Avec ma copine
Chapitre 1
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✦ Elior le Vagabond Avec ma copine XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Avec ma copine — Chapitre 1

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Elior le Vagabond
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La voix intérieure de Mélodie est ce qui retient d'emblée : ce mélange de jalousie sourde, de fascination et d'autodérision donne au récit une texture qu'on ne trouve pas souvent. La plume sait doser le trouble et la légèreté, et installe une tension qui tient autant à ce que Mélodie observe qu'à ce qu'elle s'avoue à peine. On ressort de la lecture avec l'impression d'avoir accompagné quelqu'un dans une découverte très intime.

Avec ma copine

Chapitre 1

Mélodie se trouvait dans un état d'esprit si singulier qu'elle aurait été bien incapable de dire si elle devait se considérer comme une épouse offensée, une amie trahie, une femme curieuse ou simplement une pauvre créature qui venait de découvrir qu'elle avait beaucoup plus d'imagination qu'elle ne l'aurait souhaité.
Depuis plusieurs minutes maintenant, elle demeurait assise dans le salon, parfaitement immobile en apparence, tandis que devant elle se déroulait une scène qu'elle avait elle-même provoquée et qui lui paraissait à présent si extraordinaire qu'elle se demandait presque comment elle avait pu avoir l'idée de la proposer.
Son mari et Silvie, sa meilleure amie, s'étaient rapprochés avec cette lenteur particulière des personnes qui savent parfaitement où elles vont mais qui prennent plaisir à faire durer l'instant où chacun comprend ce qui va suivre. Mélodie les regardait, tantôt avec indignation, tantôt avec une fascination dont elle aurait préféré ne pas connaître l'existence, et, chose plus embarrassante encore, elle découvrait que sa colère n'était pas aussi entière qu'elle l'aurait voulu.
Tout avait pourtant commencé de la manière la plus innocente du monde. Mélodie avait invité Silvie à dîner, comme elle l'avait fait maintes fois auparavant, et l'idée de cette soirée n'avait rien de scandaleux en elle-même. Silvie était une jeune femme vive, indépendante, sans époux et sans prétendant sérieux, qui possédait ce genre de naturel désarmant que Mélodie lui avait toujours envié. Elle riait facilement, parlait sans détour et semblait ne jamais se demander si ses paroles risquaient de choquer quelqu'un.
Ce soir-là, elle était arrivée avec une élégante robe sombre trop sexy sur elle et une coiffure légèrement négligée qui lui donnait cet air de désinvolture que les femmes passent parfois des heures à essayer d'obtenir. Le mari de Mélodie l'avait accueillie avec beaucoup de courtoisie, peut-être même avec un peu plus d'empressement que ne l'exigeait la simple politesse, et Mélodie avait aussitôt remarqué le regard qu'il lui avait adressé. Elle n'en avait rien dit.
Au contraire, cette petite découverte lui avait procuré une sensation étrange, presque amusante.
Depuis quelque temps, Mélodie et son mari s'étaient mis à parler davantage de leurs désirs, de leurs curiosités et de ces choses que les couples mariés depuis plusieurs années finissent souvent par évoquer à voix basse, après avoir longtemps prétendu qu'elles ne les intéressaient pas. Leur mariage était heureux, mais une certaine monotonie s'y était installée. Les années avaient passé, les habitudes s'étaient accumulées, et Mélodie avait fini par se demander si l'on pouvait encore surprendre son propre mari après tant de temps passé ensemble. C'était cette curiosité qui l'avait poussée à parler de Silvie. D'abord sur le ton de la plaisanterie, puis avec davantage de sérieux, elle avait évoqué l'idée d'une soirée différente, d'un petit jeu entre adultes, d'une expérience dont personne ne parlerait ensuite. Son mari avait d'abord souri sans répondre. Puis il lui avait demandé si elle était réellement certaine de vouloir aller dans cette direction.
