Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Une autre Vie — Chapitre 1 · Voix anonyme
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Une autre Vie
Chapitre 1 · Voix anonyme
La chaleur est étouffante. Du fond de ma somnolence nocturne, j'ai le pressentiment que les premières gouttes commencent à tomber. Elles claquent sur les petites tuiles de la remise, de l'atelier en fait. Je repousse le drap, seul obstacle à ma nudité. Et j'approche mon visage de la fenêtre béante. Là, ça sent le soufre et l'humidité. L'air se charge d'une sorte d'électricité qui me fait transpirer davantage. Au loin, sur la montagne qui me fait face… des éclairs. Pas encore le bruit qui d'ordinaire les accompagne. Non ! Il est lointain cet orage, mais semble enfin venir rafraichir cette nuit poisseuse.
Les gouttes se font plus persistantes, plus bruyantes également sans pour autant faire baisser la température caniculaire. Ça y est ! Le premier grondement du tonnerre vient de me faire sursauter. Et dans la lumière vive d'un éclair, je crois apercevoir deux silhouettes enlacées. Deux frimousses dont les lèvres viennent se souder comme pour me narguer. Fugace image qui s'éteint avec le retour de l'obscurité que le roulement orageux sinistre troue d'un claquement nettement plus proche de moi. Il pleut ! Sur le sol à la terre trop sèche, mais également sur mon cœur meurtri et trop vide de toi.
Toi ! Oui toi, qui au creux d'un autre lit, avec l'autre, dois bien rire de m'avoir si souvent bernée. Il n'y a plus de larmes au fond de mes yeux d'un bleu trop délavé d'en avoir laissé s'échapper de si nombreuses. Ce qui coule sur ma joue, ce sont les pleurs de ce ciel qui s'associent à ma peine. Salaud de mec parti vers une plus belle, vers une plus jeune. Un long frisson parcourt mon échine et d'un geste machinal les deux ouvrants de la baie se referment. Sur l'orage, tout aussi surement que sur mes illusions. Retour sur la couche trop grande pour mon corps, trop riche également en souvenirs. Ceux de ces moments que désormais tu offres à la nouvelle.
Fichu sommeil qui me refuse l'oubli. Combien de nuits ai-je passées à compter des moutons devenus étoiles, parce que relevée par trop d'insomnies ? Bras ballants, mains inutiles qui se remémorent de savants câlins, lesquels m'obsèdent et m'interdisent de dormir dès que les heures sombres m'entourent. Avec la disparition nuiteuse des paysages des environs, de longues files de fantômes sont si promptes à m'assaillir. Que te fait-elle de plus que ce que je t'ai donné ? Mes doigts, ma bouche, mon cœur, si souvent à l'ouvrage pour te serrer, te dire sans mots cet amour qui ce soir me tue à petit feu, tous sont devenus encombrants.
Sur ton épaule, un grain de beauté que mes ongles ont effleuré tant de fois… l'autre en connait-elle désormais tous les contours ? Insupportable image que celle de te deviner allongé sur elle, ou dessous comme tu aimais l'être en ma compagnie. Elle a le meilleur, il ne me reste que mes peurs. Je sais chacun de tes soupirs, connais tous tes rictus, avant, pendant et même ceux d'après. Tes petites manies d'homme satisfait qui vient de jouir, et c'est bien là que le bât blesse. J'entends ses soupirs, je hais ses gémissements. Ceux que tu lui procures en lui labourant les reins. Oui… c'est cette autre qui vit désormais ces instants magiques qui ne devraient appartenir qu'à moi.
— xxXXxx —
L'orage a cogné fort, presque toute la nuit. Ce matin, les feuilles arrachées par le vent jonchent la pelouse. Plus tondue depuis… est-ce si important ? Combien d'heures, front appuyé sur les carreaux ai-je suivi les zébrures électriques qui rayaient l'obscurité, ai-je passé là ? Le linge… le mien mis à séché sur le parapluie dehors… dégouline de flotte. Drôle comme il ressemble à mon cerveau détrempé qui croule sous des souvenirs que je maudis. Serviettes de toilette, mais aussi culottes et soutien-gorge pendent lamentablement, épinglés au bout d'un fil, me rappelant cette marionnette dont le front reste accolé à la vitre froide.
