Une semaine après avoir envoyé mon rapport, mon téléphone vibre. Un message de Claire. Tu fais quoi demain ? Je regarde l'écran. Pas de bonjour. Pas de formule. Pas la moindre allusion au dossier. Je réponds : Rien de prévu. Pourquoi ? Quelques secondes. Reviens. Je souris. Pour une contre-mesure ? Les trois petits points apparaissent presque immédiatement. Cette fois tu laisses ton sonomètre chez toi. Je ris tout seul. Puis un deuxième message arrive. Et prends beaucoup moins de vêtements. Je reste un moment devant l'écran. Le dossier est terminé. Les mesures sont faites. Le rapport envoyé. Professionnellement, je n'ai plus aucune raison de remettre les pieds dans ce camping. Claire le sait parfaitement. Moi aussi. Je pourrais lui demander ce qu'elle a prévu. Combien de temps. Pourquoi exactement elle veut que je revienne. Je n'en fais rien. Je réponds simplement : D'accord.
Le lendemain matin, je prends la route. Sans sonomètre. Sans trépied. Sans mallette. Juste un petit sac posé sur le siège passager. La première fois, j'allais travailler. Cette fois, je n'ai aucune excuse. Je retourne voir Claire. Et ça me va très bien comme ça. Elle m'attend devant son bungalow. Nue. Évidemment. Bronzée. Les cheveux encore légèrement humides, une tasse de café à la main. Elle me voit descendre de la voiture en short et tee-shirt. Son regard glisse lentement sur moi. Puis elle secoue la tête.
— T'as vraiment rien compris.
— Bonjour Claire.
— Bonjour Seb.
Elle vient vers moi. Passe naturellement ses bras autour de mon cou et m'embrasse. Pas sur la joue. Sur la bouche. Un baiser simple. Doux. Comme si je l'avais quittée la veille. Puis elle recule et tire légèrement sur mon tee-shirt.
— Beaucoup trop.
— J'ai pourtant fait léger.
— T'as apporté ton matériel ?
— Non.
Elle se penche pour regarder par la fenêtre de la voiture.
— Même pas le sonomètre ?
— Même pas.
Elle se redresse. Un sourire apparaît.
— Là, par contre, tu progresses.
Elle se retourne.
— Viens.
Je prends mon sac. Et je la suis. Cette fois, je ne regarde pas le sol. Ni les arbres. Ni le ciel. Je regarde Claire. Son dos bronzé. Ses hanches généreuses. Et ses jolies fesses rondes qui accompagnent tranquillement chacun de ses pas. Elle tourne légèrement la tête. Juste assez pour comprendre.
— Tu regardes mon cul ?
Je pourrais mentir. Je ne le fais pas.
— Oui.
Elle sourit.
— Bien.
— Bien ?
— La dernière fois, tu faisais tellement attention à ne regarder personne que t'en devenais suspect.
Je ris. Elle reprend sa marche.
— Là au moins, t'es vivant.
Et comme elle ne fait absolument rien pour dissimuler ses formes, je continue à les regarder. Sans honte. Sans réfléchir. Simplement parce qu'elles me plaisent. Je pose mon sac dans le bungalow. Claire s'appuie contre le petit plan de travail. Elle me regarde.
— Alors ?
— Quoi ?
Elle désigne mes vêtements.
— Tu comptes garder ça longtemps ?
— J'arrive depuis trente secondes.
— Justement. Tu perds du temps.
Je souris.
— Toujours aussi subtile.
— Pourquoi faire compliqué ?
C'est probablement ce qui me plaît le plus chez elle. Avec Claire, rien ne semble avoir besoin d'être annoncé longtemps à l'avance. Elle a envie de se baigner, elle se baigne. Elle a envie d'être nue, elle est nue. Elle a envie de m'embrasser, elle m'embrasse. Pas pour provoquer. Pas pour faire passer un message. Juste parce qu'à cet instant précis, c'est ce qu'elle veut. Alors je retire mon tee-shirt. Puis mon short. Et me retrouve nu devant elle. Cette fois, il n'y a pas cette longue hésitation de la première nuit. À peine un vieux réflexe. Une fraction de seconde où je me redresse peut-être un peu trop. Claire le voit. Ou pas. Elle ne dit rien. Et c'est mieux comme ça. Elle vient simplement vers moi. Pose ses mains sur mes flancs. Puis se colle contre moi. Sa peau encore chaude du soleil contre la mienne. Son ventre contre le mien. Ses bras remontent autour de mon cou.
