fantasmé, non, plus tard, dans la banalité la plus commune des histoires de voyages dans le temps. Quelque part avant le début de la seconde guerre mondiale. Huit ans auparavant, tout de même. 1931. L'Allemagne saignée par le traité de Versailles. La crise. Les chemises brunes dans les rues. Au Bundestag. Et lui. Le caporal autrichien. La bête qui se prépare. Les images des livres d’histoire que j’ai lu défilent, plus vives que jamais.
La nausée monte. Tu es dingue, Anja. C’est certainement un vieux document historique laissé là par un passant négligeant. Le rasoir d’Okham, Anja. Le rasoir d’Okham.
Pourtant, j’avance, rencontre un paysan puis d’autres, discute avec eux pour mieux appréhender ma situation et, sauf s’il s’agit d’un vaste canulard, il ne peut alors pas en être autrement. J’ai voyagé dans le temps, et, je me trouve en 1931. Non. Impossible. J'en viens alors rapidement à une autre hypothèse, plus raisonnable, je le crois : le futur, la vie que j’ai en tête et que je crois mienne en 2025 est un immense délire. Je suis simplement amnésique, et nous sommes, aujourd'hui, en 1931, dans le présent. Tout ce que je crois avoir eu lieu ensuite est un pur mensonge de mon esprit certainement troublé initialement, et sûrement davantage encore après cette chute en forêt bien réelle dont mon corps endolori se souvient.
Les jours suivants sont un brouillard qui ne m’aide ni à recouvrir de potentiels souvenirs d’époque, ni à chasser cette sotte vie anachronique de ma mémoire. Je trouve refuge dans une pension minable, payant avec les quelques pièces que j'avais dans la poche de ma robe. Je me fonds dans les lieux. J'écoute. J'apprends. Réapprends ? La ville est nerveuse, tendue. La misère se lit sur tous les visages. La colère aussi.
Je me retrouve sous peu, poussée par une force que je ne maîtrise plus, attirée jusque devant une brasserie aux environs. Des hommes en chemises brunes montent la garde. Des drapeaux à croix gammée claquent au vent. La foule à l'intérieur hurle, vocifère. C'est là. Je le pressens. J’en ai la chair de poule.
Je me glisse à l'intérieur du local, faisant confiance à mon instinct mystérieux, un reliquat peut-être de ma raison perdue d'habitante amnésique de 1931. Je me fonds dans l'ombre, au fond de la salle. La fumée de cigare pique les yeux. L'odeur de la bière renversée et de la sueur est écrasante. Et puis, il monte à la tribune. Il est plus mince que sur les photos. Les cheveux plaqués, la moustache ridicule. Mais quand il parle, une énergie brute émane de lui. Sa voix est un marteau qui frappe la foule. Il est là, si proche, Adolf Hitler, le tyran sanguinaire de mon imagination trop élaborée du passé, devenue actualité tangible.
La haine me monte à la gorge, si forte que je crois que je vais vomir. Je méprise ses mots. Je crois savoir tout ce qu’il va se passer, tout ce que ce monstre va entraîner alors je… je n’arrive pas à me détacher de ce que je crois être arrivé. C’est trop frais encore. C’est trop réel dans ma pensée. Et si… et si je n’étais pas folle ? Et si j’avais bel et bien voyagé dans le temps ?
Je ne peux plus supporter ce vacillement de ma raison. Je me lève et me fraie un chemin vers la sortie, le cœur battant à tout rompre. Je dois sortir. Respirer. Trouver un moyen. N'importe quel moyen de sortir de ce flou mental.
Je pousse la lourde porte et m'engouffre dans la ruelle adjacente, m'appuyant contre le mur de brique attenant, les jambes tremblantes. Je ferme les yeux, essayant de chasser le son de cette voix de mon esprit qui me dit que je suis Anja Weber, habitante du XXIème siècle. Bon sang ! On est en 1931 ! Le fait est là ! Tout le reste est faux dans ta tête ! Ressaisis-toi ! Souviens-toi de qui tu es vraiment !
C'est alors que j'entends un pas derrière moi. Léger, précis.
Je me retourne, brusquement.
