Monsieur le textile
Chapitre 1 · Une histoire ondes de peau
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Monsieur le textile — Chapitre 1 · Une histoire ondes de peau

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Le ton est irrésistible dès les premières lignes — ce mélange de dérision professionnelle et de désir naissant qui se gère au sonomètre. On aime la façon dont Claire prend toujours une demi-longueur d'avance sur Seb, et dont lui fait semblant de ne pas comprendre. La voix du narrateur, à la fois précise et légèrement dépassée par les événements, donne au récit une chaleur tranquille qui s'installe sans forcer.

Monsieur le textile

Chapitre 1 · Une histoire ondes de peau

Quand j'arrivai au camping, il était un peu plus de dix-sept heures. Il faisait chaud. Très chaud. Mon polo sombre commençait déjà à me coller dans le dos et j'avais deux valises de matériel dans le coffre. Je me garai devant l'accueil, récupérai le sonomètre, mon sac, quelques documents et poussai la petite barrière. Je fis dix mètres. Puis je m'arrêtai. Un homme passa devant moi à vélo. Nu. Complètement nu. Je le regardai s'éloigner. Très bien. Une femme sortit d'un bungalow avec une serviette sur l'épaule. Nue également. Je baissai les yeux vers mon ordre de mission. Camping naturiste. Ah. J'avais manifestement lu « camping » et décidé que le reste était un détail administratif. Parfait. Je repris ma marche. Polo. Pantalon. Chaussures. Matériel professionnel à la main. Au milieu de gens qui avaient collectivement décidé que les vêtements étaient facultatifs. Je n'avais jamais eu autant l'impression d'être trop habillé de ma vie.
— Vous devez être l'acousticien.
Je relevai les yeux. Et ma journée se compliqua immédiatement. Elle était devant la réception. Brune. La quarantaine. Cheveux attachés sans vraiment chercher à les discipliner. Peau déjà dorée par l'été. Ronde. Des hanches larges. Un ventre doux. Une poitrine généreuse. Et absolument aucun vêtement. Pas de paréo. Pas de serviette pudiquement placée quelque part. Rien. Mais ce qui me perturbait le plus n'était même pas sa nudité. C'était son naturel. Elle se tenait devant moi exactement comme une autre personne se tiendrait en jean et t-shirt. À aucun moment elle ne semblait se demander où poser ses mains, comment se tourner ou ce que je pourrais regarder. Elle me tendit simplement la main.
— Claire. Je gère le camping.
Je fis un effort probablement beaucoup trop visible pour regarder son visage.
— Seb. Bonsoir.
Elle me serra la main. Puis son regard descendit sur moi. Polo. Pantalon. Chaussures. Elle sourit.
— Vous avez prévu une expédition ?
— Pardon ?
— Vous êtes probablement la personne la plus habillée à cinq kilomètres à la ronde.
Je regardai autour de moi.
— Je commence à m'en rendre compte.
Elle rit.
— Vous n'aviez pas vu que c'était naturiste ?
— Si.
Elle attendit. Je soupirai.
— Enfin... maintenant oui.
Elle éclata de rire. Bon. Au moins, ça commençait bien. Le problème concernait les soirées musicales organisées autour du bar et de la piscine. Quelques voisins s'étaient plaints. Je devais donc vérifier les niveaux et faire plusieurs relevés dans et autour du camping pendant la soirée. Claire me fit visiter. Je la suivis. Et rapidement, quelque chose d'étrange se produisit. Au bout de dix minutes, la nudité générale devint presque normale. Les gens discutaient. Faisaient leurs courses. Jouaient aux boules. Buvaient un café. Passaient à vélo. Des jeunes. Des vieux. Des corps minces. D'autres beaucoup moins. Des cicatrices. Des ventres. Des seins qui tombaient. Des marques de bronzage parfois franchement improbables. Et personne n'avait l'air d'en avoir quoi que ce soit à faire. Il n'y avait pas cette impression que j'avais imaginée avant d'arriver. Aucune exposition. Aucun spectacle. Juste des gens qui vivaient. C'était probablement moi qui attirais le plus les regards avec mon pantalon, mes chaussures de sécurité et mon matériel à la main.
