Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Ecrivain — Chapitre 1 · jour 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteurs
Ecrivain
Chapitre 1 · jour 1
Écrivain : Jour 1.
J'ai soixante-dix ans. On m'a toujours reconnu une plume assez facile, et j'adore les romans policiers. Je dois en avoir lu des centaines, avec plus ou moins de bonheur. Rien d'étonnant donc à ce que j'aie occupé ma retraite anticipée en m'essayant à en écrire à mon tour ...
Et j'ai eu de la chance, cela m'a réussi, et m'a valu une certaine notoriété dans le milieu des amateurs de polars sans prétention, mais au style soigné et aux intrigues bien ficelées. Heureusement, les tirages ont suivi la réputation ...
Je publie sous pseudonyme, mais je n'ai pas l'obsession de l'anonymat, et une recherche élémentaire sur le site de mon éditeur permet de découvrir ma véritable identité.
C'est justement pour rencontrer mon éditeur que je suis descendu dans ce petit hôtel du quartier de l'Opéra. On y bénéficie encore d'un accueil et d'un service « à l'ancienne », attentif sans être envahissant...
J'ai soixante-dix ans. On m'a toujours reconnu une plume assez facile, et j'adore les romans policiers. Je dois en avoir lu des centaines, avec plus ou moins de bonheur. Rien d'étonnant donc à ce que j'aie occupé ma retraite anticipée en m'essayant à en écrire à mon tour ...
Et j'ai eu de la chance, cela m'a réussi, et m'a valu une certaine notoriété dans le milieu des amateurs de polars sans prétention, mais au style soigné et aux intrigues bien ficelées. Heureusement, les tirages ont suivi la réputation ...
Je publie sous pseudonyme, mais je n'ai pas l'obsession de l'anonymat, et une recherche élémentaire sur le site de mon éditeur permet de découvrir ma véritable identité.
C'est justement pour rencontrer mon éditeur que je suis descendu dans ce petit hôtel du quartier de l'Opéra. On y bénéficie encore d'un accueil et d'un service « à l'ancienne », attentif sans être envahissant...
Ce matin, je suis assez contrarié par le message que je viens de recevoir : Baptiste Halluin, l'associé avec qui je travaille depuis toujours à la maison d'édition, a été hospitalisé d'urgence. Il est tiré d'affaire, mais le secrétariat se démène pour me trouver un autre interlocuteur, les médecins ne sachant pas quand il pourra reprendre ses activités. Il me faut donc prolonger mon séjour...
En soi ce n'est pas bien grave, j'ai tout mon temps et personne ne m'attend à la maison. Mais à mon âge, tout changement imprévu est un peu considéré comme une agression...
Quand on frappe à la porte et que j'entends « service d'étage » c'est donc d'un ton inhabituellement rogue que j'aboie d'entrer. Et la porte s'ouvre sur le plateau du petit-déjeuner, porté par une dame que je ne connais pas, mais qui est apparemment terrorisée par mon « accueil » : les yeux baissés, elle entre à petits pas timides, pose le repas sur la table, et s'éclipse avant que j'aie eu le temps de la remercier. J'ai juste pu remarquer l'élégance de sa silhouette, une courte chevelure d'un roux discret encore adouci par quelques fils d'argent, des jambes joliment galbées, malheureusement cachées en grande partie par une jupe noire beaucoup trop longue à mon goût...
Quand on frappe à la porte et que j'entends « service d'étage » c'est donc d'un ton inhabituellement rogue que j'aboie d'entrer. Et la porte s'ouvre sur le plateau du petit-déjeuner, porté par une dame que je ne connais pas, mais qui est apparemment terrorisée par mon « accueil » : les yeux baissés, elle entre à petits pas timides, pose le repas sur la table, et s'éclipse avant que j'aie eu le temps de la remercier. J'ai juste pu remarquer l'élégance de sa silhouette, une courte chevelure d'un roux discret encore adouci par quelques fils d'argent, des jambes joliment galbées, malheureusement cachées en grande partie par une jupe noire beaucoup trop longue à mon goût...
Mais qu'est-ce qui me prend ? Même si récemment encore j'ai cédé sans trop de scrupules aux avances explicites d'une fan de la première heure, je n'avais jamais trompé ma femme ; et même après qu'elle ait décidé de divorcer, il aura fallu pour que je me laisse aller que l'admiratrice en question évoque avec tendresse nos amours enfantines. Sans aucun regret d'ailleurs, mais en sachant bien que ce serait sans lendemain. Il est vrai que je n'ai jamais été très exigeant sur le plan sexuel, je ne sais pas si c'est une chance ou une tare, mais cela ne m'a jamais tourmenté. J'aimais ma femme plus que je n'en étais amoureux, si vous voyez ce que je veux dire... Peut-être cela explique-t-il en partie qu'elle ait demandé le divorce. Bref, je n'ai jamais été un foudre de guerre dans ce domaine.
