Fiction
Trans & QIA+
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Heels Of Glory — Chapitre 2
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Heels Of Glory
Chapitre 2
2
Hugo jeta sa manette de PS5 sur le canapé. La sonnerie stridente du téléphone vibra à nouveau, troisième attaque en dix minutes. Même numéro inconnu. Des rayures de lumière découpaient le désordre de son salon. Il fixa l'écran qui tremblait sur la table basse, mâchoire serrée.
— Putain, c'est qui encore...
Il laissa sonner, attendant que le silence revienne. Mais à peine quelques secondes plus tard, l'appareil vibra de nouveau. Cette insistance l'intrigua autant qu'elle l'agaça. Il décrocha finalement, la voix rauque.
— Allo ?
— Hugo ? C'est Mina Pernet.
La voix était douce, presque musicale. Hugo fronça les sourcils, cherchant dans sa mémoire où il avait déjà entendu ce nom.
— Je t'ai envoyé un mail hier concernant ta participation à Heels of Glory. Tu l'as reçu ?
Le cœur de Hugo manqua un battement. Ce mail. Celui qu'il avait lu trois fois avant de l'archiver, persuadé qu'il s'agissait d'une arnaque. Celui qui parlait de cette robe rouge, de ce moment avec sa sœur que personne ne pouvait connaître.
— Je... oui, je l'ai reçu.
— Merveilleux. Tu as une voix magnifique, tu sais ? Exactement comme je l'imaginais.
Hugo sentit une chaleur inattendue lui monter aux joues. Il se leva, faisant tomber un emballage de burger sur le sol.
— Comment avez-vous eu mon numéro ? Et mon mail ? Et toutes ces... informations sur moi ?
Un léger rire résonna à l'autre bout de la ligne. Pas moqueur, plutôt complice.
— Je comprends ta méfiance, Hugo. C'est même rassurant. Je serais inquiète si tu ne te posais pas ces questions.
Elle marqua une pause, comme pour lui laisser le temps d'absorber ses paroles.
— Mon travail, c'est de trouver des personnes comme toi. Des âmes authentiques, profondes. Je repère, j'observe, je connecte les points. Ce que tu as partagé sur ce forum, sous le pseudo Azur94... c'était tellement sincère, tellement vrai.
Hugo sentit son estomac se nouer. Il s'assit sur le bord du canapé, le souffle court.
— Vous m'avez espionné ?
— Non, Hugo. Je t'ai trouvé. Il y a une différence.
Le ton était si doux, si assuré que Hugo se surprit à vouloir la croire.
— Écoutez, je ne pense pas participer à votre... truc.
— Tous les participants disent ça au début. Et c'est normal, c'est intimidant.
Hugo entendit un léger bruit métallique, comme si elle déplaçait quelque chose.
— Mais ne veux-tu pas te battre pour t'épanouir ? Qu'est-ce qui te fait peur, exactement ? Que tu sois en tenue féminine ? Les autres hommes le seront aussi. Que tes proches découvrent ton... disons, ton intérêt particulier ?
Hugo serra les dents. Elle touchait exactement là où ça faisait mal.
— Impossible. Nous ne faisons pas de publicité pour attirer de nouveaux spectateurs. Nous avons une base solide et impliquée. Les vidéos ne peuvent pas fuiter, nous avons quelqu'un qui gère spécifiquement ce problème.
Hugo se leva et commença à faire les cent pas dans son petit salon. Les restes de son repas Macdo gisaient encore sur la table, à côté de canettes vides. Il jeta un œil à son reflet dans l'écran noir de la télévision. Cheveux en bataille, t-shirt froissé, joues creusées par la fatigue.
— C'est quoi l'arnaque ? finit-il par demander. Vous allez me demander de l'argent ? Des photos compromettantes ?
Un silence. Puis un soupir, presque triste.
