Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La bataille de Noël — Chapitre 2
Auteur
La bataille de Noël
Chapitre 2
Il se rhabilla vite fait, jean, chemise flottante. Serena chantait : une voix claire et fraîche qui lui ficha la chair de poule ! De bonheur, sa voix était si cristalline !
La table était mise dans le salon-salle à manger : plats, assiettes, verres, tous rouges et verts. Ben là, il avait décroché le pompon !
— Qu’est-ce que c’est que tout ça ? grogna-t-il, mal embouché.
La table débordait de victuailles. Et pas n’importe lesquelles : saumon cru, foie gras, écrevisses, pilons de poulet en gelée, aspics. Et une bouteille de champ, Cordon Rouge ! Quant au gratin de pâtes annoncé, il était remplacé par un gratin dauphinois. Super gratiné ! Il était ébahi, Martin, à s’en décrocher la mâchoire. Non, c’est sûr : elle avait prémédité son coup ! Ce gratin avait demandé plus de dix minutes !
Poca éclata de rire en voyant sa tronche en biais. Évidemment. Poca riait tout le temps car elle était toujours d’excellente humeur.
— Oh, Martin, si vous vous voyiez, on dirait le Grinch !
— Le quoi ?
— Le Grinch, répéta Poca. Le grincheux qui voulait gâcher Noël. Un film, avec Jim Carrey, vous vous souvenez ?
— Ah oui, murmura Martin après réflexion. Le grimacier tout vert...
— Le quoi ?
— Le Grinch, répéta Poca. Le grincheux qui voulait gâcher Noël. Un film, avec Jim Carrey, vous vous souvenez ?
— Ah oui, murmura Martin après réflexion. Le grimacier tout vert...
Il aurait été prêt à convenir d’une certaine ressemblance avec ce Grinch... à part le côté tout vert. Parce que lui, il était gris. Encore moins fun !
— Grinch ou Père Fouettard ! Ne soyez pas rabat-joie. C’est Noël. Un jour de réjouissances. Et mon anniversaire en plus ! Asseyez-vous et mangez ! Vous verrez, ce n’est pas mal : j’ai un excellent traiteur !
— Vous avez un traiteur, vous, femme seule ?
— Il m’aide à nourrir les SDF.
— Vous avez un traiteur, vous, femme seule ?
— Il m’aide à nourrir les SDF.
Martin faillit avaler de travers : les SDF ?
Il rit, s’étrangla et se mit à tousser : pour le coup, il avait vraiment avalé de travers ! Poca s’approcha de lui, lui tapa dans le dos jusqu’à ce qu’il retrouve son souffle. Elle était quasiment contre lui. Son parfum ! Bien plus qu’il n’en fallait pour provoquer son désir. Serena fit le tour de la table pour aller s’asseoir en face de lui : il en profita au passage pour admirer ses fesses rondes, adorablement moulées dans son jean délavé. Même ses pieds nus l’émoustillèrent. Ce qui n’arrangea pas son érection.
Rassise en face de lui, la jeune femme planta son regard dans ses yeux. Elle semblait embarrassée, ses doigts tournicotaient dans ses cheveux.
— Martin, je peux vous poser une question ? Personnelle ?
Houlà, halte au feu ! Oui, il était célibataire, pas de petite amie à l’horizon, mais ça, elle le savait déjà. Depuis le temps. Alors quoi ?
— Pourquoi vous ne m’aimez pas ?
Sidéré, il ouvrit grand la bouche, avala péniblement, faillit faire une nouvelle fausse route.
— Mais non, mais si, c’est du grand n’importe quoi !
— Vous ne m’aimez pas et vous ne m’avez jamais invitée !
— Vous ne m’aimez pas et vous ne m’avez jamais invitée !
Elle s’était avancée au-dessus de la table, penchée en avant et lui offrait le délicieux spectacle de ses seins rondelets un peu compressés.
— J’aimerais que nous soyons autre chose que de simples voisins, plus que de simples amis...
Aucune femme ne l’avait regardé comme le faisait Poca à cet instant. Il était affolé, proprement affolé !
— Pourtant, j’ai tout fait pour que vous me remarquiez. Mais j’ai l’impression que vous ne vous êtes jamais rendu compte que j’étais femme !
Martin se sentit rougir jusqu’aux oreilles.
— Mais si Serena, bien sûr que si !
— Vous me trouvez moche, c’est ça : je ne suis qu’une sale petite métisse noireaude qui n’éveille aucun désir en vous ? Raciste ?