Claire se retourna.
— Ça va ?
— Très bien.
— Vous avez l'air très concentré.
— Je travaille.
— Bien sûr.
Elle sourit.
— Vous pouvez regarder devant vous, vous savez.
— C'est ce que je fais.
— Justement. Beaucoup trop.
Je la regardai. Elle rit.
— Détendez-vous. Personne ne va appeler la police parce que vos yeux ont croisé une paire de fesses.
— Merci pour l'autorisation.
— Avec plaisir.
Elle repartit devant moi. Et forcément, maintenant qu'elle venait de dire ça, mon regard descendit une demi-seconde. Elle se retourna exactement à cet instant. Merde. Elle leva un sourcil.
— Ah.
— Quoi ?
— Rien du tout.
Et elle reprit sa marche avec un sourire beaucoup trop satisfait. Je commençai par les relevés autour de la zone musicale. Claire resta avec moi. Elle connaissait parfaitement son site, savait où les voisins s'étaient déjà manifestés et me montra les différentes limites de propriété. J'installai le sonomètre.
— J'ai besoin de lancer la musique à un niveau représentatif d'une soirée normale.
— Je m'en occupe.
Elle prit son téléphone. Quelques secondes plus tard, la musique démarra. Je regardai les niveaux.
— Un peu plus fort.
Elle augmenta.
— Encore.
Elle augmenta.
— Là.
Elle vint à côté de moi pour regarder l'écran. Son épaule toucha légèrement mon bras.
— Ça correspond à quoi ?
Je lui expliquai rapidement ce que je regardais. Elle écouta réellement. Posa des questions. Pas énormément. Juste les bonnes. Et j'aimais bien ça. Parce que depuis mon arrivée, je m'étais surtout employé à intégrer le fait que ma cliente était nue. Et je découvrais maintenant simplement Claire. Une femme drôle. Directe. Qui connaissait son camping. Qui voulait comprendre. À un moment, elle se pencha davantage sur l'écran. Ses cheveux frôlèrent mon bras. Je sentis son parfum. Je regardai le sonomètre. Très attentivement.
— Vous êtes toujours comme ça ?
— Comme quoi ?
— Ultra sérieux.
— Quand je travaille, oui.
— Ça doit être épuisant.
— Je m'en remets.
Elle tourna la tête vers moi.
— On verra ce soir.
Je fronçai les sourcils.
— Pourquoi ce soir ?
Son regard descendit vers mon polo.
— Parce qu'à vingt-trois heures, après six heures ici, vous aurez peut-être enfin déboutonné un bouton.
Et elle repartit avant que je puisse répondre. Vers dix-neuf heures trente, nous fîmes une pause. Claire me proposa de manger quelque chose à la terrasse du camping. Je m'installai. Toujours habillé. Évidemment. Claire arriva avec deux bouteilles d'eau et s'assit en face de moi. Toujours nue. Évidemment. Je commençais presque à ne plus le remarquer. Presque.
— Alors ?
— Alors quoi ?
— Première journée dans un camping naturiste.
— Techniquement, ça fait deux heures.
— Et ?
Je regardai autour de moi.
— C'est moins bizarre que ce que j'aurais imaginé.
— C'est toujours comme ça.
Elle but une gorgée.
— Au début les gens croient que tout le monde regarde tout le monde. Après ils découvrent que personne n'en a rien à foutre.
Je souris.
— C'est exactement ce que j'allais dire.
— Tu vois.
Je relevai un sourcil.
— On se tutoie maintenant ?
Elle haussa les épaules.
— Vous êtes arrivé habillé devant moi alors que j'étais nue. On a déjà sauté quelques conventions sociales.
Je ris.
— Argument recevable.