— Hugo, je comprends ta suspicion. Internet est plein de pièges, et tu as raison d'être prudent. Mais Heels of Glory est une télé-réalité unique où les participants ne peuvent pas être éliminés. Si tu veux parler chiffres...
Hugo sentit son cœur accélérer. Voilà, on y était.
— Tu auras un salaire de 3000 euros plus les primes. Tu seras nourri, blanchi et logé.
Hugo s'immobilisa au milieu de la pièce. Trois mille euros ? Plus les primes ? Pour se travestir devant des caméras ? C'était forcément une arnaque. Personne ne payait autant pour ça.
— Hugo, je sais que tu m'écoutes. Tu as peur, car tu as peur de te découvrir toi-même.
Sa voix s'était faite plus basse, presque intime.
— Tu es différent, et cela doit être une force, pas une faiblesse. Si on peut se retrouver au Pain Impérial vers 16 heures, on pourra discuter autour d'un chocolat chaud. Qu'en dis-tu ?
Hugo passa une main dans ses cheveux, tiraillé entre méfiance et curiosité.
— Ouais... peut-être.
— Parfait. Je porterai un tailleur bleu marine et des lunettes rondes. Je serai facile à reconnaître, je me déplace avec une canne.
Hugo fronça les sourcils. Une canne ? Ça semblait un détail trop spécifique pour une arnaque.
— À tout à l'heure, Hugo. Je suis vraiment impatiente de te rencontrer.
Elle raccrocha avant qu'il ne puisse répondre. Hugo resta immobile, le téléphone encore collé à l'oreille, comme s'il attendait qu'elle ajoute quelque chose.
Il jeta l'appareil sur le canapé et se dirigea vers la salle de bain. Le miroir lui renvoya l'image d'un jeune homme pâle, aux yeux cernés, à la barbe de trois jours. Il ouvrit le robinet et s'aspergea le visage d'eau froide.
— C'est n'importe quoi, marmonna-t-il à son reflet. Tu vas pas y aller.
Pourtant, ses mains tremblaient. Il revint dans le salon, ralluma sa console, mais son esprit était ailleurs. Les mots de Mina tournaient en boucle dans sa tête.
Tu es différent, et cela doit être une force.
Il jeta un œil à l'horloge murale. 14h37. S'il voulait y aller, il devait se préparer. Le Pain Impérial était à vingt minutes à pied.
— Putain, mais qu'est-ce que je fous...
Il éteignit la console et se dirigea vers sa chambre. Au fond de son placard, derrière une pile de t-shirts, se trouvait une boîte à chaussures. Il l'ouvrit, comme s'il craignait ce qu'elle contenait. À l'intérieur : un collant en nylon soigneusement plié, une jupe plissée bleu marine, et un bracelet fin en argent. Ses trésors. Ses secrets.
Il referma la boîte d'un geste brusque et la repoussa au fond du placard. Puis il sortit un jean propre et une chemise qu'il n'avait pas portée depuis des mois.
Alors qu'il boutonnait sa chemise, son téléphone vibra à nouveau. Un message cette fois.
J'ai hâte de te rencontrer, Hugo. Tu fais le bon choix.
Comment savait-elle qu'il avait décidé de venir ? Il n'avait rien confirmé. Un frisson lui parcourut l'échine. Cette femme semblait toujours un pas devant lui.
À 15h45, Hugo poussa la porte du Pain Impérial. L'odeur de viennoiseries chaudes et de café l'enveloppa immédiatement. Le café était presque vide à cette heure. Quelques étudiants tapaient sur leurs ordinateurs, un couple de personnes âgées partageait une tarte aux pommes.
Et là, dans le coin le plus éloigné, assise près de la fenêtre, une femme en tailleur bleu marine. Des lunettes rondes encadraient un visage aux traits doux. À côté d'elle, appuyée contre la table, une canne en bois noir verni.
Leurs regards se croisèrent. Elle sourit, et Hugo sentit son cœur s'accélérer. Elle lui fit un petit signe de la main, l'invitant à la rejoindre.