Il est là.
Debout à quelques mètres, une silhouette dans la pénombre. Plus grand que je ne le pensais. Il n'a pas son uniforme, mais un manteau civil. Et ses yeux... Ses yeux sont d'un bleu pâle, d'une intensité presque surnaturelle. Ils me déshabillent, m'analysent, me percent. Ils ne quittent pas les miens.
Il avance d'un pas. L'air est soudain électrique.
— Vous n'avez pas l'air convaincue, Fräulein.
La voix est plus calme que tout à l'heure, mais elle porte la même autorité tranchante. Elle résonne dans le silence de la ruelle comme une sentence.
Mon sang se glace. Est-ce que je suis face à Hitler, le Hitler de ma mémoire, ou est-ce que mon imagination perverse me fait concevoir un tout autre personnage que celui qu’il est vraiment, à la place ? Si je viens du futur, alors je devrais faire comme dans tous les romans de voyage dans le temps, je devrais tout faire pour arrêter sa marche vers le pouvoir, du haut de mes maigres moyens. Après tout, je suis toute proche de lui. C’est déjà inouï. Mais, profondément intimidée par mes souvenirs du passé devenu promesse de futur, je me heurte à la réalité physique, écrasante, de sa présence. Je suis, dans ma représentation mentale, une proie qui croise le regard du prédateur suprême.
Mais, dans ses yeux, je ne vois aucune menace. Je vois une curiosité intense, une fascination. Il m’a remarquée. Moi, ma forme athlétique de randonneuse élancée du vingt-et-unième siècle, mes yeux bleus, mes cheveux blonds et la blancheur de ma peau, modèle aryenne parfaite, sans doute, à ses yeux… Ou, peut-être, rien de cela, une simple bavaroise d’époque qui a un gros problème d'aliénation mentale. Ah ! Cette ignorance est insoutenable ! Je n’en peux plus… Je dois trancher, au moins pour cette fois. Alors, comme combattre ma folie me semble un moins bon moteur pour agir que de me laisser posséder entièrement par elle, je me résigne à adopter, pour le moment, la posture de la voyageuse temporelle.
Je relève le menton, rassemblant tout mon courage, forçant mon regard à ne pas faiblir. C'est le moment. Le premier contact. La porte qui s'ouvre sur l'abîme. Enfin, je ne peux pas crier au monstre qu’il est méchant et espérer un résultat ! Alors, que puis-je dire à Hitler ? Je suis professeure de littérature. Je trouverais bien un moyen subtil d’agir dans le bon sens.
— La colère est un outil brut, Monsieur Hitler, dis-je, ma voix étonnamment stable, cruelle dans sa clarté. Mais elle se brise souvent dans les mains de ceux qui ne savent pas la polir.
Un silence. Son regard se fait plus aigu. Ce que j’ai dit… c’est… ridicule… sans panache. Si peu à la hauteur de l’importance de ce premier contact avec l’Histoire. C’est comme si j’avais dit au diable : « sois un peu plus doux ou tu vas perdre tes moyens ». Je donne des conseils à Hitler, moi ? Ridicule et complètement inutile. Qu'est-ce que je veux faire de la sorte ? Domestiquer Hitler ? C’est n'importe quoi !
Je me tiens immobile, le dos pressé contre la brique rugueuse et froide de la ruelle. Ses yeux—ces yeux pâles dont j'ai tant lu—me transpercent, détaillant chaque fibre de mon être. Il m’évalue, certainement. Mais dans son regard, une lueur déroutante : je sais reconnaître ça chez un homme. Il est séduit. Et, je crois bien, après cette observation, que j’aurais pu dire n’importe quoi. Toutes ces tortures que je fais subir à mes méninges sont sans objet. L’attirance qu’il a pour moi est simplement physique. C’est pour cela qu’il est venu à mon contact. Pour quoi d’autre sinon ? Il ne me connaît pas ! Comment le pourrait-il ? Il m’a seulement remarquée alors qu’il tenait ses discours.
