Fiction
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
S3 : Ioulia, le souvenir — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
S3 : Ioulia, le souvenir
Chapitre 1
Ioulia, le souvenir
2020 – 2024 (Kiev, Ukraine)
2020 – 2024 (Kiev, Ukraine)
Bande son : Never forget you de Zara Larsson et MNEK
Citation : « Le malheur n’est jamais pur, pas plus que le bonheur. Un mot permet d’organiser une autre manière de comprendre le mystère de ceux qui s’en sont sortis : la résilience, qui désigne la capacité à réussir, à vivre, à se développer en dépit d’adversité » Boris Cyrulnik, auteur français.
***
Se souviens-t-on des jours heureux ? Les Polonais se rappellent-ils quel temps il faisait le 31 août 1939 au matin, les Afghans pressentaient-ils que l’armée rouge allait attaquer le 26 décembre 1979 ? Les Baghdadi savaient-il le 19 mars 2003 que, le lendemain, des milliers d’avions américains survoleraient leur pays faire faire pleuvoir des bombes ?. Que pensait un jeune garçon ou une jeune fille à côté de l’hôpital Shima d’Hiroshima le 6 août 1945 à 8h14, en voyant cette grosse masse sombre qui leur tombait dessus ?
La piste 18 de l’aéroport Roissy Charles de Gaulle défile, de plus en plus rapidement, sous les yeux d’Hannah, alors que le vol PS728 de la compagnie AUI (Ukraine International Airlines) est en phase de décollage. Au moment où la kinésithérapeute sent que l’avant de l’avion se soulève, elle baisse le hublot et s’enfonce dans son siège. Elle va profiter de ces quelques heures de vol en direction de Kiev pour faire le point sur sa vie depuis un an. Cela a été un tel tourbillon pour elle depuis les événements de Ponta Delgada (Voir récit S2 : Hannah, Adult Cocktail), en particulier sa relation, totalement contraire à la Torah, avec Yaël jusqu’à sa séparation officielle avec Lévi.
Les petits rendez-vous secrets à son cabinet avec sa collègue dentiste ainsi que les petits week-ends par ci par là sous prétexte de sortie entre copines lui convenaient tout à fait mais son amante en voulait davantage. Ce qu’elle n’était pas prête à lui donner. Début 2019, cela entraina une réaction en chaîne : les aveux de Yaël à Ary conduisirent ce dernier à tout révéler à son meilleur ami Lévi au sujet de la « perfidie » dont ils étaient victimes. La confrontation avec son mari fut tendue et finalement un accord de séparation a fini par être trouvé : le cabinet qu’ils partageaient tous les deux est laissé à son futur ex-mari, tandis que la jeune femme récupérait essentiellement du mobilier. Leur divorce fut plus rapide que celui d’Ary et Yaël à cause de la garde des enfants. Avec Lévi, ils n’avaient pas encore d’enfants même s’ils en parlaient beaucoup. Restaient leurs deux chats, Clochette et Imhotep. Son ex-mari lui mit des bâtons dans les roues uniquement pour se venger. Elle savait qu’il n’est pas complice avec eux comme elle peut l’être. Finalement il finit par céder et elle put donc les emmener avec elle.
Au cours de l’été qui suivit, alors qu’elle est en plein divorce, c’est son ami Ismaël Lelorrain qui va lui trouver une belle porte de sortie afin de l’éloigner de tout ce tumulte, de ces regards indiscrets et des discussions qui cessent à chaque fois qu’elle sort de chez elle. Ismaël est membre de Handicap International depuis quelques années. Après plusieurs années en Syrie, il est depuis déjà deux ans en Ukraine, pour former des médecins à la récupération postopératoire. Le pays se bat pour sa survie dans une guerre qui ne dit pas alors son nom face au voisin très encombrant qu’est la Russie de Vladimir Poutine. Ismaël a eu vent de ses problèmes et lui propose de venir renforcer son équipe à Kiev et à Ivano-Frankivsk dans l’Ouest du pays. Pour ne pas l’effrayer par rapport aux changements, il lui propose de venir d’abord en voyage d’immersion deux ou trois fois, quinze jours à chaque fois. Elle logerait dans la maison avec piscine d’une de ses amis au sud de la capitale ukrainienne.
Mais ce quatrième voyage au début de l’année 2020 est celui d’une nouvelle vie car, cette fois-ci, elle quitte la France et déménage avec ses chats, ils sont dans la soute en ce moment, endormis à l’aide d’un tranquillisant. La vie, les gens et les conditions de travail l’ont convaincu de s’installer dans le pays, elle a acheté une propriété lors de son dernier voyage au début du mois de décembre.
Située à Stoyanka, dans l’Oblast de Kiev, un secteur à l’ouest de la capitale, particulièrement calme, la maison est de plein pied avec une belle piscine ronde à l’arrière. Il sera difficile d’en profiter en ce mois de janvier mais, en été, ce sera parfait. Ses chats vont adorer l’emplacement de leur arbre à chat entre la cheminée et la fenêtre qui donne sur la rue, eux qui adorent espionner le moindre mouvement des gens.
Elle s’est déjà mise en relation avec une entreprise de gardiennage pour animaux à domicile quand elle sera en déplacement soit à Ivano-Frankivsk, soit au plus près du front, dans le Donbass.
Quand elle est à l’arrière, elle dispense ses cours au cabinet en prenant en charge des soldats amputés. Elle familiarise ses collègues à la notion de moignon « bien sec » pour pouvoir recevoir ultérieurement une prothèse avec des exercices de rééducation pour mobiliser le muscle et empêcher la rétraction et le raidissement. Ces amputés, tels que Myhailo, qu’elle manipule aujourd’hui, auront la chance de bénéficier d’une prothèse. Dans beaucoup de pays, la personne amputée fait reposer son moignon sur sa béquille et donc sa jambe prend la forme d’une équerre.
Sur le front, le travail est différent. Elle assiste à des amputations d’urgence, notamment lors des combats entre Ukrainiens et pro-Russes autour d’Horlivka au nord-ouest de Donetsk. C’est dans un hôpital de campagne, à la sortie sud de Bakhmout, qu’elle récupère ses patients néo-amputés. Son premier travail a pour objectif de diminuer la douleur. Elle est toujours assistée d’un psychiatre, car le travail mental est aussi très important pour l’acceptation de cette perte.
C’est à l’institut de Traumatologie de Kiev qu’elle a rencontré le Docteur Ioulia Femenko, la femme qui changera sa vie pour longtemps.
Depuis sa relation avec Yaël, Hannah a du mal a accepté son homosexualité mais les quelques relations qu’elle a pu avoir en France avant son départ et même celles qu’elle a eues dans ce pays d’Europe de l’Est l’ont, à chaque fois, laissé dans un grand état de frustration et de questionnement. C’est donc dans cet état d’esprit qu’elle rencontre la grande blonde (au moins 1m80), coiffée comme son idole l’ancienne première ministre, Ioulia Timochenko.
La première fois que leurs regards se croisent dans la salle de consultation numéro six c’est comme si quelqu’un avait brusquement augmenté la température et qu’une valve, située au niveau de son entrejambe, avait explosé, inondant abondamment sa petite culotte.
Même si sa tête s’y refuse, son corps, lui, est prêt à passer en position horizontale avec l’Ukrainienne. La voix grave et haut perchée d’Ioulia l’a fait monter dans les tours, Hannah imagine la blonde lui intimant des ordres dans des situations scabreuses ou lui susurrant des mots obscènes, tout en faisant remonter sa main de sa cuisse jusqu’à ses seins. Les fréquents regards que lui jette furtivement Ioulia lui font comprendre que ce qu’elle ressent semble être réciproque. Elle va vite pouvoir le vérifier car la plupart des médecins et des consultants étrangers se retrouvent tous les soirs dans un bar à proximité de l’institut.
