Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Soins du corps, à domicile... — Chapitre 1 · Vingt ans seulement, mais tellement sensible.
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Soins du corps, à domicile...
Chapitre 1 · Vingt ans seulement, mais tellement sensible.
— Si ce jeune caissier mettait les pieds chez moi, il ne coucherait pas dans la baignoire !
Cette phrase me revient comme si c'était hier. Je ne pourrais jamais dire si ce garçon s'est planté dans l'addition, je n'ai rien vu...
Enfin, si, je l'ai vu, lui. Seulement lui.
Je ne suis, ni une diplômée es « drague en supermarché », ni une névrosée manquant d'affection, encore moins une femelle en jachère sexuelle. Je vais bien. Même très bien. Surtout lorsque, frisant la cinquantaine, je ressens mon corps vibrer à l'unisson de mon cœur, à la vue de la meilleure offre de Dame Nature au rayon « Beaux Gosses Discrets, Charmes Multiples ».
Je m'explique un peu. Nadine, dans ma cinquième dizaine. Nous formons, Christophe et moi un couple uni depuis presque vingt ans. Harmonie parfaite. Indépendants, les enfants logent à quelques heures du foyer familial. Santé, fric ou travail. Zéro problème, tout roule. Une ambition majeure, croquer la vie à pleines dents. Accompagnée de mon chéri. Ou pas !
Ce cri du cœur, je ne l'ai pas juste pensé, je l'ai formulé à voix haute ! Affairé à ranger les courses dans le chariot, surpris, Christophe a très bien entendu :
— Pour ne rien te cacher, je lui ferais volontiers une place entre nous deux, reprend-il, un sourire gourmand vers le garçon.
Et il enchaîne :
— C'est la seconde fois, dans ma vie, qu'un mec me trouble à ce point...
— Ah ! Toi aussi ?
— Une pulsion sexuelle. Une vraie. Je n'en reviens pas. Si tu n'avais rien dit, je n'aurais pas osé t'en parler...
— Il m'a chauffé le bas-ventre, c'est incroyable. Je ne suis pourtant pas une pucelle à jeun, notre séance aux aurores m'a comblée ! Mes mains tremblent encore, regarde, lui dis-je, étendant mes doigts sous son regard amusé.
— On ne va quand même pas remplir un deuxième chariot pour le revoir ! Lance-t-il, amusé de ce petit intermède.
Notre couple est habitué à partager ses sensations. Sur ce coup, il faut le reconnaître, nous sommes ébranlés. Sans exagérer, intensément troublés !
Nous vivons une union assez libre, nous invitons parfois des inconnu(e)s à un after-work, le vendredi... Cette trouvaille est signée, Christophe, suite à notre inscription sur un site libertin. Ça met du piment dans notre vie. Ces rencontres ne sont jamais décevantes. La première fois, il s'agit souvent d'un round d'observation. Nous ne brûlons jamais les étapes. La relation se poursuit, seulement si notre accord est unanime, sans restriction, sur les deux futurs partenaires. Le plus souvent, ces premiers échanges ne dépassent pas la conversation mondaine. Dommage. Dans ce cas, le match retour n'aura pas lieu. Nous nous en excusons toujours élégamment. Fort heureusement, cette quête exigeante nous a aussi procuré les merveilleux souvenirs de soirées torrides.
Quelques couples, rencontrés à plusieurs reprises, nous ont apporté la curiosité, l'élégance et la délicatesse attendues. Ils ont aussi boosté nos désirs, nos initiatives. Nous sommes devenus naturellement bisexuels, notre plus grand bonheur. Cette approche pointilleuse du libertinage demeure sûrement le gage de notre avancée heureuse sur la voie « échangeresse » (de bonnes pratiques, bien entendu !).
Je reviens à notre caissier magnifié. Incontestablement, il nous a bouleversés. Contrairement à d'autres situations similaires, nous ne nous éternisons pas sur le sujet, nous passons vite à autre chose... La vie reprend son cours... Un dimanche ordinaire... Enfin, en apparence seulement. Ce jeune gars s'est immiscé dans mon esprit, à mon insu, sans l'avoir invité. Je me surprends même à fermer les yeux lorsque je suis seule, je renouvelle à l'infini les images furtives écloses ce dimanche matin singulier...
D'abord, il y a eu ses mains de bronze, aux doigts effilés à l'infini, aux ongles parfaitement entretenus. Ses paluches racées saisissant en douceur, les articles entassés sur le tapis. Il les scanne, au ralenti, sans empressement. Oublions les petits-beurre, les lentilles. Même la farine. Arrêtons-nous un instant, sur les fruits exotiques, sur les légumes. Les cucurbitacées. Qu'il attrape donc un concombre, une courgette ou mieux encore, une aubergine. Je frôle la syncope ! Une fourmilière enfiévrée s'installe dans mon bas-ventre. Mes seins me rappellent leur abandon, sans soutif, au frottement du tulle brodé de mon top transparent. Je le sais, ma poitrine va se tendre sans tarder. J'ai envie. Envie de cet inconnu.
Il ne semble pas très grand. Sur son badge : Mohammadi. Tee-shirt blanc, bien moulant. Pas encore l'uniforme du magasin. Sûrement une nouvelle recrue à l'essai. Imitant un string Beyoncéen, l'emmanchure courte du polo n'en peut plus, devoir supporter une épaule aussi bien travaillée, quel calvaire ! Les pecs sont soigneusement cultivés en harmonie, carrés sans exagération, ils révèlent deux tétons saillants à mordiller. Ce col en V dégage bien son encolure veloutée dépourvue d'anomalie.
Malgré la profusion d'effluves envahissant ce magasin. Un parfum Vanille, Vanille-Épices plutôt. SAUVAGE de DIOR. Il a dû mettre le paquet ce matin !
La bouche. Ah ! La bouche de Mohammadi. Un fruit. Un fruit de mer. Un extraterrestre organe sensuel. Un sexe féminin. Je ne sais plus. Deux replis brun-foncé. Légèrement relevés à la commissure. Un sourire permanent, ostensiblement ouvert sur une rangée d'incisives d'ivoire brillant. Double ourlet pulpeux lustré au subtil passage d'une langue rosée.
Je le croque maintenant, ou j'appelle le vigile. C'est un délit caractérisé d'incitation au désir sexuel ??? Tiens-toi, Nadine. Tu vas affoler les clients.
Mohammadi ne m'a pas encore regardée. Il règle son compte à la personne me précédant. Insensible, la sotte, à cet instant surréaliste qu'il m'est donné de vivre.
