Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Chemins de honte — Chapitre 1 · La fin d'un temps
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Chemins de honte
Chapitre 1 · La fin d'un temps
Lentement, sans bruit, je me rhabille. Sur le lit ravagé, Luc dort paisiblement. Les deux brins de mon soutien-gorge se referment avant que je le fasse tourner sur mon buste, que j'y loge enfin ma poitrine. Machinalement, mes mains en conques viennent frotter les bonnets comme pour en faire épouser les formes à mes seins. Puis, toujours en évitant de réveiller celui qui est loin dans son sommeil, je fais glisser le long de mes gambettes, ma culotte. Ma jupe elle aussi vient cacher ce qui s'est trouvé nu une bonne partie de la nuit. Là encore, un massage mécanique lisse sur mes fesses le vêtement. Cette fois, c'est au tour de mon torse de se voir recouvert par le lainage qui le premier s'en est enfui, extirpé de mon corps par les pattes impatientes de mon amant.
Nu sur la couche, dans une position assez obscène, le gaillard de trente-six ans qui demeure immobile, profondément plongé dans les bras de Morphée ne sait pas que cette nuit est la dernière pour lui et moi. Ça fait huit ou neuf mois que nous nous voyons une ou deux fois par semaine, toujours dans cet hôtel low-cost. Disons qu'ici, une simple carte bleue suffit pour louer une chambre, sans avoir de compte à rendre à personne. Hélène, l'épouse de Luc n'est pas au courant de notre liaison. Et honnêtement, jusqu'à hier soir, je ne me suis jamais imaginé qu'il avait une femme. De mon côté, je suis seule et... bien naïve à mon sens. Dire que tout ce temps, je ne me suis doutée de rien.
— xXx —
Après les folies charnelles qui viennent de nous réunir pour notre plus grand plaisir, Luc s'assoupit un instant, histoire de recharger ses batteries. Par contre, moi je me relève pour me soulager d'une envie pressante et pour nettoyer les « oublis » de mon amant qui maculent mon corps. Et dans cette minuscule salle de bains, comme seuls ces hôtels très passants peuvent en posséder, le téléphone de Luc est resté sur le lavabo. Alors qu'assise sur les toilettes, je me repasse le film de notre étreinte, un vrombissement bizarre me surprend. Et je découvre donc l'objet abandonné par inadvertance par celui qui me fait grimper aux rideaux avec un entrain sans égal. Sur ce sujet, je n'ai rien à redire. Nos deux corps sont en parfaite harmonie.
Intriguée par la mise en sourdine de son Androïd et un peu curieuse aussi, du coup je l'admets, eh bien je saisis le truc qui a quelques vibrations. En l'ouvrant, c'est le ciel qui me tombe sur la tête. Sur l'écran, je peux lire : Hélène. Sous ce prénom, l'enveloppe caractéristique de la réception d'un message. Pourquoi est-ce que je l'ouvre ? Bien sûr que ce n'est pas bien, que c'est même très mal. Mais c'est pire qu'une gifle que je reçois là soudain, à la lecture des quelques mots qui s'affichent.
« Mon chéri... petit Paul est malade ! J'ai dû appeler le médecin. Appelle-moi dès que tu peux.
Ta petite femme qui t'aime ! »
Ta petite femme qui t'aime ! »
Merde ! Luc a donc une femme et pire, un gamin ? Je suis abasourdie par ce qui me crucifie totalement. Mon teint a surement blêmi et je me redresse toute tremblante. Je repose le bigophone là où je l'ai trouvé et sors de la cabine exiguë, prête déjà à demander des explications à ce... je n'ai pas de mots pour exprimer ma colère, mon dégout. Jamais nous n'aurions seulement eu une esquisse de relation si Luc avait eu l'honnêteté de me révéler la vérité. J'enrage, mais lui dort comme un bienheureux, avec une risette au coin des lèvres. Et merde ! C'est bon, j'en sais déjà trop et je n'ai pas le courage de faire un esclandre dans un tel endroit.
Surtout qu'il est six heures du matin et que ça me donne la gerbe cette révélation qui me rend honteuse. Drôle aussi ! Alors que je me refringue sans bruit, ce sentiment de culpabilité qui m'habite. Sur la chaise, devant moi, la chemise blanche de Luc et... ce coup au cœur que le message vient de me porter me motive. De mon sac à main, je sors mon bâton de rouge. Dans le dos du vêtement posé bien à plat sur la table minuscule de la piaule qui me parait maintenant sordide, je trace sur le tissu.
« Petit Paul est malade ! Rappelle ta femme ! Adieu Luc ! »
D'un pas hésitant, sans cependant me retourner, je sors de la chambre, et dégringole du premier étage, m'enfuyant presque de ce lieu qui vient de me révéler la duplicité dont sont capables certains hommes. Je rentre chez moi, jurant, mais un peu tard que l'on ne me refera jamais un pareil coup tordu. Et je m'enferme à double tour, comme si ça pouvait changer quoi que ce soit. Idiotie de femme vexée évidemment ! Je me sens sale, oui c'est cela, salie de l'intérieur comme de l'extérieur. Et d'un autre côté... je ressens ce vide horrible, ce dérapage désespérant de me dire que Luc, malgré tout, m'a toujours donné un immense plaisir. Ma rage se transforme en larmes de honte ! J'aurais pu, j'aurais dû... mais non ! C'est mieux comme ça !
— xXx —
Ne dit-on pas que le temps efface les blessures ? Pour moi, bien des jours me séparent de cette dernière nuit avec Luc et je dois admettre que tout est intact dans mes souvenirs. J'ai mal au fond de moi de notre séparation. Il a bien tenté de me recontacter durant quelques semaines, mais je n'ai plus jamais pris un seul de ses appels. Et je suis devenue méfiante, trop sans doute, ce qui fait vraisemblablement fuir d'éventuels prétendants. Mais je n'ai pas envie de me fourrer de nouveau dans une histoire bancale, pas non plus celle d'être encore la dinde de la farce... ou la bécasse farcie serait plus juste. Alors, je ronge mon frein en revisitant sans arrêt dans ma tête, ce qui reste pourtant de bons souvenirs.
