Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Rose Mc Addams — Chapitre unique · Rose Mc Addams
Auteure
Rose Mc Addams
Chapitre unique · Rose Mc Addams
La première chose que je sens, c'est le froid.
Il se glisse sous ma jupe, lèche l'intérieur de mes cuisses, frôle la dentelle de ma culotte et vient se lover au creux de mes reins comme une main qu'on n'a pas invitée. Un froid humide, presque gras. Celui des nuits d'octobre, quand la pluie a cessé mais que les trottoirs continuent de suinter comme une peau après l'amour.
Mes tétons durcissent sous le chemisier. Je remonte le col de mon manteau.
Dans la vitrine éteinte d'un magasin de chaussures, je vérifie mon maquillage. Le reflet est imparfait, déchiré par les phares. Un œil un peu trop noir, une bouche grenat, gonflée, faite pour qu'on la regarde et qu'on imagine ce qu'elle sait faire. Quelques boucles échappées de ma coiffure.
Dans la vitrine éteinte d'un magasin de chaussures, je vérifie mon maquillage. Le reflet est imparfait, déchiré par les phares. Un œil un peu trop noir, une bouche grenat, gonflée, faite pour qu'on la regarde et qu'on imagine ce qu'elle sait faire. Quelques boucles échappées de ma coiffure.
Ça ira.
Rose Mc Addams.
C'est le nom que je donne. Celui que je prononce quand un homme me demande comment je m'appelle, la queue déjà raide dans son pantalon avant même d'avoir entendu la réponse. Je ne donne pas mon vrai prénom. Je ne donne pas mon adresse. Je ne raconte pas ma vie. Il y a des portes qu'on ne laisse pas ouvertes sur le trottoir, même quand on y laisse entrevoir ses cuisses.
C'est le nom que je donne. Celui que je prononce quand un homme me demande comment je m'appelle, la queue déjà raide dans son pantalon avant même d'avoir entendu la réponse. Je ne donne pas mon vrai prénom. Je ne donne pas mon adresse. Je ne raconte pas ma vie. Il y a des portes qu'on ne laisse pas ouvertes sur le trottoir, même quand on y laisse entrevoir ses cuisses.
Je rejoins mon emplacement près de l'abribus.
La rue sent la pluie, le gasoil et les poubelles qu'on vient de sortir. Plus loin, une boulangerie laisse filtrer une odeur de pâte chaude, de beurre, de levure. Elle se mêle au parfum sucré d'une femme qui sort du restaurant d'en face. Elle marche vite, ses talons claquent sur les pavés, son cul serré dans une robe trop chère. Son compagnon lui tient la portière.
La rue sent la pluie, le gasoil et les poubelles qu'on vient de sortir. Plus loin, une boulangerie laisse filtrer une odeur de pâte chaude, de beurre, de levure. Elle se mêle au parfum sucré d'une femme qui sort du restaurant d'en face. Elle marche vite, ses talons claquent sur les pavés, son cul serré dans une robe trop chère. Son compagnon lui tient la portière.
Ils ne me voient pas.
Ou plutôt, ils font comme s'ils ne me voyaient pas. Lui m'a vue. Une demi-seconde, ses yeux sont descendus jusqu'à mes jambes. Puis il a regardé sa femme comme on regarde une facture.
Ou plutôt, ils font comme s'ils ne me voyaient pas. Lui m'a vue. Une demi-seconde, ses yeux sont descendus jusqu'à mes jambes. Puis il a regardé sa femme comme on regarde une facture.
Je m'adosse au poteau du réverbère. Le métal glacé mord mes omoplates à travers le manteau. Sa lumière blanche ne pardonne rien. Elle creuse les ombres sous mes yeux et donne à ma peau une pâleur de porcelaine bon marché. Je croise les jambes, lentement, pour que la jupe remonte de trois doigts. Je déplace mon sac sur mon épaule. Je regarde la circulation.
Une voiture ralentit.
Je ne regarde pas tout de suite le conducteur. D'abord les mains. Ensuite le visage. Enfin le siège passager, le rétroviseur, l'arrière de l'habitacle.
Une habitude. Celle qui garde en vie.
Je ne regarde pas tout de suite le conducteur. D'abord les mains. Ensuite le visage. Enfin le siège passager, le rétroviseur, l'arrière de l'habitacle.
Une habitude. Celle qui garde en vie.
Il baisse sa vitre.
— Bonsoir, jolie dame.
Je lui souris sans montrer les dents.
Il demande le prix. Je réponds. Il essaie de discuter, comme on marchande un melon au marché. Je refuse. Il repart avec une moue de gamin privé de dessert.
Premier connard de la soirée.