Comme le sont parfois les hommes quand ils voient certaines femmes, je l’ai bouleversé au point qu’il n’avait plus qu’un seul but, certainement, après m’avoir remarquée : me retrouver et m’avoir. Tout Hitler, führer sanguinaire que je crois qu’il deviendra, il a des désirs charnels et certainement est-il venu vers moi car il veut seulement me baiser. Après tout, que crois-je savoir de la vie sexuelle d’Hitler, sinon ce que l’Histoire, contrôlée d'abord par l’Allemagne nazie puis par les Alliés victorieux, a laissée comme indices floués par une incontournable subjectivité ?
Un sourire mince, à peine esquissé, flotte sur ses lèvres. C’est bien ce que je pensais. Je l’attire et il veut m’attirer moi aussi. Il veut me posséder et comme souvent dans ces cas-là pour les mâles, si la femelle tient tête, c’est encore plus excitant. Je plierais bien plus tard, quand il m’aura soumise, pense sûrement le chasseur embusqué mis au défi par ma « hardiesse ».
— Un outil brut, répète-t-il, la voix devenue pensive. Vous parlez comme quelqu'un qui connaît la valeur des outils anciens. Des outils forgés dans un acier plus pur.
Mon cœur cesse de battre un instant. Avec une réponse pareille, si lunaire, je n’ai certainement pas été comprise du tout, ou pas écoutée mais, peu importe. Je hoche la tête, lentement, sentant le vertige de l'abîme qui s'ouvre. Je suis en train de démarrer une conversation avec Hitler, le Hitler de l’Histoire ! Est-ce que je suis déjà en train de changer le cours du temps ? Je ne dois pas être trop effrontée. Je dois profiter de cette occasion. Je dois me rapprocher de lui avant de l'influencer. D'abord, il faut que nous nouons une amitié, coûte que coûte. Ensuite, je pourrais profiter de cela pour suivre mes desseins naturels de voyageuse du temps qui doit arrêter Hitler.
— L'acier des épées, oui. Et la pierre des châteaux forts. Il y a une... pureté dans cette époque. Une vérité.
Ses yeux s'illuminent.
— Entrez, dit-il soudain, en indiquant une porte discrète dans le mur de la brasserie. Le bruit de la foule est fatigant. Parlons ailleurs.
Son bureau improvisé, un éphémère quartier de préparation avant d’entrer en scène dans la pièce principale, en pleine tournée de prosélytisme nazi, est une petite pièce enfumée presque vide, un débarras réaménagé à la hâte pour faire de la place à l’invité des lieux.
— La pureté, reprend-il, comme s'il n'y avait pas eu d'interruption. C'est le mot. Notre époque est malade, pourrie par le métissage et la faiblesse. Le Moyen Âge allemand... c'était une époque de force. De volonté. Où un homme pouvait forger son destin avec du fer et du sang.
Je sens un frisson me parcourir l'échine. Ce n'est pas de la peur. C'est une reconnaissance troublante, presque honteuse. Le racisme en surcroît, c’est mon fantasme secret qu'il décrit.
— Vous avez raison, dis-je, ma voix plus basse, presque un murmure.
Je croise son regard et ne le quitte plus. Je poursuis :
– Je pense souvent aux chevaliers Teutoniques. À leur ordre. Leur discipline. Leur... dévouement à une idée plus grande qu'eux.
Il se penche en avant, coudes sur le bureau. La distance entre nous se réduit, chargée d'une tension nouvelle.
— Les Burgraves de Nuremberg, enchaîne-t-il.
Je vois une passion authentique dans son regard. Il poursuit :
– Ils ont bâti un empire à partir de la forêt et de la volonté. Ils n'avaient pas besoin de discours. Leur pouvoir était dans la pierre de leurs châteaux, dans le tranchant de leurs épées. C'était une race de seigneurs, pas de boutiquiers.
— Une race de seigneurs, je répète les mots, et ils ont un goût étrange, à la fois excitant et coupable sur ma langue. Je baisse les yeux un instant, troublée. Leurs châteaux... on sent encore cette force quand on marche dans leurs ruines. C'est comme si les pierres gardaient l'écho de leur volonté.
— Vous marchez dans les ruines ?
Sa question est rapide, incisive.