Sa lèvre supérieure est surlignée d'une petite moustache discrète l'accréditant sûrement de quelques mois supplémentaires... Ce garçon doit avoir une vingtaine d'années, au pif. Ah oui, son nez. Son nez célèbre la perfection ! Rien ne m'étonne plus ! De profil, je constate des cils d'une longueur exceptionnelle. Au point de me demander s'il ne s'agit pas d'implants éphémères.
— Bonjour, Madame... Avec une pointe d'accent.
— Heu... Bonjour. Ah ! Vous êtes nouveau, je vous vois ici. La première fois.
— Un job d'étudiant. Le dimanche et les jours fériés. Répond-il poliment. L'accent est Anglais, ou Écossais, ou Gallois. M'en fout !
Il m'a vu, Mohammadi m'a considérée. Il a levé son beau visage vers moi, ses cils ont dévoilé son regard sombre aux éclats de noisette, d'une rare douceur. Souvenez-vous... La compassion de la mère de Bambi, lorsqu'elle approuve les premiers pas du jeune faon ? Voilà, c'est ça. C'est ce regard. Je deviens soudain Bambi, je ressens le besoin urgent d'un gros câlin.
Il me parle des produits choisis ce matin, évoque une recette. Sa voix grave. Un lama récitant un mantra envoûtant. J'aspire à l'Éveil Éternel. J'ai la bouche sèche. Du dos de la main, il relève une longue boucle brune venue s'échouer au travers de son front. Dans ce geste anodin, je trouve aussi matière à intensifier ma confusion, à m'exciter. À le désirer plus encore.
— Quatre-vingt-sept euros quarante-deux cents, Madame, avez-vous la carte du magasin ?
— Oui... Oui...
Fouillant fébrilement dans mon sac, recherchant cette fichue carte... Pourquoi je bafouille ?
Maintenant, le code de ma CB est erroné ! Ah, zut ! 2369. Pas 6923. Et puis merde, enfin quelle idée ce 69 !
— Au revoir, madame. Passez une excellente journée. J'espère vous revoir bientôt dans notre magasin.
— Au revoir. À très bientôt sûrement.
De la semaine, face à Christophe, j'évite tout commentaire sur cette anecdote dominicale. Je n'ai qu'une seule idée, y retourner dimanche prochain. Surtout ne pas être accompagnée. Heureux hasard ! Jean-Jacques, un pote de mon homme, lui propose une mâle escapade. Dimanche, ils décollent dès sept heures, direction le golf à Seignosse, à deux heures par l'autoroute.
Que les Mânes du Birdie vous accompagnent les gars, vous protègent... Et me foutent la paix.
Je deviens folle, j'échafaude aussitôt mille projets dont Mohammadi serait l'épicentre.
D'impatience, j'arrive un peu plus tôt, peu avant l'ouverture. Du coup, passant devant le bar bondé, face à l'entrée du magasin, j'aperçois l'éphèbe attablé devant un café-croissant. J'entre, certaine de ne pas trouver de place assise. L'air dépité, j'explore la salle du regard. Il m'a reconnue. D'un geste simple, juste levant la main en resserrant son petit-déjeuner vers lui, il m'invite à m'asseoir.
— Hello !
Bien sûr, tout ça semble tellement téléphoné. Personne ne peut y croire. C'EST LA VÉRITÉ !
Je commande un allongé.
— Vous venez chaque semaine ? Me demande-t-il.
Ce ne sont pas des paroles, j'entends un chant d'orient enrobé au Chutney à la mangue.
— J'habite dans le quartier. Les habitudes sont vite ancrées. Lorsqu'un établissement donne satisfaction. Pourquoi pas ?
— J'aime beaucoup ce job du dimanche. Je fais de belles rencontres, les gens sont plus souriants qu'en semaine. Assurément, vous êtes une de ces personnes exceptionnelles. « Looking at you, I feel a rare human warmth. Oh sorry! » Vous regardant, je ressens une chaleur humaine rare.
— Vous êtes « mentaliste » ? Vous devinez les gens. Par leur comportement ?
— Je suis venu en France avancer mes études en kinesthésie et en kinésiologie. Depuis deux ans, j'ai affuté « my natural instincts », mes instincts naturels. ».
— En quoi je suis une « belle » rencontre, vous l'affirmez d'un tel aplomb ?
— Quand je vous ai vu la première fois, une aura sensuelle enrobait toute votre personne. J'ai remarqué « a strong emotion, a budding desire, » un semblant de trouble, un désir naissant. Peut-être veniez-vous d'entrevoir, ou simplement croiser, dans le magasin, un être jumeau, il aurait déclenché chez vous, « a gear of desires, of lust ». Un engrenage d'envies, de convoitise. Je suis juste débutant, « my guesses, oh sorry! » mes supputations restent imprécises.
Tant pis. J'immerge, ou plutôt, je noie mon regard dans ses yeux de jais. Je suis sans retenue. Je me lâche d'une voix laborieusement détachée. Je bredouille.
— Non, très précises, au contraire. Vous avez tout juste. Je venais de rencontrer l'être... le plus divin physiquement... qu'il ne m'a jamais été donné de voir. Mohammadi... Mohammadi... Je venais de te rencontrer. Pour ne rien te cacher. Pour tout te dire. Je n'en dors plus depuis une semaine.
Tout s'emballe très vite. La serveuse dépose une tasse fumante devant nous.
— Je m'appelle Nadine. Tant pis si je passe pour une folle ou une nymphomane. Je veux en savoir plus sur toi. Si je souhaitais faire ta connaissance... notre différence d'âge te poserait un problème ?
— Quelle différence d'âge ? « You have the consent of your parents, I hope. Oh sorry! » Vos parents sont OK, j'espère ? répond-il, affichant un sourire à consommer sur place.
— À quelle heure termines-tu ton service aujourd'hui ?
— Tôt ! À onze heures trente !
— Et, si je venais te chercher, nous partagerions un apéro en terrasse. En tout bien, tout honneur, bien sûr !
— Qu'est-ce que ça veut dire ? Me demande-t-il de préciser.
- «With honorable intentions, without ulterior motives ». Tu comprends ? Qu'en penses-tu ?
— Sans vouloir vous choquer, Nadine, j'imagine une petite motivation ultérieure. Et, j'y adhère grandement. C'est d'accord, je monterais, « I would enjoy » dans votre carrosse, Princesse !
Je découvre un garçon incroyable, dépassant toutes mes attentes ! Son heure d'embauche met un terme à nos élucubrations, mais ne refroidit en rien mes ardeurs. Mohammadi prend son service. Quelques minutes plus tard, le magasin ouvre ses portes, je remplis mon caddie, évitant un nouveau passage par sa caisse.
