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✦ Pulsar05 Les Chroniques de l'Ether XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Les Chroniques de l'Ether — Chapitre 17 · Révélations

22 minutes
811
Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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Les Chroniques de l'Ether

Chapitre 17 · Révélations

Chapitre 17 - Révélations
Cela faisait si longtemps qu'il l'avait abandonnée, lâchement, dans cette prison putride et noire, qu'elle en avait oublié la saveur du sel, la chaleur du Jour et la fraîcheur de l'eau. Seule avec ses idées sombres dans cette cave humide et dépourvue de lumière, elle explorait les vastes contrées du temps et de l'espace de sa mémoire et du monde. Depuis le bouleversement qu'elle avait ressenti dans l'éther, son esprit était éveillé et alerte. Néanmoins, étant donné l'enfermement dans lequel elle était piégée, elle maintenait son corps en stase, se nourrissant des rêves et des cauchemars qu'elle percevait tant bien que mal. Bien malgré elle, elle sentait son corps se flétrir lentement, en plus des entraves qui bloquaient ses mains, son cou et sa lourde poitrine dénudée et tombante.
La neige l'environnait, l'effroi l'aveuglait. Jamais elle ne pourrait lui pardonner son acte indicible. La honte l'accablait même de ne pas avoir su voir le mal qui l'avait rongée. Cela n'importait plus, désormais. Elle était morte pour elle, et elle devait suivre sa route.
Elle la mena au bout de quelques levers de Jour à un hameau de miséreux. Ils ressemblaient à ses parents, tant ils étaient vêtus pauvrement, tant la peine et l'accablement pesaient sur leurs épaules. Alors qu'elle traversait ce petit conglomérat de cahutes, elle les vit tous sortir, les hommes, les femmes et même les enfants, et la suivre du regard. Elle aussi faisait pitié mais elle se sentait déshabillée, comme un bout de viande qu'on agiterait devant un animal affamé. Elle força l'allure, ignorant sa faim, ignorant ses muscles qui lui brûlaient sous l'effort.
Elle finit par se retourner vivement pour leur faire face, comprenant qu'elle ne les sèmerait pas. Elle vit dans leurs regards un délire fiévreux et hypnotique qui l'effarait. Elle leur hurla :
- ALLEZ-VOUS-EN !!
Les hommes ricanèrent, en voyant ses gros seins apparaître entre les pans déchirés de sa chemise. Les femmes la huèrent, en s'approchant armées de bâtons.
- Viens-la, ma petite, on va t'accueillir, susurra l'une d'elles.
- Ouais, tu seras bien à la cuisine ! persifla un rustre gaillard.
Elle reculait alors, la peur lui nouant les tripes. Elle saisit alors l'ampleur de la sauvagerie dont ils étaient prêts à s'adonner. Les enfants lui jetèrent les premières pierres. L'une la blessa sous la clavicule, sous les railleries des malotrus. Elle se retourna et prit les jambes à son cou. Malheureusement pour elle, elle n'avait pas vu que l'un des gars avait contourné les huttes. Il la plaqua au sol avec une brutalité qui lui coupa le souffle.
La pauvre fille se débattait contre son ravisseur dans la neige et la boue glacées, donnant des coups de pieds et de poings. Mais l'autre était grand et fort : d'une main, il pouvait la maintenir par terre et de l'autre ouvrir son pantalon pour sortir son sexe flasque qui prenait du volume. Cette vision la terrifia ! Elle était encore vierge, elle ne voyait pas perdre son innocence dans un acte manifestement odieux. Elle redoubla de hargne pour se sortir de ce guêpier.
- Tenez-la, vous autres ! Vous passerez ensuite, annonça le scélérat, sans émotion.
- NON ! NE FAITES PAS CA !! hurlait-elle en débattant.
