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✦ unzeste85 Les tribulations de Justine XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Les tribulations de Justine — Chapitre 1 · Genèse

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unzeste85
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Les tribulations de Justine

Chapitre 1 · Genèse

Genèse
C'était à chaque fois la même chose. Elle parvenait à oublier sa situation pendant quelque temps et à aller de l'avant et puis, un incident quelconque, un ennui, la plupart du temps mineur, suffisait pour la replonger dans ses doutes, ses incertitudes et la conviction que tout cela était de sa faute : si elle n'avait pas été à moitié fâchée avec ses parents et qu'elle avait adopté leur philosophie de la vie, elle serait peut-être sortie avec eux ce soir-là ; elle aurait peut-être conduit au retour et ses parents seraient peut-être encore en vie. Ils auraient peut-être même réussi à rétablir leur situation financière ...
Peut-être, peut-être pas ... elle ne le saurait jamais, mais de toute façon, sa vie était irrémédiablement gâchée.
Tout avait commencé alors qu'elle était adolescente.
De son enfance, elle gardait plutôt de bons souvenirs. Elle était fille unique et vivait avec ses parents dans un joli pavillon de banlieue près de Grasse. Ses parents travaillaient tous les deux, mais trouvaient tout de même le temps de s'occuper d'elle. Elle avait des copines et des copains de classe qu'elle invitait pour fêter son anniversaire et qui lui rendaient la pareille. Bref une petite vie de provinciale banale, tranquille et heureuse.
Elle n'avait jamais su ce que faisaient ses parents, mais ils vivaient dans une certaine aisance, changeaient souvent de voiture, avaient une vie sociale active et, manifestement, beaucoup d'amis.
C'est en cinquième, au collège qu'elle avait commencé à se poser des questions.
Un samedi soir de début décembre, ses parents avaient invité un couple d'amis. Comme c'était une réunion d'adultes, elle avait mangé toute seule dans la cuisine et était montée dans sa chambre pour jouer avec sa tablette.
Vers les onze heures du soir, elle était descendue discrètement boire un verre d'eau fraîche dans la cuisine.
Alors qu'elle passait devant la porte du séjour, elle entendit des rires d'excitation, un peu comme quand quelqu'un raconte une histoire qu'on ne raconte pas d'ordinaire devant les enfants. Son papa parlait avec conviction et les rires provenaient de leurs invités, en particulier de la femme.
Justine, c'est le nom de notre héroïne, ne comprit pas ce que racontait son père. Elle entendit cependant plusieurs fois le mot ‘' Libertin'', mot qu'elle ne trouva pas spécialement drôle, même si ça faisait rire nerveusement l'amie de ses parents. Elle remonta pensive dans sa chambre. Les grandes personnes avaient un humour que les enfants ne comprenaient pas toujours. Elle se coucha et s'endormit rapidement.
Courant janvier, le professeur de français, dans le but d'entraîner ses élèves à s'exprimer oralement, demanda à certains d'entre eux de parler de leurs vacances de Noël et, au passage, de leur famille. Justine, qui faisait partie des élèves devant s'exprimer, car, étant un peu timide, elle n'était pas très à l'aise dans ce genre d'exercice, fut amenée à dire en parlant de sa famille qu'elle avait la chance d'avoir des parents libertins.
Quelques élèves ricanèrent et le professeur la regarda d'un air un peu bizarre, mais sans insister. Cependant, à la fin du cours, il demanda à la jeune élève de rester quelques instants, car il souhaitait lui parler de sa prestation. Ils attendirent donc que le dernier élève ait quitté la salle de classe et le professeur demanda à Justine de fermer la porte. Il la rassura tout de suite, car elle était un peu inquiète.
— Rassure-toi, Justine, je n'ai rien à te reprocher. Simplement, tu as dit que tes parents étaient libertins et je me demandais ce que tu entendais par là. Pourrais-tu me donner un exemple ?
— Eh bien, j'ai le droit de jouer avec ma tablette le vendredi soir et le samedi soir au lieu de dormir tout de suite. Et puis, pendant les vacances, je peux me lever aussi tard que je veux. Et puis ...
— Non, non, Justine ! Inutile de continuer. J'ai compris. Tes parents sont libéraux.
— Ce n'est pas pareil ?
— Non, Justine ! Ce n'est pas pareil. Ce n'est pas du tout pareil. Je ne crois pas que tes parents seraient très contents s'ils savaient que tu avais dit ça. Mais ça n'est pas grave. On n'en parlera plus, si tu veux bien.
