L’échiquier
Chapitre 1
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✦ cayenne L’échiquier XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Bi Orientation principale dans ce chapitre

L’échiquier — Chapitre 1

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L’échiquier

Chapitre 1

— Tu crois que cette robe est trop courte ? demanda Léa en ajustant le tissu noir qui frôlait le haut de ses cuisses. Elle pivota devant le miroir craquelé de sa chambre, un sourire espiègle aux lèvres.
Son amie Chloé éclata de rire, allongée sur le lit défait.
— Trop courte ? T'es sérieuse ? On va encore t'appeler de tous les noms au Red Fox ce soir.
Léa haussa les épaules, attrapant une paire de bas autofixants résille dans son tiroir.
— Et alors ? Ça fait partie du spectacle.
— Sa voix trahissait une excitation presque provocante.
Dehors, la pluie frappait les vitres du petit appartement en bordure de la ville. Léa enfila ses bottes hautes sans se soucier de la transparence de sa robe qui révélait la courbe de ses hanches. Elle ne portait jamais rien en dessous.
—Les regards, les murmures... ça me donne l'impression d'exister pour de vrai," murmura-t-elle en se passant du rouge à lèvres écarlate.
Chloé se leva en soupirant.
— T'es folle. Mais bon, c'est ton délire.
Elles sortirent dans la nuit humide. Les réverbères estompaient leurs silhouettes dans la brume. Léa sentit l'air froid sur sa peau nue sous le tissu léger, un frisson lui parcourut l'échine.
Au Red Fox, la musique techno martelait les tympans. Léa traversa la foule. Sa robe flottait à chaque pas.
— Hé, la salope ! lança un type torse nu près du bar.
Elle lui adressa un sourire avant de commander deux shots de vodka. Chloé lui pinça le bras.
— Tu cherches vraiment les ennuis, toi.
Dans la pénombre enfumée, les regards brûlants la déshabillaient. Un homme aux mains tatouées glissa une carte de visite dans son décolleté. "Pour quand tu veux un vrai homme''.
Léa éclata de rire, puis elle froissa le papier qu'elle jeta dans un cendrier.
— Déjà essayé, trop bruyant.
Sa voix couvrait à peine la basse.
Soudain, quelqu'un agrippa sa cuisse sous sa robe. Pas un effleurement timide, une prise ferme et brutale. Léa se figea, son sourire s'évanouit. Dans le reflet du miroir derrière les bouteilles, elle vit un visage qu'elle connaissait trop bien.
— Marc, cracha-t-elle en se dégageant d'un mouvement brusque. Son ex ! L'odeur de bière aigre et de rancœur émanait de lui. - Toujours aussi facile à repérer, hein ?
Il ricana. Son regard injecté de sang balaya son corps. Chloé se rapprocha, prête à intervenir.
Léa sentit la colère monter, chaude et familière. Mais avant qu'elle ne réplique, une voix calme coupa la tension.
— Problème, mesdames ?
Le videur, massif et impassible, se tenait derrière Marc. Sans un mot, il posa une main sur l'épaule de l'homme. Marc blêmit, reculant d'un pas sous la pression silencieuse.
Léa respira un coup. Le battement de son cœur cognait encore dans ses oreilles. Elle attrapa son verre, le liquide glacé contre ses doigts. -On change d'ambiance," lança-t-elle à Chloé en allant sur la piste de danse. Sous les lumières stroboscopiques, elle ferma les yeux, laissant la basse envahir ses os. Sa robe collait à sa peau moite. Chaque regard se posait sur elle comme une braise. Elle dansa, plus lentement cette fois, en retrouvant le sourire.
Près des toilettes, un groupe de filles la dévisageait en chuchotant.
—Regardez-la, elle se croit où ? entendit-elle distinctement.
Léa pivota face à elles, soutenant leur regard sans ciller.
—Problème ?
Sa voix était claire, presque amusée. L'une d'elles rougit, détournant les yeux. Léa éclata de rire.
— C'est ça, baissez les yeux.