— Mais non, réagit-il vivement, absolument pas ! Vous êtes merveilleusement jolie... et désirable !
— Désirable ? Alors pourquoi ne m’avez-vous jamais invitée à sortir... avec vous ?
— Vous me trouvez moche, c’est ça : je ne suis qu’une sale petite métisse noireaude qui n’éveille aucun désir en vous ? Raciste ?
— Mais non, réagit-il vivement, absolument pas ! Vous êtes merveilleusement jolie... et désirable !
— Désirable ? Alors pourquoi ne m’avez-vous jamais invitée à sortir... avec vous ?
Fourchette en l’air, Martin ne savait plus quoi dire !
— Serena, où voulez-vous en venir ?
La réponse tomba claire, abrupte ! Déconcertante aussi qu’inattendue.
— J’ai envie de vous.
Le cœur de Martin rata un battement ! Deux même sans doute ! Il fit une embardée : les yeux de Poca pétillaient de malice. Et de désir.
Vite ! Calmer le jeu !
Vite ! Calmer le jeu !
— Poca, enfin Serena, vous êtes merveilleuse. Épatante !
Les bras ballants soudain, la jeune femme ahurie répéta :
— Épatante ? Je suis É-PA-TANTE ?
Elle éclata de rire. Rires et éclats de colère en même temps. Elle ne pouvait plus rien dire. Les quelques boucles qui encadraient son visage tressautaient. Ses seins également.
Elle finit tout de même par se calmer.
Elle finit tout de même par se calmer.
— M’enfin Martin, « épatante », non ! Je sais que vous êtes plus vieux que moi mais « épatante », c’est un vocabulaire de... vieux pépère !
Piqué au vif, Martin avoua :
— J’ai trente-trois ans...
— Ben vous voyez, vous n’êtes pas vieux. Ça ne nous fait que huit ans d’écart, sept si vous êtes du début d’année. Vous êtes un bel homme, mûr, sexy et rassurant. Dites, franchement, quand vous dites « épatante », est-ce que cela signifie que vous me voyez... sexy ou juste d’un caractère agréable ?
— Les deux, répondit-il en se disant qu’elle devrait se débrouiller avec ça.
— Ben vous voyez, vous n’êtes pas vieux. Ça ne nous fait que huit ans d’écart, sept si vous êtes du début d’année. Vous êtes un bel homme, mûr, sexy et rassurant. Dites, franchement, quand vous dites « épatante », est-ce que cela signifie que vous me voyez... sexy ou juste d’un caractère agréable ?
— Les deux, répondit-il en se disant qu’elle devrait se débrouiller avec ça.
Il était bien embarrassé le coco. Il se massait la nuque avec vigueur. Serena en profita pour repasser derrière lui et commença un massage profond des épaules. Martin se laissa aller et éprouva le besoin de clarifier ses positions.
— Serena, vous êtes un soleil qui enchante tous les résidents de cet immeuble. Vous êtes jolie et fraîche, oui, c’est bien le mot, fraîche ! Une fraîche candeur que les vicissitudes de la vie n’ont pas entamée, malgré...
— Stop ! s’exclama la jeune fille. Malgré quoi ?
— Stop ! s’exclama la jeune fille. Malgré quoi ?
La pilule était dure à faire passer mais Martin ne voyait pas comment contourner le problème.
— Malgré votre... « travail » !
— Mon travail, interrogea Serena. Quel travail ?
— Ben justement, une jolie fille comme vous qui ne travaille pas à heures fixes, sort le soir, reçoit des hommes chez elle parfois en soirée...
— Mon travail, interrogea Serena. Quel travail ?
— Ben justement, une jolie fille comme vous qui ne travaille pas à heures fixes, sort le soir, reçoit des hommes chez elle parfois en soirée...
Serena s’était reculée, interloquée. Elle avait compris les insinuations du policier.
— Non, Martin, vous pensez que je suis une pute ?
— Non-non, cria-t-il pour atténuer l’attaque. NON ! Vous êtes bien trop jolie pour tapiner. ... Mais... call-girl ?
— Non-non, cria-t-il pour atténuer l’attaque. NON ! Vous êtes bien trop jolie pour tapiner. ... Mais... call-girl ?
Combien de fois n’avait-il pas imaginé sa Poca en cuissardes rouges et body en dentelle, entrejambes ouvertes, seins nus et arrogants, une badine à la main, satisfaisant les désirs pervers de vieux salopards friqués !
— Non Martin, vous n’avez pas imaginé ça !