L'autre ! A-t-elle tout comme moi la trouille de l'orage ? Est-ce que tu l'as prise contre toi ? S'est-elle blottie sur ta poitrine, la même qui avant me protégeait ? Oh ! Je ne lui en veux pas, plus vraiment. Le seul fautif dans cette affaire, c'est… toi ! Ou l'amour ! Je ne sais plus trop quoi penser. Forcément nous étions trois… Une de trop et d'un coup le choix devenait évident. Entre l'autre et moi, sa jeunesse et mes rides… ces pattes d'oie au coin de mes yeux, défaveur certaine, déséquilibre fatale. Un combat perdu d'avance, celui de mes seins alourdis, celui de ces ans qui déforment l'âme et le corps. Duel inégal, bataille d'où je ne pouvais que sortir vaincue.
Quand ai-je cessé de me battre ? Bien avant ton départ pour une vie nouvelle sans doute. Lorsque l'on prend pour acquis les jours heureux, nous toutes, femmes du monde devrions être là, tellement plus vigilantes. L'aube qui fait renaitre un jour sans saveur vient blanchir les cimes des grands arbres et dans les rues combien sommes-nous à ne plus rien attendre de ces heures claires ? Je devrais, je dois, j'aurais dû ! Oui ? Mais quoi ? Impuissante devant le fait accompli, je n'ai plus d'autre choix que de ruminer tout ce qui n'est plus. Tes mots… ils restent là, bloqués dans une caboche qui ne réagit plus.
Je m'en souviens…
— Tu sais… nous deux, c'est fini. Nous ne pouvons plus continuer. Je ne veux pas te faire de mal, ni que nous nous déchirions. Nous avons vécu le plus beau… Mélanie !
— Pourquoi ? Qu'a-t-elle de plus que moi ?
—… Non ! N'allons pas sur ce terrain, celui des différences, celui des comparaisons. Elle est seulement et juste « elle ».
—… ? Toutes ces années à me jurer un grand amour… à me dire des « je t'aime » longs comme le bras ? Du vent, des mensonges ? Oubliés, envolés… ? Tu me sacrifies sur l'autel de tes amours nouvelles ?
— Pas de grands mots ! Restons seulement raisonnables, je t'en supplie. Je suis amoureux et c'est déjà si compliqué de te l'annoncer… je pars, mais tu restes la femme avec un « F » majuscule, celle que j'ai aimée par-dessus tout.
— Pourquoi ? Qu'a-t-elle de plus que moi ?
—… Non ! N'allons pas sur ce terrain, celui des différences, celui des comparaisons. Elle est seulement et juste « elle ».
—… ? Toutes ces années à me jurer un grand amour… à me dire des « je t'aime » longs comme le bras ? Du vent, des mensonges ? Oubliés, envolés… ? Tu me sacrifies sur l'autel de tes amours nouvelles ?
— Pas de grands mots ! Restons seulement raisonnables, je t'en supplie. Je suis amoureux et c'est déjà si compliqué de te l'annoncer… je pars, mais tu restes la femme avec un « F » majuscule, celle que j'ai aimée par-dessus tout.
Il s'était frappé l'endroit où je me blottissais si souvent... avant. Là où son index sur son grand cœur sonnait le glas de toutes nos années, de mes espérances. Pourquoi ? Y a-t-il seulement une réponse à ce genre de question ? Et si j'avais été à sa place ? Aurais-je tergiversé pour lui dire crument que nous ne continuerions plus côte à côte ? Que nos routes allaient se séparer ? Bien sûr qu'il avait pris l'unique décision qui s'imposait. Mais Bon Dieu que c'était… non que c'est encore si douloureux. Personne n'est jamais préparé à une rupture aussi brutale. Rien ne me laissait prévoir la nôtre. Pas de cette façon, c'est certain.
— xxXXxx —
Adèle, mon amie, celle qui partage mon plus lourd secret, me tanne le cuir pour sortir. Comment dit-elle ? Refaire ma vie ! Mais à quarante-deux ans, je ne sais même plus comment on fait ni ce que ça veut dire, « refaire ma vie ». J'ai peur du regard des gens, de mes collègues au bureau, de leur messe basse lorsque je tourne le dos. Plus envie non plus de rentrer chez moi, puisque royalement, tu m'as laissé la maison. L'autre t'héberge donc ? Et mon cerveau me ramène à ces images. Elle sur toi, toi sur elle, lui fais-tu tout ce qui nous réunissait dans ces instants magiques que nous partagions ? Bien sûr ! Quelle idiote ! Pourquoi devrait-il en être autrement ? Elle est faite du bois dont on fait les plus belles putes.