— C'est ma plus grande passion, avoué-je, relevant à nouveau les yeux vers lui. Sentir cette histoire sous mes pieds. L'imaginer.
Un silence s'installe, lourd de sous-entendus. Il me dévisage, et son regard n'est pas seulement celui d'un idéologue. C'est le regard d'un homme qui voit une femme. Une femme qui partage la clé de son monde intérieur. Est-ce que je rendrais amoureux Hitler ? S’enticherait-il d’une femme de lettres assez sotte pour se passioner naïvement de contes médievaux allemands, ceux-là même qui ont fourni cette version déformée de l’Histoire allemande, que les nazis ont fondé en une génèse germanique complètement fantasque ?
— La plupart des femmes de ce temps, dit-il enfin, la voix étrangement douce, ne s'intéressent qu'aux chiffons et aux commérages ou alors, elles font de la politique de cuisine, sans vision, sans spiritualité profonde. Elles sont vides. Vous... Vous ne vous mêlez pas de politique. Et, c’est une chose heureuse, la politique va très mal aux femmes. Vous, c’est une force spirituelle que vous avez. Comment vous appelez vous ?
Je suis déstabilisée par cette question soudaine après cette tirade misogyne et… inqualifiable par ailleurs. Je réponds simplement, suspendue au fil de sa pensée étrange :
– Je… Je m'appelle Anja.
– Très bien, Anna… Anna, il n’y a pas de hasard si nous avons cette conversation aujourd'hui. Je ne suis pas de ceux qui perdent du temps à parler aux femmes. Il est donc certain que vous portez quelque chose d’autre chose en vous. Quelque chose de radicalement non féminin. C’est pour cela que mon instinct m’a guidé vers vous. Quelque chose qui dépasse la vulgarité, la simplicité du corps nourricier et engrossant. Vous portez quelque chose de l’ordre de l’âme allemande, Anna. Regardez votre robe de chiffon... Vous êtes une sauvageonne. Regardez vous… vous avez toute la pureté de ce qu'il faut au corps allemand… Vous n’êtes pas de la cité corrompue. Vous venez de la forêt, un foyer de la vérité, de la force, laquelle est une clé fondamentale pour le surpassement de l’homme allemand qui doit tracer la voie du monde. Vous n’êtes pas une personne. Vous êtes un véhicule. Je dois entrer en vous, Anna.
Je suis frappée de stupeur et de surprise. Qu'est-ce qu'il raconte ? Est-ce que c’est bien lui, Hitler, ou est-ce que je suis complètement en train de perdre la tête ? Rien ne fait sens dans ce qu’il dit. Je suis déstabilisée, décontenancée, et un malaise profond m'envahit. Je complote intérieurement pour le détruire, et voilà que je me sens comme hypnotisée, comme si le contenu des phrases qu’il m’adressait n’avaient aucune importance, comme s’il jouait seulement une musique pour m'envoûter. Je crois avoir affaire à un sorcier et alors, je sens un frémissement entre nous, palpable, presque électrique. Je ressens un attrait charnel pour cette espèce de… Hitler ésotérique siphonné du bulbe. Il est l'incarnation de l'obscurité que je n'ai osé fantasmer que dans la solitude de ma chambre. L'homme dangereux, puissant, au regard perçant qui me déshabille et voit la folle exaltée que je cache sous mes jupes de professeure. Et puis… je suis certainement folle tout court. Il est probablement un radical bizarre un peu hargneux d’une époque qui est simplement la mienne. Mon imaginarium, qui voit toujours plus de crimes commis en son nom, est certainement une fable apparue dans mes pensées à l’aune d’un cauchemar un peu trop précis.
— La forêt…, dis-je, ma voix un peu tremblante. Elle ne pardonne pas. Elle ne ment pas. Elle est ce qu'elle est.
Je ne me contrôle pas. Je ne contrôle rien et pourtant, je me laisse porter, me donne toute entière à l’instant curieux. Il se lève lentement et fait le tour du bureau. Il s'arrête près de moi, si près que je peux sentir l'odeur de son manteau, de la cire et du tabac froid. Il ne me touche pas, mais son ombre m'enveloppe.
