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✦ Galaxie rouge Jusqu’à ce que mon corps dise “oui” XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Jusqu’à ce que mon corps dise “oui” — Chapitre 7 · Le refuge de cuir

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Galaxie rouge
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Jusqu’à ce que mon corps dise “oui”

Chapitre 7 · Le refuge de cuir

Note de l'auteur

Résumé du chapitre précédent : Alors qu'elle rentre seule chez elle, Isabelle perd le contrôle de sa voiture : les freins lâchent et elle s'écrase contre un terre-plein. Deux hommes s'approchent, menaçants. Mais Luc surgit sur sa moto, la sauve, et l'emmène. Sur la route, elle sent naître un trouble charnel intense, comme un éveil. Chez lui, le moindre geste, le moindre regard, allume en elle un désir qu'elle ne peut plus nier. De retour chez elle, Luc l'aide à descendre de moto. Mais l'apparition soudaine de Gérard, son compagnon, brutal et vulgaire, brise tout. Isabelle, honteuse, supplie Luc d'entrer. À l'intérieur, elle raconte son agression, tandis que Luc observe silencieusement Gérard avec un regard glacé et protecteur. Une tension électrique, charnelle, traverse chaque échange. Quand Gérard l'insulte, Luc le coupe sèchement, puis s'adresse à Isabelle avec une douceur bouleversante. Avant de partir, il lui laisse une carte et une promesse voilée.

Isabelle le regarde s'éloigner comme on regarde partir l'homme de sa vie, avec le cœur serré, le ventre en feu, et le goût du manque déjà présent.
La pluie glisse encore sur le pare-brise lorsqu'Isabelle coupe le moteur. Ses doigts tremblent sur le volant, parcourus de picotements nerveux. Elle reste figée, immobile, le souffle court, les tempes battantes. Respirer semble devenu un effort, un geste douloureux. Son cœur cogne, irrégulier, trop fort. Une chaleur lourde lui noue la gorge.
Elle ne sait même plus pourquoi elle est là. Tout se brouille. L'image de la voiture abandonnée sur le parking, les freins défaillants, la peur brute, animale, qui lui a broyé la poitrine. Gérard, qui la traite comme un récipient sans âme, sans désir, une fonction plus qu'un être. Et Luc, hier encore, partit sans qu'elle trouve les mots. Sans qu'elle ose les chercher.
Tout se superpose. Elle vacille. Une solitude immense l'engloutit. Elle sent qu'elle perd pied.
Quelque chose monte en elle, un picotement le long de l'échine, une tension qu'elle ne parvient plus à maîtriser. Elle a pris la voiture sans réfléchir, les mains moites, la gorge serrée. Une sueur froide glissait entre ses omoplates, mêlée à une chaleur confuse, presque honteuse. Elle ne voyait plus vraiment la route. Et cette adresse s'est imposée d'elle-même, sans réflexion : celle de Luc. Un refuge. Un appel du corps, plus que de la raison. Une urgence. Une supplique.
Ses reins la lancent. Sa gorge reste nouée. Chaque fibre d'elle réclame un abri. Un lieu pour poser sa peur. Et sa peau.
Elle sort. Referme la portière sans bruit. Le froid, la cueille, saisissant, chargé d'humidité. Le ciel bas écrase la fin d'après-midi d'un gris sans âme. Une pluie fine perle sur son visage s'insinue sous son col. Ses vêtements glacés lui collent à la peau. Ses jambes sont raides, sa nuque tendue. Elle grimpe les marches avec hésitation, chaque pas pesant, hésitant, chargé de doute.
Un frisson la traverse. Des gouttes perlent de ses cheveux trempés le long de sa nuque. Son chemisier blanc, trempé, moule sa poitrine, devenu presque translucide. Elle croise les bras par réflexe, mais n'y croit pas. Elle grelotte, oui. Mais ce n'est pas seulement le froid.
C'est le vertige.
C'est le doute.
Qu'est-ce qu'elle fait ici ? Elle ne le connaît pas. À peine échangé quelques phrases. Et encore. Il paraît plus jeune. Beaucoup plus jeune. C'est absurde. Elle va lui faire pitié. Se ridiculiser. Elle devrait tourner les talons, refermer ce chapitre avant même de l'avoir ouvert. Laisser ça derrière elle. Mais ses doigts tremblent déjà quand ils s'approchent de la sonnette.
Elle appuie. Une seule fois. Le son retentit, aigu, presque brutal. Elle sursaute malgré elle. Ses yeux se baissent aussitôt. L'instant d'après, elle regrette. Elle pivote, amorce un demi-tour maladroit.
Et la porte s'ouvre.