— Ça me fait plaisir que tu sois revenu.
La phrase me surprend par sa simplicité.
— À moi aussi.
Elle m'embrasse. Lentement. Ses doigts passent dans ma barbe. Les miens descendent dans son dos. Puis trouvent naturellement ses fesses. Douces. Pleines sous mes paumes. Claire sourit contre mes lèvres.
— C'est donc vraiment un truc chez toi.
— Quoi ?
— Mes fesses.
Je resserre légèrement mes mains.
— Je confirme.
Elle rit. Puis m'embrasse encore. Aucune urgence. Aucune question sur ce que ça signifie. Nous sommes simplement deux personnes nues dans un bungalow, heureuses de se retrouver. Et pour l'instant, ça suffit largement. Claire finit par reculer.
— Piscine.
Je la regarde.
— Là ?
— Oui.
— Tu viens de me faire enlever mes vêtements pour repartir immédiatement ?
— Exactement.
Elle attrape deux serviettes. Puis me lance la mienne.
— Allez.
Nous traversons le camping nus. La première fois, ces quelques dizaines de mètres m'avaient paru interminables. Aujourd'hui, c'est différent. Je remarque encore ma nudité. Mais elle n'occupe plus toute la place. Il y a le soleil sur ma peau. Le gravier chaud sous mes pieds. Claire qui marche devant moi. Les odeurs de café et de pin. Des gens qui discutent devant leurs emplacements. Un couple qui prépare son déjeuner. Un homme qui revient tranquillement de la douche. Une femme qui arrose trois plantes devant son mobil-home. La vie. Simplement. Au bout de quelques mètres, Claire ralentit. Sa main trouve la mienne. Pas pour me rassurer. Elle n'en parle même pas. Elle a juste envie de me prendre la main. Alors nous marchons comme ça. Nus. Main dans la main. Et quelque chose dans cette absurdité apparente me paraît soudain parfaitement normal.
Claire plonge la première. Je la rejoins. Elle nage jusqu'à moi. Passe ses bras autour de mon cou et laisse son corps flotter contre le mien.
— Ça va ?
— Très bien.
— T'as vu ? Personne n'est mort.
— La journée est encore jeune.
Elle rit. Puis pose sa joue contre mon épaule. Nous restons quelques instants comme ça. Sans parler. Ses jambes viennent parfois toucher les miennes sous l'eau. Mes mains se posent naturellement sur ses hanches. Elle joue distraitement avec les poils de mon torse. Au bout d'un moment, elle relève la tête.
— Tu sais ce qui est bien ici ?
— Quoi ?
Elle regarde autour d'elle.
— Les gens finissent par arrêter de se regarder vivre.
Je souris.
— C'est très philosophique pour quelqu'un qui m'a ordonné de me mettre à poil il y a dix minutes.
— Je peux être profonde et avoir des priorités.
Je ris. Elle aussi. Puis elle reprend :
— Quand ils ont chaud, ils vont dans l'eau. Quand ils ont faim, ils mangent. Quand ils veulent dormir, ils dorment.
Elle hausse les épaules.
— C'est reposant.
Puis elle me regarde.
— Et toi, t'es déjà beaucoup moins dans ta tête que la dernière fois.
— Possible.
— Tant mieux.
Elle se rapproche. Ses lèvres touchent les miennes. Doucement d'abord. Puis le baiser s'allonge. Ses doigts remontent derrière ma nuque. Je rapproche son corps du mien. Elle se laisse faire. Son ventre. Ses hanches. Sa poitrine contre mon torse. Tout est doux chez elle. Rond. Chaud. Vivant. Elle quitte ma bouche et vient embrasser la peau sous ma barbe. Puis mon cou. Je ferme les yeux.
— Claire...
— Hmm ?
— Rien.
Elle sourit contre ma peau.
— Voilà. C'est mieux quand tu réfléchis pas.
Je la regarde.
— Tu viens quand même de commenter le fait que je ne réfléchis pas.
— Chut.
Et elle m'embrasse de nouveau.