Je suis donc fort étonné, à mesure que la journée s'avance, de me voir attendre avec impatience une nouvelle apparition de « ma timide », comme je la surnomme déjà à part moi. Même au restaurant de l'hôtel, je ne cesse de parcourir la salle des yeux, en espérant croiser son regard ; je m'attarde dans le hall, bavarde avec le concierge, m'installe dans un fauteuil et fais semblant de lire le journal... Ma parole, je retombe en adolescence ! Finalement je n'y tiens plus et je frappe à la porte de la directrice, qui me connaît depuis longtemps, et ne se montre qu'à moitié surprise par mes questions : il semble que je ne sois pas le premier à être fasciné par Marie – ce prénom est le seul renseignement que madame Hedler consent à me donner. Si vous voulez en savoir plus, me dit-elle avec un sourire en coin, il faudra le lui demander vous-même, vous en aurez l'occasion puisque Marie est affectée à votre étage.
Sur cette troublante perspective, je regagne ma chambre, et je rage en voyant que le service d'étage – Marie, donc ! – est passé en mon absence. Et je rage encore plus d'être contrarié par cette découverte : cela tourne vraiment à l'obsession ! il faut que je me ressaisisse, et le meilleur moyen que je connaisse pour cela c'est de me mettre devant mon clavier ; j'arrive habituellement à exorciser mes craintes ou ... mes fantasmes, en m'adonnant à mon passe-temps favori : écrire.
Malheureusement j'ai vite compris que cela ne fonctionnerait pas cette fois-ci : impossible de me concentrer sur la trame de mon récit, l'image, pourtant si fugitive, de Marie tremblante et les yeux baissés, vient en permanence se superposer à mon écran.
Découragé, je décide de m'offrir une promenade vespérale sur les boulevards, le temps s'y prête bien et cela me changera peut-être les idées.
Alors que je balade mes doutes dans la ville, je repère soudain loin devant moi une fine silhouette que je n'ose pas reconnaître. Je me mets à courir, bousculant au passage quelques promeneurs qui me font bien entendre leur mécontentement ; à mesure que je me rapproche, ma certitude grandit ; heureusement je me rends compte à temps du ridicule de ma situation, et je reste derrière elle le temps de reprendre mon souffle et d'essayer de calmer mon cœur qui bat la chamade. Je finis par trouver le courage de me porter à sa hauteur, et je l'appelle doucement pour ne pas l'effrayer :
Alors que je balade mes doutes dans la ville, je repère soudain loin devant moi une fine silhouette que je n'ose pas reconnaître. Je me mets à courir, bousculant au passage quelques promeneurs qui me font bien entendre leur mécontentement ; à mesure que je me rapproche, ma certitude grandit ; heureusement je me rends compte à temps du ridicule de ma situation, et je reste derrière elle le temps de reprendre mon souffle et d'essayer de calmer mon cœur qui bat la chamade. Je finis par trouver le courage de me porter à sa hauteur, et je l'appelle doucement pour ne pas l'effrayer :
— Marie ? Vous me reconnaissez ?
Elle lève les yeux vers moi, je suis transpercé par un regard clair, d'un vert que je n'ai jamais rencontré. Elle est surprise, mais pas apeurée, je dois avoir l'air moins bougon que ce matin, il faut dire que je n'en mène pas large...
— Oui je vous reconnais, vous êtes le monsieur de la 212. Je peux vous aider ?
— Vous le pouvez en effet, en me pardonnant mon attitude grossière de ce matin. Je venais d'apprendre une nouvelle contrariante et vous en avez subi les conséquences...
— Bien sûr monsieur, vous savez nous avons l'habitude, mais j'apprécie que vous ayez pris la peine de vous excuser.
— Merci beaucoup, vous me rassurez. A demain alors, bonne soirée...
— Bonne soirée monsieur.
— Vous le pouvez en effet, en me pardonnant mon attitude grossière de ce matin. Je venais d'apprendre une nouvelle contrariante et vous en avez subi les conséquences...
— Bien sûr monsieur, vous savez nous avons l'habitude, mais j'apprécie que vous ayez pris la peine de vous excuser.
— Merci beaucoup, vous me rassurez. A demain alors, bonne soirée...
— Bonne soirée monsieur.
Et après m'avoir gratifié d'un sourire fugitif, elle me quitte sans autre forme de procès... Je reste stupidement planté à la regarder s'éloigner, et je me rappelle une chanson qui disait « chaque fois que tu t'en vas, tu emportes un morceau de moi » ... Alors j'en suis là ? Un septuagénaire amoureux comme un collégien ? On m'aurait dit ça il y a deux jours, j'en aurais bien ri !
Et pourtant, je ne suis pas au bout de mes surprises...
Et pourtant, je ne suis pas au bout de mes surprises...
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