Le repas continua comme ça. Sans grande conversation existentielle. Sans qu'elle cherche à m'expliquer le naturisme. Elle me raconta quelques anecdotes sur le camping. Un monsieur qui oubliait systématiquement où il posait sa serviette. Un couple qui venait depuis vingt-cinq ans et se disputait uniquement sur l'emplacement du parasol. Une dame de soixante-dix ans qui écrasait tout le monde à la pétanque. Et plus elle parlait, moins je voyais une femme nue en face de moi. Je voyais Claire. Ce qui était probablement beaucoup plus dangereux.
Vers vingt-deux heures trente, la soirée commença réellement. Musique. Terrasse occupée. Piscine éclairée. Les gens discutaient autour du bar. Je fis mes relevés puis partis vers mon premier point extérieur. Claire insista pour venir. Cette fois, elle avait noué un paréo autour de la taille.
— Il fait plus frais, précisa-t-elle.
— J'allais rien dire.
— Menteur.
Nous marchâmes une dizaine de minutes. La musique devenait progressivement plus faible. Au premier point, je posai mon trépied.
— Là, silence pendant cinq minutes.
— Je suis excellente en silence.
— J'ai déjà des raisons d'en douter.
Elle sourit. Je lançai. Nous restâmes côte à côte. Pas un mot. Quelques insectes. Une voiture au loin. La basse du camping qui ressortait légèrement. Puis son bras toucha le mien. Je ne bougeai pas. Elle non plus. Une minute. Deux. Je regardai l'écran. Puis elle. Elle me regardait déjà. Je désignai le micro du doigt. Silence. Elle acquiesça très sérieusement. Puis mima un baiser dans le vide. Je détournai immédiatement les yeux pour ne pas rire. Mauvaise idée.
Deuxième point. Plus loin. Le chemin longeait une petite pinède. La musique n'était plus qu'une présence lointaine. Je posai l'appareil. Claire resta derrière moi.
— Encore cinq minutes ?
— Oui.
— Ton métier consiste essentiellement à demander aux femmes de se taire ?
Je la regardai.
— Tu veux vraiment que je réponde ?
Elle sourit. Je lançai la mesure. Cette fois, elle resta parfaitement silencieuse. Vraiment. Quand je terminai, je rangeai le câble. Claire me regarda.
— Tu sais que tu as passé toute la soirée à éviter de me regarder ?
— Pas du tout.
— Si.
— Je regarde mon appareil.
— Beaucoup.
— C'est généralement le principe d'une mesure.
Elle s'approcha.
— Tu es drôle quand tu fais semblant de ne pas comprendre.
— Comprendre quoi ?
Elle s'arrêta devant moi. Son expression avait changé. Toujours ce petit amusement dans les yeux. Mais plus doux maintenant.
— Que je te regarde aussi.
Je restai silencieux. Le bruit du camping paraissait soudain très loin.
— Claire...
— Quoi ?
— Tu es ma cliente.
— Oui.
— C'est généralement une assez bonne raison pour éviter les mauvaises idées.
Elle sourit.
— Qui a parlé de mauvaise idée ?
Puis son regard descendit vers mon polo.
— Enlève déjà ça.
Je fronçai les sourcils.
— Pardon ?
— Ton polo.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il fait encore vingt-cinq degrés, que tu es couvert de transpiration et que je commence à avoir chaud rien qu'à te regarder.
Je ris.
— Tu es incroyable.
— Merci.
Elle croisa les bras.
— Allez.
— Non.
— Pourquoi ?
Je cherchai une réponse intelligente. Je n'en trouvai pas. Elle le vit. Évidemment. Elle s'approcha. Pose deux doigts contre le premier bouton. Ne l'ouvrit pas. Ne tira pas sur le tissu. Elle laissa simplement ses doigts là.
— Je ne vais pas te déshabiller de force.
Puis elle les retira.
— Mais j'aimerais bien voir ce qu'il y a dessous.
