Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Amour Perdu (30min) — Chapitre 1
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteurs
Amour Perdu (30min)
Chapitre 1
Elle régnait sur le nord glacé, là où la neige ne fond jamais, et où les étoiles elles-mêmes semblent craindre de briller trop fort. On l'appelait Alénora, la Reine de Fer, car nul sourire ne s'échappait plus de ses lèvres, et aucun homme n'était ressorti vivant de ses geôles depuis des années. Elle était la souveraine des tempêtes silencieuses, l'ombre froide qui planait au-dessus des montagnes figées. Ses ennemis disaient d'elle qu'elle buvait les larmes des humains, qu'elle se chauffait à la douleur des hommes, qu'elle aimait voir trembler ceux qu'on lui amenait — et ils n'avaient pas tout à fait tort.
Son empire, vaste comme un souvenir de gloire oubliée, s'étendait jusqu'aux confins de la mer grise et aux déserts de givre. Jadis convoité, aujourd'hui redouté, il s'était bâti sur la terreur. Car tous, aujourd'hui, la craignaient plus encore que la mort. Car elle ne tuait pas seulement les corps — elle brisait les âmes.
Dans les souterrains du terrifiant palais noir de Celyndor, les murs suintaient d'anciens enchantements. Des runes effacées murmuraient encore, à qui savait les écouter, des prières devenues malédictions. C'est là, sous les voûtes de pierre et les lumières mourantes des torches, qu'elle recevait ses captifs.
Elle ne se contentait pas de juger, ni même d'interroger. Elle s'enfonçait en eux, jusqu'à leur essence. Elle effleurait l'âme, caressait les souvenirs, éveillait les peurs enfouies et les désirs inavouables. Ses jeux étaient cruels, mais étrangement sensuels, troubles comme un rêve qui tourne au cauchemar. Elle s'approchait, nue sous une robe de brume, ses longs cheveux argentés glissant sur les chairs entravées. Elle murmurait des paroles anciennes, presque tendres, puis infligeait un plaisir si intense qu'il se changeait en supplice... et une douleur si parfaite qu'elle devenait extase. Jusqu'à l'épuisement. Jusqu'à ce que la vie s'éteigne dans un râle de satisfaction pure.
On disait alors qu'elle aspirait l'âme de ses victimes, qu'elle tentait, par cette union ultime, de remplir le gouffre béant au fond d'elle — ce vide noir que rien ne semblait pouvoir combler.
Mais personne ne savait pourquoi son regard était si dur. Pourquoi ses yeux, d'un gris pâle presque translucide, semblaient pleurer en silence à chaque exécution. Elle n'était pas née ainsi. Elle n'avait pas toujours été cette reine d'acier et de silence.
Mais personne ne savait pourquoi son regard était si dur. Pourquoi ses yeux, d'un gris pâle presque translucide, semblaient pleurer en silence à chaque exécution. Elle n'était pas née ainsi. Elle n'avait pas toujours été cette reine d'acier et de silence.
Autrefois, il y avait eu en elle une lumière. Une flamme douce, presque fragile. Quelque chose de bon. Mais cette chose avait été brisée, arrachée, consumée. Et ce quelque chose... avait un nom. Un nom que seule Alénora se souvenait peut-être encore. Ou peut-être... quelqu'un d'autre aussi. Quelqu'un qui, quelque part, portait encore en lui la clé du vide de son esprit.
***
Dans les profondeurs oubliées du château, là où la lumière n'osait plus descendre, Alénora se tenait dans son antre. Les murs suintaient l'humidité, et les pierres noircies semblaient encore murmurer les cris étouffés des siècles passés. Cette forteresse multicentenaire, bâtie sur des charniers et consolidée par le sang des traîtres, avait vu bien des reines, bien des rois... mais aucun n'avait eu l'aura sombre et glaciale d'Alénora, la Reine de Fer.
Son empire n'avait plus d'alliés. Il n'en avait plus besoin. Car la peur était une alliée bien plus fidèle que l'amitié et les serments. Et la guerre, sa compagne la plus dévouée. Sous son règne, les frontières tremblaient, les hommes se courbaient, et les femmes murmuraient son nom avec crainte et désir.
