Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Sakyna, étudiante modèle — Chapitre 1 · Fin de soirée
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Sakyna, étudiante modèle
Chapitre 1 · Fin de soirée
— « Annulé » ? Comment ça « annulé » ?
Les larmes de Sakyna lui montaient aux yeux. Face à l'embarras de Monsieur Ruben, son professeur principal, qui venait de lui apprendre l'annulation de son stage, les émotions assaillaient la jeune étudiante. Elle ne pouvait y croire ! Une annulation, à la dernière minute ! Son cœur se serra aussitôt.
— Ça veut dire quoi, « ils annulent » ?
Le professeur bafouilla une explication :
— La DRH d'EliteAssur a téléphoné au lycée ce matin… Ils ne peuvent plus accueillir les stagiaires pour lesquels ils s'étaient engagés.
— Quoi ? Mais... pourquoi ?
— Redressement judiciaire. C'est tombé avant-hier. Ils ne savent même pas s'ils vont passer la semaine. Ils doivent suspendre tous les contrats non essentiels. Alors tu penses bien que les stagiaires de BTS, c'est ce qu'ils ont sacrifié en urgence…
Sakyna sentit le sol se dérober sous ses pieds. Le stage commençait dans trois jours ! Elle avait déjà repéré l'itinéraire en bus, acheté deux chemisiers pour faire bonne impression. Elle avait relu les fiches sur les amortissements, sur les contrats, les clauses… Elle connaissait tout cela par cœur. Et maintenant, plus rien ?
— Je... Mais... je dois le faire, monsieur. Je n'ai pas le choix ! Il faut que je valide mon année !
Sa voix s'était brisée malgré elle. Elle détestait perdre le contrôle. Mais l'angoisse l'étranglait. Monsieur Ruben baissa les yeux, visiblement mal à l'aise face à la panique qu'il avait involontairement déclenchée.
— Je sais. Crois-moi, je suis vraiment désolé. Je vais voir si on peut te replacer quelque part…
Il s'arrêta, mais pour Sakyna, la suite de son propos sembla tuer dans l'œuf toute illusion :
— Mais à cette période de l'année, ça va être compliqué. Toutes les conventions sont déjà signées. Il faudra peut-être attendre le rattrapage de septembre… ou trouver une solution alternative…
La jeune fille secoua la tête, les yeux fixés sur le sol. Attendre, ce n'était pas possible. Elle n'avait pas les moyens d'échouer. Elle devait valider son diplôme maintenant.
Monsieur Ruben se tenait debout, les mains dans les poches de sa veste, l'air sincèrement ennuyé. Il regarda Sakyna avec pitié et, avec bienveillance, tenta de lui redonner confiance.
— Laisse-moi quelques jours. Je vais essayer d'arranger ça, je vais appeler d'autres entreprises. Mais je préfère être honnête : ça risque de ne pas être évident
Il tenta un sourire, qu'elle ne lui rendit pas. « Pas évident »… Tu parles… Elle sortit sans un mot, les épaules tendues, le regard flou. Dans le couloir, les autres étudiants plaisantaient, riaient, parlaient du week-end. Elle ne voyait plus rien, n'entendait plus rien. Elle descendit les escaliers comme dans un brouillard, traversa la cour, franchit les grilles du lycée et marcha longtemps, sans vraiment savoir où elle allait. Tout son esprit s'était arrêté à ce que Monsieur Ruben lui avait annoncé, à l'annulation de ce stage. Elle savait ce que cela signifiait : sans stage, son année ne serait pas validée. C'était la seule pensée qui la remplissait à présent et qui la terrifiait.
Âgée de 20 ans, Sakyna était en deuxième année de BTS comptabilité-gestion. Une section réputée accessible mais peu glamour. Cela ne lui avait pas fait peur. Elle aurait pu tenter l'IUT, mais elle avait choisi cette voie pour les promesses de débouchés qu'elle offrait. Pas question de rater sa vie, de végéter comme certaines de ses cousines. Née en troisième au sein d'une famille sénégalaise de six enfants, elle savait les embûches qu'elle avait à surmonter. Ses parents ne comprenaient pas vraiment ce qu'elle faisait. Son père, chauffeur-livreur, avait quitté l'école à seize ans. Sa mère, une femme au foyer silencieuse et placide, laissait faire. « Tant que t'as de bonnes notes, ma fille. » Par tradition, l'un comme l'autre avaient fondé leurs espoirs dans les garçons ; ils avaient largement privilégié les frères de Sakyna. Mais elle ne leur en tenait pas rigueur. Elle se savait aimée au sein de sa famille. Cependant, elle refusait de se voir imposer un destin par défaut. Elle voulait un vrai job, une vraie autonomie. Et elle les aurait. Dès lors, réussir sa scolarité et ses études, ce n'était pas qu'une question de notes. C'était une question de sortie, de choix possible, d'émancipation. Là où d'autres imaginaient avec peine un avenir vague, flou, fait d'emplois incertains et mal payés, Sakyna traçait déjà son propre chemin.
Aussi, tout en marchant au hasard, elle songeait au travail qu'elle avait abattu, aux efforts qu'elle avait dû fournir, et à tout ce que l'annulation de stage semblait rayer d'un trait. Dans sa classe, Sakyna faisait partie des meilleurs éléments. Ce n'était pas une affaire de talent, elle ne se pensait pas naturellement douée, ni plus intelligente que les autres. Mais elle avait la volonté chevillée au corps. Elle bossait. Le soir, le week-end, pendant les vacances, toujours un tableau à revoir, un exercice à refaire. Avec labeur, elle relisait les corrigés, vérifiait ses erreurs, reprenait jusqu'à comprendre, parfois tard dans la nuit. Le moindre centime d'écart dans un bilan la tenait éveillée.
Ses professeurs la citaient en exemple. Studieuse, elle écoutait, prenait des notes, posait les bonnes questions. Toujours calme, toujours appliquée, elle rendait des travaux qui faisaient l'admiration. Elle ne s'en vantait jamais. Elle se contentait d'un hochement de tête. À ses yeux, la reconnaissance ne valait rien si elle n'était pas méritée.
