Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L'été de mes dix-huit ans — Chapitre 1 · Premiers émois
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
L'été de mes dix-huit ans
Chapitre 1 · Premiers émois
C'est l'été où tout a commencé. L'été de mes dix-huit ans. L'été où j'ai découvert le bonheur d'être en vie et d'avoir un corps, le plaisir indicible de serrer un autre corps semblable au sien contre le sien, la joie souveraine d'aimer et d'être aimé. Chaque garçon que j'ai connu pendant ces vacances – ceux que j'ai pris dans mes bras, ceux que j'ai embrassés, ceux que j'ai sucés, je m'arrête là pour le moment – a laissé en moi une empreinte, plus peut-être que n'importe quel autre homme depuis.
J'étais décidé. Ce serait cet été-là que je la ferais. Ma première fois. Laquelle ? Toutes. Mon premier baiser, mes premières caresses, ma première baise. Au lycée, c'était bien sûr impossible. J'aurais tant aimé, et ce ne sont pas les beaux garçons qui manquaient. Malheureusement, j'étais aussi un beau garçon, et les beaux garçons ne peuvent désirer d'autres beaux garçons, c'est ainsi et pas autrement. Pourtant, alors que je venais d'avoir le bac, que j'avais obtenu mon permis quelques mois auparavant et atteint l'âge de la majorité, je me sentais étrangement libre. J'avais le sentiment que je pourrais contourner les règles, et pourquoi pas inventer mon propre monde, mes propres lois.
Mes parents avaient loué une petite maison sur la côte Atlantique. Vous lirez dans cette phrase le principal obstacle à l'objectif présenté dans le paragraphe précédent. Le problème, ce n'était évidemment pas « la côté Atlantique », qui est l'endroit idéal pour passer des vacances quand on est un jeune homme comme moi qui n'aime rien tant que le soleil, la mer et vivre dehors avec le moins de vêtements possible. Ce n'était pas non plus « une petite maison », celle-ci faisait parfaitement l'affaire, j'y disposais dieu merci (ou plutôt devrais-je dire diable merci) d'une chambre à moi où je pouvais me masturber sans risquer d'être dérangé. Non, le problème, c'était bien « mes parents », à qui je pouvais difficilement dire : « bon, ce soir, m'attendez pas pour manger, un bel italien a promis qu'il allait m'éjaculer dans la bouche, je ne serai pas rentré avant minuit. »
Les premiers jours, je n'ai rien tenté. À vrai dire, je n'étais pas aussi confiant que le début de ce texte le suggère. Je passais mes après-midi sur la place, sans parler à personne. Je restais assis sur ma serviette, épiant les groupes autour de moi à la recherche de corps jeunes, masculins et vigoureux sur lesquels poser mes yeux. Des garçons là avec leur famille, d'autres entre potes, certains seuls comme moi. En essayant d'être le plus discret possible, les lunettes de soleil aidant, je m'émerveillais de leurs corps lisses, et essayait d'en retenir chaque détail pour la douche qui suivrait, pendant laquelle je ne manquerais pas de me caresser. Tous les jours, je nourrissais le rêve que l'un d'entre eux vienne me parler. Du genre : « Salut, je t'ai observé de là-bas et je voulais te dire que je te trouve super mignon, ça te dirait qu'on aille s'embrasser derrière les rochers ? »
Au bout de quelques jours, j'ai découvert la piscine du village. Je soupçonne d'être homosexuel l'homme – mais peut-être est-ce une femme ? – qui a un jour décidé d'ajouter l'interdiction des shorts de bain au règlement intérieur des piscines municipales, obligeant ainsi les jeunes hommes à porter des slips ou caleçons de bain parfaitement ajustés qui moulent à la fois leurs belles fesses rondes et leurs entrejambes plus ou moins développés. Quel bonheur pour le voyeur que j'étais ! Contempler leurs corps ruisseler d'eau et de mousse dans les douches, les voir glisser leurs mains dans leurs maillots pour nettoyer les parties qu'ils renferment, observer dans leurs yeux et à travers le tissu le plaisir provoqué par ce geste anodin était un spectacle des plus délicieux. Cependant, là encore, il ne se passait rien. Comment aurait-il pu se passer quelque chose ? J'étais trop timide pour aborder qui que ce soit, et de toute façon, comment pouvais-je aborder quiconque sans me prendre au mieux une fin de non recevoir, au pire un poing dans la figure ?