De retour au bar, elle commanda un autre shot. Le barman, un géant barbu, glissa discrètement un verre d'eau vers elle.
—Prends ça aussi, poupée. T'as l'air tendue.
Elle hocha la tête, une gratitude brève se lisait dans son regard. Soudain, elle sentit une présence derrière elle – pas hostile, mais insistante. Un homme en costume sombre, bien loin du style du Red Fox.
—Vous dansez comme si vous cherchiez à vous échapper de quelque chose, murmura-t-il, avec un accent poli qui contrastait avec le vacarme.
Léa le toisa, un sourcil levé.
— Et vous, vous observez comme si vous aviez perdu quelque chose.
Il sourit, dévoilant des dents trop blanches.
— Touché. Mais je crois que ce que je cherche est juste devant moi.
Il tendit une main.
— On essaie ?
La musique bascula dans un rythme langoureux. Léa hésita une seconde, puis prit sa main. Sous les lumières tamisées, elle sentit son regard parcourir sa nuque, descendre le long de son dos. Sa peau nue frissonna, mais ce n'était pas désagréable. Pas cette fois.
Ils dansèrent sans parler. Ses doigts effleuraient sa taille à travers le tissu fin.
— Vous savez qu'on voit votre silhouette contre les spots, chuchota-t-il contre sa tempe.
Léa s'écartant juste assez pour qu'il voit son sourire en coin.
— C'est le but, non ?
Elle pivota, dos contre lui, sentant son souffle chaud dans son cou. Sa main remonta lentement le long de sa cuisse. Pas intrusif. Calculé.
— Les autres vous traitent de salope, murmura-t-il. Moi, je vois une stratège.
Soudain, une bousculade près du bar. Marc revenait, bousculant les consommateurs.
—Léa ! hurla-t-il, la voix couverte par la basse. Le videur se précipitait déjà, mais trop tard. Marc attrapa le bras de Léa, la tordant brutalement.
— T'as fini de te montrer ?
Son haleine empestait la haine. Chloé bondit, griffes dehors.
L'homme en costume agit avant qu'elle ne puisse réagir. D'un mouvement fluide, il coinça le poignet de Marc contre le bar, le forçant à lâcher prise.
— La dame n'a pas demandé votre avis, dit-il calmement.
Marc grimaça sous la pression. Léa observait, fascinée, le contraste entre l'élégance froide de l'inconnu et la rage baveuse de son ex. Le videur arriva, emmenant Marc qui protestait.
De retour sur la piste, l'inconnu essuya ses mains avec un mouchoir immaculé.
—Désolé pour le spectacle.
Léa étudia son visage : des traits ciselés, un regard trop observateur.
— Pourquoi m'avoir défendue ?
Il sourit, effleurant la cicatrice à sa clavicule qu'elle cachait mal.
— Parce que vous jouez à un jeu dangereux. Et je déteste voir les pièces maîtresses se faire briser trop tôt.
Il glissa une carte dans la poche de sa robe.
— Quand vous voudrez changer d'endroit.
Chloé tira Léa vers les toilettes, les yeux écarquillés.
— T'as vu comment il a maîtrisé Marc ? C'est pas un client normal.
Léa examina la carte : un numéro et un logo discret, "L'Échiquier"...
— Peut-être. Mais ce soir, je veux juste danser.
Soudain, les lumières s'éteignirent, plongeant le club dans un noir total. Des cris fusèrent. Léa sentit une main se glisser sous sa robe, plus haut cette fois, et des doigts agripper sa hanche avec une autorité brutale. Pas Marc. Une voix inconnue chuchota dans son cou :
—T'es à qui, la salope ?
Elle se figea, cherchant Chloé dans l'obscurité.
Les projecteurs se rallumèrent violemment. L'homme avait disparu. Près du bar, l'inconnu en costume observait Léa, un verre à la main. son téléphone tourné vers elle. Un flash claqua. Dans la lumière crue, sa robe devenait un fantôme translucide, révélant chaque courbe nue. Il sourit en baissant l'appareil.
— La stratégie a ses limites, ma chère.
Chloé tira Léa vers la sortie.