Je regarde sa voiture disparaître au carrefour.
Il demande le prix. Je réponds. Il essaie de discuter, comme on marchande un melon au marché. Je refuse. Il repart avec une moue de gamin privé de dessert.
Premier connard de la soirée.
Je regarde sa voiture disparaître au carrefour.
Puis j'attends.
L'attente est une drôle de chose. Elle n'est jamais vraiment vide. On écoute les moteurs, on surveille les silhouettes, on observe les fenêtres. On se demande si la prochaine voiture va ralentir. On vérifie son téléphone. On remet une mèche derrière son oreille. On change de jambe d'appui, et le poids du corps glisse d'une hanche à l'autre, et quelque part un homme derrière son pare-brise imagine ce que ça donnerait sur lui.
L'attente est une drôle de chose. Elle n'est jamais vraiment vide. On écoute les moteurs, on surveille les silhouettes, on observe les fenêtres. On se demande si la prochaine voiture va ralentir. On vérifie son téléphone. On remet une mèche derrière son oreille. On change de jambe d'appui, et le poids du corps glisse d'une hanche à l'autre, et quelque part un homme derrière son pare-brise imagine ce que ça donnerait sur lui.
Le temps avance sans qu'on le sente passer, puis il s'arrête brutalement.
À vingt-trois heures, les derniers clients des restaurants rejoignent leurs voitures. Les terrasses se vident. Un serveur empile les chaises dans un fracas métallique. Une bouteille roule sur le trottoir et éclate contre une bordure.
À vingt-trois heures, les derniers clients des restaurants rejoignent leurs voitures. Les terrasses se vident. Un serveur empile les chaises dans un fracas métallique. Une bouteille roule sur le trottoir et éclate contre une bordure.
Je sors mon téléphone.
Trois messages. Une publicité, une amie qui m'envoie la photo de son chat, un rappel de facture.
Je réponds à l'amie avec un cœur.
Le chat a l'air parfaitement heureux de ne rien foutre de sa journée. Je l'envie. Lui, personne ne lui demande combien pour la nuit.
Trois messages. Une publicité, une amie qui m'envoie la photo de son chat, un rappel de facture.
Je réponds à l'amie avec un cœur.
Le chat a l'air parfaitement heureux de ne rien foutre de sa journée. Je l'envie. Lui, personne ne lui demande combien pour la nuit.
Une berline grise ralentit. Le conducteur me regarde dans son rétroviseur avant de se ranger un peu plus loin. La quarantaine, peut-être. Manteau sombre, chaussures propres, cheveux coiffés avec soin. Le genre qui a une alliance dans la boîte à gants.
Il descend.
Je remarque qu'il regarde autour de lui avant de s'approcher. Ils font tous ça. Comme si la honte avait des yeux sur chaque balcon.
Je remarque qu'il regarde autour de lui avant de s'approcher. Ils font tous ça. Comme si la honte avait des yeux sur chaque balcon.
— Bonsoir. Vous vous appelez comment ?
— Rose.
— Rose ?
— Mc Addams.
— Rose.
— Rose ?
— Mc Addams.
Il sourit. Je ne lui explique rien.
Nous discutons. Il pose des questions, je réponds à celles qui ne me dérangent pas.
Il veut savoir ce que je fais, ce que je ne fais pas, combien, où. Je dis les choses comme elles sont : ma bouche, mes mains, ma chatte, toujours avec capote, jamais sans. Ce que je refuse, je le dis aussi, sans baisser la voix. Il essaie de négocier un détail. Je le reprends.
Il accepte.
Nous discutons. Il pose des questions, je réponds à celles qui ne me dérangent pas.
Il veut savoir ce que je fais, ce que je ne fais pas, combien, où. Je dis les choses comme elles sont : ma bouche, mes mains, ma chatte, toujours avec capote, jamais sans. Ce que je refuse, je le dis aussi, sans baisser la voix. Il essaie de négocier un détail. Je le reprends.
Il accepte.
Avant de monter, je vérifie encore une fois qu'on est d'accord. Je garde mon téléphone à portée de main. Il attend sans s'impatienter. Ça, je le note.
Dans la voiture, la chaleur me surprend. Elle s'enroule autour de mes jambes, remonte sous ma jupe, fait presque mal à mes doigts engourdis. L'habitacle sent le cuir, le tabac froid et un parfum boisé, cher. Une bouteille d'eau repose dans le vide-poche.
— Je peux ?
Il acquiesce.
L'eau est tiède. Je la bois quand même comme si je revenais d'un désert, la gorge offerte, et je sens son regard suivre chaque gorgée qui descend.
L'eau est tiède. Je la bois quand même comme si je revenais d'un désert, la gorge offerte, et je sens son regard suivre chaque gorgée qui descend.