Le Pab Piran’ya ou, en Français le pub Piranha, est situé sur Saksahanskoho street, une rue perpendiculaire à Bulvarno-Kudriavska street où se trouve la façade nord de l’institut. C’est un pub comme Hannah n’en a jamais vu, on dirait l’intérieur d’un navire. La kiné est même surprise d’y retrouver une œuvre de Gaudi. Le groupe va d’abord en profiter pour s’envoyer des shoots de Tequila pendant le happy hour, Hannah constatant que la femme sur laquelle elle flashe a une sacrée descente. Aux alentours de 19h30, ceux qui ont des enfants notamment partent rejoindre leurs familles, ils ne sont donc plus que cinq de l’institut à rester dans le pub. Son collègue danois Rasmus tente tout de suite une approche avec une interne ukrainienne portant le joyeux prénom d’Olena. Harald, qui vient d’Allemagne, qui n’a aucunement envie de tenir la chandelle entre les deux « futurs couples », décide de partir à la chasse dans le pub, laissant pour la première fois Ioulia et Hannah en tête à tête, C’est l’Ukrainienne qui lance les hostilités :
— Dis Hannah, ça te dit si on partage une salade Caesar ? Elles sont divines au Piran’ya mais vraiment très bourratives. La dernière fois, j’en avais laissé plus de la moitié, j’en étais verte en pensant aux gens qui meurent de faim dans le monde.
— Ok pour moi, ça me va lui répond Hannah, prête à se laisser embarquer sur les flots avec l’Ukrainienne.
Celle-ci hèle un serveur, qu’elle connaît, qui les conduit à une table située dans le fond de la salle. La table est très originale avec une lampe en forme de crabe qui diffuse une lumière tamisée, par les yeux du fruit de mer. Au mur, se trouve une peinture, ou plutôt une croûte représentant des marins qui font face à une grosse baleine blanche, probablement une représentation de Moby Dick.
— J’espère que ça ne te dérange pas, j’ai demandé à Yuri de nous trouver une table tranquille, j’ai aussi commandé deux bières blondes pour accompagner notre salade.
— Non il n’y a aucun problème. Ce soir, j’ai envie de me laisser transporter, souffle la Française, en regardant Ioulia droit dans les yeux.
La blonde a bien compris le message. Entre les deux jeunes femmes, pas de faux semblants, aucun malentendu, la route est empruntable, la drague est ouverte.
Tout au long de la soirée, les échanges de regards et les jeux de pieds sous la table vont se succéder, accompagnés de nombreuses bières et de quelques cocktails. Elles n’en oublient pas de bien manger et de boire beaucoup d’eau pour atténuer la gueule de bois du lendemain. Ioulia et Hannah profitent de leur passage aux toilettes pour s’embrasser et se toucher davantage. Les bruits qu’elles entendent d’une cabine les font glousser car, apparemment, un couple est plus avancé qu’eux encore mais elles éclatent carrément de rire en voyant sortir Olena, qui s’essuie le coin de la bouche, suivie d’un Rasmus débraillé, la braguette à moitié ouverte et l’air à la fois béat et penaud.
C’est à une heure très avancée de la nuit que les deux jeunes femmes quittent le Piran’ya. Heureusement pour elles, l’appartement d’Ioulia n’est pas bien loin sur la grande artère qu’est Antononovycha street, à l’ouest de l’Opéra National Académique de Kiev. Hannah regarde à peine la façade du grand immeuble, elle préfère suivre la main qui la guide vers l’ascenseur de l’immeuble, promesse de moments charnels et torrides.
***
L’immeuble où vit Ioulia est une ancienne demeure aristocratique, construite avant la révolution russe et inspirée des constructions du Paris de la Belle époque. Ioulia habite au 5ème étage. L’ascenseur est de type ancien, sans porte intérieure, avec une cabine étroite.
Ioulia commande l’étage.
Ioulia commande l’étage.
Dès la fermeture de la porte extérieure, les deux jeunes femmes s’embrassent fougueusement. L’ascenseur monte très lentement vers leur nid d’amour. Dès l‘entrée dans l’immeuble, Ioulia a enlevé son manteau. Déjà dans le pub, pour exciter la Française, elle avait ouvert deux boutons de son chemisier, permettant à Hannah de flasher sur la lourde poitrine de la blonde et de voir qu’elle n’avait pas de soutien-gorge. Hannah ouvre les autres boutons et prend à pleines mains la poitrine de l’Ukrainienne, qui gémit et arrête soudainement le vieil ascenseur entre deux étages. Hannah rit :
— Tu es folle ! Si jamais cet engin ne redémarre pas !
— Et bien nous ferons l’amour dans l’ascenseur. Je ne peux plus attendre. Je suis à toi, Hannah !
— Moi non plus je ne plus attendre ! Tant pis si on nous surprend !
— Tu es folle ! Si jamais cet engin ne redémarre pas !
— Et bien nous ferons l’amour dans l’ascenseur. Je ne peux plus attendre. Je suis à toi, Hannah !
— Moi non plus je ne plus attendre ! Tant pis si on nous surprend !
Et joignant la parole aux gestes, Hannah s’en prend aux tétons de l’Ukrainienne, qui sont en érection, traduisant son excitation. Hannah lèche, puis suce la pointe de chaque sein, alors qu’Ioulia caresse la tête de son amante :
— Oh, mon Dieu que c’est bon ! Tu me rends folle !
— Tes seins sont si beaux, si fermes, si sensibles. Je les adore !
— Oh, mon Dieu que c’est bon ! Tu me rends folle !
— Tes seins sont si beaux, si fermes, si sensibles. Je les adore !
Hannah en veut davantage. Sans laisser de répit aux seins de son amante, sa main descend sous la jupe de l’Ukrainienne, passant un doigt dans la chatte déjà béante. Elle commence à doigter la belle blonde.
— Tu es trempée, ma chérie ! C’est moi qui te fais cet effet ?
— Qui d’autre ? J’ai envie de toi depuis la première fois où je t’ai vue.
— Enlève ta culotte et donne la-moi !
— Ici ?
— Oui. Je te l‘ai dit, je ne peux attendre davantage. J’ai envie de toi !
— Tu es trempée, ma chérie ! C’est moi qui te fais cet effet ?
— Qui d’autre ? J’ai envie de toi depuis la première fois où je t’ai vue.
— Enlève ta culotte et donne la-moi !
— Ici ?
— Oui. Je te l‘ai dit, je ne peux attendre davantage. J’ai envie de toi !
Ioulia obéit et tend sa culotte, trempée, à son amante, qui la hume. Après avoir embrassé longuement Ioulia, Hannah se met à genoux, sous la jupe de l’Ukrainienne. Ioulia sent le souffle d’Hannah entre ses cuisses, sa langue chaude sur son clitoris. Elle le lèche largement, met deux doigts dans le vagin et un autre dans l’anus. Se rend-elle du plaisir inouï qu’elle donne à la jeune Ukrainienne, dont les yeux se voilent, dont les traits sont déformés par les orgasmes ? Malgré l’endroit où elles se trouvent, le risque d’alerter les voisins et donc du scandale, Ioulia exprime sa jouissance :
— Oh Hannah, mon amour ! Je n’en peux plus, je n’ai pas jouis ainsi depuis je ne sais combien de temps.
— Oh Hannah, mon amour ! Je n’en peux plus, je n’ai pas jouis ainsi depuis je ne sais combien de temps.
