Lisa a quarante-sept ans et vingt ans de mariage derrière elle. Vingt ans avec le même homme, le même lit, les mêmes horaires, les mêmes silences. Leur intimité s'est réduite à un rituel rare et mécanique : une fois par mois, parfois moins, quand la fatigue n'a pas encore gagné. Elle ne se plaint plus. Elle s'est habituée à regarder le plafond pendant qu'il termine, puis à se tourner vers le mur. La routine n'est même plus douloureuse. Elle est juste là, comme un vieux meuble qu'on n'ose plus jeter.
Elle s'est inscrite à la petite salle de remise en forme du quartier pour « se remettre en forme ». C'était le prétexte officiel. En réalité, elle veut juste bouger un peu, sentir autre chose que le poids du quotidien. La salle est petite, mal climatisée, avec des appareils un peu usés et une musique trop forte. Le coach s'appelle Maxime. Vingt-cinq ans. Grand, musclé sans être grotesque, peau mate, regard direct. Il sourit facilement, parle fort, touche les gens sans y penser. Lisa l'a remarqué dès le premier jour. Elle n'est pas du genre à se mentir : elle l'a trouvé beau. Et jeune. Trop jeune. Ça l'a amusée, puis gênée, puis plus du tout.
Les premières séances, il la corrige comme tout le monde. « Dos droit, Lisa. Pousse avec les talons. » Ses mains se posent sur ses hanches, sur ses épaules, sur le bas de son dos. Des contacts brefs, professionnels. Elle se dit que c'est normal. Elle se dit aussi que ses doigts restent parfois une seconde de trop. Elle ne dit rien. Elle rentre chez elle, se douche, prépare le dîner, regarde son mari manger en silence, et se demande pourquoi elle pense encore à ces mains.
Un soir, après une séance de musculation, elle reste seule dans la salle. Maxime range les haltères. Elle s'essuie le visage avec sa serviette, le souffle encore court. Il s'approche.
— T'as progressé, dit-il. T'as de la force pour ton âge.
Elle rit, un rire un peu trop sec.
— Pour mon âge. Merci.
Il hausse les épaules, sourire en coin.
— C'est un compliment. La plupart des femmes de ton âge abandonnent après trois séances.
Elle aurait dû partir. Au lieu de ça, elle est restée. Ils ont parlé. De rien. De tout. De la salle, de ses clients, de sa propre fatigue. Il lui a demandé si elle était mariée. Elle a répondu oui, depuis vingt ans. Il a hoché la tête, sans commentaire. Puis il a dit :
— T'as l'air de quelqu'un qui s'ennuie.
Elle n'a pas nié.
La semaine suivante, les corrections deviennent plus longues. Ses mains glissent plus bas, restent plus longtemps. Un jour, pendant un exercice de fentes, il s'est placé derrière elle, une main sur sa hanche, l'autre sur son ventre.
— Contracte ici, murmure-t-il près de son oreille.
Elle contracte. Elle sent aussi quelque chose de dur contre sa fesse. Elle ne bouge pas. Elle aurait pu s'écarter. Elle ne l'a pas fait. Quand la série est terminée, elle se redresse, le visage chaud. Il la regarde, attendant. Elle croise son regard et, pour la première fois depuis des années, elle décide quelque chose pour elle seule.
— Tu finis à quelle heure ? demande-t-elle.
Il sourit.
— Dans vingt minutes.
Ils se retrouvent dans le petit bureau au fond de la salle. Une pièce étroite, une table, deux chaises, une armoire. Maxime ferme la porte. Lisa s'appuie contre le bureau, les bras croisés, le cœur battant trop fort. Elle sait exactement ce qu'elle fait. Elle n'est pas naïve. Elle n'est pas non plus une sainte. Elle a juste trop longtemps attendu que quelqu'un la regarde vraiment.
— Tu es sûre ? demande-t-il.
Elle hoche la tête.
— Oui.
Il s'approche, l'embrasse. Un baiser franc, sans préliminaires inutiles. Elle ouvre la bouche, passe les bras autour de son cou. Son corps réagit plus vite que sa tête. Elle sent déjà l'humidité entre ses cuisses. Maxime glisse une main sous son top de sport, trouve un sein, pince le mamelon. Elle gémit dans sa bouche. Il rit doucement.