Mais quatre hommes accoururent et se ruèrent sur ses bras et ses jambes pour les immobiliser. Le commanditaire à la bite sortie et fièrement dressée lui arracha les vêtements. En dépit de sa lutte acharnée et désespérée, elle était totalement à sa merci. Elle le savait, il le savait. Son sourire carnassier en disait long. Les gaillards qui l'encadraient commençaient à suer à cause de l'énergie qu'elle déployait pour se soustraire à la violence en devenir.
- Mais maintenez-la, bordel ! râla le chef.
- On essaie, mais…
Le jeune femme libéra son bras droit, et s'en servit pour frapper son ravisseur à sa gauche. Son nez explosa dans un grognement ensanglanté.
- Retenez-la ! beugla le sauvage.
Les femmes autour aiguisaient leurs couteaux, et les enfants encourageaient leurs pères. La scène était surréaliste. Et pourtant, elle se débattait avec toute l'agressivité qui la possédait. La haine à leur égard pulsait en elle. La puissance qui l'habitait et qu'elle avait toujours cachée se montrait doucement mais sûrement. Aussi, lorsqu'un cinquième larron vint lui plaquer les épaules au sol, elle lui enfonça les doigts dans les orbites, et, crochetant son crâne, elle le renversa par-dessus elle, vers le saligaud en train de se masturber. Tous les autres la lâchèrent en même temps, surpris et choqués de ce revirement de situation.
- Mais tuez-la ! hurla un enfant, on veut manger !
La jeune xanthoderme se tourna vers lui, une féroce exécration dans le regard. Et elle bascula, libérant toute la rage, la colère et toute sa puissance dont elle n'en avait deviné qu'une infime portion. Elle saisit le gamin odieux par la gorge et le lança sur les femmes armées, qui le réceptionnèrent en hurlant des injures. Puis elle se rua vers son premier agresseur. Nue mais effrayante, elle l'attrapa par les couilles et la bite et tourna violemment la main avant de la remonter sèchement. L'homme hurla, pissant du sang par le trou béant qu'elle lui avait fait. Puis elle enfonça brutalement les mains dans le diaphragme et arracha la cage thoracique en l'ouvrant en deux. Il s'effondra sous le poids de la douleur.
Les autres étaient restés, pantois et consternés par une telle violence. Elle ne leur laissa pas le temps de la réflexion que déjà elle sautait sur le deuxième, lui labourant la poitrine dans un martèlement écœurant d'os brisés. Les autres encore indemnes réagirent et voulurent porter secours à leur comparse. Mais ils se découragèrent bien vite lorsqu'elle sortit son cœur de la poitrine et qu'elle mordit dedans à pleines mâchoires. Ils s'écartèrent alors chacun dans une direction. Elle esquissa à peine un geste qu'ils prirent la fuite, oubliant leurs femmes qui pleuraient sur l'enfant étendu au sol. Il avait pris un coup de couteau malheureux dans la lutte pour le réceptionner.
La sauvagerie ne la quittait plus. Alors elle se jeta sur le groupe effrayé.
Le goût de leur sang lui revint en mémoire, l'enfant ayant été particulièrement savoureux, et lui apporta un certain réconfort, terni par le regret d'avoir complètement perdu la tête. Le pire était que cela avait duré des siècles, sans qu'elle ne sût comment s'en débarrasser. Puis elle replongea.
Elle avait continué à massacrer des individus sur sa route, semant des cadavres et des restes. Les vautours étaient ravis du festin qu'elle leur laissait. Cependant, une certaine lassitude se fit sentir. Elle avait envie de se renouveler, même si elle avait tout le temps faim.
De plus, après cinq quinzaines, elle arriva aux portes d'une ville immense, à forte démographie. Elle était peuplée en majorité par des humains, comme elle. Enfin, elle avait fini par comprendre qu'elle était un peu plus que cela, mais quoi ? elle ne le savait pas vraiment. Toujours était-il qu'en plus d'humains, il y avait aussi des êtres bizarres. Certains portaient des ailes, d'autres des cornes, d'autres encore étaient mi-homme mi-animal. Elle aurait presque pu s'y sentir à sa place. Et ce fut le cas, puisqu'elle choisit de s'y installer.