Et moi ? Pour toi, en étais-je une aussi ? Pas suffisamment puisque tu es chez elle ! Drôle d'idée ! Elle te suce aussi cette… salope ? Parce que tu les aimais mes lèvres quand… quelle question ! Elle est plus jeune, plus à l'aise avec ça. Moi, tu m'avais prise vierge et tout ce que je sais c'est à toi que je le dois. Mais ce n'était surement pas suffisant, puisque tu es loin aujourd'hui ! Ça tourne en boucle sous ma tignasse. J'ai la nette impression aussi que… je pue. Je devrais faire un effort, prendre une douche, sortir, comme dit Adèle. Aller draguer… comme si c'était naturel de faire des rencontres après vingt ans de mariage !
Comment fait-on pour draguer du reste ? Ai-je jamais su le faire ? La séduction, voici un obstacle de plus sur mon chemin de croix. Il y a un sacré fossé entre croiser journellement des gens de manière anonyme et chercher à les séduire. Si je dois le reconnaitre, des tas de types dans ma vie ont eu des envies de moi, c'était plus sexuel qu'amoureux. Regards qui frôlent, qui déshabillent, lueurs lubriques dans les prunelles, rien à voir avec les valeurs qui sont les miennes. Dans tes quinquets, il y avait cette petite étincelle qui faisait que tu étais… unique. Et ce feu-là, il est dévolu à l'autre maintenant.
Le cadre sur la crédence, celui où robe blanche et costume montrent un couple souriant, m'est odieux. Ma main dans une arabesque brutale le plaque image contre le plateau de bois. Dérisoire colère contre une photographie d'un temps plus heureux. Sur la table du salon, les papiers de ton avocat. Convocation pour une « réconciliation » dont je mesure déjà la souffrance. Pas question demain de te montrer cette douleur qui me ronge. Oui ! Demain ou un autre demain, un juge va défaire ce qu'un curé et un maire ont uni, ce que je croyais indestructible. Tout part à vau-l'eau. Ma vie se détricote, coule en lambeaux de brume sur un fond de pleurs.
Vingt heures… le pire des moments, celui où ressurgissent en vagues les fantômes. Je me sens souvent dès le soleil couché plus mal que dans la journée. Et voilà que la sonnerie de mon téléphone me rappelle qu'autour de moi, les gens vivent toujours, eux. Un instant je pense qu'Adèle va encore essayer de me faire sortir. Non ! Un numéro inconnu. Trop tard pour ne pas décrocher, mon index vient d'appuyer sur la touche verte.
— Allo ! Viviane… c'est difficile de te joindre depuis quelques jours.
— Allo ! Pardon, mais vous devez faire erreur, Monsieur. Je ne m'appelle pas Viviane.
— Ah ? Vous avez une bien jolie voix… vous me faites marcher n'est-ce pas ?
— Je vous assure que non ! Je ne vous connais pas et ne connais pas de Viviane.
— Ça ne fait rien. Je peux discuter un peu avec vous, si vous le voulez bien.
— Comment avez-vous eu ce numéro ?
— Allons… j'ai dû me tromper d'un chiffre… mais je vous assure que vous avez un timbre de voix superbe… Vous voulez bien m'écouter un instant ?
— Je n'ai rien à vous dire. Il se fait tard et je suis lasse de ma journée.
— Je comprends… mais nous avons tous nos petits tracas, nos problèmes et un échange verbal ne coute que quelques minutes.
— Votre « Viviane va s'inquiéter… je vous suggère de refaire son numéro, si vous tenez tant que cela à lui parler…
— S'inquiéter ? Mais elle s'en fiche elle de moi ou des autres. Je la paie bien pour les dix ou quinze minutes de dialogue entre elle et moi…
— Vous la quoi ? Je ne pige pas vraiment.
— Ben oui… j'en suis là madame. Arriver à payer pour le son d'une voix, pour un moment moins solitaire, vous imaginez ma détresse ?
— Vous… c'est une hôtesse téléphonique votre « Viviane » ?
— Oui… et au bout du fil elles se prénomment toutes Viviane. Mais je suis veuf et complètement à la ramasse. Je ne sais plus comment entrer en contact avec les gens. Pas de proches, pas d'enfants… je donnerais tout ce que j'ai pour un vrai dialogue avec une personne « normale ».