Une fois, sur la plage, quelqu'un m'a adressé la parole. Une heure après mon arrivée, un garçon – à qui je donnais seize ans –, blond, fin, de taille moyenne, a posé ses affaires juste devant moi. Il a enlevé son t-shirt, dévoilant un corps glabre et sans imperfections, puis descendu son bermuda, sous lequel il portait un boxer blanc. Il a ensuite saisi sa serviette, l'a mise autour de sa taille, afin de retirer son sous-vêtement pour le remplacer par un short de bain violet. Ce geste périlleux a, l'espace d'une seconde, fait tomber très légèrement sa serviette, me laissant apercevoir le haut de ses fesses, dont la blancheur contrastait avec la couleur miel de son dos. Il a ensuite regardé autour de lui et son regard s'est arrêté sur moi. Il s'est approché en souriant et un frisson m'a parcouru l'échine. « Salut, ça te dérangerait de surveiller mes affaires pendant que je vais me baigner ? » Oui, bien sûr, aucun souci, je ferais tout ce que tu désires, je peux aussi t'étaler de la crème solaire si tu veux, laisse-moi être ton esclave pendant le reste des vacances, je t'en supplie. Je me suis contenté de hocher la tête et de lui renvoyer son sourire. Il est revenu une dizaine de minutes plus tard, m'a à peine regardé, a repris ses affaires et est parti sans même se changer. Oui, je sais ce que vous vous dites, c'est extrêmement décevant.
Au septième jour, j'ai installé Grindr. Cette décision apparaîtra sans doute comme pitoyable aux yeux des lecteurs les plus romantiques, mais soulagera probablement ceux qui sont là pour toute autre chose, qui lisent ces lignes la main dans le caleçon. Moi-même, je n'en pouvais plus. Mes branlettes me frustraient, et surtout, j'avais peur d'être encore puceau à la fin des vacances, ce qui était inimaginable et signifiait pour moi, aussi étrange que cela puisse paraître, rester puceau pendait des années encore. Il fallait donc agir, quitte à me faire violence. Au moment de créer mon profil, je n'ai ajouté qu'une photo, prise la veille face au miroir de la salle de bain, sur laquelle j'étais torse nu. Dans ma description, j'allais droit au but : cherche mec avec qui avoir ma première expérience. Rapidement, j'ai commencé à recevoir quelques messages. Après avoir fait le tri, je suis tombé sur un certain Benjamin, plutôt mignon. Il avait des cheveux châtains en bataille et de beaux yeux bleus. Il affichait 21 ans. Pas de description. Je décidai de répondre à son message.
Je m'étonnais de mon audace. C'était bien la première fois que j'envoyais des photos de moi dénudé à quelqu'un. Ça m'excitait terriblement. Son corps, ses mots, les photos que j'envoyais, les mots que j'utilisais, tout ça me mettait en nage. Nous nous sommes donné rendez-vous le soir même, au camping où il passait ses vacances. J'avais dit à mes parents que j'avais rencontré des garçons et des filles de mon âge sur la plage, et qu'ils m'avaient invité à une soirée, où il n'y aurait pas beaucoup de monde, très peu d'alcool, et où je pourrais aller à pied. Heureux (et surpris) que je me sois fait des amis, ils ont accepté sans poser de questions. Bien que j'avais affiché une extrême confiance en moi dans mes échanges avec Benjamin, cette situation m'effrayait. J'avais peur de ne plus lui plaire quand il me verrait, peur de ne pas être à la hauteur, peur qu'il me demande de faire des choses que je n'étais pas encore prêt à faire.
Je l'aperçus à l'entrée du camping, et je fus d'abord soulagé de constater qu'il ressemblait à ses photos. Nous ne savions pas tellement quoi nous dire, lui non plus n'avait pas l'air aussi sûr de lui qu'il l'était par écrit. Je proposai que nous allions faire un tour sur la plage. Nous discutâmes un peu en marchant, pendant que la nuit tombait. Il m'apprit qu'il était en fac de lettres et qu'il avait eu sa première expérience avec un garçon au même âge que moi. Il me rassura quand je lui avouai mon stress, me promit qu'on ferait seulement ce que j'avais envie de faire. « On peut commencer par s'embrasser si tu veux ? » Oui, je veux. Il approcha son visage du mien, posa sa main droite sur ma nuque et sa main gauche autour de ma taille, tandis que je restais les bras ballants. Sa bouche se posa sur la mienne, sa langue parcourut mes lèvres, je me détendis peu à peu. Au bout de quelques minutes, il proposa qu'on aille dans sa tente.
Une fois à l'intérieur, nous enlevâmes nos t-shirts et nous allongeâmes côte à côte. Nous nous embrassâmes à nouveau, il faisait des choses étranges, mais étrangement agréables, comme frotter son nez contre le mien ou passer son doigt derrière mon oreille. Cette nuit-là, nous n'avons fait que nous embrasser et nous caresser, les bras, le ventre, le dos, les jambes, ni lui ni moi n'osions nous aventurer dans d'autres zones et je dois avouer que sur le moment, ce n'était pas de ça dont j'avais envie. Nous nous sommes endormis dans les bras l'un de l'autre. Quand le jour s'est levé, nous nous sommes embrassés une dernière fois avant de nous quitter. Je savais que je ne le reverrais pas, il m'avait prévenu que c'était sa derrière nuit ici. Pourtant, je n'étais pas particulièrement frustré, simplement heureux des heures qui s'étaient écoulées en sa compagnie. J'étais fier d'avoir embrassé un garçon pour la première fois, et de toute évidence, je ne comptais pas m'arrêter là.
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