À midi, nous déjeunons au bar. Nus. Et, étonnamment, au bout de quelques minutes je n'y pense déjà plus. Une femme s'approche de notre table. Brune. La quarantaine. Des formes généreuses. Un sourire facile. Elle embrasse Claire puis me regarde.
— Ah.
Je souris.
— Ça commence bien.
Claire éclate de rire.
— Seb, Nathalie.
— Enchanté.
Nathalie me serre la main. Puis me regarde de nouveau. Sans énormément de discrétion.
— Le fameux acousticien.
Je tourne la tête vers Claire.
— Le fameux ?
Elle boit tranquillement une gorgée.
— J'ai parlé de toi.
— Je vois ça.
Nathalie continue de m'observer. Puis dit simplement :
— Claire avait oublié de préciser que t'étais mon genre aussi.
Je reste une seconde sans répondre. Claire éclate de rire.
— Nathalie...
— Quoi ? C'est vrai.
Je regarde Nathalie. Puis Claire.
— C'est une habitude ici de commenter les nouveaux devant eux ?
— Seulement ceux qu'on aime bien.
Nathalie nous laisse quelques minutes plus tard. Je regarde Claire.
— Ton genre aussi ?
Elle hausse les épaules.
— Apparemment.
— Ça te fait rire ?
— Beaucoup.
Sa main vient se poser sur ma cuisse.
— Et j'ai très bon goût.
La conversation s'arrête là. Sa main reste un moment. Puis nous reparlons d'autre chose. L'après-midi s'étire. Piscine. Terrasse. Un verre. Une sieste sous un arbre. Je me réveille avec la tête de Claire posée contre mon ventre. Elle dort. Complètement abandonnée. Une main posée sur mon côté. Je la regarde quelques instants. Claire a une marque de serviette sur la joue. Ses cheveux partent dans tous les sens. Une jambe pend légèrement hors du transat. Rien n'est composé. Rien n'est joli exprès. Et pourtant je la trouve magnifique. Elle ouvre un œil.
— Tu me regardes encore ?
— Oui.
— Mon cul ?
— Pas cette fois.
— Dommage.
Je ris. Elle referme les yeux.
— Réveille-moi dans cinq minutes.
Nous dormons presque une heure de plus. Plus tard, je vais seul chercher à boire au bar. Je commande. Discute quelques minutes. Reviens tranquillement avec deux verres. Claire me regarde arriver. Puis sourit.
— Quoi ?
— Rien.
— Ce sourire veut toujours dire quelque chose.
— Tu viens de traverser tout le camping nu.
Je baisse les yeux. Puis regarde derrière moi. Et seulement à ce moment-là, je réalise. Je n'y ai pas pensé. Pas une fois. Je n'ai pas accéléré. Je n'ai pas surveillé les regards. Je suis juste allé chercher deux verres. Je tends le sien à Claire.
— Santé.
Elle sourit. Et, heureusement, n'ajoute rien. Elle n'en a pas besoin. Le soir tombe lentement. Quelques guirlandes s'allument autour du bar. La chaleur devient plus douce. La musique monte. Les conversations aussi. Puis les premiers commencent à danser. Claire tourne la tête vers moi.
— Non.
Elle rit.
— J'ai rien dit.
— Tu allais le faire.
Elle tend la main.
— Viens.
— Claire...
— Tu réfléchis.
— Oui.
— Mauvaise habitude.
Je regarde sa main. Puis la prends. Je danse nu. Avec Claire. Rien que cette phrase aurait été parfaitement improbable quelques jours plus tôt. Et pourtant je suis là. Mes mains sur ses hanches. Ses bras autour de mon cou. Son corps collé au mien. Nous ne dansons probablement pas très bien. Personne ne semble s'en soucier. Claire ferme les yeux. Pose sa joue contre ma barbe. Ses hanches suivent doucement le rythme. Ma main descend naturellement sur ses fesses. Elle sourit sans ouvrir les yeux.
— Encore ?
— Toujours.
Elle se rapproche davantage.
— Tant mieux.
La musique continue. Mais quelque chose change entre nous. Très lentement. Ses mouvements deviennent moins innocents. Mes mains restent davantage sur elle. Sa bouche frôle mon cou. Je sens son souffle. Elle relève la tête. Son regard trouve le mien. Pas un mot. Elle m'embrasse. Et cette fois, le baiser n'a plus rien du petit geste tendre de la matinée. Il est long. Chaud. Ses doigts se ferment derrière ma nuque. Je la serre contre moi. Elle se laisse aller dans mes bras. Autour de nous, le camping continue. Des gens parlent. Rient. Dansent. Et pourtant tout semble progressivement s'éloigner. Claire recule à peine. Ses lèvres restent à quelques millimètres des miennes.