Entre mon boulot au bureau et mon nid, je ne cherche aucunement à reprendre un amant. Si d'aventure, certains soirs, les souvenirs deviennent trop vifs ou virulents et entrainent mon ventre dans des chaleurs assez conséquentes, je ne calme mes faims que manuellement. Mes mains, elles au moins ne me trahissent pas. Et s'il est certain que ça a parfois un gout d'inachevé, je me contente de ces moments intimes, pour ne pas risquer une autre déconvenue. Au travail, Mélanie, ma collègue est une brave dame de cinq ou six ans de plus que moi, divorcée depuis trois ou quatre ans, elle a une vie assez secrète. Elle ne parle jamais de ce qu'elle fait les week-ends ni les jours où nous ne travaillons pas.
Le nez plongé dans les dossiers, il est vrai que nous avons peu de temps libre pour nous étaler sur nos vies privées ou intimes. Et pourtant ce matin, alors que j'arrive une bonne heure après elle, elle me salue avec une sorte d'air bizarre.
— Salut Armelle ! Tu vas bien ?
— Ben oui... et toi Mélanie ? Tu as l'air de bonne humeur, on dirait !
— Ouais... dis-moi, un type a appelé pour te parler.
— Un type ? Il t'a laissé son nom ? Un client du cabinet, surement ?
— Ben... je n'ai pas eu cette impression. Ou plutôt j'ai cru déceler dans sa voix la seule envie de ne parler qu'à toi...
— Comment ça, à moi ? Nous gérons les affaires toutes les deux, non ? Il n'y a pas de dossiers spécifiques à l'une ou à l'autre... comment il s'appelle ?
— Il n'a pas voulu me donner son nom ! Juste son prénom : Luc, et il a aussi précisé que tu comprendrais.
—... Luc ! Mon Dieu. Mince alors, comment a-t-il fait pour me retrouver ?
— Ah ? Tu as des ennuis avec ce gars ? Je ne savais pas... je lui ai suggéré de rappeler en fin de matinée.
— Tu as bien fait ! Si c'est toi qui décroches, tu l'envoies paitre ! Ce n'est pas quelqu'un d'intéressant, je t'assure.
— Ah ? Ma foi, il avait l'air agréable au téléphone... J'aurais bien juré...
— Le problème est bien là, Mélanie... ce type est marié et... sa pauvre femme doit avoir une paire de cornes imposantes. Mais je vais l'envoyer promener s'il rappelle et je te conseille d'en faire autant. C'est... un sale mec... qui à mon avis drague tout ce qui bouge.
— Tu as bien de la chance alors ! Moi j'aimerais bien de temps en temps qu'un homme me fasse la cour... voire un peu plus même.
— Oh, là là... tu déprimes Mélanie ou quoi ? Rien ne t'empêche de le draguer, s'il rappelle. Mais moi, je ne veux plus en entendre parler.
— Je n'oserais jamais faire ça... ce n'est pas mon genre.
— Ben, faudrait savoir ! Tu te plains que tu es seule, c'est bien ce que je dois comprendre et quand je te file un tuyau, tu minaudes ?
— Je... je ne suis pas hardie tel que tu l'es ! Je n'ai jamais su garder un homme. Depuis mon divorce... je n'ai eu personne dans ma vie, tu sais !
— Quoi ? Mais ça fait longtemps alors que...
— Malheureusement oui. Alors je t'envie de voir que toi tu peux te payer le luxe de dire non !
— Mettons-nous au travail. Mais nous pouvons aussi aller boire un verre un de ces soirs... toutes les deux, histoire d'éloigner ce bourdon qui transparait dans tes paroles. Ça fait combien de temps que nous partageons notre espace de travail et résultat, nous ne savons pas grand-chose l'une de l'autre, hein ? C'est con, tu ne trouves pas ?
— Volontiers, d'accord pour une sortie entre collègues ! C'est quand tu voudras... ça aussi je me le refuse depuis tellement de temps !
— D'accord...
— Ben oui... et toi Mélanie ? Tu as l'air de bonne humeur, on dirait !
— Ouais... dis-moi, un type a appelé pour te parler.
— Un type ? Il t'a laissé son nom ? Un client du cabinet, surement ?
— Ben... je n'ai pas eu cette impression. Ou plutôt j'ai cru déceler dans sa voix la seule envie de ne parler qu'à toi...
— Comment ça, à moi ? Nous gérons les affaires toutes les deux, non ? Il n'y a pas de dossiers spécifiques à l'une ou à l'autre... comment il s'appelle ?
— Il n'a pas voulu me donner son nom ! Juste son prénom : Luc, et il a aussi précisé que tu comprendrais.
—... Luc ! Mon Dieu. Mince alors, comment a-t-il fait pour me retrouver ?
— Ah ? Tu as des ennuis avec ce gars ? Je ne savais pas... je lui ai suggéré de rappeler en fin de matinée.
— Tu as bien fait ! Si c'est toi qui décroches, tu l'envoies paitre ! Ce n'est pas quelqu'un d'intéressant, je t'assure.
— Ah ? Ma foi, il avait l'air agréable au téléphone... J'aurais bien juré...
— Le problème est bien là, Mélanie... ce type est marié et... sa pauvre femme doit avoir une paire de cornes imposantes. Mais je vais l'envoyer promener s'il rappelle et je te conseille d'en faire autant. C'est... un sale mec... qui à mon avis drague tout ce qui bouge.
— Tu as bien de la chance alors ! Moi j'aimerais bien de temps en temps qu'un homme me fasse la cour... voire un peu plus même.
— Oh, là là... tu déprimes Mélanie ou quoi ? Rien ne t'empêche de le draguer, s'il rappelle. Mais moi, je ne veux plus en entendre parler.
— Je n'oserais jamais faire ça... ce n'est pas mon genre.
— Ben, faudrait savoir ! Tu te plains que tu es seule, c'est bien ce que je dois comprendre et quand je te file un tuyau, tu minaudes ?
— Je... je ne suis pas hardie tel que tu l'es ! Je n'ai jamais su garder un homme. Depuis mon divorce... je n'ai eu personne dans ma vie, tu sais !
— Quoi ? Mais ça fait longtemps alors que...
— Malheureusement oui. Alors je t'envie de voir que toi tu peux te payer le luxe de dire non !