Elle avait répondu oui. Elle le regrettait un peu maintenant.
Le dîner avait pourtant été délicieux. On avait parlé de voyages, des voisins qui faisaient parfois trop de bruit, de musique et de quelques scandales mondains dont Silvie possédait toujours une réserve inépuisable. Le dessert avait été accompagné d'un vin léger, puis ils s'étaient installés dans le salon pour regarder un film.
Pendant près d'une heure, Mélodie avait même réussi à oublier la proposition qu'elle avait faite. Elle s'était installée dans un fauteuil, les jambes croisées, tandis que Silvie occupait une extrémité du canapé et que son mari se trouvait à l'autre. De temps à autre, les regards se croisaient, mais personne ne faisait le premier pas. Mélodie commençait presque à espérer que la soirée se terminerait ainsi et qu'elle pourrait, le lendemain, se féliciter d'avoir eu une idée audacieuse sans jamais avoir eu à en supporter les conséquences.
Mais Silvie n'était pas de cet avis.
À la moitié du film, elle se leva pour aller chercher quelque chose à boire. En revenant, elle s'arrêta derrière le canapé et posa distraitement une main sur l'épaule du mari de Mélodie. Le geste était innocent, ou du moins aurait pu l'être. Mais elle laissa sa main quelques secondes de trop. Son regard croisa celui de Mélodie. Ce regard disait : « C'est bien ce que tu voulais, n'est-ce pas ? » Mélodie ne répondit pas. Son silence fut pris pour un consentement.
La suite se déroula avec une facilité presque inquiétante. Les distances se réduisirent peu à peu. Des regards, des attitudes et une certaine tension dans l'air devinrent trop présents pour être ignorés. Mélodie, qui avait imaginé la scène dans sa tête avec une assurance admirable, découvrait maintenant que l'imagination est une chose fort commode tant que l'on n'est pas obligé de regarder ses propres inventions prendre vie devant soi.
Son mari et Silvie finirent par se rapprocher franchement. Mélodie resta assise à quelques pas d'eux, incapable de détourner complètement les yeux. Elle aurait pu se lever. Elle aurait pu rappeler à tous deux les règles qu'ils avaient fixées avant le début de la soirée. Ils avaient convenu que le moindre malaise suffirait à interrompre l'expérience et qu'aucun des trois ne devrait jamais se sentir contraint de poursuivre. Cette règle était parfaitement claire.
Le problème était que Mélodie ne savait plus si elle était mal à l'aise, ou si elle voulait l'être. Ou pire, si ce qu'elle ressentait dans son ventre était vraiment ce qu'elle croyait. Elle était jalouse, certainement. Furieuse, par moments. Blessée dans son amour-propre, sans aucun doute. Mais sous toutes ces émotions se cachait autre chose, quelque chose qu'elle refusait encore de nommer. Une curiosité ardente, une fascination presque coupable, et surtout cette étrange impression de regarder une partie d'elle-même dont elle ignorait jusque-là l'existence.
Elle observa Silvie se rapprocher davantage de son mari. Elle observa son mari lui répondre. Puis elle détourna les yeux. Quelques secondes plus tard, elle les regarda de nouveau. Ce petit manège dura assez longtemps pour devenir ridicule.
— Tu peux encore dire non, murmura son mari, qui cherchait peut-être lui aussi à être libéré de cette situation pour le moins compliquée.
Mélodie releva la tête. Il la regardait avec sérieux. Ce simple regard suffit à lui rappeler qu'elle n'était pas prisonnière de cette soirée. Elle pouvait arrêter tout cela. Mais elle secoua doucement la tête.
— Continuez.
Ce mot lui coûta davantage qu'elle ne l'aurait imaginé. Silvie sourit. Ce sourire n'avait rien de triomphant. Il était presque tendre.
Alors la soirée changea véritablement de nature.