La chambre est impersonnelle. Un lit trop grand, des murs beiges, un plafonnier blanc, une reproduction de paysage accrochée de travers. Une odeur de lessive industrielle et de moquette. Une fissure au plafond, comme une petite rivière noire.
Il retire son manteau.
Je pose mon sac sur la chaise, le téléphone sur le dessus, écran vers le haut.
Il s'approche, puis s'arrête.
Je pose mon sac sur la chaise, le téléphone sur le dessus, écran vers le haut.
Il s'approche, puis s'arrête.
— Je peux t'embrasser ?
Je le regarde. Il attend vraiment ma réponse. J'accepte.
Sa bouche est chaude, un peu sèche, elle a un goût de café et de menthe. Il embrasse lentement, comme un homme qui a lu quelque part qu'il fallait prendre son temps.
Sa main se pose sur ma taille, puis descend, épouse la courbe de ma hanche et prend ma fesse à pleine paume. Il la serre. Je sens contre mon ventre la bosse dure de sa queue, prisonnière du tissu.
— T'es pressé ? je souffle contre sa bouche.
— Non.
— Menteur.
— Non.
— Menteur.
Il rit. Ça le détend.
Je défais moi-même mon chemisier, bouton par bouton, sans le lâcher des yeux. Il me regarde faire comme on regarde un tour de magie. Le soutien-gorge tombe. Mes seins se dressent dans l'air frais de la chambre, les tétons encore durs du froid de la rue.
Il les prend dans ses mains, les soupèse, les pétrit, passe le pouce sur un téton puis le pince entre deux doigts. Je laisse échapper un souffle qui n'est pas tout à fait du théâtre.
— Avec la bouche, je dis.
Il se penche. Sa langue est chaude, trop mouillée, elle laisse un filet de salive qui refroidit aussitôt sur ma peau. Il suce, il lèche, il mordille, et je sens ce fil tendu entre mon téton et mon clitoris qui se met à vibrer malgré moi.
Une fois… Deux fois… Je n'aime pas ça. J'aime trop ça.
Je lui dis ce qui me convient. Il suit mes indications.
Je le pousse à s'asseoir au bord du lit. Je m'agenouille sur la moquette rêche qui me griffe les genoux, déboucle sa ceinture, baisse son pantalon et son caleçon d'un seul geste. Il bande fort, épais, une veine bleue en travers, une goutte claire qui perle au bout.
Je le pousse à s'asseoir au bord du lit. Je m'agenouille sur la moquette rêche qui me griffe les genoux, déboucle sa ceinture, baisse son pantalon et son caleçon d'un seul geste. Il bande fort, épais, une veine bleue en travers, une goutte claire qui perle au bout.
L'odeur de sa peau monte jusqu'à moi, savon de luxe par-dessus une journée de bureau, et en dessous, plus âcre, le sexe.
Je déchire l'emballage de la capote avec les dents. Le latex accroche sur le gland, je dois le redresser, le pincer, recommencer. Il retient son souffle comme si j'allais tout casser. Puis je le prends dans ma bouche.
Le goût du latex, chimique, un peu sucré. La chaleur qui irradie sous la gaine. Je descends lentement, je remonte, ça fait un bruit de bouche mouillé, obscène, qui résonne dans la chambre silencieuse.
La salive me coule sur le menton. Je ne l'essuie pas. Ses cuisses se tendent sous mes mains. Ses doigts s'emmêlent dans mes cheveux, sans tirer.
— Putain, Rose…
J'aime bien quand ils disent mon faux nom comme une prière. Ça me rappelle que c'est moi qui tiens la messe.
Je le suce plus profond, plus vite, une main serrée à la base, jusqu'à ce que ma gorge proteste. Il halète. Je sens sa queue durcir encore, prête à céder, et je m'arrête net.
Je le suce plus profond, plus vite, une main serrée à la base, jusqu'à ce que ma gorge proteste. Il halète. Je sens sa queue durcir encore, prête à céder, et je m'arrête net.
— Pas encore.
Il me regarde, les yeux noyés, presque vexé. Je souris, la bouche luisante.
Je me relève, fais glisser ma jupe sur mes hanches, puis ma culotte le long de mes cuisses. Le fond est humide. Ça m'agace. Il fixe mon sexe nu comme s'il n'en avait jamais vu. Peut-être qu'il n'en a pas vu un de près depuis longtemps.
Je me relève, fais glisser ma jupe sur mes hanches, puis ma culotte le long de mes cuisses. Le fond est humide. Ça m'agace. Il fixe mon sexe nu comme s'il n'en avait jamais vu. Peut-être qu'il n'en a pas vu un de près depuis longtemps.