— Mettons-nous au travail. Mais nous pouvons aussi aller boire un verre un de ces soirs... toutes les deux, histoire d'éloigner ce bourdon qui transparait dans tes paroles. Ça fait combien de temps que nous partageons notre espace de travail et résultat, nous ne savons pas grand-chose l'une de l'autre, hein ? C'est con, tu ne trouves pas ?
— Volontiers, d'accord pour une sortie entre collègues ! C'est quand tu voudras... ça aussi je me le refuse depuis tellement de temps !
— D'accord...
Je vais pour ajouter un mot gentil, mais le téléphone grésille et elle tend la main pour décrocher. Je me tais et la vois qui me regarde fixement alors qu'au bout du fil, elle a un interlocuteur inconnu. Et je l'entends clairement.
— Bon ! Ne quittez pas, je vous la passe.
Elle tend le bras, et me colle littéralement le combiné dans les pattes. Je n'ai pas d'autre choix que de répondre. Pas besoin de dessin, je devine à l'intonation de la voix de qui il s'agit.
— Ah... Armelle ! Comme je t'ai cherché partout.
— Luc ! Ton baratin est inutile. « Petit Paul » va mieux, et Hélène, elle sait au moins qu'elle est cocue, parce que je suppose qu'une autre a pris rapidement ma place.
— Ne me juge pas trop vite Armelle, nos rendez-vous me manquent, tu ne peux pas t'imaginer combien.
— L'honnêteté ne t'a pas vraiment étouffée dans cette affaire, Luc. Je ne suis pas une briseuse de ménage et si tu avais eu le courage de me dire que tu étais chargé de famille, jamais au grand jamais, nous n'aurions été plus loin.
— Est-ce une raison pour tout jeter, c'était bien nous deux, non ?
— Va dire ça à ta femme, Luc... et pense juste un instant à ce gamin, Paul qui compte sur son père... et tu n'appelles plus à mon travail.
— J'ai besoin de toi ! Je te promets, je crève de ne plus faire l'amour avec toi... tu me manques Armelle.
— Ne me raconte pas encore des salades. Tu as tout ce dont tu as besoin à la maison. Et puis j'ai enfin compris le pourquoi des chambres minables dans des hôtels de passe... tu prends les femmes pour des putes... tu es ignoble... je raccroche. Salut.
— Luc ! Ton baratin est inutile. « Petit Paul » va mieux, et Hélène, elle sait au moins qu'elle est cocue, parce que je suppose qu'une autre a pris rapidement ma place.
— Ne me juge pas trop vite Armelle, nos rendez-vous me manquent, tu ne peux pas t'imaginer combien.
— L'honnêteté ne t'a pas vraiment étouffée dans cette affaire, Luc. Je ne suis pas une briseuse de ménage et si tu avais eu le courage de me dire que tu étais chargé de famille, jamais au grand jamais, nous n'aurions été plus loin.
— Est-ce une raison pour tout jeter, c'était bien nous deux, non ?
— Va dire ça à ta femme, Luc... et pense juste un instant à ce gamin, Paul qui compte sur son père... et tu n'appelles plus à mon travail.
— J'ai besoin de toi ! Je te promets, je crève de ne plus faire l'amour avec toi... tu me manques Armelle.
— Ne me raconte pas encore des salades. Tu as tout ce dont tu as besoin à la maison. Et puis j'ai enfin compris le pourquoi des chambres minables dans des hôtels de passe... tu prends les femmes pour des putes... tu es ignoble... je raccroche. Salut.
Le silence revient et je constate un peu tard que Mélanie me fixe avec des yeux ronds comme des soucoupes. Elle semble scotchée par la scène qui vient de se dérouler devant elle. Ma rogne lui interdit de me dire quoi que ce soit, mais je sens bien qu'elle est dubitative. Et je reprends mon poste et mon dossier là où cet imbécile vient d'interrompre mon boulot. Personne ne relève les yeux des documents que nous avons à traiter. Il est midi et l'église qui en égrène les douze coups est là pour me tirer de mon attention. Ma collègue face à moi me jette un coup d'œil et semble attendre que j'engage la conversation. Alors...
— Bon ! Mélanie, il est temps que nous fassions vraiment connaissance toutes les deux, qu'en dis-tu ? Je suis partante... tu veux bien déjeuner en ma compagnie ?
— Où vas-tu manger tous les midis ? Moi je rentre chez moi, et si ça te chante... quand il y en a pour une, il y en a certainement pour deux... il doit bien me rester une tranche de jambon et un yaourt...
— C'est gentil. Moi, je déjeune sur la place de l'église... « Chez Gustave ».
— C'est sympa ? Je ne me souviens pas y avoir jamais mis les pieds.
— Ben... tu n'as pas envie d'essayer ? C'est familial et pas très cher... fort heureusement parce qu'avec notre salaire...
— Ça marche ! À midi, nous déjeunons dans ton bistrot et demain chez moi ?
— Parfait... tu vas voir, le patron est un vrai chef. C'est un régal.
— Où vas-tu manger tous les midis ? Moi je rentre chez moi, et si ça te chante... quand il y en a pour une, il y en a certainement pour deux... il doit bien me rester une tranche de jambon et un yaourt...
— C'est gentil. Moi, je déjeune sur la place de l'église... « Chez Gustave ».
— C'est sympa ? Je ne me souviens pas y avoir jamais mis les pieds.
— Ben... tu n'as pas envie d'essayer ? C'est familial et pas très cher... fort heureusement parce qu'avec notre salaire...
— Ça marche ! À midi, nous déjeunons dans ton bistrot et demain chez moi ?
— Parfait... tu vas voir, le patron est un vrai chef. C'est un régal.
C'est donc ensemble que nous nous éloignons de notre bureau pour remonter vers la place où est situé le bouiboui appelé : « chez Gustave ». Et je dois reconnaitre que dès notre entrée dans le minuscule établissement, je suis conquise. Un charme vieillot, mais une ambiance conviviale qui fait chaud au cœur. La serveuse, femme du patron par la même occasion m'installe à la table que d'ordinaire Mélanie occupe seule. Et le menu pour simple qu'il est n'en est pas moins exquis. Une blanquette de veau qui embaume la salle et qui coule dans nos estomacs avec un plaisir non feint. Dire que ce restaurant se situe à moins de dix minutes à pied de mon domicile... la preuve qu'on a toujours besoin les uns des autres, n'est-ce pas ?