— C'est exactement cela, chuchote-t-il. Pas de mensonges. Pas de compromis. C'est le monde que je veux bâtir. Un monde de vérité. Un monde pour ceux qui portent la forêt en eux, comme vous…
Je lève les yeux vers lui, le cœur battant la chamade. La mission, l'Histoire, la morale... tout cela s'éloigne dans un brouillard. Il n'y a plus que cette tension sensuelle et terrible, le vertige de me trouver au bord du précipice, et l'envie irraisonnée, monstrueuse, de faire un pas de plus vers le mâle absolu. Et puis, si je suis simplement folle, n'est-ce pas là une opportunité inespérée que de me rapprocher d’un politicien de mon temps ? J’ai au moins l’espoir d'être entretenue, de survivre dans ce monde où je me trouve défaillante.
Mais, mon corps est poussé par autre chose que de l’opportunisme. C’est bien sa puissance, c’est bien, honteusement, le diable en personne que je crois que cet homme est _quoiqu’il ne m'ait montré de lui qu’un drôle d’homme bizarre et malaisant _ c’est bien cela, oui, qui me met dans cet état de transport enivrant.
La chaleur monte entre mes cuisses, une moiteur coupable qui répond à l’intensité de son regard. Je suis une fleur vénéneuse qui s’ouvre dans l’ombre qu’il projette. Mon corps, ce traître, oublie la mission, oublie le futur potentiel. Il ne connaît que ce présent charnel, cette promesse de possession.
— Un monde de vérité, répété-je, et ma voix n’est plus qu’un souffle.
Sa main, pâle et aux veines bleutées, se pose sur le bois du bureau, à quelques centimètres de mon bras. Je sens le rayonnement de sa chaleur, une énergie presque palpable qui émane de lui. C’est le magnétisme du serpent, celui qui hypnotise l’oiseau avant de le frapper.
— Vous ne flirtez pas avec ces idées comme une dilettante, n’est-ce pas ? dit-il, son regard parcourant mon visage, ma bouche, la base de mon cou où mon pouls bat la chamade. Vous les portez en vous. Comme une seconde peau. Comme une naissance.
Il voit cela. Il voit l’animal ancestral en moi qui répond à son appel. La chose qui veut être prise, conquise, par une force qu’elle ne peut maîtriser. La peur et le désir se mêlent en un cocktail qui me fait… mouiller... Je suis au bord du gouffre, et tout mon être crie pour que l’on me pousse.
— Je les sens dans mon sang, menté-je à moitié, laissant couler les mots comme une confession. Quand je marche dans la forêt, quand je touche la pierre ancienne… c’est comme un écho.
Il se penche, plus près encore. Son haleine effleure ma tempe.
— L’écho ne ment jamais, Fräulein Anja. Il ne parle qu’à ceux qui sont faits du même sang, de la même terre. Les autres sont sourds. Ils vivent dans le bruit, pas dans la musique.
Sa main se soulève, hésite un instant dans l’air chargé, puis effleure une mèche de mes cheveux blonds qui a échappé à mon chignon. Le contact est délibéré, possessif. Un frisson électrique me parcourt, si violent que j’en ferme les yeux. Ce n’est pas de la répulsion. C’est une reconnaissance archaïque. Le prédateur touche sa proie, et la proie se soumet dans un tremblement de consentement à la dévoration, une folie perversement humaine .
— La musique… chuchoté-je, les paupières toujours closes, m’abandonnant à la sensation. Elle est si forte ici. Elle m’a appelée.
Je rouvre les yeux. Son visage est si proche. Je vois les pores de sa peau, la texture de sa moustache, la folle lucidité dans ses yeux bleus. C’est un homme. Un homme complexe, tourmenté, dangereux. Et je suis en train de tomber dans le piège de sa propre humanité monstrueuse.
— Elle vous a appelée à moi, corrige-t-il, d’une voix basse et vibrante de conviction absolue. Le destin ne fait jamais les choses à moitié. Il vous a jetée dans mon chemin. Une chose qui comprend. Une chose de la forêt.