On se casse. Ce type me glace le sang.
Dehors, la pluie avait cessé, laissant des flaques miroirs sur le bitume. Léa frissonna. Son tissu mouillé collait à sa peau. Elle vérifia sa poche : la carte de "L'Échiquier" était toujours là.
—Tu comptes appeler ? chuchota Chloé.
Léa haussa les épaules.
—Peut-être. Mais d'abord, j'ai soif d'autre chose.
Elles s'engagèrent dans une ruelle sombre, un raccourci vers le métro. Un bruit de pas précipités résonna derrière elles. Léa se retourna, prête à affronter Marc ou l'homme en costume. Mais ce n'était qu'un groupe de filles croisées plus tôt. L'une d'elles cracha par terre.
— Tu crois que t'es qui, à te pavaner comme ça ?
Léa éclata de rire, ouvrant les bras.
— Regarde bien. C'est juste moi.
Leur leader avança ; un couteau à cran d'arrêt scintillait dans sa main. "
— Tu vas morfler, salope !
Chloé tenta de reculer, mais Léa resta plantée là, le sourire provocateur.
— Essaie. Mais sache que chaque coup que tu me donnes, je le rendrai triplé.
La lame trembla dans la main de la fille. Léa sentit l'adrénaline lui brûler les veines. Elle n'avait pas peur. Elle avait soif de cette confrontation brutale, de cette violence qui lui rappelait qu'elle était vivante.
Soudain, des phares de voiture illuminèrent la ruelle. Une limousine noire s'arrêta net. La vitre arrière descendit, révélant l'homme en costume. Son regard balaya la scène, glacial.
— Besoin d'un chauffeur, mesdemoiselles ?
Les filles reculèrent, intimidées par le luxe insolent du véhicule. Léa croisa ses bras.
— Tu me suis maintenant ? Il sourit. Vous. Montez ? Ou préférez-vous régler ça à mains nues ?
Chloé tira Léa par la manche.
— C'est un piège.
Mais Léa hésita à peine. Elle ouvrit la portière, glissant sur le cuir froid.
— Juste jusqu'au métro. Et arrête tes photos.
L'homme acquiesça ; son sourire s'élargit.
— Comme vous voulez. Mais le jeu ne fait que commencer.
La limousine démarra en silence, laissant les filles bouche bée dans l'ombre humide.
À l'intérieur, l'ambiance était étrangement calme. Léa observa les écrans tactiles intégrés, les verres en cristal rangés dans un bar miniature.
—L'Échiquier, c'est quoi ? Un club privé ? Un réseau ?"
L'homme lui tendit un cognac.
— Un endroit où les pièces comme vous valent de l'or. On y mise sur les appétits... et les talents."
Son doigt effleura sa cuisse nue sous la robe relevée.
— Vous dansez pour provoquer. Nous, nous payons pour voir brûler.
La voiture s'arrêta devant l'entrée du métro désert. Léa sortit, le tissu collant à ses jambes.
— Je ne suis pas à vendre.
Il lui tendit un nouveau carton, noir cette fois.
— Ce n'est pas une offre d'achat. C'est une invitation à diriger la partie.
La vitre remonta, masquant son sourire énigmatique. La limousine disparut dans la nuit.
Chloé la rejoignit, tremblante.
— T'as vu son regard ? C'était pas juste du désir.
Léa serra le carton contre sa paume moite. Sous les néons clignotants, elle sentit un frisson nouveau : non plus l'excitation du mépris, mais l'appel dangereux du pouvoir.
— Peut-être. Mais ce soir, j'ai encore soif d'autre chose.
Elle entraîna Chloé vers les marches du métro, le rire aux lèvres. La ville n'avait pas fini de la traiter de salope. Et elle comptait bien le lui rappeler.
Dans le wagon presque vide, un homme d'âge mûr fixa ses cuisses nues sous la robe transparente. Léa s'assit en face de lui, écartant délibérément les genoux.
— Ça vous plaît ?
Sa voix était un défi. L'homme rougit, détourna les yeux. Chloé soupira.