Fière du plaisir qu’elle vient de donner à son amante, dans un endroit interdit, Hannah se relève, regarde la blonde dans les yeux et l’embrasse avec fougue. Il est temps de rejoindre un endroit plus discret, plus sûr, plus confortable, pour poursuivre leur nuit d’amour. Ioulia remet en route l’ascenseur qui, heureusement, lui obéit et les amène au cinquième, sans pour autant interrompre leur baiser.
A peine les deux jeunes femmes sont-elles entrées dans le couloir du petit appartement de l’Ukrainienne, que celle-ci veut reprendre le contrôle. A son tour, tout en finissant de se mettre nue, Ioulia arrache pratiquement les vêtements d’Hannah. Elle prend son amante par la main et l’amène vers la chambre, vers le grand lit où elles vont s’aimer toute la nuit, insatiables, assoiffées de désir, impatientes de découvrir leurs corps, de partager caresses et baisers.
C’est au tour d’Ioulia de s’occuper des seins d’Hannah. Les deux amantes sont face à face, la Française se laisse faire. La bouche et la langue d’Ioulia ne laissent aucun répit à Hannah, faisant se dresser ses tétons. Hannah caresse ses seins contre ceux de son amante.
— Oh Ioulia, je veux ta langue dans ma chatte. Fais-moi jouir, mon amour !
— Oh Ioulia, je veux ta langue dans ma chatte. Fais-moi jouir, mon amour !
Hannah est impatiente. Au lieu de la langue, elle n’a droit pour le moment qu’à la main de la blonde, qui commence à la doigter. Ioulia donne à Hannah ses doigts, pleins de la cyprine de la Française, à lécher. Ioulia écarte les jambes de son amante et commence par lui lécher l’intérieur des cuisses. Quand elle arrive à hauteur de la chatte, sa langue essuie la cyprine, se régalant du jus de son amoureuse. Elle prend enfin le clitoris, l’avale en partie, le lèche longuement, sans tenir compte des orgasmes de plus en plus sonores d’Hannah, qui crie son amour et son plaisir.
Ioulia enjambe alors Hannah pour poser sa bouche sur le con de son amante et lui donne le sien. Les deux femmes, se positionnant en 69, s’attardent sur leur bouton respectif, pénétrant loin dans leur chatte, prolongeant leurs caresses qui les envoient au paradis.
Toute la nuit ou presque, les deux amantes, insatiables, vont s’aimer, ne cédant à la fatigue qu’au petit matin.
***
Hannah a l’impression d’avoir la tête dans du formol mais surtout elle a l’impression d’être encore au Piran’ya et que, cette fois, le pub flotte sur les flots. Il ne vaut mieux pas trop qu’elle bouge.
Hannah a l’impression d’avoir la tête dans du formol mais surtout elle a l’impression d’être encore au Piran’ya et que, cette fois, le pub flotte sur les flots. Il ne vaut mieux pas trop qu’elle bouge.
Donc la jeune femme tourne légèrement la tête sur le côté pour admirer Ioulia qui dort si paisiblement. Qu’est-ce qu’elle est belle, se dit Hannah. Sa coiffure si sophistiquée est complètement défaite, des mèches se baladant partout. Se sentant probablement observée, l’Ukrainienne s’éveille à son tour et regarde intensément la Française, avant de passer sa main à l’arrière de la tête d’Hannah afin de l’attirer à elle pour un baiser passionné.
Elles vont encore laisser libre court à la passion dans ce lit puis sous la douche. C’est donc tout naturellement qu’elles prennent leur petit déjeuner en culotte. Le tablier de cuisine de l’Ukrainienne totalement ouvert à l’arrière, dévoilant deux globes bien fermes, seulement séparés par un string, donne encore des idées bien salaces à la Française mais le temps ne s’y prête pas, le travail les attend.
Mais une idée va trotter dans la tête d’Hannah une bonne partie de la journée. Ioulia a été franche avec elle hier soir au cours du diner. La médecin ukrainienne n’est pas libre, même si elle papillonne beaucoup, car elle est en couple avec Laura Stone, une photographe américaine de l’agence de presse Reuters, qui est actuellement en reportage à Kharkiv, dans le nord du pays. Elle doit rentrer dans quelques jours. Ce que lui propose Ioulia c’est purement et simplement un bien curieux ménage à trois. Même si l’idée lui semble bien incongrue, la jeune femme repense à la façon dont cela s’est terminée avec Yaël mais aussi comment son ex-amante s’est épanouie depuis qu’elle a décidé de vivre sa vie. Son manque de courage lui a déjà beaucoup coûté. Elle ne veut pas vivre éternellement dans le regret. Advienne que pourra !
Franchement à aucun moment elle ne l’a regrettée par la suite. Certes, dans ce curieux ménage, elle n’a de rapports qu’avec la médecin. Laura est très attrayante, physiquement elle ressemble beaucoup à Brie Larson dans King Kong : Skull Island surtout avec son appareil photo. Mais leur relation se limite pour l’heure à une simple amitié, Ioulia ne presse pas les choses. Cela doit la ravir d’être au centre de l’attention, question d’ego.
Les photos de Laura figent leur bonheur dans le temps, malgré la guerre qui fait rage à quelques centaines de kilomètres. Des photos uniques et tellement parlantes :
— Une photo en noir et blanc de trois-quarts de Ioulia en train de prier, un chapelet à la main dans le Laure de Sviatohirsk, un des plus grands monastères chrétiens d’Ukraine,
— La médecin et la photographe partageant une coupe de champagne à la terrasse du Gnezdo dans le quartier de vodzhyvenka. C’est un quartier où chaque façade est une véritable œuvre d’art, le Gnezdo ne faisant pas exception avec sa façade art nouveau de couleur verte.
— Une autre photo montre Ioulia et Hannah enlacées sur le ponton du lac Synevyr dans les Carpates ukrainiennes alors que le soleil se couche juste au-dessus des arbres donnant un magnifique éclat rougeoyant.
— Enfin une dernière photo où l’on voit Ioulia nageant avec les dauphins à Dzharylhach dans l’oblast de Kherson.
— Une photo en noir et blanc de trois-quarts de Ioulia en train de prier, un chapelet à la main dans le Laure de Sviatohirsk, un des plus grands monastères chrétiens d’Ukraine,
— La médecin et la photographe partageant une coupe de champagne à la terrasse du Gnezdo dans le quartier de vodzhyvenka. C’est un quartier où chaque façade est une véritable œuvre d’art, le Gnezdo ne faisant pas exception avec sa façade art nouveau de couleur verte.
— Une autre photo montre Ioulia et Hannah enlacées sur le ponton du lac Synevyr dans les Carpates ukrainiennes alors que le soleil se couche juste au-dessus des arbres donnant un magnifique éclat rougeoyant.
— Enfin une dernière photo où l’on voit Ioulia nageant avec les dauphins à Dzharylhach dans l’oblast de Kherson.
Malgré le contexte très pesant et l’imminence de la guerre, les jeunes femmes vécurent presque dans une forme d’insouciance, même si des événements leur rappelèrent la dure réalité, comme lorsqu’elles apprirent la mort du frère de Yuri, le barman du Piran’ya, tué dans des combats dans l’Est du pays, au cours de l’été 2021. La veillée funèbre au bar fut à la fois très lourde mais aussi très festive, eu égard au caractère d’Oleg, le frère de Yuri.
