Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La Fille de la Pluie — Chapitre 1 · Concours - [Double Plume] - Un narrateur et une promenade sous la pluie.
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
La Fille de la Pluie
Chapitre 1 · Concours - [Double Plume] - Un narrateur et une promenade sous la pluie.
Concours – [Double Plume] - Un narrateur et une promenade sous la pluie.
Hommage aux disparus du 16 Mai 2023 durant la tempête Minerva, Italie.
Hommage aux disparus du 16 Mai 2023 durant la tempête Minerva, Italie.
Face aux arcades de San Luca, je traîne
Mon corps moite et toutes ses peines.
Les tours de Bologne me toisent,
Elles ne m'offrent plus leurs ombres.
Elles jurent contre le ciel topaze
Dont l'azure beauté s'encombre :
Des nuages aux formes obscènes
Naissent ci et là, cachent le soleil.
Il va pleuvoir.
Mon corps moite et toutes ses peines.
Les tours de Bologne me toisent,
Elles ne m'offrent plus leurs ombres.
Elles jurent contre le ciel topaze
Dont l'azure beauté s'encombre :
Des nuages aux formes obscènes
Naissent ci et là, cachent le soleil.
Il va pleuvoir.
Le bruit du tonnerre d'abord.
Un grondement qui enfle dans mes tympans, lourd et soudain, sourd et lointain, tout juste suffisant pour que, quand craque sa fureur, je sursaute. Je n'ai jamais été très courageux.
La pluie, enfin.
Discrète, elle s'est mise à tracer de drôles de formes sur les murs de crépis jaunes. De petits traits humides ont formé des silhouettes, des constellations et tout un paysage. Des gouttes, à peine perceptibles, qui teignent pourtant les pavés secs de couleurs ambres et basanes, ont roulé jusque sur mes joues.
Dans une bourrasque la pluie a enflé, projetée sur le sol par un vent ténu. Son écho désormais résonne. Un clapotis régulier, mélancolique, dont la valse tremblante répond à la fébrilité de mon âme meurtrie.
L'angoisse me noue le ventre, ma gorge est serrée, sèche, saillante. Je tends mon visage vers le ciel.
L'angoisse me noue le ventre, ma gorge est serrée, sèche, saillante. Je tends mon visage vers le ciel.
La pluie battante frappe mon visage nu,
Je suis seul sur le parvis.
Ma bouche ouverte, penchée vers les nues
Ne laisse échapper aucun cri.
Mon cœur s'abreuve de ce flot continu
Peu à peu il fléchit.
Et me voilà qui pleure, à chaudes larmes,
Couvert par l'averse, couvert par l'orage.
Et je continue ma marche inconsciente
Je l'imagine à mon côté, encore vivante,
Souriante sous les trombes.
Je suis seul sur le parvis.
Ma bouche ouverte, penchée vers les nues
Ne laisse échapper aucun cri.
Mon cœur s'abreuve de ce flot continu
Peu à peu il fléchit.
Et me voilà qui pleure, à chaudes larmes,
Couvert par l'averse, couvert par l'orage.
Et je continue ma marche inconsciente
Je l'imagine à mon côté, encore vivante,
Souriante sous les trombes.
Je marche le long des six cents arcades, vers l'église de San Luca. Je tressaute quand gronde le tonnerre, l'éclair qui s'abat. La rue est large, faite de pierres. Des rigoles qui ruissellent tissent un réseau de dentelle. L'eau s'infiltre sous mes pas.
Mes habits humides et tièdes se collent contre moi et entravent un peu ma balade chancelante. J'ai la tête en arrière, je regarde les nuages, les yeux pleins de larmes, les bras ballants. J'avance en tournoyant, enivré par les éléments. Ma toge me protège, je suis seul sur la place. Les échoppes se sont vidées, les touristes sont rentrés, personne ne fait plus attention à moi. Mon deuil paraît plus doux sous cette averse grise.
-
Elle aussi, elle regarde haut dans le ciel, elle semble chercher d'où viennent toutes ces gouttes. Elle est là assise sur la margelle de l'église italienne. Elle lui ressemble tellement, partageant avec elle cet air triste et pincé de rêveuse solitaire. Ses amies l'ont abandonnée dans sa morne attitude, réfugiées dans un bar ou enfuies dans la ville. Mais elle, elle n'a pas pu partir. Captivée par les nuées qui brouillent l'horizon et qui marbrent son visage de leurs froides caresses, elle est restée. Ses cheveux longs, blonds comme les pailles sont tirés en arrière. Son nez fin point, fier, vers les cieux assombris. Comme sa mère avant elle, elle arbore des taches de rousseurs qui parsèment ses pommettes et entourent ses yeux clairs. Elle me voit, distraite, et me sourit d'un regard amer.
