Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Retour de Londres — Chapitre 2 · # Chapitre 2 - Le regard indiscret
Auteur
Retour de Londres
Chapitre 2 · # Chapitre 2 - Le regard indiscret
La gare de Saint Pancras, avec sa voûte de verre et d'acier, son agitation, son parfum de café et de voyage pressé, était un monde à part entière. Constance s'y glissa comme dans une rivière dont elle connaissait les courants. Son talon résonnait sur le dallage, sa valise roulait avec un grondement sourd. Elle se sentait à la fois présente et distante, observant la scène depuis une bulle de silence intérieur. Les autres voyageurs étaient des silhouettes floues, préoccupées par leurs propres itinéraires. Elle, elle portait un secret sous sa robe. Cette pensée, comme une pierre précieuse chauffée au creux de sa main, irradiait une chaleur discrète.
Elle monta dans le wagon avec une fluidité qui masquait l'accélération de son pouls. L'Eurostar était le même, bien sûr. Le même agencement de sièges en cuir bleu marine, les mêmes hublots larges, le même éclairage doux. Mais aujourd'hui, il n'était plus un simple moyen de transport. C'était un théâtre où elle avait joué le rôle le plus osé de sa vie. L'air même semblait chargé de réminiscences, l'odeur du désinfectant dans les couloirs lui rappelant l'étroitesse des toilettes.
À l'entrée du wagon, un contrôleur la salua d'un bref hochement de tête. « Bonjour, madame. » Un homme d'une cinquantaine d'années, d'apparence plutôt banale, avec une silhouette ordinaire, des traits un peu lourds et des cheveux sans particularité. Il n'avait rien de particulièrement séduisant ni de franchement repoussant. Son regard, en revanche, avait quelque chose de difficile à saisir — ni tout à fait vide, ni tout à fait lisible. Constance lui répondit d'un sourire poli, machinal. Mais son regard, à lui, ne la lâcha pas. Il ne s'attarda pas sur son visage, il descendit. Lentement, avec une insistance qui n'avait rien de professionnel, il parcourut la longueur de son manteau, puis la ligne de ses jambes, s'arrêtant à l'endroit où la robe dépassait des pans du manteau. Il ne cligna pas des yeux. C'était un regard transperçant, comme s'il tentait de voir à travers la laine et la soie, droit jusqu'à la dentelle noire et la tension des jarretelles. Une onde de malaise, froide et nette, coula le long de la colonne vertébrale de Constance. Elle détourna les yeux, pressa le pas pour gagner sa place, sentant ce regard peser sur sa nuque comme une main moite.
Installée près de la fenêtre, elle posa son manteau sur le siège à côté d'elle, l'espace d'un instant trop consciente de son propre corps dans l'espace confiné. L'impression persistait, l'écho de ce regard déplacé. Avait-il réellement essayé de regarder sous sa jupe ? L'idée était grotesque, vulgaire. Pourtant, elle ne parvenait pas à la chasser. Elle se demanda si quelque chose dans sa démarche, dans la façon dont elle portait son secret, avait attiré son attention. Elle se secoua intérieurement. Elle devenait paranoïaque. C'était un contrôleur quelconque, au regard qu'elle avait mal interprété.
Pour se rassurer, pour se réconforter, elle laissa son esprit revenir là où il brûlait de se poser : à l'inconnu. Pas à cet homme aux yeux fuyants, mais à l'autre. L'homme au costume gris. Elle ferma à demi les paupières. Le bruit des portes coulissantes, la pénombre des toilettes, l'odeur de sa veste froissée contre son visage — et la pression de son corps contre le sien, la chaleur sèche de sa paume à plat sur sa hanche, l'improbable douceur de ce qui avait suivi. Un désir profond et chaud monta en elle, effaçant le malaise. Elle était cette femme-là. Audacieuse. Désirante. Désirée.
Machinalement, presque comme un geste de défi envers sa propre nervosité, elle croisa les jambes. La robe en viscose de soie, souple, glissa sur sa cuisse, remontant de plusieurs centimètres. La lumière du wagon tombait juste sur cette parcelle de peau découverte, sur la bande de dentelle noire du haut du bas, sur le fin éclat métallique de la fixation de la jarretelle. Elle laissa la position un instant, savourant le contact de l'air frais sur sa peau, le souvenir de la sensation du jeudi. C'était un petit acte privé, une célébration intime.