Luc est là. Il ne dit rien. Il la regarde simplement. Son regard glisse le long de ses tempes où ruissellent des gouttes glacées, s'attarde sur la mâchoire contractée, les lèvres pâlies qu'elle a dû mordre pour ne pas céder. Sa respiration est courte, heurtée. La pluie perle sur ses cils, descend lentement le long de son cou, se perd dans l'ouverture détrempée de son chemisier. Sa poitrine se soulève par à-coups, comme si respirer lui coûtait.
Elle est glacée. Trempée jusqu'aux os. Et pourtant, elle ne bouge pas. Ne dis rien. Reste là vulnérable, vacillante.
Luc, lui, ne prononce pas un mot. Mais dans ses yeux, une lueur a surgi celle qu'on a quand on comprend sans poser de question. Il s'efface, doucement, comme une évidence. Et elle entre.
Dès que ses pieds franchissent le seuil, un frisson profond la parcourt. De la nuque aux chevilles. Il referme la porte derrière elle. Dans un léger claquement, le monde reste dehors. Avec la pluie. Et la peur.
— Vous tremblez, murmure-t-il en refermant doucement la porte.
— Non, non… c'est juste… quelques gouttes, répond-elle dans un souffle, tentant un sourire maladroit.
Il fronce les sourcils, la dévisage avec une douceur mêlée d'incrédulité.
— Vous plaisantez ? Vous êtes trempée. Si vous restez comme ça, vous allez attraper la mort.
Isabelle baisse les yeux. Ses bras se croisent autour d'elle-même, mais ce n'est pas seulement le froid qu'elle cherche à fuir. Elle pense : C'est la première fois depuis longtemps que quelqu'un se préoccupe de moi.
Elle lève les yeux vers lui, hésite, puis ajoute, la voix plus basse :
— Excusez-moi. Je ne sais même pas ce que je fais là. Je vous dérange…
Luc secoue la tête, presque imperceptiblement. Son regard ne la quitte pas.
— Comme vous voulez. Mais… avant de repartir, attendez deux secondes. Je reviens.
Il la guide d'un geste vers le canapé, sans insister. Puis il disparaît dans le couloir. Elle reste debout un instant, puis fait quelques pas. L'appartement est simple, chaleureux. Le cuir du canapé brille à la lueur tamisée d'une lampe basse. Une guitare est posée contre un mur. Une odeur de bois ciré, de café, et quelque chose d'indéfinissable, de masculin, rassurant. Et pourtant Isabelle fronce les sourcils. Il y a autre chose. Subtil, mais présent.
Elle ne saurait pas dire quoi, mais une touche de féminité flotte dans l'air. Un coussin rose pâle sur un fauteuil, un plaid en mohair soigneusement plié, un vase discret avec deux branches séchées parfaitement disposées. Ce détail la trouble. Il est peut-être en couple ? Ou séparé, mais il n'a pas touché à l'espace qu'elle a laissé. Son ventre se serre. Elle s'en veut de cette intrusion. Elle détourne les yeux.
Tu t'attendais à quoi, ma pauvre… pense-t-elle. A ce qu'un homme comme lui soit seul ? Il est jeune. Trop jeune. Sûrement aimé. Elle se sent idiote. Pitoyable. Une femme trempée, grelottante, larguée, qui vient s'échouer chez un inconnu. Elle croise les bras sur elle, cherche un appui dans son souffle. Il faut qu'elle reparte. Avant qu'elle ne se ridiculise davantage.
Luc revient avec un sweat gris foncé plié sur l'avant-bras.
— Tenez. Vous voulez vous changer ?
Elle hoche la tête, docile. Il désigne la salle de bain. Elle avance à petits pas, le tissu du sweat contre sa poitrine encore trempée, collante. Avant d'entrer, elle se retourne à demi, la voix basse, fébrile :
— Je ne veux pas vous déranger. Je n'aurais pas dû venir. Et si votre épouse arrive et me voit… à moitié nue dans votre salle de bain… ? Cela risque de provoquer une crise de jalousie, non ?
Luc l'observe en silence, ses yeux ancrés dans les siens, sans sourciller. Puis il répond simplement, d'un ton calme :
— Ne vous inquiétez pas pour cela. Pour le moment, ce qui compte, c'est que vous n'attrapiez pas froid.
Cette réponse la trouble. Elle est parfaite. Calme. Floue. Une non-réponse qui l'éclaire tout en l'enveloppant dans un mystère rassurant. Elle se mord la lèvre inférieure. Évidemment qu'il ne va pas me raconter sa vie. Mais… il est si calme.
Elle referme la porte derrière elle, lentement. Dans le miroir, elle se découvre : le chemisier collé à sa peau, sa poitrine visible en transparence, les plis mouillés moulant son ventre, ses hanches. Une autre femme. Une femme fatiguée. Une femme qui lutte pour rester digne.