Et là, je découvre un autre visage de celle avec qui je travaille chaque jour. C'est curieux de se dire que finalement, on ne connait pas vraiment ceux qui nous sont si proches. Elle me raconte des bribes de son existence, faisant référence à une période trouble où elle avait un homme dans sa vie. Et sans être formelle, je comprends entre les lignes que malgré des moments compliqués avec son Jean-Marc, prénom qui revient à diverses reprises dans la conversation, il lui manque beaucoup. Elle ne s'éternise pas sur des détails qui me paraissent suffisamment éloquents pour justifier qu'elle ait divorcé.
Son mari était du même style que ce Luc qui a appelé au bureau. Est-ce pour cela qu'elle se sent suffisamment en confiance pour me raconter des situations très moches dans lesquelles son homme la plongeait régulièrement ? Et je sens cependant que dans sa voix, il y a des relents de nostalgie, comme si bien que son Jean-Marc soit une parfaite ordure, et bien... elle regrettait leur séparation. En y réfléchissant mieux, ça m'ouvre aussi les yeux sur ma propre situation. Ne suis-je pas tout à fait dans un cas similaire ? Parce que j'ai beau faire, beau dire, Luc est toujours là, présent dans un coin de mon cerveau.
Son appel téléphonique n'a fait que relancer la machine, et les regrets de celle qui déjeune face à moi collent si parfaitement avec ce que je ressens que ça nous rapproche vraiment. Mélanie a dans les yeux un voile qui est un véritable sosie de celui qui flotte dans les miens. Sœurs de peine, sœurs cocues, voilà qui nous offre un lien sincère et une envie de nous serrer les coudes. Dire que j'ai passé toutes ces années à quelques mètres d'elle, cinq jours par semaine, sans jamais faire un pas pour la découvrir ! Un même problème nous unit là et une amitié sincère et réelle se révèle soudain, entre blanquette et dessert. La vie est bizarre, non ?
— xXx —
Il flotte dans notre bureau désormais une ambiance différente. Une franche camaraderie, un peu comme si... nos parcours venaient de se télescoper, nous faisant prendre conscience de l'existence de l'autre. C'est une chouette nana et nos déjeuners deviennent des moments de détente, un plaisir entre femmes incontournable que nous ne voudrions pour rien au monde cesser. Il émane de Mélanie, une force, une joie de vivre communicative et, vue de mon esprit ou réalité, il me semble qu'elle devient plus audacieuse, qu'elle se permet de plus en plus de regards sur celles et ceux qui nous entourent. Il lui arrive fréquemment maintenant de poser ses prunelles sur un déhanchement masculin, sur un derrière mâle qui marche devant nous sur un trottoir. Elle s'éveille aux sensations nouvelles en fait.
Tout naturellement ce samedi matin où elle a un problème avec sa voiture, elle m'appelle. Jusque-là, nous nous sommes contentés de ces pauses déjeuner, sans échafauder aucune sortie. Mais devant les aléas du moment, elle et moi poussons chacune notre caddie dans le supermarché le plus proche de nos domiciles. Bien sûr, puisque je joue les chauffeurs occasionnels, elle se sent obligée de me garder pour le repas et pour la première fois j'entre chez elle. Je dois avouer que c'est un havre de paix, que tout est bien rangé, dans un cadre agréable. Quelques photos d'un couple d'un âge avancé agrémentent son intérieur et me voyant intéressée, elle s'empresse de me préciser qu'il s'agit de ses parents. C'est donc devant une assiette bien remplie que nous évoquons nos souvenirs.
Après ce temps convivial de la mangeaille, Mélanie revient sur son divorce et au bout de longues minutes, elle finit par me sortir des photos de cet homme qui malgré ses tromperies, a laissé comme un vide dans sa vie. Je dois dire que le type est... plutôt bien gaulé, même si évidemment, il doit avoir quelques années de plus au compteur actuellement. Et nous en arrivons tout naturellement à avancer la possibilité d'aller faire une virée toutes deux. Si bien que nous sommes aussi assez rapidement d'accord pour une boite bien cotée où l'on danse. Enthousiasmées par cette idée, bien entendu que nous projetons de nous y rendre dans la soirée. Internet nous en indique l'itinéraire pour ce faire, mais également les horaires d'ouverture. Et point important, il est même possible d'y diner.
Donc, rentrée chez moi en milieu d'après-midi, j'ai largement le temps de me préparer à cette sortie nocturne. Je dois reconnaitre que j'ai de mon côté une véritable impatience à renouer avec le plaisir de danser. J'ai toujours adoré ce genre d'exercice et puisque je serai accompagnée, quoi de plus naturel que d'être heureuse. La panne providentielle de la voiture de ma collègue a ceci de bon qu'elle nous ouvre à toutes deux de belles perspectives. Oh ! Il n'est pas question, du moins dans mon esprit de drague ou quoi que ce soit de ce style. Non ! Juste une envie de me défouler, et je ne serais surement pas sortie sans cette amie. Ce qui me fait donc éclore un sourire sur les lèvres en entrant dans ma salle de bain.
D'abord un effeuillage savant pour me libérer du carcan de vêtements que je porte depuis ce matin. Puis une longue séquence « douche » où se mêlent plaisir trouble et nettoyage en profondeur de ce corps au repos depuis la fin de mon histoire avec Luc. Pas tout à fait puisque de nombreuses aventures manuelles ont entrecoupé ma sensation de solitude. Mais là, c'est sagement que je frôle mon épiderme en long, en large et en travers, n'omettant aucun pli ou repli. Et le cérémonial du drap de bain suit fatalement ma sortie de dessous du jet tiède. Chevelure emmaillotée dans une serviette, fakir le temps du grimage de mon visage, je finis par le séchage électrique de ces tifs souples. Le choix de ce qui va me rendre belle est assez délicat. Pourquoi est-ce que j'hésite entre bas « Dim-Up » et ceux plus traditionnels nécessitant l'usage d'un porte-jarretelles ?