Rapidement, elle se sentit de nouveau gênée par le regard lascif des hommes et des mâles qui la croisaient. Si, au début, cela l'effrayait, une idée lui vint. Une idée délicieusement mortelle. Elle s'entraîna beaucoup pour son premier rodéo. Elle apprit à s'habiller, bien se comporter, séduire et elle s'offrit même le luxe d'apprendre à envoyer des images mentales. Alors, les premières fois, il s'agissait de petits flashs subliminaux, mais elle savait qu'elle réussirait à développer cette capacité, par la suite.
Lorsqu'elle sortit ce soir-là, personne de son passé ne l'aurait reconnue, tant elle était magnifique et qu'elle avait su se mettre en valeur. Elle avait enfilé une robe de cuir végétal d'un rouge sombre qui sublimait sa lourde poitrine dans un décolleté plongeant mais constitué de lanières de cuir et de métal finement ouvragées. Elle portait une paire de cuissardes très sombres aux reflets reptiliens, qui montaient sur ses cuisses de façon à ce qu'une simple bande de peau nue séparait le tissu de la robe courte avec le cuir de la chaussure. Un pardessus cintré et ajusté de cuir bronze complétait sa tenue.
Elle connaissait l'endroit en vogue où ses atouts seraient appréciés. Il s'agissait d'une taverne qui accueillait tout genre d'individus, mais la plupart avait de l'allure et de la prestance. Cela avait un côté rassurant : ils semblaient respectueux et scrupuleux.
Quoique celui-là lui paraissait bien intéressé… Elle était assise à une table légèrement à l'écart de la foule qui s'agglutinait autour du comptoir pour bénéficier d'une consommation. Tantôt une bière ale, tantôt un spiritueux, tantôt une liqueur. Certains se dirigeaient ensuite vers les tables pour siroter et discuter, ou vers les zones de divertissement où l'on pouvait profiter d'une cible ou d'une table munie d'une feutrine rouge sombre. Elle était fascinée par ce qu'elle voyait, étant aux premières loges.
Et, il y avait lui, penché sur la table avec une longue tige entre le main en train d'esquisser son mouvement. Le geste sûr, il lui lança un regard ravageur avec un léger sourire, avant de cogner une grosse bille blanche. Apparemment, le coup était réussi puisque son adversaire soupira de déception. La fierté se lisait sur son visage, et, conquérant, il changea d'endroit et se remit en position. Son verre de spiritueux à la main, elle l'observait attentivement, détaillant sa carrure athlétique dissimulée par son pantalon noir et son veston associé. Entre les boutons de chemise fermée jusqu'à l'avant-dernier, elle devinait un poitrail fort et velu. Son nouveau coup manqua sa cible alors qu'il s'écarta, dépité, pour laisser jouer son adversaire.
Aussi, il en profita pour s'approcher d'elle, le chef altier, lorgnant subtilement sur son décolleté plongeant :
- Bonsoir, jeune demoiselle !
- B-Bonsoir monsieur, feignit-elle l'hésitation et l'impressionnement, malgré le fait qu'il était grand et qu'il la dominait de toute sa hauteur.
Il ne remarqua pas le faux-semblant et demanda :
- C'est la première fois que vous venez, n'est-ce pas ?
- O-Oui, j'ai entendu parler de cet endroit et la curiosité m'y a poussée ! Je m'appelle Scylla et vous ?
- Enchanté. Moi, c'est Gerich, se présenta-t-il. J'aimerais bien savoir ce que la curiosité pourrait vous pousser à faire d'autres, ajouta-t-il avec un sourire enjôleur.
- Quel est ce jeu ? changea-t-elle de sujet, avec aplomb.
