Chloé, Morrison et moi
Chapitre 2
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Couverture de Chloé, Morrison et moi, par Spector
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Chloé, Morrison et moi — Chapitre 2

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Spector
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Chloé, Morrison et moi

Chapitre 2

Après cette rencontre, je suis troublé. Pourtant, elle n'a rien fait pour provoquer cela ! Juste me servir deux cafés. Rien de plus. J'ai envisagé de lancer une conversation, mais je ne m'en suis pas senti capable. Je n'ai jamais été un grand séducteur, que ce soit sur le plan personnel ou professionnel. Je n'ai pas cette attractivité qui attire les autres.
Le dimanche matin, je retourne à cette même terrasse pendant que Marie et sa mère vont faire un tour sur le marché. Je retrouve cette déesse gothique qui me fait frémir depuis hier. L'endroit est bien plus peuplé que la veille, beaucoup de personnes âgées sont présentes. L'allure de la serveuse devient du coup encore plus saisissante. Je ne la quitte pas des yeux, elle est fascinante et envoûtante. La jeune femme n'est pas du genre à se laisser faire et elle n'hésite pas à remettre en place un couple de sexagénaires qui semble avoir été indélicat envers elle. Lorsqu'elle vient prendre ma commande, j'ose enfin l'aborder :
— Vous avez un charme très particulier !
Elle sourit en continuant de mâcher son chewing-gum, puis me répond avec aplomb :
— Oui, j'ai bien vu que tu me reluquais depuis hier.
J'avoue être décontenancé par sa répartie, néanmoins j'essaie de faire bonne figure et je rebondis :
— Non, c'est votre tatouage de Jim Morrison qui m'a interpellé, je suis un grand fan !
Elle me regarde en coin puis reprend :
— Oui, mon vieux était fan, moi personnellement je ne le connais pas plus que ça !
Puis elle ajoute :
— Mais je l'ai toujours trouvé sexy ! Bon, qu'est-ce que je te sers ?
Je commande une bière, qu'elle me ramène rapidement. À chaque passage en terrasse, j'ai l'impression qu'elle me regarde. Je prends de l'assurance et lui propose :
— Vous venez quelques fois sur Paris ?
Sa réponse est toujours aussi cash :
— Oui, bien sûr, ce n'est pas dans ce bled paumé que je vais trouver des fringues sympa. Mercredi, c'est mon jour de repos, je serai à Châtelet.
Je lui propose d'aller boire un verre dans un bistrot que je connais. Elle n'a aucun filtre et me rétorque avec tout son franc-parler :
— Bien entendu, mais c'est pour parler de Morrison ou c'est pour me mettre dans un lit !
Je suis gêné par cette nouvelle remarque et je me sens rougir. Elle sourit avec taquinerie, puis accepte de me rejoindre où je lui propose pour quinze heures. Avant de repartir, à l'intérieur, elle me révèle son prénom : Chloé.
Le mercredi après-midi, je me suis arrangé pour prendre quelques rendez-vous fictifs à l'extérieur et me voilà à attendre dans le bar convenu. Elle n'arrive pas et j'attends comme un con, je commande un second coca et regarde ma montre : 15 h 23. Je lui laisse jusqu'à trente et après je m'en vais. Je liquide mon verre. Et regarde de nouveau l'heure 15 h 31. Je m'apprête à me lever lorsque je la vois passer dans les miroirs du café. Elle s'approche de moi, me fait la bise et vient s'asseoir à mes côtés. Je la sens parfaitement à l'aise, tout l'inverse de moi. Nos échanges sont bons, elle se moque de mon vouvoiement et me demande de la tutoyer. J'exécute, nous parlons de tout, de rien. Elle a vingt-deux ans, et elle a vécu entre Dakar, Ndjamena, Pristina et quelques villes françaises, avant d'atterrir dans ce trou perdu où je l'ai rencontrée. Les verres arrivent. Elle a pris une bière et moi un nouveau coca. Son regard est taquin, comme si mon embarras lui plaisait. J'écoute cette fille avec grand intérêt. Je suis impressionné par son aisance et son parcours de vie. Alors que j'ai le double de son âge, une profession et des diplômes à tour de bras. Je finis par ressentir une folle envie d'uriner. Je m'excuse puis me dirige vers les toilettes. Le bistrot est désert. Alors que je termine ma petite affaire, je me dirige vers les lavabos pour me laver les mains. Lorsque je relève la tête, j'aperçois Chloé dans le miroir. Elle me dévisage en tirant sur sa cigarette, puis elle me demande :
— Dis, tu es toujours aussi stressé pendant un rendez-vous ? Ou c'est moi qui te fais cet effet ?