***
Au début de l’année 2022, alors que les tensions avec la Russie de Poutine sont plus que jamais exacerbées, Hannah est rappelée en France, car son père a fait un AVC entre Noël et Nouvel An. C’est sa mère qui l’a appelé pour la prévenir.La jeune femme est pourtant en froid avec toute sa famille depuis l’annonce de sa liaison avec Yaël. La Kiné n’a jamais pu accepter le soutien exclusif que sa propre famille à apporter à Lev. Mais depuis elle a évolué, ces presque deux ans loin de la France l’ont changé mais surtout la mentalité ukrainienne l’a changé. Aucun obstacle ne peut l’abattre, malgré les difficultés et les incertitudes. C’est donc la tête haute qu’elle revient au Pletzl. Les commérages, elle les entend mais elle s’en fiche. Jamais elle n’a été aussi rayonnante, malgré son inquiétude légitime sur l’état de santé de son père.
Les retrouvailles avec sa famille se passent admirablement bien, la jeune femme brisant vite la glace pour se concentrer sur l’essentiel, à savoir l’état de santé de son père. Même la venue de Lévi ne la perturbe pas le moins du monde. Hannah ne cache pas sa joie de voir que son ex-mari a refait sa vie. Elle se montre même amicale avec sa nouvelle épouse, n’hésitant pas à les inviter prochainement à venir à Kiev dans ce pays qu’elle a adoptée et qui l’a adopté en retour.
Les médecins se montrent rassurant sur les séquelles qu’aura son père. Malgré les préjugés que sa famille conserve au sujet de son homosexualité, les choses se passent comme il faut. Elle leur parle bien entendu de sa compagne ukrainienne, sans mentionner la relation à 3 avec Laura.
Une petite discussion avec Lévi à la cafétéria de l’hôpital, au début du mois de février, va définitivement acter son changement de mentalité. Ils prennent un Expresso, avec BFM TV en toile de fond, qui parle des exploits français aux Jeux Olympique de Pékin puis qui enchaîne sur les manœuvres militaires russes, à la frontière ukrainienne. Lévi enchaine à la suite de ce sujet :
— Tu vas vraiment y retourner en Ukraine, malgré ce qu’il se passe ? Pour qu’il n’y ait pas de méprise, malgré ce qu’il s’est passé, je m’inquiète pour toi.
— Je le sais, Lev lui répond-t-elle et je te remercie pour ta sollicitude. Je suis moi-même étonnée qu’on puisse prendre un café ici ensemble sans amertume ni ressentiment, surtout vue la façon dont cela s’est fini entre nous. Pour répondre à ta question, oui je m’accorde encore quelques jours avant de rentrer à Kiev. Parce qu’il y a Ioulia mais pas seulement, II y a mes patients, mon travail, mes amis mais surtout ma vie est là-bas désormais.
— Tu as vraiment changé, tu es si épanouie. Ioulia te rend si heureuse, je ne sais pas si j’aurai su en faire autant.
— Ce n’est pas que Ioulia, ce sont aussi les Ukrainiens avec leurs mentalités. Rien ne peut les atteindre. Même si, demain, Poutine décidait de lancer sa guerre et que les bombes pleuvaient sur Kiev et les autres villes du pays, ils feraient preuve de résilience comme ils ont toujours fait. Ils continueraient à vivre leurs vies. Puisque tu viens sur le sujet de notre ancienne relation, je me rends compte aujourd’hui que je ne me suis pas excusée de t’avoir trompée avec Yaël pendant tout ce temps. Même si ce n’est pas une tromperie « classique », explique la jeune femme en imitant les guillemets avec sa main. Cela n’en reste pas moins un coup de canif dans notre contrat de mariage et je tenais à m’en excuser sincèrement. Tu ne méritais pas ce que je t’ai fait mais je veux que tu saches que, si c’était à refaire, je le referai mais, cette fois, ci je serai plus franche avec toi.
— Merci Hannah, lui répond Lévi avec difficulté car il tente de contenir son trop-plein d’émotions. Cela me touche. Je ne le savais pas moi-même mais j’avais besoin d’entendre ces excuses. Et je voulais à mon tour te présenter mes excuses, même si la religion ne nous a pas appris la tolérance. Je voulais que tu te rappelles que je ne suis pas quelqu’un d’homophobe et que les mots que j’ai pu te dire sous la colère ne reflètent pas toute la fierté que j’aie pour toi, pour le courage que tu as d’assumer pleinement ton homosexualité, sans parler de ce que tu fais pour les blessés de guerre. Ils ont de la chance de t’avoir.
Cette discussion à cœur ouvert a permis à cet ancien couple de régler tant d’incompréhension et de ressentiment.
Lev est d’ailleurs présent à dîner chez les parents d’Hannah avec son épouse Sofia, enceinte de leur premier enfant, le soir du 21 février 2022 au moment où BFM TV diffuse le discours de Poutine qui va tout changer :
« Je juge nécessaire de prendre cette décision qui était mûre depuis longtemps : immédiatement reconnaître l'indépendance de la République populaire de Donetsk et de la République populaire de Lougansk »
— Merde ! Il va attaquer l’Ukraine c’est imminent, peut-être dès cette nuit commence Hannah.
— Mais c’est encore du discours de politique comme les autres fois, ils le font tous, ce n’est que de la posture, lui répond son père.
— Sincèrement papa, j’aimerai le croire mais le Président Zelensky et le gouvernement nous ont préparés à cette éventualité depuis des mois. On le savait que dès l’instant où il ferait cette allocution, cela aurait la même valeur que s’il avait dit « La Russie entre en guerre ». Surtout avec autant d’hommes massés à la frontière.
— Mais pourquoi maintenant ? Quelque cela change la reconnaissance de ces deux Républiques ? S’interroge son frère Hervé
— En fait, les Russes suivent toujours un schéma préétabli. En 2008, ils avaient aussi reconnu deux territoires séparatistes géorgiens avant d’attaquer la Géorgie. Poutine va le faire avec l’Ukraine comme il pourra le faire demain avec la Moldavie.
— Tu vas y retourner Hannah ? C’est bien ça ? S’inquiète sa mère
— Je ne vais pas te mentir maman. Oui, je vais y retourner, même si je sais qu’il y a de grands risques pour que je n’en revienne pas mais ce n’est pas seulement Ioulia, l’Ukraine est devenue mon pays. Aujourd’hui je me sens bien plus Ukrainienne que Française. Je vais non seulement y revenir mais, tout comme Ioulia, je vais demander mon affectation sur un théâtre d’opération car ils vont avoir besoin de personnel qui s’y connaisse en kinésithérapie de guerre. Maman, Papa je suis désolée de vous causer tant de soucis mais c’est mon destin et mon travail. Je vous promets d’être prudente et de ne pas prendre des risques inconsidérés.
— Mais c’est encore du discours de politique comme les autres fois, ils le font tous, ce n’est que de la posture, lui répond son père.
— Sincèrement papa, j’aimerai le croire mais le Président Zelensky et le gouvernement nous ont préparés à cette éventualité depuis des mois. On le savait que dès l’instant où il ferait cette allocution, cela aurait la même valeur que s’il avait dit « La Russie entre en guerre ». Surtout avec autant d’hommes massés à la frontière.
— Mais pourquoi maintenant ? Quelque cela change la reconnaissance de ces deux Républiques ? S’interroge son frère Hervé
— En fait, les Russes suivent toujours un schéma préétabli. En 2008, ils avaient aussi reconnu deux territoires séparatistes géorgiens avant d’attaquer la Géorgie. Poutine va le faire avec l’Ukraine comme il pourra le faire demain avec la Moldavie.