Mais tout cela n'avait pas été sans sacrifices. Besogneuse, Sakyna avait conscience de tout ce à quoi elle avait dû renoncer pour se consacrer à ses études, à force de travail acharné. Et d'abord ses relations avec les autres : elle était une fille solitaire. Gardant ses distances avec les bavards, les absents, les paresseux, qui étaient légion dans sa classe, elle n'était pas parvenue à tisser des liens avec eux. Elle parlait peu, n'avait pas de « bande ». Tout juste s'entendait-elle bien avec Imen, une autre fille sérieuse, et avec Florian, un garçon discret, qui lui semblait un peu trop rêveur pour cette filière. Mais elle devinait ce que l'on pensait d'elle : une élève sérieuse, sage, un peu froide, voire méprisante parfois, une personne de fiable, mais pas très marrante. Sakyna jouait ce rôle à la perfection. Elle avait besoin de cette façade, qu'elle avait construite, polie comme une armure.
Quant à l'amour, il était totalement absent de sa vie. Cela viendrait plus tard, se disait-elle, lorsqu'elle aurait du temps à y consacrer. Elle se rendait pourtant compte qu'elle ne laissait pas les garçons insensibles. Ils la regardaient avec un mélange d'envie et de distance. Elle était jolie, c'était indiscutable. Certains la draguaient, avec lourdeur souvent. Elle devinait bien ce qu'ils recherchaient, et elle ne se gênait pas pour les traiter avec les plus grande froideur. Car il fallait reconnaître que si Sakyna n'avait rien de tapageur, tout en elle captait l'attention : sa beauté noire, intense, calme, son élégance naturelle, droite, presque royale. Non seulement elle avait hérité d'un corps fin et souple, d'une silhouette longiligne, dessinée sans excès, d'une poitrine ferme, de hanches juste marquées et d'épaules douces ; mais il y avait dans sa manière de se tenir, de marcher, une retenue fière, altière. Elle maîtrisait ses gestes, ses silences, son allure.
Sa peau lisse était d'un noir chaud, presque velouté. Elle en prenait soin, avec des huiles, des crèmes au karité ou au coco, comme sa mère le lui avait appris. Son odeur, subtile, mêlait toujours quelque chose de sucré, de rassurant à une chaleur, à peine perceptible. Ses cheveux noirs bouclés, formaient une masse souple qu'elle domptait selon l'humeur, le plus souvent en tresses. Quand elle les détachait, c'était une cascade de mèches sombres qui encadraient son visage comme un halo. Son visage, justement formait un ovale parfait ; elle avait un nez délicatement sculpté, des pommettes hautes, une bouche pleine, qu'elle plissait parfois sans le savoir quand elle se concentrait. Et un sourire à la fois réservé et sincère, comme un secret qu'elle choisissait de partager. Ses yeux étaient sombres, profonds, d'un brun presque noir, qui ne trahissaient rien de ce qu'elle pensait.
Ainsi, Sakyna avait conscience de sa beauté. Elle savait ce qu'elle montrait, et ce qu'elle taisait. Sa façon de s'habiller disait tout : des vêtements simples, choisis avec soin, des jeans bien coupés, des chemisiers clairs, des pulls doux, des baskets blanches toujours propres. Aucun excès, tout était à sa place. Elle donnait l'image d'une jeune femme sérieuse, concentrée sur ses études, sur son avenir. Une étudiante discrète, toujours polie, toujours ponctuelle. Ainsi, on lui prêtait une vie sans vagues, sans histoires. Mais sa sobriété la rendait encore plus désirable. Et pourtant, elle ne voulait d'aucun homme dans sa vie.
C'était là l'un de ces nombreux renoncements qu'elle avait décidés, pour privilégier ses études. Et aujourd'hui avaient un goût particulièrement amer. Le goût du gâchis. Sakyna rentra chez elle en larmes. Dans les rues vides, elle avait tenu bon, jusqu'à l'arrêt de bus, jusqu'à l'ascenseur poussif de la tour HLM. Mais une fois la porte de l'appartement refermée derrière elle, tout craqua. Elle se réfugia dans sa chambre, la gorge nouée, les yeux rougis, ignorant les appels de sa mère, les rires de ses petites sœurs dans le salon. Elle n'avait pas la force d'expliquer. Pas la force de parler. C'était la première fois qu'elle se sentait aussi impuissante depuis des années. Elle, qui planifiait tout, qui travaillait pour ne jamais avoir à subir les imprévus, voyait ses rêves briser à cause d'une entreprise en faillite.
Toute la journée, elle resta enfermée, téléphone en main, à appeler des entreprises trouvées sur Internet, à laisser des messages polis sur des boîtes vocales, à essuyer des refus, des silences, des soupirs gênés. Personne n'avait de place. Personne ne voulait prendre une stagiaire à la dernière minute. En fin d'après-midi, sa voix était éteinte, ses doigts engourdis, ses yeux secs d'avoir trop pleuré. Elle n'avait même pas touché au repas que sa mère avait laissé sur la table. Elle demeurait là, assise au bord du lit, fixant le vide.
Le soir tomba. Il faisait encore une chaleur moite, lourde. La fenêtre de la chambre de Sakyna était ouverte, mais aucun courant d'air ne passait. Dehors, le bitume de la cité dégageait une atmosphère irrespirable. On entendait ici et là des cris d'enfants en bas, des mobylettes qui pétaradaient. À l'intérieur de la chambre, le ventilateur tournait lentement, brassant un air tiède qui ne servait à rien. Et puis, vers vingt et une heures, elle rafraîchit machinalement sa boîte mail. Cela faisait cent fois qu'elle refaisait ce même geste, dans l'espoir absurde que quelque chose finirait par apparaître. Et soudain, elle vit s'afficher un nouveau message.
Objet : Stage – urgence.
C'était Monsieur Ruben.
« J'ai peut-être trouvé quelque chose. Appelle-moi LE PLUS VITE POSSIBLE au 07 45 ** ** **. Je suis disponible ce soir jusqu'à 22h. »
Le message était signé, mais laconique. Deux lignes à peine, rien d'autre. Le cœur battant la chamade, Sakyna relut trois fois. « J'ai peut-être trouvé quelque chose. » Pas « une entreprise », pas « une solution », juste « quelque chose ». Il y avait dans ce terme vague un flou qui ne rassura pas vraiment la jeune fille. Mais peut-être était-ce la fatigue. Ou la chaleur.
