Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
UN DIMANCHE MATIN — Chapitre 1 · L'ENCRE ET LE DOUTE
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
UN DIMANCHE MATIN
Chapitre 1 · L'ENCRE ET LE DOUTE
LES HEURES SUSPENDUES
Il y a des heures qui n'appartiennent à personne d'autre qu'à ceux qui cherchent le silence.
C'est souvent le dimanche matin, à ce moment précis où le jour hésite encore à faire du bruit, ou alors le soir tard, quand le monde a enfin fini de courir. Dans ces instants-là, la pièce prend une autre dimension. Une musique de fond, une mélodie lente et un peu feutrée, flotte dans l'air et habille le calme sans le déranger. Sur la table, la tasse de café fume doucement. C'est un rituel, un geste machinal : on cherche la chaleur de la faïence entre ses mains, on respire l'arôme noir et corsé, et on regarde le temps glisser.
C'est souvent le dimanche matin, à ce moment précis où le jour hésite encore à faire du bruit, ou alors le soir tard, quand le monde a enfin fini de courir. Dans ces instants-là, la pièce prend une autre dimension. Une musique de fond, une mélodie lente et un peu feutrée, flotte dans l'air et habille le calme sans le déranger. Sur la table, la tasse de café fume doucement. C'est un rituel, un geste machinal : on cherche la chaleur de la faïence entre ses mains, on respire l'arôme noir et corsé, et on regarde le temps glisser.
Puis, il y a cette lueur familière. L'écran de l'ordinateur.
Pour le reste du monde, un forum internet n'est qu'une place de marché virtuelle, une agora moderne un peu bruyante où chacun vient crier ses certitudes, débattre, ou afficher ses humeurs. C'est une faune parfois complexe, où le verbe est haut et la susceptibilité à fleur de peau. Il faut y avancer prudemment, surveiller ses tournures, mesurer ses élans pour ne froisser personne. Sur le fil public, on joue le jeu, on discute, on partage. C'est convivial, certes, mais cela reste de la comédie de salon. Et au milieu du vacarme des discussions générales, il y a cette petite icône qui s'allume en haut de la page. Une notification. Un message privé.
Pour le reste du monde, un forum internet n'est qu'une place de marché virtuelle, une agora moderne un peu bruyante où chacun vient crier ses certitudes, débattre, ou afficher ses humeurs. C'est une faune parfois complexe, où le verbe est haut et la susceptibilité à fleur de peau. Il faut y avancer prudemment, surveiller ses tournures, mesurer ses élans pour ne froisser personne. Sur le fil public, on joue le jeu, on discute, on partage. C'est convivial, certes, mais cela reste de la comédie de salon. Et au milieu du vacarme des discussions générales, il y a cette petite icône qui s'allume en haut de la page. Une notification. Un message privé.
C'est là que le décor change. C'est là que la véritable histoire commence. Passer de la place publique du forum à la boîte des messages personnels, c'est comme quitter une rue bondée pour pousser la porte d'un petit troquet discret, un de ces endroits chaleureux où l'on baisse d'un ton pour se parler. Depuis quelque temps, ces MP sont devenus mes heures suspendues. On y parle de tout, de rien, de choses légères ou de mots d'auteurs, mais avec une résonance différente.
Au début, on répond par politesse, par simple camaraderie numérique. On échange une réplique spirituelle, on relance d'une pointe d'humour. On se teste. Mais au fil des jours, le café du dimanche matin a pris un autre goût. Celui de l'attente. Je me surprends à guetter ce petit signal visuel, curieux de découvrir tes mots, non plus pour le plaisir du débat, mais pour le plaisir singulier de te lire... toi !
Une complicité s'est glissée entre les lignes, presque à mon insu, invisible pour les autres, mais d'une netteté désarmante pour moi.
LE VERTIGE DU FUNAMBULE
Le piège des mots, c'est qu'ils n'ont pas de visage.