C'est alors qu'elle le vit. Quelques rangées plus loin, debout dans l'allée, le contrôleur. Il ne vérifiait aucun billet. Il ne bougeait pas. Il la regardait. Et cette fois, il n'y avait plus aucune ambiguïté. Son visage ordinaire s'était animé d'un sourire peu engageant, un peu trop appuyé, qui lui donnait un air satisfait et déplacé. Ses yeux étaient rivés sur l'espace entre ses jambes croisées, sur la dentelle noire et la peau découverte. Il semblait prendre un plaisir évident à cette scène, comme s'il venait de surprendre quelque chose qui ne lui était pas destiné. Un frisson de dégoût, immédiat et violent, parcourut Constance. Ce n'était pas un hommage — c'était une violation par le regard.
Elle rabattit sa jupe d'un geste vif, le tissu claquant contre sa peau. La chaleur de la honte lui monta aux joues, une honte inexplicable, car elle n'avait rien fait de mal, mais cette honte-là était viscérale, celle d'être surprise, dénudée par un œil hostile. Elle fixa son livre sans voir les lettres, les doigts crispés sur la couverture. Son cœur battait à coups sourds contre ses côtes. Et si ce regard était une reconnaissance — une identification ? L'idée était folle. Il n'y avait aucun lien. Pourtant, le malaise s'installait, se transformant en une anxiété diffuse, aiguë.
Elle tenta de se concentrer sur le paysage qui commençait à défiler, les banlieues londoniennes s'estompant dans la brume. En vain. Elle était hyper-consciente de l'espace autour d'elle, de chaque mouvement dans l'allée.
Le train avait atteint sa vitesse de croisière, filant dans la campagne anglaise, quand le contrôleur revint. Il s'arrêta à sa hauteur. « Votre billet, s'il vous plaît, madame. » Sa voix était neutre, professionnelle, en totale contradiction avec le regard qu'il lui avait jeté plus tôt. Constance, la gorge serrée, sortit son téléphone et afficha le billet électronique. L'homme prit son terminal, glissa le code-barres. Il étudia l'écran, fronçant les sourcils d'un air concentré qui semblait excessif. Il tapota, fit défiler l'écran.
— Madame de Bréval ? demanda-t-il sans lever les yeux.
— Oui.
— Constance de Bréval ?
— C'est cela.
— Oui.
— Constance de Bréval ?
— C'est cela.
Il fit une moue, semblant perplexe.
— Il y a… une anomalie sur votre réservation.
Constance le fixa, incrédule.
— Une anomalie ? Mon billet a été validé sans problème à Londres.
Il hocha la tête, l'air entendu, comme si ce détail était sans importance face à la complexité des systèmes informatiques.
— Parfois, les alertes remontent après. Il faut que je procède à quelques vérifications supplémentaires.
Constance fronça les sourcils.
— Et cela ne peut pas se faire ici ?
Le contrôleur jeta un regard vers l'allée, puis désigna d'un mouvement de tête le fond du wagon.
— Je vais vous demander de me suivre, madame. Cela ne prendra que quelques instants.
Elle hésita. Quelque chose dans son attitude la mettait mal à l'aise, mais elle ne voyait pas vraiment de raison de refuser. Après tout, il s'agissait peut-être simplement d'une formalité administrative.
Elle rangea son téléphone, récupéra son sac et se leva. Le contrôleur prit les devants sans ajouter un mot. Ils traversèrent quelques rangées de sièges, puis s'engagèrent dans un étroit couloir réservé au personnel. Le bruit des conversations et du roulement du train s'y fit plus sourd.
Il s'arrêta devant une porte fermée. Constance arriva à sa hauteur. Pendant quelques secondes, aucun des deux ne parla. Elle attendit une explication, un geste, quelque chose qui lui permettrait de comprendre pourquoi il l'avait conduite jusque-là.
Mais l'homme gardait le silence.
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Commentaires ()
Essayerait-il d'user des mêmes faveurs ?
Comment Constance va-t-elle se sortir de ce piège ?
Agréable lecture.