— T'es déjà mouillée, hein ?
Elle ne répond pas. Elle baisse juste son legging et sa culotte d'un même geste. Il la fait pivoter, face au bureau, et s'agenouille derrière elle. Sa langue la trouve immédiatement. Lisa agrippe le bord du bureau, les yeux fermés. Ça fait si longtemps qu'un homme la goûte comme ça. Son mari n'a plus touché sa chatte avec la bouche depuis des années. Maxime, lui, l'explore sans retenue, lèvres, langue, doigts. Elle jouit vite, trop vite, les cuisses tremblantes, un cri étouffé contre son bras.
Il se relève, baisse son short. Elle sent la tête de son sexe contre son entrée. Il s'arrête.
— Dis-moi que tu veux.
— Je veux, souffle-t-elle. Enfonce-le.
Il pousse d'un coup, jusqu'au bout. Lisa pousse un long gémissement. Il est épais, dur, et il la remplit d'une façon que son mari n'a plus depuis longtemps. Maxime commence à baiser, des coups de reins profonds, réguliers. Une main dans ses cheveux, l'autre sur sa hanche. Elle pousse en arrière pour le prendre plus fort. Elle entend le bruit de leurs peaux qui claquent, le grincement du bureau, sa propre respiration rauque.
— Plus fort, demande-t-elle.
Il obéit. Il la prend durement, sans ménagement, exactement comme elle le veut. Quand elle jouit une deuxième fois, les jambes flageolantes, il se retire et jouit sur ses fesses, des jets chauds qui coulent le long de sa cuisse.
Ils se rhabillent en silence. Elle essuie ce qu'elle peut avec un mouchoir. Il la regarde, un sourcil levé.
— On recommence quand tu veux.
Elle rentre chez elle. Son mari est déjà au lit, endormi, la télé allumée en fond. Elle se douche longtemps, regarde son reflet dans le miroir. Quarante-sept ans. Une femme mariée. Une femme qui vient de se faire baiser par un type de vingt-cinq ans dans un bureau de salle de sport. Elle se dit que c'est pathétique. Elle se dit aussi que c'est la première fois depuis longtemps qu'elle se sent vivante.
Ça continue. Deux fois par semaine, parfois trois. Dans le bureau, dans les vestiaires après la fermeture, une fois même dans sa voiture garée derrière la salle. Maxime n'est pas tendre. Il la prend comme il veut, lui fait ouvrir la bouche, lui tire les cheveux, lui parle sale. Elle adore. Elle se découvre une faim qu'elle a crue morte. Elle lui demande de la baiser plus fort, de lui tenir les poignets, de lui dire qu'elle est une salope. Il le fait. Elle jouit à chaque fois, le corps secoué, la tête vide.
Un soir, après une séance particulièrement intense, elle reste allongée sur le bureau, le souffle court, le sexe encore battant. Maxime s'habille.
— T'es vraiment une bonne baise, pour une femme de ton âge, dit-il, presque affectueux.
Elle rit, un rire cynique.
— Et toi, t'es vraiment un con adorable.
Il sourit, l'embrasse sur le front, et part. Elle se rhabille seule, rallume la lumière, regarde la pièce. Tout est redevenu banal. Un bureau, une table, une armoire. Elle pense à son mari, endormi chez eux, et à la vie qu'elle reprend dans vingt minutes. Elle n'a aucun plan. Elle ne veut pas divorcer. Elle ne veut pas non plus arrêter. Elle veut juste continuer à se faire prendre par ce garçon musclé qui la regarde comme si elle valait encore quelque chose.
En rentrant, elle trouve son mari devant le match. Il lève les yeux.
— T'es en retard.
— La séance a débordé.
Il hoche la tête et replonge dans l'écran. Elle s'assoit à côté de lui, le corps encore sensible, et regarde le match sans rien voir. Demain, elle retournera à la salle. Maxime sera là. Elle se fera encore baiser. Et le soir, elle rentrera, préparera le dîner, et feindra que rien n'a changé.
Parce que, au fond, rien n'a vraiment changé. Elle a juste trouvé un endroit où, pendant une heure, elle n'est plus la femme de quelqu'un. Juste Lisa. Quarante-sept ans. Mouillée. Et un peu moins morte.
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