Sa main quitte mes cheveux et descend, effleurant à peine la ligne de mon épaule, puis la courbe de mon sein à travers le tissu de ma robe. Je retiens mon souffle. Le monde se réduit à ce point de contact brûlant. La rumeur de la brasserie n’est plus qu’un lointain grondement. L’Histoire s’est effacée. Il n’y a que lui, et moi, et cette attraction obscène qui nous soude.
Je suis perdue. Je le sais. Je voulais l’approcher pour le changer, mais c’est lui qui me change, qui réveille en moi une chose primitive, avide de cette puissance sombre.
Je penche la tête, offrant la pâleur de mon cou dans un geste d’une reddition infinie.
— Peut-être, murmuré-je, que le destin a ses raisons que la raison ignore.
Un son brut, presque un grognement, sort de sa gorge. Il est vainqueur. Il a senti ma capitulation. Son doigt trace un chemin brûlant le long de ma clavicule.
— Nous parlerons encore de cela, Anna. Longuement. Il y a tant de forêts à explorer ensemble.
Je ne suis pas Anna. Je suis Anja. Mais peut-être déforme-t-il mon nom par dessein, pour me remodeler comme il l’entend ? La promesse dans sa voix est une caresse et une menace. Une porte qui se referme sur mon ancienne vie. Je suis de l’autre côté, maintenant. Prisonnière du temps, et bientôt, prisonnière de lui.
La porte de son bureau est verrouillée. Le claquement sec de la targette est l’ultime son du monde extérieur qui meurt. Il se retourne, et dans la pénombre de la pièce, ses yeux sont deux braises. Il ne parle plus. Le tribun a cédé la place au mâle, encore un peu plus.
Il s’approche, et cette fois, il n’hésite pas. Ses mains se referment sur mes épaules, une étreinte d’acier. Je me laisse faire, le corps déjà mou, liquide. Son odeur m’envahit—le cuir, la sueur masculine, un relent âcre de pouvoir. C’est l’odeur du danger, et mon sexe se contracte, humide, en une réponse honteuse.
— Tu trembles, murmure-t-il contre mon cou, visiblement excité par ma vulnérabilité offerte.
Sa bouche effleure la peau au-dessus de mon épaule. Un frisson brut me parcourt. Ce n’est pas de la peur. C’est de l’anticipation. J’ai voulu jouer avec le diable, le diable réclame son dû et j’aime ça.
— Pas de peur, dis-je, enrouée. De la fièvre.
Un ricanement étouffé. Ses doigts agrippent l’encolure de ma robe. Un déchirement sec. Le tissu cède. L’air froid de la pièce caresse ma peau soudain exposée. Mes seins sont lourds, les pointes déjà dures. Son regard se pose sur eux, et j’ai l’impression d’être brûlée.
— La pureté de la forme, gronde-t-il. La perfection du sang nordique. Tu en es la preuve vivante.
Ses paroles sont une souillure. Une profanation. Elles m’excitent. Je veux qu’il se taise. Je veux qu’il utilise sa bouche pour autre chose que des tirades.
Il pince un de mes mamelons entre le pouce et l’index. La douleur est aiguë, délicieuse. Je pousse un gémissement que je ne reconnais pas. Ma tête tombe en arrière. Ses lèvres sont sur les miennes, brutales, avides. Sa langue force l’entrée de ma bouche. Elle goûte le tabac et l’amertume. Je succombe au baiser, lui rendant son ardeur, mes mains agrippées aux revers de son manteau pour ne pas tomber.
Il me pousse contre le bureau. Les papiers volent. Le bois dur me heurte les hanches. Ses mains parcourent mon dos, mes fesses, pétrissant la chair à travers le tissu restant. Il est pressé, animal. Il n’y a pas de tendresse ici. Seulement un besoin urgent de possession, de marquage.
— Montre-moi la forêt en toi, halète-t-il en dénouant sa ceinture. Montre-moi cette vérité.
Il relève mes jupes. L’air frais sur mes cuisses nues est un choc. C’est alors qu’il baisse brusquement ma culotte. Je tressaille. Je crie de surprise mais suis totalement trempée entre les cuisses, honteusement prête. Mon corps a trahi tout ce en quoi je croyais. Il accueille Hitler, le Hitler de l’Histoire, le salopard bientôt génocidaire, avec une lubricité obscène.