Justine quitta la classe rassurée, mais la réaction du professeur avait éveillé sa curiosité. Pourquoi devait-elle éviter de parler de sa mésaventure à ses parents ? Elle savait qu'elle n'avait rien fait de répréhensible, alors pourquoi le terme était-il tabou ? C'était quoi être libertin ?
Elle décida d'en avoir le cœur net et le vendredi soir suivant, en allant se coucher, elle garda sa tablette allumée et fit une recherche sur le web à partir du mot ‘'libertin''. Elle apprit ainsi que ce mot désignait à l'origine des personnes qui prétendaient se libérer des contraintes de la morale et mettaient en pratique leur philosophie dans leurs relations avec ceux qui la partageaient, cette pratique ayant de fortes caractéristiques érotiques. (Autrement dit, ils s'envoyaient en l'air avec qui le voulait bien en enrobant ça dans de fumeuses considérations philosophiques.)
Elle essaya ensuite d'accéder à des sites fournissant des vidéos ou des textes correspondant à sa curiosité, mais si ses parents étaient libéraux, ils ne l'étaient pas au point de lui laisser voir ou lire n'importe quoi sur le Net. Ils avaient donc installé sur sa tablette un système permettant d'interdire l'accès aux sites pornographiques, verrou qu'ils ne feraient sauter que lorsqu'elle serait majeure. Elle dut donc s'armer de patience jusqu'à ses dix-huit ans. Elle avait cependant acquis une certitude : ses parents étaient libertins et faisaient même du prosélytisme auprès de certains de leurs amis.
Ses parents tinrent en définitive parole et le jour même de son dix-huitième anniversaire, ils firent sauter le verrou sur sa tablette et lui annoncèrent qu'étant majeure, elle avait le droit d'accéder à n'importe quelle information figurant sur le web, à charge pour elle de le faire avec discernement. Elle accéda donc à n'importe quelle information figurant sur le web, conformément à la liberté qui lui avait été octroyée, mais peut-être pas avec le discernement conseillé. Elle acquit ainsi une connaissance étendue des diverses pratiques sexuelles auxquelles pouvaient s'adonner des couples hétérosexuels ou homosexuels ou encore des groupes d'un nombre variable de personnes des deux sexes au cours de soirées orgiaques.
Par contre, elle eut tendance à prendre au premier degré l'apparence physique des participants en particulier celle qui était montrée dans les vidéos : ils étaient tous beaux et justifiaient largement la passion qui animait leurs partenaires. Il faut dire qu'elle avait une certaine tendance à zapper lorsque ce n'était pas le cas.
Elle devint rapidement experte en plaisirs buccaux comme la fellation ou le cunnilingus, pratiques dont elle fit profiter à l'occasion ses camarades des deux sexes dans les toilettes de l'établissement scolaire où elle préparait un BTS de gestion.
Pendant une année, ses parents lui fichèrent une paix royale, mais un soir, ils abordèrent la question de son activité sexuelle. Ils la rassurèrent tout de suite : Non seulement ils ne désapprouvaient pas ses nombreuses escapades sexuelles, mais, eux-mêmes en faisaient autant au sein d'un groupe d'amis constitué de couples très sympathiques partageant leur goût pour le libertinage et qui organisaient des soirées consacrées à faire la fête et à partager en un joyeux mélange des plaisirs sexuels aussi nombreux que variés. Ils lui proposèrent donc, si elle était intéressée, de la faire participer à leurs soirées. Ils argumentèrent longuement, lui vantant l'ambiance particulièrement sympathique de ces réunions entre adultes de bonne éducation autant que d'aisance matérielle.
Justine, un peu surprise, leur répondit que leur proposition ne la choquait pas, mais qu'elle voulait prendre le temps de réfléchir avant de leur donner une réponse. Ils lui répondirent qu'il n'y avait aucune urgence et qu'elle pouvait prendre le temps qu'elle souhaitait avant de leur faire part de sa décision.
Elle réfléchit longuement très tentée par une expérience nouvelle qu'elle n'aurait peut-être jamais plus l'occasion de tenter, mais très intimidée aussi à l'idée de côtoyer des personnes plus âgées qu'elle et qui étaient certainement dotées d'une expérience cent fois plus importante que la sienne. Pour tout dire, elle avait peur de passer pour une gourde. Cependant, ses parents avaient dit qu'il s'agissait de personnes très sympathiques et dotées d'une bonne éducation, ce qui était plutôt rassurant.