Je le pousse sur le dos et je l'enjambe.
Je le prends en main, le guide, et je descends sur lui. Lentement. La gaine frotte, accroche un peu à l'entrée, puis cède. Je le sens m'ouvrir centimètre par centimètre, épais, chaud à travers le latex, jusqu'à ce que mes fesses touchent ses cuisses. Un souffle m'échappe. Il gémit, la bouche entrouverte.
Je le prends en main, le guide, et je descends sur lui. Lentement. La gaine frotte, accroche un peu à l'entrée, puis cède. Je le sens m'ouvrir centimètre par centimètre, épais, chaud à travers le latex, jusqu'à ce que mes fesses touchent ses cuisses. Un souffle m'échappe. Il gémit, la bouche entrouverte.
Je commence à bouger. Des cercles d'abord, le bassin qui roule, puis des allers-retours plus amples. Ses mains agrippent mes hanches, remontent sur mes seins, redescendent. Le sommier grince.
Une goutte de sueur glisse entre mes seins, roule sur mon ventre et refroidit d'un coup sous le souffle du chauffage. Une crampe me mord l'intérieur de la cuisse. Je serre les dents, je change d'appui, je continue.
— Plus fort, il souffle.
— C'est moi qui décide.
— C'est moi qui décide.
Je ralentis exprès. Il grogne. Je ris.
Puis je trouve l'angle. Ce point précis, quelque part dedans, où sa queue frotte juste. Je me penche en avant, les mains à plat sur sa poitrine moite, et je me frotte contre lui, le clitoris écrasé contre son pubis, ses poils qui râpent.
Le fil se tend de nouveau, du téton au ventre, du ventre au sexe. Il vibre. Il chauffe. Je serre les dents. Ce n'était pas au programme.
Il le sent. Il ne dit rien. Ses doigts s'enfoncent dans ma taille.
Il le sent. Il ne dit rien. Ses doigts s'enfoncent dans ma taille.
Mon ventre se contracte. Mes cuisses tremblent, la crampe revient, se mélange au reste. Je jouis en silence, la bouche fermée si fort que je me mords l'intérieur de la joue, le front presque contre le sien.
Une vague courte, sourde, qui me secoue de l'intérieur et me laisse un goût de sang. Je ne la lui offre pas. Je la garde pour moi. Mais mon corps me trahit, mon sexe se resserre sur lui par saccades, une, deux, trois, quatre, il les compte malgré lui, et il ouvre de grands yeux.
— Tu…
— Tais-toi.
— Tais-toi.
Je descends de lui, encore tremblante. Le latex sort de moi avec un petit bruit humide. Je me mets à quatre pattes au milieu du lit, les draps rêches sous mes genoux et sous mes paumes, les reins cambrés.
— Viens.
Il se place derrière moi. Ses mains sur mes fesses, qui les écartent. Il entre d'un coup cette fois, et je lâche un cri bref. Il me prend fort, le bassin qui claque contre mon cul, le bruit mouillé de la peau contre la peau, sa respiration rauque au-dessus de moi. Une main appuie sur le bas de mon dos, l'autre s'accroche à ma hanche. Sa sueur me goutte sur les reins.
— Comme ça ?
— Oui. Continue.
— Oui. Continue.
Je regarde la fissure au plafond, puis le mur, puis plus rien. Le lit tape contre la cloison. Quelque part, un voisin doit nous haïr.
Mes cheveux me collent à la nuque, les draps me râpent les genoux, mon sexe encore à vif proteste à chaque coup et en redemande quand même.
Ses coups deviennent irréguliers. Il se penche sur moi, le torse collé à mon dos trempé.
Mes cheveux me collent à la nuque, les draps me râpent les genoux, mon sexe encore à vif proteste à chaque coup et en redemande quand même.
Ses coups deviennent irréguliers. Il se penche sur moi, le torse collé à mon dos trempé.
— Je vais…
— Vas-y.
— Vas-y.
Il jouit avec un râle étouffé, le front contre mon omoplate, les doigts qui tremblent sur ma peau. Je le sens palpiter en moi, longtemps. Puis il s'effondre à moitié sur le côté, essoufflé comme un coureur.
Il ne reste plus que nos deux respirations, le ronronnement du chauffage et l'odeur. Sueur, latex, sexe, lessive.
Il ne reste plus que nos deux respirations, le ronronnement du chauffage et l'odeur. Sueur, latex, sexe, lessive.
Quand tout est terminé, il me demande si ça va.
Je réponds oui.
Je réponds oui.