Ses yeux glissent ensuite vers le rebord du lavabo. Trois brosses à dents dans un gobelet de céramique. Et là, posé nonchalamment sur le porte-serviette, un chouchou rose, oublié ou négligemment laissé. Une présence féminine, discrète, mais bien là.
Elle fronce les sourcils. Il ne vit pas seul. Ou alors il vit seul depuis peu ? Quelqu'un a été ici. Peut-être récemment.
Un pincement traverse son bas-ventre. Elle se sent stupide. Intruse. Ce n'est pas chez elle. Elle n'a pas à observer, à deviner, à chercher des signes. Mais elle ne peut pas s'empêcher de ressentir une gêne brûlante, mêlée à une curiosité honteuse.
Elle déboutonne lentement, chaque geste un peu plus profond, plus intime. Elle retire son soutien-gorge, la peau frissonne à l'air libre, hérissée. Les vêtements humides tombent lourdement sur le carrelage, comme s'ils abandonnaient un poids.
Elle garde sa culotte noire, un peu humide, qui lui colle aux cuisses. Elle enfile le sweat. Il est trop large. Doux. Il sent le propre, et Luc. Il descend presque à mi-cuisses, cache tout en suggérant, effleure sa peau nue à chaque pas. Elle inspire profondément, sentant une chaleur douce s'installer en elle, chassant peu à peu les tremblements. Elle se sent un peu plus ancrée. Un peu plus présente.
Quand elle revient dans le salon, pieds nus, ses talons humides effleurent le parquet tiède. La chaleur douce de l'intérieur contraste brutalement avec le froid qui habite encore son dos et ses mollets. Le sweat effleure ses cuisses à chaque pas, un frisson nerveux l'accompagne. Elle sent son cœur battre dans sa poitrine, plus lentement, mais chaque battement semble résonner dans tout son corps.
Elle se sent fragile, oui. Exposée. Nue sous ce tissu étranger. Mais aussi, étrangement vivante. Chaque nerf est à fleur de peau. Et dans le regard de Luc, elle se sent vue. Non pas scrutée, ni jugée. Juste accueillie. Et cette sensation-là, aussi ténue soit-elle, vient chasser pour un instant le froid en elle.
Luc lui sourit sans insistance.
— Une infusion ? Camomille ?
Elle acquiesce. Il se rend dans la cuisine ouverte, met l'eau à chauffer. Elle s'installe dans le canapé. Le cuir est froid sous ses cuisses nues. Elle replie ses jambes sous elle, tire un peu le sweat. Elle s'enfonce dans l'assise profonde. Elle se sent comme une enfant dans une maison qui n'est pas la sienne. Et pourtant, elle est bien.
Elle observe. Quelques livres, une photo encadrée, une montre posée sur un meuble. C'est sobre. Maîtrisé. Comme lui, pense-t-elle. Mais son regard glisse, cherche, fouille presque malgré elle. Discrètement, elle scrute les étagères, la table basse, les coins à moitié visibles derrière les meubles. Elle espère ou redoute tomber sur une photo de couple, un bijou oublié, un magazine féminin négligemment posé.
Mais non. Rien de tout cela. Rien de plus que ce qu'elle a vu en entrant : cette harmonie feutrée, un peu trop bien agencée. Seulement cette impression persistante, cette touche féminine diffuse qu'elle ne parvient pas à localiser précisément.
Elle a chaud, soudain, une chaleur qui monte de l'intérieur, mêlée d'embarras. Je deviens folle. Elle n'a aucun droit sur cet homme. Aucun. Elle ne va pas lui faire une scène, ni même nourrir un soupçon. Il ne lui a rien promis. Il ne lui a rien demandé. Il ne l'a pas demandée en mariage, bon sang. Pauvre folle, murmure-t-elle intérieurement, en serrant ses bras autour d'elle comme pour contenir ce flot d'émotions déraisonnables.
Il revient avec deux tasses. La vapeur s'élève, tiède et apaisante, chargée de l'odeur douce et herbacée de la camomille. Il en pose une devant elle, leurs gestes presque synchrones, puis s'assoit à côté, sans forcer la proximité. Il est à une distance respectueuse. Mais elle sent la présence de son corps rayonner à travers l'air, une chaleur diffuse qui l'enveloppe par vagues.
Il lui tend la tasse. Leurs doigts se frôlent, peau contre peau, fugace, mais chargée. Un frisson net, aigu, lui remonte le long de l'avant-bras, une caresse électrique qui se prolonge jusqu'à la nuque et fait vibrer sa colonne. Ses doigts sont secs, chauds, les seins encore humides, glacés. Un contraste saisissant, presque intime, qui la fait vaciller une seconde. La chaleur de la porcelaine s'ajoute à celle de ce contact, et dans ce bref échange de peau, elle sent tout son ventre se contracter, comme si le désir, enfoui sous le trouble, venait de se réveiller sans prévenir.