Sakyna se leva, fit quelques pas dans la pièce, hésitante. Elle tenait son téléphone dans la main, comme un objet brûlant. Elle avait attendu cet espoir toute la journée. Et maintenant qu'il était là, elle n'était même pas certaine de vouloir l'attraper.
Elle alla s'asperger le visage à l'eau froide dans la salle de bain. Lorsqu'elle croisa son reflet dans le miroir, elle aperçut des cernes, des yeux creusés, une tension dans la mâchoire qu'elle ne se connaissait pas. Elle avait l'impression de ne plus être tout à fait elle-même. D'être une version surchauffée, fatiguée de ce qu'elle était.
De retour dans sa chambre, Sakyna resta un moment debout, incapable de bouger. Sur l'écran de son ordinateur encore allumé, le mail de M. Ruben s'affichait en grand, comme un ultimatum muet. Elle s'assit lentement, tenta de respirer calmement. Mais rien n'y faisait. La moiteur lui collait à la peau, le tissu de son débardeur lui plaquait le dos. Le ventilateur grinçait mollement dans un coin de la pièce, brassant une chaleur morte.
Elle attrapa son téléphone, regarda l'heure : 21h17. Elle hésita encore, se mordit la lèvre. Son doigt resta suspendu quelques secondes au-dessus du pavé numérique, puis elle composa fébrilement le numéro indiqué dans le mail. Une sonnerie, longue. Une autre. Puis une troisième. Une boule d'angoisse s'était formée dans sa gorge, elle crut qu'il n'allait pas répondre. L'air brûlant devenait irrespirable. Ses doigts étaient moites sur le téléphone. Elle serrait l'appareil si fort qu'elle en avait mal aux jointures. Et puis, au bout de la quatrième tonalité, un clic se fit entendre.
— Allô ? Oui ? Sakyna ?
Elle reconnut la voix un peu essoufflée, plus grave que d'ordinaire. Elle crut percevoir du bruit autour du professeur, un fond sonore étouffé, peut-être une télé, une cuisine, une vie ordinaire.
— Bonsoir monsieur, dit-elle d'une voix serrée. C'est moi. J'ai vu votre mail. Je… je vous appelle.
Un silence bref. Il semblait chercher ses mots.
— Oui, merci de m'avoir rappelé. Je suis désolé pour l'heure, mais… je voulais te prévenir au plus vite. J'ai peut-être un contact pour toi.
Elle se redressa légèrement sur le lit, le cœur cognant dans sa poitrine. Le mot contact la fit d'abord tiquer, mais c'était enfin la nouvelle qu'elle avait attendue toute la journée. Monsieur Ruben se racla la gorge et reprit :
— Je... Il y aurait peut-être une possibilité… Quelqu'un qui pourrait te prendre. Rapidement… Mais…
Elle se figea, fronça légèrement les sourcils.
— Mais quoi ?
Elle comprit que Monsieur Ruben hésitait, cherchait ses mots.
— C'est une boutique. Un commerce. J'ai eu la responsable au téléphone. Elle est ouverte à l'idée de te prendre pour un stage à temps complet. Elle m'a dit qu'elle peut te recevoir dès demain, pour en discuter.
Elle sentit tout son corps se tendre.
— C'est quoi comme boutique ?
Un nouveau silence. Un de ceux qui durent une demi-seconde mais qu'on sent infiniment trop longs.
— Ce n'est pas dans le secteur classique, reprit Monsieur Ruben, avec prudence. Pas une boîte de compta. Mais ils ont une activité commerciale. Évidemment c'est une solution de dernière minute, mais c'est très sérieux, c'est déclaré, encadré.
Un malaise s'installait. Sakyna ne comprenait pas ces circonvolutions, ces précautions langagières. Pourquoi son professeur n'en venait-il pas directement aux faits ?
— C'est quel type d'entreprise ? demanda-t-elle d'un ton prudent.
— C'est… disons, un commerce spécialisé. De niche. Ils vendent des... Des articles pour adultes.
Elle ne comprit pas immédiatement. Son cerveau chercha une autre explication. Elle haussa légèrement les sourcils.
— Des quoi ?
— Des accessoires. Des vidéos, de la lingerie, ce genre de choses. C'est chez Porral Store.
Porral Store. Le nom résonna de manière étrange dans l'oreille de Sakyna. Elle saisissait à présent les raisons du trouble de Monsieur Ruben. Et à son tour, elle restait choquée, interdite. Un sex-shop ! Pas un cabinet comptable. Pas une petite PME tranquille. Un Porral Store. À l'autre bout de la ligne, face au silence de son étudiante, le professeur voulut désamorcer immédiatement les craintes et les ambiguïtés. Mais sa gêne était presque palpable.
— Ce n'est pas un truc glauque, vraiment. C'est une boutique propre, très bien tenue. Plutôt haut de gamme, d'après ce que j'ai vu.
Sakyna resta interloquée. La chaleur lui était montée d'un coup au front. Elle ne croyait pas ce que son professeur était en train de lui expliquer. C'était comme une hallucination grotesque, délirante. Recouvrant ses esprits, mais encore sous le choc, elle murmura froidement :
— Je vais pas faire mon stage dans un sex-shop, monsieur…
Elle n'avait osé prononcer le mot « sex-shop » qu'à demi-voix, craignant que sa famille ne l'entende de l'autre côté de mur, et sous le poids d'une pudeur qui lui était naturelle.
— Je comprends ta réaction, s'empressa de répondre Monsieur Ruben. Mais c'est un peu plus chic que ça. C'est une structure entrepreneuriale déclarée, stable, avec une vraie activité de vente. Ils ont un vrai suivi de clientèle, une gestion des stocks, des bilans comptables... Enfin bref, tu pourrais y observer les mêmes mécanismes que dans n'importe quelle autre entreprise. La convention serait parfaitement valable. La nature de l'activité ne pose pas de problème tant que le stage concerne les fonctions commerciales ou de gestion.
— Et c'est censé être normal ? Vous croyez que je vais dire à mes parents que je vais bosser... là-dedans ?
