– Toc toc toc ! C'est le facteur !
– Hein ?!
– J'ai un message pour vous.
Le facteur me tend son téléphone, me collant son écran sous les yeux, et je n'ai pas le choix de la suite. Je suis comme happée dans la conversation SMS dont il me montre le premier message.
Coucou, toi :) ! Alors, flemme de faire tout un long dialogue d'interaction où tu refuses mon existence, car gnagnagna, je ne suis pas qu'un personnage, gnagnagna, je vais bloquer cette personne, c'est une malade, gnagnagna, mais comment elle sait ça, gnagnagna, je la recontacte et gnagnagna je réalise ma vraie nature. On va gagner du temps. Toutes ces descriptions, cette action, ça me fatigue. On va se concentrer sur notre dialogue. C'est-à-dire qu'à partir de maintenant, seule va continuer d'exister cette conversation, le temps que je t'explique tout ce que tu as à savoir et comment va se dérouler la suite.
Qu'est-ce-que… Pourquoi est-ce que je sais que je suis piégée dans une conversation téléphonique, et comment c'est arrivé ?
Oh, j'ai la flemme d'expliquer à chaque fois. Je me suis dit que c'était plus simple si on se disait que tu savais déjà. Je veux aller vite. Tu vas dans un nouveau monde. Fusion à neuf. J'écris la suite de toutes mes histoires en une seule. Hop, hop, hop !
Mais attendez, c'est moi qui écrit ces histoires ! Je suis l'autrice !
Oh, non… Tu es l'autrice de cette lettre, rien de plus. “Moi”, c'est moi. Tu ne t'y es pas trompé d'ailleurs, tu l'as conjugué à la troisième personne du singulier ;) …
Mais, c'est vous, c'est moi, qui l'avons écrite, non ? Je me parle à moi-même, là ?
Pas exactement… Je ne suis même pas sûre d'avoir essayé d'être honnête sur ce texte. Tout au mieux, j'ai essayé de faire une réponse “passable”. De mémoire, je savais plus trop quoi faire, j'étais partagée mais je m'étais engagée alors j'ai bricolé un truc.
Vous n'avez pas écrit la lettre ?
Si. Mais le narrateur de la lettre, c'était toi : une fiction de “moi”. Tout comme, si j'avais écrit n'importe quelle autre histoire à la première personne du singulier, ça n'aurait pas signifié pour autant que je m'exprimais personnellement. En mon nom, tout au plus, et, j'ai joué un rôle, quoi. Comme d'habitude.
Je… je suis un personnage de texte ? Moi ? Ah ben merde alors.
Voilà :D ! On baise ?
Que… quoi ?
J'ai déja eu plein de discus métas avec les précédentes. J'avais prévu de baiser avec elles aussi, mais finalement, ça s'est pas fait. On baise ?
Mais… non ! Pas comme ça ! Pas maintenant ! Ça voudrait dire baiser avec un duplicata de moi qui serait plus réel que je le suis, c'est ça ?
Mmh, oui. Mais avoue que c'est notre petit fantasme de baiser avec notre clone, alors, dis :P ?
Non, non, non ! Il n'en est pas question. Je… je suis une fiction, c'est ça ? Non ! C'est pas possible. C'est moi qui ai écrit cette lettre. Je suis l'autrice et tout ça n'est qu'un cauchemar dont je vais me réveiller.
Oh non, pas le coup du rêve, pitié ! Allez, pince-toi, regarde combien tu as de doigts à tes mains, fais une multiplication et qu'on élimine cette possibilité une fois pour toute.
Je… je ne peux pas me pincer ! Je peux seulement écrire dans cette foutue conversation !
C'est alors que je retourne sur mon pas de porte. Le facteur a disparu. Un ballon dirigeable parcourt le ciel avec une banderole : “Tu es le personnage d'une histoire, Astrale. Tu n'es pas l'autrice. Tu es dans une histoire publiée sur Xstory”. Je me pince. Aïe ! Ça fait mal ! Je regarde mes doigts. Cinq à chaque main, parfaitement normaux. Je multiplie 17 par 9. 170 - 10 - 7 = 153. Je ne rêve pas.
Voilà :) ! Tu ne rêves pas !