Chaque pas vers elle semblait plus difficile que le précédent. Il s'arrêta devant sa table, les mains moites.
— Hugo, dit-elle simplement. Tu es encore plus beau en vrai.
Sa voix était exactement comme au téléphone. Douce, assurée, presque hypnotique.
— Assied-toi, je t'en prie. J'ai pris la liberté de commander deux chocolats chauds. J'espère que ça te convient ?
Hugo s'assit, évitant son regard.
— Comment vous saviez que je viendrais ?
Mina sourit, ses yeux pétillant derrière ses lunettes.
— Je ne savais pas. J'espérais.
Elle poussa une tasse fumante vers lui.
— Tu sais, Hugo, ce que j'aime le plus dans mon travail, c'est ce moment précis. Quand quelqu'un comme toi, qui a passé sa vie à se cacher, fait ce premier pas. C'est comme voir une fleur s'ouvrir.
Hugo grimaça.
— Je ne suis pas une fleur.
— Non, bien sûr que non. Tu es bien plus complexe, bien plus fascinant.
Elle prit une gorgée de son chocolat, laissant une légère trace de mousse sur sa lèvre supérieure qu'elle essuya délicatement avec sa serviette.
— Laisse-moi te parler franchement de Heels of Glory. Ce n'est pas juste une émission où des hommes se travestissent pour le spectacle. C'est un espace de liberté, de découverte. Un lieu où tu pourras explorer cette part de toi-même que tu caches depuis si longtemps.
Hugo jeta un regard nerveux autour de lui, craignant que quelqu'un puisse les entendre.
— Comment vous pouvez savoir tout ça sur moi ? C'est flippant.
Mina posa sa tasse et le regarda droit dans les yeux.
— Je t'ai trouvé sur ce forum, oui. Mais ce que j'ai lu... Hugo, c'était comme si tu criais dans le noir, espérant que quelqu'un t'entende. Et je t'ai entendu.
Elle sortit une tablette de son sac et la fit glisser vers lui.
— Regarde. Voici les témoignages de nos précédents participants.
Hugo prit l'appareil avec hésitation. L'écran montrait des visages d'hommes, souriants, confiants. Certains en tenue féminine élégante, d'autres en vêtements masculins classiques. Tous semblaient... heureux.
— C'est facile de trouver des photos, marmonna-t-il. Ça prouve rien.
— Tu as raison. Les preuves viendront plus tard. Pour l'instant, je te demande juste de m'écouter.
Elle se pencha légèrement vers lui, sa voix se faisant plus basse.
— Hugo, tu passes tes journées enfermé dans un appartement qui ressemble plus à une prison qu'à un foyer. Tu enchaînes les missions d'intérim sans passion. Tu te caches de ta famille, de tes amis, de toi-même.
Chaque mot était comme un coup de poignard. Comment pouvait-elle savoir ?
— Et la nuit, quand personne ne te voit, tu sors cette boîte de ton placard. Tu touches ces tissus, tu imagines une autre vie. Une vie où tu pourrais être toi-même, sans honte, sans peur.
Hugo sentit sa gorge se serrer. Il voulait se lever, partir en courant. Mais quelque chose le retenait. La vérité, peut-être.
— Je ne suis pas... comme ça. Je ne suis pas...
— Un travesti ? compléta doucement Mina. Non, tu ne l'es peut-être pas. Ou peut-être que si. Ou peut-être es-tu quelque chose d'autre, quelque chose qui n'a pas encore de nom. C'est justement ce que tu pourrais découvrir.
Elle sortit une enveloppe de son sac et la posa sur la table.
— Voici un contrat. Lis-le attentivement. Fais-le vérifier par un avocat si tu veux. Tu y trouveras tous les détails : le salaire, les conditions, les protections légales.
Hugo fixa l'enveloppe comme si elle contenait quelque chose de dangereux.
— Pourquoi moi ?