Un silence s'abattit. Il lui faisait l'article pour la convaincre d'aller faire son stage de fin de BTS dans un boutique pour pervers ! Une blague ! Elle sentit un frisson d'inconfort lui passer le long de l'échine. Elle pensa à ses parents. À sa mère. À ses petites sœurs. À ce qu'on dirait si quelqu'un apprenait. Monsieur Ruben toussota, et se relança dans son argumentaire.
— Tu n'es pas obligée de leur dire ce que c'est exactement. Sur la convention, ce sera « commerce de détail spécialisé ». C'est assez vague pour rester discret. Et la responsable sait que tu es étudiante. Elle fera attention. Tu n'aurais évidemment rien d'illégal ou de choquant à faire.
Sakyna ferma les yeux. « Commerce de détail spécialisé »… ce n'était pas possible ! Il se foutait de sa gueule ! Elle avait l'impression que l'air de la chambre devenait encore plus étouffant. Ses doigts serraient le téléphone jusqu'à s'en faire blanchir les phalanges.
— Non mais vous êtes sérieux ? Je vais pas faire mon stage dans ce truc ! C'est pas juste putain ! J'ai toujours bossé, j'ai tout fait comme il fallait ! Et vous me proposez ça ? Vous vous rendez compte de ce que vous me demandez ?
Sa voix avait claqué un peu plus fort qu'elle ne l'aurait voulu. Elle baissa d'un ton, mais des éclairs de colère passaient dans ses yeux. Elle avait l'impression d'être prise au piège. Comme si toutes les portes s'étaient refermées en une seule journée. Monsieur Ruben parlait calmement, avec une forme de bienveillance qui énervait encore plus la jeune fille. Mais la conclusion du professeur la mit au pied du mur :
— Sakyna, je te jure que je comprends ton malaise. Je me doute que ce n'est pas ce que tu avais imaginé. Naturellement, tu es libre de refuser. Mais à ce stade, je n'ai pas d'autre piste à te proposer. Toutes les autres structures ont déjà pris quelqu'un. Donc pour le moment, c'est ça, ou rien. Je préfère être franc : on est à deux jours de la date de début des stages. Si tu refuses, tu risques de ne pas valider ton année.
Ces derniers mots laissèrent Sakyna abasourdie. Puis elle pensa à son avenir. À son diplôme, à l'année qu'elle ne pouvait pas se permettre de rater. Elle savait une chose : elle n'avait pas le luxe de dire non. Alors elle hocha lentement la tête, sans être sûre de ce qu'elle faisait.
— Je peux prendre contact avec eux ? demanda-t-elle d'une voix blanche.
— Bien sûr ! Je t'enverrai les coordonnées de la responsable et l'adresse. Madame Nora Lemoine. Tu peux passer directement demain pour la rencontrer. Vers quinze heures, elle t'attend. Juste un entretien. Tu verras par toi-même, ça ne t'engage à rien. Mais je te conseille d'y aller.
Un long silence.
— Merci, dit-elle finalement.
Et elle raccrocha. Dans le silence et la chaleur étouffante de la pièce surchauffée, elle resta plusieurs minutes le visage fermé, la mâchoire serrée. Elle avait le sentiment d'avoir été jetée dans quelque chose qui n'était pas pour elle. Mais elle savait aussi que, sans ce stage, tout ce qu'elle avait construit allait s'effondrer. Et cela, elle ne pouvait se le permettre.
Bien plus tard dans la soirée, presque vers vingt-trois heures, tandis que toute sa famille s'était endormie dans l'appartement, Sakyna, qui n'était pas sortie de sa chambre, décida de glaner quelques informations sur cette entreprise qui semblait destinée à l'accueillir. Elle s'assit sur son lit, les jambes croisées, les coudes sur les cuisses, son ordinateur posé devant elle. Dans la pénombre, la lumière de l'écran dessinait des reflets bleutés sur sa peau d'ébène. Elle hésita longtemps à taper « Porral » dans la barre de recherche. Ce n'était qu'un clic ; et pourtant, ce clic lui semblait franchir une ligne morale. Il faisait une chaleur insoutenable dans la chambre. Le ventilateur tournait paresseusement dans un coin, sans parvenir à dissiper l'air lourd. Ses mèches bouclées, qu'elle avait laissées libres ce soir-là, lui collaient au front et au haut des joues. Elle soupira, fit glisser un peu son débardeur trempé de sueur sur son épaule. Et puis à quoi bon tergiverser ? Elle tapa.Les premiers résultats s'affichèrent immédiatement. Des images, des liens, des titres racoleurs. Elle cliqua, surfa, découvrit au fur et à mesure ce milieu dont elle ignorait à peu près tout. En près de cinq décennies, Philippe Porral, le fondateur, avait bâti un véritable empire de l'industrie pour adultes. Spécialisée dans la production, la réalisation et la distribution de films pornographiques, Porral Prod était née à l'ère des cassettes et de Canal Plus, s'était développée à l'époque des vidéos-clubs puis des DVD, et avait achevé sa croissance grâce à internet et aux plateformes. Puis, souhaitant étendre ses activités et face à la concurrence que les sites gratuits faisaient subir à son business, Porral Prod avait ouvert progressivement une chaîne de sex-shops, les fameux « Porral stores » : des franchisés établis un peu partout en France. Philippe Porral, à près de 70 ans, restait l'actionnaire majoritaire de sa holding du sexe, un « entrepreneur du plaisir » selon Les Inrocks. « Érotisme élégant, audace assumée. » Sakyna fronça les sourcils. Elle avait du mal à croire ce qu'elle lisait. Ce n'était pas des films de cul, c'était tout un univers, parfaitement maîtrisé et marketé, qui employait des centaines de salariés, s'étendait avec ambition à l'international et multipliait les collaborations.
Sakyna finit par arriver sur le site officiel. « Boutique Porral – articles pour adultes – lingerie, jouets, films. » Elle passa rapidement la barrière de l'interdiction aux mineurs, pour découvrir un site à l'aspect chic et épuré, une interface sobre, une typographie rose ou dorée sur un fond noir. À première vue, rien de sale. Ce n'était ni le site amateur sordide ni le bazar érotique douteux auquel elle s'attendait.