- Ca ? C'est du billard. Un sport auquel on jouait avant le Grand Flash. Il faut taper dans la blanche avec la queue pour faire empocher les billes de sa couleur.
Donnant ses explications, il montrait du doigt les différentes pièces du jeu qu'il venait de mentionner. Tendant la main à sa belle interlocutrice, il lui détailla quelques points de règles en observant son adversaire empocher plusieurs billes de sa couleur. Alors, elle lui glissa dans l'oreille :
- Il est bon pour manipuler sa queue, vous croyez que je devrais plutôt le rejoindre ?
Il la dévisagea avec une rare intensité, puis il la saisit discrètement mais fermement par le bras avant de lui chuchoter :
- Vous devriez faire attention à vos insinuations, vous pourriez être fort surprise par ma “capacité à manipuler ma queue”, comme vous dites si bien. Je pourrais sans aucun doute vous …
Elle le coupa, l'index sur la bouche surmontée d'une fine moustache, l'autre main jouant imperceptiblement avec les lanières de son décolleté :
- Dépêchez-vous de finir votre partie, et gagnez-la, lui susurra-t-elle en retournant s'asseoir.
L'homme suait et paraissait d'un coup comme trop serré dans ses vêtements. Lorsque cela fut de nouveau à son tour, il fit des efforts pour se concentrer sur son jeu très mal engagé. Mais cela était sans compter sur la mesquinerie de la belle et sombre femme qui le tourmentait. Il était de nouveau penché face à elle, et fit l'erreur de lui jeter un regard empli d'espoir. Et celle-ci décroisa les jambes, très lentement, lui donnant l'impression de distinguer ce qu'il ne devrait voir, puis elle les recroisa, encore plus lentement, ses doigts toujours jouant nonchalamment avec son décolleté. Personne ne semblait se rendre compte du tumulte qui naissait chez le joueur.
Complètement déstabilisé, il manqua son coup. Ses yeux bouillonnaient de rage, mais il se contint et céda avec raideur sa place à son adversaire qui empocha ses deux dernières billes et tenta le double rebond sur la bille blanche. Il tiqua légèrement lorsque sa bille finit par s'immobiliser à une position confortable pour la proie de la belle. Gerich reprit la main et sa déconfiture laissa peu à peu place à un sentiment de puissance. Scylla le voyait dans son attitude, dans son regard. Cependant, la blanche ne fut pas empochée et son adversaire s'en chargea pour lui, telle une leçon.
Les deux hommes se serrèrent la main, et l'adversaire s'approcha de la jeune femme :
- A priori, vous repartez avec le gagnant, de ce que j'ai compris ? tenta-t-il audacieusement.
- Vous avez dû mal comprendre, dans ce cas, le rabroua-t-elle gentiment, passez une bonne soirée.
- Une prochaine fois, peut-être ?
- Peut-être. Gerich ?
L'interpellé, surpris, se retourna vivement :
- Je croyais que…
- Vous croyiez de travers… Décidément, vous manquez de confiance, lança-t-elle avec un dédain surjoué.
Elle se leva ensuite, rapporta son verre au comptoir et quitta la taverne, non sans un dernier regard vers la table de billard. Dehors, l'air vivifiant lui rafraîchissait la peau, excitée par toute cette situation, et elle s'engagea dans la ruelle. Soudain, la porte de la taverne, dans son dos, s'ouvrit puis claqua. S'ensuit le bruit de pas précipités :
- Attendez !
L'homme la rattrapa et lui saisit le bras. Elle voulut se débattre mais elle reconnut Gerich. Elle eut à peine le temps d'esquisser un sourire que, déjà, il l'embrassait. Leurs lèvres s'embrasèrent au contact, avant qu'il ne forçât le passage de sa langue pour mener une danse linguale qui fit fondre la jeune femme. Ses mains avaient pris possession d'elle, alors qu'il la recula contre le mur en pierre qui longeait la ruelle. Les lumières d'Erotium éclairaient faiblement Scylla qui se faisait peu à peu dénuder par son amant pressé. Sans se laisser le temps de respirer, il libéra les deux gros seins, lui faisant pousser un petit gémissement étouffé. Elle attira son visage contre sa mamelle, et ce dernier s'empressa de le téter. Elle caressait ses cheveux pendant que l'excitation dévorante l'envahissait lentement.