Mina sourit, un sourire si sincère qu'il en fut presque ébloui.
— Parce que tu as cette lumière en toi, Hugo. Cette vérité qui attend d'éclater. Et je crois que le monde a besoin de la voir.
Elle se leva lentement, s'appuyant sur sa canne.
— Je te laisse réfléchir. Tu as mon numéro. Appelle-moi quand tu seras prêt.
Elle sortit de son sac une pochette en kraft, simple, élégante, avec ces seuls mots imprimés en lettres noires, sobres : Heels of Glory.
— Avant que je parte, j'ai quelque chose pour toi.
Elle tendit doucement le sac à Hugo. Il le regarda comme s'il contenait un serpent endormi.
— Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il, la voix plus tendue qu'il ne l'aurait voulu.
— Rien de dangereux, je te le promets, répondit-elle avec un sourire apaisant. Ce n'est pas un piège, ni un test. Juste... un geste. Un cadeau.
— Un cadeau ?
Il n'avait pas pu empêcher le doute de percer dans son ton. Il saisit la pochette à deux mains, avec la même précaution qu'on accorde à une chose fragile ou chargée.
— Ouvre-le chez toi, ajouta Mina doucement. Pas ici. Prends ton temps. Je pense sincèrement que ça va te faire du bien. Ce n'est pas anodin. C'est quelque chose que j'aurais aimé qu'on m'offre à un moment de ma vie.
Hugo resta silencieux, son pouce caressant machinalement le papier légèrement rugueux. Une chaleur étrange montait dans sa poitrine, un mélange d'appréhension et de curiosité.
— Je... Merci, dit-il finalement.
Mina inclina la tête, ses yeux brillants de bienveillance.
— Fais-moi confiance. Même juste un peu. Ce que contient ce sac, Hugo, ce n'est pas un objet. C'est une permission. Et elle t'appartient.
Elle posa sa main sur son épaule, une pression légère mais réconfortante.
— Et Hugo ? Quoi que tu décides, sache que tu es déjà plus courageux que tu ne le crois.
Elle s'éloigna, sa canne claquant sur le sol du café. Hugo resta immobile, les yeux fixés sur l'enveloppe.
Dehors, la pluie commençait à tomber.
— Putain, c'est qui encore...
Il laissa sonner, attendant que le silence revienne. Mais à peine quelques secondes plus tard, l'appareil vibra de nouveau. Cette insistance l'intrigua autant qu'elle l'agaça. Il décrocha finalement, la voix rauque.
— Allo ?
— Hugo ? C'est Mina Pernet.
La voix était douce, presque musicale. Hugo fronça les sourcils, cherchant dans sa mémoire où il avait déjà entendu ce nom.
— Je t'ai envoyé un mail hier concernant ta participation à Heels of Glory. Tu l'as reçu ?
Le cœur de Hugo manqua un battement. Ce mail. Celui qu'il avait lu trois fois avant de l'archiver, persuadé qu'il s'agissait d'une arnaque. Celui qui parlait de cette robe rouge, de ce moment avec sa sœur que personne ne pouvait connaître.
— Je... oui, je l'ai reçu.
— Merveilleux. Tu as une voix magnifique, tu sais ? Exactement comme je l'imaginais.
Hugo sentit une chaleur inattendue lui monter aux joues. Il se leva, faisant tomber un emballage de burger sur le sol.
— Comment avez-vous eu mon numéro ? Et mon mail ? Et toutes ces... informations sur moi ?
Un léger rire résonna à l'autre bout de la ligne. Pas moqueur, plutôt complice.
— Je comprends ta méfiance, Hugo. C'est même rassurant. Je serais inquiète si tu ne te posais pas ces questions.
Elle marqua une pause, comme pour lui laisser le temps d'absorber ses paroles.
— Mon travail, c'est de trouver des personnes comme toi. Des âmes authentiques, profondes. Je repère, j'observe, je connecte les points. Ce que tu as partagé sur ce forum, sous le pseudo Azur94... c'était tellement sincère, tellement vrai.