Elle navigua lentement sur le menu déroulant, survola les onglets, les rubriques. « Lingerie sexy, accessoires, cosmétiques érotiques, films, collection Porral Premium. » Elle hésita longuement avant de cliquer sur la rubrique « PorralVOD – Films exclusifs à la demande ». Il était près de 23h 30. Tout l'appartement dormait. Ses parents, ses frères et sœurs… personne ne risquait d'entrer dans sa chambre. Mais malgré tout, elle avait baissé la luminosité de son écran, coupé le son, et branché un casque. Ses jambes nues, croisées sous elle, collaient légèrement au drap. Elle sentait son débardeur plaqué à sa poitrine par la moiteur, une goutte de sueur glissant lentement le long de sa nuque.
Les vignettes des films s'alignaient par dizaines : des femmes, souvent seules en couverture, dans des poses lascives mais sophistiquées, des robes fendues, des lingeries fines, des regards appuyés. D'un œil distrait, elle survola les titres à peine codés avec ce mélange de peur et de fascination qui lui serra la gorge : « La Secrétaire de minuit », « L'Initiation d'Angèle », « Peau noire, désirs blancs », « Déviances anales », « Salopes asiatiques 5 », « Particulières attentions », « Black Lust », « L'Envers du décor »…
Elle cliqua sur l'un d'eux. Juste pour voir.
La vidéo démarra immédiatement. Elle écarquilla les yeux. Une jeune femme brune, sublime, au corps fuselé, marchait dans un décor feutré. Elle portait un déshabillé rouge transparent qui découvrait plus qu'il ne cachait. Une musique sensuelle accompagnait ses gestes. Chaque mouvement semblait chorégraphié. La caméra s'attardait sur les courbes de son corps. Elle se penchait lentement sur un bureau, murmurait quelques mots à un homme hors-champ, se redressait, défaisait lentement sa ceinture.
Sakyna sentit un picotement étrange la parcourir. Elle baissa instinctivement le volume, comme si elle avait peur d'être entendue, même dans le silence de la nuit. Ses doigts étaient moites sur le pavé tactile. Elle porta la main à son visage, sa paume était chaude, presque brûlante. Elle avait du mal à avaler sa salive. Elle aurait dû fermer l'onglet. Elle aurait pu. Mais elle resta là, hypnotisée, les yeux accrochés à l'écran.
La scène s'enchaîna. L'homme caressait la peau de l'actrice, effleurait son ventre, dévoilait ses seins, son cou. Aucun mot. Tout passait par les gestes, les respirations. La jeune femme s'agenouilla. L'homme baissa son pantalon, et, avec une gourmandise exagérée, l'actrice s'empara du sexe bandé qui venait d'apparaître.
Sakyna referma l'ordinateur d'un seul coup. Elle resta immobile, choquée. Elle sentait les pulsions de son cœur et une chaleur étrange qui remontait de son ventre. Elle se leva brusquement, fit quelques pas dans la pièce. Sa peau moite et tendue vibrait, ses tempes battaient, elle avait l'impression que sa tête allait exploser.
Elle avait honte. Honte d'avoir vu, honte de sa curiosité, honte pour ce stage qui se profilait. Elle imaginait la boutique. L'entretien. Elle, dans ce monde. Derrière une caisse. Dans un bureau. À parler de… ça. Non, elle n'y arriverait pas. Elle n'oserait plus se regarder en face après ça.
Et pourtant… Pourtant, une heure plus tard, mue par une curiosité qui la piquait, Sakyna rouvrit discrètement la page du site internet. Elle s'était promis de ne pas y retourner, avait tenté de dormir. Mais cela lui fut impossible. Dans la moiteur étouffante de sa chambre, avec le bourdonnement lointain de la ville à travers la fenêtre entrouverte, les images continuaient à tourner dans sa tête : les corps, la lenteur des gestes, les respirations.
Par réflexe, la jeune fille regarda autour d'elle — inutile, elle était seule —, puis mit à nouveau le casque. Elle se cala contre ses oreillers, dans la pénombre de la pièce.
À nouveau des dizaines de scènes s'affichèrent. Avec fébrilité, elle cliqua sur l'une, presque au hasard. Dès les premières secondes, elle eut un mouvement de recul. Un homme, nu, debout, se faisait lentement déshabiller par une jeune femme agenouillée. Le sexe de l'homme était là, en pleine image, droit et lourd.
Sakyna sentit une brûlure monter à ses joues. Elle n'avait jamais vu cela, pas dans cette lumière, qui lui semblait si obscène. Elle n'était ni prude ni innocente, elle avait déjà entrevu des formes floues dans quelques films, des scènes furtives à la télé, des images volées dans un clip ou sur Twitter. Mais rien d'aussi net, d'aussi cru, d'aussi assumé. Elle détourna le regard une seconde, un peu écœurée. Mais ses yeux revinrent rapidement.
Le sexe de l'homme étaitgros, tendu. La femme le caressait lentement, le tenait à deux mains. Puis elle pencha la tête, entrouvrit la bouche. Le bruit humide de la fellation fit sursauter Sakyna. Elle ne savait pas si elle avait envie de couper ou de voir ce qui allait suivre. Elle resta figée. Elle ne savait pas ce qu'elle ressentait. C'était violent, choquant. Mais, presque contre sa volonté, elle n'arrivait pas à fermer l'onglet. Sa respiration devenait plus lente, plus profonde. Elle glissa une main sous son débardeur, effleura sa poitrine sans y penser. Son autre main tenait la souris, cliquait, changeait de film.
