Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Ode à l'amour — Chapitre 1 · Vie campagnarde
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Ode à l'amour
Chapitre 1 · Vie campagnarde
— Aïe ! Merde !
Un cri lancé du fond du cœur, puis une étoile rouge qui s'élargit sur le plan de travail de sa cuisine… Lucie se passe l'index abimé sous le robinet d'eau froide ! Pff ! Encore adroite de ses mains comme un cochon de sa queue, ce matin ! La femme malgré le picotement ressenti sourit à cette image. Cette nervosité qui se traduit par une coupure superficielle certes est un signal de son état de santé général. Les dégâts ne sont pas conséquents, c'est juste « chiant » ! Un morceau de mouchoir jetable enroulé autour de la phalange blessée, la brune reprend l'épluchage de ses patates.
Il pleut ! Oui, depuis le lever du jour, une de ces petites pluies fines qui transperce tout, qui vient mouiller jusqu'à la peau, à en devenir affreusement pénible. Travailler avec un imperméable, ça n'a rien de rigolo. Pas moyen de laisser tomber la réparation de cette saloperie de clôture. Les moutons et les chèvres ne seront en sécurité que lorsque tout sera remis en ordre. C'est là que l'estafilade faite avec le couteau devient gênante. Et cette foutue coupure bénigne au demeurant se remet à saigner. Dans la caboche de la femme qui cogne avec son marteau sur un cavalier récalcitrant, des tas d'idées sombres.
C'est un boulot d'homme ça ! Enfoncer les piquets dans un sol dur, changer les fils de fer barbelés, un fichu travail de mec et… Lucie n'a rien d'un homme. Oui ! Mais Lucie est seule, alors quelle autre solution que celle de s'y coller ? La semaine dernière, quatre de ses bêtes sont parties à l'aventure et elle n'a nulle envie de galoper après ses biques et ses agnelles. La capuche de son long ciré sous les effets du vent n'arrête pas de se rabattre sur son cou. Foutue flotte, foutu pays et foutu boulot de dingue. Elle enrage de devoir insister sous une ondée qui persiste lourdement à la tremper. Et c'est quoi encore ce boucan ?
Au bout de la route, un point jaune qui grossit. La voiture de la poste. C'est si rare une visite dans ce trou du cul du monde où Lucie habite. Et puis… du courrier elle n'en attend guère. De toute façon, il n'arrive que des factures et toujours plus lourdes, payer, payer, toujours payer, sans pour cela rentrer plus d'argent. Les fromages qu'elle fabrique ne suffisent plus à garder la tête hors de l'eau. Encore moins ce matin lui crie une petite voix dans sa tête. Forcément puisqu'il pleut. Cette fois, la bagnole ralentit. Le chauffeur a surement vu qu'elle était dans son parc. Un homme en habit bleu en descend.
— Bonjour… sale temps ce matin, hein ! Ça ne doit pas être agréable de bosser sous cette pluie battante.
— Ouais… Bonjour ! Qu'est-ce que vous me voulez ?
— Une lettre… des impôts ou quelque chose comme ça !
— Pff ! Vous pouviez vous abstenir de me rapporter des cochonneries pareilles… mais ce n'est plus Annabelle qui fait la tournée ?
— Ça fait combien de temps que vous ne l'avez pas revu notre Annabelle ?
—… ? Quoi ? Il lui est arrivé quelque chose ?
— Oui… elle a pris sa retraite… C'est une bonne nouvelle ça… enfin pour elle du moins !
— Mais… elle a tout juste une petite soixantaine…
— Ben… nous sommes des fonctionnaires, et… nous avons des droits !
— Je vois… moi vous pensez que j'ai d'autres droits que celui de me crever à l'ouvrage ? Et au final, quand j'aurai son âge à Annabelle… je serai usée, avec une retraite de misère.
— Pourquoi vous n'avez pas passé un concours pour être vous aussi dans la fonction publique ?
— Ah oui ? C'est une bonne idée ça ! Et qui vous mettrait de quoi remplir votre assiette à tous les repas, hein ? Qui ?
— C'est vrai… pardon… je ne réfléchis pas toujours avant de parler… tenez.
— Ouais… Bonjour ! Qu'est-ce que vous me voulez ?
— Une lettre… des impôts ou quelque chose comme ça !
— Pff ! Vous pouviez vous abstenir de me rapporter des cochonneries pareilles… mais ce n'est plus Annabelle qui fait la tournée ?
— Ça fait combien de temps que vous ne l'avez pas revu notre Annabelle ?
—… ? Quoi ? Il lui est arrivé quelque chose ?
— Oui… elle a pris sa retraite… C'est une bonne nouvelle ça… enfin pour elle du moins !
— Mais… elle a tout juste une petite soixantaine…
— Ben… nous sommes des fonctionnaires, et… nous avons des droits !
— Je vois… moi vous pensez que j'ai d'autres droits que celui de me crever à l'ouvrage ? Et au final, quand j'aurai son âge à Annabelle… je serai usée, avec une retraite de misère.
— Pourquoi vous n'avez pas passé un concours pour être vous aussi dans la fonction publique ?
— Ah oui ? C'est une bonne idée ça ! Et qui vous mettrait de quoi remplir votre assiette à tous les repas, hein ? Qui ?
— C'est vrai… pardon… je ne réfléchis pas toujours avant de parler… tenez.
Le type lui tend un rectangle blanc frappé du sceau de l'administration ! Le fisc… celui-là ne l'oublie pas en tout cas. La lettre est collée derechef dans la poche interne de l'imper. Le gars ne semble pas pressé de se remettre à l'abri.
— Vous… vous faites ça souvent ?
— Quoi donc ?
— Ben, de planter vos piquets sous la flotte ?
— C'est vous qui allez garder mes biques et mes moutons ? Si vous croyez que je peux attendre le retour du soleil…
— Quoi donc ?
— Ben, de planter vos piquets sous la flotte ?
— C'est vous qui allez garder mes biques et mes moutons ? Si vous croyez que je peux attendre le retour du soleil…
Elle ne se préoccupe plus vraiment du gaillard qui lui n'est pas vêtu pour rester sous cette pluie battante. Lucie empoigne un nouveau piquet le dresse et donne un petit coup de masse sur le dessus du morceau d'acacia.
— Attendez… je vais vous le tenir… mais ne me tapez pas sur les mains.
—… ? Vous allez vous salir…
— Oh ! Mon grand-père aussi était paysan. Alors j'ai longtemps vécu à la campagne… mais vous n'avez donc pas de mari pour faire le sale boulot ?
— Je vous en pose moi des questions ? Si j'avais un homme, croyez-vous que je serais là à me casser le dos ?
— Attendez… donnez-moi ça !
— Quoi ?
—… ? Vous allez vous salir…
— Oh ! Mon grand-père aussi était paysan. Alors j'ai longtemps vécu à la campagne… mais vous n'avez donc pas de mari pour faire le sale boulot ?
— Je vous en pose moi des questions ? Si j'avais un homme, croyez-vous que je serais là à me casser le dos ?
— Attendez… donnez-moi ça !
— Quoi ?
Le facteur lui prend la masse des mains et le piquet s'enfonce au rythme de ses coups secs qu'il colle sur le dessus du pieu.
— Il vous en reste beaucoup à remplacer ?
— Encore trois, après celui-ci…
— Bon ! Je vous les plante tous et nous tendons les clôtures.
— Et le courrier ? Les gens ne vous attendent donc pas ?
— Vous êtes la dernière maison de ma tournée… Et puis, ça me rappelle ma jeunesse… à la ferme.
— Ah ? Bon, si vous le dites !
— Encore trois, après celui-ci…
— Bon ! Je vous les plante tous et nous tendons les clôtures.
— Et le courrier ? Les gens ne vous attendent donc pas ?
— Vous êtes la dernière maison de ma tournée… Et puis, ça me rappelle ma jeunesse… à la ferme.
— Ah ? Bon, si vous le dites !
C'est fou ! En moins d'une vingtaine de minutes, le type abat le boulot que Lucie aurait mis deux plombes à finir. Puis il lui sourit, alors que sa tignasse dégouline de flotte.
— Je vous dépose à votre maison ? Vous me montrez votre bergerie ? Vous en avez beaucoup des bêtes… ?
—… !
—… !
Trop curieux le bonhomme au gout de cette Lucie détrempée.
— Ça ne va pas vous attirer des ennuis de perdre votre temps ici ?
— Vous avez l'intention de me dénoncer ? Alors qui va le savoir, hein ?
—… ouais ! Merci du coup de main… vous dites que votre grand-père était paysan ?
— Oui… Girandon…
— Jules ? Vous me parlez de Jules ? Vous êtes le petit fils de Jules et de Marthe ?
— Oui, pourquoi vous les connaissez ?
