Fauna, je suis à toi — Chapitre 1 · Mon amie d'enfance
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Ce qui nous a séduit, c'est la voix de Marie — drôle, autodérisoire, qui ne se prend pas au sérieux (la comparaison avec Taylor Swift fait mouche) — et la façon dont le désir s'installe sans qu'elle le veuille, presque malgré elle. La scène au café est menée au cordeau : la tension monte à chaque échange, chaque geste de Fauna, et on se retrouve aussi déstabilisé que la narratrice. Le portrait de Fauna, rayonnant et légèrement cruel, donne vraiment envie de savoir où tout ça va mener.
Fauna, je suis à toi
Chapitre 1 · Mon amie d'enfance
Et puis même si je m'étais trompée, je préférais avoir l'air bête et interpeller une inconnue plutôt que de passer à côté d'une occasion de la revoir. Le cœur tambour battant, la tête pleine de trac, je lui courus après comme une dératée.
Lorsque la jeune femme se retourna pour voir qui était l'inconnue qui l'interpellait ainsi, je la reconnus avec certitude et je compris qu'elle m'avait reconnue elle aussi. On fondit dans les bras l'une de l'autre, on se serra très fort, comme le font deux amies qui se croyaient inséparables et qui ne s'étaient plus vues depuis plus de dix ans.
Elle prit l'habitude de m'entraîner dans des histoires invraisemblables, de commettre des bêtises légendaires qui nous attirèrent des embêtements pas possibles, mais surtout une joie que je peine à décrire. C'était toujours elle qui menait, et moi j'étais sa fidèle complice, fiable même si plus timorée. Je l'appelais « mon soleil », elle me surnommait « poupée » – oui, ne vous inquiétez pas, j'ai eu l'occasion d'en parler à ma psy.
— Fauna, je suis à toi, lui dis-je au moment de se dire adieu.
— Je reviendrai et je t'épouserai, me répondit-elle.
C'étaient les mots mal choisis de deux petites filles qui s'aimaient très fort. Aujourd'hui encore, je peux affirmer que personne ne m'a aimée avec une telle intensité que cette amie d'enfance qui m'a marquée plus que n'importe qui d'autre.
La distance, cependant, eut raison de notre lien. Nous tentâmes de garder le contact par mail et par les réseaux, mais ce n'était pas la même chose. Peu à peu, nos vies reprirent le dessus et chacune continua sa route de son côté.
Était-ce le plus beau jour de ma vie ? En tout cas, elle et moi, on se mit à pleurer de bonheur à ces retrouvailles, sous les yeux médusés des passants.
Elle avait toujours été jolie mais elle était devenue sublime. Je fais partie de ces femmes qui savent s'émerveiller de la beauté des autres femmes, et là, il y avait de quoi.
Fauna était éblouissante. Les traits fins, de grands yeux clairs sur une peau mate, une bouche naturellement pulpeuse, elle avait une assurance solaire qui l'a rendait irrésistible. Et quel corps ! Le genre de silhouette parfaite qui vous fait franchir le million d'abonnés sur Instagram. Elle le savait, de toute évidence, puisque la brassière de sport et le short en lycra qu'elle avait choisi d'enfiler pour aller courir dans le quartier attiraient irrésistiblement l'attention sur elle.
Moi, à côté, j'étais fade. On ne va pas se mentir. Une petite blonde mignonne et pas mal foutue, mais sans aucun sex appeal. Deux personnes, indépendamment l'une de l'autre, m'avaient surnommée « Taylor Swift », l'icône des jolies filles qui ne font fantasmer personne.
J'envoyai un message à mon mec pour le prévenir que j'allais être absente un moment. On avait des millions de choses à se dire, avec Fauna. Pour commencer, on s'échangea nos numéros de téléphone.
J'obéis. À son initiative, on se réfugia autour d'une table étroite au fond d'un petit café, trop contentes de pouvoir rattraper le temps perdu. Mon amie rayonnait, et je crois que moi aussi. Je voulais tout savoir…
Déjà, elle me confirma qu'elle était pour de bon de retour en ville, après avoir vécu à Singapour et en Argentine. Elle venait de fonder une boîte d'édition de jeux pour smartphones avec des amis. Auparavant, me dit-elle, elle avait été guide touristique, serveuse, informaticienne, mannequin, artiste vidéo - souvent plusieurs de ces métiers en même temps.
En comparaison, mon parcours était vite résumé. J'étais étudiante en mathématiques, et je finançais mes études en travaillant dans une sandwicherie. Rien de très exaltant.