Elle passa à un autre film. Encore un homme, noir cette fois, au corps immense, musclé, huilé. Il se tenait derrière une femme penchée sur un lit, et le va-et-vient de son bassin était d'une puissance presque animale. Les gémissements remplissaient son casque. Sakyna avait chaud, trop chaud. Avec précipitation, elle se déshabilla totalement, mais sa nudité ne parvint pas à la rafraîchir. Alors, pendant un bon quart d'heure, son casque sur les oreilles, Sakyna fit défiler les vidéos. Comme dans un rêve fiévreux, une farandole d'images obscènes s'enchaînait devant ses yeux. Une main sur la souris, elle lançait d'autres séquences à la volée, empilant les scènes sans logique, sans cohérence, juste pour les gémissements, les bruits mouillés, les images de pénétrations brutes et glorieuses. Des scènes toutes différentes, des femmes qui gémissaient, haletaient, chevauchaient, des poitrines offertes, des hanches battantes, des lèvres humides, des moments de soumission, de dévotion, de jouissance. Et surtout, ces verges, grosses, veinées, dures. Sakyna les fixait, fascinée, horrifiée, curieuse. Elle scrutait ces hommes, ces bites filmées en gros plan, ces sexes qui plongeaient dans des bouches ouvertes, des corps renversés. Elle n'aurait jamais cru que cela pût la troubler autant. Une partie d'elle voulait fermer l'écran, s'enfouir sous les draps et faire comme si elle n'avait rien vu. Mais une autre partie — plus basse, plus ancienne, plus têtue — la retenait là, immobile et palpitante. Là, maintenant, elle éprouvait cette tension au creux de son ventre, cette envie qu'elle ne savait pas nommer. Elle se mordit doucement la lèvre. Sa respiration était devenue plus lente, plus profonde.
Enfin, elle fut arrêtée par une vidéo, sur laquelle un acteur se masturbait seul face caméra. Sakyna le trouva immédiatement très beau, très sensuel : jeune, grand, bronzé, le torse nu, les abdos saillants, les jambes écartées. Son sexe luisant glissait dans sa main, épais, presque intimidant. Il respirait fort, fixait la caméra comme s'il fixait Sakyna.
Elle recula un peu l'écran. Le souffle court. Tout son corps brûlait. Elle se sentit mouillée entre les cuisses. Pas de sueur. Autre chose. Elle aurait voulu se cacher d'elle-même. À l'image, le garçon musclé se masturbait lentement mais en rythme ; il fermait les yeux et, lorsqu'il les rouvrait, regardait droit vers l'objectif, droit vers Sakyna. Celle-ci en éprouvait alors une gêne.
Et pourtant, insensiblement, elle glissa la main entre ses cuisses. Ses doigts rencontrèrent aussitôt la toison crépue de son sexe et l'humidité. Elle étouffa un gémissement. Elle était trempée. Son sexe palpitait, avide. Et elle commença à se caresser. D'abord timidement.
Elle regardait l'écran. Elle avait l'impression qu'elle et l'acteur dansaient sur le même rythme, prenaient ensemble leur plaisir, qu'il se branlait pour elle, juste pour elle. Alors, sa main alla plus vite, pressa son clitoris gonflé avec une hâte maladroite, affamée. Elle frottait, glissait, revenait, insistait sur le point précis qui la faisait haleter. Sa respiration s'accéléra. Elle ouvrit les cuisses, sans pudeur, comme si le secret de sa chambre la protégeait, tout en tâchant d'étouffer ses propres gémissements. Chaque va-et-vient de la bite de l'homme à l'écran trouvait son écho entre ses jambes. Sakyna soulevait son bassin à chaque mouvement de la main du jeune homme. Elle frottait plus fort. Ses reins se tendaient.
Un spasme monta, soudain. Elle sentit sa main se crisper contre son sexe, ses jambes se tendre, son dos se cambrer. Elle étouffa un cri dans son poing fermé. Un orgasme la prit d'un coup, brutalement. Elle jouit comme jamais, d'un plaisir féroce et honteux.
Elle resta là, haletante, le sexe en feu, les doigts poisseux, le casque glissant de ses oreilles. Son ventre frissonnait, sa peau paraissait soudain plus sensible, plus éveillée. La vidéo continuait à tourner, le garçon n'avait pas joui, il continuait sa masturbation en se caressant le torse, en gémissant. Elle regarda encore quelques minutes. Mais pas la scène entière. D'un geste brutal, elle ferma l'ordinateur.
Épuisée, elle s'écroula sur le lit, le bras passé sur les yeux. Et dans le silence, un frisson d'angoisse remonta lentement le long de sa colonne. Elle avait joui. Devant « ça ». Elle ne pouvait nier ce qu'elle ressentait, mais elle ne voulait pas y penser. Elle éprouvait une honte sourde, un trouble étrange, lourd, presque dérangeant, elle aurait aimé refouler.
Elle demeura ainsi longtemps, dans le vide. Puis, elle repensa à son diplôme. À son avenir. À ce qu'elle risquait de perdre. Et lentement, comme on accepte une mauvaise nouvelle ou un choix impossible, elle se dit qu'elle irait. Mais, terrifiée, elle se mit à pleurer.
Bien plus tard dans la soirée, presque vers vingt-trois heures, tandis que toute sa famille s'était endormie dans l'appartement, Sakyna, qui n'était pas sortie de sa chambre, décida de glaner quelques informations sur cette entreprise qui semblait destinée à l'accueillir. Elle s'assit sur son lit, les jambes croisées, les coudes sur les cuisses, son ordinateur posé devant elle. Dans la pénombre, la lumière de l'écran dessinait des reflets bleutés sur sa peau d'ébène. Elle hésita longtemps à taper « Porral » dans la barre de recherche. Ce n'était qu'un clic ; et pourtant, ce clic lui semblait franchir une ligne morale. Il faisait une chaleur insoutenable dans la chambre. Le ventilateur tournait paresseusement dans un coin, sans parvenir à dissiper l'air lourd. Ses mèches bouclées, qu'elle avait laissées libres ce soir-là, lui collaient au front et au haut des joues. Elle soupira, fit glisser un peu son débardeur trempé de sueur sur son épaule. Et puis à quoi bon tergiverser ? Elle tapa.Les premiers résultats s'affichèrent immédiatement. Des images, des liens, des titres racoleurs. Elle cliqua, surfa, découvrit au fur et à mesure ce milieu dont elle ignorait à peu près tout. En près de cinq décennies, Philippe Porral, le fondateur, avait bâti un véritable empire de l'industrie pour adultes. Spécialisée dans la production, la réalisation et la distribution de films pornographiques, Porral Prod était née à l'ère des cassettes et de Canal Plus, s'était développée à l'époque des vidéos-clubs puis des DVD, et avait achevé sa croissance grâce à internet et aux plateformes. Puis, souhaitant étendre ses activités et face à la concurrence que les sites gratuits faisaient subir à son business, Porral Prod avait ouvert progressivement une chaîne de sex-shops, les fameux « Porral stores » : des franchisés établis un peu partout en France. Philippe Porral, à près de 70 ans, restait l'actionnaire majoritaire de sa holding du sexe, un « entrepreneur du plaisir » selon Les Inrocks. « Érotisme élégant, audace assumée. » Sakyna fronça les sourcils. Elle avait du mal à croire ce qu'elle lisait. Ce n'était pas des films de cul, c'était tout un univers, parfaitement maîtrisé et marketé, qui employait des centaines de salariés, s'étendait avec ambition à l'international et multipliait les collaborations.