— J'ai envie de rentrer.
Je souris.
— Moi aussi.
Elle prend ma main. Et nous partons. Simplement. Nous marchons jusqu'au bungalow dans la nuit encore chaude. Plus lentement qu'à l'aller. Claire serre mes doigts. À mi-chemin, elle s'arrête. Sans raison particulière. Se tourne vers moi. Et m'embrasse de nouveau. Debout au milieu d'une allée. Nus. Sous quelques arbres. Je souris contre sa bouche.
— Quoi ?
— Rien.
Je la regarde.
— J'aime bien ce moment.
Elle passe doucement ses doigts dans ma barbe.
— Moi aussi.
Puis elle reprend ma main. Et nous repartons. Ni elle ni moi ne cherchons à savoir ce que nous sommes. À cet instant précis, ça n'aurait aucun intérêt. La porte du bungalow se referme derrière nous. Claire reste face à moi. Quelques secondes. Elle ne joue pas la séductrice. Elle ne prend aucune pose. Elle est juste Claire. Nue. Les cheveux un peu emmêlés. Les joues légèrement rosies par la soirée. Ce corps doux et généreux que j'ai passé la journée à regarder, toucher, sentir contre le mien. Elle tend une main. La pose contre mon ventre. Puis me regarde.
— Viens.
Je m'approche. Notre baiser est beaucoup plus lent que celui de la piste. Presque étonnamment doux. Mes mains glissent dans son dos. Elle passe les siennes sur mes épaules. Puis contre mon torse. Nous prenons notre temps. Comme si, maintenant que nous sommes seuls, nous n'avions justement plus besoin de nous dépêcher. Ma bouche retrouve son cou. Sa joue. Son épaule. Claire ferme les yeux. Ses doigts s'enfoncent doucement dans mon dos. Puis elle m'attire contre elle. Fort. Je sens tout son corps épouser le mien. Son ventre. Ses cuisses. Sa chaleur. Et cette fois, je ne pense à rien. Je la serre simplement. Entièrement. Claire laisse échapper un petit rire.
— Quoi ?
Elle secoue la tête.
— Rien.
Puis m'embrasse. Ses mains reviennent sur mes flancs. Les miennes sur ses hanches. Nous nous cherchons sans nous presser. Nous nous connaissons déjà un peu. Pas assez pour avoir des habitudes. Juste assez pour savoir ce qui fait sourire l'autre. Il y a des baisers. Des caresses. Des souffles qui deviennent plus courts. Des mains qui s'attardent. Et parfois un rire quand un genou cogne contre le lit ou lorsque nous nous emmêlons dans le drap. Claire enfouit son visage contre mon cou pour étouffer le sien.
— Putain...
— Quoi ?
— Rien. Continue.
Je souris. Puis elle vient reprendre ma bouche. Le désir monte sans brusquerie. Par vagues. Elle se retrouve contre moi. Puis au-dessus de moi. Puis blottie dans mes bras comme si la frontière entre tendresse et envie n'avait finalement aucune importance. Ses cheveux tombent autour de mon visage. Je les écarte doucement. Elle ferme les yeux lorsque mes mains descendent dans son dos. Sa respiration devient irrégulière. La mienne aussi. Pendant quelques instants, il n'y a plus que ça. La chaleur. Les souffles. La douceur de sa peau. Ses doigts qui se referment contre moi. Ce petit tremblement qui la traverse lorsqu'elle cesse complètement de parler. Puis elle vient enfouir son visage contre mon épaule. Je la garde contre moi. Sans bouger. Quelques secondes. Peut-être davantage. Quand elle relève enfin la tête, ses joues sont rouges. Elle me regarde. Puis sourit.
— Ça va ?
Je ris doucement.
— C'est à moi que tu demandes ?
— Oui.
— Très.