— Tu vas y retourner Hannah ? C’est bien ça ? S’inquiète sa mère
— Je ne vais pas te mentir maman. Oui, je vais y retourner, même si je sais qu’il y a de grands risques pour que je n’en revienne pas mais ce n’est pas seulement Ioulia, l’Ukraine est devenue mon pays. Aujourd’hui je me sens bien plus Ukrainienne que Française. Je vais non seulement y revenir mais, tout comme Ioulia, je vais demander mon affectation sur un théâtre d’opération car ils vont avoir besoin de personnel qui s’y connaisse en kinésithérapie de guerre. Maman, Papa je suis désolée de vous causer tant de soucis mais c’est mon destin et mon travail. Je vous promets d’être prudente et de ne pas prendre des risques inconsidérés.
En attendant que ses parents digèrent l’information, la kiné se tourne vers son ex-mari et celle qui lui a succédé :
— Est-ce que je peux vous demander de vous occuper de Clochette et Imhotep s’il vous plaît ? L’Ukraine ne risque pas d’être sûre prochainement et je ne me le pardonnerai pas s’il arrivait quelques choses à mes petits trésors.
— Mais bien entendu Hannah, ils peuvent rester chez nous aussi longtemps qu’il le faudra, lui assure Sofia.
***
— Est-ce que je peux vous demander de vous occuper de Clochette et Imhotep s’il vous plaît ? L’Ukraine ne risque pas d’être sûre prochainement et je ne me le pardonnerai pas s’il arrivait quelques choses à mes petits trésors.
— Mais bien entendu Hannah, ils peuvent rester chez nous aussi longtemps qu’il le faudra, lui assure Sofia.
***
Deux jours plus tard, en fin de journée, après les dernières recommandations de sa famille et les dernières embrassades, Hannah s’envole pour revenir à Kyiv.
Sur place, c’est Laura qui l’accueille car Ioulia a dû se rendre en urgence à Poltava, au sud-ouest de Kharkiv. Les deux femmes passent la soirée ensemble chez Hannah, l’Américaine dort même dans la chambre d’ami car il est trop tard pour rentrer.
Elles sont réveillées par le bruit des sirènes d’alertes, la ville est attaquée. Malgré le réveil en sursaut, les femmes, entraînées depuis des mois à ces situations, ne paniquent pas. Elles ne sont bien entendu pas surprises de voir que le réseau internet et 4G est coupé. Après s’être habillées du juste nécessaire, elles font route aussi vite que possible vers la station de métro la plus proche qui fait office d’abri anti-bombe.
Pour occuper le temps et aider à ne pas penser à la situation de Ioulia, chacune fait son métier à sa façon : Laura prend des photos et interviewe les gens qui sont dans cet abri avec eux, pendant qu’Hannah rassure des personnes mais souvent des familles entières. Elle soigne aussi les petits bobos de ceux qui se sont fait mal en se dépêchant.
Au-dessus la colère de Dieu se déchaîne ou plutôt celle de Poutine, elles ne comptent pas les impacts mais il y en a eu beaucoup. Au bout de plusieurs heures, des militaires parviennent jusqu’à leurs positions. Hannah est rassurée en voyant qu’ils ont l’étendard ukrainien sur leurs uniformes sinon ils auraient probablement été tous exécutés dans cette station de métro humide ou pire encore.
Elle n’y vivait que depuis deux ans mais cela fait quand même mal à Hannah de voir sa maison éventrée comme la plupart des maisons du secteur. L’accolade de Laura lui fait du bien mais toutes les deux s’inquiètent encore plus du sort de leur amante. Du fait de sa collaboration avec l’armée, Hannah parvient à savoir que les Russes n’ont pas réussi à percer leurs lignes ici à Kyiv mais la bataille fait rage à Irpin, Boutcha et Hostomel en périphérie de l’oblast. Tandis que Kharkiv subit des bombardements incessants, il y a beaucoup de blessés. A cet instant, la Française sait où est son amante, depuis Popasna, elle a dû gagner la deuxième ville du pays pour aller aider, c’est là qu’elles doivent se rendre.
C’est donc munies de leurs accréditations de presse pour Laura et humanitaire pour Hannah qu’elles vont tenter de rejoindre Ioulia. Les communications ne sont pas encore rétablies et de toute façon l’Ukrainienne ne prendrait pas le risque de révéler sa position à l’ennemi pour ne pas menacer ses patients. Les humanitaires suivent les militaires du 227ème bataillon, issu de la 127ème brigade de défense territoriale.
Hannah est amenée par moment à soigner aussi bien des militaires isolés que des civiles. La kiné sera marquée à vie par certains évènements, comme le bombardement du quartier de la Nouvelle-Bavière dans l’après-midi du 1er mars. Deux immeubles résidentiels situés au niveau de l’avenue Novo-Bavarskyj, juste en face de l’hôpital, ont été en partie soufflés par un missile. La jeune femme se souvient qu’elle a été parmi les premiers secouristes arrivés sur place mais qu’un pompier résigné l’a retenu pour l’empêcher d’entrer dans l’immeuble car il n’avait pas encore la certitude que d’autres missiles ne vont pas s’abattre sur leurs secteurs.
Hannah entend pourtant des pleurs d’enfants au milieu des flammes mais elle ne peut rien faire. A cet instant elle se sent tellement impuissante, c’est encore pire quand elle découvre un enfant parmi les huit victimes de l’immeuble. Comme elle peut haïr Poutine à cet instant comme des millions de gens mais ce sentiment se renforce avec la campagne de bombardement aveugle des villes ukrainiennes sur des civils, l’armée russe ne parvenant pas à prendre les grandes villes, comme à Kharkiv où toutes les forces armées se battent avec acharnement. Le mari de l’une des infirmières ukrainiennes de leur petit groupe a par ailleurs trouvé la mort avec quatre de ses camarades de la 5ème brigade de la Garde Nationale.
Le groupe pleure aussi deux des membres de l’institut de Traumatologie : Olena et Rasmus sont mort ensemble, en portant secours aux victimes d’un bombardement à Jytomir mais ils ont malheureusement été victimes des tirs d’un drone.
Quelques jours plus tard, aux alentours du 6 mars, Laura, qu’elle n’a pas vue depuis quelques jours, vient lui apprendre qu’elle a retrouvé la trace d’Ioulia. La médecin est à Izioum, où la bataille fait rage entre les troupes russes et ukrainiennes. La Française va alors convaincre de déployer l’équipe sur les arrières d’Izioum du côté de Kramatorsk, où les bombardements ont fait beaucoup de blessés.
Cela est très égoïste de la part d’Hannah mais elle veut juste serrer la femme qu’elle aime de nouveau dans ses bras. Face à tant de malheur et de sauvagerie, elle a besoin de cette tendresse. Elle remercie par ailleurs Laura de l’avoir prévenu car la photographe pouvait tout à fait s’y rendre sans elle.
Elle imaginait, tout comme Laura, des chaudes et torrides retrouvailles. Elles ont vite été douchées par l’accueil glacial du médecin, qu’elles retrouvent en fin de journée le 8 mars dans l’hôpital de campagne qui a été installé à l’Ouest de la ville de Kramatorsk. Ioulia est toujours aussi belle, surtout que cela fait plus de deux mois qu’Hannah ne l’a pas vu. La médecin semble exténuée. Sa belle coiffure, si sophistiquée, est défaite par endroit, la sueur coule partout sur elle et l’Ukrainienne ne semble pas avoir dormi depuis des jours mais pourtant elle continue à se dévouer à tous ces patients. Quand son regard croise celui de ses deux amantes, ses yeux passent de la surprise à l’étonnement avant de terminer sur la colère. Laura et Hannah prennent chères :
— Mais qu’est-ce que vous faites ici Layno ! Tempête-t-elle tout en jurant. Vous n’avez rien à faire ici, c’est super dangereux. C’est pour ça que je ne vous ais pas donné de nouvelles jusqu’à présent.