Elle reste silencieuse quelques secondes, puis continue en s'approchant de moi :
— Pourquoi je suis là ?
Elle se rapproche un peu plus, puis elle pose ses mains sur mes hanches. Elle me dépose un baiser dans le cou, puis me répète :
— Pourquoi je suis là, chéri ?
Je sens mon sexe durcir, je ne bouge pas. Puis elle vient me lécher le lobe de l'oreille. Sa main glisse sur mon entrejambe, elle caresse délicatement mon manche, elle enchaîne en me chuchotant :
— Je suis là, parce que je voulais voir si tu étais aussi coincé que tu en avais l'air.
Elle sourit, s'écarte de moi. Puis avant de ressortir des toilettes, elle me dit, un sourire aux lèvres :
— À tout de suite, je vais me reprendre une bière. Tu veux un autre coca ?
À mon retour, elle est assise et m'attend. Je m'assois face à elle et ce coup-ci, elle me questionne et cherche à savoir qui je suis. Je lui donne les grandes lignes, je suis marié, j'ai deux enfants, je suis comptable et mon passage dans son bar est lié à la présence de mes beaux-parents. Elle rit puis finit par me dire :
— Comptable, c'est marrant, mais je m'en serais douté !
Je lui réponds avec un sourire :
— Tu me trouves chiant ?
Elle rit de nouveau puis me rétorque :
— Je te mets en boîte, tu n'es pas super fun, mais je te trouve mignon et sous tes airs de ne pas y toucher, je suis sûre que t'es un vrai cochon.
Elle laisse passer un silence puis continue :
— Les mecs qui jouent les durs me fatiguent. Toi, au moins, on voit que tu réfléchis, trop, mais au moins tu réfléchis.
Nous continuons à discuter. J'aime notre échange, elle m'écoute ! Elle me raconte son enfance aux quatre coins du monde. Son père était gradé dans l'armée, elle me raconte :
— Mon père passait son temps à nous dire qu'il fallait être solides. Il confondait souvent être solide et fermer sa gueule.
La conversation demeure très agréable, il y a longtemps que personne ne s'est réellement intéressé à moi et à qui je suis. Nous décidons donc d'échanger nos numéros pour pouvoir s'appeler et se revoir bientôt.
...............................................................................
12 novembre 2003
J'écoute en boucle le morceau "People are Strange" des Doors. J'ai reçu du courrier, c'est assez surprenant le nombre d'admiratrices que m'a valu cet incident. J'en reçois pas moins de cinq ou six par semaine dont deux qui semblent réellement amoureuses de moi. Chacune a son style, mais rassure-toi, pour moi il n'y a toujours que toi. C'est Basile qui m'a remis ces lettres. Il me les a posées sur ma table et m'a jeté un regard rempli de dégoût avant de sortir. Je n'aime vraiment pas le dédain qu'il porte dans ses yeux quand il me regarde. Mais bon, je fais semblant de ne rien voir, ce n'est pas vraiment le moment que je fasse des vagues. Je vais te les lire, juste pour que tu vois la folie de ces pauvres filles.
