Entre deux routes
Chapitre 1 · Le ferry
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Couverture de Entre deux routes, par Hairwan
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Entre deux routes — Chapitre 1 · Le ferry

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Hairwan
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Entre deux routes

Chapitre 1 · Le ferry

Le coffre était plein à craquer.
J'avais pourtant eu l'impression de faire un effort considérable pour limiter mes affaires. Un sac de voyage, une trousse de toilette, quelques vêtements supplémentaires et un sac à dos pour les affaires de randonnée. Rien d'excessif, pensais-je. Visiblement, Aurélien n'était pas du même avis.
— Tu comptes vraiment prendre tout ça ?
Il désignait mon sac à dos, posé en travers des deux autres sacs.
— Oui.
— On part quinze jours, pas six mois.
— Tu sais, il y a des gens qui aiment avoir le choix de leurs vêtements.
— Et d'autres qui savent faire une lessive.
Je levai les yeux au ciel avant de lui tendre mon sac. Il le récupéra avec un sourire satisfait et le plaça tant bien que mal dans le coffre.
Je m'appelle Nicolas. Vingt-six ans, un mètre soixante-dix-sept, une silhouette que je qualifierais de fine avec une pointe de sport, assez pour ne pas être ridicule en t-shirt, pas assez pour frimer sur une plage. Des cheveux châtains foncés, courts, avec cette ondulation paresseuse qui fait ce qu'elle veut selon l'humidité. Des yeux noisette qui, paraît-il, changent de teinte selon la lumière. Un visage fin, des traits doux, une barbe de plusieurs jours, correctement entretenue mais suffisante pour marquer la mâchoire, pas seulement une ombre timide. Je ne suis pas du genre à occuper une pièce en entrant. C'est plutôt en souriant, une fois installé dans une conversation, que les gens me trouvent… acceptable. Certains ont dit « charmant ». Je leur laisse ce mot.
Aurélien, lui, n'a pas besoin de sourire pour se faire remarquer. Vingt-huit ans, un mètre quatre-vingt-quatre, des épaules qui remplissent une chemise sans forcer, une carrure qui vient du sport entretenu sans obsession. Cheveux châtain clair toujours impeccablement négligés, plus sombre que les miens, yeux gris-bleu qui attrapent la lumière, mâchoire dessinée, barbe courte soigneusement taillée. Il sait exactement ce qu'il dégage, et il s'en amuse.
Aurélien avait déjà repris le volant. C'était sa voiture, une compacte gris foncé qu'il entretenait avec beaucoup plus de sérieux que je ne l'aurais cru. Il avait même passé une bonne partie du week-end précédent à la nettoyer.
Il fallait reconnaître qu'elle était impeccable.
Nous étions arrivés au port de Cherbourg un peu avant l'heure prévue. Le ferry qui devait nous emmener en Irlande était déjà visible derrière les bâtiments du terminal. Une énorme silhouette blanche et bleue qui se détachait dans le ciel gris de novembre.
Enfin, nous y étions.
Cela faisait presque un an que nous parlions de ce voyage. Depuis notre dernière année d'études ensemble, nous avions gardé cette habitude de nous voir, de traîner, de repousser l'heure du coucher chaque fois que la discussion devenait trop bonne. Le road-trip était né d'une plaisanterie, puis des itinéraires, des campings, des traversées. Et maintenant, nous étions là.
— Bon, monsieur le copilote, tu vérifies les papiers ?
Je sortis mon téléphone.
— Billets, passeports, réservation de la cabine… Tout est bon.
— Magnifique. Tu vois quand tu veux.
— Je peux encore te laisser conduire tout seul jusqu'en Irlande.
Il rit et passa la première.
Quelques minutes plus tard, nous rejoignions la file des véhicules attendant l'embarquement. Un membre de l'équipage circulait entre les voitures pour orienter les conducteurs. Un homme plutôt grand, à la démarche souple et sûre. L'uniforme sombre épousait des épaules larges, marquait une taille qu'on ne s'attend pas à trouver sous un gilet de travail. Quand il se pencha vers notre pare-brise, j'aperçus des traits marqués, une présence physique évidente, et quelque chose dans son attitude qui trahissait une confiance tranquille.
— Good evening, gentlemen. Road-trip in Ireland? nous demanda-t-il.
— C'est l'idée, répondit Aurélien en anglais avec un sourire.
L'homme sourit à son tour, et ce sourire fit quelque chose dans ma poitrine que je choisis d'ignorer immédiatement.