— Mais… vous lui demandez quoi à cette… hôtesse ?
— Oh ! Ça dépend ! Ce soir je paie… ou devais payer pour un quart d'heure ou je pourrais assouvir certaines de mes pulsions…
— Pulsions ? Vous êtes un pervers…
— Père non ! Vert non plus, j'ai cinquante-sept ans. Mais je plaisante, vous l'avez bien saisi ! Oui… j'aime les dialogues, comment vous dire… osés. Ces filles-là font semblant de faire ce qu'on leur demande… je suppose qu'elles ne le font pas réellement.
— Vous leur demandez quel genre de service ?
— Ça vous intéresse ? Vraiment ? J'en serais ravi… madame.
— Mais non ! C'est simplement de la curiosité, malvenue je vous le concède.
— Vous… pardon pour la question, mais vous ne voudriez pas juste pour ce soir, jouer le jeu ?
—…
— Par exemple, me dire là, comment vous êtes vêtue ?
— Là… mais… je ne suis pas votre interlocutrice… je ne sais pas…
— Juste une fois ! Juste ce soir… vous alliez vous coucher ?
— Non ! J'allais regarder le film.
— Dans quelle tenue, madame, s'il vous plait…
— En chemise de nuit.
— Sexy ?
— Je n'ai plus personne à qui plaire, alors non ! Pas sexy, vraiment.
— Plus personne ? Vous êtes donc comme moi, seule ?
— Aucune envie de parler de cela avec vous. C'est mon histoire, c'est tout.
— Je comprends. Mais là… pour deux ou trois minutes… vous m'écoutez ?
— Je vous entends… je ne suis pas une de vos amies hôtesses !
— La solitude ne vous pèse-t-elle donc pas ? Moi, elle m'est insupportable. Et puis je vous imagine jolie, un corps qui va avec la voix bien sûr.
—…
— Vous avez de beaux seins ? Ils sont libres là, sous le tissu ?
— Enfin… je viens de vous dire que je ne veux pas…
— S'il vous plait… je vous en prie. Que risquez-vous à répondre à une ou deux de mes questions ? Il m'est impossible de vous faire du mal, de vous toucher autrement que par l'imagination.
— C'est déjà de trop, ne croyez-vous pas ?
— Vous êtes prude et pudique ? Ça vous fait peur de vous mettre à nu au figuré pour un inconnu ?
— Allo ! Pardon, mais vous devez faire erreur, Monsieur. Je ne m'appelle pas Viviane.
— Ah ? Vous avez une bien jolie voix… vous me faites marcher n'est-ce pas ?
— Je vous assure que non ! Je ne vous connais pas et ne connais pas de Viviane.
— Ça ne fait rien. Je peux discuter un peu avec vous, si vous le voulez bien.
— Comment avez-vous eu ce numéro ?
— Allons… j'ai dû me tromper d'un chiffre… mais je vous assure que vous avez un timbre de voix superbe… Vous voulez bien m'écouter un instant ?
— Je n'ai rien à vous dire. Il se fait tard et je suis lasse de ma journée.
— Je comprends… mais nous avons tous nos petits tracas, nos problèmes et un échange verbal ne coute que quelques minutes.
— Votre « Viviane va s'inquiéter… je vous suggère de refaire son numéro, si vous tenez tant que cela à lui parler…
— S'inquiéter ? Mais elle s'en fiche elle de moi ou des autres. Je la paie bien pour les dix ou quinze minutes de dialogue entre elle et moi…
— Vous la quoi ? Je ne pige pas vraiment.
— Ben oui… j'en suis là madame. Arriver à payer pour le son d'une voix, pour un moment moins solitaire, vous imaginez ma détresse ?
— Vous… c'est une hôtesse téléphonique votre « Viviane » ?
— Oui… et au bout du fil elles se prénomment toutes Viviane. Mais je suis veuf et complètement à la ramasse. Je ne sais plus comment entrer en contact avec les gens. Pas de proches, pas d'enfants… je donnerais tout ce que j'ai pour un vrai dialogue avec une personne « normale ».
— Mais… vous lui demandez quoi à cette… hôtesse ?
— Oh ! Ça dépend ! Ce soir je paie… ou devais payer pour un quart d'heure ou je pourrais assouvir certaines de mes pulsions…
— Pulsions ? Vous êtes un pervers…
— Père non ! Vert non plus, j'ai cinquante-sept ans. Mais je plaisante, vous l'avez bien saisi ! Oui… j'aime les dialogues, comment vous dire… osés. Ces filles-là font semblant de faire ce qu'on leur demande… je suppose qu'elles ne le font pas réellement.