A ses côtés, je m'assois, sur le pavé encore sec, sous les arcades de San Luca. La pierre est chaude comme l'été et sent la poussière ; on a les pieds qui dépassent dans les flaques, le regard au loin qui scrute les nuages. Les masses sombres ont grondé quelque peu, des éclairs ont jailli de leurs voiles lapis, mais désormais tout est calme et l'on entend plus que le doux bruit de l'eau qui tombe. Les nuages ont pris des formes rondes, des couleurs plus claires : une accalmie s'annonce. De ses yeux verts pourtant la blonde gémit. Dans les cumulonimbus les nimbes s'accumulent, forment des courbes et des formes brumeuses, l'on croit quelques instants deviner un visage. C'est sa mère qui semble là peinte, tout là-haut. Tout là-haut dans la beauté de l'orage.
Ici, nous sommes en sécurité, loin des torrents, je passe mon bras autour des épaules de Chiara. Je l'aide à se relever péniblement et ensemble nous redescendons dans la vallée. J'ai séché mon visage et passé ma cape sur ses épaules. Elle est frêle mais son dos tremblant ne se courbe pas. Elle est forte, elle est jeune, elle est belle.
Ah mon enfant, que je partage ta peine.
C'était un jour comme celui-là qu'elle se fit,
Minerva démente, de tempête vêtue,
D'Émilie Romagne la persécutrice impunie.
Abreuvant les sols détrempés de son pus
Elle vint attiser les courants del di Reno
Et remplir de ses vagues déferlantes ses canaux.
Minerva démente, de tempête vêtue,
D'Émilie Romagne la persécutrice impunie.
Abreuvant les sols détrempés de son pus
Elle vint attiser les courants del di Reno
Et remplir de ses vagues déferlantes ses canaux.
Dans les flots écumants des torrents déchaînés
Gisaient là, maternelle figure, ton aïeule
Sur le pont des évangiles aux balustres abimées
Elle glapissait de terreur, le corps penché vers les glaïeuls
Ce jour, elle avait sauvé, son enfant, son trésor
Sa fille, qui dans mes bras pleurait alors
Gisaient là, maternelle figure, ton aïeule
Sur le pont des évangiles aux balustres abimées
Elle glapissait de terreur, le corps penché vers les glaïeuls
Ce jour, elle avait sauvé, son enfant, son trésor
Sa fille, qui dans mes bras pleurait alors
Je serrai contre moi l'enfant assoupi, elle s'était enfuie de la ville pour rejoindre la sécurité des collines. Comme à chaque fois que le temps se couvrait, une angoisse, une peur, l'horreur l'étouffait. Elle voyait sans cesse les images des inondations qui frappèrent, dans le courant de Mai, le nord de l'Italie. Elle revoyait ce jour si sombre, dont nous ne nous étions jamais remis. Elle fuyait alors loin du fleuve, dont le lit résonnait encore des sanglots, de la voix de sa mère, de ma meilleure amie.
Viens, rentrons, ne laissons pas l'orage
Couvrir de sa rage nos ténèbres éternelles.
Viens, rentrons, là-bas vers les herbages
Où le monde des vivants nous appelle,
Couvrir de sa rage nos ténèbres éternelles.
Viens, rentrons, là-bas vers les herbages
Où le monde des vivants nous appelle,
Vois Phoebus qui protège notre maison,
Réchauffe ton berceau de ses rayons.
Ne pleure plus, les tourments sont passés.
Réchauffe ton berceau de ses rayons.
Ne pleure plus, les tourments sont passés.
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Commentaires ()
Mâtiné d’une culture et d'un choix méticuleux des mots et des phrases qui sonnent et résonnent telle une musique
Cela fait un bien fou au milieu de tout ces textes érotiques.
C'est très beau, le fait d'entrecouper le textes par des moments de poésie lui donne encore plus de force.
Je suis étonnée de cela quand je lis ton intervention sur le topic Les commentaires du Forum. Aimes-tu à ce point la critique que tu épures ton profil pour n'y laisser subsister que la substantifique moelle, et cacher ce passé d'écriture que tu ne veux plus assumer une fois les progrès mesurés ?
Magnifique récit mais j'ai bien envie de te provoquer un peu puisque tu sembles regretter le manque de critique constructive ;) . Est-ce terminé, le GakaMadria qui ose prendre des risques et risquer de voir ses textes mal vus, doit-on s'attendre à présent à ne lire de lui plus que des textes précieux, admirables et très agréables à lire mais qui ont ce goût légèrement frustrant d'un GakaMadria perfectionniste qui ne s'autorise plus le risque ?
Avoue que ce serait dommage...
À bientôt.
Un grand merci pour ce beau moment de lecture, avant une relecture certaine.
Un point de vue narratif situé en dehors du.de la narrateur.ice... Une harmonie entre vers libres et vers rimés qui donnent la réplique à la prose vaporeuse et à l'insaisissable... Une écriture imagée qui se fond avec le fond du propos... Une encre qui fait l'amour avec le sujet... Et quelques allitérations et assonances qui ne gâchent rien.
Qui c'est qu'a donc calé sa lecture de validation entre sa douche et son ménage ? :-D Ce texte méritait d'être médaillé.
Bravo et merci... <3