Un vrai gentleman ! Je ne l'ai pas attendu une seule seconde. Toujours aussi discret, un petit sac à dos sur l'épaule. Exceptionnellement, je choisis d'accéder à notre appartement par l'ascenseur depuis le parking sous-terrain. Rencontrer un voisin trop curieux n'est pas exclu. Jusqu'au cinquième étage, nous demeurons silencieux. J'apprécie son élégante silhouette, sa taille porte naturellement ses yeux dans les miens. Je chavire. Les senteurs vanille-jasmin envahissent l'habitacle. À son entrée dans notre appartement, je suis saisi d'une légère inquiétude, victime d'un sentiment confus. Trahison vis-à-vis de Christophe. Culpabilité, face à un garçon si jeune. Désir sexuel irrépressible nourri par sa beauté exotique. Me voyant dans la peau d'une prédatrice, j'ai presque honte. Une ravageuse voulant en croquer à tout prix. Mais j'ai tellement envie !
Les agapes sont servies sur la terrasse encore ombragée pour quelques heures. L'aménagement paysager tient cette niche à l'abri des regards indiscrets. Christophe et moi savons en abuser. Le naturisme nous apaise. Mohammadi prend place sur la large banquette :
— Pour un simple apéro, tu as mis « small dishes in large dishes », « les petits plats dans les grands », dit ma collègue Anita. J'adore cette expression bien française.
— Je voulais juste te faire honneur, n'est-ce-pas ainsi qu'il faut recevoir les princes ?
— Sans me connaître, Nadine, tu m'attribues des qualités incroyables, j'en rougis presque, que souhaites-tu découvrir de moi, qui te serait tellement précieux ?
Mi à l'ombre, mi au soleil, Mohammadi m'offre toutes les nuances d'un visage de rêve. Lorsqu'il me parle, je ne l'entends plus. Je pense : « Tout. Je te veux. Je veux être ton esclave, je ramperais à tes pieds afin d'obtenir toutes tes grâces. Me voilà, telle que je suis, prête à m'abandonner, à renoncer à ma pudeur, à oublier mon âge, à faire fi de cette situation incongrue. Mon garçon, je suis à toi. »
Je résume, plus sobrement :
— Tu sembles représenter une porte ouverte sur un monde jusqu'ici inconnu. Tout ton être a provoqué un tourment tellement singulier. Je me suis promis de tout tenter pour en connaître les racines.
- « I thank the Gods for the present that you lay before me ». Merci, merci, je suis honoré. Moi, je pense... Tuer par l'empressement l'enchantement de ces instants serait un gâchis. Je veux goûter tes tapas, boire un peu ce bon vin, ensuite, je te proposerai un cadeau auquel j'ai pensé depuis ce matin.
Non, Mohammadi ne m'a pas remise à ma place. Quoi que ??? Je suis scotchée par son aplomb. Un peu agacée, je lui sers donc toutes les mignardises concoctées à son adresse. Je remplis les verres. Il reprend :
— Parmi les enseignements prodigués par l'institut, une grande importance est accordée aux soins du corps, aux massages, californien, ayurvédique, balinais... À la réflexologie également. Je recherche toujours des partenaires consentant à améliorer ma pratique. Mon cadeau, Nadine, serait de t'offrir une longue séance, ainsi, te permettre d'apprécier les nuances des différentes techniques. Enfin, si... « If I can allow myself to make this proposal to you, of course ».
Dans ma tête, ça fait: “Of course, assurément, bien entendu, avec plaisir, maintenant, tout de suite, toute nue. »
— Oh ! Je serais très flattée de te rendre ce service.
Quelque trente minutes plus tard, il propose :
— Pourrions-nous rester sur la terrasse, durant notre séance ? Il fait encore très bon. En alignant les coussins des banquettes, je serais, pour ma part, très à l'aise. Qu'en penses-tu, Nadine ?
— Ça me va comme un gant, lui répond-je, mettant aussitôt en place l'aire matelassée.
Je cours ensuite enfiler un drap de bain. Ou plutôt, je cours m'enfiler toute nue dans une large serviette. Je ne crains pas l'effet de surprise. Dès mon retour, je m'installe à plat ventre sur les coussins tièdes. Le contact direct de la fibre acrylique sur mes seins et mes cuisses me surprend, je me raidis un peu. J'étale largement le carré d'étoffe sur mes fesses. Pudeur, quand tu nous tiens ! Je suis à toi, Mohammadi. Oh ! Le bougre a laissé tomber jean et t-shirt. Direct en Calvin Klein, blanc immaculé.
— J'ai amené des huiles très connues. L'une aux extraits d'ylang, d'orange et de bois de Hô ; l'autre, pour l'éveil sensuel des plus jeunes, aux huiles de soja, de sésame d'amande douce et d'abricot. Ah ! J'ai aussi une troisième, Plutôt réservée à mes fréquentations plus personnelles.
— Plus personnelles ???
— Tu vas comprendre, il s'agit d'une huile spéciale « massage érotique » au parfum de cannelle et de pomme. Un peu aphrodisiaque, pour des massages de couples, des jeux plus intimes.
Je n'ose pas. Je ne vais pas. Pas déjà. Tiens-toi, Nadine, ne l'effraie pas !
— Je serais assez tentée par le mélange soja-sésame-amande douce. Au début.
Il lève la serviette, la plie, ou plutôt la roule en traversin. D'un effleurement sur ma hanche, il m'invite à installer ce coussin rond improvisé sous mon ventre. En effet, ça relève le bassin. Ses gestes précis augurent bien d'une expérience presque confirmée. Me voilà donc toute nue, livrée aux intentions de Mohammadi, à sa merci. Habituée des hammams, je me détends rapidement. Une petite brise caresse ma peau avide de douceurs.
Je somnole presque. La vision d'un vol de papillons affolés, à la recherche d'une issue, me traverse l'esprit. Mon corps, des pieds à la tête, est balayé du bout de ses doigts. Accroupi sur mon flanc gauche, sans vraiment me toucher, il embrasse ainsi plusieurs fois mes contours tout en courbes, de long en large. Veut-il exorciser quelques ondes mauvaises vouées à rompre le délice de cet instant ?