La simplicité de la phrase me désarma complètement. Pas de discours. Pas de flatterie. Elle en avait envie. C'était tout. Je soupirai. Puis retirai mon polo. Je le posai sur ma valise. Claire ne dit rien. Son regard parcourut tranquillement mon torse. Mes tatouages. Mon ventre. Mes flancs. Sans se cacher. Et bizarrement, je me sentis plus exposé torse nu devant elle que lorsque j'étais arrivé au milieu de cinquante personnes entièrement nues. Elle s'approcha. Sa main vint se poser sur mon ventre. Chaude. Tranquille. Je baissai les yeux vers elle.
— Quoi ?
Elle haussa légèrement les épaules.
— Rien.
Sa paume glissa doucement sur mon flanc.
— J'aime bien.
— Quoi ?
Elle me regarda.
— Toi.
Voilà. Pas d'explication. Pas de raison. Pas de tentative pour me convaincre de quoi que ce soit. Elle me regardait simplement comme si la réponse était évidente. Puis son sourire revint.
— Et franchement, c'est beaucoup mieux sans le polo.
Je ris.
— Merci.
— De rien.
Elle s'approcha encore.
— Ça fait plusieurs heures que j'attends.
— Quoi ?
— Ça.
Et elle m'embrassa. Pas brutalement. Claire prit son temps. Un premier baiser léger. Ses lèvres contre les miennes. Puis elle recula juste assez pour voir ma réaction.
— Ça va ?
— Oui.
— Bien.
Elle revint. Cette fois plus longtemps. Mes mains vinrent se poser sur ses hanches. Sa peau nue sous mes doigts me surprit presque malgré toutes ces heures passées dans le camping. Parce que cette fois la nudité n'avait plus rien de banal. Il ne s'agissait plus de naturisme. Il s'agissait d'elle. De sa peau. De sa chaleur. De son ventre qui venait contre le mien. De ses bras qui remontaient autour de mon cou. Elle sourit légèrement contre mes lèvres. Je la serrai davantage. Et pendant quelques secondes, la pinède, le matériel, les voisins et mes mesures disparurent complètement.
Quand elle recula, elle me regarda. Longuement. Puis reposa une main sur mon ventre. Simplement parce qu'elle semblait aimer la laisser là. Je souris.
— Tu vas faire ça souvent ?
— Probablement.
— D'accord.
— Ça te dérange ?
Je regardai sa main. Puis elle.
— Non.
— Alors arrête de poser des questions.
Elle m'embrassa pour conclure. Quelques secondes plus tard, elle s'écarta.
— Il t'en reste combien ?
Je restai un instant surpris.
— De quoi ?
Elle éclata de rire.
— Tes mesures, monsieur l'acousticien.
— Deux.
— Alors bosse.
— Sérieusement ?
— Oui.
Elle ramassa mon polo. Le posa sur mon épaule.
— Mais ça, tu le remets pas.
— Tu donnes beaucoup d'ordres.
— Et tu obéis plutôt bien.
Je secouai la tête. Nous reprîmes le chemin. Moi torse nu avec mon matériel dans les mains. Elle avec son paréo noué autour de la taille. Je commençais à me demander à quel moment exactement cette mission avait pris cette direction.
Dernier point à minuit dix-sept. La musique était coupée. Je fis le bruit résiduel. Claire s'était assise dans l'herbe à quelques mètres. Silencieuse. Pour une fois. Je terminai. Enregistrai. Rangeai l'appareil.
— C'est fini.
Elle se releva.
— Tout ?
— Tout.
Son sourire apparut immédiatement.
— Donc maintenant tu n'es plus en mission ?
— Techniquement, si. Jusqu'à ce que je sois parti.
Elle secoua la tête.
— Tu compliques vraiment tout.
— C'est une qualité.
— Pas ce soir.
Elle prit ma main.
— Viens.
— Où ?
— Piscine.