Au fil de nos messages privés, le ton a changé, presque à pas de loup. C'est devenu chaleureux, authentique, d'une sincérité qui détonne dans l'espace souvent superficiel d'un forum. Il y a une vérité qui passe entre nous, quelque chose de fluide qui donne envie de plonger plus loin, d'ouvrir les vannes. Je me prends au jeu, j'attends la notification avec une impatience de gamin. Mais voilà, la réalité finit toujours par rattraper le rêveur au tournant.
Au fil de nos messages privés, le ton a changé, presque à pas de loup. C'est devenu chaleureux, authentique, d'une sincérité qui détonne dans l'espace souvent superficiel d'un forum. Il y a une vérité qui passe entre nous, quelque chose de fluide qui donne envie de plonger plus loin, d'ouvrir les vannes. Je me prends au jeu, j'attends la notification avec une impatience de gamin. Mais voilà, la réalité finit toujours par rattraper le rêveur au tournant.
Et la réalité, elle a le goût du doute.
Nous ne nous connaissons pas « IRL », comme on dit sur ces écrans. Nous sommes deux silhouettes d'encre et de pixels. Qui me dit qu'en vrai, au détour d'une vraie table, face à face, nous ne serions pas à des années-lumière l'un de l'autre ? C'est le grand paradoxe de notre époque : on peut effleurer l'âme de quelqu'un sans même savoir la couleur de ses yeux, et cette proximité immatérielle a quelque chose d'effrayant. On avance sur un fil de soie, avec la peur constante que le moindre pas de trop ne vienne briser le charme et rompre l'équilibre. Et il y a le reste. Ce que l'on ne dit pas tout de suite, ce que l'on garde dans sa besace.
Nous ne nous connaissons pas « IRL », comme on dit sur ces écrans. Nous sommes deux silhouettes d'encre et de pixels. Qui me dit qu'en vrai, au détour d'une vraie table, face à face, nous ne serions pas à des années-lumière l'un de l'autre ? C'est le grand paradoxe de notre époque : on peut effleurer l'âme de quelqu'un sans même savoir la couleur de ses yeux, et cette proximité immatérielle a quelque chose d'effrayant. On avance sur un fil de soie, avec la peur constante que le moindre pas de trop ne vienne briser le charme et rompre l'équilibre. Et il y a le reste. Ce que l'on ne dit pas tout de suite, ce que l'on garde dans sa besace.
Toi, je ne sais rien de ta vie, de tes jours, de tes nuits. Et c'est très bien comme ça, cela ne me regarde pas. C'est ton jardin secret, ton espace de liberté, et je le respecte infiniment. Aucun de nous deux n'a posé de question, peut-être par pudeur, ou pour préserver la bulle. Je n'ai aucun droit sur ton histoire. Mais de mon côté, le miroir est plus complexe. Ma vie n'est pas une page blanche. Je partage le quotidien d'une autre personne. Une vie installée, un train-train qui roule, mais un train-train d'où la petite étincelle s'est évaporée depuis bien longtemps. C'est une douce habitude, mais une habitude sans feu.
Alors, quand cette complicité virtuelle s'allume chaque semaine, elle agit comme un miroir grossissant sur ce qui me manque à la maison. Ce trouble que je ressens, ce n'est pas juste l'attrait de la nouveauté. C'est le rappel brutal qu'un cœur peut encore s'emballer pour un mot, pour une attention, pour une présence à distance. Je me sens tiraillé entre la loyauté du réel et la poésie de l'abstrait. C'est un aveu difficile, un peu lourd à porter au réveil le dimanche matin, face à mon café qui refroidit. Je ne cherche rien, je ne demande rien, mais je constate, avec une honnêteté qui me fait presque peur, que tes messages ont réveillé quelque chose que je croyais endormi.
LES ACCORDS DISCORDANTS
La musique a ce pouvoir d'habiller les silences que les mots n'osent pas remplir.
