La randonneuse abandonnée
Chapitre 1
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Réel
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

La randonneuse abandonnée — Chapitre 1

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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Pantaï
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La randonneuse abandonnée

Chapitre 1

La randonneuse abandonnée
"La vie de couple est un long fleuve un peu trop tranquille", me dis-je en refermant le coffre de ma voiture. Qu'est-ce qu'on va aller faire dans ce coin tout plat avec notre petit sac borne sur le dos et notre petite laine au cas où ? Il faut que je prenne l'air et que j'aille faire la tête de l'Obiou ou le Grand-Ferrand. J'ai besoin d'oxygène d'urgence ! Je viens d'avoir cinquante et un balais et j'ai l'impression d'être déjà retraité !
— Où va-t-on déjà ?
— Ben... on vient d'en parler ! Ca fait plaisir, je te sens concerné ! répondit ma douce compagne avec une expression de visage peu engageante.
— Ah oui c'est vrai pardon, on va à St Rémy voir le rocher des deux trous !
— Ah quand même ! Parfois je me demande si tu es là ! Tu as un petit sac pour si on trouve des trucs en route ? et l'appareil photo aussi ?
— Oui, j'ai tout ! Au bout de trois ans, je savais ce qu'il ne fallait surtout pas oublier.
De retour de notre balade, j'eus envie d'être seul. Avec ma tisane chaude, je repris mes fiches, mes hors-séries et ma navigation sur mes sites préférés pour trouver une course en montagne ou même un trek.
Un trek est une randonnée pédestre de longue durée et de grande difficulté, en zones sauvages ou difficiles d'accès
Le lendemain matin, mon café à la main, je m'approchai de Betty, penchée sur ses géraniums.
— Je ne partirai pas en vacances avec toi, chez ta mère, lui annonçais-je.
— Tu plaisantes j'espère ! répondit-elle en se relevant, bouche bée, les bras ballants, le sécateur tout juste maintenu par le bout des doigts.
— Non je suis sérieux, j'ai prévu d'aller faire le GR54.
— Pardon ? Mais c'est quoi cette histoire ?
— C'est un projet que j'ai l'intention de réaliser, en autonomie et en solo, sur 15 jours.
Un météorite venait de lui tomber dessus. Il eut l'avantage de ménager une pause respiratoire.
— Et moi dans tout ça ? tu me laisses tomber comme une vieille chaussette ? Ses yeux s'embuèrent. Et nos vacances ? dit-elle tout bas comme si elle se parlait à elle-même, les yeux dans le vague.
— Ecoute, c'est pas la fin du monde. Ces quinze jours prévus seront mis à profit. Rien ne t'empêche d'aller chez ta mère dans l'Allier comme prévu. Je ne suis pas indispensable.
— Mais qu'est-ce qu'elle va penser ?
— Tu lui diras que je suis allé marcher en montagne. Ca n'a rien d'extraordinaire. J'en ai très envie. On se retrouvera fin août.
— J'ai l'impression qu'on s'éloigne toi et moi, dit-elle doucement.
— Physiquement oui, on va s'éloigner... nettement. Pour le reste, nous verrons à notre retour. Ca permettra de faire le point.
Pour une fois, cette expression que je trouvais ridicule, m'arrangeait bien. Je me heurtai également aux réactions désapprobatrices de mon entourage familial. Certains se demandaient pourquoi je n'étais pas comme tout le monde, d'autres allaient chercher dans l'arbre généalogique un aïeul qui aurait pu montrer des signes de démence.
"Tu nous auras tout fait !", entendis-je encore.
Moult arguments me furent présentés avec en tête de gondole, celui de la sécurité. Le fait que j'ai été Chasseur-Alpin pendant quinze ans ou instructeur en alpinisme, ne les rassuraient pas davantage. Ils me chargeaient de toutes leurs peurs. Je me suis souvenu de cet adage trouvé sur le site MUL (marche ultra légère), selon lequel le poids de son sac représente le poids de ses peurs.