Il me tend une serviette et me laisse le temps de me rhabiller. Je m'essuie l'entrejambe, encore gonflé, sensible au moindre frottement. Je remets ma culotte humide, reboutonne le chemisier.
Il semble vouloir me demander quelque chose, si moi aussi, tout à l'heure… Puis il renonce. Je récupère mon sac, vérifie mes affaires, compte les billets sans le regarder et referme la porte derrière moi.
L'air froid me gifle le visage.
Je respire à fond.
Je respire à fond.
Entre mes cuisses, une chaleur sourde, irritée. L'odeur de sa peau encore dans mon cou. Le goût du latex au fond de la gorge, et ce petit goût de sang sur la joue.
La rue a changé. Les restaurants sont fermés, les vitrines éteintes. Quelques enseignes brillent encore dans le brouillard léger qui monte de l'asphalte. Un taxi passe à vide. Ses pneus chuintent sur la chaussée mouillée.
La rue a changé. Les restaurants sont fermés, les vitrines éteintes. Quelques enseignes brillent encore dans le brouillard léger qui monte de l'asphalte. Un taxi passe à vide. Ses pneus chuintent sur la chaussée mouillée.
Il est presque deux heures.
Je reprends ma place.
Je reprends ma place.
Mes pieds commencent à gueuler. Une douleur sourde sous les orteils, puis une autre aux chevilles, là où la bride des talons scie la peau. Je déplace mon poids d'une jambe à l'autre. Mon manteau ne suffit plus à retenir le froid qui me remonte jusqu'au sexe.
Un homme sort d'un bar. Il rit avec deux potes, titube et cherche ses clés. Je détourne les yeux. Je n'ai aucune envie de devenir le dessert de leur soirée.
Une voiture ralentit.
Le conducteur ne descend pas. Il me fait signe d'approcher, deux doigts, comme on siffle un chien. Je reste où je suis.
Une voiture ralentit.
Le conducteur ne descend pas. Il me fait signe d'approcher, deux doigts, comme on siffle un chien. Je reste où je suis.
— Allez, viens !
Je secoue la tête.
Il insiste. Je lui dis que ça ne m'intéresse pas. Il baisse encore sa vitre et lance une saloperie sur ma bouche et ce qu'il voudrait y mettre. Ses potes ricanent.
Je sens ma mâchoire se contracter.
Il insiste. Je lui dis que ça ne m'intéresse pas. Il baisse encore sa vitre et lance une saloperie sur ma bouche et ce qu'il voudrait y mettre. Ses potes ricanent.
Je sens ma mâchoire se contracter.
— Bonne soirée, messieurs.
Je tourne la tête.
Il ouvre sa portière.
Mon corps réagit avant ma pensée. Les épaules se tendent. Mes doigts se referment sur la bandoulière de mon sac. Je recule d'un pas, sans lui tourner le dos. Je cherche du regard l'entrée éclairée du café encore ouvert à l'angle.
Il ouvre sa portière.
Mon corps réagit avant ma pensée. Les épaules se tendent. Mes doigts se referment sur la bandoulière de mon sac. Je recule d'un pas, sans lui tourner le dos. Je cherche du regard l'entrée éclairée du café encore ouvert à l'angle.
Il me traite de salope.
Je ne réponds pas.
Il hésite, regarde autour de lui, puis remonte dans sa voiture. Les pneus crissent au démarrage.
Je ne réponds pas.
Il hésite, regarde autour de lui, puis remonte dans sa voiture. Les pneus crissent au démarrage.
Je reste immobile.
Mon cœur cogne contre mes côtes. J'ai la bouche sèche. Le sang me bat jusque dans les tempes, jusque dans le ventre. Une sueur froide me coule entre les omoplates. Je déteste cette décharge brutale qui me laisse ensuite les jambes en coton et l'envie de vomir.
Mon cœur cogne contre mes côtes. J'ai la bouche sèche. Le sang me bat jusque dans les tempes, jusque dans le ventre. Une sueur froide me coule entre les omoplates. Je déteste cette décharge brutale qui me laisse ensuite les jambes en coton et l'envie de vomir.
Je respire.
Une fois… Deux fois…
Je regarde le feu passer au rouge, puis au vert. La circulation reprend. Un homme traverse avec un sac de courses. Le monde n'a pas changé.
Moi, j'ai juste besoin d'une minute.
Une fois… Deux fois…
Je regarde le feu passer au rouge, puis au vert. La circulation reprend. Un homme traverse avec un sac de courses. Le monde n'a pas changé.
Moi, j'ai juste besoin d'une minute.
Je m'assieds dans l'abribus. Le métal glacé me traverse la jupe et me colle aux fesses. Je remonte les jambes, serre les cuisses, frotte mes mains. Sur la vitre, mon reflet se superpose aux lumières de la rue. Je distingue mon visage, puis celui d'une silhouette qui passe derrière moi.