Un contact bref. Mais elle tressaille. Il s'excuse d'un sourire. Elle sourit aussi. Mais son cœur s'emballe. Elle boit une première gorgée. Il fait de même.
— Vous voulez parler ?
Elle secoue la tête. Non. Pas encore. Elle n'a pas les mots. Mais elle a ce silence entre eux, et il est plus doux que tous les discours. Il ne dit rien. Il respecte ce retrait. Et pourtant, elle le sent là, ancrée, stable.
Elle change de position, lentement, comme si son propre corps pesait une tonne. Une jambe glisse contre le cuir lisse du canapé, et le contact froid réveille chaque sa peau. L'autre se replie sous elle, enroulée, presque intime. Le sweat remonte un peu, caresse l'arrière de ses cuisses, s'arrête au creux.
Elle sent l'air plus tiède du salon effleurer la naissance de sa fesse, le cuir froid lui voler un soupir. Elle sait qu'elle s'expose. Qu'un centimètre de plus, et elle deviendrait une offrande. Elle ne bouge pas. Elle ne croise pas les jambes. Elle voit du coin de l'œil qu'il détourne la tête, avec ce respect tendu qui trahit le trouble. Il a vu. Sa cuisse nue. L'élastique noir qui encadre sa peau d'un fil sombre, presque vibrant. Ce n'est pas un accident. Ce n'est pas innocent. Mais elle ne tire pas le tissu. Elle le laisse comme ça. Parce qu'elle veut voir ce qu'il fera. Parce que c'est la première fois depuis longtemps qu'un simple regard sur sa peau lui donne l'impression d'exister autrement que pour servir ou plaire.
— Vous avez pu récupérer votre voiture ? demande-t-il, la voix posée.
Elle secoue doucement la tête.
— Non… Elle est toujours au garage. Il y a quelques réparations à faire. Heureusement, ils m'ont prêté un véhicule en attendant.
Luc hoche la tête, l'observe un instant, puis ajoute avec une douceur retenue :
— Et vous… Vous vous êtes un peu remise de l'accident ?
Elle croise son regard, mais ne répond pas. Un silence s'installe. Chargé. Elle baisse légèrement les yeux.
Il ne pose pas d'autre question. Il comprend. Elle n'a pas encore digéré ce qu'elle a vécu. Pas besoin de mots. Il laisse le silence faire ce qu'il peut.
Il pose sa tasse sur la table basse. Elle l'imite. Leurs mouvements se synchronisent avec une lenteur presque chorégraphiée. Quand ils se penchent, son épaule frôle sa hanche, un effleurement brûlant, à peine perceptible, mais chargé d'électricité. La chaleur de ce contact la traverse d'un trait, net, incisif. Sa peau se hérisse aussitôt. Elle ferme les yeux une seconde, le souffle suspendu.
Il reste assis, les mains sur ses cuisses, regard tourné vers l'écran noir de la télévision éteinte. Elle le regarde. Il est là, proche et distant, présent, mais contenu. Elle murmure :
— Merci… de m'avoir laissée entrer, murmure-t-elle, la voix encore étranglée de pluie et d'émotion.
Luc esquisse un léger sourire, presque gêné.
— C'est normal. Vous étiez trempée jusqu'aux os.
Elle baisse un peu les yeux, tente un sourire discret.
— Donc… s'il avait fait beau, vous ne m'auriez pas laissée entrer ? Dans ce cas, je vais devoir remercier cette pluie.
Il la regarde, surpris par la remarque. Un instant suspendu.
— Non… non, pas du tout, répond-il doucement, pris de court.
Puis il détourne à peine la tête, comme pour dissimuler ce que son regard trahit.
— Vous pouvez frapper. N'importe quand.
Elle baisse les yeux. Le tissu du sweat, déjà tiède contre sa peau nue, glisse doucement de son épaule dans un frôlement qui fait naître une ligne de frissons le long de sa clavicule. Elle ne le replace pas. Au contraire, elle sent l'air tiède de la pièce effleurer la naissance de son sein, et son ventre se contracte sous cette sensation de dévoilement presque volontaire. Sa peau frissonne, mais ce n'est plus seulement le froid.
Il ne dit rien. Il voit. Il comprend. Ses yeux ne bougent pas, mais elle sent leur poids, leur chaleur. Il attend. Il laisse venir. Et ce calme contenu, ce silence suspendu, la fait vibrer plus intensément qu'aucune caresse encore.