C'est la seconde solution qui est adoptée et immédiatement mise en application. La jupe qui couvre tout ce harnachement est savamment choisie, pas trop longue et pas trop courte non plus. Mon buste quant à lui se voit affubler d'un soutien-gorge pigeonnant qui fait ressortir la naissance de mes seins. Ce qui fait que le boutonnage du chemisier apparenté à l'ensemble est crucial. Juste stoppé de manière à ce que l'on en devine plus que l'on en voit. Et ce qui termine mes aimables préparatifs, c'est bien le trait d'un gloss rouge d'une brillance extrême. Les résultats de ce ravalement de façade reflétés dans le miroir de ma coiffeuse sont... époustouflants. Une petite bourgeoise en goguette... qui se plait à elle-même. Un peu de narcissisme ne nuit pas !
Il s'avère que tout ceci a pris un temps considérable, et alors que je chausse une paire de talons de trois pouces et quart qui galbe mes mollets, et rend attirantes mes gambettes, je suis presque à la bourre. Le chemin pour me propulser jusque chez Mélanie n'est pas très long et surtout la circulation fluide. Je n'ai donc que dix petites minutes de dépassement d'horaire. Et de surcroit, ma passagère n'est pas non plus tout à fait prête. Et la femme qui m'ouvre sa porte me laisse sans voix. Bon sang ! J'ai face à moi une vraie gravure de mode. Sa tenue n'a rien à envier à la mienne. Et son sourire est... lumineux. Elle me parait plus petite, avant que je constate qu'elle ne porte rien aux pieds. Sûr que mes échasses m'avantagent.
Cet écart entre elle et moi et très vite rectifié quand elle s'équipe de hauts talons tout aussi vertigineux que ceux que je porte. Et nous voici en route pour une soirée que nous espérons bénéfique. De plus, nous avons décidé de sortir le grand jeu ce soir, c'est-à-dire : dinette et salle de danse. Dans la voiture, Mélanie me surprend par sa bonne humeur et plus encore lorsqu'elle me balance des paroles auxquelles je ne m'attends pas.
— Dis-moi, Armelle, on se met d'accord sur un sujet qui me titille ?
— À ce point ? Vas-y, dis-moi ce que tu as sur le cœur !
— Si je, et c'est juste une hypothèse, si je déniche un beau cavalier, tu vois le genre mec bien sous tous rapports, ça ne te dérange pas de ne pas me ramener chez moi ?
— Hein ? Tu penses vraiment à cela ? Déjà ? Mais nous n'avons pas encore vu qui fréquente cet endroit !
— Oui... oui bien sûr, mais le cas échéant... tu comprends ? Ça fait si longtemps que je ne suis plus sortie.
— Rassure-toi ! Je ne vais pas t'interdire quoi que ce soit. C'est seulement que nous devons toutefois rester prudentes. Il se passe de drôles de choses de nos jours... alors la nuit.
— Je comprends. Mais nous nous ferons signe si ça matche pour l'une ou l'autre. Ce n'est du reste que pure supputation de ma part. Il n'est pas dit que je vais rencontrer un olibrius qui me plaise. Et de là à ce qu'il me fasse grimper aux rideaux... mais il faut tout prévoir. Et si ça devait arriver, tu nous suis discrètement pour prendre les numéros de sa voiture. On est jamais trop prudentes.
— Mélanie ! Mais tu es une véritable intrigante, ma parole. Tu penses à tout, comme si dans ta tête tu avais déjà tout programmé. Nous ne sommes même pas sur place. Et de mon côté... je ne suis pas encore prête pour... recoucher. Alors oui, je serai dans les parages et veillerai à ce qu'il ne t'arrive rien... fais-toi plaisir si tu veux, après tout, on ne vit qu'une seule fois. Et les mecs nous ont assez prises pour des idiotes.
— Je suis contente de cette sortie, Armelle. Tu es une vraie amie. Si tu savais combien j'en ai envie de... faire l'amour avec un gars...
—... !
— À ce point ? Vas-y, dis-moi ce que tu as sur le cœur !
— Si je, et c'est juste une hypothèse, si je déniche un beau cavalier, tu vois le genre mec bien sous tous rapports, ça ne te dérange pas de ne pas me ramener chez moi ?
— Hein ? Tu penses vraiment à cela ? Déjà ? Mais nous n'avons pas encore vu qui fréquente cet endroit !
— Oui... oui bien sûr, mais le cas échéant... tu comprends ? Ça fait si longtemps que je ne suis plus sortie.
— Rassure-toi ! Je ne vais pas t'interdire quoi que ce soit. C'est seulement que nous devons toutefois rester prudentes. Il se passe de drôles de choses de nos jours... alors la nuit.
— Je comprends. Mais nous nous ferons signe si ça matche pour l'une ou l'autre. Ce n'est du reste que pure supputation de ma part. Il n'est pas dit que je vais rencontrer un olibrius qui me plaise. Et de là à ce qu'il me fasse grimper aux rideaux... mais il faut tout prévoir. Et si ça devait arriver, tu nous suis discrètement pour prendre les numéros de sa voiture. On est jamais trop prudentes.
— Mélanie ! Mais tu es une véritable intrigante, ma parole. Tu penses à tout, comme si dans ta tête tu avais déjà tout programmé. Nous ne sommes même pas sur place. Et de mon côté... je ne suis pas encore prête pour... recoucher. Alors oui, je serai dans les parages et veillerai à ce qu'il ne t'arrive rien... fais-toi plaisir si tu veux, après tout, on ne vit qu'une seule fois. Et les mecs nous ont assez prises pour des idiotes.
— Je suis contente de cette sortie, Armelle. Tu es une vraie amie. Si tu savais combien j'en ai envie de... faire l'amour avec un gars...
—... !
Que lui répondre ? Je peux tout à fait l'imaginer. Il m'arrive aussi de succomber à ces tentations et si je me livre à des branlettes solitaires, c'est bien par manque d'une bonne queue... alors oui, je sais avec exactitude ce qu'elle me fait passer comme message. Et... ça me chauffe d'un coup. C'est fou. Dans l'habitacle, nos deux fragrances se mélangent, et les paroles de Mélanie sont d'un coup perçues par mon cerveau comme des incitations à une sortie plus sexuelle. Elle vient d'allumer le feu en moi et je ne suis pas loin de mouiller pour de bon. Zut... parce qu'en dépit de tout ce que je peux croire, c'est encore et toujours le visage de Luc qui revient me hanter. Bon sang ! Je n'arriverai donc jamais plus à m'en débarrasser de son fichu fantôme ?