— T'arrêtes jamais ?"
Léa sourit. Ses doigts effleuraient la carte noire dans sa poche.
— Pourquoi s'arrêter ? C'est là que je respire...
À leur arrêt, deux flics les attendaient sur le quai.
— Contrôle d'identité, mesdemoiselles.
L'un d'eux braqua sa lampe sur la robe de Léa, révélant tout sous la lumière crue.
— T'as rien en dessous ?
Sa voix était chargée de mépris. Léa releva le menton.
—C'est interdit ?
L'autre policier nota son nom dans un carnet.
— On te reconnaîtra. Salope.
Chloé voulut protester, mais Léa l'arrêta d'un geste.
— Laisse. Ça fait partie du jeu.
En sortant de la station, Léa s'arrêta devant une vitrine éclairée. Son reflet lui renvoya l'image d'une femme nue sous un tissu mouillé, les cheveux en bataille, le regard brûlant. Elle sortit le carton noir. "L'Échiquier". Un sourire étira ses lèvres. Peut-être était-il temps de changer les règles. Mais d'abord, elle avait une dernière soif à étancher. Elle entraîna Chloé vers un bar miteux au coin de la rue. La nuit commençait, et la ville avait encore beaucoup à lui offrir.
À l'intérieur, l'odeur de bière et de sueur prenait à la gorge. Les clients, des hommes aux vestes usées, levèrent les yeux. Un silence pesant s'installa. Léa marcha droit vers le comptoir. Sa robe collante révélait chaque mouvement de ses hanches.
—Deux whiskys. Secs.
Le barman, un type balafré, la détailla sans cacher son mépris.
—T'es perdue, poupée ?
Elle posa un billet froissé sur le zinc.
— Juste assoiffée.
Un homme se leva d'un coin sombre en traînant ses bottes boueuses. Il s'arrêta trop près. Son haleine fétide effleurait la nuque de Léa.
— Ça coûte cher, un spectacle comme toi ?
Il posa sa main sur sa cuisse, puis enfonça ses doigts dans sa chair. Chloé se raidit, prête à bondir. Mais Léa tourna lentement la tête, son regard planté dans celui de l'homme.
— Retire ta main. Ou je te la brise.
Sa voix, un murmure d'acier, glaçait l'air.
L'homme recula, surpris par le feu dans ses yeux. Léa saisit son verre. Le liquide âcre lui brûlait la gorge. Elle sentit le poids du carton dans sa poche, comme une promesse. La ville pouvait bien la traiter de salope. Elle avait désormais une pièce à jouer. Et le jeu venait juste de commencer.
Chloé la tira vers la sortie, paniquée.
—T'es folle ! Ces types vont nous écharper !
Léa éclata d'un rire dur, les yeux rivés sur le barman qui nettoyait un verre, l'air menaçant.
—Laisse-les essayer. J'ai soif de voir jusqu'où ils osent aller.
Sa robe collait à sa peau moite, chaque regard chargé de haine lui rappelait sa puissance.
Dehors, une moto noire démarra dans un rugissement. Le pilote, sous son casque intégral, braqua son phare sur elles. Léa reconnut le logo discret sur le réservoir : un échiquier stylisé. Le moteur vrombit, illustrant une invitation muette. Chloé se cramponna à son bras.
— Ne monte pas ! C'est lui !
Léa hésita, le carton noir lui brûlait la paume. La nuit était un piège. Et elle adorait ça.
Elle fit un pas vers la moto, libérant son bras de l'emprise de Chloé.
— Rentre sans moi.
Sa voix était calme, presque détachée. Le pilote tendit un casque. Léa l'enfila, sentant le cuir froid contre ses tempes. La robe remonta sur ses cuisses nues quand elle enjamba la selle. Le moteur hurla. Elle se pencha, effleurant la visière du casque de ses lèvres.
— Montre-moi.
La moto s'arracha dans la nuit, laissant Chloé seule dans le halo jaune d'un réverbère.