Fauna, pourtant, eut l'air de trouver ça très intéressant. Ça me faisait tellement plaisir de me livrer à elle, moi qui d'ordinaire évoluait dans un milieu très masculin dans lequel je n'avais jamais trouvé d'oreilles attentives.
— Le sexe, j'adore… pas toi, poupée ? Me murmura-t-elle, dans un feulement. Prise de court, je ne sus pas trop quoi répondre.
Elle me raconta la fois où elle s'offrit à quatre garçons différents au cours d'une même soirée, sur une plage; la fois où elle devint la maîtresse de l'avocat de son père, un homme marié et autoritaire qui aimait lui infliger la fessée ; celle où elle avait couché sur un bateau avec deux frères jumeaux. Et ça, ce ne sont que quelques exemples parmi tous ceux qu'elle égrena. Franchement, ça filait le tournis.
Je ne sais pas pourquoi, pourtant je suis totalement à l'aise avec toutes les orientations sexuelles d'habitude, mais là, l'entendre parler de ça me fit remuer inconfortablement sur ma chaise. En mode gamine coincée.
Donc, avalant ma salive avec difficulté, je l'écoutai me raconter comment elle s'était envoyée en l'air avec une petite esthéticienne après l'épilation du maillot ; comment elle avait laissé une policière lui lécher les seins après une arrestation pour tapage nocturne ; ou encore la fois où elle avait entraîné toute une équipe de volleyeuses dans un weekend de débauche saphique. Rien que ça. Si elle n'avait pas parue aussi sincère, ça aurait été difficile à croire…
J'avais tellement d'images qui s'imposaient à moi. De quoi avoir honte.
Sa jolie bouche qui me récitait en ce moment toutes ces aventures polissonnes, combien de queues dressées avait-elle engouffrée ? Combien de gouttelettes de sperme s'étaient déposées à la bordure de ses lèvres, avant de s'en écouler ? Ses doigts entortillés avec tendresse dans les miens, dans les ourlets de combien de vulves mouillées s'étaient-ils aventurés ? Et ses cuisses, dont un genou, sous la table, partageaient les miennes en deux, combien d'amants, combien d'amantes avaient-elles accueillies ?
Ce n'était pas du tout mon genre de laisser ce genre d'images s'imposer à mon esprit, et mon audace, même fortuite, me fit rougir. Je n'y pouvais rien, pourtant. Ma cervelle était envahie de trucs sales. Sales mais étrangement fascinants…
— Toi, tu es en train de te faire tout un film, non ?
Je m'empourprai encore davantage, fuyant son regard. Elle serra ma main plus fort, presque douloureusement, jusqu'à ce que je lui réponde :
— Tout ce que tu me racontes… C'est tellement éloigné de ma vie !
— Oh mais ta vie est loin d'être finie, je te rappelle…
Elle porta mes phalanges à sa bouche et y déposa une série de bisous clandestins, des grands yeux me scrutant de derrière ma main capturée, alors qu'elle murmura :
— Si tu savais à quel point j'ai envie de…
— Ne prends pas cet appel, me dit-elle.
Il y avait de la dureté dans sa voix. Ce n'était pas une suggestion, ce n'était pas une requête, c'était un ordre.
Sans même réfléchir, j'obéis. En un geste, mon téléphone fut réduit au silence.
Je fis tout mon possible pour ne pas me l'avouer, mais j'étais excitée. Être ainsi soumise à l'autorité m'avait émoustillée sexuellement. Oh la la, qu'est-ce qui était en train de m'arriver ? Je perdais complètement les pédales…
Les implications de cette découverte au sujet de qui j'étais et de comment je fonctionnais étaient bien trop effrayantes pour que je m'autorise à y penser. Mon amie m'avait donné un ordre, et j'avais adoré ça. Je ne me reconnaissais plus du tout…
Si elle avait été un homme, j'aurais pu croire que… Non, pas question d'aller jusqu'au bout de cette pensée-là.
— Il te traite bien Theo ? Me demanda-t-elle. Comme tu le mérites ? Elle a ressemblé à quoi, ta vie amoureuse que tu juges si différente de la mienne ?
La gorge nouée, je lui fis le menu de ma petite vie banale. Je parlai de mon premier amant, Régis, mon ancien meilleur pote, autoproclamé « brave type » qui s'était révélé un infect manipulateur. Et puis, quelques années plus tard, j'étais tombée assez amoureuse d'un jeune dentiste, Théo donc. Mes parents l'adoraient et on faisait l'amour un samedi sur deux, avec une certaine satisfaction.