— Bon choix. Long voyage ?
— Deux semaines, répondis-je.
Son regard resta sur moi une demi-seconde de plus que ne l'exigeait la politesse. Une demi-seconde, c'est à la fois rien et beaucoup.
Il nous indiqua la file à suivre et nous souhaita une bonne traversée. Je remarquai qu'Aurélien le suivait du regard quelques secondes après son départ.
— Quoi ? demandai-je.
— Rien.
— Tu regardais quoi ?
— La signalisation, Nicolas. Je vérifiais la signalisation.
— Bien sûr.
Il se mit à rire.
Nous montâmes finalement à bord et trouvâmes notre emplacement dans le garage du ferry. Une fois la voiture verrouillée, nous récupérâmes nos sacs et rejoignîmes notre cabine. Elle était petite, mais propre et suffisamment confortable pour une nuit.
— Bon, ça aurait pu être pire, commenta Aurélien en posant son sac.
— Tu t'attendais à quoi ?
— Un jacuzzi, une vue sur mer et un majordome.
— Tu es pas là pour ça ?
— J'avais confiance en toi pour négocier une meilleure catégorie.
Je lui lançai un coussin. Il l'attrapa au vol sans effort, avec ce sourire dont il se servait comme d'un outil. Une pensée fugace me traversa : la cabine était petite, les couchettes étaient proches, et l'idée de dormir à trente centimètres de ce corps pendant que la mer berçait le bateau ne me laissait pas totalement indifférent. Je rangeai la pensée dans la catégorie des choses qu'on ne dit pas.
Après avoir déposé nos affaires, nous décidâmes de monter sur le pont pour profiter du départ.
Le vent était assez frais. Quelques passagers s'étaient regroupés près des rambardes pour observer le port. Nous restâmes là quelques minutes, sans vraiment parler. J'aimais bien ces moments où nous n'avions pas besoin de meubler le silence.
Le ferry commença à quitter le quai.
Aurélien posa ses avant-bras sur la rambarde. Le vent soulevait sa chemise ouverte contre son torse, dessinait brièvement ce que le tissu cachait d'ordinaire.
— Ça y est.
— Ça y est.
— Quinze jours sans boulot, sans réunions et sans réveil à sept heures.
— Tu oublies les kilomètres de route.
— Ça, c'est du plaisir.
Il tourna la tête vers moi. Ses yeux gris captèrent la lumière du terminal.
— Et les pubs.
— Et les pubs.
— Et les rencontres.
Je lui lançai un regard amusé.
— Ah, on y vient.
— Quoi ?
— Rien. Je me disais aussi.
Il sourit sans répondre. Ce sourire en disait long, mais je ne savais pas encore quoi.
Nous redescendîmes un peu plus tard pour rejoindre le bar du bateau.
C'est là que nous retrouvâmes l'homme de l'embarquement. Il n'était plus occupé à guider les véhicules et avait enlevé le gilet orange fluo qu'il portait à l'accueil. En dessous, il portait un polo sombre qui épousait parfaitement sa silhouette sportive, dessinant ses pectoraux et ses bras musclés.
Il nous reconnut immédiatement.
— Hey, welcome on board guys !
Aurélien leva son verre imaginaire.
— Comment est la cabine ? demanda l'homme.
— Particulièrement luxueuse, répondit Aurélien avec un sérieux parfaitement exagéré.
L'homme éclata de rire. Un rire franc, profond, qui venait du ventre et qui donnait envie d'en provoquer d'autres.
Il s'appelait Sean. Il avait trente et un ans et travaillait sur les traversées entre la France et l'Irlande depuis plusieurs années. Irlandais pur souche, les cheveux auburn coupés courts, rasé de près, et ce teint clair typique de la côte ouest qui contraste avec ses yeux marron foncé. Grand, avec des yeux sombres qui souriaient autant que sa bouche, et une façon de tenir son corps qui suggérait qu'il était très à l'aise dedans. Sans le gilet fluo, il était encore plus à croquer.
Il engagea naturellement la conversation. D'abord sur notre destination, puis sur notre itinéraire.
— Vous allez vers l'ouest ?
— C'est le plan, répondis-je. Kerry, Galway, Connemara, et peut-être Achill Island.
— Excellent. Ne passez pas tout votre temps à conduire. Arrêtez-vous dans les petits villages. C'est là que vous trouverez les bons pubs.
Aurélien lui demanda s'il connaissait quelques bonnes adresses. Sean prit le temps de nous conseiller plusieurs endroits, en particulier un pub à Galway qu'il appréciait beaucoup.