Il se trouve également que la météo qui était annoncée dans les Alpes du sud, fin août cette année-là n'était pas très favorable. Ca ne m'arrangeait pas du tout, car c'était un argument de plus au délire mental qui semblait m'affliger. Pourtant, je n'avais pas le choix. Les contraintes professionnelles sont ce qu'elles sont, la seule « fenêtre de tir » étaient les quinze derniers jours d'août. A prendre ou à laisser.
Le 15 août au matin, je regardais défiler le paysage par la vitre de l'autocar. Mon sac à mes côtés avait la couleur de la tranquillité, de la paix et du calme. Le siège sur lequel j'étais assis avait le confort du soulagement.
Arrivé à Le Bourg d'Oisans, point de départ de mon GR, je m'arrêtai dans un café-snack-restaurant sur la place de la Poste, pour boire une bière et m'acheter un énorme sandwich. Ce sera sans doute les derniers avant longtemps ! pensais-je. Le patron, très convivial, produit un long sifflement admiratif lorsque je lui parlai de mon projet. Il y voyait une contrainte physique et mentale folle, tandis que pour moi c'était au contraire synonyme de libération et de repos de l'esprit. Ce décalage était très amusant.
Je partis enfin, sur les sentiers balisés, mon sac bleu désormais attaché à ma personne. Mes bivouacs au bord des points d'eau me délivraient la plénitude dont j'avais besoin. Bien sûr, mes chaussettes mises à sécher étaient gelées au petit matin, mais le café chaud réconfortait tout mon être. Je marchais au fil des jours, à mon rythme, c'est-à-dire de manière enlevée, accumulant de gros dénivelés. Je redonnai à mon cœur et à mes poumons leur raison d'être. L'air pur imprégnait toutes mes cellules. Je m'arrêtais dans les coins de montagne qui m'appelaient. Les crépuscules éteignaient doucement la lumière des journées. Je repartais le lendemain lorsqu'il me plaisait de le faire, souvent tôt. Quand il était là, le soleil montait avec moi, comme un compagnon de route. Après une pluie, son premier rayon était une main amicale qui se posait sur mon épaule. Fourmi dans l'immensité, je savourais ma petitesse, la simplicité de ma nouvelle vie. Les humains ne me manquaient pas. J'achetais quelque nourriture, m'informais de la météo et repartais sur mon itinéraire.
Ma vie devenait sommaire et je trouvais cela très reposant. Mes questions étaient essentielles : où manger ? où dormir ? que voir ? par où passer ? J'étais frugal, abreuvé de nature. La nuit sous mon tarp
Un tarp est une bâche de bivouac légère et facile à installer, utilisée pour créer un abri temporaire
, je savourais ma chance tandis qu'autour de moi, murmurait le monde animal.
Un soir, je décidai de m'arrêter dans un gîte à Vallouise, pour passer une nuit au sec et profiter d'un bon repas chaud. La météo était désastreuse. La pluie et le froid se disputaient la première place. Le lendemain, il fallait franchir le col de l'Aup Martin qui culmine à 2761 mètres. Après un bon repas roboratif, je calculai les écarts de températures pour déterminer le taux d'enneigement du col, évaluai le dénivelé, déterminai le format de la journée du lendemain. Je conclus que l'étape était faisable sans trop de difficultés.
Le lendemain vers 8h, par une pluie battante, je repris mon chemin sous la capuche de ma veste étanche. Arrivé au pied de la montagne, au moment d'entamer l'ascension vers le col, j'entendis le « zip » caractéristique d'une fermeture éclair. Sur ma droite, une pauvre petite tente détrempée était posée dans la boue. Sa toile était luisante et creusée par le poids de l'eau. De cet abri misérable sortit une tête blonde :
— Monsieur ! vous montez au col ?
— Oui.
— Avec tout ce qui tombe, il doit y avoir de la neige. Vous pensez que c'est franchissable ?
— Sur la base de 5,5°C en moins par tranche de 1000 mètres, je pense qu'il y aura de la neige, mais pas suffisamment pour empêcher le passage.
— Ah ! … vous y allez donc !
Le jeune homme me demanda si je pouvais les attendre. Je compris qu'il était avec quelqu'un et qu'ils seraient rassurés de faire ce chemin avec moi. En dépit du fait qu'il me fallait rester statique sous la pluie, j'acceptai.