Elle prend une nouvelle gorgée d'infusion. Lui aussi. Les gestes sont calmes. Leurs souffles se croisent, légers. L'air entre eux devient plus dense, plus chaud. Il la regarde maintenant, franchement. Elle soutient ce regard. Il n'y a pas de sourire. Juste une tension suspendue.
Elle baisse les yeux, le souffle court. Une goutte de sa tasse, encore chaude, glisse de la porcelaine et tombe sur sa cuisse nue. Elle tressaille, un spasme involontaire qui lui arrache un souffle presque audible. La chaleur du liquide s'écrase contre sa peau déjà frémissante, comme une caresse liquide, brève, mais brûlante. Elle inspire plus vite. Son ventre se contracte. Son regard remonte lentement vers lui, les pupilles dilatées, les lèvres entrouvertes. Il a vu. Et il ne détourne pas les yeux.
Il murmure :
— Ça va ?
— J'ai chaud… enfin je veux dire… oui, ça va, merci… le thé est chaud. Balbutie-t-elle, un peu confuse, les yeux baissés vers la tasse qu'elle tient à deux mains.
Luc sourit doucement, sans moquerie.
— Prenez votre temps. Aujourd'hui, je ne suis pas pressé. Pas comme hier… désolé d'être parti aussi vite, d'ailleurs.
Elle relève les yeux, une ombre de gêne sur le visage.
— Non… vous avez aussi votre vie, c'est normal.
Mais son regard dit autre chose. Une lueur tremble au fond de ses yeux, un éclat qui n'a rien de résigné. Je ne sais pas ce que je veux, mais je ne veux pas être seule. Pas maintenant. Pas quand chaque frôlement rallume ce feu-là.
Elle se sent fondre lentement, comme si ce regard échangé ravivait quelque chose de souterrain, d'oublié, d'essentiel. Et son souffle devient plus court, plus irrégulier. Le désir monte. Silencieux. Pressant. Inévitable.
Elle ferme les yeux un instant. Respire. Inspire. Expire. Lentement.
Il parle enfin, très doucement :
— Vous voulez que je vous laisse tranquille ?
Elle ouvre les yeux. Le fixe. Et réponds d'une voix basse, mais ferme :
— Non. Pas ce soir.
Il acquiesce, comme si tout cela était naturel. Il se lève, sans un mot, contourne lentement le canapé, puis se dirige vers la porte entrouverte à côté de la salle de bain. Isabelle l'observe du coin de l'œil, tendue malgré elle, attentive à chacun de ses gestes. Il disparaît quelques secondes, le parquet grinçant à peine sous ses pas, puis revient avec une couverture pliée sur l'avant-bras, douce et épaisse, qu'il dépose avec soin sur le dossier du canapé, à portée de sa main.
— Si vous voulez dormir là… ou juste rester… ?
Elle hoche la tête. Il repart vers la chambre. Elle l'arrête :
— Luc ?
Il se retourne.
Elle hésite. Puis dis simplement :
— Vous pouvez, rester un peu ?
Il revient, s'assoit de nouveau, à la même distance. Pas plus près. Mais elle, elle se glisse contre lui. Pas tout à fait contre. Son épaule touche la sienne. C'est elle qui a choisi.
Un moment passe. Puis il la regarde doucement.
— Vous avez mangé quelque chose aujourd'hui ?
Elle secoue la tête.
— Non… enfin, je n'ai pas très faim.
Il sourit, presque imperceptiblement.
— Vous aimez les sushis ?
Elle le regarde, surprise par la douceur de sa voix.
— Oui, j'aime bien…
Il sort son téléphone, compose calmement, commande quelques plats. Puis il revient s'asseoir près d'elle.
— Ça ne prendra pas longtemps.
Quand la livraison arrive, il se lève pour aller chercher le sac, revient avec une boîte et deux paires de baguettes. Il s'installe à côté d'elle, mange lentement, tandis qu'elle picore quelques morceaux sans vraiment avoir faim, mais touchée par l'attention.
Ils échangent quelques mots à voix basse. Il revient sur ce qu'elle a dit tout à l'heure.
— C'est cette histoire de freins, qui vous a autant troublée ?
Elle hoche la tête, soupire.
— Je sais que ça peut sembler idiot… mais sur le moment, j'ai cru que… que tout allait basculer.
Il l'écoute, sans commenter, sans juger. Juste une présence stable.
Quand il sent qu'elle commence à piquer du nez, il se lève discrètement.
— Je vais me coucher. Prenez le canapé. Et la couverture est juste là, si vous avez froid.
Elle ne répond pas tout de suite, puis hoche la tête, les yeux brillants. Elle le regarde disparaître dans le couloir, écoute la porte se refermer doucement.