La conversation s'installa facilement. Sean parlait avec les mains, ponctuait ses phrases de petites plaisanteries, et chaque fois qu'il riait, il nous touchait, l'avant-bras d'Aurélien, mon épaule, de cette tactile spontanée des gens qui vivent avec les étrangers toute l'année. Chaque contact durait plus longtemps que le précédent. Et j'attendais le suivant avec impatience.
— Donc vous voyagez souvent ensemble ?
— Pas assez souvent, répondit Aurélien.
— Juste des amis ?
Aurélien tourna légèrement la tête vers moi.
— Pour l'instant, répondit-il avec un sourire.
Je faillis m'étouffer avec ma bière.
Sean rit.
— C'est une réponse curieuse.
— Il faut toujours qu'il fasse son intéressant, précisai-je.
— Et toi ? demanda Sean en me regardant, les yeux plissés d'amusement. Tu es toujours le plus sérieux ?
— Quelqu'un doit l'être.
— Hmm, fit-il en avalant son café d'un mouvement lent, sans jamais me lâcher des yeux. J'aime bien les sérieux. Ils savent mieux surprendre.
Sur ce point précis, il ne se trompait pas complètement.
La conversation dura encore une bonne demi-heure. Sean devait régulièrement s'interrompre pour s'occuper d'autres passagers, mais revenait chaque fois vers nous, et chaque retour se termina un peu plus près de nous que le précédent.
À un moment, Aurélien se leva pour aller chercher autre chose à boire.
Sean en profita pour se rapprocher légèrement. Son genou frôla le mien sous la table, et je ne fus pas certain que ce fût un accident. Je ne fus pas certain non plus d'y voir un inconvénient.
— Ton ami est assez charmant.
Je rougis un peu.
— Je sais. Il ne manque jamais une occasion de nous le rappeler.
Sean rit doucement, puis baissa un peu le volume de sa voix, comme si nous entrions dans un autre registre.
— Et toi ? Tu es célibataire ?
Je le regardai quelques secondes. De près, il y avait dans ses yeux quelque chose de patient, d'à la fois tranquille et affamé, qui me réchauffa plus que la bière.
— Oui.
— Bon à savoir.
Il ne chercha pas à masquer son sourire. Sa main se posa sur mon avant-bras et y resta, cette fois franchement, la chaleur de sa paume pénétrant ma manche comme une question.
Lorsque Aurélien revint, il nous trouva en pleine conversation, la main de Sean toujours posée sur moi.
— Je dérange ?
— Absolument pas, répondis-je, sans retirer mon bras, ce qui dit à peu près tout.
Il posa les verres et une assiette sur la table et s'installa, avec dans les yeux une lueur d'amusement difficile à classer.
Sean se releva pour reprendre son service un peu plus tard, mais avant de partir, il me lança :
— Je serai encore dans le coin plus tard. Si tu veux reparler, demande juste après moi.
Sa main glissa le long de mon bras avant de se retirer, une dernière façon de souligner chaque mot.
Lorsqu'il fut suffisamment loin, Aurélien se pencha vers moi.
— Alors ?
— Alors quoi ?
— Il te draguait.
Je bus une gorgée.
— C'est vrai qu'il est sympa.
— Nicolas.
— Quoi ?
— Il te drague. Et visiblement, ça marche.
Aurélien haussa les épaules avec un sourire. Je le regardai avec un sourire. Il me fixa une seconde avant de rire.
— Peut-être, oui.
Je n'insistai pas. Mais je venais de découvrir quelque chose que je n'avais jamais vraiment remarqué chez lui, et l'idée de cette découverte me suivit jusque dans la nuit.
Plus tard dans la soirée, nous remontâmes quelques minutes sur le pont. La nuit était tombée. La mer était relativement calme et les lumières du bateau se reflétaient sur l'eau noire. L'air était froid, saturé de sel, et il dessinait sur mes lèvres une impression d'appétit.
Aurélien s'accouda à la rambarde.
— Je crois que je vais encore prendre un verre.
— Tu n'en as pas déjà pris trois ?
— Trois petits.
— Bien sûr.
Il regarda son téléphone.
— Tu fais quoi, toi ?
— Je pense que je vais essayer de retrouver Sean.
Il releva les yeux. Son sourire était léger, mais je crus y déceler une pointe d'amusement et quelque chose d'autre, plus sincère, qui ressemblait à de l'encouragement.