Je ferme les yeux.
Derrière mes paupières, ce n'est pas la cuisine qui vient d'abord.
C'est l'autre. Celui de l'été dernier.
Derrière mes paupières, ce n'est pas la cuisine qui vient d'abord.
C'est l'autre. Celui de l'été dernier.
Un type jeune, grand, les avant-bras blancs de plâtre, une camionnette de chantier garée sous un pont. Il avait demandé vite et sans détour, payé d'avance, et il m'avait regardée comme un chien regarde une gamelle.
On l'avait fait à l'arrière, sur une bâche qui puait la poussière, le ciment et le gasoil. Il faisait trente degrés. La tôle me brûlait les paumes, les seins quand il m'a plaquée contre la porte. Il sentait la sueur de toute une journée, une odeur forte, animale, que j'aurais dû détester.
On l'avait fait à l'arrière, sur une bâche qui puait la poussière, le ciment et le gasoil. Il faisait trente degrés. La tôle me brûlait les paumes, les seins quand il m'a plaquée contre la porte. Il sentait la sueur de toute une journée, une odeur forte, animale, que j'aurais dû détester.
Il m'avait prise debout, ma jupe roulée sur les reins, ma culotte arrachée sur le côté, ses mains pleines de plâtre qui laissaient des traces blanches sur mes hanches. Il m'avait prise si fort que la camionnette tanguait sur ses amortisseurs.
Des gamins passaient à vélo, à dix mètres. Il m'avait mis sa main sur la bouche. Elle avait le goût du sel et de la chaux. Je lui avais mordu les doigts jusqu'au sang. Il avait joui en riant dans mon cou, un rire rauque, et j'avais joui aussi, sans le vouloir, cuisses ouvertes contre la tôle brûlante, la sueur qui me coulait dans les yeux.
Ça avait duré huit minutes, peut-être moins. Brutal, sale, en nage. J'avais retrouvé de la poussière de plâtre dans mes poils le lendemain.
Il n'est jamais revenu.
Je n'ai jamais su son prénom, et il n'a jamais connu le mien. Il a eu Rose, la sueur, la tôle chaude et mes dents dans sa main.
Il n'est jamais revenu.
Je n'ai jamais su son prénom, et il n'a jamais connu le mien. Il a eu Rose, la sueur, la tôle chaude et mes dents dans sa main.
Sous ma jupe, sur le banc glacé de l'abribus, quelque chose se réveille à ce souvenir. Mon sexe encore irrité se contracte une fois, tout seul. Je serre les cuisses plus fort. L'été remonte jusque dans mon ventre et il n'a rien à faire là.
Je rouvre les yeux. Le froid revient d'un coup.
Je ferme les yeux à nouveau.
Je pense à ma cuisine. À la tasse ébréchée près de l'évier.
À la plante que j'oublie d'arroser. Au pull rouge posé sur le dossier de ma chaise.
Au livre commencé il y a trois semaines et dont je n'ai pas lu dix pages.
Je ferme les yeux à nouveau.
Je pense à ma cuisine. À la tasse ébréchée près de l'évier.
À la plante que j'oublie d'arroser. Au pull rouge posé sur le dossier de ma chaise.
Au livre commencé il y a trois semaines et dont je n'ai pas lu dix pages.
Vers quatre heures, la ville devient étrange. Elle n'est plus vraiment nocturne, pas encore matinale. Les rues appartiennent à ceux qui bossent tôt, à ceux qui rentrent tard, à ceux qui n'ont pas trouvé le sommeil.
Une camionnette de livraison se gare devant la boulangerie. Le rideau métallique remonte dans un grondement qui fend le silence.
Une odeur de croissants chauds arrive jusqu'à moi. Le beurre, le sucre, la pâte dorée. Mon ventre se tord.
Une odeur de croissants chauds arrive jusqu'à moi. Le beurre, le sucre, la pâte dorée. Mon ventre se tord.
Je pourrais pleurer pour un croissant.
Ça me fait rire toute seule.
Le boulanger sort avec une caisse. Il me voit, hésite, puis me fait un petit signe de tête. Je lui réponds. Il ne me demande pas comment je vais. Je ne lui demande pas pourquoi il travaille si tôt.
Ça me fait rire toute seule.
Le boulanger sort avec une caisse. Il me voit, hésite, puis me fait un petit signe de tête. Je lui réponds. Il ne me demande pas comment je vais. Je ne lui demande pas pourquoi il travaille si tôt.
Nous avons chacun notre nuit.