— xXx —
C'est plutôt cool de diner avec les bruits de l'orchestre qui règle ses instruments ou sa sono. La salle est pleine et je sens ma collègue impatiente d'en découdre avec la piste. Autant dire que nous avalons plus que nous ne dégustons. Puis nous passons donc dans la salle ou quelques couples s'essaient déjà dans des pas chaloupés. Nous ne sommes pas seulement au comptoir qu'un grand gaillard, bonne quarantaine nous approche déjà.
— Bonsoir mesdames... je vous offre un verre ? Ou vous préférez danser tout de suite ?
—...
—...
Je sens soudain que Mélanie n'est plus aussi à l'aise et moins sereine. J'imagine que l'instant est crucial. Je décline de la tête la proposition du bonhomme et elle hésite. Alors je la titille un peu.
— Ben si ça te dit, ma belle, fais-toi plaisir. Ne sommes-nous pas venues pour danser ? Ne sois pas timide.
Le gars me regarde et je le sens légèrement dépité. Oui, à mon avis, il aurait plus opté pour m'embarquer moi que ma copine, mais il ne veut pas se montrer sous un mauvais jour. Alors il a un sourire en direction de Mélanie, bien que ses yeux restent plantés dans les miens. Et elle se balance sur un pied, sans trop oser.
— Eh ben Mélanie... tu dis oui ou non, mais ne laisse pas ce monsieur dans l'incertitude !
— Ah ? Tu... crois que...
— Mais oui ! Vas-y ! Ça va te faire le plus grand bien.
— Ah ? Tu... crois que...
— Mais oui ! Vas-y ! Ça va te faire le plus grand bien.
Elle est paniquée... incapable de prendre une décision, ce qui m'oblige à la rattraper par le bras et à porter sa main vers celle du gaillard. Cette fois, elle ne peut plus reculer et le regard dans le brouillard, elle suit le zig qui l'entraine sur la piste, pour une série de valses. Je dois reconnaitre qu'elle se débrouille très bien. Et au fil des rondes que je supervise du bord du parquet, je la vois qui se détend. Ils sont parfaitement synchro et je peux donc admirer ce couple qui se déhanche avec souplesse sur des accords miaulant. Arrive une série de slows et les deux-là ne quittent pas l'arène. Est-ce une impression où le cavalier a déjà les mains fureteuses ? Après tout, elle est assez grande pour savoir ce qu'elle doit faire et jusqu'où elle veut aller.
Derrière moi, une voix me résonne dans les oreilles.
— Vous n'avez pas de chevalier servant ? Puis-je vous inviter sur la piste ?
—... !
—... !
Je me retourne et celui qui est dans mon dos est grand. Il me dépasse d'une bonne tête. Une carrure à l'image de sa grandeur, un air de rugbyman, guère plus de la trentaine sans doute. Et ses yeux sont noyés de suite dans les miens, venant me caresser jusqu'à l'âme. Une sorte d'émotion me fait rosir et je remercie le ciel du peu de lumière dans cette salle. Qu'est-ce qui me prend aussi ce soir ? Déjà que les paroles de mon amie lors de notre trajet pour venir ici, m'ont largement perturbées, il n'en faut pas plus pour me mettre le feu dans les veines. Je me retrouve dans la position exacte de Mélanie lorsque son soupirant l'a embarqué au milieu des danseurs. Ce mec fait exactement la même chose avec moi, à ceci près que personne ne m'oblige à lui donner ma patte.
Et c'est parti, tout en souplesse, tout en rondeur. Il me fait penser à un chat et... je suis la souris. Il n'a pas grand-chose à dire, il danse comme un Dieu. Rodé à cet exercice sans doute ? Il me guide d'un pied sûr à travers ces couples enlacés. Sa main dans la mienne me retient juste ce qu'il faut pour que je tourne et virevolte au rythme des notes qu'égrène l'orchestre sur l'estrade. Nous sommes tous immergés dans une semi-obscurité qui permet bien des privautés. Combien de duos qui nous frôlent le font-ils joue contre joue ? Et lui se baisse légèrement pour me susurrer dans le creux de l'oreille.
— Je m'appelle François... et vous ?
— Armelle...
— Ah ! Chouette ça ! Pas très courant par ici ce prénom. Vous êtes bretonne ?
— Bretonne ? Pourquoi diable devrais-je l'être ?
— Ben... une idée comme ça.
— Fausse donc...
— Et vous êtes avec votre amie... ?
— Mon amie ? Comment savez-vous que je suis venue avec une amie ?
— Tout bêtement parce qu'elle danse avec mon copain... là à quelques pas.
— Ah ? C'est une de vos connaissances, cet homme ?
— Oui... nous sortons toujours à deux et vous êtes une excellente cavalière. Rassurez-vous, je ne vais pas vous manger... enfin pas tout de suite. Vous êtes... très belle, mais vous savez tout cela, n'est-ce pas ?
—... !
— Armelle...
— Ah ! Chouette ça ! Pas très courant par ici ce prénom. Vous êtes bretonne ?
— Bretonne ? Pourquoi diable devrais-je l'être ?
— Ben... une idée comme ça.
— Fausse donc...
— Et vous êtes avec votre amie... ?
— Mon amie ? Comment savez-vous que je suis venue avec une amie ?
— Tout bêtement parce qu'elle danse avec mon copain... là à quelques pas.
— Ah ? C'est une de vos connaissances, cet homme ?
— Oui... nous sortons toujours à deux et vous êtes une excellente cavalière. Rassurez-vous, je ne vais pas vous manger... enfin pas tout de suite. Vous êtes... très belle, mais vous savez tout cela, n'est-ce pas ?
—... !
Je m'abstiens de lui répondre, entrainée par les accords vertigineux des musicos. Et j'ai les narines qui frémissent par la proximité du visage de l'homme qui embaume l'après-rasage ou une eau de toilette assez suave. Cette fois une nouvelle série de slows nous réunit et il se serre contre moi, dans des déplacements très lents, pour ne pas dire langoureux. Il frotte même d'une manière assez significative, en tout cas suffisamment nette pour que je comprenne qu'il veut me chauffer. Je pourrais le repousser, quitter la piste, mais je n'en fais rien. Je ne m'explique pas pourquoi, parce que je sais décemment qu'il a une érection qui de temps à autre vient épouser mon entrejambe. Allez savoir pourquoi, mais la pensée que ce type bande pour moi, ça me met dans tous mes états.