Ils filèrent vers les docks. Le vent plaquait le tissu de la robe contre son corps. Sous les néons brisés des entrepôts, la moto stoppa devant un ascenseur rouillé. L'homme retira son casque. Ce n'était pas l'inconnu du club, au visage plus jeune, aux yeux gris impénétrables.
— On descend.
Il glissa une clé magnétique. Les portes s'ouvrirent sur un antre souterrain : moquette épaisse, murs en laiton, et un brouillard de fumée de cigare. Des regards se levèrent des tables de jeu. Léa sentit leurs yeux sur sa peau nue, mais cette fois, c'était différent. Calculé. Gourmand.
Au fond, derrière un bureau en acajou, l'homme en costume souriait, un verre de cognac à la main.
— Bienvenue au vrai jeu.
Il désigna une robe, en tissu noir, coupe impeccable, pliée sur un fauteuil.
— Changez-vous. Ici, on mise sur l'intelligence, pas sur la chair.
Léa éclata de rire, arrachant sa robe mouillée. Nue devant eux, elle prit la nouvelle tenue.
— La chair *est* mon intelligence.
Elle enfila lentement la robe, savourant leur silence tendu. Le tissu, soyeux, cachait tout. Pour la première fois, elle se sentit plus exposée que nue.
Il approcha, un dossier à la main.
— Votre ex, Marc. Il travaille pour nos rivaux.
Des photos s'étalèrent : Marc recevait des liasses, discutait dans les ruelles.
— Il veut vous briser. Nous, on veut vous armer.
Léa effleura une photo, là où Marc serrait un couteau. Un frisson la parcourut. Pas de peur. De faim.
— Alors, donnez-moi une lame. Je finis ça ce soir.
L'homme sourit, ouvrant un tiroir. Dedans, un poignard au manche d'ébène luisait.
— La partie commence.
Elle glissa l'arme dans sa botte, la robe noire masquait tout. L'homme désigna une porte dérobée.
— Il vous attend au Hangar 7. Nos hommes sont en place. Mais c'est à vous de jouer.
—Léa pivota, ses talons claquaient sur le parquet. Derrière elle, les regards pesaient, chaque pas était calculé. Elle sentit leur attente comme une caresse électrique. Cette fois, ce n'était pas son corps qu'ils voulaient voir.
Dehors, la moto rugit à nouveau. Le pilote aux yeux gris lui tendit un casque.
—Direction les docks ?
Léa secoua la tête, avec un sourire cruel aux lèvres.
— Non. D'abord, je veux un public. Elle pointa vers le Red Fox, encore illuminé.
— Marc croit me traquer dans l'ombre. Montrons-lui à qui il s'attaque.
Elle enfourcha la moto, la robe fendant la nuit humide. Le jeu était dangereux.
Au club, elle entra comme un ouragan. Silence soudain. Tous les regards convergèrent vers elle ; la robe impeccable, l'allure de reine. Près du bar, Marc écarquilla les yeux, suspendant son verre en l'air. Léa marcha droit sur lui, dédaignant les murmures.
—Tu cherchais une salope ?
Sa voix portait, claire et coupante. Elle écarta sa robe juste assez. Le manche du poignard scintillait.
—En voilà une. Prête à danser.
Marc blêmit. Autour d'eux, les hommes de L'Échiquier se fondirent dans la foule. Léa sourit. L'échiquier était dressé. Et elle, la reine, venait de faire son entrée.
Marc recula, fouillant sa poche. Trop tard. D'un mouvement fluide, Léa lui agrippa le poignet, le couteau qu'il brandissait claqua au sol.
—Tu crois que c'est un jeu ? cracha-t-il, la bave aux lèvres.
Elle lui écrasa la main contre le bar. Ses ongles s'enfonçaient dans sa chair.
— Non. C'est un échec et mat. Autour d'eux, la tension crépitait. Un homme en costume observait, impassible, depuis l'ombre. Marc hurla, tentant de la repousser. Elle pivota, utilisant son élan pour le plaquer contre le zinc. Son souffle était chaud, chargé de rage et de peur.