— Vous leur demandez quel genre de service ?
— Ça vous intéresse ? Vraiment ? J'en serais ravi… madame.
— Mais non ! C'est simplement de la curiosité, malvenue je vous le concède.
— Vous… pardon pour la question, mais vous ne voudriez pas juste pour ce soir, jouer le jeu ?
—…
— Par exemple, me dire là, comment vous êtes vêtue ?
— Là… mais… je ne suis pas votre interlocutrice… je ne sais pas…
— Juste une fois ! Juste ce soir… vous alliez vous coucher ?
— Non ! J'allais regarder le film.
— Dans quelle tenue, madame, s'il vous plait…
— En chemise de nuit.
— Sexy ?
— Je n'ai plus personne à qui plaire, alors non ! Pas sexy, vraiment.
— Plus personne ? Vous êtes donc comme moi, seule ?
— Aucune envie de parler de cela avec vous. C'est mon histoire, c'est tout.
— Je comprends. Mais là… pour deux ou trois minutes… vous m'écoutez ?
— Je vous entends… je ne suis pas une de vos amies hôtesses !
— La solitude ne vous pèse-t-elle donc pas ? Moi, elle m'est insupportable. Et puis je vous imagine jolie, un corps qui va avec la voix bien sûr.
—…
— Vous avez de beaux seins ? Ils sont libres là, sous le tissu ?
— Enfin… je viens de vous dire que je ne veux pas…
— S'il vous plait… je vous en prie. Que risquez-vous à répondre à une ou deux de mes questions ? Il m'est impossible de vous faire du mal, de vous toucher autrement que par l'imagination.
— C'est déjà de trop, ne croyez-vous pas ?
— Vous êtes prude et pudique ? Ça vous fait peur de vous mettre à nu au figuré pour un inconnu ?
Incroyable ! Ce type ne me demande rien d'autre que de jouer à la perverse. Et pourquoi est-ce que je ne raccroche pas ? Mettre fin à ce dialogue de fou, c'est ce qui est le plus simple à réaliser et pourtant… j'insiste, je l'écoute et mon sang bout. Mince alors ! Je ne sais pas seulement comment il est foutu, et me voici qui ne peux plus me détacher de ses mots. Sa voix est rauque, masculine, presque imposante. À moins que ce ne soit ma volonté qui soit annihilée par ses mots. J'écoute ce qu'il me raconte, me réclame et insensiblement, mon esprit se prend au jeu. Je me sens bizarre, presque prête à le suivre dans sa folie.
Il me tire de mes rêveries de nouveau.
— Vous ne voulez donc pas me dire… vous avez de beaux seins ?
— Ils… ils sont deux !
— J'en suis certain et c'est bien toujours par paire que ça va ces choses-là ! Heureux pour vous donc. Vous êtes naturelle ?
— Quoi naturelle ? Ça veut dire quoi exactement ?
— Vous vous rasez le pubis ? Vous vous épilez ? Ou bien gardez-vous une houppette attirante ? Vous êtes brune, blonde ? Autre couleur… ? Je vous assure que j'ai envie de tout savoir de vous !
— Ils… ils sont deux !
— J'en suis certain et c'est bien toujours par paire que ça va ces choses-là ! Heureux pour vous donc. Vous êtes naturelle ?
— Quoi naturelle ? Ça veut dire quoi exactement ?
— Vous vous rasez le pubis ? Vous vous épilez ? Ou bien gardez-vous une houppette attirante ? Vous êtes brune, blonde ? Autre couleur… ? Je vous assure que j'ai envie de tout savoir de vous !
Ses questions m'agacent prodigieusement tout en me mettant dans un drôle d'état. Il me faut me rendre à l'évidence, avec son air de ne pas y toucher, ce type me donne des frissons. Trop de temps qu'aucun homme ne s'est occupé de ma petite personne ? Un trop-plein d'envies qui déborde d'un coup ? Je ne suis pas en confiance, mais mes défenses se font plus lâches.
— Vous voulez bien me parler de vous ? J'ai besoin de savoir tout de ce que vous êtes… pour excusez-moi du terme, pour bander.
— Je… désolée, mais je n'ai pas envie de vous faire… comme vous dites bander.