Un peu plus loin, nous croisons le duo formé par Mélanie et le pote de mon cavalier. La main sur les reins de mon amie, je n'en reviens pas... là au milieu d'une quarantaine de couples, la patte a remonté l'ourlet de la jupe de la danseuse. Incroyable vision de cette culotte sur laquelle se promènent les doigts du bonhomme. Et le regard de Mélanie qui croise le mien, voilé, embué par ce que le zigoto lui procure comme sensation, je suppose. Oui ! À mon sens, elle kiffe largement d'être ainsi tripotée. Que ça se passe au milieu d'une flopée de couples a quelque chose d'indécent et un côté très érotique tout à la fois. François donc me glousse des mots qui me persuadent qu'il a lui aussi remarqué le manège de nos amis.
— Elle a l'air de beaucoup aimer votre copine. Elle ne va pas être déçue, Noël est un sacré numéro. Vous sortez souvent toutes les deux ?
—... !
—... !
Je n'ai pas du tout la répartie pour lui répondre. Je me laisse bercer par la musique, et ce que je viens d'apercevoir me laisse perplexe, dans un état très bizarre aussi. Pourquoi est-ce que je me sens curieusement comme envoutée ? Par les images qui découlent de cette main qui caresse littéralement les fesses de ma collègue, par aussi la barre qui revient à la charge contre mon bas-ventre. Et je ferme les yeux, suivant les pas de celui qui me guide. Mon instinct me demande de me méfier le plus possible et cependant ma tête ne réagit absolument pas de manière sensée. Un étrange duel se livre dans mon crâne entre ma conscience qui me hurle que je vais me faire avoir et mon corps lui qui se liquéfie.
Une guerre d'usure dont je ne maitrise plus rien. Et à trois duos de notre couple enlacé, Mélanie qui roule une pelle à celui que mon chauffeur prénomme Noël. J'ai aussi le souffle un peu court de ce François, vent léger qui me chatouille doucettement le cou, juste sous le menton. Son visage est désormais plaqué contre ma joue et il relève juste sa bouille, de façon à ramener sa bouche au niveau de mon oreille. Il veut encore me murmurer quelques paroles ? Eh bien non ! Maintenant, sa langue léchouille le lobe qu'elle atteint sans problème et... une chair de poule m'envahit. Cette câlinerie me fait frissonner sans pour autant que je repousse mon assaillant.
Pire, je dois l'avouer, oui, je me love encore plus dans la niche de ses bras qui me cramponnent. Et je me laisse emporter par un flot d'une sensualité qui me submerge toute entière. Comment expliquer ce qui ne peut l'être ? Ses doigts sur le bas de mon dos sont bouillants et la chaleur qu'ils me transmettent augmente encore mon émoi. Bon sang ! Nous sommes tombées, Mélanie et moi, sur deux pros de l'emballage et dans mon esprit, il me vient des pensées terriblement... saugrenues. J'arrive à me dire que c'est peut-être bien pour elle et moi de rencontrer des types qui ne cherchent pas forcément autre chose qu'une coucherie. Et ces idées qui me montent en vagues déferlent dans mon crâne, accentuant cette pointe d'envie grossissante au creux de mes reins. Mon cavalier sait surement depuis un bout de temps que je suis à demi vaincue.
Ses lèvres s'entrouvrent pour aspirer le petit morceau de chair percé en son centre par le bijou qui l'orne. Et... comme chez beaucoup de femmes je suppose, la zone est critique, érogène au possible. Le plus simple effleurement me fait me cabrer, alors un tel baiser ne peut que m'emporter encore plus loin dans une sorte de délire érotique. Il connait le pouvoir de cette langue, de ces lèvres qui savent avec exactitude comment se comporter pour m'amener à un point de non-retour. Et bien entendu que ça fonctionne à merveille. Je me sens totalement dépourvue, démunie et un mouvement dans mon dos, un frôlement me font sursauter.
C'est le couple Mélanie-Noël qui nous rejoint alors que ma reddition va être complète. Ce qui finalement me sauve du naufrage.
— François, nous allons boire un verre, il fait une de ces chaleurs sur cette piste ! Vous vous joignez à nous ?
— Ah... Nono... pourquoi pas ! N'est-ce pas Armelle ? Ça vous dit de boire un pot tous ensemble ?
— Ah... Nono... pourquoi pas ! N'est-ce pas Armelle ? Ça vous dit de boire un pot tous ensemble ?
Je ne suis plus capable de penser sainement et machinalement je hoche la tête. Il y a forcément une bonne dose de frustration dans ma non-réponse, dans mon acceptation de l'invitation. Lui aussi se trouve déçu, j'en jurerais. Mais il sourit et nous emboitons le pas à ces deux qui ont quelques baisers d'avance sur nous. Idiotes pensées qui me font faire une grimace, fort heureusement invisible de ces trois qui se rapprochent en ma compagnie du comptoir où un serveur en chemise blanche et cravate sert à tour de bras des verres aux couleurs indescriptibles. Mélanie et moi optons pour une vodka rallongée au jus d'orange et nos partenaires de danse commandent eux, des Whiskys.
Les présentations se font là, et mon amie est quelque peu gênée aux entournures de savoir que j'ai pu assister à sa fouille au corps plus que volontaire. Elle se penche pour parler à son « nouveau » copain. L'autre lui désigne un point à droite du bar et elle me fait signe. Comme je ne pige pas ce qu'elle veut me dire, elle approche sa frimousse de la mienne.
— Je vais aux toilettes, tu m'accompagnes ?
— Ah...
— Ah...
Je secoue le menton de haut en bas en signe d'acquiescement. Nous frayer un chemin jusqu'au petit coin n'est pas non plus une mince affaire. Et nous essuyons quelques remarques avant de parvenir à nous soulager chacune dans une cabine d'une propreté irréprochable. Et c'est devant le miroir des lavabos que nous échangeons dans le calme quelques mots.
— Je suis désolée Armelle... je ne sais pas ce qui m'a pris !
— Ben quoi ? Tu es ici pour t'amuser, ma belle ! Alors ce soir tout est permis. Il ne t'a pas fait de mal ou caressée contre ton gré ?