— Tu veux que je t'attende ? lui ai-je quand même demandé.
— Non, profite. Je vais me débrouiller.
— Tu es sûr ?
— Nicolas, va donc retrouver cet Irlandais canon.
Je ris.
Nous redescendîmes ensemble jusqu'au niveau des cabines. Avant de nous séparer, Aurélien me donna une petite tape sur l'épaule.
— Amuse-toi bien.
— Toi aussi.
Je retrouvai Sean un peu plus tard, au fond d'un salon calme où la lumière tombait en nappe orangée. Il avait terminé son service. Il me vit arriver et son visage s'illumina de cette manière franche qui commence à manquer, de nos jours, dans les premières heures d'une rencontre.
Nous parlâmes d'abord. De ses traversées, de ses voyages, de sa vie dans un village de la côte ouest. Je lui parlai de mon travail, de mes études, de notre road-trip. Il écoutait d'une façon totale, incliné vers moi, son genou contre le mien. La distance entre nos deux corps était devenue une histoire que nous racontions tous les deux sans la dire.
Puis sa main revint sur mon avant-bras, plus bas cette fois, plus intime, les pouces traçant un dessin lent sur mon poignet.
— J'espérais que tu reviendrais, dit-il doucement.
— Je m'en suis aperçu.
Son sourire se fit plus lent. Plus grave. Il me regarda dans les yeux comme on consulte, et je répondis à cette question muette par un silence que je ne brisai pas.
— Viens, dit-il en se levant.
Il m'emmena à travers un couloir de service, vérifia quelque chose avec un collègue en riant à mi-voix, puis ouvrit une porte de cabine inoccupée. Une lampe basse, un hublot percé de reflets de mer, la respiration régulière du bateau contre la coque.
Il referma la porte.
La première chose qu'il fit ne fut pas de m'embrasser. Il retira son polo, sans hâte, et ce corps que l'uniforme promettait depuis des heures se révéla enfin : des épaules larges et puissantes, un torse couvert d'un duvet roux clair qui s'affinait vers le ventre plat, des abdominaux dessinés sous la peau pâle qui sentait le travail accumulé de la journée. Mon souffle s'était fait plus court sans que je l'autorise.
— Ça va ? demanda-t-il avec un demi-sourire.
— Parfait, continue, répondis-je.
Ce fut lui qui me déshabilla, patiemment, bouton par bouton, comme si le détail comptait, pendant que ses lèvres parcouraient mon cou, derrière mon oreille, cette ligne sensible qui descend vers la clavicule. Mes mains cherchaient sa peau, son dos, la courbure de ses reins, et tout ce que je touchais était chaud, ferme, vivant. Il me guida vers le lit. Mes mains avaient trouvé sa ceinture, et je défaisais déjà la boucle pour faire glisser son pantalon au sol. Il m'adorait du regard comme un homme qui prend son temps parce qu'il sait exactement où il va, alors que c'est lui qui se tenait debout devant moi en boxer. La bosse de son sexe était évidente, dessinée sous le coton, imposante même dans l'inaction.
Quand ses mains trouvèrent mes hanches, quelque chose se dénoua en moi. Plus besoin de jouer. Le bateau tanguait légèrement, et chaque balancement se prolongeait par la sensation de sa bouche autour de ma queue dressée. Il m'avait décalotté avec ses lèvres, sa langue jouant sur mon frein, ses joues aspirant mon gland avant de m'avaler pleinement. La pression de ses dents sur le dessous, le vide de sa gorge qui se refermait sur ma longueur, le bruit humide de sa succion, tout cela formait un rythme qui me démontait sans que j'aie à rien demander.
Ce qu'il fit ensuite m'arracha un souffle haché, puis un gémissement que je n'aurais pas cru capable de produire si tôt. Sa main glissa sous mes couilles tandis qu'il me suçait goulûment, plus profond maintenant, plus exigeant. Il leva les yeux vers moi, satisfait, et il y avait dans ce regard une gourmandise assortie d'une vraie gentillesse qui rendait chaque chose plus intense encore. J'attrapai ses cheveux auburn. Il obéit à chaque pression de mes doigts, calibrant son rythme sur les battements de mon corps, me tenant à la frontière de la fin sans jamais la franchir, repoussant l'orgasme juste assez pour que le désir reste à vif.
— Sean…
— Shh, je te tiens.
