Porno amateur : la voisine veut me faire jouir face caméra.
Note de l'auteur
Il y a ceux qui font l'amour, et ceux qui font l'amour avec l'objectif. Les seconds méritent plus de respect qu'on ne leur en donne : ils partagent leur intimité, gèrent une audience, et arrivent quand même à s'envoyer en l'air comme des bêtes.
Les couples qui se filment sur les réseaux forment une catégorie à part : à la fois amants, associés et acteurs, unis par un abonnement mensuel et une confiance qu'aucun contrat ne mesure.
Ceci est leur histoire.
Son appartement sent la cannelle et le linge propre. C'est la première chose. Pas le trépied dans le coin du salon, ça, je le vois après. D'abord l'odeur. Une bougie éteinte sur la table basse, des livres empilés sans logique, un plaid jeté sur le canapé comme si quelqu'un venait de se lever. Des plantes vivantes. Personne ne piège un homme dans un appartement avec des plantes vivantes. Les gens qui vous tiennent : ils habitent des endroits chaleureux.
— Assieds-toi.
Je ne m'assieds pas. Je reste debout, les mains dans les poches, comme un type qui garde une porte de sortie. Elle, elle s'assoit. En satin ivoire. Elle croise les jambes et le satin fait ce bruit-là, celui qu'aucun autre tissu ne fait, et je regarde le trépied parce qu'il faut bien regarder quelque chose de non organique dans cette pièce.
— La Plateforme, dit-elle. C'est un site de partage. Vidéo. Contenu adulte, amateur. Pas de studio, pas de casting, pas de contrat. Les gens filment et ils postent.
— Fascinant.
— Généraliste. Ça veut dire : tout. Toutes les pratiques, tous les formats, toutes les morphologies. Il n'y a pas de ligne éditoriale, il n'y a pas de sélection.
— Et tu gagnes combien.
— Rien.
Je la regarde.
— Zéro, précise-t-elle. Pas d'abonnement, pas de pourboire. Ni pour les créateurs, ni pour les spectateurs. Personne ne paie personne.
— Donc c'est un site de charité pour bites molles.
— C'est un endroit où l'argent ne pourrit pas le truc. Nuance.
Je hoche la tête. Dans mon expérience, quand quelque chose est gratuit, c'est qu'on a déjà payé sans s'en apercevoir.
— Question sincère, je dis. Est-ce que c'était nécessaire d'être à moitié nue pour m'expliquer le modèle économique d'un site porno amateur ?
— Oui. Indispensable.
— Explique.
— Je voulais être sûre de capter ton attention.
Elle se lève. Deux pas. Dans un salon, deux pas c'est moins grave que dans un ascenseur, sauf quand la personne est en sous-vêtements, auquel cas c'est exactement pareil.
— Et puis, dit-elle, ça n'a pas l'air de te déplaire.
Je bande depuis deux minutes. Le tissu est tendu, la forme est nette, et elle est à hauteur de mon bassin. Elle tend l'index. Elle pose la pulpe du doigt dessus, à travers le pantalon, et elle suit toute la longueur, de bas en haut, sans hâte. Au bout, elle s'arrête. Elle presse une fois. Elle retire son doigt.
— Plus sérieusement, dit-elle en se rasseyant.
Plus sérieusement. Autrement dit : la démonstration est terminée, le sujet a réagi comme prévu, on peut passer au point suivant.
— Je poste, dit-elle. Depuis huit mois. Solo. Et une femme seule, sur cette plateforme, c'est le créneau le plus saturé qui existe. Tu tapes une recherche, tu as trois cents pages de filles seules dans leur chambre avec une lampe de bureau. Personne ne va à la page deux. Je suis un grain de riz dans un sac de riz.
— Tragique.
— J'ai besoin d'un partenaire. Le contenu de couple, c'est un autre marché. Un autre volume.
— Montre.
Elle ne fait pas semblant d'hésiter. Elle prend le téléphone, elle déverrouille, elle me le tend écran allumé, et elle ne regarde pas l'écran. Elle regarde mon visage pendant que l'écran fait son travail. Trois choses, dans l'ordre. Un. Le cadrage est bon. Lumière latérale, pas de plafonnier, elle sait ce qu'elle fait. Deux. L'ensemble est une erreur.
— Le soutien-gorge, je dis.
— Quoi, le soutien-gorge ?