Mélodie ne saurait dire exactement combien de temps s'écoula ensuite. Elle eut l'impression que les heures s'étaient mises à fonctionner autrement. Les gestes devenaient des suggestions, les suggestions des invitations, et chaque invitation semblait entraîner la suivante. Sylvie se retrouva sur le mari. Ils étaient encore tout habillés, mais leurs gestes auraient pu nous faire croire le contraire. Ils s'embrassèrent et Mélodie crut mourir alors que quelque chose se déchirait en elle, déversant une envie de mort et un plaisir cruel. Les deux amis s'enlacèrent, tentèrent de retirer leurs vêtements et y parvinrent. La culotte de Sylvie arriva sur Mélodie, qui constata que son amie était très excitée. Cette même amie qui maintenant était à genoux devant son mari. Le sexe de l'homme était totalement dans la bouche de Sylvie, qui manifestement savait y faire avec des queues.
Mélodie essayait de se calmer, mais c'était impossible de savoir qui était le plus fort entre l'horreur et la fascination. Sylvie se retrouva sur le dos. Cette fois, c'est le mari qui fouillait entre les jambes de Sylvie. La langue de l'homme allait et venait devant le regard de sa femme, qui n'en perdait pas une miette.
Elle se trouva bientôt beaucoup plus proche des deux autres qu'elle ne l'aurait cru possible auparavant. Silvie finit par lui tendre la main. Mélodie hésita, puis elle la prit.
Il y eut entre les deux femmes un moment de silence si long qu'il aurait pu devenir gênant, mais aucune des deux ne bougea pour le rompre. Finalement, Silvie se pencha vers elle et l'embrassa.
Mélodie ferma les yeux. Lorsqu'elle les rouvrit, son mari les observait avec un mélange de surprise et de ravissement. Elle aurait voulu être embarrassée. Elle ne le fut pas.
Au contraire, elle se mit à rire. Un rire nerveux, léger, presque enfantin, qui eut pour effet de détendre tout le monde.
— Voilà donc où nous en sommes, murmura-t-elle.
— C'est toi qui nous as amenés ici, répondit Silvie.
Mélodie ne trouva rien à répondre. Elle avait effectivement proposé cette aventure. Il était donc assez malvenu de s'en plaindre. La suite de la soirée prit une allure presque théâtrale. Chacun semblait à la fois acteur et spectateur, et Mélodie eut bientôt la sensation étrange d'assister à une pièce dont elle aurait elle-même écrit le premier acte mais dont les deux autres protagonistes avaient décidé d'improviser le reste. Les gestes restaient tendres, parfois audacieux, mais toujours accompagnés de regards qui permettaient à chacun de vérifier que les limites n'étaient pas dépassées.
Ce fut précisément cette confiance qui permit à Mélodie de se laisser aller. Elle découvrit qu'elle pouvait être jalouse sans être abandonnée, troublée sans être humiliée, et curieuse sans perdre la maîtrise d'elle-même. Silvie, de son côté, semblait avoir compris quelque chose que Mélodie ne faisait encore qu'entrevoir. Elle ne cherchait pas à prendre la place de son amie. Elle cherchait à lui faire découvrir une autre facette de sa propre personnalité. À plusieurs reprises, elle ramena même son attention vers elle, comme pour lui rappeler qu'elle n'était pas devenue une simple spectatrice. Un peu plus tard, lorsque la soirée avait depuis longtemps cessé d'être raisonnable, Mélodie se retrouva debout entre son amie et son mari. Elle se sentait étourdie, mais d'une manière étrangement agréable. Elle avait le sentiment d'avoir franchi une porte dont elle n'aurait jamais osé tourner la poignée quelques heures plus tôt.
Elle regarda Silvie, puis son mari, puis Silvie encore. Et elle se mit à rire.
— Vous êtes tous les deux complètement fous.
— C'est toi qui nous as invités, rappela Silvie.
— Je commence à le regretter.
— Non.
Mélodie la regarda. Silvie souriait.