— Évidemment. J'allais chaque été avec mes parents faire les foins… « Le point du jour », c'est bien le nom de la ferme de Jules…
— C'est chez moi désormais… et ce n'est plus tout à fait le bâtiment que vous avez connu. Tout est… changé.
— Ça fait un bail que je n'y suis plus allée… Donc vous êtes le fils de Jean ou de Sylvie ?
— Sylvie… maman est morte depuis une dizaine d'années… une saloperie de cancer… mais venez. Nous allons attraper la mort à discuter sous la pluie. Je vous dépose chez vous !
— Merci… je peux rentrer à pied, vous savez !
— Rémi… mon prénom, c'est Rémi…
— Ben… moi, je me prénomme Lucie et ma mère et la vôtre étaient à l'école ensemble… nous nous sommes perdues de vue quand elle est partie à la ville.
— Elle s'est mariée avec un instituteur et je suis là, à discuter avec vous Lucie d'un temps que je ne connais pas vraiment. Mes souvenirs s'arrêtent à mon grand-père et à mamie Marthe… ensuite mes parents se sont fâchés avec les leurs et… bon ! C'est toute une histoire.
—… je sais bien… c'est difficile dans nos campagnes. Les relations entre les uns et les autres… la vraie vie, quoi !
— Vous avez l'intention de me dénoncer ? Alors qui va le savoir, hein ?
—… ouais ! Merci du coup de main… vous dites que votre grand-père était paysan ?
— Oui… Girandon…
— Jules ? Vous me parlez de Jules ? Vous êtes le petit fils de Jules et de Marthe ?
— Oui, pourquoi vous les connaissez ?
— Évidemment. J'allais chaque été avec mes parents faire les foins… « Le point du jour », c'est bien le nom de la ferme de Jules…
— C'est chez moi désormais… et ce n'est plus tout à fait le bâtiment que vous avez connu. Tout est… changé.
— Ça fait un bail que je n'y suis plus allée… Donc vous êtes le fils de Jean ou de Sylvie ?
— Sylvie… maman est morte depuis une dizaine d'années… une saloperie de cancer… mais venez. Nous allons attraper la mort à discuter sous la pluie. Je vous dépose chez vous !
— Merci… je peux rentrer à pied, vous savez !
— Rémi… mon prénom, c'est Rémi…
— Ben… moi, je me prénomme Lucie et ma mère et la vôtre étaient à l'école ensemble… nous nous sommes perdues de vue quand elle est partie à la ville.
— Elle s'est mariée avec un instituteur et je suis là, à discuter avec vous Lucie d'un temps que je ne connais pas vraiment. Mes souvenirs s'arrêtent à mon grand-père et à mamie Marthe… ensuite mes parents se sont fâchés avec les leurs et… bon ! C'est toute une histoire.
—… je sais bien… c'est difficile dans nos campagnes. Les relations entre les uns et les autres… la vraie vie, quoi !
Tout en discutant, le facteur l'emmène vers sa maison. Là, elle se dit qu'elle ne peut pas le laisser repartir comme ça.
— Vous voulez venir vous sécher un peu. Prendre un café au chaud ?
— Merci… ce n'est pas de refus… Lucie. J'adore votre prénom !
— On ne choisit que très rarement le sien, vous savez… je ne retire rien sur ce que j'ai dit sur les fonctionnaires… même si pour Annabelle, je suis contente. C'est une brave femme. Parfois elle me ramenait les médicaments dont j'ai besoin.
— Mais si vous avez besoin de quoi que ce soit… je vous donne mon numéro de téléphone, comme ça vous pourrez me joindre…
— Merci. Alors ? Je nous sers un jus ? Tenez… vous avez les cheveux… qui dégoulinent…
— Merci… ce n'est pas de refus… Lucie. J'adore votre prénom !
— On ne choisit que très rarement le sien, vous savez… je ne retire rien sur ce que j'ai dit sur les fonctionnaires… même si pour Annabelle, je suis contente. C'est une brave femme. Parfois elle me ramenait les médicaments dont j'ai besoin.
— Mais si vous avez besoin de quoi que ce soit… je vous donne mon numéro de téléphone, comme ça vous pourrez me joindre…
— Merci. Alors ? Je nous sers un jus ? Tenez… vous avez les cheveux… qui dégoulinent…
Lucie lui donne une serviette. Il la porte d'abord à ses narines et ce simple geste fait sourire la femme.
— Je les passe à la lavande… pas besoin de soupline ou de ces trucs chimiques… ici, c'est tout naturel. Azurage compris…
— Azurage ? C'est quoi au juste ?
— Le linge… il sèche à plat au soleil… quand il fait beau, bien entendu…
— D'accord… Vous vivez seule, bien loin de tout ?
— C'est la maison de mes parents… et eux ont passé toute leur existence à garder ce lieu en état… je perpétue la tradition familiale et puis… sans rire, c'est mieux qu'une cage à lapin comme les HLM.
— Sur ce point, je vous rejoins Lucie… je dois y aller… la voiture doit être rentrée au dépôt pour quinze heures au plus tard… j'ai encore un peu de marge… votre café… on dirait celui de mamie Marthe.
— Surement parce que la recette est inchangée depuis longtemps… vous voyez… là dans ce faitout sur le bord du fourneau… le garder chaud juste ce qu'il faut… c'est ça le secret. Une buche dans le foyer et on ferme le tirage. Ça chauffe sans bruler… suffit de passer la quantité dont on a besoin, dans cette chaussette.
— Ouais… vous me projetez bien des années en arrière… vous me replongez au cœur de mon enfance là, Lucie… merci ! Bonne journée.
— À vous de même…
— Je repasserai à l'occasion. À bientôt !
— Azurage ? C'est quoi au juste ?
— Le linge… il sèche à plat au soleil… quand il fait beau, bien entendu…
— D'accord… Vous vivez seule, bien loin de tout ?
— C'est la maison de mes parents… et eux ont passé toute leur existence à garder ce lieu en état… je perpétue la tradition familiale et puis… sans rire, c'est mieux qu'une cage à lapin comme les HLM.
— Sur ce point, je vous rejoins Lucie… je dois y aller… la voiture doit être rentrée au dépôt pour quinze heures au plus tard… j'ai encore un peu de marge… votre café… on dirait celui de mamie Marthe.
— Surement parce que la recette est inchangée depuis longtemps… vous voyez… là dans ce faitout sur le bord du fourneau… le garder chaud juste ce qu'il faut… c'est ça le secret. Une buche dans le foyer et on ferme le tirage. Ça chauffe sans bruler… suffit de passer la quantité dont on a besoin, dans cette chaussette.
— Ouais… vous me projetez bien des années en arrière… vous me replongez au cœur de mon enfance là, Lucie… merci ! Bonne journée.
— À vous de même…
— Je repasserai à l'occasion. À bientôt !
La femme brune regarde depuis le pas de sa porte de cuisine le trait jaune qui diminue au fil des mètres qui l'éloigne de chez elle. Ce gars est sympa. Si lui s'est remémoré des souvenirs de jeunesse, pour elle aussi les réminiscences se bousculent sous sa chevelure enroulée dans une serviette éponge. Mais il lui faut s'arracher à ses images revenues du passé. Les bêtes attendent leur pitance. La journée est sans fin. C'est donc en rechaussant sa paire de bottes et en enfilant son manteau que Lucie reprend du service. Le hangar où les animaux braillent pour manger la voit débarquer avec une mine plutôt réjouie.
— xXx —
Trois jours que le ciel tombe en vrac sur une terre déjà passablement gorgée de flotte. Elle n'arrive plus à absorber le trop-plein qui enfle les rus et forme des poches un peu partout dans les champs et les prés. De plus, la noirceur des cieux n'annonce pas d'amélioration et ça en devient exaspérant pour de bon. Lucie passe la majeure partie de ses journées dans son labo où elle confectionne ses fromages. Demain, au village c'est jour de marché et qu'il fasse beau ou mauvais, pas question de ne pas s'y rendre. Elle a des factures en instance, la moindre rentrée d'argent est donc importante… C'est en songeant « argent » que soudain elle se rappelle que le facteur, ce Rémi lui a collé entre les pattes un courrier des impôts et elle l'a oublié dans son imper. C'est dire si elle est pressée d'ouvrir ce pli qui ne présage rien de bon.
Avec un soupir, elle finit de remplir les moules sur l'égouttoir. Une fois cette opération terminée, elle peut prendre un peu de temps pour lire enfin cette lettre qui dort dans sa poche. Pff ! Dix pour cent pour n'avoir pas payé dans les temps le montant total de la taxe foncière… comme si c'était facile pour elle de sortir de son compte une pareille somme. Si le mauvais temps persiste, elle court à la catastrophe. Mais le percepteur, lui ? Il s'en fiche éperdument… de ses états d'âme. Bon sang, comment s'en sortir avec tout ce qu'il faut débourser chaque mois ? Anéantie, elle s'assoit sur la balle de foin que les bêtes réclament à grand renfort de bêlements.