Voilà tout ce qu'il y avait à dire sur ma vie affective et sexuelle. J'ignorais pourquoi, mais en racontant cette navrante histoire, je versai une petite larme froide qui coula sur ma joue, jusqu'à ce que Fauna l'intercepte d'un baiser tendre.
— Ce que nous avons vécu toi et moi n'est pas si différent, me dit-elle. Oui, je me suis amusée. Oui, j'ai appris qui j'étais vraiment et ce que je voulais de la vie. Mais je n'ai pas trouvé quelqu'un pour m'aimer réellement. Je crois que je n'ai pas rencontré la bonne personne… Ou peut-être que je l'ai laissée s'échapper…
Elle avait prononcé ces derniers mots aussi près de moi qu'il était possible de le faire sans que nos visages ne se touchent. Une de ses mains serrait fortement la mienne, et l'autre caressait le haut de ma cuisse. Celle qui avait toujours été mon soleil me contemplait avec un scintillement dans les pupilles que je n'avais jamais contemplé chez personne d'autre auparavant.
Et le fait d'en prendre conscience me fit saisir une autre réalité : moi aussi j'avais envie de l'embrasser.
Je voulais presser ma bouche contre la sienne, l'attirer vers moi, partager son souffle, m'abandonner à sa sensualité. Je le voulais tout de suite. Je le voulais au-delà du raisonnable...
— Il faut que j'y aille, maintenant. On se reverra. Il faut que j'y aille.
Alors je tournai les talons, je m'en allai sans me retourner, sans lui dire au revoir, portant ma main à ma bouche face à l'ampleur de la honte qui m'enserrait le cœur.
Mais elle ne me laissa pas partir. Fauna me rattrapa, m'intercepta avant que je ne quitte le café, et, avec énormément d'autorité, saisit mes épaules et me plaqua contre une paroi, entre deux colonnes.
J'étais piégée, affolée, apeurée comme un lièvre face aux phares d'une voiture. Il fallait que je quitte cet endroit, que j'échappe à son emprise. Vite. Je tentai de me libérer mais elle ne fit que resserrer son étreinte.
— Calme-toi, dit-elle.
J'obéis, sans même réfléchir. Tous mes muscles se relâchèrent, je cessai de résister et je me pliai à sa volonté, même si en moi, c'était toujours la grosse panique.
— Tu te souviens de ce que tu m'as dit, quand on était petites ? Quand on s'est dit adieu ?
Sa voix, désormais, n'était plus qu'un feulement, un ronronnement ouaté et tiède dans lequel j'avais envie de me perdre, et qu'elle venait susurrer tout près - trop près - de mon visage, à moins d'un centimètre de ma bouche
— J'ai dit que… j'étais à toi.
C'était la réponse qu'elle attendait. Souriante, elle rayonnait, me contemplant avec quelque chose qui ressemblait à de l'admiration, ou peut-être de l'appétit. Jamais personne ne m'avait regardé comme ça.
- Oui ma poupée, tu es à moi… Je ne peux pas exprimer à quel point je suis chanceuse de t'avoir retrouvé. De continuer en tant qu'adultes cette amitié que nous avons dû interrompre autrefois. Tu es la personne la plus importante pour moi… Si seulement tu voyais comme tu es belle à mes yeux…
Elle plaça ses doigts autour de mon cou, sans m'étrangler mais en serrant juste assez pour me faire comprendre qu'elle avait le contrôle total. Avec l'autre main, elle sillonna mon visage avec tendresse, et vint entrouvrir ma bouche du gras de son pouce.
— Non !
D'un cri, j'émergeai de cette hypnose. C'était comme se réveiller brutalement d'un rêve. Reprenant mes esprits, je repoussai maladroitement Fauna.
— Non, je ne veux pas… Ne m'embrasse pas…
— Oh ? Tu croyais vraiment que je voulais t'embrasser ?
Elle gloussa comme si la situation l'amusait au plus haut point, puis elle se réfugia dans le creux de mon épaule, déposant sur l'arête de mon cou trois baisers appliqués qui me firent frémir de plaisir.
— Je te rappelle, OK ? me dit-elle juste avant que la porte se referme.