– C’est extraordinaire. Je bande… dit Hitler dans un murmure, s’adressant seulement à lui-même, m’ignorant alors qu’il s'apprête à faire usage de moi.
Il pousse mes jambes pour les écarter. La position est vulgaire, offerte. Je tourne la tête, la joue écrasée contre le bois froid du bureau.
— Regarde-moi, ordonne-t-il.
J’obéis. Je vois son regard, fou de pouvoir et de désir.
Je regarde dans les yeux de l’homme qui va déchirer le monde. Et je sens la pointe de son sexe, dure et brûlante, contre mon entrée.
— Ceci est la seule vérité, Anna. La volonté.
Il entre en moi d’un coup, d’une poussée qui me vole le souffle. C’est une invasion, une conquête. Je crie pour de bon, un hurlement que la pièce étouffe. La douleur est vive, mais elle est aussitôt submergée par une vague de plaisir coupable, si intense qu’elle en est insupportable. Mon corps l’enserre, le traître, se mettant au service de son assaut.
Son rythme est saccadé, impitoyable. Chaque poussée est un coup de boutoir dans les fondations de mon âme. Je suis clouée sur l’autel de son délire, de mon délire, et mon ventre s’embrase. Mes ongles griffent le bois du bureau. Je pleure. De honte. De jouissance.
— Tu es à moi, grogne-t-il à mon oreille, sa respiration chaude et sifflante. Mon Allemagne. Ma forêt. Mon sang.
Ses mots, mêlés au bruit de nos corps qui s’entrechoquent, achèvent de me briser. Un orgasme violent me déchire, un spasme silencieux qui me tord le ventre et vide mon esprit. Je m’effondre contre le bureau, suffoquante, pendant qu’il achève sa propre jouissance en moi avec un grognement de loup.
Le silence retombe, lourd, puant le sexe et la transpiration. Son poids sur moi est écrasant. Il se retire lentement. Je sens son fluide couler le long de mes cuisses, une marque indécente.
Je reste là, le visage contre le bois, les jupes en désordre. Je viens de coucher avec Adolf Hitler. Et mon corps, dans son ignoble amoralité, a adoré ça.
J’entends ce que je crois être un glapissement, puis, reconnais des pleurs qui ne sont pas les miennes. Je me retourne. Je vois Hitler en larmes, ému, troublé. Un nouveau frisson me traverse. Je crois comprendre. Serait-ce sa première fois ? A-t-il toujours été impuissant auparavant, n’a-t-il jamais, avant cela, pénétré une femme et joui en elle ? C’est bien possible.
Il remet de l’ordre dans ses vêtements. Puis, rhabillé, sa main se pose sur ma nuque, une prise possessive.
— Anna... Nous sommes liés, maintenant. Par le sang. Par la chair.
Je ferme les yeux. Nous, car il semblerait que, aussi insensé que cela puisse paraître, il y a un « nous » à présent, sortons ensemble d’une transe sexuelle mystique dont je ne suis pas peu honteuse.
Mon passé, le futur, est un lointain écho. Je ne suis plus une sauveuse, une potentielle héroïne des voyages dans le temps. Je suis sa chose. Sa prêtresse. Sa putain. Et une partie de moi, au plus profond, frémit à cette idée.
Hitler se rhabille et, alors que je suis, moi, encore à moitié nue, lui, remué, ivre d’émotions, me fait une déclaration fougueuse, empreinte toujours de ce mysticisme délirant qui caractérise notre interaction présente :
– Anna, j’ai une intuition pour nous, pour l’Allemagne. Tu n’es pas courante, Anna. Et, je crois qu’il y a des choses que tu ne dis pas, que tu ne sais pas toi-même. Je crois que nous nous comprenons sans parler. Nous nous sommes attirés, par l’effet d’une force invisible, une force plus puissante que nos vies. Tu es apparue ici avec ton accent, ta façon de parler particulière que l’on ne trouve nul part en Allemagne, et, ce corps nordique si parfait, plus pur qu’il n’est femme, car je ne crois pas que tu sois vraiment cela. Tu es une chose toute autre. Je suis allé vers toi alors que jamais dans mon chemin jusqu’à présent, dans ma dévotion à la Germanie, jamais je n’ai été appelé par la chair de cette façon. Nous ne l’avons pas seulement fait . Nos corps se sont unis, et, je le sais. Mon intuition ne me ment pas. Tu m’es destinée, Anna. Tu es destinée à moi, et par nous, à l’Allemagne. Tu as une aura, Anna. Tu es l’aura. Tu as en toi certainement quelque chose de magique, une magie dont a besoin notre pays.