Mohammadi, glisse à genoux jusqu'à ma tête. Il verse une bonne rasade du baume dédié aux nouveau-nés dans sa paume. Je ferme les yeux. Je ne veux pas voir ce divin postérieur, voilé de coton blanc, tassé sur ses talons chocolat. J'ignore ses cuisses aux courbes épaisses, tendues sur ses mollets glabres, récemment rasés. Je ne veux plus sentir ni la vanille, ni les épices envoûtantes, ni l'entêtant parfum. Il n'existe pas. Depuis le haut de mon cou, d'épaisses gouttes s'écrasent une à une puis s'écoulent lentement sous mes omoplates, le long des côtes, jusqu'à la naissance des seins. L'averse lubrifiante devient plus intense, le ruissellement s'engage jusqu'au creux des reins, puis il me provoque un frisson inévitable en contournant ma hanche la plus affaissée. Je devine à peine le souffle posé de Mohammadi.
Je rêve. Une tourterelle se pose sur mes épaules, ses ailes aux rémiges soyeuses partent en éventail vers mes flancs. Le garçon n'appuie pas, il me parcourt, il me dessine à la plume. Il revient vers ma nuque, les doigts lubrifiés glissent des deux côtés vers les épaules... Longent mes avant-bras maintenant. Les invitent à se détendre pleinement. Un temps, juste avant les coudes, ensuite sur les poignets, Mohammadi exerce une légère pression... D'appropriation peut-être ??? Poursuivant ma chimère, aussitôt, deux chatons espiègles se lancent dans une glissade le long du sillon dorsal, ils stoppent net avant la montée du fessier et retournent à reculons vers le chignon roulé vite fait avant le début du soin. Lui résister est une épreuve, ce garçon se jouerait-il un peu de moi ?
Mohammadi revient sur mon côté gauche, il s'affaire à débusquer les petites raideurs désagréables des trapèzes. En cinq minutes à peine, je deviens, grâce à son toucher subtil, un chamallow docile. Les tensions se sont toutes donné rendez-vous dans mon ventre... J'entends hurler une meute de limiers affamés, prêts à dévorer le moindre morceau. Pourvu qu'il fût offert par Mohammadi. Ses mains parcourent mon dos sans précipitation, prestes, elles officient, très efficaces. À la naissance de ma croupe, là où la moindre grattouille, provoque un incendie, ses doigts se détachent en éventail puis cavalent à chacun sa fesse. Je fonds. Mohammadi a senti mon bassin se relever légèrement, mes cuisses se relâcher. Le chakra du désir s'est ouvert sur le traversin.
— Nadine, aurais-tu la curiosité d'essayer la troisième huile de massage ? Ton consentement est important, vu son usage particulier.
— Je suis à toi, Mohammadi. Je me soumets volontiers à toutes les expériences de douceur provenant de ton imagination. Je vis un rêve éveillé. Merci Mohammadi. Merci.
De son sac, il extirpe une discrète enceinte compacte. Quelques clics sur son IPad initient l'ambiance sonore idéale. Melody Gardot : « My one and only thrill », « Mon seul et unique frisson ».
Provocation, ça se dit comment in English ? Ah ! « Provocation ! »
Nanti de son élixir, Mohammadi s'est tourné vers le bas de mon corps, toujours assis sur ses talons. Il s'en prend maintenant à mon pied gauche. Je me demande bien pourquoi ! Ma voûte plantaire semble du béton lorsque, du charnu de la racine du pouce, il tente de la détendre. Un passage suffit, je m'offre tellement à lui. Elle s'assouplit sans résistance, mes orteils se mettent en éventail, il glisse dans les interstices sans difficulté. Je sais qu'il mesure mon abandon. Le pied gauche ne résiste pas mieux au test de fermeté. Une mollasse, de haut en bas, je suis une grosse mollasse. Son action sur les mollets, bien qu'inutile, lui confirme ma disponibilité.
Il fredonne :
« Wen i'm with my, wole world stands still ». « Quand je suis avec toi, mon monde entier s'arrête... »
Ainsi, Mohammadi a abordé l'intérieur de ma cuisse. Naturellement, inévitablement. Passant le pli du genou, il profite pour relever ma jambe d'équerre, détendant ainsi le biceps et tout le fessier. Sa main remonte à plat jusqu'au creux des reins, revient par l'extérieur de la raie, descend l'entrecuisse jusqu'à la jointure rotulienne.
Des frissons parcourent tout mon être. J'imagine maintenant le sexe de Mohammadi. Les yeux fermés, je le vois, sombre, débordant la ceinture du boxer, un gland énorme, circoncis, emboîté sur un membre tendu, prêt à en découdre. De savoir mes parties intimes livrées au regard d'un homme me rend folle.
Discrètement, entre ses lèvres : « You're my one and only frisson ». Mon unique frisson... Tu parles !
Le garçon affiche un calme olympien. Sans me toucher, il asperge ma rigole de lubrifiant parfumé. Le liquide s'écoule d'abord autour de mon anus puis dégouline le long de mes grandes lèvres, chatouillant fort délicatement au passage, la zone périnéale. Mohammadi s'en tient à masser en alternance l'intérieur de mes cuisses en revenant aussitôt vers mes épaules. J'ai l'impression qu'ils sont plusieurs. Au propre comme au figuré, ça me chauffe un peu. Demeurant au-dessus de ma tête, ses mains, enfin, glissent sans empressement jusqu'à ma fontaine de jouvence. Ça y est, nous y voilà ! Mohammadi touche mon sexe. Oh ! Pas d'affolement ! En remontant, il a juste laissé traîner ses deux majeurs de part et d'autre de ma vulve. Je me suis ouverte. Oh ! Il fait une pause sur ma rosette anale. C'est tout ?
L'homme de l'art est revenu s'asseoir près de ma hanche. Maintenant, il s'attarde franchement sur mon désir. Il glisse alternativement chaque main sur ma vulve, donnant à chacun de ses doigts une mission singulière, le majeur étant délégué à mon clitoris, il me branle d'un tact lesbien. J'ai le souffle court, je vais venir, il le sait. Je suis soudain prise de tremblements incoercibles, je me cambre, je hurle mon bonheur. Continue Mohammadi. Continue. Je jouis encore. C'est bon. Donne-moi du plaisir.
Son pouce me pénètre, il transmet à l'intérieur toutes les perceptions externes du mouvement des doigts sur mon clito. Il ne se lasse pas, en connaisseur, il sait parfaitement où il me mène. Le majeur gauche s'engage en bordure de ma rosette, je me laisse faire. Son doigt demeure à l'entrée, conjuguées, toutes ces sensations me portent une nouvelle fois aux nues. Ce second orgasme me coupe le souffle. Ma joie demeure coincée au fond de ma gorge. C'est trop puissant. Je suis agitée dans tous les sens, Mohammadi laisse faire. Lorsque je reprends mon souffle, nous sommes assis, dans les bras l'un de l'autre, enlacés dans un câlin d'une rare intensité.