Ce soir-là, un espion avait été capturé. Un homme venu d'un royaume désormais sans nom, car rayé de la carte sous ses ordres. Il était attaché, bras écartés, à une croix de fer rouillé fichée dans la pierre. Nu, offert, vulnérable. Son torse se soulevait à peine, secoué de frissons. Le froid de la pièce, mais aussi la peur. Pourtant, même ainsi, Alénora nota sa beauté. Un bel animal, pensa-t-elle. Elle aurait pu le faire pendre. Le brûler vif. Le saigner lentement. Mais elle avait une autre idée. Plus lente. Plus intime, sublime !
Elle s'approcha, un flacon sombre entre les doigts. Une potion amère qu'elle força entre les lèvres du captif. L'homme toussa, grogna, puis ouvrit enfin les yeux. Son regard accrocha celui de la reine, et l'effroi y dansa aussitôt. Mais Alénora ne montra rien d'autre qu'un sourire doux, presque maternel. Elle leva une main gantée de cuir noir, puis la glissa lentement sur son torse, traçant les lignes de ses muscles avec la tendresse d'une amante... ou d'une prédatrice.
Elle ne dit rien. Les mots étaient inutiles à ce stade. Il fallait apprivoiser la bête. Tendre le piège avec des caresses, pas des chaînes.
Ses mains descendirent lentement. Son souffle effleura la peau du prisonnier, y laissant une trace chaude. Elle sentit son sexe durcir sous ses doigts. Il résistait à peine. Peut-être espérait-il une clémence. Peut-être n'avait-il simplement plus la force de lutter contre le plaisir.
Ses mains descendirent lentement. Son souffle effleura la peau du prisonnier, y laissant une trace chaude. Elle sentit son sexe durcir sous ses doigts. Il résistait à peine. Peut-être espérait-il une clémence. Peut-être n'avait-il simplement plus la force de lutter contre le plaisir.
Quand sa bouche l'enveloppa, ce fut avec une lenteur calculée, une maîtrise cruelle. Elle voulait qu'il se tende. Qu'il se perde. Et il le fit. Alénora sentait son pouvoir se répandre dans chaque gémissement contenu, chaque muscle qui se contractait malgré lui.
— Tu es à moi, murmura-t-elle contre sa peau.
Elle se releva, le toisa. Dans ses yeux, elle lisait tout. Ses peurs, ses fantasmes, ses blessures. Cet homme cachait une noirceur trouble. Un goût certain pour l'interdit. Elle le détacha. Non pas par compassion, mais parce qu'elle savait qu'il ne fuirait pas.
Il glissa à ses pieds, les jambes tremblantes. Elle releva sa robe lentement, dévoilant sa vulve déjà humide, comme une offrande inversée. Il n'hésita pas. Rampant jusqu'à elle comme un mendiant vers une source, il enfouit son visage entre ses cuisses. Il la lécha avec une avidité féroce, désespérée, comme un homme qui avait oublié jusqu'à son propre nom, ne vivant plus que pour ce goût, cette chaleur.
Alénora ferma les yeux, sa main nouée dans les cheveux du supplicié. Le pouvoir n'était pas dans le trône. Il était là, dans ce moment brut et intime, où un homme ployait non pas sous la force, mais sous le désir.
Alénora se délectait de chaque soupir étranglé, de chaque frisson qui parcourait l'échine de son nouvel esclave. Il n'était plus un espion. Il n'était plus un homme. Il était devenu une extension de sa volonté. Un corps chaud, une bouche affamée, une offrande sur l'autel de sa toute-puissance.
Elle l'avait conduit, à genoux, jusqu'à son lit de pierre noire — une dalle massive gravée de symboles anciens, usés par les corps qu'elle y avait possédés. Elle ne le regardait plus comme une ennemie regarde son prisonnier. Elle le regardait comme une déesse contemple son serviteur préféré : avec désir, cruauté et affection froide.
— Allonge-toi, ordonna-t-elle d'un ton bas, presque tendre.