Je regarde mes chaussures. Une éraflure sur le côté gauche. Je passe le doigt dessus, comme si je pouvais l'effacer.
Je regarde mes chaussures. Une éraflure sur le côté gauche. Je passe le doigt dessus, comme si je pouvais l'effacer.
À cinq heures, je décide de rentrer.
Je marche lentement. Mes pieds sont en sang dans mes talons, mes épaules pèsent une tonne, mes cuisses frottent l'une contre l'autre, irritées.
Je marche lentement. Mes pieds sont en sang dans mes talons, mes épaules pèsent une tonne, mes cuisses frottent l'une contre l'autre, irritées.
Le vent soulève le bas de mon manteau. Les premières voitures traversent les carrefours. Une femme court vers son tram, un sac de sport sur l'épaule. Un homme promène un chien qui renifle chaque poteau avec une concentration admirable.
Je passe devant la vitrine où je me suis regardée en arrivant.
Je m'arrête.
Je m'arrête.
Le rouge à lèvres a disparu au centre de ma bouche, mangé par les baisers et le reste. Il ne tient plus que sur les bords, comme une trace de crime. Mes cheveux sont défaits. Mes yeux ont cette fatigue particulière qui ne se maquille pas.
Rose Mc Addams.
Une femme qui a froid, qui a mal aux pieds, qui sent encore l'homme et le latex, et qui voudrait dormir.
Dans mon appartement, j'arrache mes chaussures près de la porte. Mes orteils gémissent de soulagement sur le carrelage froid. Je pose mon sac sur la table, enlève mon manteau et reste quelques secondes immobile.
La douche est chaude. Trop chaude d'abord. L'eau frappe mes épaules, coule entre mes seins, le long de mon ventre, entre mes cuisses. Je savonne tout. Le cou, les hanches marquées par ses doigts, mon sexe encore à vif qui pique sous le savon.
L'eau emporte la pluie, la poussière, l'odeur de la rue et celle des autres. Mes muscles se relâchent un à un.
Je me démaquille avec un coton. Le rouge disparaît, puis le noir autour de mes yeux. Mon visage revient, sans décor.
Je me démaquille avec un coton. Le rouge disparaît, puis le noir autour de mes yeux. Mon visage revient, sans décor.
Je me prépare un thé.
Je m'assieds dans la cuisine, les cheveux mouillés, un vieux tee-shirt, rien en dessous, les fesses nues sur la chaise froide. Dehors, le ciel devient gris clair.
Je regarde mes mains autour de la tasse.
Elles sont à moi.
Je m'assieds dans la cuisine, les cheveux mouillés, un vieux tee-shirt, rien en dessous, les fesses nues sur la chaise froide. Dehors, le ciel devient gris clair.
Je regarde mes mains autour de la tasse.
Elles sont à moi.
Dans quelques heures, je dormirai. Peut-être que je lirai un peu avant.
Peut-être que je laisserai le téléphone sonner.
Peut-être que je passerai voir mon amie et son chat.
Et ce soir, si je ressors, je serai encore Rose.
Pas parce que c'est toute ma vie.
Parce que c'est le nom que je donne à la nuit.
Le reste m'appartient.
Peut-être que je laisserai le téléphone sonner.
Peut-être que je passerai voir mon amie et son chat.
Et ce soir, si je ressors, je serai encore Rose.
Pas parce que c'est toute ma vie.
Parce que c'est le nom que je donne à la nuit.
Le reste m'appartient.
Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteure en un geste.
J'aime
ou laissez un mot
Restez informé des nouvelles histoires
Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail
Explorez les catégories
Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir
Ce chapitre vous a plu ?
Vous venez de le lire en entier. Prenez un instant pour encourager l'auteure : un petit geste qui fait toujours plaisir et donne envie d'écrire la suite.
Laissez une réaction
Commentaires ()
Des mots vrais, parfois crus, qui nous livrent cette vie dure et solitaire.
Le sexe est présent, très présent… tu fais même de la place au plaisir, au respect aussi… un peu...
En un mot : tu transportes le lecteur dans un voyage au cœur de la nuit… Un voyage aussi intriguant qu'excitant.
Du grand art 😌 !
Un texte qui mérite d'être proposé dans notre maison 😘.
Bravo, Klara !
Tu as bien vu, le respect n'y est qu'un peu, et c'était voulu. Rose l'arrache à coups de règles, de refus et de regards qui pèsent chaque mains avant chaque visage. Rien ne lui est donné. Le plaisir non plus d'ailleurs, il la prend par surprise, et elle le garde pour elle comme une petite victoire volée à la nuit.