Perdue dans ses pensées, elle n'entend pas le moteur à l'extérieur du hangar qui vient de se taire. De la voiture qui est stationnée dans la cour, un type sort, ouvre le coffre, passe un manteau et chausse une paire de bottes. Puis il se dirige vers l'entrée principale de la maison d'habitation. L'homme frappe plusieurs petits coups dans le lourd panneau de chêne qui demeure obstinément clos. Alors il donne de la voix.
— Lucie… vous êtes là Lucie ?
Évidemment, personne ne lui répond. Il fouille du regard et aperçoit le hangar à quelque soixante mètres de là et il fond alors tout droit sur celui-ci. La capuche rabattue sur ses oreilles, l'ombre kaki se dessine dans l'encadrement du vantail qu'il pousse. Le grincement des gonds fait sursauter la femme qui tient toujours l'injonction de payer à la main. Elle voit ce visiteur inconnu qui lui fait un signe de la main.
— Ah ! Lucie ! Vous êtes donc là ! Ce sont vos chèvres et vos moutons ?
— Oui… mais qu'est-ce que vous fichez là ?
— J'ai frappé à votre porte, j'ai appelé, sans aucune réponse bien sûr. Alors je me suis permis de…
— Vous avez encore du courrier de ce genre ? Si c'est le cas, vous pouvez le garder…
— Non… je suis de repos pour quelques jours et… je me suis souvenu que vous pouviez avoir besoin d'aide…
— De l'aide ? Que voulez-vous que je fasse de l'aide du facteur ? Et puis… au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, il pleut encore et toujours.
— Ben, c'est un peu pour cela que je viens vous prêter la main…
— Si c'est pour vous faire de l'argent de poche… je suis fauchée et plus que les blés… je devrais même dire que je suis endettée jusqu'au cou. À mon avis… un de ces quatre matins, c'est un huissier qui va débarquer dans ma cour. Mais c'est gentil de me proposer de m'aider.
— Allons ne soyez pas défaitiste… le monde nous appartient, enfin il appartient à ceux qui comme vous et moi se lèvent de bonne heure !
— Ouais… foutaise que tout ça ! Je peux bien bosser jour et nuit, je n'arriverai jamais à joindre les deux bouts. Ceux-là me réclament encore dix pour cent supplémentaires… je n'ai pas payé assez vite au gout de notre gouvernement… mais où veulent-ils que je trouve des sous ? Ils nous pressent comme des citrons. Enfin… vous… c'est Rémi si j'ai bonne mémoire, vous avez bien mérité un salaire… un ou deux fromages. De ceux que je confectionne avec le lait de mes brebis et de mes chèvres… je ne peux pas faire plus.
— Ça me va… s'ils ne vous font pas défaut.
— Oh… demain, c'est le jour du marché… et je ne vends jamais tout ce que je produis. C'est de bon cœur, vous pourrez choisir… dans mon stock. Au moins, je sais pourquoi je vous l'offre à vous.
—… je pourrais peut-être pendant mes tournées les proposer aux gens à qui j'apporte le courrier. Vous voyez, je pourrais prendre des commandes pour vous et…
— Pourquoi pas ? Mais bon… je donne le foin à mes bestioles et on va boire un café… j'ai besoin d'un remontant ce matin.
— Ah ! C'en est à ce point ?
— Ce sont de véritables vampires… je vais finir sur la paille.
— Oui… mais qu'est-ce que vous fichez là ?
— J'ai frappé à votre porte, j'ai appelé, sans aucune réponse bien sûr. Alors je me suis permis de…
— Vous avez encore du courrier de ce genre ? Si c'est le cas, vous pouvez le garder…
— Non… je suis de repos pour quelques jours et… je me suis souvenu que vous pouviez avoir besoin d'aide…
— De l'aide ? Que voulez-vous que je fasse de l'aide du facteur ? Et puis… au cas où vous ne l'auriez pas remarqué, il pleut encore et toujours.
— Ben, c'est un peu pour cela que je viens vous prêter la main…
— Si c'est pour vous faire de l'argent de poche… je suis fauchée et plus que les blés… je devrais même dire que je suis endettée jusqu'au cou. À mon avis… un de ces quatre matins, c'est un huissier qui va débarquer dans ma cour. Mais c'est gentil de me proposer de m'aider.
— Allons ne soyez pas défaitiste… le monde nous appartient, enfin il appartient à ceux qui comme vous et moi se lèvent de bonne heure !
— Ouais… foutaise que tout ça ! Je peux bien bosser jour et nuit, je n'arriverai jamais à joindre les deux bouts. Ceux-là me réclament encore dix pour cent supplémentaires… je n'ai pas payé assez vite au gout de notre gouvernement… mais où veulent-ils que je trouve des sous ? Ils nous pressent comme des citrons. Enfin… vous… c'est Rémi si j'ai bonne mémoire, vous avez bien mérité un salaire… un ou deux fromages. De ceux que je confectionne avec le lait de mes brebis et de mes chèvres… je ne peux pas faire plus.
— Ça me va… s'ils ne vous font pas défaut.
— Oh… demain, c'est le jour du marché… et je ne vends jamais tout ce que je produis. C'est de bon cœur, vous pourrez choisir… dans mon stock. Au moins, je sais pourquoi je vous l'offre à vous.
—… je pourrais peut-être pendant mes tournées les proposer aux gens à qui j'apporte le courrier. Vous voyez, je pourrais prendre des commandes pour vous et…
— Pourquoi pas ? Mais bon… je donne le foin à mes bestioles et on va boire un café… j'ai besoin d'un remontant ce matin.
— Ah ! C'en est à ce point ?
— Ce sont de véritables vampires… je vais finir sur la paille.
Rémi se tait et Lucie fait de même. Elle retire la ficelle qui lie la balle d'herbe séchée et en déroule une bonne mesure. Le facteur de son côté fouille du regard les alentours.
— Vous avez perdu quelque chose ? Ou vous préparez un mauvais coup peut-être ? Il n'y a rien de valeur ici… sauf cette feuille d'impôts…
Le gars sourit à la voix un peu rauque de la femme puis tranquillement, il réplique gentiment.
— C'est surtout une fourche que je voudrais dégoter pour vous donner un coup de patte.
— Ah… une fourche… il y en a deux là-bas… près des autres bottes de foin.
— Parfait donc, je peux nourrir vos amies à quatre pattes… pour le fromage promis… c'est un juste retour des choses, ne croyez-vous pas Lucie ?
— Ah… une fourche… il y en a deux là-bas… près des autres bottes de foin.
— Parfait donc, je peux nourrir vos amies à quatre pattes… pour le fromage promis… c'est un juste retour des choses, ne croyez-vous pas Lucie ?
La femme hausse les épaules. À quoi bon parloter quand on a rien à dire ? Elle va comme lui, saisir le manche d'un des deux outils. Et chacun d'un bout du hangar, ils remplissent les mangeoires murales vers lesquelles les animaux se précipitent tous. Ça prend quelques minutes avant que l'homme et la femme ne se rejoignent au milieu de l'espace clos. Rémi repose son trident et Lucie le suit des yeux. Ce gars a les épaules solides, et il ne porte pas sa tenue de travail habituel. Un pantalon de toile noire, une veste à carreaux rouge et noir, style de celle des bucherons canadiens. Il y a dans l'allure de ce type un petit quelque chose d'apaisant, de rassurant. Une sorte de rage intérieure qui la fait se raidir la met sur ses gardes.
— Allons boire un coup…
— Vous ne leur donnez pas d'eau à vos animaux…
— Si ! Les auges sont remplies et ça devrait aller pour aujourd'hui. Pas moyen de les mettre au pré… bon sang. La météo ne prévoit rien de bien jusqu'à ce soir… et si demain il flotte encore, le marché ne sera pas bien fréquenté…
— Je n'ai pas vu de voiture dans votre cour !
— C'est que je n'en ai pas… je n'ai pas non plus de permis de conduire… de toute façon, comment je ferais pour la payer et pour remplir son réservoir… mais j'ai un tracteur et puis… dans un box, il y a Coquette…
— Coquette ? Qui c'est ça Coquette ?
— Une mule… elle m'est bien utile pour les champs… je laboure au tracteur pour le plus gros du travail, mais avec elle c'est parfait pour l'entretien des labours…
— Ah…
— Mais assez discutaillé ! Un bon jus chaud et de quoi me remettre les idées en place… Allez, suivez-moi, Rémi.
— Vous ne leur donnez pas d'eau à vos animaux…
— Si ! Les auges sont remplies et ça devrait aller pour aujourd'hui. Pas moyen de les mettre au pré… bon sang. La météo ne prévoit rien de bien jusqu'à ce soir… et si demain il flotte encore, le marché ne sera pas bien fréquenté…
— Je n'ai pas vu de voiture dans votre cour !