Il obéit, les poignets encore marqués par les fers. Son regard brillait d'un feu nouveau — mélange de peur, de fièvre, et de soumission involontaire. Il ne savait plus très bien où il était. Il ne savait plus depuis quand. Tout se confondait : les pierres froides, le goût de la reine, le parfum âcre de la sueur et du sexe.
Elle s'installa à califourchon sur lui, ses longues cuisses gainées de cuir enserrant son bassin. D'un mouvement lent, presque cérémoniel, elle s'empala sur lui. Il gémit, perdu entre l'extase et l'effroi. Il voulut parler, mais elle posa un doigt sur ses lèvres.
Elle s'installa à califourchon sur lui, ses longues cuisses gainées de cuir enserrant son bassin. D'un mouvement lent, presque cérémoniel, elle s'empala sur lui. Il gémit, perdu entre l'extase et l'effroi. Il voulut parler, mais elle posa un doigt sur ses lèvres.
— Chut... Ce n'est pas ta bouche que je veux entendre.
Elle le chevaucha avec lenteur, chaque mouvement pesé, chaque va-et-vient une caresse brûlante doublée d'un châtiment. Ses ongles laissaient des traînées rouges sur son torse. Sa bouche, entrouverte, respirait le plaisir, mais ses yeux... ses yeux ne clignaient jamais. Ils scrutaient. Ils possédaient.
Il sentit son corps se tendre, incapable de résister plus longtemps. Mais Alénora s'interrompit brusquement. Elle se pencha, sa bouche à l'oreille de l'homme.
Il sentit son corps se tendre, incapable de résister plus longtemps. Mais Alénora s'interrompit brusquement. Elle se pencha, sa bouche à l'oreille de l'homme.
— Tu ne viens que quand je l'ordonne. Si tu jouis sans moi... je t'éventre comme un porc.
Et elle reprit ses mouvements. Plus rapides. Plus puissants. Comme une tempête qu'on ne pouvait fuir. Il tenta de se contenir, mais sa reine, sa maîtresse, sa damnation incarnée le poussait au bord de l'oubli. Elle murmurait à son oreille des mots anciens, des sortilèges anciens que seul son sexe semblait comprendre.
Puis, elle s'arrêta net, au moment où il était prêt à tout lâcher. Elle se redressa, s'écarta, le laissa là, tremblant, le membre ruisselant, douloureux d'un plaisir inachevé. Elle le regarda de haut, cruelle et sublime.
Puis, elle s'arrêta net, au moment où il était prêt à tout lâcher. Elle se redressa, s'écarta, le laissa là, tremblant, le membre ruisselant, douloureux d'un plaisir inachevé. Elle le regarda de haut, cruelle et sublime.
— Tu es à moi. Tu ne jouiras que dans la douleur. Que dans l'obéissance. Et quand tu m'imploreras assez, peut-être... je te libérerai. Peut-être.
Elle lui tourna le dos et disparut dans l'ombre, laissant derrière elle l'odeur entêtante du sexe et du pouvoir.
L'homme resta là, pantelant, perdu. Il savait. Il ne s'échapperait jamais. Et au fond de lui, il ne le voulait plus.
L'homme resta là, pantelant, perdu. Il savait. Il ne s'échapperait jamais. Et au fond de lui, il ne le voulait plus.
***
Ce jour-là, la neige tombait en silence. Un silence sépulcral, absolu, comme si le monde lui-même retenait son souffle.
Deux soldats en armure sombre pénétrèrent dans la salle du trône, encadrant un prisonnier à demi nu. L'homme ne semblait pas ressentir le froid, bien que ses poignets fussent liés dans son dos par une corde rêche, durcie par le gel. Sa peau portait les stigmates d'un passé violent : des cicatrices croisées sur le torse, des tatouages ésotériques noirs comme l'encre de la nuit. Il avait les cheveux longs et emmêlés, et dans ses yeux... ce calme étrange, presque dérangeant. Trop calme pour un captif.