Hugo sentit son estomac se nouer. Il s'assit sur le bord du canapé, le souffle court.
— Vous m'avez espionné ?
— Non, Hugo. Je t'ai trouvé. Il y a une différence.
Le ton était si doux, si assuré que Hugo se surprit à vouloir la croire.
— Écoutez, je ne pense pas participer à votre... truc.
— Tous les participants disent ça au début. Et c'est normal, c'est intimidant.
Hugo entendit un léger bruit métallique, comme si elle déplaçait quelque chose.
— Mais ne veux-tu pas te battre pour t'épanouir ? Qu'est-ce qui te fait peur, exactement ? Que tu sois en tenue féminine ? Les autres hommes le seront aussi. Que tes proches découvrent ton... disons, ton intérêt particulier ?
Hugo serra les dents. Elle touchait exactement là où ça faisait mal.
— Impossible. Nous ne faisons pas de publicité pour attirer de nouveaux spectateurs. Nous avons une base solide et impliquée. Les vidéos ne peuvent pas fuiter, nous avons quelqu'un qui gère spécifiquement ce problème.
Hugo se leva et commença à faire les cent pas dans son petit salon. Les restes de son repas Macdo gisaient encore sur la table, à côté de canettes vides. Il jeta un œil à son reflet dans l'écran noir de la télévision. Cheveux en bataille, t-shirt froissé, joues creusées par la fatigue.
— C'est quoi l'arnaque ? finit-il par demander. Vous allez me demander de l'argent ? Des photos compromettantes ?
Un silence. Puis un soupir, presque triste.
— Hugo, je comprends ta suspicion. Internet est plein de pièges, et tu as raison d'être prudent. Mais Heels of Glory est une télé-réalité unique où les participants ne peuvent pas être éliminés. Si tu veux parler chiffres...
Hugo sentit son cœur accélérer. Voilà, on y était.
— Tu auras un salaire de 3000 euros plus les primes. Tu seras nourri, blanchi et logé.
Hugo s'immobilisa au milieu de la pièce. Trois mille euros ? Plus les primes ? Pour se travestir devant des caméras ? C'était forcément une arnaque. Personne ne payait autant pour ça.
— Hugo, je sais que tu m'écoutes. Tu as peur, car tu as peur de te découvrir toi-même.
Sa voix s'était faite plus basse, presque intime.
— Tu es différent, et cela doit être une force, pas une faiblesse. Si on peut se retrouver au Pain Impérial vers 16 heures, on pourra discuter autour d'un chocolat chaud. Qu'en dis-tu ?
Hugo passa une main dans ses cheveux, tiraillé entre méfiance et curiosité.
— Ouais... peut-être.
— Parfait. Je porterai un tailleur bleu marine et des lunettes rondes. Je serai facile à reconnaître, je me déplace avec une canne.
Hugo fronça les sourcils. Une canne ? Ça semblait un détail trop spécifique pour une arnaque.
— À tout à l'heure, Hugo. Je suis vraiment impatiente de te rencontrer.
Elle raccrocha avant qu'il ne puisse répondre. Hugo resta immobile, le téléphone encore collé à l'oreille, comme s'il attendait qu'elle ajoute quelque chose.
Il jeta l'appareil sur le canapé et se dirigea vers la salle de bain. Le miroir lui renvoya l'image d'un jeune homme pâle, aux yeux cernés, à la barbe de trois jours. Il ouvrit le robinet et s'aspergea le visage d'eau froide.
— C'est n'importe quoi, marmonna-t-il à son reflet. Tu vas pas y aller.
Pourtant, ses mains tremblaient. Il revint dans le salon, ralluma sa console, mais son esprit était ailleurs. Les mots de Mina tournaient en boucle dans sa tête.
Tu es différent, et cela doit être une force.