Gerich en voulait toujours plus, et il ne put retenir son geste. Il remonta la courte robe rouge de Scylla qui soupirait de bien-être. Loin d'être passive, elle libéra sa verge et entama une masturbation vive, quoique maladroite. Son amant grogna de contentement. Une valse sauvage s'opérait entre les deux, puisque, sans crier gare, elle le plaque contre le mur d'en face. Puis ce fut de nouveau lui. Et, ce ballet les emmena loin, à l'écart de la taverne. Il rendit les armes, appuyé contre le mur, lorsqu'elle s'accroupit pour prendre entre ses lèvres pulpeuses son membre viril. Elle n'avait jamais fait cela, mais sentait que c'était ce qu'il attendait.
Aussi, elle s'y essaya, écoutant son instinct et les réactions de son amant. Elle jouait tantôt du bout de la langue avec le gland violacé, tantôt l'avalant au plus loin possible, sans se faire vomir. Elle l'entendait gémir, caressant ses cheveux. A priori, il prenait un pied manifeste, et cela lui fit grimper son excitation. Elle se sentait suinter de l'entrejambe, tellement le brasier flambait.
Puis, il reprit l'ascendance. Il la releva, la plaqua sèchement contre le mur, une jambe en appui sur une marche, et présenta sa verge tendue contre sa fente trempée. Elle s'enfonça d'un coup de bassin. Ses pupilles se dilatèrent sous l'orgasme divin que cela lui procura. Elle découvrait le plaisir charnel. Son excitation insatiable la faisait frémir, tandis qu'elle perdait complètement l'esprit sous les coups de butoirs brutaux et profonds de son amant. Les yeux fermés, il s'acharnait, suant, ruant et soufflant, sans s'occuper de son amante.
Le plaisir en elle avait, en effet, peu à peu fait place à un changement notable. Son sang bouillonnait de l'orgasme résiduel, mais également de la faim cruelle et d'une puissance incommensurable. Complètement soumise à cette vague de sensations, elle se sentit submergée. Elle planta ses griffes acérées dans le dos de son amant. Ce dernier rugit de douleur, alors que le sang perlait déjà. Lorsqu'il la vit enfin, la stupeur s'affichait nettement sur son visage, figé par la nouvelle apparence de Scylla. Encore fiché en elle, il tenta de hurler. Mais, trop tard, elle fondait sur son cou, lui arrachant la gorge.
Elle put boire son sang, dévorer la chair ferme de son épaule, en même temps que ses serpents qui grouillaient dans sa chevelure purent se repaître eux aussi. Ce fut alors qu'elle comprit le trouble de son amant.
Même encore aujourd'hui, elle ne se rappelait pas avoir eu la moindre sensation de douleur lors de sa métamorphose. Pourtant, elle avait vu de nombreux changeurs de peau prendre leur autre forme. Ils souffraient souvent des multiples fractures qu'ils devaient subir. Pour elle, il n'en fut rien. En même temps, sa transformation avait été irréversible. Quel faible prix à payer.
Après ce premier meurtre à Myréthnopole, compte tenu de sa nouvelle apparence, elle avait dû se cacher. La honte l'avait étreinte la première fois qu'elle s'était enfoncée dans les égouts. Mais, elle s'était faite un joli nid douillet pour accueillir les âmes en mal d'amour. Effectivement, ses images mentales s'étaient considérablement améliorées et elle avait acquis la capacité d'infiltrer les rêves des habitants pour les pousser à la rejoindre, copuler mentalement avec eux, avant que la réalité ne les frappât sous les traits d'une gorgone monstrueusement belle.