Deux soldats en armure sombre pénétrèrent dans la salle du trône, encadrant un prisonnier à demi nu. L'homme ne semblait pas ressentir le froid, bien que ses poignets fussent liés dans son dos par une corde rêche, durcie par le gel. Sa peau portait les stigmates d'un passé violent : des cicatrices croisées sur le torse, des tatouages ésotériques noirs comme l'encre de la nuit. Il avait les cheveux longs et emmêlés, et dans ses yeux... ce calme étrange, presque dérangeant. Trop calme pour un captif.
— Un métamorphe humain, Majesté, annonça l'un des gardes avec un dédain manifeste. Capturé dans les forêts de Nymor.
Alénora, assise sur son trône d'obsidienne, ne répondit pas immédiatement. Son regard s'attarda sur l'étranger. Quelque chose en lui la troublait. Était-ce son odeur ? Sa manière de se tenir, impassible malgré le froid ? Ou ce regard... qui ne fuyait pas, ne suppliait pas ?
Elle se leva lentement. Sa robe d'étoffe noire effleurait le sol poli dans un bruissement feutré, semblable au froissement d'ailes funèbres. Elle s'approcha du prisonnier, sa silhouette élancée dominant la salle de toute sa majesté glaciale. Elle le surplombait, tant par la taille que par la posture, et pourtant... il ne fléchissait pas. Il ne tremblait pas. Pas un frisson. Pas un battement de cil. Il se tenait droit, solide, tel un roc face à la tempête.
Il ne baissa pas les yeux.
Elle se leva lentement. Sa robe d'étoffe noire effleurait le sol poli dans un bruissement feutré, semblable au froissement d'ailes funèbres. Elle s'approcha du prisonnier, sa silhouette élancée dominant la salle de toute sa majesté glaciale. Elle le surplombait, tant par la taille que par la posture, et pourtant... il ne fléchissait pas. Il ne tremblait pas. Pas un frisson. Pas un battement de cil. Il se tenait droit, solide, tel un roc face à la tempête.
Il ne baissa pas les yeux.
— Tu devrais te prosterner pour demander grâce. Les métamorphes ne sont pas bien vus ici.
— Je ne me prosterne devant personne.
— Je ne me prosterne devant personne.
Un sourire effleura les lèvres pâles de la Reine. Ce n'était pas un sourire de joie, mais un rictus — une faille dans le masque d'impassibilité. Elle fit un simple geste de la main.
— Emmenez-le dans les geôles privées. Je viendrai... plus tard.
Lorsque les lourdes portes se refermèrent derrière lui, Alénora resta immobile un long moment. L'écho de sa voix résonnait encore dans sa mémoire. Ce regard. Ce calme. Il l'obsédait déjà.
Toute la journée, ses pensées revinrent à ce métamorphe. Elle l'imaginait nu, agenouillé à ses pieds. Elle le verrait plié, comme tous les autres. Oh, elle commencerait lentement. Par ses pieds. Elle aimait cela : voir des guerriers farouches, des généraux indomptés, des espions sans nom, se pencher pour lécher la saleté de ses bottes ou la sueur de sa peau. Il y avait, dans ce geste, une soumission primitive qui l'excitait au-delà des mots.
Toute la journée, ses pensées revinrent à ce métamorphe. Elle l'imaginait nu, agenouillé à ses pieds. Elle le verrait plié, comme tous les autres. Oh, elle commencerait lentement. Par ses pieds. Elle aimait cela : voir des guerriers farouches, des généraux indomptés, des espions sans nom, se pencher pour lécher la saleté de ses bottes ou la sueur de sa peau. Il y avait, dans ce geste, une soumission primitive qui l'excitait au-delà des mots.
Puis elle irait plus loin. Elle chercherait dans son esprit. Dans ses désirs. Dans ses failles. Elle fouillerait les recoins sombres de son âme, là où même lui n'osait poser les yeux. Tous les hommes avaient de tels recoins. Elle les connaissait tous.
Certains voulaient être humiliés, battus, réduits à l'état de choses. D'autres, plus rares, rêvaient de la dominer elle, la Reine... et parfois, elle leur laissait cette illusion. Juste assez longtemps pour les faire chuter de plus haut. Certains portaient le deuil d'une amante disparue, le fantasme d'un frère interdit, ou la honte d'un désir bestial. Elle leur offrait tout. Grâce à ses dons, elle pouvait modeler leurs rêves, les enserrer dans leurs propres pulsions.