Vincent et Florence avaient la petite trentaine. Ils étaient sympathiques. Je ralentis mon rythme et nous grimpâmes à l'assaut du col, point de passage le plus élevé du GR. J'appris qu'ils venaient de Grenoble où ils vivaient en couple depuis 3 ans. Ils étaient tous deux amateurs de randonnées mais pas habitués aux treks.
Nous franchîmes ainsi le col. Je formai de petites marches dans la neige de manière à faciliter leur progression. La descente sur l'autre versant nous menait au Pré de la Chaumette où j'avais l'intention de m'arrêter pour installer mon bivouac. Mes compagnons de route, me demandèrent très civilement s'ils pouvaient m'accompagner jusque-là, ce que j'acceptai bien volontiers.
Arrivés sur place, sur le plat herbeux à proximité du refuge éponyme, j'installai mon bivouac et vaquai à mes occupations logistiques. Mes nouveaux amis, installèrent tant bien que mal leur tente trempée qui devait peser le poids d'un âne mort. Heureusement la météo dans cette vallée s'annonçait plus clémente. Ils purent mettre à sécher ce qui était mouillé, c'est à dire : tout.
Nous passâmes la soirée à discuter. Ils se montraient friands de conseils.
— Vous en avez fait beaucoup des treks comme celui-ci ?
— Quelques uns oui. Parfois à pied, parfois à vélo, parfois à cheval, parfois à ski.
— A ski ?
— Oui, notamment la fameuse route Chamonix-Zermatt, qui se fait en ski de randonnée.
— Vous devez connaître plein de petits trucs pour faciliter la vie au fil des jours, non ?
Je leur expliquai avec démonstrations à l'appui, comment conserver ses affaires au sec, comment composer son sac et autres petits trucs de trekkeur. Nous décidâmes de nous tutoyer.
Florence, petite brune énergique et souriante, me questionnait beaucoup. Elle parlait aussi d'elle, de ses expériences sportives, de sa vie.
— Je travaille dans un magasin de sport. J'adore le sport, tous les sports surtout les sports de montagne. Ca me plairait de faire des choses comme toi !
Intéressée, elle me questionnait sur mes expériences et appréciait les anecdotes baroques. Nous discutâmes longuement. Vincent se montrait moins loquace et de plus en plus ombrageux.
— Je suis sûr que tu en rajoutes un peu non ?
— Pourquoi tu dis-ça ? coupa Florence.
— Attend, ne me dis pas que tu crois à cette histoire de patous qui se couchent sur le dos quand même !
— Bon… je vais me coucher, dormez-bien et à demain, répondis-je. Je me levai et rassemblai mes affaires avant d'entrer dans mon petit nid douillet.
Le lendemain matin, au lever du jour, je préparai mon café et repliai rapidement mes affaires. Je n'avais pas envie de traîner. Personne ne bougeait. Je pris le temps de profiter de la journée naissante dans la profondeur du silence. La vapeur de mon souffle donnait un aspect mystérieux à l'ambiance générale. Mes mains enveloppant la chaleur du gobelet, je dégustai l'apparition du soleil.
Il ne s'écoula que quelques minutes avant que j'entendisse le zip de la tente. « Mince, ils se réveillent » pensais-je. Florence sortit sa tête ensommeillée. Elle m'adressa un sourire et un bonjour guilleret. Elle me faisait penser à une petite bergeronnette au printemps, qui sautille gracieusement dans les prés. Sa tête disparut promptement pour aller bousculer Vincent qui n'était manifestement pas du matin.
— Bonne journée à vous, lançai-je à leur adresse, en mettant mon sac sur le dos.
— Salut ! répondit Vincent du fond de sa tente.