— C'est que je n'en ai pas… je n'ai pas non plus de permis de conduire… de toute façon, comment je ferais pour la payer et pour remplir son réservoir… mais j'ai un tracteur et puis… dans un box, il y a Coquette…
— Coquette ? Qui c'est ça Coquette ?
— Une mule… elle m'est bien utile pour les champs… je laboure au tracteur pour le plus gros du travail, mais avec elle c'est parfait pour l'entretien des labours…
— Ah…
— Mais assez discutaillé ! Un bon jus chaud et de quoi me remettre les idées en place… Allez, suivez-moi, Rémi.
Docilement, il emboite le pas d'une Lucie passablement désabusée. Dans l'entrée qu'il connait déjà, ils quittent tous les deux leurs bottes. Elle lui sert son jus de chaussette puis ouvre la crédence de laquelle elle extirpe une bouteille d'un liquide incolore.
— Une petite mirabelle… c'est mon père qui la fabriquait… il m'en reste deux ou trois litres… j'en bois rarement, et surtout pour des occasions bien spéciales.
— D'accord ! Et ce jour en est une ? Vous voulez trinquer à notre rencontre ?
—…
— D'accord ! Et ce jour en est une ? Vous voulez trinquer à notre rencontre ?
—…
Il sourit et dans les yeux de la femme, une sorte de voile vient englober la silhouette de cet homme qui se tient debout, en chaussettes sur le carrelage de sa cuisine. Elle en pantoufle et lui sans godasses, un drôle d'équipage assurément ! Pas de mot, juste un signe de la main féminine pour inviter son hôte à s'assoir devant la table.
— Vous vivez donc seul dans l'ancienne ferme du « Point du jour » ?
— Oui… j'ai longtemps travaillé sur la région parisienne et ma mutation a eu raison d'un mariage qui battait de l'aile depuis trop longtemps.
— Je vois…
— Mais vous ? C'est peu banal une femme qui tient une ferme toute seule. Vous n'avez pas non plus de mari ?
— Oh… j'en ai eu un… mais il préférait les bistrots aux travaux des champs et me tannait pour que nous vendions cet endroit. Quand il a compris que jamais je ne me séparerais de… tout ça, il est parti du jour au lendemain, sans plus jamais me donner de nouvelles.
— Mais… dans ce cas… vous êtes toujours mariés ?
— Peut-être ! Qu'il aille au diable de toute façon… il buvait plus qu'il ne rapportait…
— Et… pardon de vous demander ça, mais… une présence masculine ne vous a jamais manqué ?
—…
— Pardon… de mon indiscrétion, je suis parfois un peu… lourd.
— Ce n'est pas que ça ne me manque pas, mais bien sûr que quand on a pas le choix… je fais avec ma solitude, c'est tout.
— J'avoue que j'ai de mon côté du mal de vivre en ermite… heureusement que lors de mes tournées, je rencontre des tas de gens sympas… en tout cas plus qu'en région parisienne. Ici, les gens savent le poids des mots. Ils sont accueillants.
— Moi, je ne me mêle pas de la vie des autres et l'éloignement fait que je ne supporte plus le boucan… chaque jour de foire ou de marché est une calamité. Mais bon, c'est un mal nécessaire si je veux survivre.
— Je vous dérange alors sans doute et plus encore avec mes questions idiotes…
— Non ! C'est vrai que je me dis de plus en plus que je devrais faire des efforts pour me réadapter à une existence moins monacale. Ça me fait du bien de parler un peu… parce que je dois reconnaitre que mes moutons et mes chèvres n'ont guère de conversations…
— Je suis heureux de vous connaitre Lucie…
— Oui… j'ai longtemps travaillé sur la région parisienne et ma mutation a eu raison d'un mariage qui battait de l'aile depuis trop longtemps.
— Je vois…
— Mais vous ? C'est peu banal une femme qui tient une ferme toute seule. Vous n'avez pas non plus de mari ?
— Oh… j'en ai eu un… mais il préférait les bistrots aux travaux des champs et me tannait pour que nous vendions cet endroit. Quand il a compris que jamais je ne me séparerais de… tout ça, il est parti du jour au lendemain, sans plus jamais me donner de nouvelles.
— Mais… dans ce cas… vous êtes toujours mariés ?
— Peut-être ! Qu'il aille au diable de toute façon… il buvait plus qu'il ne rapportait…
— Et… pardon de vous demander ça, mais… une présence masculine ne vous a jamais manqué ?
—…
— Pardon… de mon indiscrétion, je suis parfois un peu… lourd.
— Ce n'est pas que ça ne me manque pas, mais bien sûr que quand on a pas le choix… je fais avec ma solitude, c'est tout.
— J'avoue que j'ai de mon côté du mal de vivre en ermite… heureusement que lors de mes tournées, je rencontre des tas de gens sympas… en tout cas plus qu'en région parisienne. Ici, les gens savent le poids des mots. Ils sont accueillants.
— Moi, je ne me mêle pas de la vie des autres et l'éloignement fait que je ne supporte plus le boucan… chaque jour de foire ou de marché est une calamité. Mais bon, c'est un mal nécessaire si je veux survivre.
— Je vous dérange alors sans doute et plus encore avec mes questions idiotes…
— Non ! C'est vrai que je me dis de plus en plus que je devrais faire des efforts pour me réadapter à une existence moins monacale. Ça me fait du bien de parler un peu… parce que je dois reconnaitre que mes moutons et mes chèvres n'ont guère de conversations…
— Je suis heureux de vous connaitre Lucie…
Il la regarde de nouveau et une chaleur inconnue lui brule le visage. C'est très bizarre cette sensation inconnue ou en tout cas oubliée qui remonte en elle pour lui empourprer la bouille. Et ensemble, ils lèvent le coude pour avaler d'un trait un dé à coudre d'un alcool blanc qui transpire le fruit bien mûr. Immédiatement, les degrés de cette eau de vie réchauffent les estomacs et une gorgée de café vient atténuer de suite la force du liquide. Rémi claque son palais de sa langue.
— Waouh… c'est costaud, dites-moi !
— Oui… mais avec ça on attrape jamais la gueule de bois… enfin, c'est ce que mon père racontait à ma mère qu'en-il en abusait un peu trop…
— Un boute-en-train alors votre papa ?
— Je suppose que oui… il avait des phrases comme ça qui me restent gravées dans la caboche…
— Comme mon grand-père Jules donc… je me souviens d'une en particulier…
— Dites toujours !
— Il se plaisait à se chamailler avec mamie et avec un clin d'œil alors qu'il avait mis ses chaussures à bascule, il me disait tout bas : « Tu sais, l'alcool, ça fait du bien aux dames quand ça passe par le corps des hommes ».
— Très spirituel quoi ! Jules avait donc le sens de la formule !
— Oh, vous savez Lucie, j'étais trop jeune pour saisir toutes les nuances de ces mots-là… mais aujourd'hui… je crois que j'aimerais qu'il ait raison…
—… ? Remuer le passé n'est pas trop ce que j'apprécie le plus. J'ai une trop nette tendance à être un zeste « fleur bleue » et j'ai la larmichette facile. Comme je ne bois que très exceptionnellement… ça me rend plus vulnérable encore au moindre degré…
— J'apprécie votre compagnie Lucie… et sans mentir, si ça ne vous importune pas, j'aimerais vous revoir le plus souvent possible.
—… ?
— Oui… mais avec ça on attrape jamais la gueule de bois… enfin, c'est ce que mon père racontait à ma mère qu'en-il en abusait un peu trop…
— Un boute-en-train alors votre papa ?
— Je suppose que oui… il avait des phrases comme ça qui me restent gravées dans la caboche…
— Comme mon grand-père Jules donc… je me souviens d'une en particulier…
— Dites toujours !
— Il se plaisait à se chamailler avec mamie et avec un clin d'œil alors qu'il avait mis ses chaussures à bascule, il me disait tout bas : « Tu sais, l'alcool, ça fait du bien aux dames quand ça passe par le corps des hommes ».
— Très spirituel quoi ! Jules avait donc le sens de la formule !
— Oh, vous savez Lucie, j'étais trop jeune pour saisir toutes les nuances de ces mots-là… mais aujourd'hui… je crois que j'aimerais qu'il ait raison…
—… ? Remuer le passé n'est pas trop ce que j'apprécie le plus. J'ai une trop nette tendance à être un zeste « fleur bleue » et j'ai la larmichette facile. Comme je ne bois que très exceptionnellement… ça me rend plus vulnérable encore au moindre degré…
— J'apprécie votre compagnie Lucie… et sans mentir, si ça ne vous importune pas, j'aimerais vous revoir le plus souvent possible.
—… ?