Il y avait les pervers qui rêvaient d'animaux, ceux qui désiraient être souillés, brisés, effacés. Alénora entrait dans ces fantasmes comme on entre dans une maison abandonnée — curieuse, impitoyable. Elle les faisait jouir, hurler, supplier, jusqu'à ce que chaque fantasme ait été exaucé, retourné, dévoré.
Et lorsque leurs âmes, vidées de toute volonté, n'étaient plus que des coquilles, elle les aspirait. Lentement. En profondeur. Comme on boit un vin rare et ancien. Alors, en quelques jours à peine, ils s'éteignaient, abandonnés à la mort, sans même en avoir conscience.
Mais ce métamorphe... non. Quelque chose en lui était différent.
Quand la nuit tomba enfin sur Celyndor, Alénora descendit dans les profondeurs de ses geôles. Là où l'air devenait lourd et poisseux, saturé par l'odeur du fer, du sexe, et de la pierre humide. À chaque marche, elle sentait un frisson monter dans sa chair, une chaleur ancienne s'éveiller au creux de son ventre.
Quand la nuit tomba enfin sur Celyndor, Alénora descendit dans les profondeurs de ses geôles. Là où l'air devenait lourd et poisseux, saturé par l'odeur du fer, du sexe, et de la pierre humide. À chaque marche, elle sentait un frisson monter dans sa chair, une chaleur ancienne s'éveiller au creux de son ventre.
Il était temps de le rencontrer. Vraiment.
***
Les torches éclairaient la pièce d'une lumière vacillante, presque vivante. L'ombre dansait sur les murs de pierre, dessinant des formes incertaines, comme des souvenirs enfouis. Alénora entra seule, comme toujours. Seule face au prisonnier. Pas de garde, pas de témoin. Juste elle... et le supplicié.
Le métamorphe était suspendu par les poignets, torse nu, les bras tendus, tendus jusqu'à l'abandon. Sa tête penchée vers le sol, les cheveux collant à sa peau moite. Il ne bougeait pas. Et pourtant, sa présence emplissait l'espace. Comme si chaque pierre, chaque torche, chaque souffle de l'air portait la trace de sa chaleur. Un être silencieux, mais brûlant, dont la simple existence semblait faire frémir les murs.
Elle fit le tour lentement, presque solennelle, effleurant les chaînes, frôlant les pierres, jusqu'à ce qu'elle passe derrière lui. Sa main effleura une ancienne cicatrice sur son épaule. Une ligne fine, presque effacée. Il frissonna. Ce n'était pas la peur. Non. Quelque chose d'autre. Une mémoire ? Une reconnaissance ?
— Tu ne dis rien, métamorphe ? Tu n'as pas peur ? Tu sais qui je suis ?
Sa voix était tranchante, presque cruelle, mais sous l'acier vibrait une note plus trouble, une tension plus intime.
— Bien sûr, dit-il enfin. Je suis venu pour toi.
Elle s'arrêta net, plissa les yeux.
— Pour moi ?
— Je voulais te poser une question.
— Je voulais te poser une question.
Elle ne répondit pas. Mais son cœur, lui, répondit. Elle le sentit battre plus fort, dans ses tempes, dans sa gorge. Elle le fixa, troublée par le ton familier de cette voix rauque, écorchée, mais étrangement douce. Il poursuivit, sans attendre d'autorisation.
— Alénora... Pourquoi n'es-tu jamais revenue à l'étang ?
Elle recula d'un pas, comme frappée par un fouet invisible. Ce nom... Ce lieu... Ils résonnèrent en elle comme une cloche fêlée, un écho venu d'un monde ancien. Et soudain, tout remonta.
Lui.