Puis elle s'étend, lentement, sur le canapé encore tiède de leur proximité. Elle tire la couverture sur elle. Le cuir gémi doucement sous ses gestes. Et c'est dans ce silence flottant, dans l'odeur de thé et de bois, qu'elle s'abandonne enfin à la nuit.
Vers une heure du matin, un bruit la tire d'un sommeil lourd. Une vibration dans le plancher, une porte qui grince doucement, puis des voix. Féminines. Murmurées, mais bien présentes. Le cœur d'Isabelle s'accélère brutalement. Sa peau nue sous la couverture semble soudain exposée, brûlante.
Elle ne bouge pas. Reste allongée, les membres tendus sous le tissu chaud, sa respiration suspendue, comme figée dans l'instant. Une goutte de sueur froide perle à sa tempe glisse lentement le long de sa joue. Son oreille capte chaque variation de timbre, chaque mot étouffé.
Elle sent son ventre se contracter, son souffle devenir tremblant. Une peur animale la fige dans l'obscurité. Elle est sur le fil, entre le rêve et l'alerte.
— Pourquoi tu n'allumes pas la lumière ?
— Chuuuut… monte te coucher, murmure la voix, chaude et feutrée, presque trop proche.
Isabelle retient son souffle. Le son glisse contre sa peau comme une brise tiède chargée de menace, chaque syllabe vibrant avec une lenteur presque sensuelle dans le silence du salon. La tension est aiguë, nerveuse, suspendue comme un fil tranchant au-dessus de son ventre contracté.
Sous la couverture, son corps se raidit. La chaleur de sa respiration prisonnière se mêle à un frisson glacial le long de sa colonne. Une onde de chaleur mêlée de peur et d'excitation remonte de l'intérieur de ses cuisses, glisse le long de ses flancs, et vient nouer sa gorge en une pulsation sourde et brûlante.
Elle est tout entière concentrée sur le moindre son, le moindre souffle. Chaque battement de cœur est un coup de tonnerre dans sa poitrine.
Elle reconnaît deux voix féminines. L'une plus jeune, plus vive, l'autre posée, plus basse, presque autoritaire. L'angoisse lui serre le ventre comme une main glacée. Une sueur moite envahit le creux de ses reins.
C'est sûrement la femme de Luc. Ou les deux. Son esprit se brouille. Elle se tend de tout son corps, les muscles raidis sous la couverture, ses orteils crispés. Elle a l'impression d'entendre son propre sang battre à ses tempes.
Elle ne veut pas de cris, ni de dispute, ni d'humiliation. Son cœur cogne, sourd et désordonné, et dans sa poitrine trop étroite, la panique pulse avec une régularité étourdissante.
L'une des femmes grimpe l'escalier. Isabelle suit du regard les ombres mouvantes sur le plafond, entend les marches craquer sous les pas. Chaque bruit résonne en elle comme un battement sourd. Puis, un silence dense retombe. Mais elle sent encore une présence dans le salon, palpable, lourde, comme une pression invisible sur sa poitrine. Le silence est de plomb, suintant d'intentions non dites.
Puis soudain, un flash balaye lentement la pièce. Une lumière froide, blafarde, vibrante, celle d'un téléphone. Le faisceau glisse le long du mur, racle les contours du canapé, approche lentement de son visage. Sa gorge se serre. Son ventre se contracte. La couverture devient étouffante, la chaleur sous le tissu se mélange à la panique brûlante de se sentir traquée sans bouger. Chaque seconde devient un vertige.
Isabelle ferme les yeux, feignant le sommeil. Elle n'ose plus respirer. Elle est certaine que l'autre va faire une scène. Mais non. Une main douce, hésitante, se pose sur le rebord de la couverture, là où le tissu avait glissé et laissé ses jambes à découvert.
Elle la sent remonter lentement la couverture sur sa peau nue, en un geste délicat, presque maternel, qui lui arrache un frisson involontaire. La chaleur du tissu revient sur ses cuisses, et cette attention silencieuse la trouble plus qu'un éclat de voix. Puis des pas s'éloignent, feutrés, et l'escalier craque à nouveau sous le poids qui se retire.
Isabelle reste figée. Depuis quand une épouse prend soin d'une inconnue à moitié nue, endormie dans le salon ? Peut-être sont-ils séparés ? En instance de divorce ? Rien ne colle. Rien n'est clair.
Le jour filtre dans le salon, une lumière pâle, laiteuse, caresse les murs et s'insinue sous la couverture. L'air est frais, mais chargé de l'odeur du bois chauffé et d'un parfum discret de café. Un cliquetis, puis un autre. Le bruissement d'un emballage qu'on déchire. Des bruits discrets de cuisine, précis, presque apaisants.