Le camping s'était calmé. Quelques personnes étaient encore au bar mais la piscine était vide. Les éclairages sous l'eau donnaient une lumière bleue à toute la terrasse. Claire enleva son paréo. Puis se retourna vers moi.
— Tu viens ?
— Dans la piscine ?
— Non. Je pensais organiser une réunion de chantier.
Je souris.
— J'ai pas de maillot.
Elle resta silencieuse. Me regarda. Puis regarda autour d'elle. Je compris.
— Ah oui.
— Ça y est ?
— Je rappelle que je suis débutant.
Elle descendit dans l'eau.
— Alors apprends.
Je restai debout quelques secondes. Elle nagea lentement jusqu'au milieu. Puis se retourna. M'attendit. Sans rire. Sans me presser. C'était probablement ça qui me décida. Je retirai mes chaussures. Mon pantalon. Puis le reste. Claire ne détourna pas les yeux. Pas une seconde. Mais elle ne souriait pas non plus. Elle me regardait. Simplement. Et cette absence totale de réaction me détendit davantage que n'importe quel compliment. Je descendis dans l'eau. La chaleur m'enveloppa immédiatement. Claire sourit enfin.
— Voilà.
— Quoi encore ?
Elle nagea jusqu'à moi.
— Rien.
Puis elle passa ses bras autour de mon cou.
— C'est mieux.
Ses jambes vinrent doucement contre les miennes. Je posai les mains sur ses hanches. Elle m'embrassa. L'eau chaude nous entourait. Ses cheveux maintenant mouillés collaient contre ses joues. Je les repoussai d'une main. Elle sourit. Puis m'embrassa encore. Tout devenait plus lent. Plus intime. Mes mains suivaient son dos. Ses hanches. Son ventre. Elle ne cherchait jamais à cacher quoi que ce soit. Et moi non plus. C'était probablement ça qui me troublait le plus. Pas sa nudité. La facilité. Nous étions là, au milieu d'une piscine presque vide, sans vêtements, sans posture, sans essayer de présenter une meilleure version de nous-mêmes. Juste deux corps très imparfaits qui, à cet instant précis, plaisaient parfaitement à la personne en face.
Claire posa son front contre le mien. Puis sa bouche descendit vers mon cou. Je fermai les yeux.
— Alors ?
— Quoi ?
— Tu survis ?
Je souris.
— Pour l'instant.
Sa main revint contre mon ventre. Encore. Je baissai les yeux.
— Tu fais une fixation.
— Peut-être.
Elle le caressait doucement du bout des doigts. Pas pour démontrer quoi que ce soit. Juste parce qu'elle en avait envie.
— Ça te plaît vraiment ?
Elle releva les yeux.
— Seb...
— Quoi ?
— Si ça ne me plaisait pas, tu crois vraiment que je serais nue contre toi dans une piscine à minuit passé ?
Je ris.
— Vu comme ça.
— Voilà.
Et elle m'embrassa. Longuement. La suite devint naturellement plus charnelle. Des baisers plus appuyés. Nos corps qui se cherchaient dans l'eau. Des mains qui prenaient davantage confiance. Et toujours des rires chaque fois que l'un de nous glissait ou qu'un mouvement censé être séduisant devenait complètement ridicule à cause de l'eau.
À un moment, Claire éclata de rire contre mon épaule.
— Quoi ?
— Rien.
— Claire.
— J'étais juste en train de me dire que tu étais beaucoup moins timide tout à coup.
— Je m'adapte rapidement.
— Ah oui ?
— Très.
