Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L'innocence des ruines — Chapitre 1
Auteur
L'innocence des ruines
Chapitre 1
Oui, je sais. De l'extérieur, je peux donner l'impression de suivre le cours. Comme à mon habitude. Car, en vérité, je ne suis pas un mauvais élève. M'assurer une situation à travers ce marasme généralisé est un objectif dont je ne me départs plus. Je ne veux pas finir comme la plupart des crétins assis autour de moi qui passent leur temps à s'échanger des regards amusés pour je ne sais quelle absurdité. Oui, mesdames et messieurs, les étudiants en faculté sont de jeunes adultes ayant du mal à tirer un trait définitif sur l'adolescence. Ce n'est pas mon cas.
Pour le moment, je regarde la prof sans la voir. Je l'entends sans l'écouter. Car je suis dans un de mes mauvais jours. Ce que je parviens d'ordinaire à tolérer ou à ignorer chez mes camarades, aujourd'hui, je n'y parviens pas. Bien sûr, je pourrais subtilement intimider les deux pouffes qui chuchotent bruyamment à côté de moi. Je n'ai aucun doute sur ma capacité à pouvoir les dissuader rapidement. Mais je ne ferais qu'attirer l'attention sur moi, voire compromettre ma place ici. Quand on a choisi de faire des études en droit, on ne se fait pas remarquer de cette manière.
Ah, oui... Il y a aussi cette fille. Vous savez, le genre excessivement timide ou introvertie, appelez cela comme vous voulez. On pourrait lire sur son front : « j'ai bientôt vingt ans et je n'ai jamais eu de petit ami. » Oui, c'est comme ça qu'elles appellent leur hypothétique partenaire. Figurez-vous que celle-ci a des vues sur moi. Comment je le sais ? Elle me mate quand je donne l'impression de ne pas la remarquer. Je dois dire qu'elle est discrète. Mais c'est sans compter mon attention obsessionnelle à ce qui m'entoure et me concerne. Elle est peut-être timide à un niveau résolument pathétique, mais ce n'est sûrement pas la dernière des connes. Par contre, si elle croit que je suis comme elle, elle se fourre le doigt dans l'œil. En ce qui me concerne, ma solitude est un choix.
Qu'est-ce qu'elle peut bien me trouver ? Certes, je suis présentable en apparence. Mais je ne fais rien pour me montrer séduisant et encore moins avenant. Là encore, je pourrais essayer de m'en débarrasser instantanément avec un doigt d'honneur bien placé. Cela m'épargnerait d'avoir à aller lui dire ce que je pense. Mais, outre le fait que je ne souhaite pas moi-même m'associer à un geste pouvant être interprété comme puéril, je ne suis pas certain que cela suffise. Au risque de me répéter, cette fille a l'air bien plus maline que doivent le penser la plupart de ses autres camarades, moins observateurs et perspicaces que moi, qui passent leur temps à l'ignorer. Je pense finalement qu'elle a bien saisi à qui elle avait affaire, à travers le regard que je porte sur elle. Pourtant, elle semble continuer de me voir comme la huitième merveille du monde. Telle une tique bien cachée prête à empoisonner mon quotidien.
La sonnerie retentit. Je range mes affaires sans tarder puis me lève pour me diriger vers la sortie de l'amphithéâtre avant que des groupes d'étudiants indolents ne se mettent à encombrer les couloirs. J'ai besoin de respirer. J'ai à peine eu le temps de parcourir quelques mètres...
— Excuse-moi...
qu'une petite voix féminine hésitante et inconnue s'adresse à moi dans mon dos. Comme un idiot, je me retourne.
Bordel, c'est elle !
— Qu'est-ce que tu veux ? réponds-je par réflexe.
Elle se tient là, embarrassée devant moi, comme si elle est en train de jouer sa vie.
— Je...
C'est tout juste si elle ne se met pas à trembler. Au point où je serais tenté de trouver un moyen d'abréger ses souffrances. Cette scène est déjà ridicule.
— Je me demandais si tu voudrais venir... non, aller boire un verre avec moi. Je veux dire, après les cours.
Je ne suis plus à un verbe près. N'empêche, plaisanterie mise à part, il doit en falloir du cran pour que quelqu'un comme elle, étant donné son état émotionnel, vienne me balancer ça comme ça. Je serais presque admiratif.
— Désolé, mais j'ai mieux à faire.
— S'il te plaît...
— S'il te plaît...
Elle me tend un billet de cinquante balles. La garce se doutait sûrement que j'allais refuser. Délit de corruption caractérisé et prémédité. On peut dire qu'elle commence bien sa carrière, celle-là.
— Qu'est-ce que tu me fais, là ?
— Je t'en prie...
— Je t'en prie...
On en est là. En même temps, la condition estudiantine, de nos jours, c'est compliqué. Je lui prends le billet des mains. Avec ses conneries, j'espère qu'on ne va pas croire que je lui vends de la drogue.
— OK. Pour un verre.
J'insiste sur la quantité avec mon index et, par extension, sur la durée de cette... entrevue ?
Bref, il n'en reste pas moins que je me suis fait avoir comme un nigaud.
***
Nous y voilà. On se retrouve tous les deux face à face comme deux imbéciles, à ne pas savoir quoi se dire, à l'intérieur de ce fichu bar. Elle s'appelle Nora. Elle a dix-neuf ans et demi. Le demi semble toujours avoir une importance pour elle. Je la reluque un moment avant qu'elle ne se décide à me raconter sa vie. Elle a la peau claire et porte de longs cheveux blonds ondulés. À cause de sa petite taille, de sa poitrine plate et de sa timidité maladive, j'ai l'impression d'amener ma petite sœur manger un bout après une séance de ciné. Notez que je le fais parce que ma mère m'y oblige.
Bon allez, j'exagère. Elle est tout à fait baisable, cette fille. Je profiterais volontiers de ses jolis yeux verts, qui me fixent avec douceur, en d'autres circonstances. Enfin, encore faut-il qu'elle soit capable d'ouvrir la bouche.
— Alors, c'est quoi ton problème pour vouloir sortir avec un type comme moi ?
— Tu es... mignon et tu as toujours l'air sûr de toi.
— Ce n'est pas suffisant pour savoir si je prendrais soin de toi.
— Tu es... mignon et tu as toujours l'air sûr de toi.
— Ce n'est pas suffisant pour savoir si je prendrais soin de toi.
Elle hausse les épaules. Bon, d'accord. Elle s'en fout. Elle me raconte que ses parents travaillent tous deux dans le milieu des affaires, ce qui lui permet d'avoir une belle villa avec une grande piscine. Je comprends mieux sa facilité à sortir un billet pour s'offrir un rencard.
— Ils annoncent du beau temps ce week-end et mes parents sont absents. Tu pourrais venir te baigner.
— Je déteste nager.
— Alors je nagerai pour deux.
— Je déteste nager.
— Alors je nagerai pour deux.
C'est ainsi que nous convenons que je viendrai la mater en maillot de bain.
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