Deux phares interrogatifs se fixent sur l'homme qui n'a pas l'air de se moquer d'elle. Bon ! Elle ne doit guère être plus jeune que lui… du haut de ses trente-six piges. Ce gars lui inspire une confiance qu'elle ne veut pas montrer. Pourquoi rallume-t-il chez elle des espoirs qu'elle ne veut pas imaginer ? La peur d'avoir mal, la crainte d'être une fois encore une victime d'un bourreau des cœurs. Parce que son Jacques… il était bien trop beau pour elle. Évidemment qu'il l'avait séduite par ses beaux mots, ses belles manières d'homme du monde. Mais le manche de la fourche, c'était toujours elle qui avait dû se le coltiner.
— xXx —
Le marché ! Pas terrible une fois de plus. Le peu de clémence du ciel de ce dimanche rend les clients frileux. Vers le milieu du matin, tout juste une douzaine de ces fromages sont partis. Le grand Zach, le garde champêtre vient de passer pour collecter l'argent de la place occupée par le stand de Lucie. Ce qui fait encore baisser la recette de quelques euros. Pff ! Une misère, toute une matinée encore de perdue. Elle tourne et retourne dans sa tête les chiffres. Force lui est de se rendre à l'évidence. Il lui faudrait vendre dix fois plus de marchandise pour survivre. Elle ne voit pas le bonhomme qui avance vers son étal.
— Bonjour Lucie ! Comment allez-vous ce matin ?
— Hein ? Ah bonjour… ben comme vous le voyez… les gens boudent le marché… le temps sans doute.
— Ils ont bien tort de se priver de vos « crottins ». Ceux que vous m'avez donnés hier sont déjà avalés et… je les ai adorés. Je vais vous faire de la pub pendant mes tournées… ça ne vous dérange pas ?
— Oh ! Vous faites comme vous voulez… mais qu'est-ce que vous fichez là ce matin ?
— Officiellement je fais mon marché… officieusement j'ai eu envie de revoir une dame à laquelle je m'attache pour de vrai.
—… ? Les hommes sont des menteurs, la plupart du temps.
— Ça sent le vécu ce que vous me racontez… mais ils ne sont pas tous faits du même bois ! Et puis… je ne vois pas à quoi ça m'avancerait de vous raconter des âneries… qu'en dites-vous ?
— Ouais… beaucoup ne veulent que coucher. Pour ça, il suffit d'ouvrir les yeux et de regarder.
— Vous êtes venue comment ?
— Coquette est là-bas…
— Ah… c'est votre mulet cet animal !
— C'est une dame… une mule, vous les fonctionnaires ne faites pas la différence ?
— … si, si… mais d'ici… ça ne se remarque pas trop… vous voulez bien m'emballer deux fromages de chèvre et un de brebis. Par contre, je paie ce que j'achète aujourd'hui.
— Lesquels ? Choisissez !
— Ça n'a pas d'importance ! Ils sont tous faits de vos jolies mains… et j'en connais déjà la saveur.
— De quoi ? De mes fromages ou de mes mains…
— Ah ! Je suis stupide, n'est-ce pas…
— Hein ? Ah bonjour… ben comme vous le voyez… les gens boudent le marché… le temps sans doute.
— Ils ont bien tort de se priver de vos « crottins ». Ceux que vous m'avez donnés hier sont déjà avalés et… je les ai adorés. Je vais vous faire de la pub pendant mes tournées… ça ne vous dérange pas ?
— Oh ! Vous faites comme vous voulez… mais qu'est-ce que vous fichez là ce matin ?
— Officiellement je fais mon marché… officieusement j'ai eu envie de revoir une dame à laquelle je m'attache pour de vrai.
—… ? Les hommes sont des menteurs, la plupart du temps.
— Ça sent le vécu ce que vous me racontez… mais ils ne sont pas tous faits du même bois ! Et puis… je ne vois pas à quoi ça m'avancerait de vous raconter des âneries… qu'en dites-vous ?
— Ouais… beaucoup ne veulent que coucher. Pour ça, il suffit d'ouvrir les yeux et de regarder.
— Vous êtes venue comment ?
— Coquette est là-bas…
— Ah… c'est votre mulet cet animal !
— C'est une dame… une mule, vous les fonctionnaires ne faites pas la différence ?
— … si, si… mais d'ici… ça ne se remarque pas trop… vous voulez bien m'emballer deux fromages de chèvre et un de brebis. Par contre, je paie ce que j'achète aujourd'hui.
— Lesquels ? Choisissez !
— Ça n'a pas d'importance ! Ils sont tous faits de vos jolies mains… et j'en connais déjà la saveur.
— De quoi ? De mes fromages ou de mes mains…
— Ah ! Je suis stupide, n'est-ce pas…
Lucie entoure l'achat du bonhomme dans un papier et les lui tend. Il dépose l'argent dans le creux de la patte de la femme et il plonge ses quinquets dans ceux de celle qui ne fuit pas son regard. Il y a quelque chose d'indéfinissable qui la remue jusqu'aux tripes. Ce gars-là lui donne des sensations très spéciales. Elle ne sait pas analyser ce que cela signifie, mais c'est là, fort, violent. Une source de chaleur inouïe qui lui passe dans toutes ses veines. Son sang charrie surement un poison dangereux. C'est fou ! Elle le sait, veut s'en défendre vraiment.
Mais Rémi reste là, debout de l'autre bord de cet étal qui les sépare. Son visage ne montre rien, seules deux billes bleues semblent briller et sont figées dans les siennes. Qu'est-ce que ce type a donc de si… différent des autres ? Elle se noie dans des idées pas très catholiques. Et le son de la voix de l'homme la fait revenir soudain sur terre.
— Vous finissez à quelle heure, Lucie ?
— Euh… à midi. Les gens vont à la soupe ou au bistrot à cette heure-là…
— Vous accepteriez de prendre un verre « Chez Gustave », avec moi ?
— Je ne suis pas certaine que je vais avoir gagné assez pour payer mon repas du jour, alors un verre, vous pensez bien que…
— Mais… si je vous invite où est le problème ? Et puis… une belle manière de récupérer sympathiquement un peu des impôts que vous prélève l'état pour me verser un salaire tous les mois, qu'en dites-vous ?
— Que c'est surtout parce que je ne suis pas seule au marché !
— Pas seule ? Je ne comprends pas !
— Les mules n'ont pas l'autorisation d'aller prendre un verre, elles. Coquette a surement faim et… non, c'est gentil, mais non merci.
— Alors… si je vous accompagnais pour votre retour ? J'ai toujours rêvé de faire un tour en calèche… c'est l'occasion idéale peut-être !
— Elle n'a rien de confortable ma charrette… c'est seulement un outil de travail…
— Tous les prétextes sont bons pour dire non ! Un oui… ça n'a rien de difficile à prononcer. En tout cas, ça ne déforme pas la bouche plus qu'un refus.
—…
— Euh… à midi. Les gens vont à la soupe ou au bistrot à cette heure-là…
— Vous accepteriez de prendre un verre « Chez Gustave », avec moi ?
— Je ne suis pas certaine que je vais avoir gagné assez pour payer mon repas du jour, alors un verre, vous pensez bien que…
— Mais… si je vous invite où est le problème ? Et puis… une belle manière de récupérer sympathiquement un peu des impôts que vous prélève l'état pour me verser un salaire tous les mois, qu'en dites-vous ?
— Que c'est surtout parce que je ne suis pas seule au marché !
— Pas seule ? Je ne comprends pas !
— Les mules n'ont pas l'autorisation d'aller prendre un verre, elles. Coquette a surement faim et… non, c'est gentil, mais non merci.
— Alors… si je vous accompagnais pour votre retour ? J'ai toujours rêvé de faire un tour en calèche… c'est l'occasion idéale peut-être !
— Elle n'a rien de confortable ma charrette… c'est seulement un outil de travail…
— Tous les prétextes sont bons pour dire non ! Un oui… ça n'a rien de difficile à prononcer. En tout cas, ça ne déforme pas la bouche plus qu'un refus.
—…
Merde ! Il insiste l'homme de lettres. À bout d'arguments, Lucie se contente de hausser les épaules. À aucun moment, les yeux de Rémi ne se sont baissés. Plantés dans les siens, c'est elle qui se sent de plus en plus déstabilisée. De surcroit, il y a cette incroyable chaleur qui la rend… intensément vulnérable. Que lui répondre ? Comment refuser ce qui germe en elle sans qu'elle soit en mesure de s'y opposer ? Elle sait bien que si ce type insiste encore un peu, elle va céder. Et c'est une sorte de peur viscérale qui la torture. Pas celle de ce qui pourrait survenir entre lui et elle. Non !