Elle m'embrasse. Et nous repartons exactement comme nous en avons envie. Sans urgence. Sans scénario. Jusqu'à ce que l'intensité retombe d'elle-même. Plus tard, nous restons emmêlés dans les draps. Claire a une jambe posée sur moi. Sa tête contre mon épaule. Je caresse distraitement son dos. Personne ne parle pendant plusieurs minutes. Puis :
— Ça va ?
Je tourne la tête.
— Très.
— Moi aussi.
Elle ferme les yeux. Et c'est tout. Pas de « qu'est-ce qu'on fait maintenant ? » Pas de promesse. Pas de définition. Claire s'endort contre moi. Et moi quelques minutes après.
Au matin, je me réveille avec l'odeur du café. Claire est devant la kitchenette. Nue. Évidemment. Ses cheveux sont en bataille. Je reste couché quelques secondes à la regarder. Elle se penche pour récupérer une tasse. Mes yeux descendent immédiatement sur ses fesses rondes. Elle se retourne. Me surprend.
— Encore ?
— Toujours.
Elle rit.
— Bonjour quand même.
— Bonjour.
Je repousse le drap. Me lève. Puis traverse la pièce nu jusqu'à elle. Sans réfléchir. Claire me tend une tasse. Puis me regarde. Son sourire devient plus doux.
— Quoi ?
— Rien.
— Tu me regardes bizarrement.
— Non.
Elle pose une main sur mon ventre.
— T'as même pas cherché ton short.
Je regarde vers le lit. Puis réalise. Effectivement. Je n'y ai même pas pensé. Je hausse les épaules.
— J'ai peut-être enfin lu le règlement du camping.
Elle rit.
— Ça doit être ça.
Elle dépose un baiser contre mon épaule. Puis retourne préparer ses tartines. Et la matinée continue. Une heure plus tard, je commence pourtant à ranger mon sac. Par habitude. Téléphone. Chargeur. Quelques vêtements. Je prends mon tee-shirt. Puis reste avec dans les mains. Claire est assise sur la terrasse. Nue. Une jambe repliée sous elle. Son café devant elle.
— Tu pars ?
— C'était prévu.
Elle hausse légèrement les épaules.
— D'accord.
C'est tout. Pas de moue. Pas de « reste encore ». Pas de prétexte. Je reste debout quelques secondes. Puis demande :
— Tu fais quoi aujourd'hui ?
— Rien.
Elle sourit.
— Piscine. Peut-être une balade. Apéro. On verra.
— Et demain ?
— Pareil.
Je regarde mon tee-shirt. Puis elle.
— Passionnant programme.
— Épuisant.
Je ris. Elle prend une gorgée.
— Pourquoi ?
Je regarde mon sac. Le bungalow. Le soleil. Claire. Au loin, quelqu'un plonge dans la piscine. Un rire traverse le camping. Et je n'ai tout simplement aucune envie de rentrer.
— Il y aurait de la place ici quelques jours ?
Claire me regarde.
— Ici où ?
— Au camping.
Elle sourit.
— Oui.
Puis désigne vaguement le bungalow.
— Ici aussi.
— Je m'en doutais.
— Mais t'es pas obligé.
Je la regarde. Cette phrase. C'est probablement elle qui décide pour moi. Pas obligé. De rester. De partir. De quoi que ce soit. Je pose mon tee-shirt sur le lit.
— Trois jours.
Claire sourit.
— Ça me va.
— C'est tout ?
— Qu'est-ce que tu veux que je dise ?
Elle se lève. S'approche. M'embrasse.
— T'es là aujourd'hui. On verra demain.
Et je crois que c'est exactement pour ça que je reste.