Soudain, une sirène perça la nuit. Des gyrophares bleus balayèrent les vitres. Panique. La foule se dispersa en hurlant. Marc profita du chaos pour s'arracher, fuyant vers la sortie de service. Léa le suivit, le poignard niché dans sa paume. Dans la ruelle puante de poubelles, il était déjà loin, courant vers les docks. Elle rit. La chasse était ouverte.
Au bout des quais, Marc trébucha devant le Hangar 7. Léa ralentit, ses talons résonnaient sur le béton mouillé.
— Arrête de courir ! lança-t-elle, la voix amplifiée par l'écho. Il se retourna. Un pistolet tremblait dans sa main. Trop tard encore. Une silhouette surgit des containers ; le pilote aux yeux gris. D'un coup sec, il désarma Marc. Léa s'approcha, le poignard levé. Marc sanglotait, écrasé au sol. Elle baissa la lame.
— Dis à tes patrons que la salope a gagné.
Le pilote hocha la tête. Le jeu continuait. Et elle avait soif d'un autre verre.
De retour au Red Fox, la foule s'écarta. Léa monta sur le comptoir, défit sa ceinture. La robe glissa dans un bruissement de soie. Sous les spots, elle resta immobile, nue et triomphante. Les murmures cessèrent. Un silence électrique. Elle sourit.
—Vous vouliez une salope ?
Sa voix claqua comme un fouet.
—La voilà. Les regards brûlaient, mais cette fois, c'était elle qui entretenait le feu.
Elle descendit, traversant la foule pétrifiée. Elle prit un verre. Le cognac doré dansait dans le cristal. L'homme en costume s'approcha, un manteau noir à la main.
Magnifique. Mais le plateau change.
Il lui tendit le vêtement. Elle l'enfila lentement. La doublure de soie caressait sa peau.
— Quelle est la prochaine pièce ?
Il sourit.
—Une reine ne se déplace jamais seule.
Derrière lui, le pilote aux yeux gris attendait, un casque à la main. La nuit était loin d'être finie.
Au comptoir, elle vida son verre d'un trait. La chaleur de l'alcool irradia dans sa poitrine. Elle tourna le dos à la salle, le manteau entrouvert sur sa silhouette nue. Un défi silencieux. La ville pouvait toujours crier. Elle avait appris à danser sur ses insultes. Et cette danse-là, elle comptait la mener jusqu'à l'aube.
Elle sentit une présence derrière elle. Pas le pilote. L'homme en costume, son sourire en coin.
—Magnifique, murmura-t-il, le regard balayant sa peau exposée. Mais dangereux.
Léa ricana, laissant le manteau glisser à ses pieds.
—Le danger, c'est mon partenaire de danse.
Elle pivota face à lui, nue sous les lumières crues. Les murmures s'éteignirent. Seul le battement de la musique persistait, sourd, comme un cœur affolé.
L'homme ne détourna pas les yeux. Il tendit une main, effleurant sa hanche.
— Votre corps est une arme. Mais même les meilleures armes s'émoussent.
Sa voix était un murmure dans le vacarme. Léa captura sa main, la plaquant contre son ventre.
— Essaie de m'exciter.
Son souffle était chaud, chargé de défi. Autour d'eux, la foule retenait son souffle, hypnotisée par ce duel silencieux. Elle était nue, mais c'était lui qui semblait exposé.
Soudain, un cri perça l'ambiance. Près des toilettes, une fille s'effondrait. Du sang coulait de son nez. Le pilote aux yeux gris surgit de l'ombre, un pistolet à la main.
—Piège ! hurla-t-il.
Les lumières s'éteignirent. Dans le noir, Léa sentit une lame effleurer sa gorge. Une voix rauque chuchota :
—T'as fini de jouer la reine, salope ?
Elle sourit dans l'obscurité. Le jeu venait de prendre une tournure bien plus intéressante.
Des coups de feu claquèrent. Les clients paniqués se ruèrent vers les sorties. Léa plongea derrière le bar, les éclats de verre lui lacéraient les cuisses. À travers les fumigènes, elle vit l'homme en costume tomber, et une tache sombre s'élargir sur sa chemise. Le pilote se battait comme un dément, mais ils étaient trop nombreux. Une main brutale l'attrapa par les cheveux, la traînant vers la sortie de service. Elle rit, saignant et nue, excitée par cette violence.