Mais… qu'est-ce qu’il raconte ? Et, qui est cet homme ? Ce n’est pas Hitler. Non, tout cela ne fait aucun sens. C’est trop mystique. C’est trop… c’est trop stupide, oui ! Je viens de baiser avec un imbécile aliéné, là, pas avec le guide d’une folie collective nationale !
Soudain, je suis prise d’un frisson. Je sais que tout cela n’est pas un rêve. On le sait quand on rêve. C’est trop réel. Je suis dans la réalité, point. Mettons que cela soit le cas. J'étais dans cette brasserie. J’ai rapidement vu Hitler. Je suis sortie. Quelqu’un est venu ensuite, qui m’a abordée… Est-ce vraiment Hitler ? Est-ce un sosie ? Ou, est-ce que dans la brasserie, il s’agissait déjà d’un sosie ? Est-ce que les nazis utilisaient des sosies d’Hitler pour parcourir l’Allemagne et répandre sa propagande ? Est-ce pour cela qu’il a miraculeusement échappé à tous ces assassinats. Non, Anja ! Ce n’est pas possible d’être devenue folle à ce point. Je t’en prie… Reprends tes esprits… Qui es-tu, Anja ? Où es-tu ? Qu'est-ce qu’il se passe, bon sang !
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plemagne
22 novembre 2025 à 12:08
Désolé, comme la narratrice est une femme, je pensais que vous étiez une autrice.
Cela ne change rien à mon propos.
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Blablablah
20 novembre 2025 à 05:17
Merci beaucoup pour ce commentaire @plemagne !! Je suis flatté. Non, je ne l'ai pas lu. Je garde dans un coin de ma tête :) !
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plemagne
18 novembre 2025 à 06:59
J'ai cru trouver une germanophile comme moi au début du texte. Et puis, j'ai continué, en me disant, non, ce n'est pas possible, elle ne va quand même pas oser ...
Mais oui
Vous allez loin, dans des lieux ou le sexe n'est pas érotique tout en restant obscène. C'est une histoire d'horreur, mais bien racontée, bien ecrite, avec un sentiment de malaise qui persiste même après la lecture.

Il y a Philippe Claudel qui écrit des horreurs sur l'Allemagne aussi dans " Fantaisie allemande"; l'avez-vous lu ?
Modifié 18 novembre 2025 à 07:00
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Blablablah
16 novembre 2025 à 15:33
Merci beaucoup pour vos commentaires qui me font très plaisir ! Heureux que ce texte ait réussi à vous plaire au delà de son caractère un peu provocateur. Cela me touche.
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gyon
16 novembre 2025 à 14:34
Parfois, en parcourant des histoires au hasard, on tombe sur de très belles pépites qui marquent. Documenté, soigné avec une belle plume, une plongée dans la psychologie d'Anja face à ses contradictions et ses connaissances historiques devant un homme qui représente le mal absolu. A voir où cela nous mènera... Merci pour le partage
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Photo de profil de Mumu 47
Mumu 47
16 novembre 2025 à 11:57
Très bien écrit...
Je comprends mieux le message du forum.

C'est très documenté...

Vraiment intéressant et loin de récits publié ici
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Wedreca
15 novembre 2025 à 17:02
Ah ! Le voilà enfin, ce texte !
Mais pour être honnête, je ne suis pas sûre de le lire. En plus, il est looooong !

Mais, telle la feignasse que je suis, je ne manquerai pas de lire les commentaires (s'il y en a un jour 😏).
Modifié 15 novembre 2025 à 18:15
Soyez respectueux
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