Elle se mit à rêver d'un groupe de personnes belles et élégantes évoluant dans un cadre enchanteur, au son d'une douce musique d'ambiance, dans une démarche de séduction aboutissant à un striptease lent et distingué, ponctué de caresses lascives et tendres et se terminant en une apothéose érotique autant que passionnée.
C'est ce rêve qui la décida et aussi l'assurance que, selon ses parents, elle serait certainement la reine de la soirée, grâce à sa beauté et à sa jeunesse. Elle annonça donc à ses parents ravis qu'elle serait heureuse de les accompagner.
Dès lors, les évènements se précipitèrent : le lendemain même, son père annonça avec fierté que la prochaine réunion aurait lieu cinq jours plus tard et que tout le monde attendait sa venue avec impatience. A cette nouvelle, sa mère devint fébrile et l'amena plusieurs fois en ville pour lui acheter une garde-robe adaptée et lui faire faire une coiffure sophistiquée. Elle avait un peu l'impression qu'on la préparait pour le bal des débutantes et c'était bien agréable.
Lorsqu'arriva le vendredi suivant, ils prirent la voiture et se rendirent sur le lieu de la réunion. C'était un véritable hôtel particulier témoignant de l'aisance de ses propriétaires. Justine, un peu inquiète, se demandait si les participants à la réunion la trouveraient assez bien pour eux, mais ses parents la rassurèrent.
— Tu es parfaite, ma chérie ! Tu vas avoir un succès fou !
De fait, elle était très mignonne et, pour tout dire terriblement sexy. Son corps parfait était mis en valeur par une petite jupe ultra-courte qui laissait entrevoir le bas d'un string rose. Quant au haut, deux petits seins fièrement dressés sans le secours d'un soutien-gorge signalaient leur présence grâce à deux tétons roses qu'un croc top à demi transparent cherchait plus à montrer qu'à dissimuler.
Lorsque la maîtresse de maison vint leur ouvrir, Justine la contempla interloquée : Elle s'attendait à ce que ses parents et elle soient accueillis par une femme belle, distinguée et sexy, comme dans ses rêves, au lieu de quoi elle avait en face d'elle une personne vieillissante et vulgaire, maquillée comme une pute sur le retour et vêtue en tout et pour tout d'un porte-jarretelles et d'une paire de bas. Elle se jeta sur les parents de Justine et les embrassa goulûment sur la bouche avant de faire subir le même sort à leur fille puis de lui baisser son string sans autre forme de procès.
— Ici, on ne porte pas de culotte !
Justine regarda avec effarement ses parents. Ils la contemplaient d'un air ravi et son père afficha sa satisfaction le pouce dressé vers le haut sur son poing fermé, comme si elle venait de réussir un examen ou de remporter une épreuve sportive. Puis, avant qu'elle ait pu réagir, leur hôtesse passa sa main sous la courte jupe et s'empara de ses fesses, cherchant même à lui rentrer un doigt dans le fondement. Elle la guida ainsi jusqu'à la pièce dans laquelle une dizaine d'invités s'ébattaient déjà dans un joyeux mélange. Elles s'arrêtèrent à l'entrée et la femme annonça d'un ton grandiloquent :
— Joyeux anniversaire Michel !
A ces mots, un homme se sépara des autres convives et regarda Justine de l'air surpris autant qu'extasié de quelqu'un à qui on vient d'offrir un cadeau. Agé d'une cinquantaine d'années, il était chauve et bedonnant. Il avait encore sa chemise et même une cravate à moitié dénouée, mais ne portait plus ni son pantalon ni même son slip. Son sexe luisant montrait qu'il avait déjà visité une bouche ou un vagin.
— C'est pour moi ? demanda-t-il en examinant Justine.
— Mais oui ! Bien sûr, mon chéri ! C'est ton cadeau d'anniversaire ! Mais je suis certaine que tu le prêteras un peu à nos amis.
Et elle poussa gentiment Justine pour la faire avancer. Cette dernière s'arrêta au milieu de la pièce, en contemplant éperdue les invités qui la déshabillaient déjà du regard. Elle hésita quelques secondes puis, se retournant, elle se rua vers la sortie, bousculant au passage l'hôtesse et lui arrachant des mains le string rose. Elle sortit en trombe de l'hôtel particulier et courut à perdre haleine pour s'éloigner au plus vite, le string à la main et les fesses à l'air.