— Mais ne t’inquiète pas, ici ne peut pas être plus dangereux qu’ailleurs lui répond Laura. C’est la guerre partout !
— Certes mais ici les Russes sont tout proches, vous ne comprenez pas ce qui se passe ici.
— C’est toi qui ne comprends pas, lui dit Hannah qui s’énerve franchement. A Kharkiv, on était aussi sous le feu ennemi, nous avons beaucoup perdu. Bon sang Ioulia, on a perdu Rasmus et Olena, ils ont été tués à Jytomir, conclut la Française dans un sanglot.
— Mais ne t’inquiète pas, ici ne peut pas être plus dangereux qu’ailleurs lui répond Laura. C’est la guerre partout !
— Certes mais ici les Russes sont tout proches, vous ne comprenez pas ce qui se passe ici.
— C’est toi qui ne comprends pas, lui dit Hannah qui s’énerve franchement. A Kharkiv, on était aussi sous le feu ennemi, nous avons beaucoup perdu. Bon sang Ioulia, on a perdu Rasmus et Olena, ils ont été tués à Jytomir, conclut la Française dans un sanglot.
Cela adoucit un peu l’Ukrainienne, qui consent à prendre Hannah dans ses bras mais la relâche vite pour les faire venir à l’écart :
— Écoutez-moi bien, il y a des choses que je ne peux pas dire en présence de mes patients. Ici c’est pire qu’à Kharkiv. Izioum va tomber, ce n’est qu’une question de jours, c’est un de mes amis général qui me l’a confié. On est donc engagé dans une course contre la montre pour évacuer tous les blessés et les habitants de la partie sud de la ville, les Russes s’étant déjà emparés d’une partie de la ville. Plusieurs de nos équipes se relaient jours et nuits pour aller à Izioum et espèrent y revenir. Deux de mes bénévoles n’en sont pas revenus récemment, conclut Ioulia, avec une pointe d’amertume dans la voix.
— Écoute reprend Laura, tu as justement besoin d’aide alors nous laisse nous t’aider Moyeyi Dusha.
— Écoute reprend Laura, tu as justement besoin d’aide alors nous laisse nous t’aider Moyeyi Dusha.
Ioulia soupire, baisse la tête puis passe sa main droite devant son visage de lassitude puis la relève et les regarde dans les yeux :
— Suivez-moi, j’ai quelque chose à vous montrer.
L’Américaine et la Française suivent alors l’Ukrainienne qui rentre dans un bâtiment et les fait descendre un dédale d’escalier jusqu’à une porte coupe-feu qu’elles franchissent. L’endroit ressemble en tout point à une morgue, l’odeur commence à devenir de moins en moins soutenable. Ioulia s’arrête devant une porte étiquetée 12°C, qu’elle ouvre avant d’entrer.
En face d’elle, se trouve un médecin légiste, une table avec un corps sur lequel il travaille et, derrière lui, une autre porte qui ressemble aux portes de salles frigorifiques comme on en trouve dans toutes les morgues. Ioulia s’adresse au médecin légiste :
— Oleh, tu veux bien ouvrir le frigo et préparer deux bassines s’il te plaît ?
— Tu es…sûre, lui répond le médecin d’une voix hésitante
Elle lui fait un signe de tête, Oleh, sortant un troupeau de clef, déverrouille la porte située derrière lui et les laisse passer, sans vouloir entrer dans la pièce.
Ce fut l’odeur insoutenable d’abord qui souleva le cœur des deux compagnes d’Ioulia, mais ce n’était rien par rapport à l’horreur des images. L’image de cet amoncellement de corps de femmes mutilés, certaines n’étant même pas majeure. C’est Hannah qui craque la première et revient vomir ses tripes dans la bassine qu’à préparée le médecin légiste, Laura a suivi peu après. Elle est blême mais ne rend pas son repas, probablement entraînée de par son métier de photographe à voir des choses horribles.
Ioulia revient peu après avoir refermé la porte :
— Oleh, tu peux nous laisser s’il te plaît, Maria a besoin d’aide justement. J’ai à parler à ces deux futures volontaires.
Puis elle s’adresse aux deux femmes, une fois qu’il est sorti :
— C’est la 4ème brigade qui les a trouvées dans cinq caves à Tchounouïv, après la reprise de la ville hier. Depuis mon arrivée ici, c’est la deuxième fois que j’ai malheureusement ce genre de « livraison ». Les Russes sont des monstres et pour répondre à la question que vous vous êtes posés, la plus jeune victime avait à peine treize ans. Laura, quand tu iras mieux et si tu t’en sens prête, j’aimerai que tu les photographies. Le monde entier doit savoir l’horreur que subit mon peuple.
Puis après quelques secondes, elle reprend :
— Mais je ne vous les pas seulement montrer pour cela. Je veux que vous compreniez que les soldats en face sont sans pitié. Voilà ce qu’ils vous feront subir s’ils vous attrapent leur explique-t-elle, tout en montrant la porte derrière elle. Vous voulez m’aider, bien ! Mais il va falloir le faire en respectant mes règles. Si je vous dis de courir vous courez, si je vous dis de vous cacher, vous vous cachez mais surtout si je vous dis de sauver votre peau sans vous préoccuper de moi, vous le faites ! Est-ce que c’est clair ?
— Oui Ioulia, lui répondent les deux femmes.
— Bon très bien, j’espère que vous êtes en pleine forme car on a beaucoup de boulot. L’équipe de 16h00 ne va pas tarder à revenir, enfin j’espère. Et il doit y avoir beaucoup de blessés, dont il faudra s’occuper.
— Oui Ioulia, lui répondent les deux femmes.
— Bon très bien, j’espère que vous êtes en pleine forme car on a beaucoup de boulot. L’équipe de 16h00 ne va pas tarder à revenir, enfin j’espère. Et il doit y avoir beaucoup de blessés, dont il faudra s’occuper.
Pendant les jours suivants, elles vont s’employer à tenter de sauver des vies, retaper des soldats avant qu’ils ne repartent sur le front ou rassurer des enfants sur l’absence de leurs parents.
Au soir du 19 mars, Ioulia leur apprend que la rotation du matin du 20 sera sûrement la dernière, les soldats ne pouvant plus assurer leur sécurité après cette date. Les trois femmes se reposent dans le Cinema Rodina, à l’angle de Pischanoho Street, la salle de projection numéro 1 est très vaste, les colonnades en marbre bleu donnent un aspect assez antique au lieu.
***
Depuis qu’elles se sont retrouvées, Ioulia a passé quelques nuits avec chacune de ses amantes mais séparément, c’est la première fois qu’elles sont ensemble, mais surtout c’est la première fois que l’Ukrainienne prend l’initiative. Probablement grisée par la mission très dangereuse du matin mais aussi par le fait qu’elles peuvent être surprises à tout moment, cela fait monter en flèche l’excitation de la médecin.
Ioulia prend la main de chacune de ses deux amantes.
— Demain, nous serons peut-être mortes. Alors, j’ai envie de faire une dernière fois l’amour, avec chacune d’entre vous. Depuis des mois, vous avez, l’une et l’autre, accepté notre étrange ménage à trois. Ce soir, je veux que nous nous aimions, séparément, mais que chacune soit témoin de notre amour.
Ioulia prend alors Laura dans ses bras et l’embrasse longuement, amoureusement. Puis elle fait exactement la même chose avec Hannah. Elle leur dit :
— Embrassez-vous !
— Embrassez-vous !