Il jeta un œil à l'horloge murale. 14h37. S'il voulait y aller, il devait se préparer. Le Pain Impérial était à vingt minutes à pied.
— Putain, mais qu'est-ce que je fous...
Il éteignit la console et se dirigea vers sa chambre. Au fond de son placard, derrière une pile de t-shirts, se trouvait une boîte à chaussures. Il l'ouvrit, comme s'il craignait ce qu'elle contenait. À l'intérieur : un collant en nylon soigneusement plié, une jupe plissée bleu marine, et un bracelet fin en argent. Ses trésors. Ses secrets.
Il referma la boîte d'un geste brusque et la repoussa au fond du placard. Puis il sortit un jean propre et une chemise qu'il n'avait pas portée depuis des mois.
Alors qu'il boutonnait sa chemise, son téléphone vibra à nouveau. Un message cette fois.
J'ai hâte de te rencontrer, Hugo. Tu fais le bon choix.
Comment savait-elle qu'il avait décidé de venir ? Il n'avait rien confirmé. Un frisson lui parcourut l'échine. Cette femme semblait toujours un pas devant lui.
À 15h45, Hugo poussa la porte du Pain Impérial. L'odeur de viennoiseries chaudes et de café l'enveloppa immédiatement. Le café était presque vide à cette heure. Quelques étudiants tapaient sur leurs ordinateurs, un couple de personnes âgées partageait une tarte aux pommes.
Et là, dans le coin le plus éloigné, assise près de la fenêtre, une femme en tailleur bleu marine. Des lunettes rondes encadraient un visage aux traits doux. À côté d'elle, appuyée contre la table, une canne en bois noir verni.
Leurs regards se croisèrent. Elle sourit, et Hugo sentit son cœur s'accélérer. Elle lui fit un petit signe de la main, l'invitant à la rejoindre.
Chaque pas vers elle semblait plus difficile que le précédent. Il s'arrêta devant sa table, les mains moites.
— Hugo, dit-elle simplement. Tu es encore plus beau en vrai.
Sa voix était exactement comme au téléphone. Douce, assurée, presque hypnotique.
— Assied-toi, je t'en prie. J'ai pris la liberté de commander deux chocolats chauds. J'espère que ça te convient ?
Hugo s'assit, évitant son regard.
— Comment vous saviez que je viendrais ?
Mina sourit, ses yeux pétillant derrière ses lunettes.
— Je ne savais pas. J'espérais.
Elle poussa une tasse fumante vers lui.
— Tu sais, Hugo, ce que j'aime le plus dans mon travail, c'est ce moment précis. Quand quelqu'un comme toi, qui a passé sa vie à se cacher, fait ce premier pas. C'est comme voir une fleur s'ouvrir.
Hugo grimaça.
— Je ne suis pas une fleur.
— Non, bien sûr que non. Tu es bien plus complexe, bien plus fascinant.
Elle prit une gorgée de son chocolat, laissant une légère trace de mousse sur sa lèvre supérieure qu'elle essuya délicatement avec sa serviette.
— Laisse-moi te parler franchement de Heels of Glory. Ce n'est pas juste une émission où des hommes se travestissent pour le spectacle. C'est un espace de liberté, de découverte. Un lieu où tu pourras explorer cette part de toi-même que tu caches depuis si longtemps.
Hugo jeta un regard nerveux autour de lui, craignant que quelqu'un puisse les entendre.
— Comment vous pouvez savoir tout ça sur moi ? C'est flippant.
Mina posa sa tasse et le regarda droit dans les yeux.
— Je t'ai trouvé sur ce forum, oui. Mais ce que j'ai lu... Hugo, c'était comme si tu criais dans le noir, espérant que quelqu'un t'entende. Et je t'ai entendu.
Elle sortit une tablette de son sac et la fit glisser vers lui.
— Regarde. Voici les témoignages de nos précédents participants.
Hugo prit l'appareil avec hésitation. L'écran montrait des visages d'hommes, souriants, confiants. Certains en tenue féminine élégante, d'autres en vêtements masculins classiques. Tous semblaient... heureux.