— Il est froid. Et la coupe est fausse : bonnet monté pour deux tailles en dessous, tu débordes sur les côtés. Ça ne fait pas généreux, ça fait emprunté. Il te faudrait quelque chose de plus spontané. Quelque chose qui te corresponde.
Elle écarte les bras, très lentement.
— Comme celui-là ? Tes yeux sont attirés par lui depuis que tu as passé ma porte.
Elle n'a pas tort. Trois. Trois, c'est que je lève les yeux de l'écran, que je les redescends, et que quelque chose cloche. Il me faut cinq secondes pour trouver quoi.
— Ce n'est pas toi.
— Si.
— Le corps, oui. Le grain de beauté sous le sein gauche, oui. Mais le visage, non. Ce n'est pas ton visage.
— Face swap.
Elle reprend le téléphone. Elle fait défiler. Le même visage, dans quinze vidéos. Et ce visage n'est pas seulement faux. Il est meilleur. Les pommettes sont plus hautes, la mâchoire plus nette, les yeux d'une symétrie qu'aucun être humain ne possède. Un visage de campagne internationale, de ceux qu'on met sur un parfum et qu'on n'identifie jamais. Ce n'est pas un masque. C'est une promotion.
— À la première publication, tu reçois un avatar. Un visage de synthèse, généré par la Plateforme, qui n'appartient à personne. Il remplace le tien en temps réel, dans toutes tes vidéos. Il suit les mouvements. Si je grimace, il grimace. Si je ferme les yeux, il ferme les yeux. Les expressions passent. L'identité, non.
— Et le reste.
— Le reste n'est jamais touché. Jamais. Pas de retouche, pas de filtre, pas de lissage. La peau, les vergetures, les grains de beauté, les tatouages, la forme exacte des seins quand je suis allongée. Tout est vrai. C'est la règle du site : le visage ment, le corps jamais.
Le visage ment, le corps jamais. Je pense à mes vingt-deux pochettes numérotées. À la date, l'adresse, l'étage, l'heure, la météo. À l'idée qu'il existe quelque part des gens qui font ça autrement, avec un autre setup, un autre alibi. Mais c'est la même angoisse. Le même besoin sans nom.
— On n'est pas si différents, je dis.
— N'importe quoi.
— Tu montres tout. Je planque tout. Mais c'est la même chose au fond, non ?
— Non. Ce n'est pas pareil du tout.
— Ah non ?
— Moi je ne me cache pas la nuit comme un voleur à la tire. Des milliers de gens me voient. Et ils aiment ce qu'ils voient.
Touché. On passe.
— Pourquoi tu ne mets pas une annonce, je dis. Tu n'es pas trop mal, si je puis me permettre.
— C'est censé être un compliment ?
— Ce que je veux dire, c'est que tu trouverais un couillon en vingt minutes. Pour ton petit « projet ».
— Je ne cherche pas n'importe quel couillon. C'est bien le problème.
Elle se penche en avant. Les coudes sur les genoux. Le décolleté plongeant bien visible.
— J'en veux un pour qui dire non serait dévastateur. Tu vois ce que je veux dire ?
Je ne relève pas. Je ne relève pas parce qu'il n'y a rien à relever, parce qu'elle vient de poser le contrat sur la table sans écrire un mot, et parce que le vrai problème de cette conversation, le seul, c'est qu'elle se déroule à un mètre de moi en deux pièces ivoire et que mon cerveau décroche toutes les huit secondes environ. Voilà le truc avec la concentration : c'est un muscle, et un muscle, ça fatigue. Elle penche la tête. Elle passe en mode charmeuse, et le pire, c'est que je la vois faire, et que ça marche quand même.
— Allez. Est-ce que c'est si terrible ? Je te propose du sexe sans conséquence. Pas de sentiments, pas de dettes, pas de commissariat.
Un temps.
— Juste toi, moi et la caméra.
***
Le canapé est trop mou. C'est le genre de canapé qui vous avale par les fesses et vous oblige à choisir entre la dignité et le confort. J'ai choisi la dignité : dos droit, mains à plat sur les cuisses, la position d'un homme qui attend le dentiste. En caleçon. Le mien est gris, coton, l'élastique un peu fatigué. Je n'avais pas prévu qu'il serait vu. Personne ne prévoit ça pour un caleçon. C'est un vêtement de coulisses. Elle revient de la cuisine avec un verre d'eau qu'elle ne me tend pas. Elle le pose sur la table basse, à côté de la bougie éteinte, et elle regarde le caleçon comme on regarde un devis.