Dans la ruelle, trois hommes aux visages cachés par des cagoules la jetèrent contre un mur. . L'un d'eux lui arracha son manteau, découvrant sa peau nue sous la lune.
— On va te montrer ta place, grogna le chef.
Elle ne résista pas quand ils la forcèrent à se mettre à genoux. Le premier lui prit la bouche avec brutalité, agrippant ses cheveux. Léa fermait les yeux, savourant le goût de sel et de pouvoir. Chaque insulte, chaque coup, chaque violation l'excitait.
Le troisième homme finit en grognant quand des phares aveuglants illuminèrent la scène. La limousine noire fonça sur eux, dispersant les agresseurs. Le pilote aux yeux gris, le visage en sang, ouvrit la portière.
— On part ?
Léa cracha par terre, un sourire carnassier aux lèvres. Elle monta, laissant la portière ouverte sur son corps meurtri et triomphant. La ville pouvait bien la baiser. Elle en redemandait.
Au parc Monceau, sous les marronniers, un étudiant timide la reconnut.
—C'est toi... la fille des docks ?
Il tremblait en lui offrant un café. Léa l'attrapa par la ceinture, l'entraînant dans les buissons. Plus tard, elle repartit seule. Sa robe déchirée laissait voir ses cuisses marquées de griffures.
Devant la cathédrale, un prêtre aux yeux trop vifs lui proposa l'asile. Elle le suivit dans la sacristie. L'odeur de l'encens ne masqua pas le bruit des boutons arrachés ni son souffle haletant quand elle s'agenouilla devant lui.
— Priez, ordonna-t-il d'une voix brisée. Elle rit, la bouche pleine. La soutane trempée de sueur collait au marbre froid.
Sur le pont des Arts, l'homme en costume réapparut, avec un pansement taché de rouge. Il tendit un nouveau carton doré.
— La prochaine pièce est prête.
Léa déchira le carton, les morceaux tombèrent dans la Seine.
— Joue toi-même.
Elle écarta sa robe, offrant sa peau aux derniers rayons de lune.
— Ou regarde les autres le faire.
Le fleuve emporta ses mots comme une promesse. La ville entière était son échiquier. Et toutes les pièces étaient à prendre.
La limousine s'arrêta net devant le commissariat du 5e arrondissement. Deux flics en sortirent, leurs regards acier balaya Léa nue sur la banquette.
— Contrôle d'identité, gronda l'un d'eux en l'attrapant par le bras.
Elle ne résista pas. Son sourire éclairait la nuit.
— Enfin un peu d'action sérieuse.
Ils la traînèrent à travers les couloirs faiblement éclairés. Les talons claquaient sur le lino. Derrière les vitres blindées, des collègues ricanaient.
Dans le bureau du capitaine Verdier, l'odeur de tabac froid se mêlait à son parfum. Il ferma les rideaux d'un geste las.
— T'as encore fait des tiennes, Léa.
Sa main écrasa sa nuque contre le bureau, les dossiers volaient. Elle gémit, non de douleur, mais d'excitation, sentant son érection à travers l'uniforme.
— Montrez-moi comment vous calmez les salopes, capitaine.
Le cliquetis de sa ceinture fut sa seule réponse. La ville pouvait la juger. Elle s'en foutait. Chaque violation était un trophée.
Plus tard, souriante, elle signa sa déposition.
— À refaire quand vous voulez.
Le capitaine détourna les yeux, son col maculé. Léa sortit en chancelant, le jour levant, incendiant les toits. La robe en lambeaux pendait à son épaule. Une moto rugit. Le pilote aux yeux gris tendit un casque.
—L'Échiquier attend.
Elle enfourcha la bête, nue et invaincue. Le jeu continuait. Et sa soif était plus vive que jamais.
À la sortie de la rocade, il stoppa net.
—Descends.
Elle obéit, les pieds nus sur le gravier brûlant.