Constatant que personne ne la poursuivait elle finit par s'arrêter, remit son string, redescendit sa jupe et continua son chemin en marchant. Elle connaissait le quartier et savait retrouver leur maison, mais n'avait pas les clefs. Elle allait devoir attendre dehors le retour de ses parents donc rien ne pressait.
Au bout de cinq minutes, une voiture qui l'avait rattrapée se mit à rouler de façon à rester à sa hauteur. Elle ne réalisa pas tout de suite que son père était au volant. Il se gara le long du trottoir et attendit qu'elle monte.
— Ceinture ! éructa-t-il.
Pendant tout le trajet, il ne desserra plus les dents. A l'arrivée, il s'arrêta brutalement, descendit pour ouvrir la porte du pavillon, s'effaça pour la laisser entrer et claqua la porte violemment derrière elle avant de tourner bruyamment la clef dans la serrure, geste un peu puéril vu que Justine avait ses propres clefs dans le tiroir de sa table de chevet. Il repartit enfin en faisant hurler ses pneus.
Justine alla se coucher morose : le lendemain, il y aurait certainement une explication de gravure désagréable. Ce fut effectivement le cas.
Lorsqu'elle descendit le lendemain matin pour prendre son petit-déjeuner, ses parents l'attendaient de pied ferme ; surtout son père, d'ailleurs car sa mère paraissait plutôt embarrassée. Son père attaqua effectivement le premier :
— Alors tu es contente ? Tu es fière de toi ?
Sa mère la questionna doucement :
— Qu'est-ce qui t'a pris, ma chérie ? Tu avais l'air contente et puis d'un seul coup tu t'es enfuie.
— Quand on a pris un engagement, on le respecte, s'emporta son père. On ne t'a pas obligée à venir avec nous hier soir. C'est toi qui as décidé de venir.
— Je suis désolée. Je n'ai pas pu.
— Ah bon ? Tu n'as pas pu ? Ca ne te pose pas de problème pourtant de tailler une pipe à un copain de classe !
— Ben, ce n'est pas pareil. Mes copains, ils ont mon âge ...
— Quoi ? Mais figure-toi que nos copains à nous, ils ont notre âge. Mais peut-être que tu nous trouves trop vieux, nous aussi ?
— Non ! Mais eux, ce ne sont pas mes parents et je les ai trouvés très vulgaires.
— Vulgaires, Michel et son épouse ? Je te signale que Michel est banquier et qu'ici, il fait partie du gratin. Et toi, tu l'as humilié devant tout le monde.
Justine n'avait pas l'habitude de se disputer avec son père. Elle se sentait un peu coupable et commençait à perdre pied. Mais à ce moment-là, son père, dans sa colère, lui fit le reproche de trop :
— C'est sûr que maintenant je peux me brosser pour mon emprunt.
Justine contempla son père qui, se rendant compte de la gaffe qu'il venait de faire, s'était recroquevillé sur lui-même. Elle regarda sa mère dont le visage reflétait la consternation puis, regardant de nouveau son père d'un air glacial lui demanda :
— Tu veux dire que je devais tailler une pipe à ton banquier pour que tu puisses obtenir un prêt ?
— Je n'ai pas voulu dire ça.
— Mais c'est ce que tu as dit.
— Je voulais dire que nous avons d'excellentes relations avec Michel et que...
— Et que grâce à moi, elles seraient encore meilleures.
— Oui, c'est ça et ...
— Et que ça te permettrait d'avoir ton prêt ; et qu'il suffisait pour ça que j'accepte de me faire sauter.
— Non, ce n'est pas...
— Que j'accepte d'être la pute de service, quoi.
— Non ! Je ne t'ai jamais...
— Tes tentatives de justification sont juste pathétiques. Tu ne sais pas ? Tu me fais gerber !
Sans plus écouter les tentatives de justification de son père, Justine retourna s'enfermer dans sa chambre. Elle n'en ressortit que pour faire sa toilette puis s'habiller avant de sortir s'acheter un sandwich. Elle passa une partie de l'après-midi à se promener avant de rentrer s'enfermer de nouveau dans sa chambre. Dans la soirée, elle attendit que ses parents aient dîné pour descendre se faire à manger à son tour avant de retourner dans sa chambre regarder une dramatique sur sa tablette. Le lendemain, comme tous les dimanches, elle passa la journée à faire ses révisions, ne descendant se préparer à manger que lorsque ses parents n'avaient plus l'usage de la cuisine.