Son désir est un presqu’ordre, une véritable supplique. C’est dans ces circonstances terribles que leur trio va se concrétiser. Les trois femmes échangent baisers et caresses. Elles se déshabillent mutuellement. C’est Laura, qui est sa compagne depuis plus longtemps, qu’Ioulia a embrassé en premier, tout à l’heure. C’est avec la Française qu’elle va d’abord faire l’amour, sous le regard bienveillant de l’Américaine. Puis Ioulia fera l’amour avec Laura, avant qu’elle ne pousse ses deux amantes dans les bras l’une de l’autre.
Cette nuit-là, il ne s’agit nullement d’une partouze saphique. Rien de vulgaire ni de torride, mais un moment unique, beau, tendre, romantique. Ce sont trois êtres qui s’aiment, qui fusionnent en quelque sorte, qui scellent leur union qu’elles veulent indestructibles.
Entre elles, il n’y a jamais eu de jalousie. Elles sont unies par la même passion, par leurs baisers, leurs caresses. Leur expérience fait qu’elles savent comment se donner le plus de plaisir, et elles le font d’une telle façon, en 69, où il n’y a ni active, ni passive, seulement des jeunes femmes qui s’aiment et expriment, dans leur étreinte leurs sentiments et leur sensualité.
Quand arrive le moment où Hannah et Laura vont s’aimer, Ioulia les regarde avec tendresse. Depuis des mois, elle aurait voulu pousser ses deux amantes dans les bras l’une de l’autre, pour sceller définitivement leur trio, afin de ne pas avoir à choisir entre les deux femmes qu’elle aime. Ioulia a découvert le polyamour, qu’elle pensait impossible. Elle est désormais convaincue qu’on peut aimer deux personnes en même temps. Elle observe ses deux amantes en train de s’aimer. Ioulia trouve que la scène est érotique, mais surtout qu’elle est belle et tendre. Cet amour, leur plaisir c’est l’offrande que Laura et Hannah lui donnent.
Hannah a les jambes ouvertes. Laura en profite pour les caresser doucement, avec une lenteur calculée. Sa langue fouille partout dans la chatte de la Française. Puis elle se couche complètement sur elle. Son pubis est contre celui d’Hannah. Les deux clitoris se frottent. Ioulia aime voir Laura prendre ainsi l’initiative et posséder en quelque sorte celle qui est devenue désormais leur amante à toutes deux. Puis Laura se met à l’envers sur la Française, pour un 69. Entre les deux femmes, c’est chaud, presque trop. Elles poursuivent jusqu’au moment où elles jouissent, offrant leur plaisir à leur amante commune.
Les trois jeunes femmes, repues, heureuses, s’endorment enfin dans les bras l’une de l’autre.
***
Hannah est réveillée vers 4h00 du matin par Ioulia qui, après l’avoir embrassé, lui tend une tasse de café bien fumante, puis elle en fait de même avec Laura. Il est temps de se préparer. Elles doivent bien revêtir leurs gilets pare balle et surtout leur veste avec le mot « humanitaire » écrit dans le dos. Il est bien dérisoire face à un missile mais il peut leurs sauver la vie face à des soldats ennemis, à condition qu’ils respectent encore les conventions internationales. C’est l’un des régiments de la 4ème brigade qui va les accompagner.
Hannah est réveillée vers 4h00 du matin par Ioulia qui, après l’avoir embrassé, lui tend une tasse de café bien fumante, puis elle en fait de même avec Laura. Il est temps de se préparer. Elles doivent bien revêtir leurs gilets pare balle et surtout leur veste avec le mot « humanitaire » écrit dans le dos. Il est bien dérisoire face à un missile mais il peut leurs sauver la vie face à des soldats ennemis, à condition qu’ils respectent encore les conventions internationales. C’est l’un des régiments de la 4ème brigade qui va les accompagner.
Leur objectif est l’ancienne gare, qui se trouve sur Pryladobudivnykiv Street, à l’ouest de la M03. C’est là que l’hôpital d’Izioum a installé les enfants de la ville qui ont perdu leurs parents dans les bombardements. Il n’y reste que quelques médecins et les enfants les plus difficilement transportables.
Il est aux alentours de 5h40 quand la petite troupe arrive sur place. Ils ont peu de temps. Les 50 hommes du Major Dumelian se déploient pour sécuriser le secteur, pendant que la dizaine d’humanitaires s’affaire pour sortir les enfants qui marchent comme ils peuvent avec leurs béquilles, d’autres sont poussés sur leurs fauteuils roulants.
Hannah s’occupe d’une enfant de six ans qui a été amputée récemment juste en dessous du genou, victime du bombardement qui a tué ses parents dans les premiers jours de la guerre, dans le nord d’Izioum. La petite s’appelle Svetlana et, malgré les horreurs qu’elle a vécues, reste toujours souriante et attachante. Elle a aussi la manie d’être très bavarde, ce qui fait sourire la Française.
L’équipe est tellement efficace que, dès 6h30, l’opération est presque terminée. Mais c’est quand on ressent l’allégresse d’avoir réussi quelque chose, qu’un petit grain de sable vient tout gâcher. Ce petit grain de sable, c’est une nuée de drones qui se dirige droit vers eux.
Le major s’adresse à ses hommes puis aux humanitaires :
Le major s’adresse à ses hommes puis aux humanitaires :
— Descendez-moi ces saletés ! Et vous, dépêchez-vous de charger les enfants dans les camions. S’il y a les drones c’est que les bâtards de russes ne sont pas loin. Vite !
C’est un déluge de balles qui fend l’air en direction des drones mais la réponse des mitrailleuses des drones est immédiate. Une infirmière et un médecin qui s’occupaient des enfants dans la gare sont fauchés par une rafale. Mais surtout deux des humanitaires qui transportent la petite Svetlana sont abattus eux aussi et son fauteuil s’est renversé sur elle sans parler du corps qui la recouvre et l’écrase en même temps.
Les soldats vont finalement venir à bout des machines mais le major doit quand même déplorer un soldat tué et quatre blessés. Le convoi s’apprête à repartir quand Hannah perçoit les cris de la petite qui sont enfin audibles sans le bruit des armes. Elle est à environ 70 mètres du dernier camion, où se trouve Ioulia mais au loin ils entendent le bourdonnement de deux autres drones qui foncent dans leur direction.
Au regard que jette la médecin ukrainienne à son amante française, cette dernière a compris l’inéluctabilité de ce qui va se passer.
Ioulia saute du camion malgré les cris du major et d’Hannah. Laura, qui est un peu plus loin, sait qu’elle ne peut rien faire donc elle fait la seule chose qui lui semble adéquate car l’Américaine sort son appareil photo et mitraille la scène.
Ioulia court avec l’énergie du désespoir vers Svetlana pendant que les hommes du major Dumerian tirent en l’air pour la couvrir. La médecin dégage le corps puis repousse le fauteuil roulant. Elle va prendre Svetlana dans ses bras pour courir mais s’aperçoit qu’un drone est juste au-dessus d’elle. Ioulia fait donc la seule chose qui lui semble juste, elle allonge Svetlana sur le sol face contre terre et reste assise de dos face au drone qui ouvre le feu.
La détresse d’Hannah face au regard de son amante, qui s’éteint peu à peu, est terrible. Un missile sol-sol tiré par un des soldats ukrainiens détruit finalement le drone. On s’affaire alors pour ramener Svetlana ainsi que le corps de la médecin ukrainien. Les médecins s’affairent comme ils peuvent mais la gravité de ses blessures notamment au cou rendent irréversible son sort.
C’était un dimanche matin et il était 7h04, quand Ioulia Femenko rendit son dernier soupir. Laura et Hannah ont senti en même temps la vie qui la quittait quand les mains qui reposaient entre les leurs devinrent totalement rigides et froides.