— C'est facile de trouver des photos, marmonna-t-il. Ça prouve rien.
— Tu as raison. Les preuves viendront plus tard. Pour l'instant, je te demande juste de m'écouter.
Elle se pencha légèrement vers lui, sa voix se faisant plus basse.
— Hugo, tu passes tes journées enfermé dans un appartement qui ressemble plus à une prison qu'à un foyer. Tu enchaînes les missions d'intérim sans passion. Tu te caches de ta famille, de tes amis, de toi-même.
Chaque mot était comme un coup de poignard. Comment pouvait-elle savoir ?
— Et la nuit, quand personne ne te voit, tu sors cette boîte de ton placard. Tu touches ces tissus, tu imagines une autre vie. Une vie où tu pourrais être toi-même, sans honte, sans peur.
Hugo sentit sa gorge se serrer. Il voulait se lever, partir en courant. Mais quelque chose le retenait. La vérité, peut-être.
— Je ne suis pas... comme ça. Je ne suis pas...
— Un travesti ? compléta doucement Mina. Non, tu ne l'es peut-être pas. Ou peut-être que si. Ou peut-être es-tu quelque chose d'autre, quelque chose qui n'a pas encore de nom. C'est justement ce que tu pourrais découvrir.
Elle sortit une enveloppe de son sac et la posa sur la table.
— Voici un contrat. Lis-le attentivement. Fais-le vérifier par un avocat si tu veux. Tu y trouveras tous les détails : le salaire, les conditions, les protections légales.
Hugo fixa l'enveloppe comme si elle contenait quelque chose de dangereux.
— Pourquoi moi ?
Mina sourit, un sourire si sincère qu'il en fut presque ébloui.
— Parce que tu as cette lumière en toi, Hugo. Cette vérité qui attend d'éclater. Et je crois que le monde a besoin de la voir.
Elle se leva lentement, s'appuyant sur sa canne.
— Je te laisse réfléchir. Tu as mon numéro. Appelle-moi quand tu seras prêt.
Elle sortit de son sac une pochette en kraft, simple, élégante, avec ces seuls mots imprimés en lettres noires, sobres : Heels of Glory.
— Avant que je parte, j'ai quelque chose pour toi.
Elle tendit doucement le sac à Hugo. Il le regarda comme s'il contenait un serpent endormi.
— Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-il, la voix plus tendue qu'il ne l'aurait voulu.
— Rien de dangereux, je te le promets, répondit-elle avec un sourire apaisant. Ce n'est pas un piège, ni un test. Juste... un geste. Un cadeau.
— Un cadeau ?
Il n'avait pas pu empêcher le doute de percer dans son ton. Il saisit la pochette à deux mains, avec la même précaution qu'on accorde à une chose fragile ou chargée.
— Ouvre-le chez toi, ajouta Mina doucement. Pas ici. Prends ton temps. Je pense sincèrement que ça va te faire du bien. Ce n'est pas anodin. C'est quelque chose que j'aurais aimé qu'on m'offre à un moment de ma vie.
Hugo resta silencieux, son pouce caressant machinalement le papier légèrement rugueux. Une chaleur étrange montait dans sa poitrine, un mélange d'appréhension et de curiosité.
— Je... Merci, dit-il finalement.
Mina inclina la tête, ses yeux brillants de bienveillance.
— Fais-moi confiance. Même juste un peu. Ce que contient ce sac, Hugo, ce n'est pas un objet. C'est une permission. Et elle t'appartient.
Elle posa sa main sur son épaule, une pression légère mais réconfortante.
— Et Hugo ? Quoi que tu décides, sache que tu es déjà plus courageux que tu ne le crois.
Elle s'éloigna, sa canne claquant sur le sol du café. Hugo resta immobile, les yeux fixés sur l'enveloppe.
Dehors, la pluie commençait à tomber.
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