— Ici ?
Il désigna un panneau rouillé : "Stop - Défense d'uriner".
—Attends. Il démarra en trombe, aveuglé par la poussière. Léa resta immobile, offerte au soleil cru. Les camions klaxonnaient, ralentissaient. Un premier chauffeur s'arrêta, le regard lourd comme une caresse sale.
— T'es à vendre ?
Elle écarta les jambes.
—À prendre.
Sa voix portait plus loin que les moteurs.
Les heures passèrent. Les hommes défilaient, la bouche avide, les mains brutales. Chaque baiser forcé, chaque doigt enfoncé, chaque jet brûlant sur sa peau la rendait plus vivante. Un routier obèse la plaqua contre le panneau. Ses bourrelets écrasaient ses seins.
— Grosse salope ! cracha-t-il. Elle rit, mordant son oreille.
— Et toi, gros porc.
Le soleil cuisait ses marques. Elle était leur miroir, leur honte faite chair.
Quand la nuit tomba, la limousine revint. L'homme en costume sortit, un manteau de fourrure à la main. Il la couvrit sans un mot. Sous la doublure soyeuse, elle tremblait enfin. Pas de froid. D'excitation.
— Satisfaite ? murmura-t-il.
Elle leva vers lui un regard de braise.
— J'ai soif d'autre chose maintenant.
Le moteur ronronna. La ville clignotait au loin. Le jeu n'était qu'à son prélude.
Dans le bar clandestin sous les docks, l'air sentait le poisson pourri et la testostérone. Léa entra, le manteau entrouvert sur sa nudité meurtrie. Silence de mort. Les hommes se figèrent, le verre à la main. Elle marcha jusqu'au comptoir, recouverte de sperme séché.
—Un cognac. Grand.
Le barman, un colosse tatoué, la dévisagea.
T'as le cul qui brille, salope.
Elle sourit, déposant la carte noire de L'Échiquier sur le zinc.
Et toi, tu brilles par ton absence d'imagination.
Soudain, une porte claqua. Marc surgit, le visage tuméfié, un pistolet braqué.
—Cette fois, tu crèves !hurla-t-il.
Léa ne bougea pas. Elle but une gorgée lentement, le cristal froid contre ses lèvres gonflées.
—Tire. Ou ferme ta gueule.
Autour d'eux, les hommes de L'Échiquier émergèrent des ombres, silencieux comme des fantômes. Marc hésita. Son arme trembla. La peur, cette vieille connaissance, lui glaça le sang.
Léa posa son verre. Le clic résonna dans le silence. Elle écarta le manteau, offrant sa peau nue aux regards.
— Alors ?
Sa voix coupa l'air comme une lame. Marc baissa son arme, un sanglot rauque lui déchira la gorge. Elle rit, le son dur répercuté par les murs de béton. La défaite avait toujours été son aphrodisiaque préféré. La nuit promettait d'autres joueurs. Et elle, la reine, était prête à tous les échecs et mats.
Le pilote aux yeux gris apparut derrière Marc, un sourire froid aux lèvres. D'un geste vif, il désarma l'ex de Léa, le plaquant au sol.
—La partie continue ailleurs.
Léa s'approcha. Ses pieds nus foulaient les éclats de verre. Elle effleura la joue tuméfiée de Marc.
—Perdu encore une fois.
Sa main glissa vers son entrejambe, serrant jusqu'à ce qu'il hurle. Le pouvoir avait un goût plus fort que l'humiliation.
Soudain, les sirènes retentirent au-dessus des docks. Léa, avec un frisson d'excitation dans la nuquerel, leva la tête.
—La police ?
Le pilote s'avança vers une trappe ouverte dans le sol.
— Votre prochain plateau.
Elle plongea sans hésiter dans l'obscurité. L'échelle métallique lui brûlait les paumes. En bas, l'homme en costume l'attendait, un échiquier lumineux projeté sur le mur.
—Bienvenue au vrai jeu.
Sa voix était un piège tendu. Elle sourit, prête à sacrifier tous ses pions.
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