Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Lettres à Arthus — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteurs
Lettres à Arthus
Chapitre 1
Monsieur Arthus
Chemin des Arpents
59000 Lille
Chemin des Arpents
59000 Lille
Mende, ce 7 septembre.
Monsieur,
Pardonnez, je vous prie, l'audace qui est la mienne. Je vous écris ce jour, alors que j'ignore encore si ce nom est à vous ; si cette adresse, c'est la vôtre... Un papier, sur lequel une écriture inconnue me l'aura probablement griffonnée, a glissé sur le sol un certain soir (qui était sans doute un matin), lorsque j'ôtais ma robe pour m'aller coucher.
Aussi, pour ne pas risquer de m'exposer si par malheur je me trompais, vous accepterez, je n'en doute pas, le fait de ne mentionner ici ni mon nom, ni mon adresse : Si vous, qui lirez cette lettre, êtes celui auquel je pense, il vous suffira de me laisser votre réponse là où vous savez, sous la pierre à la forme d'un cœur, et pour que je sois tout à fait certaine de votre identité, ayez soin de mentionner ce faisant, la couleur de ma robe, le jour de notre rencontre. Pour cette fois, prenant la liberté de vous écrire, je vous la remémorerai, comme si vous n'y étiez pas, afin que nous soyons assurés de nous remettre, mutuellement.
Aussi, pour ne pas risquer de m'exposer si par malheur je me trompais, vous accepterez, je n'en doute pas, le fait de ne mentionner ici ni mon nom, ni mon adresse : Si vous, qui lirez cette lettre, êtes celui auquel je pense, il vous suffira de me laisser votre réponse là où vous savez, sous la pierre à la forme d'un cœur, et pour que je sois tout à fait certaine de votre identité, ayez soin de mentionner ce faisant, la couleur de ma robe, le jour de notre rencontre. Pour cette fois, prenant la liberté de vous écrire, je vous la remémorerai, comme si vous n'y étiez pas, afin que nous soyons assurés de nous remettre, mutuellement.
C'était à la mi-août, à Pierrevaux. Cet après-midi-là, le soleil était moins pâle qu'à l'ordinaire, si l'on considère la fraîcheur particulière de cet été mourant dans lequel nous sommes encore. L'astre perçait le couvert de grisaille, projetant ses rayons salutaires sur la façade du château devant lequel se serrait la foule des convives, côté jardin.
La noce était fort belle, quoique – peut-être l'aurez-vous noté vous aussi – la mariée semblait s'ennuyer, autant que moi. La pauvre, il faut dire que ces séances photos, souvent du plus mauvais goût, font trop tarder le début des réjouissances apéritives, et partant, la fin des inhibitions de rigueur...
La noce était fort belle, quoique – peut-être l'aurez-vous noté vous aussi – la mariée semblait s'ennuyer, autant que moi. La pauvre, il faut dire que ces séances photos, souvent du plus mauvais goût, font trop tarder le début des réjouissances apéritives, et partant, la fin des inhibitions de rigueur...
Qu'importe. Si mon homme ne s'en trouva pas incommodé, tout absorbé qu'il était par l'architecture classique de cette maison, ce ne fut pas mon cas, et je profitai d'une pitrerie du photographe, vainqueur des regards focalisés sur son objectif, pour m'esquiver, m'en allant flâner du côté du parc, en quête des secrets de son ordonnancement, fort soigné...
Peut-être aviez-vous traversé le même ennui ? Quoiqu'il en fût, je passais le troisième bosquet, je crois, lorsque je vous aperçus, sur ce banc, auprès de cette mare dont le naturel était si bien imité. J'avais d'abord cru vous y surprendre, voyant votre regard perdu dans les ronds d'eau que faisait ce couple de libellules, en amour sur un lotus... mais il n'en fut rien. Et lorsque vous avez levé votre visage vers moi, la surprise me revint, dans votre ‘'Et alors... ?! Tiens donc ! On fuit la célébration des honneurs familiaux, Mademoiselle ? ‘'
Je vous avoue que mon silence ne fut pas de vexation, mais plutôt de gêne charmée : votre regard, la situation, votre attitude physique dans cette nonchalance, la cravate défaite, le col ouvert... La conscience soudaine de ma distance avec l'assemblée, avec mon homme resté là-haut, sur la terrasse... Vous seul ici, en face de moi, seule ici, avec vous, devant vous... Ce maudit rouge à mes joues que je ne sais dissimuler lorsqu'il y monte...