Ce garçon aux yeux bruns tachetés d'or et d'argent. Ce métamorphe qu'elle avait aimé dans le secret des bois de l'enfance. Celui avec qui elle avait plongé, ri, découvert la brûlure du désir et la douceur de la peau. Celui à qui elle avait juré de revenir. Et que ses parents lui avaient interdit de revoir. Celui qu'elle croyait mort.
Impossible.
Lui.
Ce garçon aux yeux bruns tachetés d'or et d'argent. Ce métamorphe qu'elle avait aimé dans le secret des bois de l'enfance. Celui avec qui elle avait plongé, ri, découvert la brûlure du désir et la douceur de la peau. Celui à qui elle avait juré de revenir. Et que ses parents lui avaient interdit de revoir. Celui qu'elle croyait mort.
Impossible.
— Tu m'avais promis, murmura-t-il. Tu m'avais dit que tu reviendrais. Tu ne l'as jamais fait. Je suis revenu à l'étang aussi souvent que possible pendant des années.
Elle chancela, s'effondra sur un banc de pierre, les bras ballants. Le souffle court. Son regard se perdit dans les flammes. Tout remontait, vif, brûlant, insoutenable. Leurs rendez-vous volés sous la lune, les caresses maladroites, les mots balbutiés entre deux soupirs. Il était un métamorphe, capable de se changer en ours, puissant et majestueux, mais aussi doux, presque timide. Elle, une femme de sang noble, enfermée dans une cage dorée, un avenir tracé qu'elle refusait déjà.
Ils s'étaient aimés sans comprendre, avec l'innocence des âmes nues. Puis, un jour, tout s'était brisé. Ses parents l'avaient enfermée, isolée, brisée. Elle avait cru qu'il l'avait oubliée, qu'il était mort, tué par les gardes de ses parents maudits. Et lui... avait attendu.
Ils s'étaient aimés sans comprendre, avec l'innocence des âmes nues. Puis, un jour, tout s'était brisé. Ses parents l'avaient enfermée, isolée, brisée. Elle avait cru qu'il l'avait oubliée, qu'il était mort, tué par les gardes de ses parents maudits. Et lui... avait attendu.
— Je ne t'ai pas oublié, dit-elle en relevant les yeux, noyés de larmes. Je ne t'ai jamais oublié... Je te croyais mort. Mes parents m'avaient dit que...
sa voix se brisa. Les mots ne venaient plus. L'émotion la submergea. Ce n'était pas seulement l'homme qu'elle retrouvait. C'était elle. L'enfant qu'on avait trahie. L'adolescente qu'on avait réduite au silence. La femme qu'elle aurait pu devenir.
Il la regarda, le visage apaisé malgré la douleur, et son sourire fut celui d'un rêve revenu d'entre les morts.
Il la regarda, le visage apaisé malgré la douleur, et son sourire fut celui d'un rêve revenu d'entre les morts.
— Je n'ai jamais cessé de t'aimer.
Le couple enfin réuni goûta un instant de silence apaisé. Ils étaient ensemble, à nouveau. Soudain, la reine se rendit compte que le métamorphe était encore attaché. Sans un mot, elle le libéra, et aussitôt, ils s'étreignirent avec une force si bouleversante qu'elle fit jaillir des larmes de joie aux yeux des deux amants.
Après ce moment suspendu hors du temps, il fallait parler. Tant de choses demeuraient enfouies, inexprimées. Mais Alénora ne savait par où commencer.
Ce fut le métamorphe qui rompit le silence :
Après ce moment suspendu hors du temps, il fallait parler. Tant de choses demeuraient enfouies, inexprimées. Mais Alénora ne savait par où commencer.
Ce fut le métamorphe qui rompit le silence :
— Je suis venu pour toi, mon amour.
Alénora resta muette.
— J'ai entendu parler de ton errance... cruelle.
La reine demeurait silencieuse, livide, redoutant le jugement.
— Mais rassure-toi, je ne t'en veux pas. Je suis venu pour te sauver.
Elle se redressa légèrement, en larmes.
— Me sauver ? Comment pourrais-tu me sauver ? J'ai été trop loin dans la cruauté... Je ne pourrai jamais revenir en arrière, ni même me pardonner.