La semaine qui suivit, elle continua à s'enfermer dans sa chambre et à manger seule lorsqu'elle était à la maison et elle continua ainsi les semaines qui suivirent. Sa mère qui avait rapidement compris ses intentions lui préparait à manger et rangeait le contenu du repas dans le réfrigérateur. Le samedi, pendant que Justine sortait se promener, elle en profitait pour faire le ménage dans sa chambre...
Un soir, en rentrant, Justine découvrit sa mère assise sur son lit en train de l'attendre. Elle tourna le dos pour s'en aller, mais sa mère la rappela.
— S'il te plaît, Justine ! Il faut que je te parle. C'est très important !
Justine décida qu'elle pouvait au moins écouter ce que sa mère avait à lui dire, mais, pour bien marquer la distance qu'il y avait entre elles, elle s'assit sur sa chaise au lieu de s'installer elle aussi sur le lit.
— Si c'est pour me parler de la soirée, ce n'est pas la peine.
— Ce n'est pas du tout de ça que je veux te parler.
— Alors, qu'y a-t-il de si important ? J'ai du travail.
— Je veux te parler de notre situation financière.
La voix de sa mère tremblait légèrement. Elle avait manifestement beaucoup de mal à parler.
— Elle est catastrophique.
— En quoi ça me concerne ?
— L'entreprise que nous avons créée ton père et moi a toutes les chances d'être déclarée en faillite et d'être mise en liquidation judiciaire.
— Ça veut dire qu'on va devoir se serrer la ceinture, je suppose ?
— C'est notre seule source de revenus, ma chérie !
— Il va falloir vendre la maison ?
— Oui, mais ça ne servira pas à grand-chose, car on n'a pas fini de la payer et elle est hypothéquée.
— Il n'y a rien à faire ?
— Rien à part trouver un repreneur ou une banque acceptant de nous renflouer. Alors, prépare-toi à vivre une période difficile. Tu vas sans doute devoir abandonner tes études et chercher du travail.
— Tu penses que si j'acceptais de céder aux avances de votre banquier, ce Michel, ça servirait à quelque chose ?
— Je n'en sais rien, ma chérie. Honnêtement je n'en sais rien.
— Il faut que je réfléchisse.
La mère de Justine n'était pas sortie de sa chambre depuis une demi-heure que son père s'annonçait à son tour. Il lui annonça radieux :
— On va voir nos amis vendredi soir !
— Je n'ai pas dit que je venais. J'ai dit que j'allais réfléchir. De toute façon, pour vendredi c'est beaucoup trop tôt.
— Eh bien, moi, je suis certain que tu prendras la bonne décision. Et il repartit guilleret après lui avoir fait un petit bisou.
Un peu agacée par la réaction de son père, mais consciente que continuer à bouder dans son coin n'était pas faire preuve de solidarité ni même de maturité, Justine reprit une vie normale et toute la famille fit comme s'il ne s'était rien passé.
Le vendredi suivant, vers vingt heures, Justine regarda la voiture de ses parents s'éloigner et se perdre dans la circulation. Elle n'avait pas encore réussi à prendre une décision. Elle avait très envie d'aider ses parents, d'autant plus qu'elle-même était directement concernée par les ennuis dans lesquels ils s'étaient fourrés. Mais, le personnage auquel on la destinait la dégoûtait positivement et elle n'était même pas certaine qu'elle ne s'enfuirait pas une deuxième fois si elle se retrouvait dans la même situation que la fois précédente. Elle commençait à se sentir inquiète et elle en perdit l'appétit. Elle remonta dans sa chambre et se déshabilla rapidement avant de se mettre au lit.
Vers trois heures du matin, elle fut réveillée par un coup de sonnette prolongé. Elle descendit en ronchonnant. Ses parents avaient encore dû oublier leurs clefs. Elle ouvrit la porte et regarda avec curiosité les deux policiers, une femme et un homme, qui se tortillaient avec gêne en triturant leur couvre-chef.
Lorsqu'ils lui annoncèrent avec ménagement que ses parents venaient de se tuer dans un accident de voiture, elle glissa le long du chambranle et s'affaissa par terre, évanouie.
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Fabricedu85
29 octobre 2023 à 23:25
Beau récit, la suite est attendue avec impatience
Soyez respectueux
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