Je l'embrassai. Elle passa une main derrière ma nuque. Se rapprocha encore. Son sourire disparut progressivement. Sa respiration changea. La mienne aussi. Elle ferma les yeux. Je sentis ses doigts se resserrer légèrement contre moi. Puis elle vint chercher ma bouche. Encore. Plus lentement cette fois. Il n'y avait aucune urgence. Aucune performance. Rien à prouver. Seulement cette envie qui montait entre nous et cette eau qui rendait chaque contact étrange, plus doux, presque irréel. Je la sentis frissonner malgré la chaleur. Elle enfouit son visage contre mon cou. Puis releva les yeux. Un sourire fatigué. Heureux. Je l'embrassai sur le front. Et quelque chose se calma. Pas d'un coup. Par vagues. Quelques baisers encore. Des mains qui restaient posées. Nos corps toujours l'un contre l'autre. Puis simplement le plaisir de rester là.
Plus tard, nous sortîmes de la piscine. Claire attrapa deux grandes serviettes. Nous nous installâmes sur un transat. Elle vint se coucher contre moi. Sa tête sur mon épaule. Une jambe passée sur la mienne. Je regardai le ciel. Quelques secondes. Puis :
— Tu sais que c'est probablement la mission la plus bizarre que j'ai faite ?
— Parce que tu as fini nu dans une piscine ?
— Entre autres.
— C'est pas très naturiste comme réflexion.
Je ris. Elle posa sa main sur mon ventre. Encore. Je tournai la tête vers elle.
— Sérieusement ?
— Quoi ?
— Tu vas vraiment passer toute la nuit avec ta main là ?
Elle regarda sa propre main. Puis moi.
— Elle est bien.
— D'accord.
— Et moi aussi.
Je souris. Elle ferma les yeux. C'était tout. Et cette fois, je ne cherchais aucune explication derrière son geste. Je laissai simplement sa main là.
Il était presque deux heures lorsque je me rhabillai. Claire m'accompagna jusqu'à la voiture. Toujours nue. Comme si tout était parfaitement normal. Moi, de nouveau en pantalon et polo. Elle me regarda.
— Dommage.
— Quoi ?
Son regard descendit sur ma tenue.
— Tu étais mieux il y a dix minutes.
— Très drôle.
Je rangeai la valise dans le coffre. Puis elle vint devant moi.
— Tu repars vraiment ?
— Oui.
— T'as beaucoup de route ?
— Une heure et demie.
Elle acquiesça. Aucune tentative pour me retenir. Pas de « reste ». Pas de faux prétexte. Elle passa simplement les bras autour de mon cou. Et m'embrassa. Pas de provocation cette fois. Un vrai baiser. Calme. Long. Quand elle recula, elle garda quelques secondes son visage près du mien.
— Bonne route, monsieur textile.
— Bonne nuit, madame la directrice.
Je montai dans la voiture. Elle resta devant l'accueil pendant que je démarrai. Je roulai quelques mètres. Puis baissai la vitre.
— Claire ?
— Oui ?
— Pour les soirées musicales...
Elle ferma les yeux. Déjà résignée.
— Non.
— Quoi, non ?
— Je sens que tu vas redevenir acousticien.
— Il faudra probablement réduire un peu le soixante-trois hertz après vingt-trois heures.
Elle me regarda.
— Sérieusement ?
— Je suis quand même venu pour ça.
Elle éclata de rire.
— Casse-toi.
Je repartis en souriant. Dans le rétroviseur, je la vis encore quelques secondes devant l'accueil. Nue. Les bras croisés. Toujours en train de rire. Puis le virage la fit disparaître.
Je pensais venir mesurer du bruit dans un camping naturiste. Quelques heures plus tard, j'en repartais avec le souvenir d'une pinède silencieuse, d'une piscine bleue au milieu de la nuit et d'une femme qui avait passé la soirée à poser sa main sur mon ventre comme si c'était l'endroit le plus naturel du monde. Elle ne m'avait rien appris. Elle n'avait rien essayé de réparer. Elle m'avait simplement regardé. Puis désiré. Comme ça. Et bizarrement, sur la route du retour, c'est peut-être ce qui m'est resté le plus longtemps. Pas la nudité. Pas la piscine. Même pas les baisers. La simplicité avec laquelle, pendant quelques heures, Claire m'avait donné envie de ne rien cacher.
S. Vesambre
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