Nous desserrons cette étreinte, Mohammadi m'embrasse tendrement, ses lèvres glissent sur les miennes, nos langues se racontent des histoires...
Cette phrase me revient comme si c'était hier. Je ne pourrais jamais dire si ce garçon s'est planté dans l'addition, je n'ai rien vu...
Enfin, si, je l'ai vu, lui. Seulement lui.
Je ne suis, ni une diplômée es « drague en supermarché », ni une névrosée manquant d'affection, encore moins une femelle en jachère sexuelle. Je vais bien. Même très bien. Surtout lorsque, frisant la cinquantaine, je ressens mon corps vibrer à l'unisson de mon cœur, à la vue de la meilleure offre de Dame Nature au rayon « Beaux Gosses Discrets, Charmes Multiples ».
Je m'explique un peu. Nadine, dans ma cinquième dizaine. Nous formons, Christophe et moi un couple uni depuis presque vingt ans. Harmonie parfaite. Indépendants, les enfants logent à quelques heures du foyer familial. Santé, fric ou travail. Zéro problème, tout roule. Une ambition majeure, croquer la vie à pleines dents. Accompagnée de mon chéri. Ou pas !
Ce cri du cœur, je ne l'ai pas juste pensé, je l'ai formulé à voix haute ! Affairé à ranger les courses dans le chariot, surpris, Christophe a très bien entendu :
— Pour ne rien te cacher, je lui ferais volontiers une place entre nous deux, reprend-il, un sourire gourmand vers le garçon.
Et il enchaîne :
— C'est la seconde fois, dans ma vie, qu'un mec me trouble à ce point...
— Ah ! Toi aussi ?
— Une pulsion sexuelle. Une vraie. Je n'en reviens pas. Si tu n'avais rien dit, je n'aurais pas osé t'en parler...
— Il m'a chauffé le bas-ventre, c'est incroyable. Je ne suis pourtant pas une pucelle à jeun, notre séance aux aurores m'a comblée ! Mes mains tremblent encore, regarde, lui dis-je, étendant mes doigts sous son regard amusé.
— On ne va quand même pas remplir un deuxième chariot pour le revoir ! Lance-t-il, amusé de ce petit intermède.
Notre couple est habitué à partager ses sensations. Sur ce coup, il faut le reconnaître, nous sommes ébranlés. Sans exagérer, intensément troublés !
Nous vivons une union assez libre, nous invitons parfois des inconnu(e)s à un after-work, le vendredi... Cette trouvaille est signée, Christophe, suite à notre inscription sur un site libertin. Ça met du piment dans notre vie. Ces rencontres ne sont jamais décevantes. La première fois, il s'agit souvent d'un round d'observation. Nous ne brûlons jamais les étapes. La relation se poursuit, seulement si notre accord est unanime, sans restriction, sur les deux futurs partenaires. Le plus souvent, ces premiers échanges ne dépassent pas la conversation mondaine. Dommage. Dans ce cas, le match retour n'aura pas lieu. Nous nous en excusons toujours élégamment. Fort heureusement, cette quête exigeante nous a aussi procuré les merveilleux souvenirs de soirées torrides.
Quelques couples, rencontrés à plusieurs reprises, nous ont apporté la curiosité, l'élégance et la délicatesse attendues. Ils ont aussi boosté nos désirs, nos initiatives. Nous sommes devenus naturellement bisexuels, notre plus grand bonheur. Cette approche pointilleuse du libertinage demeure sûrement le gage de notre avancée heureuse sur la voie « échangeresse » (de bonnes pratiques, bien entendu !).
Je reviens à notre caissier magnifié. Incontestablement, il nous a bouleversés. Contrairement à d'autres situations similaires, nous ne nous éternisons pas sur le sujet, nous passons vite à autre chose... La vie reprend son cours... Un dimanche ordinaire... Enfin, en apparence seulement. Ce jeune gars s'est immiscé dans mon esprit, à mon insu, sans l'avoir invité. Je me surprends même à fermer les yeux lorsque je suis seule, je renouvelle à l'infini les images furtives écloses ce dimanche matin singulier...
D'abord, il y a eu ses mains de bronze, aux doigts effilés à l'infini, aux ongles parfaitement entretenus. Ses paluches racées saisissant en douceur, les articles entassés sur le tapis. Il les scanne, au ralenti, sans empressement. Oublions les petits-beurre, les lentilles. Même la farine. Arrêtons-nous un instant, sur les fruits exotiques, sur les légumes. Les cucurbitacées. Qu'il attrape donc un concombre, une courgette ou mieux encore, une aubergine. Je frôle la syncope ! Une fourmilière enfiévrée s'installe dans mon bas-ventre. Mes seins me rappellent leur abandon, sans soutif, au frottement du tulle brodé de mon top transparent. Je le sais, ma poitrine va se tendre sans tarder. J'ai envie. Envie de cet inconnu.
Il ne semble pas très grand. Sur son badge : Mohammadi. Tee-shirt blanc, bien moulant. Pas encore l'uniforme du magasin. Sûrement une nouvelle recrue à l'essai. Imitant un string Beyoncéen, l'emmanchure courte du polo n'en peut plus, devoir supporter une épaule aussi bien travaillée, quel calvaire ! Les pecs sont soigneusement cultivés en harmonie, carrés sans exagération, ils révèlent deux tétons saillants à mordiller. Ce col en V dégage bien son encolure veloutée dépourvue d'anomalie.
Malgré la profusion d'effluves envahissant ce magasin. Un parfum Vanille, Vanille-Épices plutôt. SAUVAGE de DIOR. Il a dû mettre le paquet ce matin !
La bouche. Ah ! La bouche de Mohammadi. Un fruit. Un fruit de mer. Un extraterrestre organe sensuel. Un sexe féminin. Je ne sais plus. Deux replis brun-foncé. Légèrement relevés à la commissure. Un sourire permanent, ostensiblement ouvert sur une rangée d'incisives d'ivoire brillant. Double ourlet pulpeux lustré au subtil passage d'une langue rosée.
Je le croque maintenant, ou j'appelle le vigile. C'est un délit caractérisé d'incitation au désir sexuel ??? Tiens-toi, Nadine. Tu vas affoler les clients.
Mohammadi ne m'a pas encore regardée. Il règle son compte à la personne me précédant. Insensible, la sotte, à cet instant surréaliste qu'il m'est donné de vivre.
Sa lèvre supérieure est surlignée d'une petite moustache discrète l'accréditant sûrement de quelques mois supplémentaires... Ce garçon doit avoir une vingtaine d'années, au pif. Ah oui, son nez. Son nez célèbre la perfection ! Rien ne m'étonne plus ! De profil, je constate des cils d'une longueur exceptionnelle. Au point de me demander s'il ne s'agit pas d'implants éphémères.