Elle sourit à ces souvenirs, bien qu'une certaine amertume l'accablait. Tant de regrets guidaient sa vie, désormais révolue lorsqu'elle observait ses chaînes.
Pourtant, elle avait eu la possibilité d'une rédemption, enfin elle y avait cru, naïvement et avait bu ses paroles malhonnêtes.
***
Voilà qu'une semaine s'était écoulée depuis les derniers mots de leur guide avant qu'il ne les quittât. Ils marchaient avec entrain, conversant de nouveau et s'entraînant à la maîtrise de l'éther.
Kryphakalos était heureux de voir que sa compagne de voyage avait retrouvé une certaine joie, ou, en tout cas, le sourire, malgré l'absence évidente de ses ailes. Elle n'en parlait jamais mais il savait à quel point cela lui pesait. Mais c'était ainsi, et il devrait composer avec la honte qu'il ressentait.
Tectheria avait repris son habitude de disparaître quelques instants, depuis deux cycles. Cela était aussi un bon signe. Elle en revenait ragaillardie et plus lumineuse que jamais. Aujourd'hui, lorsqu'elle revint de son escapade, elle lui tendit une fiole contenant un liquide bleu intense :
— Regarde ! J'ai enfin réussi !
— Qu'est-ce que… Mais je croyais que… Mais qu'est-ce que tu fais quand tu t'échappes ??
La fée déchue rougit en baissant les yeux puis affronta son regard :
— Je me nourris. Grâce à l'énergie libérée par mon orgasme solitaire.
— Q-Quoi ? Je ne comprends pas…
— Tu ne le savais pas ? Les fées, lorsqu'elles jouissent, mâle ou femelle, produisent une puissante décharge d'éther qui réagit avec de l'eau pure et donne le petit liquide bleu. Et cette même décharge nous alimente. Littéralement, nous vivons d'amour et d'eau fraîche.
Kryphakalos assimila les informations. Puis il demanda :
— Quand tu dis que tu as enfin réussi, cela suppose que tu n'y arrivais pas avant ?
— Je n'y arrivais plus, oui, depuis…
- … la perte de tes ailes ?
— Oui. Mais apparemment, elles ne sont qu'une interface, qu'une manifestation lumineuse de mon orgasme.
— Je te trouve particulièrement lumineuse, en fait. Donc, si ça se trouve, ton corps a trouvé un autre moyen d'avoir cette interface.
— Peut-être. Mais en tout cas je suis tellement heureuse ! C'est ce qui me définit en tant que fée, tu comprends ?
— Bien sûr. Cela me fait plaisir pour toi, et je ne te cache pas que cela me soulage aussi du poids de ma propre culpabilité.
Il fuyait son regard, elle le voyait bien. Cela lui touchait beaucoup qu'il s'était inquiété pour elle, qu'il avait pris conscience de ce qu'il lui avait infligée. Une larme perla au coin de l'œil et, n'écoutant que son cœur, elle se mit sur la pointe des pieds et déposa un léger baiser sur les lèvres douces du jeune homme, tellement plus grand qu'elle.
Puis, sans lui laisser le temps de réaliser la force de son geste, elle s'extirpa de son magnétisme et reprit la route, devançant son ami de quelques pas, resté coi, sur place, hébété.
Il comprit à cet instant qu'il n'avait finalement pas compris grand-chose aux signaux ou aux femmes en général. Il l'observa alors différemment, s'éloignant de lui sur le sentier de terre, sa démarche ondulant dans sa parure efficace pour lutter contre le froid. Une pulsion depuis longtemps oubliée ronronna en lui. Il saisissait l'étendue des luttes intérieures de leurs sentiments contradictoires.