Désireux de retrouver le calme précieux des premiers jours, je m'éloignai rapidement. J'eus l'impression d'avoir été un peu sec, surtout vis à vis de Florence, qui était charmante après tout. « Mais on est tellement mieux tout seul » pensais-je en souriant intérieurement. J'avais prévu une petite étape avec l'idée d'arriver tôt dans l'après-midi et de me poser dans le bain moussant de la prairie alpine. Arrivé au lac de Vallonpierre, je découvris un autre site exceptionnel. L'endroit était digne d'une carte postale avec ses deux petits refuges en pierre au bord d'un lac. Celui-ci rendait une image en double inversé qui multipliait les contrastes et les couleurs. Il y avait un peu de monde autour des refuges. Je choisis un emplacement à l'écart, en arrière du lac, sur une zone plate entre de gros rochers. Le point de vue était admirable. Je voyais au loin des randonneurs et percevais à peine leur voix. Ces petits insectes qui s'agitaient dans cet immense décor avaient quelque chose d'amusant. Une fois débarrassé de mes contraintes logistiques, je m'offris le luxe suprême de m'allonger dans l'herbe, au soleil, laissant mon esprit voleter librement parmi les choucas
Les « choucas » en réalité chocards à bec jaune sont des passereaux noirs de taille moyenne, très présents en montagne. Virtuoses du vol et des manœuvres aérienne, ils se retrouvent fréquemment dans la symbolique des montagnards
. L'envie de me remettre au parapente, me prit.
Lorsque le soleil se glissa derrière les pans de montagne, la température chuta immédiatement. Sur le petit chemin qui bordait le lac, entre les refuges et mon emplacement, je vis se profiler deux silhouettes à l'allure familière. « Ca y est, les revoilà ! ». Le jeune couple ne me lâchait plus. J'envisageais de doubler l'étape suivante pour les distancer une bonne fois pour toute. Florence marchait devant et par moments, se retournait vers Vincent pour l'attendre ou lui signifier quelque chose.
Arrivés à ma hauteur, je compris tout de suite que ma tranquillité allait prendre fin. Ceci était d'autant plus évident qu'ils paraissaient grognons.
— Philippe, franchement depuis combien de temps es-tu arrivé ? demanda Florence, tout de go.
— Depuis trois petites heures, pourquoi ?
— Parce que nous on traîne et maintenant on a même plus le temps de faire sécher au soleil nos affaires.
— C'est sûr qu'il vaut mieux partir tôt et arriver tôt.
— Tu vois ? adressa-t-elle vivement à Vincent.
— De toute façon tout ce que dit môssieu Philippe, c'est parole d'évangile, répondit celui-ci mollement.
— Quoi ?? rétorqua-t-elle sèchement.
A cet instant, je me dis que si ses yeux avaient lancé des flammes, l'infortuné Vincent serait une torche humaine.
Je m'employai à calmer leurs joutes verbales pour les inciter à monter leur bivouac pendant qu'on y voyait encore. Ils le firent de mauvaise grâce. Je leur proposai mon aide mais Vincent la déclina. Dans un chaos de bruits variés et d'interjections, ils montèrent leur tente juste à côté de moi. La zone plate n'était en effet pas très large. J'envisageai moyennement bien le déroulé de la soirée.
— Si vous voulez, je démonte mon bivouac et je vais chercher un peu plus loin. J'aimerais bien être au calme et je veux pas être à l'origine d'un conflit entre vous.
— Il n'en est pas question Philippe. C'est nous qui sommes arrivés après toi, s'il le faut c'est nous qui allons démonter et remonter notre tente plus loin, répondit vivement Florence.
— Hein ? il faut qu'on démonte alors qu'on vient à peine de l'installer ? non mais ça va pas la tête ? intervint Vincent qui avait déjà déroulé son duvet et éparpillé ses affaires.
— Non ne bougez pas, c'est pas grave et il est tard. Je vais me faire à manger et me coucher tôt parce que demain l'étape est conséquente, répondis-je.
Compréhensifs, ils s'apaisèrent. Vincent se mura dans un mutisme à peine interrompu pas quelques acquiescements. Florence, accroupie sur un caillou mangeait en silence son Chili con carne. Nos regards se croisèrent et je la vis lever les yeux au ciel. Sa présence était palpable. Par moment nous nous regardions timidement. Puis elle chuchota quelques mots à mon adresse.
— Demain c'est costaud alors ?