— Bonjour, Madame... Avec une pointe d'accent.
— Heu... Bonjour. Ah ! Vous êtes nouveau, je vous vois ici. La première fois.
— Un job d'étudiant. Le dimanche et les jours fériés. Répond-il poliment. L'accent est Anglais, ou Écossais, ou Gallois. M'en fout !
Il m'a vu, Mohammadi m'a considérée. Il a levé son beau visage vers moi, ses cils ont dévoilé son regard sombre aux éclats de noisette, d'une rare douceur. Souvenez-vous... La compassion de la mère de Bambi, lorsqu'elle approuve les premiers pas du jeune faon ? Voilà, c'est ça. C'est ce regard. Je deviens soudain Bambi, je ressens le besoin urgent d'un gros câlin.
Il me parle des produits choisis ce matin, évoque une recette. Sa voix grave. Un lama récitant un mantra envoûtant. J'aspire à l'Éveil Éternel. J'ai la bouche sèche. Du dos de la main, il relève une longue boucle brune venue s'échouer au travers de son front. Dans ce geste anodin, je trouve aussi matière à intensifier ma confusion, à m'exciter. À le désirer plus encore.
— Quatre-vingt-sept euros quarante-deux cents, Madame, avez-vous la carte du magasin ?
— Oui... Oui...
Fouillant fébrilement dans mon sac, recherchant cette fichue carte... Pourquoi je bafouille ?
Maintenant, le code de ma CB est erroné ! Ah, zut ! 2369. Pas 6923. Et puis merde, enfin quelle idée ce 69 !
— Au revoir, madame. Passez une excellente journée. J'espère vous revoir bientôt dans notre magasin.
— Au revoir. À très bientôt sûrement.
De la semaine, face à Christophe, j'évite tout commentaire sur cette anecdote dominicale. Je n'ai qu'une seule idée, y retourner dimanche prochain. Surtout ne pas être accompagnée. Heureux hasard ! Jean-Jacques, un pote de mon homme, lui propose une mâle escapade. Dimanche, ils décollent dès sept heures, direction le golf à Seignosse, à deux heures par l'autoroute.
Que les Mânes du Birdie vous accompagnent les gars, vous protègent... Et me foutent la paix.
Je deviens folle, j'échafaude aussitôt mille projets dont Mohammadi serait l'épicentre.
D'impatience, j'arrive un peu plus tôt, peu avant l'ouverture. Du coup, passant devant le bar bondé, face à l'entrée du magasin, j'aperçois l'éphèbe attablé devant un café-croissant. J'entre, certaine de ne pas trouver de place assise. L'air dépité, j'explore la salle du regard. Il m'a reconnue. D'un geste simple, juste levant la main en resserrant son petit-déjeuner vers lui, il m'invite à m'asseoir.
— Hello !
Bien sûr, tout ça semble tellement téléphoné. Personne ne peut y croire. C'EST LA VÉRITÉ !
Je commande un allongé.
— Vous venez chaque semaine ? Me demande-t-il.
Ce ne sont pas des paroles, j'entends un chant d'orient enrobé au Chutney à la mangue.
— J'habite dans le quartier. Les habitudes sont vite ancrées. Lorsqu'un établissement donne satisfaction. Pourquoi pas ?
— J'aime beaucoup ce job du dimanche. Je fais de belles rencontres, les gens sont plus souriants qu'en semaine. Assurément, vous êtes une de ces personnes exceptionnelles. « Looking at you, I feel a rare human warmth. Oh sorry! » Vous regardant, je ressens une chaleur humaine rare.
— Vous êtes « mentaliste » ? Vous devinez les gens. Par leur comportement ?
— Je suis venu en France avancer mes études en kinesthésie et en kinésiologie. Depuis deux ans, j'ai affuté « my natural instincts », mes instincts naturels. ».
— En quoi je suis une « belle » rencontre, vous l'affirmez d'un tel aplomb ?
— Quand je vous ai vu la première fois, une aura sensuelle enrobait toute votre personne. J'ai remarqué « a strong emotion, a budding desire, » un semblant de trouble, un désir naissant. Peut-être veniez-vous d'entrevoir, ou simplement croiser, dans le magasin, un être jumeau, il aurait déclenché chez vous, « a gear of desires, of lust ». Un engrenage d'envies, de convoitise. Je suis juste débutant, « my guesses, oh sorry! » mes supputations restent imprécises.
Tant pis. J'immerge, ou plutôt, je noie mon regard dans ses yeux de jais. Je suis sans retenue. Je me lâche d'une voix laborieusement détachée. Je bredouille.
— Non, très précises, au contraire. Vous avez tout juste. Je venais de rencontrer l'être... le plus divin physiquement... qu'il ne m'a jamais été donné de voir. Mohammadi... Mohammadi... Je venais de te rencontrer. Pour ne rien te cacher. Pour tout te dire. Je n'en dors plus depuis une semaine.
Tout s'emballe très vite. La serveuse dépose une tasse fumante devant nous.
— Je m'appelle Nadine. Tant pis si je passe pour une folle ou une nymphomane. Je veux en savoir plus sur toi. Si je souhaitais faire ta connaissance... notre différence d'âge te poserait un problème ?
— Quelle différence d'âge ? « You have the consent of your parents, I hope. Oh sorry! » Vos parents sont OK, j'espère ? répond-il, affichant un sourire à consommer sur place.
— À quelle heure termines-tu ton service aujourd'hui ?
— Tôt ! À onze heures trente !
— Et, si je venais te chercher, nous partagerions un apéro en terrasse. En tout bien, tout honneur, bien sûr !
— Qu'est-ce que ça veut dire ? Me demande-t-il de préciser.
- «With honorable intentions, without ulterior motives ». Tu comprends ? Qu'en penses-tu ?
— Sans vouloir vous choquer, Nadine, j'imagine une petite motivation ultérieure. Et, j'y adhère grandement. C'est d'accord, je monterais, « I would enjoy » dans votre carrosse, Princesse !
Je découvre un garçon incroyable, dépassant toutes mes attentes ! Son heure d'embauche met un terme à nos élucubrations, mais ne refroidit en rien mes ardeurs. Mohammadi prend son service. Quelques minutes plus tard, le magasin ouvre ses portes, je remplis mon caddie, évitant un nouveau passage par sa caisse.