— Je suis certain du contraire, sinon depuis le temps que je vous presse de questions aussi intimes, vous m'auriez déjà envoyé paitre et pourtant, vous n'avez pas raccroché.
— Je… désolée, mais je n'ai pas envie de vous faire… comme vous dites bander.
— Je suis certain du contraire, sinon depuis le temps que je vous presse de questions aussi intimes, vous m'auriez déjà envoyé paitre et pourtant, vous n'avez pas raccroché.
Il a bougrement raison. Mon esprit se met au diapason de ce feu qui couve là, au fond de mon ventre trop délaissé. Il vient d'ouvrir une sacrée brèche et mes derniers scrupules, mes dernières certitudes fondent comme neige au soleil. Je craque soudain et les mots étranglés qui sortent de ma gorge sont tous de nature à lui laisser entendre qu'il gagne la partie.
— Oui… je suis naturelle, mais en temps normal d'une hygiène parfaite.
— Pourquoi éprouvez-vous le besoin de rajouter « en temps normal » ? Je suppose que par là, vous voulez me faire passer un message. Quel est-il ?
— Je suis seule et n'ai plus à plaire à quiconque.
— Je vois… mais moi, j'existe vraiment ! Vous n'avez pas envie de me plaire à moi ?
— Il y a dix minutes, vous n'existiez même pas. Et puis… se présenter à moi sous le dénominatif de « pervers », ça n'a rien d'engageant pour une vraie suite.
— Vous seriez d'accord pour que vous et moi ayons un après ? Je… enfin ce serait mieux que ce soit en live notre dialogue, mais c'est à vous de décider.
— Non… je n'ai pas envie de vous rencontrer… mais discuter un peu n'engage à rien, c'est bien ce que vous m'avez laissé entrevoir, non ?
— Oui… alors vous voulez bien me le dire… ?
— Quoi donc ?
— Comment sont vos seins ? Petits, gros ? En forme de pommes, de poires ?
— Plutôt petits et ronds et ils ne tombent pas… pas encore.
— Bien ! Et pour votre sexe ? Rasé ou épilé quand vous êtes « en temps normal ».
— Comment dire ? Un petit triangle bien net quand je les rase, vous êtes satisfait ? Quand j'avais encore un mari, je veux dire.
— Ça fait longtemps qu'il est parti votre homme ?
— Quelques mois, oui !
— Pour une autre, à votre façon de le dire, il est parti pour une autre ?
— On ne peut rien vous cacher ! Plus belle, plus jeune, je suppose que c'est la vie !
— Et depuis ? Vous avez déjà recouché avec quelqu'un ?
— Bien sûr que non ! Je ne suis pas une pute !
— Qui vous dit le contraire ? Je crois que vous espérez toujours qu'il regagne le nid, n'est-ce pas ?
—…
— Pourquoi éprouvez-vous le besoin de rajouter « en temps normal » ? Je suppose que par là, vous voulez me faire passer un message. Quel est-il ?
— Je suis seule et n'ai plus à plaire à quiconque.
— Je vois… mais moi, j'existe vraiment ! Vous n'avez pas envie de me plaire à moi ?
— Il y a dix minutes, vous n'existiez même pas. Et puis… se présenter à moi sous le dénominatif de « pervers », ça n'a rien d'engageant pour une vraie suite.
— Vous seriez d'accord pour que vous et moi ayons un après ? Je… enfin ce serait mieux que ce soit en live notre dialogue, mais c'est à vous de décider.
— Non… je n'ai pas envie de vous rencontrer… mais discuter un peu n'engage à rien, c'est bien ce que vous m'avez laissé entrevoir, non ?
— Oui… alors vous voulez bien me le dire… ?
— Quoi donc ?
— Comment sont vos seins ? Petits, gros ? En forme de pommes, de poires ?
— Plutôt petits et ronds et ils ne tombent pas… pas encore.
— Bien ! Et pour votre sexe ? Rasé ou épilé quand vous êtes « en temps normal ».
— Comment dire ? Un petit triangle bien net quand je les rase, vous êtes satisfait ? Quand j'avais encore un mari, je veux dire.
— Ça fait longtemps qu'il est parti votre homme ?
— Quelques mois, oui !
— Pour une autre, à votre façon de le dire, il est parti pour une autre ?
— On ne peut rien vous cacher ! Plus belle, plus jeune, je suppose que c'est la vie !
— Et depuis ? Vous avez déjà recouché avec quelqu'un ?