Isabelle sort lentement de sa torpeur. Ses muscles sont engourdis, ses jambes alourdies par la chaleur moite qui s'est accumulée sous la couverture. Elle entrouvre un œil, hésitante. Une brève douleur dans la nuque elle a dormi recroquevillée. Elle inspire, profondément. L'air matinal pique un peu sa gorge, mais apaise la tension de la nuit. Elle soulève doucement la couverture de son visage, frottant ses paupières avec le dos de sa main. Le tissu râpe légèrement sa peau nue.
Une femme est là, le dos tourné, concentré sur ses gestes. Elle tranche quelque chose avec lenteur, sa silhouette découpée dans le contre-jour doux de la cuisine.
— Bonjour, souffle-t-elle sans se retourner. Thé ou café ?
Isabelle s'assoit, hésitante, encore engourdie.
— Thé… merci. Je m'appelle Isabelle.
La femme se retourne un instant.
— Enchantée, Isabelle. Elle ne dit rien de plus et retourne à sa tâche. Simple. Déconcertante.
Isabelle l'observe. Elle a moins de trente ans. Belle, avec une grâce froide, maîtrisée dans chacun de ses gestes, comme si son corps lui obéissait sans effort. Isabelle sent une tension sourde se nouer dans sa poitrine.
Avec ses quarante-deux ans, sa peau encore humide de la nuit, ses cheveux un peu emmêlés, elle se sent soudain déplacée, exposée. Sa gorge se serre légèrement, comme si l'air du salon ne passait plus aussi librement. Elle n'a pas sa place ici. Pas dans ce décor feutré. Pas entre ces femmes jeunes et assurées. Elle tire doucement la couverture contre ses cuisses nues, un geste instinctif pour se protéger, mais qui ne fait que souligner à quel point elle se sent nue, au propre comme au figuré.
Elle n'en peut plus. Il lui faut une réponse.
— Et vous, c'est comment ? Vous êtes l'épouse de Luc ?
La femme s'immobilise, ses doigts encore posés sur le plan de travail. Le silence devient presque physique, dense, comme suspendu entre leurs deux corps. Puis elle se tourne lentement, son regard s'ancre dans celui d'Isabelle. Une tension sourde pulse entre elles, électrise l'air.
Sa voix s'élève, calme, aussi calme que celle de Luc, mais elle semble glisser sur la peau d'Isabelle comme une caresse froide, vibrante, qui fait naître un frisson sous sa chemise. Presque troublante.
— Si Luc ne vous a pas parlé de moi, alors il vaut mieux en rester là… pour le bien de tout le monde.
Un sourire sincère accompagne ses mots. Ni menace ni reproche. Mais une frontière claire.
Soudain, une autre voix surgit derrière Isabelle :
— Eh ben, dis donc, je ne savais pas que tu avais pris des prothèses aussi grosses ! Regarde-moi la taille des bonnets !
Elle le pose sur sa poitrine en riant, et le tissu engloutit totalement ses seins à elle, si menus en comparaison.
Une jeune femme éclate de rire seule, fière de sa blague.
— Ne joue pas avec ce soutien-gorge. Ce n'est pas à toi. Rends-le à sa propriétaire, dit la femme dans la cuisine d'un ton sec.
La voix claque dans l'air comme un ordre qui traverse la pièce. Camille sursaute, les doigts encore posés sur le tissu chaud, tendu sur sa poitrine menue que le bonnet trop grand engloutit totalement. La matière épouse son buste sans résistance, recouvrant entièrement ses seins, et provoque en elle un étrange frisson. Elle frôle du bout des doigts la dentelle souple, comme pour en ressentir la mémoire de celle qui l'a porté. Puis elle se détourne, confuse, rougissante. Elle lui désigne Isabelle. Voilà à qui il appartient.
La jeune femme en t-shirt et string sursaute, rougit, puis s'approche à pas feutrés. Elle garde un instant le soutien-gorge contre elle. Elle le retire avec un trouble perceptible, le tend vers Isabelle d'un geste timide, presque embarrassé.
— Pardon… Je suis désolée… Camille.
Isabelle attrape le soutien-gorge avec un sourire pincé.
— Merci.
Camille semble plus jeune encore que l'autre femme. Belle, vive. Trop jeune pour Luc ? Ou justement… parfaite ? Isabelle baisse les yeux.
Camille n'a pas fini de se présenter qu'un claquement sec, vif comme une gifle résonne sur le plan de travail. Le son déchire l'air calme de la cuisine, faisant sursauter Isabelle malgré elle. La première femme, droite, tendue, lui lance un regard glacé, si intense qu'il semble pénétrer la peau. Camille se fige aussitôt, son souffle suspendu, les épaules crispées sous l'impact invisible de ce regard.