Un vrai gentleman ! Je ne l'ai pas attendu une seule seconde. Toujours aussi discret, un petit sac à dos sur l'épaule. Exceptionnellement, je choisis d'accéder à notre appartement par l'ascenseur depuis le parking sous-terrain. Rencontrer un voisin trop curieux n'est pas exclu. Jusqu'au cinquième étage, nous demeurons silencieux. J'apprécie son élégante silhouette, sa taille porte naturellement ses yeux dans les miens. Je chavire. Les senteurs vanille-jasmin envahissent l'habitacle. À son entrée dans notre appartement, je suis saisi d'une légère inquiétude, victime d'un sentiment confus. Trahison vis-à-vis de Christophe. Culpabilité, face à un garçon si jeune. Désir sexuel irrépressible nourri par sa beauté exotique. Me voyant dans la peau d'une prédatrice, j'ai presque honte. Une ravageuse voulant en croquer à tout prix. Mais j'ai tellement envie !
Les agapes sont servies sur la terrasse encore ombragée pour quelques heures. L'aménagement paysager tient cette niche à l'abri des regards indiscrets. Christophe et moi savons en abuser. Le naturisme nous apaise. Mohammadi prend place sur la large banquette :
— Pour un simple apéro, tu as mis « small dishes in large dishes », « les petits plats dans les grands », dit ma collègue Anita. J'adore cette expression bien française.
— Je voulais juste te faire honneur, n'est-ce-pas ainsi qu'il faut recevoir les princes ?
— Sans me connaître, Nadine, tu m'attribues des qualités incroyables, j'en rougis presque, que souhaites-tu découvrir de moi, qui te serait tellement précieux ?
Mi à l'ombre, mi au soleil, Mohammadi m'offre toutes les nuances d'un visage de rêve. Lorsqu'il me parle, je ne l'entends plus. Je pense : « Tout. Je te veux. Je veux être ton esclave, je ramperais à tes pieds afin d'obtenir toutes tes grâces. Me voilà, telle que je suis, prête à m'abandonner, à renoncer à ma pudeur, à oublier mon âge, à faire fi de cette situation incongrue. Mon garçon, je suis à toi. »
Je résume, plus sobrement :
— Tu sembles représenter une porte ouverte sur un monde jusqu'ici inconnu. Tout ton être a provoqué un tourment tellement singulier. Je me suis promis de tout tenter pour en connaître les racines.
- « I thank the Gods for the present that you lay before me ». Merci, merci, je suis honoré. Moi, je pense... Tuer par l'empressement l'enchantement de ces instants serait un gâchis. Je veux goûter tes tapas, boire un peu ce bon vin, ensuite, je te proposerai un cadeau auquel j'ai pensé depuis ce matin.
Non, Mohammadi ne m'a pas remise à ma place. Quoi que ??? Je suis scotchée par son aplomb. Un peu agacée, je lui sers donc toutes les mignardises concoctées à son adresse. Je remplis les verres. Il reprend :
— Parmi les enseignements prodigués par l'institut, une grande importance est accordée aux soins du corps, aux massages, californien, ayurvédique, balinais... À la réflexologie également. Je recherche toujours des partenaires consentant à améliorer ma pratique. Mon cadeau, Nadine, serait de t'offrir une longue séance, ainsi, te permettre d'apprécier les nuances des différentes techniques. Enfin, si... « If I can allow myself to make this proposal to you, of course ».
Dans ma tête, ça fait: “Of course, assurément, bien entendu, avec plaisir, maintenant, tout de suite, toute nue. »
— Oh ! Je serais très flattée de te rendre ce service.
Quelque trente minutes plus tard, il propose :
— Pourrions-nous rester sur la terrasse, durant notre séance ? Il fait encore très bon. En alignant les coussins des banquettes, je serais, pour ma part, très à l'aise. Qu'en penses-tu, Nadine ?
— Ça me va comme un gant, lui répond-je, mettant aussitôt en place l'aire matelassée.
Je cours ensuite enfiler un drap de bain. Ou plutôt, je cours m'enfiler toute nue dans une large serviette. Je ne crains pas l'effet de surprise. Dès mon retour, je m'installe à plat ventre sur les coussins tièdes. Le contact direct de la fibre acrylique sur mes seins et mes cuisses me surprend, je me raidis un peu. J'étale largement le carré d'étoffe sur mes fesses. Pudeur, quand tu nous tiens ! Je suis à toi, Mohammadi. Oh ! Le bougre a laissé tomber jean et t-shirt. Direct en Calvin Klein, blanc immaculé.
— J'ai amené des huiles très connues. L'une aux extraits d'ylang, d'orange et de bois de Hô ; l'autre, pour l'éveil sensuel des plus jeunes, aux huiles de soja, de sésame d'amande douce et d'abricot. Ah ! J'ai aussi une troisième, Plutôt réservée à mes fréquentations plus personnelles.
— Plus personnelles ???
— Tu vas comprendre, il s'agit d'une huile spéciale « massage érotique » au parfum de cannelle et de pomme. Un peu aphrodisiaque, pour des massages de couples, des jeux plus intimes.
Je n'ose pas. Je ne vais pas. Pas déjà. Tiens-toi, Nadine, ne l'effraie pas !
— Je serais assez tentée par le mélange soja-sésame-amande douce. Au début.
Il lève la serviette, la plie, ou plutôt la roule en traversin. D'un effleurement sur ma hanche, il m'invite à installer ce coussin rond improvisé sous mon ventre. En effet, ça relève le bassin. Ses gestes précis augurent bien d'une expérience presque confirmée. Me voilà donc toute nue, livrée aux intentions de Mohammadi, à sa merci. Habituée des hammams, je me détends rapidement. Une petite brise caresse ma peau avide de douceurs.
Je somnole presque. La vision d'un vol de papillons affolés, à la recherche d'une issue, me traverse l'esprit. Mon corps, des pieds à la tête, est balayé du bout de ses doigts. Accroupi sur mon flanc gauche, sans vraiment me toucher, il embrasse ainsi plusieurs fois mes contours tout en courbes, de long en large. Veut-il exorciser quelques ondes mauvaises vouées à rompre le délice de cet instant ?
Mohammadi, glisse à genoux jusqu'à ma tête. Il verse une bonne rasade du baume dédié aux nouveau-nés dans sa paume. Je ferme les yeux. Je ne veux pas voir ce divin postérieur, voilé de coton blanc, tassé sur ses talons chocolat. J'ignore ses cuisses aux courbes épaisses, tendues sur ses mollets glabres, récemment rasés. Je ne veux plus sentir ni la vanille, ni les épices envoûtantes, ni l'entêtant parfum. Il n'existe pas. Depuis le haut de mon cou, d'épaisses gouttes s'écrasent une à une puis s'écoulent lentement sous mes omoplates, le long des côtes, jusqu'à la naissance des seins. L'averse lubrifiante devient plus intense, le ruissellement s'engage jusqu'au creux des reins, puis il me provoque un frisson inévitable en contournant ma hanche la plus affaissée. Je devine à peine le souffle posé de Mohammadi.