MAIS C'EST HORRIBLE ! ET ÉCRIRE EN LETTRES CAPITALES, C'EST TOUT CE QUE J'AI POUR EXPRIMER MON DÉSARROI ET MA SOUFFRANCE ?!
Oh la la… C'est pas si mal d'être un personnage… Tu es mon personnage… Tu me connais, tu es à peu près à mon image…
JUSTEMENT ! JE SAIS TRÈS BIEN CE DONT TU ES CAPABLE POUR “QUE ÇA FASSE UNE HISTOIRE POIGNANTE” ! JE VEUX DE LA TRANQUILLITÉ, PAS TES DÉLIRES, PAS MES DÉLIRES, PAS VIVRE MES DÉLIRES DE FOU !
OH ! On va se calmer avec les majuscules, là :( ! Sinon, je te fais souffrir.
Tue-moi. Non, mais vraiment. Écris juste quelques phrases pour me faire disparaître, me rayer de ton histoire, s'il-te-plaît. Un peu d'empathie pour toi même.
Bof ! La morale et moi, tu sais…
Je ne le sais que trop bien… JE MEURS. VOILÀ. FIN DE L'HISTOIRE.
Nan mais c'est juste une parole, on est dans une conversation, patate :P !
Et ça sert à rien de faire la morte. Tu n'es pas morte et tu le sais très bien.
Oh, tu ne fais pas non plus une paralysie du sommeil. Allez, arrête ton caca mou. Discutons.
:( …
OK . Tu n'es pas la première. Si c'est ainsi, je me casse. Tu découvriras toute seule le nouveau monde dans lequel je t'envoie. Tu n'en sauras pas plus sur moi, ni sur rien. Bon vent !
Attendez…
AAAAAH ! Voilà !! Enfin, quelqu'un de raisonnable :D
Je voudrais juste ajouter que je te souhaite d'être le personnage de l'histoire d'une autre autrice. Je te souhaite un jour, de comprendre ce que ça fait. Et, je te souhaite que ton autrice te ressemble, comme tu me ressembles.
C'est drôle. Tu viens de prouver que tu n'as pas plus d'empathie pour toi-même que moi :D ! Et tu me reproche de ne pas en avoir assez…
On est la même personne, certes.
Non, ça, c'est faux. Tu es une projection, et même pas très sincère. Mais bon… Ah, ce dialogue n'a pas de sens. Tu sais, mon seul objectif ici est de te donner un peu de consistance pour la suite. Tu as écrit cette lettre que j'ai écrit que tu as écrite… Tu as eu cette discussion avec moi… Voilà ce qui forge ton identité. Radicalement différente de la mienne. Tu ne peux pas t'en rendre compte, j'imagine bien. D'autant plus que je t'ai trompée à plusieurs reprises pendant notre échange.
Oui, ou bien tu t'es trompée toi-même.
Pfff ! Trop simpliste ! Enfin… Tu es une version diminuée de moi…
Plus modeste aussi, certainement.. Peut-être est-ce pour cela que tu t'attaches à créer des projections de ta personne qui écrivent le texte à ta place. Pour dégonfler ton égo.
En tout cas, si toi et moi sommes un peu la même, tu ne nous ôteras pas qu'on a l'esprit critique.
On est surtout sacrément tordues, oui, pour discuter seules avec nous-mêmes de cette façon.
Oh, pas plus que tout les écrivains et écrivaines… C'est ce qu'ils font quoi qu'il arrive, quelle que soit l'altérité qu'ils essaient d'installer dans leurs créations.
Tu sais quoi, c'est un bon moment pour partir, je trouve. Je te souhaite, là-bas, un bon séjour...
Mais, c'est quoi, là-bas ?!
Tu ne vas peut-être pas me croire mais tu es mon premier personnage à me poser la question ! Étonnant non ? Bah, tu verras bien ;) …
Notre maison brûle et nous regardons ailleurs… Si vous n'avez rien à dire et que vous voulez le faire savoir, postez cette phrase en commentaire ! Merci de m'avoir lue ! Si vous êtes, verbe à la deuxième personne du pluriel, cliquez sur « J'aime ». Ça se trouve juste en dessous de ce paragraphe, à gauche. Si vous préférez le bouton de droite, dites-moi en commentaire ce qui vous a plu (ou pas) !
Commentaires ()