— Ca dépend où vous voulez vous arrêter. En ce qui me concerne, j'ai pas l'intention de m'arrêter dans la vallée mais de continuer en direction du prochain col pour me trouver un petit coin tranquille. Ca devrait facilement faire 1600 m de dénivelé positif.
A la lueur des étoiles que le ciel libérait peu à peu, je devinais sa silhouette. On aurait dit un décor en carton pâte. Sa voix était douce et flûtée. Son ombre se retournait parfois pour contrôler la présence de Vincent, allongé invisible à l'arrière. Nos phrases étaient rares et sur la retenue.
Il ne fallait pas prolonger la soirée. Bien qu'il fût encore tôt, je me levai donc et allai me coucher, bien décidé à les semer demain.
Le lendemain, je fus très discret dans mes préparatifs de départ. Peine perdue. Florence avait compris la leçon et avait mis son réveil. Mon bivouac plié bien avant leur tente, mon café bu bien avant que leurs affaires fussent rassemblées, je fis un signe à Florence pour lui dire que je partais. Accroupie sur son duvet en boule qu'elle essayait de rentrer dans son sac, elle me regarda, sans un mot. J'eus du mal à soutenir son regard. Par faiblesse je dis :
— Vous allez jusqu'à La Chapelle, je suppose ?
— Oui.
— Tu veux que je vous attende ?
— Non, non… vas-y, on va te retarder, dit-elle en haussant les épaules.
— De toute façon à la descente, je n'avance pas plus vite. Allez vous êtes bientôt prêts, je vous attends.
Nous fîmes route ensemble dans la descente qui nous menait vers le Valgaudemar. Je connaissais bien cette vallée et j'eus plaisir à retrouver les images de mes souvenirs. Après la partie la plus raide, nous longeâmes la Séveraisse, petit cours d'eau qu'il fallait suivre pour arriver au village de La Chapelle. Cette portion était propice aux échanges et Florence qui aimait converser, papotait avec moi. En arrivant dans la localité nous nous dirigeâmes vers l'épicerie du village pour faire des emplettes, comme chaque fois qu'une agglomération était traversée. J'avais prévu 2 à 3 jours de marche avant d'arriver à Le Bourg d'Oisans et boucler la boucle. Il me fallait donc un approvisionnement sur cette base.
Dans l'épicerie, nous parcourûmes les rayons pendant que Vincent gardait nos sacs à l'extérieur. En jetant un coup d'œil au travers de la vitrine, je le vis téléphoner. Florence me questionnait sur les produits à privilégier. Nous prîmes le temps de lire les petits caractères de chaque produit pour examiner le ratio poids/valeur nutritionnelle. Cet exercice ophtalmique rapprochait nos joues et nos index.
Nous sortîmes du commerce, satisfaits de nos trouvailles. Vincent, la mine grave déclara :
— J'arrête ici !
— Pardon ? dit Florence, bouche bée.
— J'abandonne !
— Quoi ? après douze jours de marche, tu voudrais qu'on abandonne aussi près de l'arrivée ? C'est pas un peu absurde ? réagit Florence.
— Toi tu fais ce que tu veux. Moi, je pars. Je me sens de trop et j'en ai marre de ton comportement d'adjudant-chef ! assena-t-il.
Mal à l'aise, je m'éloignai pour ne pas les entendre ressortir leurs vieux dossiers. Malgré cela, le ton montait et les habitants de cette petite bourgade furent rapidement informés des détails de leur vie intime. La situation devint pénible. Décidé à passer mon chemin, je mis mon sac sur le dos et m'éloignai de ce tintamarre. Dans ma précipitation, je pris la mauvaise ruelle et dû demander mon chemin. Mis sur le bon axe, je marchai sans me retourner lorsque je vis passer Vincent, dépenaillé, qui d'un pas précipité sur ruait vers l'arrêt de bus de la petite place centrale. Les portes se refermèrent sur lui dans un bruit d'air décomprimé. Les volutes de la fumée noire du démarrage, marquèrent sa disparition.
Que faire ? Je finis par rebrousser chemin. Florence était toujours assise devant l'épicerie, immobile, la main en visière devant ses yeux, son sac ouvert à ses pieds.