Mais elle lui avait pardonné et lui avait offert le plus beau cadeau qu'il aurait pu recevoir : sa confiance renouvelée, habillée d'une seconde chance. Il s'engagea sur ses pas avec une joie authentique et une légèreté qui l'avaient quitté depuis Hydrazyl. Il savait qu'il n'oublierait jamais Nymeria, mais Tectheria était le symbole de sa rédemption et de l'espoir de pouvoir construire à nouveau son avenir.
Lorsqu'il la rattrapa, il garda le silence. Son cœur cognait dans sa cage. Ils marchaient l'un à côté de l'autre, les épaules s'effleuraient. Chacun lançait des œillades furtives à l'autre, sans qu'ils ne s'en aperçussent. Ce moment agréable les fit sourire et, naturellement, leurs mains se joignirent. Ils marchèrent ainsi, silencieusement, jusqu'au zénith.
— Parle-moi à nouveau de la vision de tes parents, demanda subitement la fée, avec douceur.
Rassemblant ses souvenirs, il lui raconta, avec autant de détails possibles, leur rencontre sur une zone de récolte de métaux, leur idylle, leur exil, leur marche pour retrouver la dryade qui les aiderait à donner naissance au bébé, la naissance et leur mort. Il n'avait, jusqu'à présent, jamais compris que Mantarkh lui avait tout offert sur son ascendance. Il put ainsi revoir sa mère, la jolie fée brune aux tonalités bleutées, et son père, l'herpanthrope. Tout narrer lui procurait un bien fou et sentir la main de son amie se serrer dans la sienne le réconfortait lors des passages difficiles. Leur mort fut singulièrement éprouvante pour lui, mais il remarqua qu'elle aussi pleurait discrètement. Un autre détail avait attiré son attention. Un détail si insignifiant pour lui qu'il n'en prît pas la mesure de l'immensité de la chose. Était-ce une importance capitale, cette même implantation de cheveux ? Ou même ces boucles identiques ? A cet instant, non. Rien n'avait le moindre sens, sauf l'amour éclosant qu'il éprouvait pour elle, la fée si belle aux tonalités olivâtres.
Son histoire finie, il s'arrêta et prit Tectheria dans une étreinte chaleureuse et profonde, lui remerciant dans le creux de l'oreille de lui avoir permis de mettre des mots sur le tumulte qui entourait son passé. Elle lui rendait son câlin, lui remerciant en retour de lui avoir narré leur vie. Il sentait sa voix trembler, certainement dû à l'émotion de l'instant. Il rompit alors l'intime embrassade pour plonger ses yeux dans les siens, verts et brillants, puis il rendit enfin le baiser qu'elle lui avait offert.
Celui-ci fut plus passionné, plus consommé, plus consumant aussi. Ils s'adonnaient l'un à l'autre dans un flot de caresses délicates et peu assurées, alors qu'ils se découvraient lentement des lèvres et de leur langue. La neige se mit à tomber, et, instinctivement, il s'enferma avec Tectheria sous la chaleur de ses ailes, gardant pour eux le secret interdit de leur amour naissant.
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Monsieur Plume
7 novembre 2024 à 18:45
Tu donnes une fois de plus dans le sombre, le violent et le glauque (à tel point que j’ai cru à un moment que tu allais franchir la ligne rouge)… et c’est très réussi !
Le flashback sur l’histoire tragique de la Gorgone est passionnant et réussit à « humaniser » un peu le monstre qu’elle est. Bravo à toi !
Soyez respectueux
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Wedreca
7 novembre 2024 à 17:45
Plus l'histoire avance et plus on en apprend. Et on se rend compte que même la pire des créatures semble souffrir de sa propre existence.

Une fée sans ailes est-elle encore une fée ? Il semblerait que oui, de par sa liaison avec l'éther.
En tout cas, on ne peut que se féliciter du rapprochement de ces deux-là, qui ont déjà tant souffert.

Bravo Pulsar ! Encore un excellent chapitre :).
Soyez respectueux
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