Selon les jours, selon l'humeur qui me pousse vers le clavier, ma bande-son change. Parfois, c'est un reggae lent, une basse lourde et chaloupée qui donne envie de laisser couler le temps sans se poser de questions. D'autres fois, c'est la poésie brute et écorchée d'un Saez, ou les rimes ciselées, presque mystiques, de Scylla qui vibrent dans la pièce. Des univers différents, parfois contradictoires, mais qui disent tous la même chose : la recherche d'une vérité, d'une résonance. C'est un peu ce que je fais ici, en écrivant. Je cherche la bonne note. Celle qui touche juste, sans faire de bruit. Et c'est là que le trouble s'installe, lancinant comme un riff de guitare qui reste en tête. Pour tout te dire, je ne sais pas trop où je mets les pieds. Le forum a ses codes, ses susceptibilités, et je sais à quel point le verbe peut y être à fleur de peau. Je marche sur des œufs, avec la peur de commettre l'impair qui briserait le charme.
Selon les jours, selon l'humeur qui me pousse vers le clavier, ma bande-son change. Parfois, c'est un reggae lent, une basse lourde et chaloupée qui donne envie de laisser couler le temps sans se poser de questions. D'autres fois, c'est la poésie brute et écorchée d'un Saez, ou les rimes ciselées, presque mystiques, de Scylla qui vibrent dans la pièce. Des univers différents, parfois contradictoires, mais qui disent tous la même chose : la recherche d'une vérité, d'une résonance. C'est un peu ce que je fais ici, en écrivant. Je cherche la bonne note. Celle qui touche juste, sans faire de bruit. Et c'est là que le trouble s'installe, lancinant comme un riff de guitare qui reste en tête. Pour tout te dire, je ne sais pas trop où je mets les pieds. Le forum a ses codes, ses susceptibilités, et je sais à quel point le verbe peut y être à fleur de peau. Je marche sur des œufs, avec la peur de commettre l'impair qui briserait le charme.
Un compliment mal tourné, une avance un peu trop cavalière, et la porte se referme. Je m'en voudrais terriblement d'être celui qui brise la confiance. Je n'ai aucune envie de jouer les séducteurs de bac à sable ou les prédateurs de messagerie privée. Notre bulle est trop belle pour être gâchée par de la maladresse. Pourtant, le trouble est là, bien réel, niché entre deux accords de musique douce. Ce trouble, ce n'est pas une certitude, c'est un point d'interrogation. C'est cette sensation étrange de cet empire attendu, compris, à travers de simples caractères noirs sur un écran blanc. C'est la crainte, aussi, d'avoir surinterprété un sourire derrière un émoji, d'avoir projeté mes propres manques sur des réponses qui n'étaient peut-être que de la simple courtoisie. C'est le grand risque de l'encre, on écrit à l'autre, mais on se répond souvent à soi-même.
Alors, je balance entre l'envie de tout dire et la peur de tout perdre. Je me demande si tu ressens, ne serait-ce qu'un millième de ce frisson, quand la notification s'allume. Peut-être que pour toi, ce fil n'est qu'une distraction agréable, un passe-temps spirituel entre deux publications. Et ce serait ton droit le plus absolu. Mais pour moi, au milieu de mes playlists variées et de mes doutes matinaux, ces échanges sont devenus un refrain familier. Une respiration. Un rendez-vous secret avec une sensibilité qui fait écho à la mienne, sans que je sache encore si nous jouons la même partition.
LA PAGE OUVERTE
Le morceau touche à sa fin, la tasse de café est vide depuis longtemps, et la lumière de la pièce a fini par changer.
Il est temps de poser les mots, comme on range ses outils à la fin d'une longue journée de travail, avec le sentiment d'avoir fait les choses proprement.
Je t'écris tout cela sans rien attendre en retour. Ce texte n'est pas un piège, ni une demande, et encore moins une relance. C'est juste une photographie de mon esprit à un instant T, une confidence déposée dans l'espace public, mais adressée au creux de notre histoire, là où personne d'autre ne viendra vraiment comprendre.