Elle avait les yeux écarquillés.
— Holà Martin, je crois qu’il est temps de mettre les choses au point. Non, je ne travaille pas simplement parce que je suis riche ! Rentière. Les vicissitudes de la vie ? Niet : j’ai eu une enfance heureuse, comblée, une vie de petite princesse. Et figurez-vous que, donc, je suis riche, Martin ! Je suis à la tête d’une petite fortune léguée par ma grand-mère à mes dix-neuf ans.
— Je... je ne vous crois pas Serena.
— Je... je ne vous crois pas Serena.
Il voudrait tant la croire, il en est malade de ne pas croire à cette fortune miraculeuse.
— Et pourquoi pas ?
— Riche ? Vous avez vu où vous habitez ?
— Vous y habitez bien, vous !
— Moi, c’est tout ce que mon salaire de flic me permet de me payer. Mais si vous, vous êtes riche... pourquoi vivre dans cet immeuble minable ?
— Riche ? Vous avez vu où vous habitez ?
— Vous y habitez bien, vous !
— Moi, c’est tout ce que mon salaire de flic me permet de me payer. Mais si vous, vous êtes riche... pourquoi vivre dans cet immeuble minable ?
Serena l’obligea à se lever. Plantée face à lui, elle lui enferma ses mains dans les siennes. Calmement, les yeux dans les yeux, elle s’expliqua :
— Pour deux raisons : la première, c’est que cet immeuble est proche du centre social où j’œuvre régulièrement. Où je dispense MA fortune aux nécessiteux, aux égarés de la vie, aux SDF. Aux pauvres, aux femmes seules avec trois mômes. Même aux toxicos, amateurs de champignons et autres saletés. De l’argent, j’en ai bien plus qu’il ne m’en faut, d’autant que perso, j’ai des besoins très simples. Alors oui, je donne. En cette période de l’année, plus que jamais.
— Oui, Noël, bien sûr, votre date préférée entre toutes, répliqua-t-il un peu moqueur.
— Oui, une date primordiale pour moi ! Vous n’imaginez pas !
— Oui, Noël, bien sûr, votre date préférée entre toutes, répliqua-t-il un peu moqueur.
— Oui, une date primordiale pour moi ! Vous n’imaginez pas !
Comme il faisait la moue, Serena s’agaça de son scepticisme. Et de sa morgue mais elle préféra continuer.
— La deuxième raison de ma présence dans cet immeuble, c’est... vous !
— Moi !
— Moi !
Martin eut un mouvement de recul instinctif.
— Vous, oui vous ! Vous vous souvenez de notre première rencontre ?
Martin réfléchit un bref instant. Bien sûr qu’il s’en souvenait : il avait été subjugué par la demoiselle ce jour-là. Ébloui, sur le champ ! Atomisé par son charme.
— Euh... Vous vous disputiez sur le trottoir avec un type. Vous lui avez dit de déguerpir mais il n’avait pas bougé.
— Un coureur de dot, un de plus. J’en ai vu des quantités depuis que j’ai hérité. Vous, vous êtes arrivé, fripé, dépenaillé, fatigué. Vous aviez même un œil au beurre noir. Vous sembliez totalement épuisé. Mais quand le type m’a attrapée par les bras, vous vous êtes approché, vous l’avez attrapé par le colbac : « La demoiselle t’a demandé de la laisser tranquille alors tu vas dégager illico ! » Exactement ce que vous avez dit à Daniel ce soir. Mais le gars a sorti un cran d’arrêt. Il allait vous blesser. Vous l’avez désarmé en une seconde. Et le gars a filé sans demander son reste. Vous étiez si fort Martin, vous étiez mon chevalier blanc ! Et j’ai craqué pour vous. Sur le champ !
— Un coureur de dot, un de plus. J’en ai vu des quantités depuis que j’ai hérité. Vous, vous êtes arrivé, fripé, dépenaillé, fatigué. Vous aviez même un œil au beurre noir. Vous sembliez totalement épuisé. Mais quand le type m’a attrapée par les bras, vous vous êtes approché, vous l’avez attrapé par le colbac : « La demoiselle t’a demandé de la laisser tranquille alors tu vas dégager illico ! » Exactement ce que vous avez dit à Daniel ce soir. Mais le gars a sorti un cran d’arrêt. Il allait vous blesser. Vous l’avez désarmé en une seconde. Et le gars a filé sans demander son reste. Vous étiez si fort Martin, vous étiez mon chevalier blanc ! Et j’ai craqué pour vous. Sur le champ !