Quant à ta proposition, elle me touche profondément. Si notre maison veut bien ouvrir sa porte à une femme qui rentre à cinq heures du matin, les talons à la main, alors Rose y entrera avec plaisir. Pour une fois, ce sera sous son vrai visage. 😘
Docufiction où la fiction semble se retirer au loin tandis qu’on avance dans le texte. Jusqu’au souvenir, tout aussi incarné, marqué dans la peau.
Je retiens cette phrase :
Sueur, latex, sexe, lessive.
Pas de verbe, pas d’explication… Un constat.
Réaliste sans chercher à être exhaustif. Parce que Rose choisi et se méfie, parce qu’elle est lucide de bout en bout. Parce que sa vie tire de chaque côté de la même corde.
Faut lire, ressentir, coller son regard dans l’œilleton de ta caméra.
Parce que c’est superbement réalisé.
Cette membrane qui se tend d'un côté puis de l'autre sans jamais rompre, je n'aurais pas trouvé meilleure image pour Rose. Elle tient parce qu'elle est lucide. Elle se méfie, elle choisit, elle compte les billets sans regarder et garde son vrai prénom au chaud. Sa vie tire des deux côtés de la même corde, et la corde tient. Pour l'instant.
Les phrases courtes, c'était une évidence. On ne pense pas en longues périodes quand on a froid aux cuisses et un inconnu au volant. On note, on vérifie, on enregistre. Sueur, latex, sexe, lessive. Pas de verbe parce qu'il n'y a plus rien à faire, seulement à constater ce qui reste dans la chambre quand tout est fini.
Tu as raison aussi sur la fiction qui recule. Plus on avance dans la nuit, moins Rose joue un rôle, et plus elle est simplement une femme qui a mal aux pieds.
Merci d'avoir collé ton œil à l'œilleton sans détourner le regard. Peu de lecteurs acceptent de rester jusqu'au générique.
Un hommage rendu à ces femmes de la nuit et de la rue.
Merci pour cette histoire émouvante.
Sans fard, c'est drôle, pour une femme qui en met autant chaque soir avant de prendre son poste. Mais c'était bien l'idée : maquiller Rose, jamais la réalité.
Je dois t'avouer une chose : ce monde, je ne le connais que par les livres, les témoignages et les récits que j'ai dévorés au fil des années. Je n'ai jamais attendu sous un réverbère. Et pourtant il exerce sur moi une étrange fascination, faite de respect, de vertige et de questions sans réponse. Rose est née de cette curiosité là.
Tu as raison de parler d'hommage. On passe tous un jour devant ces silhouettes, et la plupart d'entre nous détournent les yeux. Je voulais seulement qu'une fois, le temps d'une nuit, on les regarde vraiment. Ton commentaire me dit que c'est réussi.
Un simple merci, effectivement vous avez réussi.
Premier degré et moralisateur, certainement pas si vous avez lu mes histoires.
Nous sommes sur un site d'histoires, pas de rancarts.
Sans rancune
Au cœur de cette femme, c'est exactement là que je voulais vous emmener, plus loin que sa jupe et ses talons, là où elle garde ce qu'elle ne vend pas. Savoir que tu y es entré et que tu en es ressorti ému me touche plus que je ne saurais le dire.
Rose ne remerciera personne, elle est bien trop pudique pour ça. Alors je le fais pour elle.
Stephanne, tu as mis le doigt exactement là où ça fait mal, et là où ça tient debout. 🖤
Elle se vend mais ne se donne pas. Je crois que tu viens de résumer Rose mieux que moi. Ce faux nom n'est pas une fuite, c'est une armure. Rose prend les coups, le froid, les regards et les saloperies lancées par une vitre baissée, pour que la femme qui rentre chez elle au petit matin garde ses mains, sa tasse ébréchée et son livre jamais fini. La frontière entre le sexe et le travail existe, mais elle n'est pas étanche. Le plaisir passe parfois en contrebande, et c'est justement ce qui la trouble.
Triste et optimiste, oui. Je voulais qu'on referme le texte avec le froid sur la peau, mais avec un thé chaud entre les mains.
Quant au reste, garde le précieusement. Ma messagerie t'est ouverte, et j'ai hâte de lire ce que tu n'as pas osé écrire ici. 😏
Sans voix ? Venant d'un lecteur d'XStory, c'est le plus beau des compliments. D'habitude, on me laisse plutôt sans souffle. 😏
Merci du fond du cœur. Rose m'a demandé beaucoup : du froid, des pieds en sang, un peu de sang dans la bouche et cette pudeur qu'on ne retire jamais, même nue. Savoir qu'elle t'a coupé la parole me dit qu'elle a trouvé sa place sous ton réverbère.
Reprends ton souffle tranquillement. Elle, elle t'attend toujours près de l'abribus. 🖤