Sakyna finit par arriver sur le site officiel. « Boutique Porral – articles pour adultes – lingerie, jouets, films. » Elle passa rapidement la barrière de l'interdiction aux mineurs, pour découvrir un site à l'aspect chic et épuré, une interface sobre, une typographie rose ou dorée sur un fond noir. À première vue, rien de sale. Ce n'était ni le site amateur sordide ni le bazar érotique douteux auquel elle s'attendait.
Elle navigua lentement sur le menu déroulant, survola les onglets, les rubriques. « Lingerie sexy, accessoires, cosmétiques érotiques, films, collection Porral Premium. » Elle hésita longuement avant de cliquer sur la rubrique « PorralVOD – Films exclusifs à la demande ». Il était près de 23h 30. Tout l'appartement dormait. Ses parents, ses frères et sœurs… personne ne risquait d'entrer dans sa chambre. Mais malgré tout, elle avait baissé la luminosité de son écran, coupé le son, et branché un casque. Ses jambes nues, croisées sous elle, collaient légèrement au drap. Elle sentait son débardeur plaqué à sa poitrine par la moiteur, une goutte de sueur glissant lentement le long de sa nuque.
Les vignettes des films s'alignaient par dizaines : des femmes, souvent seules en couverture, dans des poses lascives mais sophistiquées, des robes fendues, des lingeries fines, des regards appuyés. D'un œil distrait, elle survola les titres à peine codés avec ce mélange de peur et de fascination qui lui serra la gorge : « La Secrétaire de minuit », « L'Initiation d'Angèle », « Peau noire, désirs blancs », « Déviances anales », « Salopes asiatiques 5 », « Particulières attentions », « Black Lust », « L'Envers du décor »…
Elle cliqua sur l'un d'eux. Juste pour voir.
La vidéo démarra immédiatement. Elle écarquilla les yeux. Une jeune femme brune, sublime, au corps fuselé, marchait dans un décor feutré. Elle portait un déshabillé rouge transparent qui découvrait plus qu'il ne cachait. Une musique sensuelle accompagnait ses gestes. Chaque mouvement semblait chorégraphié. La caméra s'attardait sur les courbes de son corps. Elle se penchait lentement sur un bureau, murmurait quelques mots à un homme hors-champ, se redressait, défaisait lentement sa ceinture.
Sakyna sentit un picotement étrange la parcourir. Elle baissa instinctivement le volume, comme si elle avait peur d'être entendue, même dans le silence de la nuit. Ses doigts étaient moites sur le pavé tactile. Elle porta la main à son visage, sa paume était chaude, presque brûlante. Elle avait du mal à avaler sa salive. Elle aurait dû fermer l'onglet. Elle aurait pu. Mais elle resta là, hypnotisée, les yeux accrochés à l'écran.
La scène s'enchaîna. L'homme caressait la peau de l'actrice, effleurait son ventre, dévoilait ses seins, son cou. Aucun mot. Tout passait par les gestes, les respirations. La jeune femme s'agenouilla. L'homme baissa son pantalon, et, avec une gourmandise exagérée, l'actrice s'empara du sexe bandé qui venait d'apparaître.
Sakyna referma l'ordinateur d'un seul coup. Elle resta immobile, choquée. Elle sentait les pulsions de son cœur et une chaleur étrange qui remontait de son ventre. Elle se leva brusquement, fit quelques pas dans la pièce. Sa peau moite et tendue vibrait, ses tempes battaient, elle avait l'impression que sa tête allait exploser.
Elle avait honte. Honte d'avoir vu, honte de sa curiosité, honte pour ce stage qui se profilait. Elle imaginait la boutique. L'entretien. Elle, dans ce monde. Derrière une caisse. Dans un bureau. À parler de… ça. Non, elle n'y arriverait pas. Elle n'oserait plus se regarder en face après ça.
Et pourtant… Pourtant, une heure plus tard, mue par une curiosité qui la piquait, Sakyna rouvrit discrètement la page du site internet. Elle s'était promis de ne pas y retourner, avait tenté de dormir. Mais cela lui fut impossible. Dans la moiteur étouffante de sa chambre, avec le bourdonnement lointain de la ville à travers la fenêtre entrouverte, les images continuaient à tourner dans sa tête : les corps, la lenteur des gestes, les respirations.
Par réflexe, la jeune fille regarda autour d'elle — inutile, elle était seule —, puis mit à nouveau le casque. Elle se cala contre ses oreillers, dans la pénombre de la pièce.
À nouveau des dizaines de scènes s'affichèrent. Avec fébrilité, elle cliqua sur l'une, presque au hasard. Dès les premières secondes, elle eut un mouvement de recul. Un homme, nu, debout, se faisait lentement déshabiller par une jeune femme agenouillée. Le sexe de l'homme était là, en pleine image, droit et lourd.
Sakyna sentit une brûlure monter à ses joues. Elle n'avait jamais vu cela, pas dans cette lumière, qui lui semblait si obscène. Elle n'était ni prude ni innocente, elle avait déjà entrevu des formes floues dans quelques films, des scènes furtives à la télé, des images volées dans un clip ou sur Twitter. Mais rien d'aussi net, d'aussi cru, d'aussi assumé. Elle détourna le regard une seconde, un peu écœurée. Mais ses yeux revinrent rapidement.
