Réel
Bi
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Paire ou Brelan — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Paire ou Brelan
Chapitre 1
Paire ou Brelan - (Partie I)
(Voici mon premier récit, basé sur une histoire vraie même s'il est quelque peu romancé, j'espère que la lecture vous sera agréable)
Je me sens en décalage dans cette profusion de bruits, de corps en mouvement, je suis perdu dans cette mécanique céleste. Je n'ai jamais aimé les boîtes de nuit, le pendant chaotique et intrusif de la masse cherchant à occuper l'espace à tout prix ; son besoin de dominer la cacophonie dans les hurlements ... Tout cela pour ne rien exprimer. J'ai suivi Aurélie, ma sex-friend du moment, dans cet établissement qui se veut gay, même si je trouve cette précision tout à fait superflue. Ce qui me trouble, ce n'est pas l'orientation de la faune en dépit de la mienne, c'est elle ; c’est aussi son choix, que je ne pense pas être anodin. Je tue l'ennui en prêtant quelques œillades évaluatrices aux hommes qui m'observent, me confortant dans l'idée que mon charme opère. Je ne saurais dire s'il est plus efficace sur la communauté homosexuelle, mais les approches répétées de mes “soupirants” ont toujours été moins équivoques que celles de mes prétendantes.
Pas besoin de jouer les augures ou de chercher des marqueurs, pour comprendre leurs attentes. Je suis approché à deux reprises, l'on m'offre même une consommation, mais j'éconduis gentiment mes postulants.
J'observe Aurélie, sa frêle et courte silhouette, sa courte chevelure blonde tressautant au rythme de ses pas. De sa timide poitrine au galbe ferme et parfait de ses fesses, qu'elle manie avec agilité pour venir effleurer les silhouettes mouvantes, feignant de subir la promiscuité et ses courants. Quel talent. Je drague ces profondeurs obscures, sillonnées de lumières prismatiques, parce qu'elle m'a jeté dans ce bain de minuit. Elle a une idée en tête. Je devine aussi que la présence d'Imane n'est pas plus circonstancielle que le choix du cadre dans lequel je suis introduit ; même si j'ai l'audace de penser que mon recul saura me protéger.
Elle me l'a présenté lors de notre arrivée devant le club, aussi petite et filiforme qu'elle, dressée à hauteur de mes clavicules. Teint olive, texture de pêche, de longues torsades de jais soyeux et des yeux aussi noirs que les miens, bien vite rivés sur mon torse. Je lui rends la politesse, sans véritable pudeur, évaluant les courbes d'une poitrine plus qu'opulente. Je devine un bonnet D, une véritable charge pour sa fragile charpente ... Galamment bien sûr, je me dis que je serais tout à fait volontaire pour la délester de ce cruel fard, en les portant au creux de mes paumes.
A présent elles dansent, toutes deux m'offrent un spectacle qui ne me surprend pas plus qu'il ne me désarçonne ; elles s'embrassent sur la piste. Si je ne suis pas perturbé par ces effusions, c'est parce qu'elles me semblent trop “représentatives”, elles manquent de spontanéité. Et bien sûr, Aurélie cherche mon regard. Je ne sais pas vraiment ce qu'elle attend de moi, je ne sais pas encore comment interpréter cette démonstration. Est-ce une provocation ? Un moyen de me tester ? La manifestation d'une attente ou ... Une invitation ?
Je me contente de lui sourire et de lever mon verre. Je n'ai pas trouvé mieux dans mon arsenal.
Une bonne demi-heure s'égrène et une forme de torpeur me gagne peu à peu alors que je prends place sur l'une des banquettes, je bascule un moment la tête sur le sommet de mon dossier pour profiter d'un petit instant d'évasion. D'assez courte durée il faut dire, j'en suis arraché par un contact duveteux sur mon épaule, accompagné par la caresse ardente et humide d'une langue sur mon cou. Imane semble vouloir border ma pomme d'Adam, hume ma peau avant de gagner mon oreille, en cajolant le cartilage de la pulpe charnue et pleine de ses lèvres.
— Ce cou ... Et cette ligne de mâchoire ...
Je comprends bien vite que c'est ce qu'elle avait en réalité fixé lors de la première inspection.
— Dis-moi, cela t'a fait mal de nous voir nous embrasser ?
Ses jambes forment un pont sur les miennes, ses mains encadrent mon visage et son nez caresse le mien. Je soutiens son regard pétillant, posant mes avant-bras sur ses cuisses fuselées. Bien sûr qu'elle est venue en reconnaissance, la tournure de sa question pourtant me dérange. “Mal” ? Je trouve la portée de cette interrogation quelque peu ... disproportionnée. Je lui réponds, caressant à mon tour l'aile frémissante de ce nez du bout du mien.
— Je ne suis pas plus sa possession, qu'elle n'est la mienne. Il n'y a pas d'exclusivité entre nous ... Mais ta sollicitude me touche.
Je lui décoche un sourire, mesuré mais spontané ; par mimétisme, ses lèvres brunes prennent le même arc. Elle ne bouge pas, garde la position, reste ancrée dans mon regard comme je le suis dans la noirceur du sien. Elle me désigne d'un léger mouvement de tête, une consommation posée sur la petite table, caresse ma joue, amorçant son départ. Je vois ses jambes perdre lentement de leur inflexion ... Elle ne prendra finalement pas son envol. Son assaut est brutal, vorace, elle ramène son bassin plus près de mon ventre pour me dévorer. Littéralement. Sa langue fouisseuse, darde, cherche la mienne, ses mains se perdent fébrilement dans mes cheveux.
Je ne peux m'empêcher de penser que ça ... C'est un baiser spontané.
Aurélie se fait probablement la même réflexion, je l'ai sentie se rapprocher en dépit des très nombreux stimulus qui tentent d'emporter mes sens. Je le perçois sur ce visage, qui se veut impassible ... Une blessure. Elle essaie bien vite d'escamoter tout ça derrière un sourire enjoué, mais ... Je l'ai vue. Elle prend place à côté de nous, marquant une distance rendue incongrue par le déroulé des événements. Ma cavalière du moment ne semble pas affectée par ce revirement soudain et décide manifestement de prendre les choses en main.
— Je commence à trouver l'endroit un peu trop exigu et bruyant, je pense que nous devrions terminer la soirée chez moi.
A ma plus grande surprise, Aurélie accepte l'invitation sans se déparer de ce sourire factice. Je remets mes observations en doute, j'entre dans une phase ... D'hypervigilance ? Le déni peut-être ou une défiance tout à fait adaptée à cette situation, que je trouve trop belle pour être vraie. Je reste mutique un moment, avant de céder un très laconique hochement de tête. Approbateur bien entendu. En l'espace de quelques secondes, la situation est devenue compliquée. Trop compliquée. Apportant avec elle plus de questions que de réponses.
Qui tente d'éprouver qui ? Suis-je devenu le participant d'un jeu pervers ou d'une forme de compétition ? Vais-je me réveiller à l'aube dans une baignoire de glaçons, délesté de quelques abattis et marqué de cicatrices ?
(La suite, au prochain épisode)
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