Un truc insidieux dont elle ne sait pas le nom. Un serpent qui lui serre le ventre, qui la pousse vers ce gars, sans trop qu'elle sache le pourquoi. Il ne bronche pas et lui donne même un coup de main pour atteler sa charrette. Les boites isothermes contenant les invendus sont chargées sur la voiture et le gars s'assoit tranquillement à ses côtés sur la banquette de bois dur. Un petit claquement de la langue, un soubresaut des rênes, et l'équipage prend le chemin du retour. Pas très long, mais suffisamment pour que Lucie se sente dans ses petits souliers. Qu'est-ce qui lui arrive ! Les toits pointus de la maison et du hangar sont déjà visibles.
Aucun mot n'est échangé depuis le départ de la place du marché. Alors, lorsqu'il reprend la parole, c'est un vrai bouleversement dans les oreilles de la paysanne.
— Lucie… je peux essayer de conduire… je ne sais pas si c'est le bon terme, oui de conduire votre mule ?
— Vous… ce sont les guides que vous voulez ? Vous voulez mener Coquette…
— Ben… vous voulez bien m'apprendre ?
—…
— Vous… ce sont les guides que vous voulez ? Vous voulez mener Coquette…
— Ben… vous voulez bien m'apprendre ?
—…
Elle n'a guère de choix, puisque Rémi avance son bras et sa patte frôle celle de Lucie. C'est comme un orage dans le crâne de celle qui rentre du marché. Oui… tout explose dans sa caboche, dans sa poitrine également. Comment son cœur peut-il s'emballer ainsi, à ce simple contact ? Lui ne tente rien d'autre que ce mouvement. Saisir les rênes ? Est-ce le but affiché de cette animation qui déplace le corps de l'homme contre celui de la femme ? Et puis la bête n'a guère besoin d'être guidée. Elle connait le chemin sans doute depuis longtemps. Alors ? Est-ce bien un cahot du chemin ou une ornière plus profonde que les autres qui projette la bouille de Rémi contre celle de la muletière ?
Avec pour unique conséquence que trois mains tirent sur les lanières de cuir, et de suite l'animal réagit. Coquette stoppe sa progression, s'arrête sur place. À moins de cinquante mètres de la demeure… et ce visage trop proche, qui colle sa joue à la barbe naissante contre celle plus féminine, pourquoi ne se retire-t-elle pas ? La réponse, Lucie la sait déjà. Elle aussi donne un peu de mou à sa frimousse. C'est à cet instant-là que deux lèvres se plaquent sur sa bouche. Résister ? Un acte aussi inutile que vain. Elle a autant envie que lui de ce qui va arriver. Il ne cherche pas à lui faire du mal. Bien au contraire.
Alors ? Les mâchoires se desserrent et c'est si doux, suave. Un baiser de feu, un de ceux qui loin de remettre la tête d'aplomb finissent par exacerber plus encore les sens. Et chez Lucie, c'est plus que panique à bord. C'est tout son être qui prend l'eau, qui se laisse immerger dans une bienfaisante embrassade. Gout de miel sur fond de verdure mouillée. Miracle ou coïncidence, le crachin ne tombe plus. La mule sentant les rênes se relâcher fait le reste du voyage lentement. Le bouche à bouche ne prend fin pour ces deux-là, que pour mieux les voir sauter sur le sol. Rémi vient au-devant de celle qui n'est plus qu'attente.
Ensemble, ils entrent dans la maison. Elle le cramponne par le bras, pour le retenir ? Pour l'empêcher de faire volte-face ? Il n'en a pas vraiment l'intention et dès la porte repoussée, il la serre contre lui. De nouveaux baisers qui durent jusqu'à plus de souffle. Et durant ces merveilleux échanges, les mains masculines prennent la mesure de ce qu'elles peuvent palper. C'est d'abord une caresse sur la nuque humide d'eau du ciel… puis elles se fraient un passage au sein même des vêtements féminins. Jusqu'à en découvrir le grain de peau. Lucie ne fuit pas. Elle laisse aller cette musique qui court sur son épiderme. Chaque note sensibilise un pore de son corps. Elle n'est plus qu'un immense frisson.
Le tracé du parcours de la cuisine au salon est pavé de ce qu'elle porte. Ça commence par son manteau, puis son pull, sa liquette. Chacun de leurs pas est ponctué d'un morceau d'étoffe, jeté là où les deux se sont un instant arrêtés pour une nouvelle pelle. Les stations sont nombreuses, le chemin pourtant court prend un long moment et le canapé reçoit deux corps aussi nus que lors de leur naissance. C'est une fête, une pure magie. L'alchimie qui réunit elle et lui, rend inévitable un rapprochement que tous deux espèrent. Rémi voyage sur son corps de femme dans la plénitude de l'âge. Il en découvre tous les contours, les visite, revenant sur les courbes et les vallées que plus rien ne protège de sa vue ou de ses mains.
De ses lèvres non plus, qui se joignent à cette délicate escapade charnelle. La découverte du buisson qui cache toujours le sanctuaire, ce qui fait de Lucie un être autre que lui, est là qui le subjugue. La tentation d'y mettre les doigts, de jouer avec ces frisottis aux couleurs de sa chevelure est vite satisfaite. Curiosité toute masculine de voir, de sentir ce qui se camoufle au fond de ce nid douillet. Et très délicatement, l'origine du monde se dessine sous les phalanges d'un Rémi en transes. Ce qu'il dévoile au grand jour, ce qu'il explore de ces doigts patients, s'humidifie sous une tout autre rosée. La gorge rejetée en arrière, il y a fort longtemps que Lucie n'a pas gloussé ainsi. Elle se laisse bercer par les évènements.
Une communion, une osmose de deux corps qui se trouvent, se distinguent, s'apprivoisent. Comme si elle et lui n'attendaient que cela depuis toujours. La lente découverte de leurs différences se fait avec son assentiment. C'est Lucie qui pour que ce soit bien clair, se positionne sur lui. Oh ! Ce n'est pas encore le temps d'une réelle pénétration. Non ! Elle veut prendre son temps, savourer ces minutes, ces secondes qui ne reviendront peut-être jamais. Les premières fois sont souvent les plus belles, les meilleurs, celles qui marquent une vie. Non ! Ce n'est nullement sa première fois, c'est juste celle d'eux deux. Et en écartant les ailes de son papillon, elle se frotte sur le vit tendu.
Ça dure une éternité où elle reste là, à faire coulisser sur la longueur de sa chatte, la queue raide. Elle se vautre sur le pieu masculin, les bras tendus pour garder le haut de son corps dissocié de celui du mâle. Les épaules de Rémi, retenues sur le gisant par deux mains fermes, c'est à son tour de la laisser se faire plaisir, dans une câlinerie inhabituelle. Il peut tout à loisir la regarder. Les paupières closes, elle savoure ce glissement du mât qu'elle ne laisse pas entrer en elle. Ses traits sont figés dans une espèce d'extase qu'il n'a vue nulle part ailleurs. Et les lèvres féminines livrent passage à des psaumes inédits.
Combats de déesse menée par Lucie. Elle aime cette sensation d'être de nouveau une femme. Une femelle qui en cet instant est invulnérable. Elle apprécie également que son partenaire ne cherche pas à la brusquer. Il est serein, gémissant également et ne fait rien pour la prendre complètement. Elle se frotte toujours sur la verge qui glisse et écrase son clitoris en le longeant de toute la longueur de la tige. Jamais lui n'a vécu cet horrible émoi d'être la chose d'une femme. C'est elle qui décide, qui mène la danse. Les quinquets obstinément clos, elle force toujours ses tressaillements qui électrisent autant lui qu'elle. Un pur bonheur inédit qui se transmet dans tout l'être sur lequel elle reste plaquée.
Rémi sent la soudaine crispation des mains qui appuient sur ses épaules. Il sait qu'elle va parvenir à l'orgasme sans même qu'il ne l'ait pénétrée. Il cherche à observer toutes les réactions des muscles du visage de la femme qui rayonne. Lentement, la frimousse de Lucie devient resplendissante et son souffle s'accélère. Elle vit dans sa chair, ce désir qu'elle ne régule plus. Tout vient à l'emporte-pièce, tout est désordonné désormais. Pas de calcul ! Seulement un plaisir fou, un déferlement de vagues impossible à maitriser qui enflamment tout chez elle. Lumineuse, c'est la réflexion que ce fait celui qui est l'objet de cette marée. Il est acteur et spectateur d'une scène hallucinante.
Lucie jouit avec une force, une violence sans limites que celle permise par sa volonté. C'est si simple et si complexe tout à la fois. Plus rien n'est statique chez elle. Il n'est pas un muscle de ce corps si féminin qui ne soit pas en mouvement. Ses râles aussi se font plus rauques et force est de constater que les réactions formidables de la femme recrue de sexe entrainent chez lui, une explosion de sève que rien ne peut plus stopper. Il ne peut plus suivre les traits du visage de Lucie dans sa jouissance, bien trop entrainée par la sienne. C'est énorme et à aucun moment, le sexe mâle n'est entré dans celui de la belle paysanne.