Et il m'eut, complètement. Il remonta le long de mon corps, m'embrassa profondément ; je goûtai sur ses lèvres un mélange de bière et de moi-même qui me fit perdre ce qui me restait de contrôle. Il s'installa entre mes jambes, fit tomber son boxer, se lubrifia avec sa salive, et finalement entra en moi avec une lenteur attentive, ses yeux attachés aux miens pour ne rien manquer de ce que j'éprouvais.
J'inclinai la tête en arrière. Le plafond bas de la couchette, le hublot qui striait les murs de reflets, la main de Sean qui me tenait fermement comme pour me dire que j'étais entre de bonnes mains. Son pénis glissa dans mon trou, large, chaud ; il m'ouvrit sans brutalité mais sans concession non plus. Je sentis ses testicules battre contre mes fesses, le poids de son bassin qui s'engageait dans le mien.
Le rythme monta par paliers, dans une accumulation de profondeur et de chaleur qui me fit perdre la notion du temps. Il me parlait par fragments, un mélange d'éloges et d'instructions douces, et chaque phrase tombait juste. Mes ongles creusèrent son dos, laissant des traces rouges qui disparurent bientôt sous sa paume. Il accéléra, poussant plus profond à chaque mouvement, me prenant avec une exigence tendre, mes cuisses serrées autour de sa taille pour l'empêcher de s'échapper.
Je passai mes mains autour de son cou et il me souleva. Ma tête faillit cogner contre la banquette du haut. Il me soulevait comme ça, ses mains agrippées à mes fesses pour me faire retomber sur ses seize centimètres, ses cuisses légèrement écartées, chaque chute accompagnée d'un cri rauque qui m'échappait sans que je puisse le contenir.
Je lui fis comprendre de me reposer, et il se laissa glisser au sol sur la moquette rase. Il s'allongea sur le dos alors que je rampais au-dessus de lui pour lui faire face, torse contre torse, ma queue faisant couler du pré-sperme sur son ventre, collant son duvet auburn. Ma main attrapa sa verge et je la guidai en moi. Je me redressai un peu sur mes deux bras tendus en gémissant, je me laissai glisser sur son membre. Mon sexe frottait contre ses abdos, mon gland devenu particulièrement sensible, chaque friction envoyant des décharges jusqu'à mon bas-ventre.
Je vis son regard changer, devenir plus grave, alors que ses cuisses se soulevaient en m'entraînant avec elles. Mes fesses rebondirent, claquèrent dans un bruit humide contre ses cuisses, et il me pilonna ainsi un moment, jusqu'à ce que je me répande sur lui. Il souriait, m'enroula dans ses bras pour me plaquer contre lui alors qu'il poussait encore quelques fois avant de se retirer. Aussitôt, je sentis un jet chaud tomber sur le bas de mon dos, suivi d'autres sur mes fesses et dans ma raie qui gouttait. Il m'avait vidé en entier, les muscles de mon anus se contractaient comme pour l'avaler de nouveau alors qu'il éjaculait la dernière goutte.
Nous restâmes ainsi un long moment, nos respirations se ralentissant l'une contre l'autre, la sueur refroidissant lentement sur nos peaux adossées.
— Pas mal pour un sérieux, murmura-t-il contre mon épaule.
Je ris, rompu et léger.
Il me garda contre lui quelques minutes encore, caressant machinalement mes cheveux, puis consulta sa montre avec un soupir regrettable.
— Service appelle.
Je me rhabillai en silence, dans un état de détente physique que je n'avais pas ressenti depuis des mois. Avant de refermer la porte, il m'attira une dernière fois contre lui.
— Galway. Le pub dont je t'ai parlé. Demande le patron. Dis-lui que Sean envoie ses salutations.
— C'est un rendez-vous ?
— C'est une porte ouverte, répondit-il avec son sourire gourmand. Utilise-la ou pas.
Je retrouvai finalement ma cabine un peu plus tard.
Aurélien dormait déjà, allongé sur le dos, un bras hors de la couette, le torse à moitié découvert. Je m'arrêtai une seconde, inexplicablement, à le regarder. La lumière tamisée dessinait la ligne de sa mâchoire, le creux de sa gorge.
Je me déshabillai silencieusement, me glissai dans ma couchette et restai quelques instants à regarder le plafond. Mon corps vibrait encore, paisible, en souvenir de Sean. Mais c'est la respiration régulière de mon ami, à un mètre, qui me tint compagnie en m'endormant.
La traversée venait à peine de commencer et j'avais déjà le sentiment que ces vacances ne ressembleraient pas tout à fait à ce que nous avions imaginé.
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