Les deux mains sur le cœur, elle avait quelque chose de désarmant à cet instant.
Chevalier blanc ? Lui ? Tu parles ! Certes, tous les jours, il se décarcassait pour aider les gens, il rendait service sans ménager sa peine, il prenait tous les risques selon les circonstances. Eh oui, il n’hésitait pas à porter secours, à accompagner. En général, il obtenait davantage de récriminations que de mercis et davantage de reproches que de compliments. Mais Serena, elle, appréciait la moindre chose qu’il faisait pour elle. À ses yeux, il était un héros. Elle le prenait pour l’homme qu’il n’était pas mais qu’il avait toujours rêvé d’être.
Martin recula encore d’un pas mais ne réussit pas à se défaire du contact de ses mains sur les siennes.
— Chevalier blanc, mes fesses ! Je suis flic, c’est mon boulot d’intervenir dans les conflits.
— Non, je vous connais Martin ! Chez vous, c’est inné : prendre la défense des plus faibles. Vous êtes le défenseur de la veuve et de l’orphelin. Et rappelez-vous, vous avez fait la une de l’Union quand vous, vous seul, avez enjambé une rambarde pour extirper un papy dont la voiture menaçait de tomber dans la rivière à tout moment. Vous faisiez juste votre boulot ? Vous auriez pu faire le grand plongeon cette fois-là ! Y laisser votre peau !
— Non, je vous connais Martin ! Chez vous, c’est inné : prendre la défense des plus faibles. Vous êtes le défenseur de la veuve et de l’orphelin. Et rappelez-vous, vous avez fait la une de l’Union quand vous, vous seul, avez enjambé une rambarde pour extirper un papy dont la voiture menaçait de tomber dans la rivière à tout moment. Vous faisiez juste votre boulot ? Vous auriez pu faire le grand plongeon cette fois-là ! Y laisser votre peau !
Cet épisode lui avait valu quelques titres dans les journaux. Et une citation. Bof.
— M’ouais, j’ai juste fait ce qu’il fallait faire. C’est pour cela que je suis devenu flic. Et je suis fier de l’être.
Le sourire de Serena s’épanouit.
— Les grands types forts et silencieux, c’est très sexy vous savez ?
— Non.
— Oh si ! Et maintenant, je sais que je vous plais Martin, dit-elle en lui passant une main dans les cheveux. Vraiment, vous me trouvez « épatante » ? Vous Martin, vous êtes mignon !
— Non.
— Oh si ! Et maintenant, je sais que je vous plais Martin, dit-elle en lui passant une main dans les cheveux. Vraiment, vous me trouvez « épatante » ? Vous Martin, vous êtes mignon !
Mignon ? Elle se foutait d’elle ? Et puis merde, alors comme ça, elle était riche. Qu’elle ait été call girl, ce n’était déjà pas facile à appréhender comme situation mais riche ? Vivre à ses crochets ? Parce que bon, elle n’était pas visiblement à la recherche d’un coup en passant. Elle était amoureuse. De lui ! Tout en elle proclamait son désir de quelque chose de sérieux.
— Martin, j’imagine les dilemmes qui devaient vous étreindre alors que vous me croyiez call girl ! Vous me plaisez depuis le premier jour et maintenant que je connais vos raisons, je n’en comprends que mieux votre réserve.
— Vous n’êtes pas insultée par ce que j’ai pensé de vous.
— Des tas de types m’ont couru après, pour mon argent. Ça Martin, ça, c’est insultant ! Comme en plus, je ne suis pas fondamentalement laide, ils voulaient faire d’une pierre deux coups en tentant de mettre le grappin sur moi. Mais vous Martin, vous, vous pensiez que je n’étais qu’une pute mais cela ne vous a jamais empêché d’être gentil, poli et en fait, respectueux. Alors que vous étiez amoureux de moi n’est-ce pas ?
— Vous n’êtes pas insultée par ce que j’ai pensé de vous.
— Des tas de types m’ont couru après, pour mon argent. Ça Martin, ça, c’est insultant ! Comme en plus, je ne suis pas fondamentalement laide, ils voulaient faire d’une pierre deux coups en tentant de mettre le grappin sur moi. Mais vous Martin, vous, vous pensiez que je n’étais qu’une pute mais cela ne vous a jamais empêché d’être gentil, poli et en fait, respectueux. Alors que vous étiez amoureux de moi n’est-ce pas ?
Amoureux ? Bien sûr ! Il serait bien trop tard pour tenter de le nier.
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