— xXx —
— Tu es belle ! Ta peau… on dirait du velours. Jamais au grand jamais personne ne m'a donné un tel bonheur, Lucie !
— Chut !
— Chut !
La fine menotte qui vient clore la bouche mâle est d'une légèreté sans égale. Le visage d'ange souriant qui se penche sur lui, c'est un tel soleil. Puis elle sursaute…
— Mince ! Coquette…
— Quoi ?
— Ben… nous l'avons oublié dans la cour et il continue surement de flotter… et puis ma marchandise… je dois vite aller la remettre au frais…
— Attends ! Je viens, je t'accompagne Lucie.
—… si tu veux !
— Allons-y !
— Tu… comme ça ?
— Comment ça comme ça ?
— Ben… nous sommes à poil, non ?
— Et alors ? Une paire de bottes pour ne pas saloper nos pieds… pour le reste, il serait étonnant que ça fonde.
— Mon Dieu… un fou ! Ou pire un vrai pervers…
— Ah bon ? C'est comme ça que tu me vois ? Je n'ai rien fait jusque-là, ma belle…
— Comme toujours. Dans ce foutu pays, ce sont toujours les femmes qui se tapent le sale boulot.
— Sale dis-tu ? Tu trouves celui-là dégoutant ?
— À ton avis ? Mais tu as raison… une douche naturelle… ça peut être rigolo, ou nous coller une crève du diable.
— Allez ! On s'en fiche, on est bien, on est heureux d'être ensemble… enfin c'est le cas pour moi Lucie…
— Si tu le dis ! Tant pis pour toi… tu vas devoir supporter la vue de mon corps nu tout le temps qu'il faut pour tout ranger… ce qui devrait être fait depuis un sacré bout de temps…
— Quoi ?
— Ben… nous l'avons oublié dans la cour et il continue surement de flotter… et puis ma marchandise… je dois vite aller la remettre au frais…
— Attends ! Je viens, je t'accompagne Lucie.
—… si tu veux !
— Allons-y !
— Tu… comme ça ?
— Comment ça comme ça ?
— Ben… nous sommes à poil, non ?
— Et alors ? Une paire de bottes pour ne pas saloper nos pieds… pour le reste, il serait étonnant que ça fonde.
— Mon Dieu… un fou ! Ou pire un vrai pervers…
— Ah bon ? C'est comme ça que tu me vois ? Je n'ai rien fait jusque-là, ma belle…
— Comme toujours. Dans ce foutu pays, ce sont toujours les femmes qui se tapent le sale boulot.
— Sale dis-tu ? Tu trouves celui-là dégoutant ?
— À ton avis ? Mais tu as raison… une douche naturelle… ça peut être rigolo, ou nous coller une crève du diable.
— Allez ! On s'en fiche, on est bien, on est heureux d'être ensemble… enfin c'est le cas pour moi Lucie…
— Si tu le dis ! Tant pis pour toi… tu vas devoir supporter la vue de mon corps nu tout le temps qu'il faut pour tout ranger… ce qui devrait être fait depuis un sacré bout de temps…
Elle est déjà sur le pas de la porte qui sépare salon, salle à manger et cuisine. Elle fonce vers l'entrée, saute quasiment dans ses bottes. Rémi la suit comme son ombre, pas plus vêtu qu'elle. La mule pas si folle s'est engagée, malgré la charrette qu'elle traine dans la bergerie. Au moins est-elle au sec. Alors la brune prend les opérations en charge.
— Tu veux bien mettre les boites isothermes dans les frigos de mon labo ? Pendant ce temps, je vais dételer Coquette et la ramener dans son box… la pauvre.
— À vos ordres, patronne !
— Non ! S'il te plait ne m'appelle pas comme ça… et… merci pour… tout à l'heure.
—…
— À vos ordres, patronne !
— Non ! S'il te plait ne m'appelle pas comme ça… et… merci pour… tout à l'heure.
—…
Les bras chargés, l'homme fait un premier voyage. De son côté, Lucie le suit du regard. En fait, ce sont ses jolies fesses charnues qu'elle survole de loin. Ce type a vraiment un truc spécial. Comment peut-elle se retrouver dans une tenue pareille dans le hangar ? Les chèvres et les moutons sont calmes. Comment la voient-ils leur gardienne qui n'est plus tout à fait elle-même ? Et puis à quoi rime-t-elle cette question idiote qui trotte dans le crâne de celle qui garde les images du cul masculin ? Du reste, Rémi fait un retour qu'elle supervise sans le montrer, tout en retirant le licol de sa bête. Un autre passage vers le labo pour l'homme dont elle devine les bijoux de famille qui se balancent au rythme de ses enjambées.
Cette simple vision des attributs masculins ramène au galop le feu dans son ventre. Oui ! Ce gars a bien un attrait indéfinissable. La mule retrouve son box et avant de la quitter, d'une main qui se veut douce, la femme cajole l'encolure de Coquette. Les grands yeux marron de l'animal semblent lui dire… des mots qu'elle intègre immédiatement. Cette fois, c'est elle qui marche vers le charriot vide. Elle le pousse dans l'encoignure où il est stationné lorsqu'elle ne s'en sert pas. Et un trait clair traverse l'espace pour venir appuyer sur le brancard. Deux bras solides qui font un effort pour l'aider.
Tout est de nouveau en place, bien rangé. Rémi se tient à un mètre et il attend. Quoi ? Elle n'en sait rien ? À moins que ce ne soit exactement ce qu'elle de son côté espère une nouvelle fois. Alors, les quinquets féminins caressent la silhouette qui reste figée, toute proche. Pas un mot, juste deux paires d'yeux qui se jaugent, se jugent et soupèsent la situation ! Lentement devant les prunelles de Lucie, le sexe de Rémi se raidit, sans aucune aide physique de sa part. Il rebande et sa queue remonte vers son nombril, fière d'attiser les espérances de la femme ? Est-il besoin de paroles pour se comprendre ?
Un pas de part et d'autre, deux bras qui s'entrouvrent et une poitrine qui reçoit l'offrande. L'un contre l'autre, les lèvres se soudent encore et encore. Longs et langoureux baisers qui font monter une fièvre de plus en plus visible. Les corps choient sur le reste de la balle de foin ouverte. Deux êtres qui s'enlacent, s'embrassent et se touchent de plus en plus intimement. Mais ici, les choses sont redevenues « normales ». C'est lui qui prend le dessus et il lui mordille le lobe de l'oreille, lui fait des bisous qui la chatouillent. Il se frotte de tout son long sur elle et elle garde les cuisses largement ouvertes. Par petites touches insidieuses, mais néanmoins fort agréables, les deux sexes sont enfin en contact. Rémi ne montre aucune impatience et se contente de gérer une situation hautement érotique.
Il sent la menotte de Lucie qui tente une avancée entre leurs deux ventres qui se collent l'un à l'autre. Désire-t-elle lui caresser la bite pour s'assurer de sa bonne forme ? Il décale de quelques millimètres son bedon du sien et la patte glisse entre eux deux. Finalement si elle se saisit du vit, c'est surtout pour le guider. Oui… il s'agit d'une vraie invitation et l'homme le sait. Il reste de marbre ! Si elle le veut en elle, elle devra l'engager toute seule… ou lui demander de le faire. Un consentement mutuel obligatoire. Les doigts qui serrent maintenant sa queue le font tressaillir, que veut-elle, au juste ? La main libre de la jeune femme se plaque sur sa nuque.
Elle approche son visage de celui de Rémi… il attend toujours et imagine déjà qu'un futur baiser est en devenir. Il s'y prépare en entrouvrant pas avance les lèvres. Il se trouve fort surpris lorsqu'il constate que la joue de Lucie ne se tourne pas dans une position conforme à ce qu'il croit. Les lippes sont de plus en plus près de son esgourde. La langue vient déposer un filet de salive sur le pavillon du garçon, entrainant dans son sillage mille et un frémissements. Puis… la voix de la brune… éclate dans la caboche de celui qui ferme déjà les yeux.
— Prends-moi ! Oh, je t'en supplie, viens, viens maintenant. Là, tout de suite, baise-moi !
Une seconde pour que les paroles fassent leur petit bonhomme de chemin dans le cerveau de Rémi. La patte qui dirige la trique vers sa cible, un coup de reins suffisamment ample pour que ce soit chose faite. Une poussée rectiligne qui ne s'arrête que lorsque le fond du vagin interdit au gland d'avancer plus. Là, une longue pause pour savourer ce bonheur d'être en elle. La même que de sa place Lucie ressent avec un bien-être ineffable, stase qui lui permet de reprendre son souffle coupé net par l'intromission rapide. Ils sont en parfaite osmose. Chacun reprend ses esprits, analysant de manière différente le ressenti de cette possession désirée.