Je rêve. Une tourterelle se pose sur mes épaules, ses ailes aux rémiges soyeuses partent en éventail vers mes flancs. Le garçon n'appuie pas, il me parcourt, il me dessine à la plume. Il revient vers ma nuque, les doigts lubrifiés glissent des deux côtés vers les épaules... Longent mes avant-bras maintenant. Les invitent à se détendre pleinement. Un temps, juste avant les coudes, ensuite sur les poignets, Mohammadi exerce une légère pression... D'appropriation peut-être ??? Poursuivant ma chimère, aussitôt, deux chatons espiègles se lancent dans une glissade le long du sillon dorsal, ils stoppent net avant la montée du fessier et retournent à reculons vers le chignon roulé vite fait avant le début du soin. Lui résister est une épreuve, ce garçon se jouerait-il un peu de moi ?
Mohammadi revient sur mon côté gauche, il s'affaire à débusquer les petites raideurs désagréables des trapèzes. En cinq minutes à peine, je deviens, grâce à son toucher subtil, un chamallow docile. Les tensions se sont toutes donné rendez-vous dans mon ventre... J'entends hurler une meute de limiers affamés, prêts à dévorer le moindre morceau. Pourvu qu'il fût offert par Mohammadi. Ses mains parcourent mon dos sans précipitation, prestes, elles officient, très efficaces. À la naissance de ma croupe, là où la moindre grattouille, provoque un incendie, ses doigts se détachent en éventail puis cavalent à chacun sa fesse. Je fonds. Mohammadi a senti mon bassin se relever légèrement, mes cuisses se relâcher. Le chakra du désir s'est ouvert sur le traversin.
— Nadine, aurais-tu la curiosité d'essayer la troisième huile de massage ? Ton consentement est important, vu son usage particulier.
— Je suis à toi, Mohammadi. Je me soumets volontiers à toutes les expériences de douceur provenant de ton imagination. Je vis un rêve éveillé. Merci Mohammadi. Merci.
De son sac, il extirpe une discrète enceinte compacte. Quelques clics sur son IPad initient l'ambiance sonore idéale. Melody Gardot : « My one and only thrill », « Mon seul et unique frisson ».
Provocation, ça se dit comment in English ? Ah ! « Provocation ! »
Nanti de son élixir, Mohammadi s'est tourné vers le bas de mon corps, toujours assis sur ses talons. Il s'en prend maintenant à mon pied gauche. Je me demande bien pourquoi ! Ma voûte plantaire semble du béton lorsque, du charnu de la racine du pouce, il tente de la détendre. Un passage suffit, je m'offre tellement à lui. Elle s'assouplit sans résistance, mes orteils se mettent en éventail, il glisse dans les interstices sans difficulté. Je sais qu'il mesure mon abandon. Le pied gauche ne résiste pas mieux au test de fermeté. Une mollasse, de haut en bas, je suis une grosse mollasse. Son action sur les mollets, bien qu'inutile, lui confirme ma disponibilité.
Il fredonne :
« Wen i'm with my, wole world stands still ». « Quand je suis avec toi, mon monde entier s'arrête... »
Ainsi, Mohammadi a abordé l'intérieur de ma cuisse. Naturellement, inévitablement. Passant le pli du genou, il profite pour relever ma jambe d'équerre, détendant ainsi le biceps et tout le fessier. Sa main remonte à plat jusqu'au creux des reins, revient par l'extérieur de la raie, descend l'entrecuisse jusqu'à la jointure rotulienne.
Des frissons parcourent tout mon être. J'imagine maintenant le sexe de Mohammadi. Les yeux fermés, je le vois, sombre, débordant la ceinture du boxer, un gland énorme, circoncis, emboîté sur un membre tendu, prêt à en découdre. De savoir mes parties intimes livrées au regard d'un homme me rend folle.
Discrètement, entre ses lèvres : « You're my one and only frisson ». Mon unique frisson... Tu parles !
Le garçon affiche un calme olympien. Sans me toucher, il asperge ma rigole de lubrifiant parfumé. Le liquide s'écoule d'abord autour de mon anus puis dégouline le long de mes grandes lèvres, chatouillant fort délicatement au passage, la zone périnéale. Mohammadi s'en tient à masser en alternance l'intérieur de mes cuisses en revenant aussitôt vers mes épaules. J'ai l'impression qu'ils sont plusieurs. Au propre comme au figuré, ça me chauffe un peu. Demeurant au-dessus de ma tête, ses mains, enfin, glissent sans empressement jusqu'à ma fontaine de jouvence. Ça y est, nous y voilà ! Mohammadi touche mon sexe. Oh ! Pas d'affolement ! En remontant, il a juste laissé traîner ses deux majeurs de part et d'autre de ma vulve. Je me suis ouverte. Oh ! Il fait une pause sur ma rosette anale. C'est tout ?
L'homme de l'art est revenu s'asseoir près de ma hanche. Maintenant, il s'attarde franchement sur mon désir. Il glisse alternativement chaque main sur ma vulve, donnant à chacun de ses doigts une mission singulière, le majeur étant délégué à mon clitoris, il me branle d'un tact lesbien. J'ai le souffle court, je vais venir, il le sait. Je suis soudain prise de tremblements incoercibles, je me cambre, je hurle mon bonheur. Continue Mohammadi. Continue. Je jouis encore. C'est bon. Donne-moi du plaisir.
Son pouce me pénètre, il transmet à l'intérieur toutes les perceptions externes du mouvement des doigts sur mon clito. Il ne se lasse pas, en connaisseur, il sait parfaitement où il me mène. Le majeur gauche s'engage en bordure de ma rosette, je me laisse faire. Son doigt demeure à l'entrée, conjuguées, toutes ces sensations me portent une nouvelle fois aux nues. Ce second orgasme me coupe le souffle. Ma joie demeure coincée au fond de ma gorge. C'est trop puissant. Je suis agitée dans tous les sens, Mohammadi laisse faire. Lorsque je reprends mon souffle, nous sommes assis, dans les bras l'un de l'autre, enlacés dans un câlin d'une rare intensité.
Nous desserrons cette étreinte, Mohammadi m'embrasse tendrement, ses lèvres glissent sur les miennes, nos langues se racontent des histoires...
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vivement la suite