Le métamorphe la saisit doucement par les épaules, son regard brûlant d'une intensité qu'elle ne lui connaissait pas.
— Notre amour te sauvera.
Un silence tomba, plus lourd que le précédent. Puis Alénora murmura :
— Mon amour... Je suis reine. Et toi, tu es métamorphe. Mes parents nous ont séparés, et mon royaume l'aurait fait aussi. Il n'y a pas de place pour toi ici. Et moi, je ne peux quitter ces terres sans être tuée — mes ennemis sont nombreux, au-delà de ces murs.
— Je sais tout cela.
— Je sais tout cela.
Le regard du métamorphe se fit dur, mais débordant d'amour.
— Je suis venu me livrer. Je savais que tu me tuerais. Mais je voulais te revoir... juste une dernière fois.
Alénora secoua la tête, les larmes aux yeux.
— Je ne peux pas... Je ne peux pas te perdre à nouveau.
— Tu ne me perds pas, Alénora. Je vais redevenir une part de toi. Un souvenir qui ne souffre plus. Je serai toujours avec toi... en toi.
— Tu ne me perds pas, Alénora. Je vais redevenir une part de toi. Un souvenir qui ne souffre plus. Je serai toujours avec toi... en toi.
Elle ne voulait pas entendre ces mots. Pourtant, il n'y avait pas d'autre issue. Alors, il lui murmura des paroles douces, des mots d'amour, et il l'encouragea à tenir bon.
Les deux amants se dirent adieu.
Ils firent l'amour une dernière fois, à même le sol froid. Jamais ils ne furent aussi proches. Leurs corps nus se touchaient avec grâce, avec une tendresse farouche, mêlée de passion silencieuse.
Et dans l'extase, Alénora accueillit une dernière fois l'homme qu'elle avait toujours aimé.
Lorsque leurs corps s'unirent dans l'abandon total, quand leurs âmes vibrèrent à l'unisson, la reine plongea une dague dans le cœur de son amant.
Il ne souffrit pas.
Il mourut en regardant l'étoile de son existence... Alénora.
Les deux amants se dirent adieu.
Ils firent l'amour une dernière fois, à même le sol froid. Jamais ils ne furent aussi proches. Leurs corps nus se touchaient avec grâce, avec une tendresse farouche, mêlée de passion silencieuse.
Et dans l'extase, Alénora accueillit une dernière fois l'homme qu'elle avait toujours aimé.
Lorsque leurs corps s'unirent dans l'abandon total, quand leurs âmes vibrèrent à l'unisson, la reine plongea une dague dans le cœur de son amant.
Il ne souffrit pas.
Il mourut en regardant l'étoile de son existence... Alénora.
Épilogue
On dit qu'elle ne parla à personne pendant trois jours. Qu'elle resta assise dans les geôles vides, caressant un manteau de fourrure d'ours, les yeux perdus.
Puis elle brûla les cachots.
Elle libéra les prisonniers. Abolit les tortures. Offrit paix aux humains du nord. On murmura que son cœur avait fondu.
Alénora ne prit jamais d'époux. Mais sous son règne. Son peuple, d'abord choqué, finit par l'aimer. On l'appela Alénora la Douce, la Reine aux Larmes d'Or.
Et parfois, quand elle disparaissait dans les bois, on racontait qu'on la retrouvait au bord d'un étang, assise dans la mousse, parlant à une ombre qu'elle seule pouvait voir.
On dit qu'elle ne parla à personne pendant trois jours. Qu'elle resta assise dans les geôles vides, caressant un manteau de fourrure d'ours, les yeux perdus.
Puis elle brûla les cachots.
Elle libéra les prisonniers. Abolit les tortures. Offrit paix aux humains du nord. On murmura que son cœur avait fondu.
Alénora ne prit jamais d'époux. Mais sous son règne. Son peuple, d'abord choqué, finit par l'aimer. On l'appela Alénora la Douce, la Reine aux Larmes d'Or.
Et parfois, quand elle disparaissait dans les bois, on racontait qu'on la retrouvait au bord d'un étang, assise dans la mousse, parlant à une ombre qu'elle seule pouvait voir.
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