Les brins de foins s'enfoncent dans la peau du dos de Lucie, et les va-et-vient provoqués par les déhanchements compulsifs du bassin de son amant font grimper la température. Elle glousse, et geint, ressentant le bonheur de se sentir femme. Lui se déhanche au gré des fantaisies de son esprit. Il module son forage, en alternant le rythme, et doucement, Lucie se laisse envahir par la félicité que lui procure le facteur… ils font l'amour et elle ne peut que se féliciter de recevoir ce pieu en elle. Tout n'est que douceur et volupté… tendresse et… peut-être amour. Combien de temps se distillent-ils cette douce folie qui les fait grimper aux nuages d'un ciel chargé ? L'essentiel n'est pas vraiment dans la pendule.
Entrecoupés de baisers formidables, les assauts charnels de Rémi font trembler la jeune brune. Ça bêle de partout dans la bergerie. Le loup est entré non seulement dans celle-ci, mais bien aussi dans la patronne de celle-là. Et c'est un véritable feu d'artifice qui enflamme les corps, qui les accouple d'une manière si pure qu'il n'est pas, plus permis de douter de l'engagement total de ces êtres qui se donnent, qui se trouvent, qui se libèrent… et cet acte-là… ne peut que porter le nom d'amour…
Les caresses se distillent savamment après ce corps à corps qui n'a rien de commun avec tout ce que la brune a déjà connu. Rémi est un amant très tactile et il sait si bien lui masser ces endroits qu'elle aime sentir tripoter par ses pattes. Combien de fois lors de ce dimanche pluvieux, après le marché ont-ils fait l'amour ? Elle ne veut pas jouer les apothicaires ni les comptables. Elle se contente d'apprécier ce que ce facteur lui offre. Plus il la câline, plus elle ose de son côté palper, toucher, humer. Le partage est souvent difficile tout comme ses relations avec les autres. Là, c'est comme si cet homme avait toujours fait partie de sa vie. Oui… l'impression qu'elle l'attend depuis toujours s'incruste dans son cerveau.
Le soyeux des draps remplace les chatouilles du foin. Ils s'y vautrent, se libérant du carcan de tabous accumulés au fil des années. Un après-midi de repos ponctué par le battement des gouttes de pluie sur les baies vitrées et de temps à autre par un bêlement provenant de la bergerie. Les bêtes, elles non plus n'apprécient sans doute pas l'enfermement obligatoire dû aux mauvaises conditions climatiques. Mais sans mentir, Lucie est contente que le soleil ne soit pas de retour. Elle peut profiter de cet homme qui lui donne tellement et qui réclame si peu en retour. Bien sûr, les ennuis ne se sont pas envolés.
Ils demeurent tapis dans un coin du cerveau de la jolie dame, et ressurgiront dès que l'euphorie du moment passera. Pour l'heure, elle joue du bout des doigts avec un objet qui relève fièrement la tête. Cette forme longue qu'elle a aimée lorsqu'elle se frottait dessus, qui lui a offert un feu d'artifice magique en navigant carrément en elle… elle s'amuse à en retrousser la peau qui masque un gland lisse et d'un rose qui vire au violet. Bien entendu, Rémi ne la dissuade pas de secouer lentement la trique qui semble insatiable. Bien sûr qu'il la laisse faire.
Et c'est à ce point bon qu'il souffle l'air que ses poumons retiennent depuis quelques instants. La jeune brune tourne son visage vers lui, le regarde avec un drôle d'air.
— Je peux… ?
— Oh… fais-moi tout ce que tu veux… je suis prêt.
— J'en ai vraiment envie…
— Alors ! Fais-toi plaisir, voyons. Nous sommes là pour nous découvrir…
— Pour ça… il me semble que ça fait un moment déjà que nous sommes tout nu…
— Ouais… je ne parle pas forcément de notre anatomie, Lucie… tu me demandes de t'autoriser à quoi, ma jolie ?
— À… ça…
— Oh… fais-moi tout ce que tu veux… je suis prêt.
— J'en ai vraiment envie…
— Alors ! Fais-toi plaisir, voyons. Nous sommes là pour nous découvrir…
— Pour ça… il me semble que ça fait un moment déjà que nous sommes tout nu…
— Ouais… je ne parle pas forcément de notre anatomie, Lucie… tu me demandes de t'autoriser à quoi, ma jolie ?
— À… ça…
La tête vient de plonger, à la rencontre de ce que ses doigts encerclent. La patte féminine tire sur le prépuce et la langue salivante au possible vient léchouiller ce casque gonflé de sang. Elle s'attarde un long moment sur le gland avant d'enfoncer dans sa bouche une partie de la hampe. Fabuleuse crispation de tout le corps de Rémi. À son tour il se raidit, lance au hasard son bras, dans l'espoir de caresser l'entrejambe de la femme qui s'est positionnée à genoux pour mieux officier. D'un geste, elle repousse la main baladeuse et l'homme se pose des questions. Pourquoi ce refus… mais elle ne quitte pas le nœud dont elle parait vouloir aspirer toute la moelle.
Elle insiste longtemps, dans un baiser très sophistiqué et lentement il se laisse bercer par ces succions, alliées à des coups d'une langue très agile. Comment se retenir ? Au bout de longues minutes, il perd pied, s'enfonçant dans un bien-être dont il déguste chaque seconde. Surprenante fellation qui l'amène au bord de l'éjaculation. Mais Lucie est douée et chaque fois qu'il est sur le point de se vider dans son palais, elle sait stopper son action juste avant que cela arrive. Est-ce le fruit du hasard ? Ou bien connait-elle suffisamment les mécanismes qui entrainent la montée de la sève pour couper net son dégorgement ?
C'est bougrement malin et humainement insupportable. À la limite de la douleur au bout d'un moment. Rémi pose donc ses paumes sur les tempes de la jolie brune qui fait perdurer au-delà du possible sa brillante pipe. Peut-être qu'il suffit de lui dire ?
— Ma chérie… c'est affreusement bon ! Mais ça devient très douloureux…
— Oh ! Pardon…
— Oh ! Pardon…
Elle se relève, bouche entrouverte… et elle lui sourit.
— J'adore te sucer… Rémi.
— Je… comment te dire ça, Lucie ? C'est sublime, mais après toutes nos fredaines, une pause est nécessaire… Et puis… je veux aussi te sentir sous ma langue…
— Humm ! Mais je te préviens, ça doit être chez moi… moins dur que ton truc…
— Je… comment te dire ça, Lucie ? C'est sublime, mais après toutes nos fredaines, une pause est nécessaire… Et puis… je veux aussi te sentir sous ma langue…
— Humm ! Mais je te préviens, ça doit être chez moi… moins dur que ton truc…
Elle éclate d'un fou rire nerveux. L'homme fait de même et il inverse les rôles. Il retrouve dans ses coups de langue, les saveurs aigres-douces des sécrétions que son ventre a rejetées, mais aussi une sorte de mélange de liquide séminal ou de sperme… le sien bien entendu. Alors… il recueille sur la pointe de sa langue, au fond du calice un soupçon de cette liqueur… et dans un mouvement calculé, approche sa bouche de celle de Lucie. Un baiser, avec ce mélange de cordial… qui se répand dans leurs deux bouches pour descendre dans chacun des œsophages…
Lucie le retient jusqu'à ce que faute d'air dans ses poumons elle soit dans l'obligation de lâcher. Dans leurs mirettes, il y a toute une voie lactée qui pétille. Et dans le silence d'un soir tombant… la jeune femme brune annonce la couleur.
— Je… pardon, Rémi… mais je crois que je suis amoureuse de toi…
Une fraction de seconde, le temps marque la mesure de ce moment et lui répond avec une sorte d'enrouement…
— Oh… Je crois que de mon côté, Lucie, je t'ai aimé dès que je t'ai vu te débattre avec tes piquets… je suis raide dingue de toi… et ça se voit !
— Humm… ça se sent aussi… viens ! Fais-moi encore et encore l'amour… mon amour !
— Humm… ça se sent aussi… viens ! Fais-moi encore et encore l'amour… mon amour !
Le soir est là. Nuit sombre où les amants vont se raconter mille secrets, pas tous d'alcôve… et la vie elle continue sans se soucier de ce qu'en pensent ou disent les gens… « honnêtes »… ou les amoureux. Ils sont heureux de se découvrir et le pèlerinage s'il est long est d'autant plus agréable. Mais… un rideau de pluie salue ou couvre les cris, gémissements, de ces deux qui s'aiment vraiment ! Un avenir leur est promis ?
Trop tôt pour le dire… sans doute !
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Commentaires ()
Merci pour cette belle histoire.
Je vous lis depuis le debut de vos parutîons et je prends toujours un maximum de plaisir.
Vos histoires bien construites,une écriture délicate et imagée.
Je ne me lasse pas.
Bravo