Pas la peine de tenter de comprendre le comportement contradictoire de Fauna, ni même les propres errements de mes envies. J'en étais incapable, j'étais beaucoup trop à vif pour cela. Et surtout j'étais incapable d'aligner deux pensées cohérentes. Le manège de mon amie m'avait menée au sommet de l'excitation : j'avais besoin de jouir très vite ou j'allais exploser.
Vite. Maintenant.
Quand je ressortis, dans un état second, ce fut en me débarrassant de mes vêtements aussi vite que j'en étais capable. Jean et t-shirt se retrouvèrent projetés à travers la pièce.
Lorsque j'arrivai face à mon mec, médusé par cette attitude qui ne me ressemblait pas du tout, j'étais en culotte, en train de dégrafer mon soutien-gorge.
— Baise-moi, lui dis-je.
Pas acceptable. J'avais besoin de toute urgence qu'il s'occupe de moi et je n'allais pas supplier.
Je lui attrapai la main et le tirai avec moi dans la chambre à coucher. Au passage, je me débarrassai de mes sous-vêtements. Nue, j'entrepris de le dévêtir à son tour, arrachant sa chemise avec plus de hâte que de méthode.
Dans les ténèbres de la pièce, je bondis en direction du grand lit, attirant Théo dans mon sillage…
Je lui dévorai la bouche de baisers frénétiques, ceux que nous n'avions pas partagés avec Fauna. Je déployais des efforts inouïs pour ne pas penser à elle, mais chaque fois que je le faisais, cela augmentait mon excitation aussi je parvenais de moins en moins à m'en passer. C'était comme une drogue.
Folle, je m'offris à mon homme à quatre pattes. Là encore, c'était à mille lieues de nos habitudes. Mais, visiblement ravi que je me montre aussi cochonne, il ne formula aucune objection.
Théo m'attrapa par les hanches et se mit à me prendre en rythme. Mais tout cela restait trop poli, trop timide. Je ne voulais pas faire l'amour. Je voulais me faire défoncer.
— Vas-y putain ! Arrête de me respecter ! lui criai-je en l'encourageant à y aller plus fort.
Mais je savais ce qu'il fallait faire pour que ça soit encore meilleur… Gagnée par l'ivresse du sexe, je visualisai le visage de Fauna, tel qu'il m'était apparu, yeux plissés et lèvres entrouvertes, lorsqu'elle m'avait plaquée contre la paroi du café. À la place de Théo, je m'imaginai que j'étais avec elle, que c'était elle qui me baisait.
Immédiatement, ce fantasme décupla mon plaisir. Ça n'avait pas de sens, c'était honteux, c'était même une sorte de trahison, mais c'était bon, c'était vrai, c'était de ça que j'avais besoin.
Jusque là, dans ma vie, le sexe avait été un moment de tendresse, parfois agréable, parfois un peu chiant. Pour la première fois, je franchis un cap dans le plaisir, pour atteindre des contrées inexplorées. J'étais enfiévrée, le corps comme un lit de braise et j'avais l'impression que le sang dans mes veines était remplacé par un alcool fort qui me tournait la tête et me faisait tellement de bien...
Sans changer de position, je glissai deux doigts dans ma chatte trempée et j'entrepris de me masturber. C'était bon, c'était chaud… Je ne contrôlais presque plus rien. Juste assez pour étrangler mes cris de plaisir et éviter de gémir le prénom de Fauna alors que Théo était dans le lit avec moi et que j'étais souillée de son foutre.
Mes doigts saisirent mon clitoris, devenu dur comme une agate, le palpèrent, le firent rouler, entraînant des secousses de délice dans tout mon corps. Encore un peu et j'allais…
Plonger.
C'était presque trop pour moi. Chaque sensation fut remplacée par une infinie volupté. J'étais comme reprogrammée. En surcharge. Mes poings se serrèrent, ma mâchoire se crispa. Puis ça se calma. Le ressac. L'onde quitta mon corps, le laissant hâve, à bout de souffle, comblé.
Il fallait que je revoie Fauna. C'était une urgence absolue.
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Commentaires ()
C'est très bien écrit et décrit.
C'est rare désormais.
Merci tardif.
Sarahtv
Le raz de marée semble proche…
Merci ! Avec cette histoire, j’ai cherché à prendre un peu plus mon temps que dans mes autres récits.
a suivre
La réflexion est intéressante, d’ailleurs je n’y avais pas pensé moi-même. Pour moi, même dans ce chapitre, c’est clairement un récit lesbien, mais pourtant il est vrai que le seul acte sexuel qui est évoqué est hétéro.