Le sexe de l'homme étaitgros, tendu. La femme le caressait lentement, le tenait à deux mains. Puis elle pencha la tête, entrouvrit la bouche. Le bruit humide de la fellation fit sursauter Sakyna. Elle ne savait pas si elle avait envie de couper ou de voir ce qui allait suivre. Elle resta figée. Elle ne savait pas ce qu'elle ressentait. C'était violent, choquant. Mais, presque contre sa volonté, elle n'arrivait pas à fermer l'onglet. Sa respiration devenait plus lente, plus profonde. Elle glissa une main sous son débardeur, effleura sa poitrine sans y penser. Son autre main tenait la souris, cliquait, changeait de film.
Elle passa à un autre film. Encore un homme, noir cette fois, au corps immense, musclé, huilé. Il se tenait derrière une femme penchée sur un lit, et le va-et-vient de son bassin était d'une puissance presque animale. Les gémissements remplissaient son casque. Sakyna avait chaud, trop chaud. Avec précipitation, elle se déshabilla totalement, mais sa nudité ne parvint pas à la rafraîchir. Alors, pendant un bon quart d'heure, son casque sur les oreilles, Sakyna fit défiler les vidéos. Comme dans un rêve fiévreux, une farandole d'images obscènes s'enchaînait devant ses yeux. Une main sur la souris, elle lançait d'autres séquences à la volée, empilant les scènes sans logique, sans cohérence, juste pour les gémissements, les bruits mouillés, les images de pénétrations brutes et glorieuses. Des scènes toutes différentes, des femmes qui gémissaient, haletaient, chevauchaient, des poitrines offertes, des hanches battantes, des lèvres humides, des moments de soumission, de dévotion, de jouissance. Et surtout, ces verges, grosses, veinées, dures. Sakyna les fixait, fascinée, horrifiée, curieuse. Elle scrutait ces hommes, ces bites filmées en gros plan, ces sexes qui plongeaient dans des bouches ouvertes, des corps renversés. Elle n'aurait jamais cru que cela pût la troubler autant. Une partie d'elle voulait fermer l'écran, s'enfouir sous les draps et faire comme si elle n'avait rien vu. Mais une autre partie — plus basse, plus ancienne, plus têtue — la retenait là, immobile et palpitante. Là, maintenant, elle éprouvait cette tension au creux de son ventre, cette envie qu'elle ne savait pas nommer. Elle se mordit doucement la lèvre. Sa respiration était devenue plus lente, plus profonde.
Enfin, elle fut arrêtée par une vidéo, sur laquelle un acteur se masturbait seul face caméra. Sakyna le trouva immédiatement très beau, très sensuel : jeune, grand, bronzé, le torse nu, les abdos saillants, les jambes écartées. Son sexe luisant glissait dans sa main, épais, presque intimidant. Il respirait fort, fixait la caméra comme s'il fixait Sakyna.
Elle recula un peu l'écran. Le souffle court. Tout son corps brûlait. Elle se sentit mouillée entre les cuisses. Pas de sueur. Autre chose. Elle aurait voulu se cacher d'elle-même. À l'image, le garçon musclé se masturbait lentement mais en rythme ; il fermait les yeux et, lorsqu'il les rouvrait, regardait droit vers l'objectif, droit vers Sakyna. Celle-ci en éprouvait alors une gêne.
Et pourtant, insensiblement, elle glissa la main entre ses cuisses. Ses doigts rencontrèrent aussitôt la toison crépue de son sexe et l'humidité. Elle étouffa un gémissement. Elle était trempée. Son sexe palpitait, avide. Et elle commença à se caresser. D'abord timidement.
Elle regardait l'écran. Elle avait l'impression qu'elle et l'acteur dansaient sur le même rythme, prenaient ensemble leur plaisir, qu'il se branlait pour elle, juste pour elle. Alors, sa main alla plus vite, pressa son clitoris gonflé avec une hâte maladroite, affamée. Elle frottait, glissait, revenait, insistait sur le point précis qui la faisait haleter. Sa respiration s'accéléra. Elle ouvrit les cuisses, sans pudeur, comme si le secret de sa chambre la protégeait, tout en tâchant d'étouffer ses propres gémissements. Chaque va-et-vient de la bite de l'homme à l'écran trouvait son écho entre ses jambes. Sakyna soulevait son bassin à chaque mouvement de la main du jeune homme. Elle frottait plus fort. Ses reins se tendaient.
Un spasme monta, soudain. Elle sentit sa main se crisper contre son sexe, ses jambes se tendre, son dos se cambrer. Elle étouffa un cri dans son poing fermé. Un orgasme la prit d'un coup, brutalement. Elle jouit comme jamais, d'un plaisir féroce et honteux.
Elle resta là, haletante, le sexe en feu, les doigts poisseux, le casque glissant de ses oreilles. Son ventre frissonnait, sa peau paraissait soudain plus sensible, plus éveillée. La vidéo continuait à tourner, le garçon n'avait pas joui, il continuait sa masturbation en se caressant le torse, en gémissant. Elle regarda encore quelques minutes. Mais pas la scène entière. D'un geste brutal, elle ferma l'ordinateur.
Épuisée, elle s'écroula sur le lit, le bras passé sur les yeux. Et dans le silence, un frisson d'angoisse remonta lentement le long de sa colonne. Elle avait joui. Devant « ça ». Elle ne pouvait nier ce qu'elle ressentait, mais elle ne voulait pas y penser. Elle éprouvait une honte sourde, un trouble étrange, lourd, presque dérangeant, elle aurait aimé refouler.
Elle demeura ainsi longtemps, dans le vide. Puis, elle repensa à son diplôme. À son avenir. À ce qu'elle risquait de perdre. Et lentement, comme on accepte une mauvaise nouvelle ou un choix impossible, elle se dit qu'elle irait. Mais, terrifiée, elle se mit à pleurer.
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Commentaires ()
Ici, cette étudiante modèle projetée dans le monde de la luxure, c'est un peu l'oie blanche que l'on initie au stupre.
J'ai beaucoup aimé, il est dommage que ce texte n'ait pas de suite.
Tres belle écriture,
hate de découvrir les suites que tu nous réserves ...
Arnaud
Tres belle écriture,
hate de découvrir les suites que tu nous réserves ...
Arnaud
Belle histoire à venir, belle plume également
Hâte de lire la suite....