— Oh non ! Je crois même que j'ai vachement apprécié... c'était... je ne sais pas comment l'expliquer... trop bien !
— Alors ne te pose aucune question... fonce et vis ce qui pour toi est un beau rêve.
— Oui ? Il y a un truc tout de même... que je voudrais te dire...
— Hein ? Mais je t'écoute bon sang !
— Noël... voudrait que nous allions boire un verre chez lui !
— Ben, vas-y ! Tu en crèves d'envie, vas-y, bon sang !
— Tu n'as pas tout compris... il souhaite que nous nous y rendions tous les quatre !
— Tous les quatre ? Comment ça tous les quatre ? Qu'est-ce que nous venons faire là-dedans, son pote et moi ?
— Oh... j'ai bien senti et Noël aussi, qu'il te plait... vous étiez à deux doigts de faire comme nous !
— Quoi ? Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Allons ! Ne me raconte pas d'histoire, il te frotte depuis un sacré bout de temps et vous alliez vous embrasser lorsque nous sommes venus vous relancer pour boire un coup.
— Mélanie... mais tu divagues là ? Tout le monde ne se laisse pas trousser en public, bon sang...
— Je t'en prie Armelle ! Ne m'abandonne pas... j'ai envie de passer un moment avec lui et... c'est la condition qu'il a formulée, que nous allions tous ensemble chez lui. Ne refuse pas, s'il te plait.
— Pff ! Tu te rends compte de ce que tu me demandes ? C'est comme si je devais jouer au chaperon. Et puis tenir la chandelle, c'est pas trop mon truc, bon sang...
— S'il te plait ! Armelle ! Tu sais bien que ça fait si longtemps que... alors tu ne peux pas me faire ça ! J'ai besoin de ton aide...
—... ?
— Je te demande d'y réfléchir ! Nous sommes des amies et grâce à toi, ma misère physique peut enfin trouver une belle issue, ne me refuse pas ton aide, Armelle, je t'en supplie... à genoux si tu le désires.
— Arrête avec ça ! Tu es gâteuse ou quoi ? Ce type... il ne veut que...
— Je sais bien ! Mais je n'ai pas plus à lui offrir... mon cul et il ne le veut que si toi et son pote, vous êtes là... ne me laisse pas tomber.
— Mélanie... c'est dingue, tu es...
— Ben quoi ? Tu es ici pour t'amuser, ma belle ! Alors ce soir tout est permis. Il ne t'a pas fait de mal ou caressée contre ton gré ?
— Oh non ! Je crois même que j'ai vachement apprécié... c'était... je ne sais pas comment l'expliquer... trop bien !
— Alors ne te pose aucune question... fonce et vis ce qui pour toi est un beau rêve.
— Oui ? Il y a un truc tout de même... que je voudrais te dire...
— Hein ? Mais je t'écoute bon sang !
— Noël... voudrait que nous allions boire un verre chez lui !
— Ben, vas-y ! Tu en crèves d'envie, vas-y, bon sang !
— Tu n'as pas tout compris... il souhaite que nous nous y rendions tous les quatre !
— Tous les quatre ? Comment ça tous les quatre ? Qu'est-ce que nous venons faire là-dedans, son pote et moi ?
— Oh... j'ai bien senti et Noël aussi, qu'il te plait... vous étiez à deux doigts de faire comme nous !
— Quoi ? Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Allons ! Ne me raconte pas d'histoire, il te frotte depuis un sacré bout de temps et vous alliez vous embrasser lorsque nous sommes venus vous relancer pour boire un coup.
— Mélanie... mais tu divagues là ? Tout le monde ne se laisse pas trousser en public, bon sang...
— Je t'en prie Armelle ! Ne m'abandonne pas... j'ai envie de passer un moment avec lui et... c'est la condition qu'il a formulée, que nous allions tous ensemble chez lui. Ne refuse pas, s'il te plait.
— Pff ! Tu te rends compte de ce que tu me demandes ? C'est comme si je devais jouer au chaperon. Et puis tenir la chandelle, c'est pas trop mon truc, bon sang...
— S'il te plait ! Armelle ! Tu sais bien que ça fait si longtemps que... alors tu ne peux pas me faire ça ! J'ai besoin de ton aide...
—... ?
— Je te demande d'y réfléchir ! Nous sommes des amies et grâce à toi, ma misère physique peut enfin trouver une belle issue, ne me refuse pas ton aide, Armelle, je t'en supplie... à genoux si tu le désires.
— Arrête avec ça ! Tu es gâteuse ou quoi ? Ce type... il ne veut que...
— Je sais bien ! Mais je n'ai pas plus à lui offrir... mon cul et il ne le veut que si toi et son pote, vous êtes là... ne me laisse pas tomber.
— Mélanie... c'est dingue, tu es...
Elle pose sa main sur ma bouche, pour interdire à mon bec de dire des choses définitives. Puis il y a dans ses prunelles une telle détresse. Je me sens toute remuée d'y lire la peur, mêlée à une envie qui lui noue les tripes. Mince alors ! Je n'ai pas le cœur à la décevoir. Est-ce bien de ma gorge que sortent ces mots ? D'une voix rauque, je m'entends lui répondre.
— Bon, ça va ! Tu as gagné... je vais faire ça pour toi ! Mais bon sang, tu peux te vanter de me mettre dans un fichu embarras. Allez ! On va rejoindre nos deux cocos, avant qu'ils ne filent vers d'autres bras.
D'un coup, son visage s'éclaire et un sourire immense l'illumine. Elle ouvre les bras en grand et je me retrouve comme serrée dans un étau. C'est si fort que je sens sa poitrine s'écraser contre la mienne. Drôle d'effet que ce frottement de ses seins sur mon buste ! Et zut ! Incompréhensible ce que je ressens là, un peu comme avec l'érection du gars avec qui j'ai dansé. Elle ne se rend compte de rien ? Ou bien de son côté, elle aussi éprouve-t-elle un sentiment analogue ? Nous n'en parlons pas, sa bouche en cul de poule s'écrasant sur ma joue dans un smack sonore. Peut-être un zeste trop proche de mes lèvres, cependant ! Bon... je ferme les yeux et veux croire que c'est juste fortuit... et nous retraversons la salle entre piste et zinc.
— xXx —
À suivre...
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