— Bien sûr que non ! Je ne suis pas une pute !
— Qui vous dit le contraire ? Je crois que vous espérez toujours qu'il regagne le nid, n'est-ce pas ?
—…
Ce salaud vient de toucher un point sensible. Bien entendu que j'ai toujours ce besoin d'y croire dans un coin de ma tête. Mais là, dit dans la bouche de l'inconnu, c'est une évidence, il ne reviendra pas. Pourquoi le ferait-il du reste ? Il est parti par amour pour elle, il n'a donc aucune intention de faire volte-face. Le gars au bout du fil soupire un peu plus fort. Ses paroles reviennent se nicher dans mon oreille.
— Vous n'avez donc pas envie de profiter un peu de la vie ? Faire l'amour, vivre en quelque sorte. Après tout, c'est votre mari qui est à blâmer dans cette histoire, pas vous. Là, c'est seulement vous qui vous punissez ! Je peux vous poser encore quelques questions indiscrètes ?
— C'est-à-dire ?
— Vous faisiez l'amour souvent avec lui ?
— Chaque fois que nous en avions envie ! Mais…
— Vous lui faisiez tout à votre homme ?
— C'est quoi dans votre esprit « tout faire » ?
— Ben… plus crument, vous le suciez ? Il vous léchait la chatte ? Vous vous laissiez prendre par-derrière ? La sodomie pour employer un mot convenable, vous lui donniez tout cela ?
— Je suis une femme normale, bon sang ! Comment vous l'expliquer ?
— Vous l'aimer votre « normalité ». Être normale n'est pas logique en amour. Comme en cet instant, vous voyez, nous n'avons rien de gens « normaux ». Nous discutons à bâtons rompus de cul et pourtant… je ne sais rien de vous, pas plus que vous ne pouvez dire comment je suis fait.
— C'est vrai ! Mais c'est votre faute aussi, vous me poussez à vous en dire toujours plus. Et pour le mot « normal », c'est la facilité.
— Oui ? Tout comme au lit ne pas être créative, c'est aussi la même facilité. En résumé, faire son devoir conjugal, tel que les gens mariés depuis des années le conçoivent. C'est pour cela qu'un jour, un des deux va voir ailleurs dans le pré du voisin ou de la voisine.
—… Vous êtes en train de me dire que je n'ai pas su tout bêtement le retenir ?
— Il y a quelque chose de cela dans mes propos.
— Mais vous étiez donc si ingénieux avec votre épouse ?
— Partageurs surtout. Elle aussi avait de quoi se faire plaisir lorsqu'elle le voulait. Et nous avons fait un sacré bout de route ensemble. Sans cette fichue saloperie de cancer, sans doute ne serais-je pas là à vous raconter tout cela.
— Bon… je ne tiens pas à savoir…
— Ça vous fait peur ? Allons, vous savez les humains font tout un tralala pour des parties de jambes en l'air. Chez nos amis les bêtes, c'est tellement plus simple. Pas de cas de conscience. Et puis… lorsque vous faites l'amour avec un partenaire différent, pensez-vous que vous volez quoi que ce soit à celui avec qui vous vivez ? Non bien sûr. Celui avec qui vous baisez une fois ne vous abime pas le sexe pour autant. Alors… c'est idiot ce besoin des gens de se sentir soit coupable, soit trompé.
— C'est-à-dire ?
— Vous faisiez l'amour souvent avec lui ?
— Chaque fois que nous en avions envie ! Mais…
— Vous lui faisiez tout à votre homme ?
— C'est quoi dans votre esprit « tout faire » ?
— Ben… plus crument, vous le suciez ? Il vous léchait la chatte ? Vous vous laissiez prendre par-derrière ? La sodomie pour employer un mot convenable, vous lui donniez tout cela ?
— Je suis une femme normale, bon sang ! Comment vous l'expliquer ?
— Vous l'aimer votre « normalité ». Être normale n'est pas logique en amour. Comme en cet instant, vous voyez, nous n'avons rien de gens « normaux ». Nous discutons à bâtons rompus de cul et pourtant… je ne sais rien de vous, pas plus que vous ne pouvez dire comment je suis fait.
— C'est vrai ! Mais c'est votre faute aussi, vous me poussez à vous en dire toujours plus. Et pour le mot « normal », c'est la facilité.