— Tu commences seulement à comprendre.
Cette phrase resta longtemps dans l'esprit de Mélodie, car elle était vraie.
Elle comprenait qu'elle avait passé des années à croire qu'elle connaissait parfaitement ses propres désirs alors qu'elle n'en avait probablement exploré qu'une petite partie. Elle comprenait également que la jalousie n'était pas toujours le contraire du désir et que certaines émotions pouvaient parfaitement cohabiter, aussi absurdes qu'elles paraissent.
Elle pouvait aimer son mari, elle pouvait aimer son amie, elle pouvait craindre de les perdre. Et, en même temps, éprouver une curieuse satisfaction à les voir se rapprocher. Cette découverte la bouleversa davantage que tout le reste. Plus tard dans la soirée, les trois amis demeurèrent longtemps dans le salon. La musique avait remplacé le film, les verres avaient été remplis plusieurs fois et les conversations étaient devenues plus franches. Ils parlaient désormais de leurs rêves, de leurs curiosités, de leurs anciennes aventures et même de celles qu'ils n'avaient jamais osé raconter.
Silvie confia qu'elle avait toujours considéré Mélodie comme une femme beaucoup plus sage qu'elle. Mélodie éclata de rire.
— Moi ? Sage ?
— Tu donnais cette impression.
— Et maintenant ?
Silvie la regarda longuement.
— Maintenant, je ne sais plus.
Le mari de Mélodie intervint :
— Moi non plus.
Ils rirent tous les trois. La tension qui avait marqué le début de la soirée avait disparu. Il ne restait plus qu'une complicité nouvelle, un peu étrange, un peu dangereuse, mais profondément sincère. Lorsque Silvie finit par partir, bien plus tard qu'elle ne l'avait prévu, Mélodie l'accompagna jusqu'à la porte. Les deux femmes restèrent quelques secondes sans parler.
— Alors ? demanda Silvie.
Mélodie soupira.
— Je ne sais toujours pas si je dois te remercier ou te détester.
Silvie sourit.
— Tu peux faire les deux.
Elles se prirent dans les bras et s'embrassèrent fougueusement une dernière fois avant de se quitter. Puis Silvie s'éloigna dans la nuit. Mélodie referma la porte et resta un moment adossée contre celle-ci. Son mari vint la rejoindre. Il passa un bras autour de sa taille.
— Alors ?
Elle leva les yeux vers lui.
— Je crois que j'ai fait une erreur.
Il se figea. Elle éclata de rire.
— J'aurais dû inviter Silvie bien plus tôt.
Son mari secoua la tête en souriant.
— Je savais que tu dirais cela.
Mélodie posa la tête contre son épaule. Elle ne savait pas encore où cette étrange aventure les conduirait. Elle ignorait si Silvie reviendrait dans cette configuration, si cette soirée resterait un souvenir isolé ou si elle deviendrait le commencement d'une période beaucoup plus mouvementée de leur existence. Mais elle savait désormais quelque chose d'essentiel : la femme qu'elle croyait être n'était peut-être qu'une des nombreuses femmes qu'elle pouvait devenir. Et cette pensée, loin de l'effrayer autant qu'elle aurait dû, lui arracha un sourire. Le lendemain matin, alors qu'elle prenait son café, elle trouva sur la table un petit mot de Silvie.
— Merci pour hier soir. À refaire... si tu en as le courage.
Mélodie relut la phrase trois fois. Puis elle prit une plume et répondit au dos :
— Le courage ne sera probablement pas le problème.
Elle posa le billet près de la fenêtre, prête à le faire porter. Puis elle hésita, elle ajouta finalement :
— Mais la prochaine fois, c'est moi qui choisirai la musique.
Et, pour la première fois depuis longtemps, Mélodie éclata de rire toute seule dans sa cuisine. Elle venait de comprendre que certaines portes, une fois ouvertes, ne se referment jamais tout à fait.
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