Je vous avoue que mon silence ne fut pas de vexation, mais plutôt de gêne charmée : votre regard, la situation, votre attitude physique dans cette nonchalance, la cravate défaite, le col ouvert... La conscience soudaine de ma distance avec l'assemblée, avec mon homme resté là-haut, sur la terrasse... Vous seul ici, en face de moi, seule ici, avec vous, devant vous... Ce maudit rouge à mes joues que je ne sais dissimuler lorsqu'il y monte...
Comment se fait-il, au juste (vous pouvez me le dire à présent), que vous ayez eu en main une bouteille de vin de Champagne, tandis que le banquet n'était pas commencé... ? Et ces deux coupes ?...
Je vous dois toutefois un merci, pour m'avoir rempli et tendu la seconde : non content de me rassurer, vous avez, par cette muette et impérieuse invitation, dissipé mes pensées, et m'avez convertie sur l'instant à l'idée de votre rencontre.
Je vous dois toutefois un merci, pour m'avoir rempli et tendu la seconde : non content de me rassurer, vous avez, par cette muette et impérieuse invitation, dissipé mes pensées, et m'avez convertie sur l'instant à l'idée de votre rencontre.
L'instant qui le suivit, vous vous étiez déjà décalé sur le banc, alors que mes doigts, saisissant la coupe pleine, effleurèrent par mégarde le bout des vôtres, et que vous ne vîtes pas le frisson que je ne pus réprimer dans mon corps, en m'asseyant auprès de vous, sur la pierre que vous m'aviez chauffée sans le vouloir...
Je ne sais toujours pas si vous m'avez jugée pour ce que je faisais aller et venir de ma main à ma bouche, et dont la fumée ne sentait probablement pas que le tabac... Pour le fait de m'être mise pieds nus sur la mousse humide, votre air – il m'en souvient encore –, sembla cependant ne pas me méjuger.
Je n'ai pas même pensé à vous demander si vous étiez du bord de la mariée ou de celui du marié... ? Désormais, il m'est impossible de le savoir, si ce n'est pas à vous que je suis en train d'écrire ces choses...
Je ne sais toujours pas si vous m'avez jugée pour ce que je faisais aller et venir de ma main à ma bouche, et dont la fumée ne sentait probablement pas que le tabac... Pour le fait de m'être mise pieds nus sur la mousse humide, votre air – il m'en souvient encore –, sembla cependant ne pas me méjuger.
Je n'ai pas même pensé à vous demander si vous étiez du bord de la mariée ou de celui du marié... ? Désormais, il m'est impossible de le savoir, si ce n'est pas à vous que je suis en train d'écrire ces choses...
Vous m'en avez dit bien d'autres, vous, cet après-midi-là... des choses dont les grenouilles et les oiseaux furent, je l'espère, les seuls témoins, condamnés au secret. Oh ! C'est fort peu de choses au fond : votre courtoisie n'eut d'égal que votre retenue. Mais vos yeux – mon Dieu, vos yeux – suppléèrent votre main, qui, par décence peut-être, par sollicitude sans doute, n'eût pas la hardiesse de s'aventurer plus haut que la cuisse nue sur laquelle elle s'est posée...
Un autre merci vous soit donc donné, pour n'avoir pas fait céder alors la résistance d'une jeune femme en feu, et qui vous est, avec cette gorge qui sent encore l'empreinte de vos mâles lèvres,
déjà toute dévouée et impatiente de vous lire.
A.
PS : Cette demoiselle est mariée, et si d'aventure je m'adressais à la mauvaise personne, prière de brûler cette lettre, et de l'oublier comme aussi moi, dans les cendres.
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Commentaires ()
En un mot, je dirais : Bravo.
Je suis bien désolé de ne rien trouver à redire, moi qui aime à critiquer. Mais tout ici me plaît, ce côté épistolaire, classique, distingué, cette dualité entre l'homme que l'on imagine plus âgé et cette fille de ma réalité, libérée, jeune et qui pourtant écrit si bien (le coup du joint m'a intrigué et m'a donner envie de continuer).
Je sais déjà qu'intensément je vous lirais !
PS : Ça me fait penser à un texte classique, mais je ne sais plus lequel, quelque chose à propos d'un buffet, de jeunes gens et d'une pointe d'adultère.
Dan
J'ai trop tardé, je le crains, à me faire l'épieuse de votre romance. Qu'il est doux de lire tant d'élégance dans votre style et tant d'intimité dans votre idylle, bien qu'elle ne soit qu'épistolaire.
On pourrait la croire écrite de la main de Roxanne à l'adresse de son cousin.
Duchesse charmée.
J'avoue ici être jaloux de n'avoir jamais reçu une telle lettre
Je plussoie les termes de pastresage. C’est en effet un texte exquis qui te ressemble.
Beaucoup aimeraient être cet audacieux inconnu t’ayant touché par sa présence.
Continue de nous régaler de tes beaux récits.
Tom