Je m'approchai d'elle.
— Ca va Florence ? dis-je doucement.
Elle leva des yeux mouillés vers moi. Des larmes à moitié essuyées maculaient ses tempes.
— Ben j'ai déjà été mieux mais... oui ça va.
Son visage, bien que bouleversé, était très beau. Je m'assis sur le rebord de la vitrine à côté d'elle. Nous restâmes silencieux. Puis elle partit dans un monologue qui semblait n'être destiné qu'à elle-même. Je la laissai s'alléger car un cœur lourd est plus pesant qu'un sac à dos. Un peu gêné, je restai muet. Au bout d'un long moment, elle leva la tête et me regarda droit dans les yeux :
— Bon, on y va ?
Mon GR prenait une tournure qui ne me plaisait pas. Cette situation était contrariante. Je n'aspirais qu'à la solitude et j'étais mêlé à une histoire de couple, comme si je n'avais pas assez de la mienne. Je ne sus pas comment agir vis-à-vis d'elle. Mais je me voyais mal, la planter là, toute seule, abandonnée.
Nous partîmes doucement vers Villar-Loubière, sur un faux-plat descendant. Après ce village, lorsque le sentier se redressa en lacets, sur une pente plus conséquente, je constatai que Florence restait sur mes talons. Elle était énergique. Avec fort peu de galanterie, je pris peu à peu mon rythme de marche. Florence courait presque mais suivait. J'étais surpris par sa condition physique. A ce rythme, il n'était pas possible de parler... et c'était bien.
Arrivés sur un petit ressaut, un refuge apparu. Nous nous regardâmes et d'un même élan nous décidâmes de nous arrêter boire une bière. J'étais impressionné par cette petite femme tenace. Une veste polaire enfilée et nous trinquâmes à cette sacrée bambée.
— Franchement Florence, tu m'épates, tu as une bonne caisse
Signifie « bonne condition physique » dans le jargon des arpenteurs de cîmes
.
— J'aime ça. J'ai fait pas mal de course à pied, de l'athlétisme aussi… Allez tchin !
Nous goûtâmes au plaisir de l'instant. La vue était aussi délicieuse que l'écoulement de la bière dans mon gosier. Le regard brun rieur de ma jeune compagnonne était fixé sur moi.
— Tu pensais me semer hein ? dit-elle avec un petit air de défi.
Assise de travers sur un banc de bois, le dos appuyé sur le garde-corps, elle me regardait, amusée. Ses jambes tombaient de chaque côté du banc. Avec son regard fixe, ses jambes écartées, elle avait l'allure aguicheuse. L'image me fit frissonner. Je lui souriais tout en soutenant son regard. Un petit fourmillement caractéristique se manifesta dans mon bas-ventre.
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Photo de profil de Exorium
Exorium
4 mai 2025 à 18:40
J'apprécie que votre histoire prenne son temps. Qu'elle pose un contexte avant d'entrer dans le vif du sujet.
Soyez respectueux
Répondre
Utilisateur supprimé
19 avril 2025 à 10:36
J'adore ce début, vivement la suite
Soyez respectueux
Répondre
Phil54780
14 avril 2025 à 19:54
Très bon début... Vivement la suite
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de dromos75
dromos75
7 avril 2025 à 22:32
Très très bon début d’histoire j’ai vraiment adoré ! J’ai très hâte de lire la suite :)
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Lise du sud
Lise du sud
1 avril 2025 à 12:14
sympa, bon début!!
Soyez respectueux
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Photo de profil de plemagne
plemagne
31 mars 2025 à 15:02
Tiens, Sylvain Tesson fait dans l'érotisme ?

Bien sûr, j'ai aimé.
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Jojo33bdx
Jojo33bdx
31 mars 2025 à 10:20
Début d'histoire sympathique. Le treck ne va pas se terminer en solitaire et k
Je parie que la fatigue d'une journée de marche sera vite oubliée dans les bras de Florence !!! Sera t elle aussi sportive et endurante au "lit" que sur les sentiers ?
Soyez respectueux
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