***
Palais Mariinski, Kyiv. Le 20 mars 2023
En cette froide matinée de la fin du mois de mars, deux femmes élégamment habillées et une petite fille qui est aussi très belle dans sa robe jaune aux broderies bleus et bien entendu protégée du vent par une bonne doudoune, remontent l’allée de dalle rouge entre les immenses rangées de haies. Le palais en face d’elles est très majestueux et impressionnant. Les deux femmes se tiennent discrètement la main pendant que la petite fille devant elle marche doucement, devant encore s’habituer à sa prothèse de la jambe gauche.
Elles sont les dernières arrivées à la cérémonie qui a lieu aujourd’hui au palais présidentiel et juste devant eux se tiennent le président Zelensky et son épouse mais aussi le premier ministre Denys Chmyhal et Irina Verechtouk, la vice-première ministre chargée des territoires occupés et de la réintégration.
Elles sont les dernières arrivées à la cérémonie qui a lieu aujourd’hui au palais présidentiel et juste devant eux se tiennent le président Zelensky et son épouse mais aussi le premier ministre Denys Chmyhal et Irina Verechtouk, la vice-première ministre chargée des territoires occupés et de la réintégration.
Tout ce beau monde les conduit patiemment jusqu’à la salle des cérémonies, la superbe salle blanche. Elle est tout aussi sublime que l’extérieur avec toutes ses dorures, son parquet rosé et ses lustres de cristal.
Après que tous les invités se sont assis sur les sièges prévus à leurs noms, le président dans son costume kaki, désormais légendaire, se place derrière le pupitre entre les drapeaux ukrainiens, européens, américains et français. Il commence alors son discours :
— Mesdames, Messieurs, chers compatriotes, chers alliés. Nous sommes ici aujourd’hui pour honorer la mémoire de ceux qui ont donné leurs vies pour notre patrie, qui, par leurs actes extraordinaires de courage et leur don de soi ont permis à d’autres de vivre et de pouvoir un jour s’élever à leur tour face à l’oppression, l’agression et l’injustice. Nous leurs remettons aujourd’hui à titre posthume le titre de Héros de la Nation.
Il va appeler les familles de nombreuses personnes (soldats, humanitaires, médecins, simples civils ayant fait preuve d’un immense courage). Le parcours de ces personnes est ensuite expliqué et le récit de leurs actes de bravoures est ensuite raconté. Ce moment est souvent synonyme de larmes versées par les proches. Au bout d’un petit moment, ils arrivent à la dernière personne de la liste :
— J’en viens désormais au docteur Ioulia Femenko, diplômée de l’école de médecine de Kyiv et médecin urgentiste dans notre capitale. Elle ne pouvait pas rester en arrière quand la Russie nous a lâchement attaqué et à rejoint Kharkiv sous le feu de l’ennemie depuis Popasna. Elle a sauvé des centaines de vies aussi bien des civils que des militaires. Là encore, elle aurait pu rester en arrière mais elle a choisi de suivre nos troupes qui se battaient vaillamment contre l’envahisseur à Izioum, en dirigeant l’hôpital de campagne de Kramatorsk, malgré les bombardements aveugles de l’armée russe. Il y a un an, jour pour jour, accompagnée du 112ème régiment de la quatrième brigade de défense nationale, ils ont évacué ce qui restait du personnel et des patients de l’hôpital pour enfant d’Izioum réfugiés dans l’ancienne gare.
La suite, Hannah ne la connaît que trop bien, elle baisse légèrement la tête pour cacher ses larmes, elle s’en est tant voulu de n’avoir pas su réagir. Même si Laura mais aussi son psy lui ont dit que ce n’était pas sa faute, elle ne peut que s’en vouloir. La chaude main de Laura qui enserre la sienne lui fait du bien. La Française relève la tête à l’évocation des photos de l’américaine :
— Le courage d’Ioulia Femenko a permis de sauver la vie de la petite Svetlana Teretchouk, ici présente aujourd’hui et qui vient de fêter ses 7 ans. Ce geste héroïque et désintéressé perdurera à travers le temps grâce aux photos prises par son amie, la photographe Laura Stone. Regardez-les ces photos, ils sont le reflet du courage, de l’abnégation et de la résilience du peuple ukrainien. C’est grâce aux sacrifices de tous ceux que nous honorons aujourd’hui que l’Ukraine existe toujours. Mesdames et Messieurs, je vous invite à vous lever si vous le pouvez et à chanter l’hymne ukrainien en hommage de nos chers disparus, avant que ne soit remis à leurs familles respectives la médaille de Héros de la Nation.
Comme un seul homme, l’assemblée se lève. Même Svetlana sur sa jambe un peu tremblotante entonne l’hymne à plein poumon. Jamais Hannah ne s’est sentie si Ukrainienne, elle qui vient d’acquérir la citoyenneté de son pays d’adoption il y a quelques mois.
C’est le papa d’Ioulia, Yevhen qui reçoit la médaille des mains du président ukrainien mais sitôt les photos officielles faites, il la partage avec les deux femmes qui ont le plus compté dans la vie de cette médecin extraordinaire.
Les deux femmes, Svetlana et Yevhen se rendent ensuite au cimetière du Baikove avec son imposante façade en pierre rouge et ces cinq pointes de toit. Ils déposent une grosse gerbe de fleurs sur la tombe d’Ioulia ainsi que sa médaille de Héros de la Nation sur le buste qui la représente si fidèlement. La sculpteuse a effectué un travail d’orfèvre.
Au loin, les notes d’un concert qui se produit probablement juste devant l’église orthodoxe de Tserkva Stsu leurs parviennent aux oreilles. Hannah et Laura reconnaissent Never Forget You de Zara Larsson et MNEK. Pendant que Svetlana fredonne le morceau et que Yevhen se recueille, Laura fait reposer sa tête sur celle de celle qui est devenue sa compagne, plusieurs mois après le décès de leur ex-amante et écoute ces belles paroles :
I used to be so happy, but without you here I feel so low.
Nous étions si heureuses mais sans toi à nos côtés, cela semble impossible
I will never forget you, you will always be by my side, from the day that I met you, i knew that i would love you 'til the day I die and I will never want much more
And in my heart, I will always be sure, i will never forget you
And you will always be by my side 'til the day I die
And in my heart, I will always be sure, i will never forget you
And you will always be by my side 'til the day I die
Tu seras toujours à nos côtés, Ioulia depuis le jour où chacune de nous t’a rencontrée, tu feras toujours partie de nous et nous t’aimerons jusqu’à la mort. Et si un jour notre tête t’oublie, notre cœur se rappellera toujours de toi.
Funny how we both end up here, but everything seems so right, i wonder what would happen if we went back and put up a fight.
Laura se tourne légèrement vers Hannah au moment de ces paroles. C’est étonnant qu’elles aient finis par se mettre ensemble. C’est Ioulia qui l’a en quelque sorte voulu. Tout est si parfait que l’éventualité de revenir en arrière serait aujourd’hui si incongru.
Elles forment aujourd’hui une famille avec Svetlana qu’Hannah a soignée, réappris à vivre et à marcher avant de l’adopter il y a quatre mois. Les trois ont emménagé dans leur nouvelle maison d’Ivano-Frankivsk.
Alors retentit la litanie de Never, chantée par les deux artistes pour clore ce morceau.
Sous ce beau soleil du mois de mars, un jour où la ville n’est pas à bombardée, les deux femmes se tournent l’une vers l’autre et échangent un baiser passionné, comme une promesse d’avenir malgré la guerre qui fait toujours rage.
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