— Tu aurais pu mettre quelque chose de mieux, dit-elle.
— Tu m'as donné une heure. Une heure, c'est une douche. Pas un shopping.
— Tu as toute une collection et tu viens en gris.
— Ce n'est pas ma taille.
Elle ne rit pas. Elle range l'information. Je la vois faire. Puis elle s'approche, elle plie les genoux, et elle descend. Pas sur le canapé. Par terre. Le tapis, entre mes jambes. Ses genoux écartent mes chevilles au passage et je les laisse faire, parce que le contraire aurait demandé une décision, et que je n'en ai plus en stock. Ses mains sur mes cuisses. Chaudes. Elle se penche. Le soutien-gorge triangle n'est pas fait pour cet angle : les seins tombent vers l'avant, lourds, la peau blanche se plisse au milieu, et je fixe la pince en plastique dans ses cheveux parce que c'est le seul objet de la pièce qui coûte deux euros. Elle attrape l'élastique du caleçon entre deux doigts. Elle tire. Elle relâche. Il claque contre mon ventre.
— Voilà. Je suis en caleçon comme demandé. Tu me dis ce que tu as en tête, maintenant ?
— Bien sûr. Tu parles anglais ?
— Oui. Encore mieux quand je suis en sous-vêtements.
— Un handjob, ça te dit quelque chose ? « Fait main », en bon français. Je prends ta queue dans mes mains et je m'occupe de tout jusqu'au bout. Mes doigts, en gros plan.
Elle dit « ta queue » comme elle dirait « ta clé ». Sans appuyer. C'est ça qui fait bander.
— Tout un programme. Et si je suis précoce ? Pas sûr que ton public apprécie une vidéo d'une minute trente, générique compris.
— Il y a un public pour tout, dit-elle. Et j'ai mon titre : « Je fais jouir mon voisin en moins de deux minutes. » Sous-titre : « Je n'ai pas perdu la main. »
— Je dis ça comme ça. Ça ne m'est jamais arrivé. Enfin, une fois. Mais ce n'est pas le sujet.
Elle se lève. Elle va au trépied. Elle visse le téléphone, incline, vérifie l'écran, revient d'un pas, regarde le canapé, repart ajuster. La lampe de bureau, elle la tourne vers moi, un peu de côté. Lumière latérale. Elle sait ce qu'elle fait, je l'ai déjà dit, et le savoir ne m'aide en rien.
— Le trépied, je dis. Tu l'as acheté pour ça ou pour les photos de vacances ?
— Nolan.
— Je fais la conversation.
— Tu gagnes du temps.
— C'est la même chose, chez les gens civilisés.
Elle appuie sur l'écran. Un point rouge. Elle ne me regarde pas, elle regarde la petite image d'elle-même, celle qui portera un autre visage dans dix minutes. Elle se recale d'un centimètre. Elle revient. À genoux, encore. Ses deux mains cette fois, à la taille du caleçon, de chaque côté. Elle tire vers le bas. Je soulève les fesses, pas par obéissance, par mécanique, le corps est un mauvais employé mais il connaît son poste. Le coton glisse sur les cuisses, les genoux, les chevilles. Elle le jette derrière elle sans regarder. Ma bite se redresse contre mon ventre, la peau du gland déjà tendue, le méat qui brille. Elle la regarde une seconde. Pas plus. Le temps d'un inventaire.
— Ah, dit-elle. Tu vois. Ça, ça correspond.
Elle crache dans sa paume. Un geste net, sans manière, le geste d'une fille qui a fait ça quinze fois devant une lampe de bureau. Elle referme les doigts autour de la base, et sa main est plus petite que je pensais, elle ne fait pas le tour tout à fait. Elle remonte. Lentement. Le pouce sous le gland. Je regarde le point rouge.
— Regarde-moi, dit-elle. Pas lui.
Commentaires ()
Merci !
Ps : sympa comme voisine …
Ps’ : n’hésitez pas à commenter mes premiers récits, ça permet aussi de s’améliorer …
C'est sympa à lire, merci Mr Panda.
Je vais m'installer dans un canapé pour attendre les suites