Il est temps de poser les mots, comme on range ses outils à la fin d'une longue journée de travail, avec le sentiment d'avoir fait les choses proprement.
Je t'écris tout cela sans rien attendre en retour. Ce texte n'est pas un piège, ni une demande, et encore moins une relance. C'est juste une photographie de mon esprit à un instant T, une confidence déposée dans l'espace public, mais adressée au creux de notre histoire, là où personne d'autre ne viendra vraiment comprendre.
Si ces lignes te surprennent, si elles te mettent mal à l'aise ou si elles ne font aucun écho en toi, ne m'en veux pas. Oublie-les. Vois-y simplement le compliment d'un homme qui sait encore apprécier la rareté d'une belle conversation. Ta liberté est totale, et la susceptibilité n'a pas sa place ici, car il n'y a aucune attente derrière ma démarche. Rien n'est forcé.
Quoiqu'il arrive, et quelle que soit la suite que tu choisiras de donner – ou de ne pas donner – à cette confidence, le charme de nos échanges passés reste intact. La petite icône s'allumera peut-être à nouveau, peut-être que le fil redeviendra plus calme. Dans tous les cas, je vais relancer ma musique, refermer cette page, et te remercier de m'avoir lu jusqu'ici, avec cette sincérité qui nous va bien.
À bientôt, au détour d'un message.
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Commentaires ()
Oui, une tranche de vie, la vraie, où le virtuel ne doit rester qu'une douce distraction.
C'est bien écrit, fluide, glissant, et même mélodique, par moment. En dépit de quelques coquilles, le style d'écriture est sincère, agréable, travaillé. Une vraie tranche de vie.
Une réponse ? Est-ce vraiment le plus important, tout compte fait ?
Une douce habitude qui devient essentielle, où l'exceptionnel devient habitude ; une complicité, un smiley qui sourit, il en faut parfois peu pour faire passer un beau dimanche,
à un dimanche magnifique.
Mais si une bonne fée daigne répondre…
Je vais suivre ton conseil et garder les yeux ouverts.
Après tout, les plus belles attentes font partie du voyage...
Alors oui... wait and see !
Certains passages m’ont particulièrement et intimement parlé… Une étrange impression de déjà-vu, peut-être. 😉
Et puis… comme certaines missives méritent une réponse, il est à parier qu’il en existe déjà une, encore hésitante, certainement en train de mûrir quelque part, sous la pulpe de quelques doigts… 😏🖋️
Wait and see ? 🧸+🧚🏼=✨
Si tu y lis le reflet de tes propres réflexions, j'en suis content, et je me dis que je n'ai pas trop mal bossé.
Les jolies notifications du dimanche matin, je les souhaite à tous ceux qui en attendent. Ce texte est personnel, mais il a été écrit pour résonner chez chacun et chacune, j'espère avoir réussi.
J'espère que tu auras de nombreuses notifications dimanche matin. :)
Merci Élise pour ta venue dans mon univers et pour la délicatesse de ce retour.
C'est toute la beauté, et sans doute le vertige, de ces correspondances suspendues : elles flirtent toujours avec le doute, entre l'écho d'un souvenir et l'attente d'une suite.
Tu as très bien capté ce qui se joue sur ce fil. Que celui-ci tienne bon ou s'effiloche, que la réponse arrive ou non, l'essentiel reste la beauté de la rencontre. Et puis, la vie est bien trop belle pour la passer à attendre et la laisser filer...
Au plaisir de recroiser tes mots ici ou là. @Élise Selby
On s'est croisé ci et là. Sans que je ne lise tes mots. Et puis ce titre énigmatique écrit en majuscule, comme le début d'un refrain perturbant.
Et puis la lecture, fraîche, delicate, avec un arrière goût de vécu. Un vécu qui résonnent dans beaucoup d'internautes.
LE fléau caché des amourettes virtuelles, ses mp qui dérivent et qui se terminent bien parfois et mais la plupart du temps. Non.
J'aime la fin ouverte, cette attente de réponse éternelle qui ne viendras peut être jamais.