Ces trois jours ont quelque chose d'étrange. Ou plutôt... Ils n'ont rien d'étrange du tout. Et c'est peut-être ça qui les rend hors du temps. Nous n'avons aucun programme. Nous nous réveillons quand nous nous réveillons. Parfois ensemble. Parfois l'un avant l'autre. Nous buvons le café nus sur la terrasse. Nous allons à la piscine. Nous déjeunons tard. Nous parlons avec Nathalie. Une après-midi, nous partons marcher puis revenons après vingt minutes parce qu'il fait beaucoup trop chaud. Une autre, nous faisons une sieste qui dure deux heures. Claire vient parfois s'installer contre moi sans un mot. Moi, je lui attrape les fesses lorsqu'elle passe à côté juste parce que j'en ai envie. Elle me donne une petite tape sur la main. Puis revient m'embrasser dix secondes plus tard. Une nuit, nous nous retrouvons avec cette lenteur presque silencieuse des gens qui savent qu'ils ont tout leur temps. Une autre fois, nous nous embrassons longtemps puis nous nous endormons simplement l'un contre l'autre. Et aucune des deux soirées ne semble plus importante que l'autre. Nous ne parlons jamais de nous. Pas vraiment. Claire est Claire. Je suis Seb. Pendant quelques jours. Et cela suffit. Quand elle a envie de moi, je le vois. Quand j'ai envie d'elle, elle le sait. Quand nous voulons simplement rester tranquilles, nous restons tranquilles. Nous prenons ce qui vient. Le café. Le soleil. Les corps. Les discussions. Les silences. Les rires. Sans chercher à savoir lequel de ces moments compte le plus. Progressivement, j'oublie même que je suis dans un camping naturiste. Je suis simplement quelque part où je me sens bien.
Le troisième soir, nous sommes allongés dehors. Claire a posé sa tête sur mon ventre. Le ciel devient lentement sombre. Sa main dessine distraitement des formes sur mon côté. Je lui caresse les cheveux.
— À quoi tu penses ?
Je regarde le ciel.
— À rien.
Elle sourit.
— C'est bien.
— Pourquoi ?
Elle réfléchit une seconde.
— Parce que d'habitude t'as toujours l'air de réfléchir à trois trucs en même temps.
Je ris doucement.
— Déformation professionnelle.
Elle tapote mon ventre.
— Là, t'as l'air bien.
Je regarde son visage posé contre moi.
— Je suis bien.
Elle ferme les yeux. Et nous n'en parlons plus.
Le lendemain matin, cette fois, je dois réellement partir. Je mets mon sac dans la voiture. Claire m'accompagne. Nue. Évidemment. Je referme le coffre. Puis me tourne vers elle. Pendant quelques secondes, je ne sais pas vraiment comment on dit au revoir à quelqu'un avec qui on vient de vivre trois jours comme ceux-là. Claire règle le problème. Elle passe ses bras autour de mon cou. Et m'embrasse. Longuement. Puis garde son front contre le mien.
— Bonne route.
— Merci.
Je souris.
— Tu pourrais au moins faire semblant d'être triste.
— Pourquoi ?
Elle me regarde.
— J'ai passé trois jours géniaux.
Elle hausse doucement les épaules.
— Là, tu rentres chez toi.
Puis elle sourit.
— Et peut-être que tu reviendras.
— Peut-être ?
— J'aime bien « peut-être ».
— Pourquoi ?
Elle recule doucement.
— Parce qu'il laisse les choses tranquilles.
Je souris. Elle a raison. Je monte dans la voiture. Puis baisse la vitre. Claire commence déjà à repartir vers son bungalow. Je regarde son dos. Ses hanches. Ses jolies fesses rondes. Elle tourne la tête sans s'arrêter.
— Je sais que tu regardes !
— Maintenant tu sais que j'assume.
Elle rit. Puis continue son chemin. Je reprends la route. Le camping disparaît lentement dans le rétroviseur. Ma mission acoustique était terminée depuis presque une semaine. Mais ce détail n'avait plus beaucoup d'importance. J'étais revenu sans sonomètre. Sans raison professionnelle. Juste parce qu'une femme m'avait écrit un seul mot. Reviens. Et j'étais revenu. Pour une journée. Puis j'en avais volé trois de plus. Trois jours de café pris dehors. De baignades. De siestes. De peau chauffée par le soleil. De fesses attrapées au passage. De baisers sans lendemain prévu. De nuits qui n'avaient pas besoin de devenir quelque chose pour être belles. Claire ne m'avait rien promis. Je ne lui avais rien demandé. Nous n'avions rien décidé. Et peut-être que c'était précisément ce qui avait rendu cette parenthèse si douce. Je souris en reprenant l'autoroute. La première fois, j'étais venu mesurer combien de temps un bruit pouvait rester dans un lieu. Cette fois, je n'avais rien mesuré du tout. Et c'était peut-être précisément pour ça que ces quelques jours avaient semblé durer aussi longtemps.
Certains endroits ne vous donnent pas envie de partir ou de rester. Ils vous apprennent simplement, pendant un moment, à ne plus regarder l'heure.
S. Vesambre Ondes de peau
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