— Oui ? Tout comme au lit ne pas être créative, c'est aussi la même facilité. En résumé, faire son devoir conjugal, tel que les gens mariés depuis des années le conçoivent. C'est pour cela qu'un jour, un des deux va voir ailleurs dans le pré du voisin ou de la voisine.
—… Vous êtes en train de me dire que je n'ai pas su tout bêtement le retenir ?
— Il y a quelque chose de cela dans mes propos.
— Mais vous étiez donc si ingénieux avec votre épouse ?
— Partageurs surtout. Elle aussi avait de quoi se faire plaisir lorsqu'elle le voulait. Et nous avons fait un sacré bout de route ensemble. Sans cette fichue saloperie de cancer, sans doute ne serais-je pas là à vous raconter tout cela.
— Bon… je ne tiens pas à savoir…
— Ça vous fait peur ? Allons, vous savez les humains font tout un tralala pour des parties de jambes en l'air. Chez nos amis les bêtes, c'est tellement plus simple. Pas de cas de conscience. Et puis… lorsque vous faites l'amour avec un partenaire différent, pensez-vous que vous volez quoi que ce soit à celui avec qui vous vivez ? Non bien sûr. Celui avec qui vous baisez une fois ne vous abime pas le sexe pour autant. Alors… c'est idiot ce besoin des gens de se sentir soit coupable, soit trompé.
Bon sang ! Comme d'un coup sa vérité me revient au visage. Combien il a raison ! M'a-t-il lancé des signaux mon mari avant de trouver mieux ailleurs ? Si c'est le cas, je n'ai rien vu ni compris. Et ce type, que je ne connais ni d'Adam ni d'Ève me jette à la face cette évidence. Et je réalise que ça fait bientôt une heure que nous bavassons sur un terrain sur lequel je n'aurais jamais imaginé m'étaler. Et avec un gaillard dont je ne sais strictement rien. Mais peut-être aussi est-ce pour cela que je suis subjuguée. Parce qu'au fond de moi, j'ai chaud, j'ai surtout le ventre qui brule.
Ce bonhomme a réussi l'exploit de réveiller ma libido en berne. Dire que ses traits me sont totalement étrangers, que seule sa voix me berce. Quant à notre conversation… impossible d'envisager que je sois encore là, pendue à mon téléphone. De plus aucune envie qu'il raccroche. Il a sans doute bien évalué ses chances. Il souffle bizarrement et je m'imagine déjà qu'il… oui, qu'il se masturbe. Et du coup c'est moi qui pose une question déplacée.
— Vous… vous êtes habillé comment, vous ?
— Moi… je suis à poils et je me branle en vous écoutant me répondre. C'est pour cette raison que j'appelle des « Viviane » si souvent.
— Je ne suis pas une de vos « Viviane » comme vous les appelez.
— C'est d'autant plus excitant… vous n'avez pas envie vous, de vous caresser ? Je sais bien qu'elles font semblant ces femmes… mais vous ! Peut-être pourriez-vous vous toucher là, en même temps que moi… juste pour votre plaisir ? J'ai le droit de rêver ? D'y croire un peu ?
—…
— Moi… je suis à poils et je me branle en vous écoutant me répondre. C'est pour cette raison que j'appelle des « Viviane » si souvent.
— Je ne suis pas une de vos « Viviane » comme vous les appelez.
— C'est d'autant plus excitant… vous n'avez pas envie vous, de vous caresser ? Je sais bien qu'elles font semblant ces femmes… mais vous ! Peut-être pourriez-vous vous toucher là, en même temps que moi… juste pour votre plaisir ? J'ai le droit de rêver ? D'y croire un peu ?
—…
Ma main, celle qui est libre évidemment, elle remonte le bas de ma chemise de nuit. C'est vrai aussi qu'elle n'a rien d'affriolant cette longue chasuble en molleton. Mais dessous, je suis nue et mes doigts sont très vite à l'œuvre. Ce type me dit qu'il se branle pour moi et mes gémissements doivent lui crever les tympans. Le plus inouï de cette affaire, c'est bien que je ne simule pas du tout. Deux ou trois aller et retour, mon index qui se plante en moi et me voici qui jouis pour de bon. Là, deux voix qui une heure et demie plus tôt s'ignoraient complètement murmurent un chant sexuel déclenché par ce que nous venons de nous avouer. C'est la première fois depuis mon célibat forcé que je laisse parler mon corps…
Et c'est trop bon !
— xxXXxx —
À suivre…
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