— Va t'habiller. Tu sais très bien que Luc ne veut pas qu'on traîne en string dans la maison. Sauf dans la chambre ou la salle de bain.
Puis, après un silence plus lourd encore :
— Et ne viens pas pleurer s'il te colle une fessée en te croisant. Et si ce n'est pas lui, ce sera moi qui vais te mettre une fessée. Et crois-moi, tu l'auras bien méritée.
Camille acquiesce d'un petit mouvement de tête vers Isabelle, l'air navré.
— Il y a votre jupe et votre chemisier pliés sur le sèche-linge, dit-elle en s'éclipsant à pas pressés.
Isabelle reste là, interdite. Une chaleur confuse lui remonte le long des cuisses, une gêne qui se mêle à une forme de trouble inexplicable.
Elle pense : C'est elle, la dominante. La maîtresse des lieux. Sa posture, son ton, cette autorité nue dans sa voix… tout en elle la place au centre. Et Camille ? Est-elle leur soumise à tous les deux ? L'idée la heurte, la déstabilise, mais aussi l'intrigue. Luc ne sort pas avec ces deux femmes… quand même ? Quoique… Camille doit avoir vingt-cinq ans, Luc dans la trentaine… et elle, elle est en trop.
La pièce lui paraît soudain trop chaude, la couverture sur ses genoux devient une barrière inutile qu'elle serre contre elle, comme pour se protéger d'un monde qui la dépasse.
Elle se tourne vers la femme dans la cuisine, les jambes encore frémissantes sous la couverture qu'elle serre contre elle comme une seconde peau. Sa voix, lorsqu'elle parle, est un souffle mêlé d'hésitation et de trouble.
— Je vais me changer… et vous laisser. Je ne veux pas déranger plus longtemps. Et… merci de dire à Luc que…
La femme l'interrompt :
— Vous pouvez vous changer, mais pas partir. Luc est allé à la boulangerie pour vous. Il m'a demandé de vous retenir.
Toujours ce ton. Direct. Mais poli. Sûr.
Quand Isabelle revient de la salle de bain, vêtue de sa jupe et de son chemisier blanc qu'elle tente d'ajuster comme elle peut, elle aperçoit Luc, assis au comptoir de la cuisine. La femme de tout à l'heure a disparu.
— Vous avez bien dormi ? demande-t-il avec un sourire tranquille. Un café ?
Isabelle le regarde, puis son regard dérive vers Camille, qui revient changée, un casque de moto à la main. Elle s'approche, serre Luc dans ses bras, ses seins se pressant brièvement contre son torse, et l'embrasse sur la joue. Le baiser frôle dangereusement le coin de ses lèvres, effleurant la peau avec une lenteur presque calculée. Trop intime pour une simple amie. Trop maîtrisé pour une amante revendiquée ?
— J'ai pris vingt euros dans ton portefeuille ! lance-t-elle, espiègle.
Puis, avec un sourire insolent :
— Oui, moi aussi je t'aime.
Elle se dirige vers la porte, les pieds nus effleurant à peine le parquet tiède. Luc, tousse. Camille s'arrête net. Une tension charnelle traverse l'air, comme un fil électrique invisible. Elle sait ce qu'il attend. Son souffle se suspend, son dos se redresse.
Elle se retourne lentement vers Isabelle, sa hanche ondulante à peine sous le tissu léger de son pantalon. Puis elle s'incline, avec une grâce disciplinée, presque lascive. Polis comme une élève bien dressée, mais le rouge discret sur ses joues et la lenteur de son mouvement trahissent une excitation contenue.
— Je vous souhaite une bonne journée, Madame. Au plaisir.
Isabelle lui rend son sourire.
— Au revoir…
Mais elle ne sait pas ce qui la blesse le plus : ce « Madame » qui la renvoie à son âge, ou le regard tendre que Luc pose sur Camille, plein de douceur silencieuse.
Plus tard, après un petit déjeuner presque silencieux, Isabelle se lève. Il est temps.
Elle prend ses affaires, sort. Une fois dans la voiture, les mains sur le volant, elle reste un long moment immobile.
Qui est vraiment Luc ? Son visage lui revient en mémoire, le timbre chaud de sa voix, le poids subtil de ses silences.
Pourquoi ne lui a-t-il jamais parlé d'elles ? Ni même pris la peine de les lui présenter ? Elle sent une gêne sourde se contracter dans son ventre, comme un vide soudain, brûlant.
Ses doigts, crispés sur le volant, frémissent. Elle a la sensation d'avoir effleuré quelque chose de plus vaste, de plus trouble. Et elle reste là, dans cette voiture figée, le cœur battant, les cuisses moites, le souffle suspendu à une question qui la hante.
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Chapitre 8 · LE RÊVE DU MIROIR
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