Bastien,
Vous ne me connaissez pas. Moi, en revanche, j'ai l'impression de vous connaître depuis toujours. Les journaux disent que vous êtes un monstre. À la télévision, ils montrent votre visage comme on montrerait celui d'un démon. Les experts parlent de folie, les psychiatres cherchent des explications, les journalistes racontent votre vie comme s'ils y avaient assisté. Ils n'ont rien compris. Moi, j'ai regardé vos yeux. Je n'y ai pas vu un assassin. J'y ai vu un homme qui a encaissé plus qu'aucun autre. Je sais ce que c'est que d'être transparent. D'être celui que personne n'écoute jusqu'au jour où tout explose. La plupart des gens meurent sans jamais avoir existé. Vous, au moins, la France entière prononce désormais votre prénom. Je ne cautionne pas ce qui s'est passé. Personne ne devrait mourir de cette manière. Pourtant, je me demande combien de ceux qui vous condamnent aujourd'hui vous auraient simplement demandé, un an plus tôt, si vous alliez bien. Probablement aucun. Depuis votre procès, je découpe chaque article qui parle de vous. J'ai acheté tous les journaux. J'ai même enregistré les émissions où l'on évoque votre histoire. Ils pensent parler d'un fait divers ; moi, j'y vois le portrait d'un homme qui s'est perdu. Je ne sais pas pourquoi je vous écris. Peut-être parce que personne ne mérite d'être réduit au pire jour de sa vie. Peut-être parce que j'aimerais que quelqu'un vous regarde encore comme un être humain. Si vous acceptez de me répondre, je vous écrirai aussi souvent que vous le souhaiterez. Je n'attends rien de vous. Simplement une preuve que, derrière les murs de cet hôpital, il reste encore quelqu'un. Prenez soin de vous. Une inconnue. P.-S. : Les autres voient du sang. Moi, je vois surtout une immense solitude. C'est peut-être cela qui me fait le plus peur.
Bastien,
Tu ne me connais pas. Enfin... pas encore. Depuis ton arrestation, je pense à toi tous les jours. Les autres voient un assassin. Moi, je vois un homme qui a enfin eu le courage de faire ce que des milliers rêvent de faire sans jamais oser. Ils disent que tu as perdu la raison. Je crois plutôt que tu as cessé de mentir. Je vais suivre ton procès du début à la fin. J'ai découpé toutes les photos publiées dans les journaux. Celle où tu souris en sortant du fourgon est au-dessus de mon lit. Tu devrais savoir qu'aucun homme menotté n'a jamais été aussi beau. Je dois te dire qu'il arrive fréquemment que je me caresse en la regardant. Oui, je me doigte, et je t'imagine me prendre et baiser comme la dernière des traînées. Les gens disent que je suis folle parce que je t'écris. Ils disent aussi que je devrais avoir peur de toi. Ils n'ont rien compris. Les monstres me rassurent davantage que les honnêtes gens. Les monstres, au moins, ne trichent pas. Tu sais ce que je vais ressentir quand je vais entendre le verdict ? De la jalousie. Je serais dans cette salle. Je serais celle qui te regarde pendant que tout le monde détourne les yeux. J'aimerais que toi aussi tu me regardes, moi. Tu dois recevoir beaucoup de lettres. Des curieux. Des journalistes. Des moralisateurs. Moi, je t'écris parce que je suis persuadée que tu n'es pas terminé. Les hommes comme toi ne s'arrêtent jamais vraiment. Même enfermés, ils continuent d'habiter les rêves des autres. Les miens, surtout. Je me demande parfois ce que tu penserais de moi. Est-ce que tu me trouverais assez solide pour partager ton silence ? Est-ce que tu supporterais que quelqu'un t'aime sans te demander pardon pour ce que tu es ? Je ne veux pas sauver ton âme. Je veux simplement être la seule personne qui ne baisse jamais les yeux devant toi. Écris-moi. Même une seule ligne. Je garderai ton écriture comme une relique. À bientôt, j'en suis certaine. Marilou. P.-S. : Si un jour ils te rendent la liberté, ne cherche pas à savoir où je suis. Tu n'auras pas besoin de me chercher. C'est moi qui viendrai te retrouver.
C'est très exagéré et limite indécent quand même, mais rassure-toi, elles ne me font ni chaud, ni froid. Cet après-midi, mon avocat vient me voir pour préparer le procès. J'espère vraiment que tu seras présente, je serais vraiment déçu qu'on t'empêche de venir me voir. Bon, je te laisse, je vais faire un petit tour dans le jardin. J'ai pris un peu de pain et de gruyère pour mon petit Jim. C'est dingue ce que j'ai pu m'attacher à cet animal.
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Xaviernnrs
19 octobre 2026 à 09:21
Marilou... Putain de destin, il ne peut pas caler son foutu calendrier, faire en sorte que les âmes sœurs se rencontrent au bon moment. Putain de vie, pas foutue de marcher au même pas que toi...

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